Chapitre 6 : Les créatures de la nuit

Ses yeux étaient rouge sang. Tsuki n'y prêta guère plus d'attention que nécessaire, leur couleur étant bien moins importante que l'état de leur propriétaire. Elle s'agenouilla auprès de Zéro, qui semblait ahuri de la voir là. Une fois de plus la fille n'y accorda aucune réflexion superflue, se contentant de répéter des interrogations préoccupées du genre « Ça va ? ». A son grand dam, elle semblait empirer la douleur du garçon plutôt que la soulager. Reprenant légèrement ses esprits, ce dernier prit la parole : « Va-t'en. ». Tsuki mis du temps à percuter. Elle ne comprenait pas.

« Va-t'en, je te dis ! »

La voix du jeune homme était rauque. Il toussa fortement, puis fût pris d'une sorte de convulsion d'une violence inouïe, comme s'il retenait son corps de faire quelque chose. Devant ce spectacle, la fille se précipita vers son camarade.

« Dégage, Tsuki ! »

Cette fois il avait l'air vraiment en colère. L'intéressée tressaillit, ce demandant pourquoi il tenait tant à ce qu'elle parte. Son ami se tenait la gorge avec l'une de ses mains, couvrant en partie son tatouage. Ce dernier avait grossi et était devenu d'un rouge étincelant. Zéro se tourna vers elle, lentement, comme s'il essayait de s'en empêcher. Décidément, Tsuki ne comprenait pas ce qu'il se passait dans sa tête.

Soudain, elle se sentit poussée contre le sol avec une force incroyable. Tressaillant de douleur et de surprise, elle vit Kiriyu, à califourchon sur elle. Ses yeux écarlates la fixaient avec une ardeur plus intense encore que d'habitude. Un mélange de dégoût, d'envie, de faim et de désespoir s'y reflétait. Un prédateur à ses dépends. Il rapprocha son visage de celui de la jeune femme, qui rougit malgré la situation. Il se pencha jusqu'à sa gorge. Tsuki sentit les lèvres du garçon effleurer son coup, ce qui n'arrangea guère le désarroi qu'elle éprouvait. Il se mit à lui lécher doucement la peau, ce qui eut pour effet de la faire réagir. Elle protesta violemment, mais rien à faire, il lui tenait solidement les épaules. C'est là qu'elle sentit. Des crocs. Ils frôlaient sa peau, comme si Zéro essayait encore désespérément de s'arrêter. Enfin, elle comprit. Il n'était pas humain. L'avait-il jamais été ?

Dans un effort qui semblait surhumain, le jeune homme s'écarta de la fille. Il avait été à deux doigts de mordre la fille, et lorsqu'il réalisa, il eut envie de se tirer une balle du Bloody Rose dans la tête. C'eut été mieux pour tout le monde, pensait-il. Son regard se posa sur celle qui avait failli devenir sa seconde victime. Elle le regardais avec un air choqué et terrifié. Un sourire amer et triste manqua de peu de s'afficher sur son visage. A quoi s'attendait-il ? Après tout, il avait tout d'un monstre. Non, il était un monstre.

« Pardon. »

C'est tout ce qu'il avait trouvé à dire, et cela semblait minable comparé à ce qu'il avait manqué de lui faire. Le garçon détourna le regard, ne supportant plus la vision de sa camarade, de cette fille qu'il avait sauvé avant de manquer de la tuer. Une douleur intense et insupportable lui lacérait toujours la gorge et les côtes, comme si son corps lui-même le suppliait de boire le sang de Tsuki. Il serra les dents, se retenant de gémir ou de hurler. Oh, comme il souffrait ! Ses mains se crispèrent sur son coup et ses côtes alors qu'il fermait les yeux. Soudain, une main se posa sur son épaule. Il n'eut même pas besoin de relever la tête pour savoir à qui elle appartenait. Yuuki. Elle venait de dire à son amie qu'elle allait devoir l'accompagner jusqu'au bureau du directeur et s'assurait que tout allait bien pour lui. Il secoua la tête. Il ne le méritait pas, pas après avoir attaqué une seconde personne. Et Dieu savait que cet acte allait avoir des répercussions...