Chapitre 7. Allées et venues
Musique d'ambiance suggérée :Requiem for a dream
Ayant réduit en lambeaux ses vêtements, le roi lui offrit une robe de soie verte claire et l'invita à se changer et à se rafraîchir dans son immense salle de bains au mobilier de bois clair. Son ouvrage avait fait couler plus de sang qu'il n'aurait voulu, et ce dernier avait séché en laissant des sillons de sang brunâtre sur sa peau.
Après s'être débarbouillé minutieusement, Berethiel sortit de la salle d'eau les cheveux mouillés vêtue dans la tenue offerte par le roi. L'encolure de sa nouvelle tenue était ornée de fines broderies de fils d'argent, qui donnait à Berethiel plus une allure de princesse que de gouvernante.
« Tu es réellement splendide... dit-il en l'évitant cependant du regard, suis-moi, je te prie. »
Il s'assit dans le salon et servit deux coupes de vin, et lui fit signe de prendre place.
Peut enclin au discours inutile, à peine le roi eut-il trempé les lèvres dans son verre de vin qu'il le reposa sur la table et aborda le sujet qui lui torturait l'esprit.
« Mon fils, Legolas est venu. Il souhaite te proposer de te joindre à l'expédition visant à punir tes tortionnaires... »
Elle le regarda, stupéfaite.
« Je ne comprends pas. »
Il s'était levé de table pour observer l'horizon, faisant face au soleil qui descendait sur son royaume. Le roi était troublé et parla plus abruptement qu'il ne l'aurait voulu.
« Rejoins cette compagnie, et tu pourras te venger. Legolas détient déjà la missive qui vous donne carte blanche pour faire justice des faits qui sont reprochés à Silias du Gondor, et à tous les autres.
Il se resservit du vin et poursuivit : « J'ai pris la liberté de faire porter tes effets personnels dans la chambre d'ami de mon fils. Il est ravi de t'accueillir et t'attend déjà avec impatience. Il saura prendre soin de toi pendant ta convalescence.
Il vida sa coupe d'un trait, ignorant la stupéfaction de son interlocuteur.
« Pourquoi m'as-tu retenue ici tout ce temps, si c'est pour me congédier maintenant ?
- Ma demeure était très sale, et tu as su le remettre en état convenable. Ta tâche est terminée.
- Devrais-je à nouveau aller dans la demeure d'un autre seigneur elfe s'il prend à votre fils l'envie de me tripoter quand il rentre saoul ? »
Le roi qui était en train de se resservir du vin fit déborder sa coupe, ahuri par ce qu'il venait d'entendre. Berethiel n'était visiblement pas plus stupide qu'amnésique, et la colère se lisait sur ces traits.
Ce sera plus facile ainsi, songea-t-il.
« Seulement s'il fait mine de te partager avec son nain. »
Elle lui lança le contenu de son verre de vin en plein visage et quitta les appartements royaux sans se retourner, laissant le roi à nouveau seul.
Il ne dit rien, passant la main sur son visage pour chasser l'alcool qui lui piquait les yeux, déglutit péniblement, et d'un geste rageur, envoya valser au sol tout ce qui restait sur la table.
Et c'est ainsi que Berethiel, fille de Glorfindel cessa à jamais d'être la gouvernante du roi Thranduil.
Le prince Legolas reçu la demoiselle avec une joie non dissimulée quand elle frappa à sa porte.
Elle avait la mine sombre, et il l'entraîna sur son balcon pour prendre un verre de vin à la lumière des étoiles. Legolas avait laissé Gimli festoyer avec ses camarades dans le palais, et il fut heureux de pouvoir accueillir son amie en tête à tête, au calme.
Ses appartements étaient moins luxueux que ceux de son père, et c'était très visiblement le repaire d'un guerrier : de nombreuses armes d'un travail des plus minutieux ornaient les murs, ainsi que des peintures représentant de grandes batailles passées. Du plafond pendait diverses plantes aux formes formidables et des fleurs aux couleurs vives, donnant à l'endroit un charme forestier surprenant, ainsi qu'une douceur qui contrastait avec les objets de mort en exposition.
Bien décidé à chasser l'imagine du roi de son esprit, elle fit de son mieux pour répondre à la jovialité de son ami qui semblait s'être réellement inquiété pour elle, depuis qu'il avait reconnut d'après la description de l'esclavagiste.
Il lui offrit de prendre du repos, qu'elle accepta avec soulagement, car bien que courte, la journée fut éprouvante, et la douleur provoquer par les soins de Thranduil la lancinait. Il lui indiqua la chambre qui lui avait été attribuée, mitoyenne à celle du prince, elle offrait une vue superbe sur l'ouest de la forêt.
Il y avait à l'intérieur de la chambre ses armes, et dans l'armoire entrouverte dépassaient de nombreuses robes. En évidence sur un buste, trônait une riche tenue de cavalière vert et blanc composée de soierie et de cuir finement ouvragé.
« À qui sont toutes ces affaires, Legolas ? »
Il explosa d'un rire clair, presque enfantin.
« Mais à toi ! Mon père les a fait amener cet après-midi à ton intention ! Il tient à ce que tu portes cette tenue, pour remplacer celle qu'il a découper pour te soigner. »
Entendre son ami évoquer ce moment lui était pénible, il ignorait bien entendu que les circonstances où son père avait commencé à déchirer ses vêtements, ses intentions étaient loin d'êtres d'ordre médical. Chassant ses pensées, elle hésita à accepter tous ces présents. Les motivations du roi étaient un véritable mystère pour elle, et son comportement ambivalent la laissait perplexe.
L'aube vint vite, et malgré la coupe de vin-songe offerte par son nouvel hôte, Berethiel fut réveillée par la douleur occasionnée par ces plaies. Il lui sembla être aussi fatigué que si elle n'avait pas dormi depuis une semaine.
Le prince insista pour examiner ses blessures et lui assura qu'elle ne devrait plus ressentir de douleur d'ici quelques jours, cependant, il voyait les cernes souligner ses yeux, et ses lèvres si pâles. Malgré ses appréhensions sur le sujet, il lui proposa une minuscule fiole de lait de pavot :
-Cela apaisera ta douleur en attendant que tu cicatrises, mais n'en abuses pas, ou tu souffriras davantage encore...
Elle le remercia, et bu la fiole d'un trait après lui avoir assuré sa vigilance avec quelques paroles rassurantes.
-Quand partirons-nous pour exécuter la justice du roi, s'enquit-elle alors qu'elle sentait le lait de pavot se rependre en elle, soulageant sa douleur et étourdissant doucement son esprit.
« Nous pourrions partir pour le Gondor d'ici une semaine à dix jours.
-Tant que cela ? Legolas, je ne supporte plus d'être enfermée ! Mon esprit tourne en rond, c'est cela qui me rend malade ! »
L'ellon eut un sourire franc et dis : « J'en conviens. Mais avant de penser à partir, commençons par descendre un peu de cet arbre. »
Et l'elfe rousse dut bien avouer que se retrouver à nouveau parmi les siens lui fit l'effet d'une bouffée d'oxygène. L'esprit rieur et la jovialité des elfes sylvestres chassèrent autant sa fatigue que ses sombres ruminations qui pesaient sur elle.
Elle passa la journée à parcourir la cité elfique et les bois environnant, et ce, jusqu'à ce que la lune soit haute dans le ciel. Malgré la fatigue, elle était heureuse de rencontrer ses anciens compagnons d'armes au cours de ses flâneries qui la menèrent tout droit au terrain d'entraînement des soldats.
C'était la première fois qu'elle les revoyait depuis la chute de Dol Guldur, et notamment Elros. C'était un ellon à la longue chevelure brune et aux yeux bleus qui lui rappelait le physique des fils d'Elrond, quoi qu'il soit de moindre carrure. Cadet de la garde royal, il s'était lié d'amitié dans la tente de soins après qu'elle l'eut sauvé de la hache d'un Uruk Hai. Une complicité s'était créée entre eux. Durant leur chaleureuse retrouvaille, l'enthousiasme du jeune ellon fut si communicatif qu'il se propagea parmi ces camarades d'armes comme une traînée de poudre, et leurs aînés décidèrent d'organiser un banquet pour le lendemain, afin de fêter son retour à Eryn LasGalen.
Cette réaction n'étonna pas le moins du monde Berethiel, car elle savait que les elfes sylvestres étaient réputés pour leurs promptitudes à saisir toutes occasion de festoyer, et avait déjà eut la joie d'en profiter après la chute de la dernière forteresse du mal ou la cité elfe abrita dix jours de liesse ininterrompue.
Ils honorèrent leur réputation avec hardiesse, improvisant un vaste banquet au fond du jardin royal à la lisière de la forêt, ou le vin coula à volonté, accompagnant une multitude de chants et danses qui faisaient la fierté de ce peuple si joyeux. Malgré la promptitude des préparatifs, la fête n'en fut pas moins somptueuse, et les plats défilèrent aux tables de la trentaines de convives, tous plus délicieux les uns que les autres.
Thranduil ne se montra pas de la nuit, mais fit porter par Gallion, l'intendant royal, un tonneau d'un excellent cru de vin en gage de ses bons vœux de rétablissement en début de soirée, et ce dernier se joint aux réjouissances sans qu'il soit nécessaire d'user d'argument, visiblement impatient de goûter au présent du roi.
Berethiel tint à être de la fête jusqu'à ce que l'aube se fasse imminente, ou Elros la poussait à prendre du repos, car son corps demeurait fragile malgré la fougue de son esprit. Il eut peine à lui faire entendre raison. La jeune elfe souhaitait se joindre à Legolas qui organisait une chasse improvisée avec les volontaires présents, dont le départ était prévu pour l'aube approchante.
L'elleth retourna dans les appartements du prince, sous la surveillance de son ami à la chevelure brune et en compagnie de Gimli, qui, saoul, était porté par deux belles elfes saoul toutes aussi saoul, riaient aux éclats des plaisanteries du nain.
Une fois Gimli couché dans son lit où il s'endormit à peine après avoir toucher les draps, elle se retourna dans ses nouveaux appartements, malgré tout contente de retrouver un peu de calme. La fête fut étourdissante, surtout après avoir passé autant de temps seule loin du monde, et la douleur avait de nouveau recommencé à la torturer. Elle n'avait pas voulu alerter Legolas durant le banquet, mais à présent, elle se dirigea vers la mallette de bois où le prince avait sortit le petit flacon plus tôt dans la journée. Elle l'avala d'un trait, priant pour trouver un sommeil reposant.
Berethiel ne s'éveilla qu'en milieu de matinée, une douleur plus vive encore que lors de son coucher, et après avoir vidé une nouvelle fiole de lait de pavot, elle alla s'enquérir de l'état de son camarade nain. C'était une race qu'elle n'appréciait habituellement qu'avec modération, mais la rousse commençait à comprendre pourquoi le prince s'était attaché à lui. C'était un personnage à la conversation riche derrière des apparences rustre, et une fois qu'il chassait sa timidité envers les dames, il semblait être devenu un artiste, glissant humour et poésie dans ces propos.
Mais le nain dormait toujours, et sans doute ne s'éveillerait-il pas avant de longues heures, au vu de ses ronflements sonores.
L'elleth retourna dans le salon saisit un fruit, et se servit une coupe de vin tut en se laissant choir dans le canapé du salon. Bien qu'il ne soit pas dans ses habitudes de prendre un tel déjeuner, elle reproduisait inconsciemment ce qu'elle avait vu Thranduil faire pendant prêt de trois semaines, comme si elle avait oubliée sa vie à Imladris.
Sa vie là-bas lui paraissait lointaine, comme un rêve qui fut trop doux pour avoir vraiment eut lieu en ce monde où la douleur était devenue son quotidien.
Elle ne voulait plus souffrir à chaque geste qui tiraillait ses cicatrices, lui rappelant son douloureux séjour forcé chez les hommes. Elle se promit d'aller voir les soigneurs de la cité pour lui demander du lait de pavot, ne voulant pas inquiéter Legolas, déjà bien trop soucieux son égard.
Cette fabuleuse boisson laiteuse lui avait rappelé la douceur et l'insouciance qu'elle ressentait dans les jardins d'Imladris. Elle ne voulait plus que ce sentiment de sécurité et d'insouciance ne lui échappe.
Assaillit par de sombres pensées, Berethiel se rendit d'un pas traînant et mal assuré jusqu'à sont lit et s'y laissa choir. Alors qu'elle n'avait bu qu'une coupe de vin, cela lui fit le même effet que si elle en avait bu un flacon entier, l'étourdissant et la faisant sombrer dans un sommeil tourmenté, agiter de cauchemar où elle était de nouveau dans cette sombre cellule.
Mais à présent, elle voyait Thranduil, qui la fixait derrière les barreaux de sa cellule, silencieux, sans jamais ciller alors que Silias du Gondor l'abreuvait des pires insultes qu'elle n'eut jamais entendues. Parfois il la battait, l'humiliait, mais le roi ne bougeait pas d'un pouce, ses traits désespérément vides d'expression.
Quand enfin, elle parvint à saisir un pan de sa tunique a travers les barreaux de sa cellule, ces traits devinrent subitement ceux de sa mère.
-Nana, pitié, aide moi...
-Oh, douce pining, ne te souviens-tu donc pas qu'il est est déjà venu te sauver ? Cesse donc de te cacher et de pleurer sur ton sort comme une enfant !Souviens-toi : tant qu'un guerrier souffre, il sait qu'il est encore en vie !
À présent, elles n'étaient plus dans la cellule, mais dans les appartements de Thranduil. Berethiel vit sa mère, vêtu de la même tenue de combat que la dernière fois qu'elle l'avait vu, et alors qu'elle faisait mine de sortir du salon du roi, plongé dans l'obscurité, elle murmura : Prend garde, car tu empreinte un chemin dangereux...
Quelques jours plus tard, alors que l'état de santé de Berethiel s'était considérablement amélioré, Legolas accepta de faire partir la compagnie dès l'aube du septième jour après son arrivée dans ses appartements. Et ce, bien qu'il la soupçonnât de faire taire ses souffrances de manière peut orthodoxe, car elle avait cessé brutalement de se plaindre de ses blessures.
Il la questionna à ce sujet, mais elle lui assura de respecter scrupuleusement les recommandations faites par les soigneurs d'Eryn LasGalen, et lui promit que cela cesserai quand ils prendraient la route.
Elle perçut un grand trouble envahir son esprit en abordant ce sujet, mais quand elle lui en demanda l'origine, il se détourna du sujet, et lui révéla simplement que cela faisait mauvais ménage avec le vin, et la pria de ne pas mélanger les deux dans une journée.
Berethiel se voulut rassurante, lui cachant les terribles cauchemars qu'elle avait fait l'autre matin, et ne creusa pas davantage le sujet. Cependant, elle avait la certitude qu'il ne lui disait pas tout ce qu'il savait de ce médicaments, mais semblait le redouter comme si il avait fait l'expérience de ces désagréments.
L'après-midi avant leur départ, Legolas partit à la chasse alors que Berethiel restait dans ses appartements, lisant paisiblement un livre sur le canapé du prince. Elle était allongée sur le ventre, balançant ses pieds dans l'air d'une manière enfantine.
Elle était interdite de chasse pendant sa convalescence, ordre du roi, et bien que cela l'eût contrariée au début, elle était finalement heureuse de ce moment de repos seule à profiter du calme des appartements princier avant de partir sur la route. Elle savait d'expérience qu'elle n'aurait plus une seconde d'intimité dès qu'elle aurait monter son cheval.
Vidant une fiole de pavot, pour chasser une douleur naissante, elle se laissa aller à ses songes, reposant l'ouvrage qu'elle lisait plus tôt.
Tout dansait autour d'elle, et une fois de plus, Berethiel songea à Imladris, tel que la vallée cachée fut jadis.
Elle revoyait Elladan qui la grondait alors qu'elle barbotait à moitié nue dans les fontaines, de la cité, lors d'un été particulièrement chaud. L'été de sa centième année qui fit d'elle une elleth adulte, et en âge de décider d'elle-même de sa vie.
« Mais si j'agis en adulte, mellon nim, vous allez terriblement vous ennuyer ! » Lui avait-elle dit d'un ton moqueur, et malgré tous les efforts de l'ellon pour paraître grave, il avait éclater d'un rire cristallin.
Comme elle regrettait leur départ pour les Havre-Gris, car depuis, la cité s'était presque vidé, et elle s'ennuyait terriblement.
Déposant son bras sur ses yeux clos pour chasser la lumière, sa main frôla un tissu soyeux. Elle mit un moment à réagir qu'il n'y avait rien qu'elle aurait pu ainsi frôler à sa portée. D'ordinaire.
Ouvrant les yeux, elle découvrit que Thranduil était assis sur la table, juste à côté d'elle. Berethiel se redressa, groggy et enivrée par le lait de pavot qui bouillait à présent dans ses veines.
Le Grand Roi des Elfes était dans ses appartements, qu'il trouvait désespérément vide.
Le silence qui y régnait bourdonnait dans ses oreilles, le rendant fou. Il se rendait compte que même si elle allait et venait en silence, la présence de Berethiel lui manquait, et maintes fois, il s'était surpris à l'appeler,cherchant sa présence alors qu'il l'avait chassé de ces lieux plusieurs jours auparavant.
Il s'en voulait terriblement de lui avoir tenu de tels propos, et de l'avoir jetée dehors comme on se débarrasse d'un meuble devenu trop encombrant.
Il aurait dû la garder ici, la convaincre que c'était une mauvaise idée que de partir exécuter tous ces hommes... Car c'était bien de cela qu'il était question.
Tuer des hommes. Bien qu'ils le méritaient cent fois, était-ce là une mission pour une jeune elfe de haute naissance ?
Le roi descendit d'un pas silencieux jusqu'aux appartements de son, fils, et entra, sachant que Legolas et Gimli étaient partit à la chasse dans une région éloigner du refuge. Il savait également que son fils ne fermer jamais sa porte, disant toujours qu'il n'en voyait pas l'intérêt.
Il entra à pas de loup, et après quelques pas, il l'aperçut. Elle était allongée sur le divan, flottante dans une robe rouge foncé, les yeux fermés, le visage serein, un demi-sourire sur les lèvres. Il ne voulut pas la réveiller tout de suite, elle avait l'air si sereine, et ses lèvres si blanches il y a quelques jours, avaient repris une teinte rosée prouvant qu'elle allait beaucoup mieux.
Il s'assit sur la table basse en face du canapé où Berethiel était étendu, et approchant sa main de son épaule pour l'éveiller, il perçut qu'elle tremblait légèrement. En y regardant mieux, il vit de la sueur perler sur son front.
Quelque chose n'allait pas.
Thranduil descendit sa main pour saisir une des siennes, mais l'elfe rousse remua légèrement, déplaçant la cible du roi pour la déposer sur ses yeux en frôlant le tissus de sa tunique verte au passage.
Quelques secondes plus tard, elle se redressa d'un bon, sans doute avait-elle enfin perçut sa présence.
Un tel manque de vigilance n'est pas dans ses habitudes... Il y a peut encore, elle m'entendait rentrer dans mes appartements alors qu'elle rêvassait sur le toit... Qu'est ce qui a changé ?
-Bonjour, Thranduil. Que me vaut l'honneur de ta visite... ?
-Je venais te rendre une simple visite. Nous ne nous sommes pas revus depuis ton départ de mes appartements... Il plongea ses yeux dans ceux de Berethiel et posa une main sur sa joue et poursuivit, je regrette la façon dont cela s'est passé... J'ai été injuste avec toi, et je te demande pardon... Je ne veux pas que tu quittes ce royaume en ayant si mauvaise opinion de son roi...
Sa voix était calme, et douce, son expression sincère. Réalisant cela, Berethiel fut touchée par ces mots, qui bien que simple, révélaient qu'il s'était attaché à elle durant son séjour, et que le mépris avec lequel il l'avait congédié n'était pas le fond de sa pensée.
De plus, la rousse savait combien le roi était orgueilleux. Présenter ainsi des excuses devait nécessiter un effort considérable de sa part.
-Vous êtes un grand roi, Thranduil, souffla-t-elle en saisissant sa main, mais un ellon avec un caractère impossible... J'accepte vos excuses.
Il sourit, peu de gens osaient proférer cette certitude devant lui, mais il n'ignorait pas que tous le disaient en son absence. La spontanéité de cette elleth lui plaisait, car c'était justement ce trait de caractère qui était à l'origine des moments les plus intéressants qu'il avait passé avec elle.
-Viens, allons sur la terrasse, et prenons une coupe de vin pour fêter en attendant le retour de Legolas.
Elle accepta, et ne trempa que légèrement les lèvres dans son verre, déjà étourdie par le lait de pavot qu'elle avait bu peu avant l'arrivé du roi, et elle ne voulait pas refaire l'expérience d'un désastreux mélange. Le roi remarqua cela, mais n'en dit rien, cherchant dans son esprit ce qui pourrait être la cause de tout ces petits détails inhabituels. En vain.
Le roi lui fit d'ailleurs par du fait qu'il la trouvait encore faible, mais elle lui assura qu'elle allait bien, et qu'elle ne souffrait que de fatigue, et bien que le seigneur blond acquiesça, elle perçut qu'il n'était pas crédule. Ils partagèrent ensemble un moment agréable, discutant des nouvelles du monde que le roi lui apportait, comme il le faisait quand elle était encore sa gouvernante, la laissant empreinte d'une étrange nostalgie. Elle le vit partir à regret quand le crépuscule pointa.
La nuit qui suivit vint vite, et Berethiel, après avoir salué Legolas de retour de chasse, alla dans ses appartements apprêter ses affaires pour le lendemain. Contemplant la luxueuse tenue que le roi voulait qu'elle porte pour le voyage, la tête pleines de questions. La tunique confectionnée de vaporeux pans de crêpes de soie vert et blanc, douce au toucher, tout autant que le cuir qui composait le bustier, s'ajustant par dessus les riches tissus, mais d'une solidité certaine.
Je ne comprends vraiment pas ce que vous attendez de moi, mon cher roi...
De son côté, le prince passa la nuit à étudier les différentes cartes et rapports afin de s'assurer de prendre l'itinéraire le plus court, estimant la durée du voyage à environ une lune. L'aube vint vite, et l'heure du départ davantage encore.
Quand le soleil fut à son zénith, la compagnie, prête à partir, reçut la bénédiction du roi qui leur recommanda la plus grande prudence, et priant pour que leur retour soit prompt, il les laissa aller sans autre cérémonie, s'élançant aux galops sur d'imposants chevaux blanc et noir.
Les premiers jours furent consacrés à une intense chevauchée pour s'éloigner du royaume sylvestre en traversant les terres sauvages, où les elfes chantaient tout au long des chemins pour briser l'ennui de leur voyage.
Berethiel participait toujours avec plaisir aux réjouissances avec ses compagnons de route envers qui elle se sentait infiniment redevable. C'était son histoire qui les avaient poussés à quitter leurs proches, mettant leur vie en danger pour que justice soit faite, et son tortionnaire puni.
Mais en dépit de son amour pour les chants de ses compagnons, elle passait une partie de voyage à l'arrière un peu à l'écart, perdue dans ses songes.
Un soir, alors qu'elle offrait un peu de nourritures à leurs chevaux, Elros, son vieil ami, vint la voir. Il fut le premier à se joindre à la compagnie visant à aller punir les esclavagistes, impatient de pouvoir enfin s'acquitter de la dette qu'il avait envers elle depuis Dol Guldur.
« Même si je ne te connaissais pas, je dirais que tu es tourmentée, mellon nim. Et que tu caches un secret qui pèse sur ton cœur.
- Je crains de ne plus avoir de secret que tous ne connaissent déjà. »
L'elfe brun la fixait intensément de ses yeux bleus, scrutant la moindre de ses expressions en quête d'indice sur ce qu'elle pouvait bien lui cacher.
« Si ce n'est pas ton attitude, c'est par ce que tu portes... Cette tunique.
- Qu'a-t-elle de particulier ? » demanda-t-elle sincèrement.
L'ellon brun rit, et voyant l'air étonné de sa compagne, il la fixa un moment, incrédule, faisant le tour de sa personne lentement.
« Cette tunique fut commandée aux meilleures tisseuses de Lothlorien il y a cinq cents ans. C'était un présent de Thranduil à son épouse, Faeriel. Hélas, elle est décédée avant qu'il ne puisse la lui offrir... C'est un cadeau plus que royal, le roi doit te tenir en haute estime pour se séparer d'un tel objet... »
L'air choqué de Berethiel fut la meilleure preuve de son ignorance face à l'histoire qu'Elros venait de lui conter. Se ressaisissant, elle siffla son cheval, et l'enfourcha d'un bon.
« Que fais-tu ? Demanda Elros en écarquillant les yeux.
- Que se passe-t-il ici ? » voulu savoir Legolas, qui avait suivit la monture de son amie.
« À présent que nous avons dépassé les frontières d'Eryn LasGalen, je souhaite poursuivre mon chemin seule vers la demeure de Silias. Je vous laisse les autres esclavagistes. C'est une affaire entre lui et moi, et non pas entre les royaumes sylvestres et le Gondor.
- Le roi Thranduil a ordonné... » Commença Legolas, abasourdi.
« J'ai suffisamment obéi à Thranduil ces derniers temps, et je suis las de ses caprices. »
L'elfe blond empoigna la crinière du cheval pour le retenir.
« J'ai promis au roi que je veillerai sur toi... Affronter seule un homme entraîné est suicidaire !
-Votre promesse vous honore mon prince, et vous savez combien je vous estime, mais ceci n'est plus votre affaire.
- Je ne te laisserai pas commettre pareille folie ! Dussé-je te ramener à Eryn LasGalen pieds et poings liés sur ton cheval ! »
Elle sembla sur le point de répliquer quelque chose, mais se ravisa, et fit mine de retourner avec leurs congénères, mais alors qu'il avait détourné le regard, elle bondit sur son cheval et prit la fuite.
Le prince jura, et ordonna à Elros de continuer à mener à bien cette expédition. Il s'élança à la poursuite de Berethiel, Gimli les talonnant avec difficulté sur son poney.
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Fin de chapitre
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Et comme toujours, mes louanges vont à la bienveillance de Raegan et de Darkklinne !
J'espère que ce chapitre vous à plu !
Merci pour vos reviews et vos encouragements !
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Darkklinne : Merci pour tes petits mots, tes remarques m'aide à réfléchir dans ces moments ou je fixe ma page désespérément vide avec désarroi.
Famisaki, little-road, Aewn galad, et Toutouille, c'est un plaisir de constater que ma fic vous plaît encore après tout ces chapitres !
Et bien sur, merci à tous les autres, car sans lecteur, une histoire se meurt.
