7.
- Prêt Neji ?
Son coéquipier hocha la tête et elle lui envoya une salve de shirukens. Il tenta le Tourbillon Divin mais sa technique n'était pas encore tout à fait au point. Il dût éviter les armes en créant un bouclier de chakra qu'il propulsa avec force.
- À croire que seul tu ne peux pas maîtriser parfaitement une technique. Il fallait que je sois là, lança Tenten avec l'esprit taquin qui la caractérisait.
- Occupe-toi de renvoyer des armes, trancha-t-il sans lui répondre de long en large à quel point il était difficile pour les membres de la bunke d'apprendre les techniques de la sokke.
Elle sourit, se propulsa dans les airs et fit exprès d'augmenter la puissance de ses attaques pour le pousser dans ses derniers retranchements. Il avait des capacités géniales, il était hors de question qu'il ne les saisisse pas. Quand bien même elle le ferait suer, souffler et gémir, il réussira sa technique avant l'examen. Parole de ninja et de coéquipière.
- C'était mieux vers la fin, l'encouragea-t-elle en s'approchant à nouveau.
Ils avaient déclaré prendre une pause et avaient quitté la forêt pour acheter un rafraîchissement en ville. Elle ouvrit sa canette de soda et but de longues gorgées. Elle était elle-même essoufflée, mais encore, bizarrement, débordante d'énergie. Il lui sembla même que Neji la trouva plus persistante que d'habitude, même s'il n'en laissa rien paraître, à sa bonne habitude.
Son voyage chez elle avait rouvert des cicatrices mais représenté également un profond bien être. Elle avait renoué avec ses racines. C'était quelque chose que Neji, sensible aux gestes des autres, avaient tout de suite perçu. Et tout dans les manières de Tenten semblaient grandies.
Par ailleurs, elle était plus vive, plus franche, plus masculine encore, plus fraternelle également. Ce fut comme si elle associait l'absence de Lee à sa présence, et cette impression troubla Neji. Il ressentait encore plus intensément la tristesse de Tenten pour son ami, de cette manière. Cette façon involontaire de le faire vivre à travers elle était bien plus puissante que n'importe quelle parole, regard ou soupirs attristés.
Sans nul doute, la peine de Tenten était déjà profondément ancrée en elle, et non pas superficiellement à la surface, prête à être remplacée par n'importe quel moment de joie. Tenten s'occupait déjà de ce qui était le plus urgent, de tout ce qu'elle pouvait faire, et en ce moment, c'était son soutient qui était mis en valeur. Ainsi, la superposition de ses sentiments lui permettait de gérer raisonnablement ses pensées et ses actions, et tout ce qui était en elle, au fond, était dévoilé subtilement et inconsciemment. Peut-être même Neji était le seul à s'en douter, vu qu'il connaissait le kunoichi et les événements récents qui avaient eu lieu. Mais peut-être que d'autres événements s'étaient déroulés entre temps ? Suffisamment heureux ou malheureux pour l'avoir menée à agir ainsi ?
- Détends-toi Neji. Tu vas la réussir, ta technique. Profite de cette pause.
- Je sais bien que je vais la réussir, lâcha-t-il laconiquement en buvant sa canette.
Ils étaient assis sur un banc, les pieds posés sur le rebord d'un toit et regardaient les rues illuminées par un zénith rayonnant. Tenten ne s'agaça même pas de la réponse de son coéquipier. Ca faisait bien longtemps qu'elle y était habituée et n'avait jamais connu d'autres réactions de sa part. Elle avait donc su parfaitement s'y faire, même s'il était un peu désagréable d'avoir des discussions aussi froides.
- Contre qui tu t'es battu à la troisième épreuve, au fait ? demanda finalement Tenten en le regardant de biais.
Il eut un sourire qui sonnait faux.
- Ma chère cousine.
- Oh... non. Tu as gardé ton calme j'espère ? Comment ça s'est passé ?
- Je préfère ne pas en parler. Elle ne changera jamais, c'est tout ce qu'il faut retenir de cet échange.
Tenten pensa à la jeune Hyûga qu'elle avait aperçue. Elle ne ressemblait pas du tout à son cousin, la physionomie mise à part. Elle avait même l'air très gentille bien que souffrant d'une timidité à la limite de la pudibonderie. Tenten n'avait pas ce caractère là, mais elle le préférait mille fois plus qu'à celui des filles sûres d'elles et essentiellement orientées vers l'optique de plaire et de se plaire.
Tenten se réserva tout commentaire mais brûlait d'envie d'en connaître davantage. Elle voulait surtout savoir comment agissait l'héritière légitime de la famille, face à son cousin. Et sa façon de combattre était-elle la même que celle de Neji ? Elle imagina Hinata le mimer et activer le byakugan. La pose ne la gênait pas mais elle avait toujours vu le byakugan activé chez Neji et l'avait associé à son caractère autoritaire. Hinata en était tout bonnement dépourvue, et donc le byakugan ne l'allait pas.
Vraiment, elle aurait été curieuse de voir ça.
- Et la prochaine fois ce sera Naruto. Je n'aurai même pas eu l'occasion de me confronter à dès qui valent vraiment le coup, lâcha Neji en jetant la fin de son sandwich dans la poubelle.
- Tu auras d'autres occasions, se contenta-t-elle de répondre les lèvres pincées.
Rien à faire, elle préférait beaucoup plus les conversations avec Lee.
Ils retournèrent dans la forêt après avoir encore un peu profité du soleil sur leurs peaux. Ils n'avaient jamais l'occasion de traîner à cause de Gai et Lee et se rendaient compte, maintenant, qu'ils aimaient autant s'entraîner que ne rien faire inutilement.
Et bien sûr, ça les fit penser de nouveau à Lee qui était hospitalisé. Neji soupira et murmura quelque chose qui ressemblait à une visite en perspective dans les jours à venir.
Il était dur d'imaginer Neji attentif à la douleur des autres et en témoigner par une quelconque visite. Tenten hocha la tête mais n'ajouta rien. C'était déjà trop gênant comme ça, pas la peine d'approfondir ce sentiment par une parole inutile.
Ils s'entraînèrent encore longtemps, jusqu'à ce qu'il fasse plus frais. Neji était sur la bonne voie pour maîtriser la technique le lendemain ou le surlendemain.
Quand Tenten rentra chez elle, le soleil était rouge dans le ciel.
La kunoichi dégagea les armes et les parchemins sur la table de la cuisine et mangea en prenant tout son temps. Elle dégustait avec une lenteur exagérée, profitant vraiment de ce temps en solitaire. Elle avait trop grillé ses boulettes de viandes mais adorait tellement ce plat que, même brûlé et crissant sous ses dents, elle y trouvait du plaisir.
Elle lava le tout, surmonta son lit et se brossa les dents dans sa salle de bain exiguë. Ensuite, elle passa par la fenêtre qui donnait sur une parcelle de toit en tuiles. Le soleil avait presque finit sa descente vertigineuse et la lune, derrière Tenten, semblait heureuse d'entrer en scène. Elle était pleine, blanche, parfaite pour s'entraîner en forêt la nuit.
- Cesse de penser à t'entraîner ! s'ordonna-t-elle, n'en revenant pas de n'avoir que ça en tête.
Elle soupira et regarda les habitants se promener au-loin. Les parents pressaient les enfants, les couples marchaient main dans la main, les restaurateurs faisaient des signes de la main, les vendeurs fermaient leurs magasins, les adolescents traînaient sous les arbres ou sur les toits en buvant et bavardant. On eut dit un petit rouage dans un grand tout bien organisé. Il était certain que l'exaltation ici était sans pareille à celle qu'elle avait connu dans sa propre campagne.
Le ciel se peignit des teintes bleutées et Tenten rentra dans sa chambre. Elle enfila une robe de nuit blanche, ample, et s'allongea sur son lit. Il faisait chaud. Elle garda la fenêtre ouverte. Le pantin ne bougeait pas beaucoup et Tenten s'ennuya à y lancer ses kunais. Elle trouva un livre près de son matelas, dont la quatrième de couverture était toute cornée due à une mauvaise chute. Elle n'avait pas beaucoup de romans. Ses livres étaient tous, pour la plupart, des récits de grands ninjas, des légendes des villages et des techniques. Elle avait aussi des livres sur l'astrologie qu'elle appréciait énormément.
Tenten défroissa le livre et lut le début sans se souvenir de quoi ça parlait.
Soudain, elle entendit un bruit qui ne venait pas de son appartement. Elle releva la tête et regarda autour d'elle. Rien. Elle abandonna son livre et un kunaï vint trouver place dans sa paume. Son corps resta immobile et sa respiration se figea. Toute son attention était portée vers le moindre son.
Un nouveau bruit, plus fort encore, dirigea son attention vers sa fenêtre. Elle resta clouée au matelas lorsqu'elle découvrit son ami se hisser le haut du toit et rejoindre sa fenêtre.
- Nom de Dieu, Machiwa, qu'est-ce que tu fiches ici ?
Elle avait quitté son lit et se tenait droite, interdite, le kunaï inconsciemment pointé vers son ami.
- Baisse-ton arme tu veux, je sais que tu sais viser, je n'ai pas besoin d'une démonstration personnelle.
- Vraiment ? fit-elle d'une voix froide.
Mais elle baissa son kunaï et le déposa sur son lit.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ? répéta-t-elle, profondément choquée.
- J'avais hâte de te revoir ! s'exclama-t-il en lui souriant.
Il atterrit dans l'appartement et la rejoignit en de grandes enjambées. Certes ça faisait plusieurs semaines déjà qu'ils ne s'étaient pas vus -depuis le début de l'examen en fait-, et puis elle avait été blessée, elle était partie chez elle, elle avait entraîné Neji... mais tout de même... Tenten était déjà partie en mission plus longtemps, rien qu'à Kiri ça avait pris plus d'un mois.
Il devait baisser son regard vers elle, du haut de ses dix-sept ans. Elle le regarda sans un mot, peu habituée de lui voir cette expression de ravissement extrême. Machiwa était d'habitude quelqu'un de renfrogné, timide, parfois enjoué mais jamais autant.
Il franchit la dernière limite entre eux-deux et enveloppa le corps de Tenten dans ses bras. Le nez de la Kunoichi atterrit dans le creux de son épaule. Ses yeux trahissaient sa surprise et sa confusion. Elle ne savait comment réagir. Elle toucha le dos de son ami et chuchota :
- Moi aussi.
Il la serra encore plus fort et elle étouffa contre son torse. Elle se dégagea et le regarda avec une expression de légère incrédulité.
- Tu aurais pu frapper à la porte, comme font les gens normaux, commenta-t-elle en se détournant.
Elle ne savait pas quoi toucher pour occuper ses mains, ni où se placer. Son regard se hasardait d'un coin et de l'autre de la pièce.
- Comme les gens normaux, dit celle qui a voulu me viser avec une arme ?
- C'était de la légitime défense !
- Légitime ? Un ami n'a plus droit de rendre visite ?
- Pas à cette heure, pas par surprise, pas de cette manière ! Enfin, à quoi pensais-tu ?
- Je t'ai pas vu de la journée et je n'étais pas sûr que tu sois là demain non plus. Ca ne m'a pas laissé plus de choix, marmonna-t-il en bougonnant.
- Je comprends mais quand même. À la limite laisse-moi un mot. J'aurais trouvé un moment pour me libérer.
Il la jugea du regard, l'air à nouveau renfrogné.
- Ca semble si dur de trouver un moment de passer du temps avec moi.
- C'est pas ça, Machi. Neji a sa dernière épreuve dans trois jours. Il doit être prêt.
- Ah, ce Neji. C'est un génie non ? Il peut se démerder tout seul.
- Je suis sa coéquipière et il a besoin de moi, rétorqua Tenten en le regardant droit dans les yeux.
- Tu n'as que ce mot à la bouche, murmura son ami en regardant ailleurs.
Son ton de reproche était trop évident et il valait mieux ne pas la regarder en formulant ces mots. Elle lui en voulait tellement qu'elle avait envie de le gifler. C'était comme si, soudainement, elle avait Jimrû devant elle, lui reprochant de n'avoir que le mot de son père dans la bouche.
- Pars de chez moi.
- Pourquoi ?
- Tu m'ennuies !
Il la regarda en écarquillant les yeux.
- Enfin Tenten, tu n'es pas comme ça d'habitu...
- Sauf qu'en ce moment je suis sur des charbons ardents ! Lee est gravement blessé, des événements de mon enfance se dérobent à ma mémoire et le temps presse pour Neji. Alors, s'il-te plaît, n'en rajoute pas une couche.
- Lee est blessé ?
- Plus que tu peux l'imaginer et je n'ai même pas eu l'occasion de le voir encore.
- On peut y aller ensemble demain, si tu veux ! lui dit-il en souriant, la main sur son épaule.
- Je sais pas... je crois que Neji a parlé d'y aller déjà...
Machiwa resta silencieux, et Tenten devina sa frustration. Neji était trop présent en ce moment pour son ami. Il changea de posture et sa voix devint un murmure, une invitation aux révélations.
- Tu viens de parler de ton enfance...
- Des souvenirs, rien de plus. J'ai décidé de ne pas y penser pour l'instant.
- Mais je pourrais t'aider.
- Non, ça ne concerne que moi. Je suis fatiguée, Machi.
- Une tasse de thé te ferait le plus grand bien, tenta-t-il avec un sourire au coin.
- Ca m'empêcherait surtout de dormir et je ne serais pas en forme pour demain, fit-elle en secouant la tête de droite à gauche.
Il croisa ses bras sur sa poitrine puis monta sur la fenêtre.
- Très bien. Désolé d'être venu.
Il sauta sur le toit et s'approcha du bord.
- Imbécile, passe par la porte ! lui cria-t-elle en courant à la fenêtre.
- J'aime bien t'imiter, lança-t-il derrière son épaule avec un nouveau sourire au coin.
Et il sauta. Tenten ne put s'empêcher de monter sur le toit et de vérifier qu'il avait bien atterri sur la terrasse de son salon de thé. Il lui fit un signe de la main, sous les rayons de la lune, puis il ne resta de sa présence qu'un pan de son manteau.
x chap.7
