Chapitre 7 – Au plus profond du Lac Noir

- mention lemon -

Ses recherches s'étaient avérées concluantes. Bien que déçue parce qu'elle n'avait trouvé mot sur sa rapière, au fil des lignes le professeur avait découvert que l'étrange octogone en bois qui trônait sur sa coiffeuse était en réalité une boussole ornée d'un Vegvisir. Dans le folklore islandais, ce symbole se dépeignait dans tous les sortilèges de base et Livius en avait trouvé des traces jusqu'à l'ère Viking. Au-delà de l'utilisation des runes, la magie des sigils étaient déjà employée à cette époque pour préserver la santé d'un nourrisson ou encore chasser le mauvais œil. Le sceau était dessiné en fonction de la représentation mentale des mots du magicien, par une succession de lettres plus ou moins stylisées. Ainsi, l'invention de la presse par Gutenberg permit de très largement diffuser cette méthode à travers l'Europe, mais il fallut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que le Manuscrit de Huld apparaisse, compilant toutes les pratiques anciennes des Vikings. Le Vegvisir y avait une place particulière.

Perdue au milieu des pages, une simple phrase évoquait le symbole islandais : "Si ce signe est porté, on ne perdra jamais son chemin dans les tempêtes ou le mauvais temps, même si la voie n'est pas connue [1]». De mémoire, Amalia se souvint que l'objet qu'elle possédait était de la taille d'une main, en bois d'acajou verni et lorsqu'elle ouvrait le couvercle, il renfermait un socle sous lequel le sceau était dessiné. Il y avait tout juste la place d'y poser une bille puis, un astucieux mécanisme permettait de suspendre juste au-dessus, un pendule en cristal intégré au couvercle.

Livius expliquait que tout pouvait être retrouvé avec cet objet à partir du moment où l'on sacrifiait à la boussole, une partie de ce que l'on cherchait. Sa fille demeura pensive, comment pouvait-il affirmer une chose pareille ? Avait-il lui-même essayé l'objet et si oui, pour retrouver quoi ?

Les sursauts de l'animorphe la tirèrent de ses réflexions. Coincé dans sa cachette, il ne cessait de s'exciter à son approche, trahissant sa présence. Fort heureusement, la jeune femme ne rentrait dans la salle de lecture qu'après s'est assurée d'y être seule. Amalia prit dans ses bras ce compagnon original et caressa sa couverture afin de lui faire ouvrir la gueule. Une nouvelle fois, les pages s'animèrent seules et révélèrent un nouveau chapitre qu'elle redoutait de lire.

A la suite de l'incantation In memoriam, l'encre s'étirait pour dévoiler des lignes concernant les morts ramenés à la vie. Livius racontait en détails ses recherches.

- « Les Inferi sont des cadavres ensorcelés par un mage noir qui régit leurs gestes. Le processus pour créer un Inferius est long et nécessite plusieurs sortilèges complexes inhérents à la magie noire. Les premiers permettent de réanimer le corps, le transformant en goule. Pour cela… »

Amalia détourna les yeux un instant, un haut le cœur la prit à la gorge. Il lui fallut du temps pour réussir à lire les notes de son père sur la profanation des cadavres. Heureusement Livius n'avait pas jugé bon de réaliser des croquis sur le déroulé de ces actes.

- « Le corps continue à se dégrader avec le temps. C'est pour cette raison que les Inferi sont souvent squelettiques, dépourvus de couleur et ont perdu partiellement ou totalement leurs cheveux. Le sortilège final consiste donc à momifier le cadavre pour figer ses chairs par un sortilège de conservation.

Une fois la démarche achevée, la victime devient la marionnette du mage noir. Il peut le faire parler à sa place mais les autres actes dépendent de la limite physique du corps. Ainsi il n'est pas possible de lui faire déplacer une charge lourde et si un membre est coupé, il ne peut être remplacé. Cependant, il demeure insensible à la douleur ou aux sentiments. Ce processus peut être réalisé sur tout être, occis de la main du mage noir ou non. Le fait est que réanimer un mort en décomposition rend les sortilèges plus complexes comme expliqué précédemment.

Le corps ôté de son libre-arbitre, c'est une chose à ne jamais perdre de vue surtout si un mage noir utilise un proche pour attaquer.

Au cours de mes recherches, j'ai découvert qu'une part de l'âme du défunt reste accrochée à son enveloppe physique tant que le sortilège demeure, empêchant celui-ci de rejoindre le royaume des morts. En cela, la création d'un Inferius est – au-delà de la profanation du corps – un crime odieux. »

Le dernier paragraphe expliquait que seul le feu pouvait anéantir le cadavre et donc briser le sortilège. Mais Livius émettait l'hypothèse que, la possession de l'inferius par le sigil de Salomon serait également un moyen de rompre le lien avec le mage noir. Il terminait sur une phrase soulignée deux fois.

- « Je pense qu'un nécromancien peut user de sa compétence de chamanisme afin d'utiliser de cet objet légendaire, faute de quoi le premier mortel venu aurait pu prendre en main sa force extraordinaire. »

Sa fille referma lentement l'animorphe qui se calma pour reprendre place dans sa cachette. Elle connaissait à présent la manière de fabriquer un Inferius et savait que son don pour parler aux morts lui avait ouvert les portes de cette compétence obscure.

Sur le chemin du retour, elle remarqua les longues étagères vides de la bibliothèque après le ménage des Carrow et se souvient que leur fouille minutieuse du château, débuterait sous peu. Amalia chassa de son esprit les horribles images des cadavres pâles gisant à travers les eaux troubles et s'engouffra dans le premier escalier pour rejoindre sa chambre et y récupérer l'objet avant de descendre vers le cloître au premier étage. Sa salle de cours était bien entendu déserte à cette heure-ci, mais elle prit le soin de vérifier qu'aucun fantôme ou vivant ne la voit sortir de sa poche la boussole en acajou. Avec sa baguette, la sorcière traça le contour de l'objet dans le mur, à l'emplacement de la rose des vents sur la carte du monde. Les nuances sépia camoufleraient à la perfection le Vegvisir de Huld sous le nez même de centaines d'élèves. Elle l'emboîta avant de se concentrer sur le sigil. Rien ne pouvait le distinguer d'un simple sceau à lettre, l'enseignante en réduit donc la taille pour qu'il se loge dans le tiroir de son bureau.

Elle prit place sur son fauteuil et caressa les dragons d'argent. Les animaux de métal se murent pour libérer le tiroir où elle rangeait ses encres colorées, son papier et ses plumes. Lorsqu'elle le referma, son regard s'attarda sur l'aspect singulier du dessin. L'Ouroboros n'était pas courant dans le monde oriental et d'autant plus surprenant sur un objet ayant appartenu au grand roi Salomon.

A BeauxBâtons, Amalia avait choisi en option l'étude des symboles qui s'était avéré un choix judicieux quand elle avait quitté le monde magique pour enseigner aux Moldus. Elle se souvint que le serpent se mordant la queue était à la fois une manière de représenter l'évolution cyclique, l'idée d'un mouvement continuel et d'éternel retour. Il signifiait l'union de deux opposés à l'instar des triangles imbriqués du sigil de Salomon mais conservait aussi une notion essentielle de renouveau, de changements positifs. Interloquée, Amalia ressentit pourtant de l'espoir et garda confiance dans les choix de son père concernant les moyens de détruire Voldemort lorsqu'elle referma le tiroir.

oOo

A la veille du match de Quidditch opposant Serdaigle à Gryffondor, les élèves de cette maison paraissaient fébriles et les nombreux quolibets des Serpentard n'arrangeaient pas la situation. La journée et la soirée s'écoulèrent lentement et ni les encouragements des autres étudiants, ni les démonstrations discrètes de leur directrice en leur faveur, ne firent disparaître de leurs visages ces traits tendus. Ce fut donc à l'aube que toute l'équipe descendit dans la Grande Salle, incapable de se recoucher après que les premiers rayons de soleil ne l'aient réveillée. Poussée par les mêmes raisons et bien que des bras aient tenté de la retenir, Amalia les rejoignit quelques instants plus tard.

- Allez Gryffondor ! C'est aujourd'hui que l'on teste notre technique secrète !

- Bonjour Professeur, salua Ginny d'une voix ensommeillée. Vous pensez que les Carrow vont nous défavoriser contre Serdaigle ?

- Sans aucun doute, vous êtes encore l'équipe la mieux placée pour battre Serpentard et la dernière rencontre n'était pas plus glorieuse pour les deux autres maisons !

En effet, le match entre Serdaigle à Poufsouffle s'était soldé par un score nul et l'équité n'était pas de mise de la part des arbitres.

Une fois sur le terrain, les bannières rouges et or étaient tout aussi nombreuses cette fois-ci que les bleues et bronze. Dans la loge des professeurs, le directeur manquait à l'appel, pourtant cela n'étonna aucunement ses autres occupants. Severus ne se déplaçait que pour les rencontres de son ancienne maison.

Le vent soufflait un peu plus fort mais au moins, la pluie coupante d'automne avait cessé. Sur le chemin, le petit groupe avait croisé le garde-chasse, une ribambelle de furets autour du cou. Il s'était abstenu de tout commentaire jusqu'à être seul avec son amie.

- Dis-moi Hagrid, ton collier en fourrure est-il un signe que Buck est de retour ?

- Bien sûr que non, tu imagines ?! s'empressa-t-il de clamer haut et fort.

L'hippogriffe était en fuite depuis son intervention inopinée entre Harry et Severus. Dès lors, sa tête avait été à nouveau mise à prix et il arrivait assez souvent que les habitants du château aperçoivent un cheval ailé dans le ciel du domaine. La jeune femme se doutait bien que le demi-géant nourrissait régulièrement l'animal, certainement caché dans les montagnes surplombant Pré-au-Lard comme à l'époque où il était en fuite avec Sirius pour compagnon.

- Bon, viens, les Gryffondor ont un match à remporter ! lança-t-elle en prenant place au premier rang.

- Tu sembles bien confiante ! s'étonna-t-il.

La planche en bois sur laquelle il s'était assis grinça sous son poids et fit décoller légèrement sa voisine, sous les regards amusés des élèves autour d'eux. Encore une chance qu'ils ne furent pas sur les gradins dans les tourelles. Devant eux, la pelouse du terrain était encore couverte de givre et rien ne parvenait à réchauffer les spectateurs hormis quelques sortilèges de Flammes Vives enfermés dans des bocaux en verre. Les équipes prirent leur envol et très vite, les Carrow les suivirent afin de donner le coup d'envoi de cette rencontre qui s'annonçait riche en rebondissement.

Les deux Mangemorts lançaient des regards noirs aux supporters des Gryffondor et lâchèrent les différentes balles avant de reprendre leur place au-dessus des joueurs. Très rapidement, les mauvais traitements des Carrow jalonnèrent la rencontre et, bien que les deux équipes eurent à s'en plaindre, les rouges et or en pâtissaient plus. Pourtant, aussi soudainement que Ginny s'était précipitée sur le Vif d'or, les Poursuiveurs fondaient sur le Souafle et ne laissaient aucun répit à leurs adversaires. Sous les regards admiratifs des autres élèves, l'équipe de Gryffondor menait avec une belle avance et leur jeu irréprochable, souple et rapide, les assuraient de la victoire. Aucun tir ne parvenait à franchir leurs buts grâce à l'agilité du gardien secondé par un des Poursuiveurs qui placé là, réduisant leurs possibilités de marquer mais aussi d'encaisser des tirs. En l'espace de vingt minutes, la rencontre tournait clairement en faveur de Gryffondor. Les Carrow pestaient sur leurs balais et manquèrent d'argument pour ne pas siffler leur victoire lorsque leur capitaine brandit la sphère dorée. Dans un élan de joie, Amalia rejoignit ses étudiants sur le terrain pour les féliciter et ils lui rendirent bien en l'applaudissant.

- Votre stratégie a fonctionné ! C'était génial ! s'écria le gardien.

- Wai ! Incroyable, ils n'ont rien vu venir ! s'exclama un autre joueur.

- Allons, allons, je n'y suis pour rien ! C'est vous qui avez joué à la perfection ! répondit modestement leur ancienne directrice, qui savourait cette victoire autant qu'eux.

Tout près, le professeur McGonagall s'était avancée et écouta attentivement cette discussion.

- Hé bien Amalia, je ne savais pas que vous aviez repris en main les sessions d'entraînement de Gryffondor... s'étonna-t-elle.

- Surprenant, y'a pas à dire, marmonna Amycus en les dépassant.

Cette intervention dissipa l'équipe et l'allégresse générale se ressentit jusqu'à table pendant le déjeuner, bien qu'elle fut mesurée pour ne pas attiser d'avantage la fureur des Carrow. Ils destinèrent au professeur d'Histoire des œillades qui n'annoncèrent rien de bon.

oOo

Au dîner, l'ambiance était redevenue calme. L'heure d'étude s'était déroulée sous la surveillance des directeurs de maison et les plats dorés attendaient que les élèves s'installent. A la table des professeurs, Hagrid était toujours aux abonnés absents tout comme Severus, Trelawney et Firenze. Dans un rythme soutenu, les semelles marquèrent le pas et par rang, les étudiants se présentèrent face aux places assignées. Les mines étaient fatiguées mais la perspective de se restaurer détendit les lèvres crispées. Les Carrow entrèrent enfin et donnèrent l'ordre à chacun de s'asseoir. Le professeur McGonagall semblait être d'excellente humeur et prête à faire partager sa joie au moment où des hiboux entrèrent par centaine dans la Grande Salle.

Dans un tourbillon de papier, ils déposèrent des journaux devant chaque assiette et repartirent aussitôt, laissant derrière eux un silence étrange. Amalia la première défit la ficelle et déploya cette édition spéciale de la Gazette du Sorcier. En gros titre, elle découvrit imprimé en gras :

« Kingsley Shacklebolt : un traitre délogé du Ministère ! » et en plus petits caractères en-dessous « Découvrez comment il a permis à Sirius Black d'échapper aux Aurors ». Malheureusement, la chute du Ministère avait entraîné la disgrâce d'un bon nombre des membres de l'Ordre encore présents dans les murs. Amalia n'y lit pas le nom d'Arthur Weasley à son grand soulagement mais d'autres y figuraient. Soudain, un cri retentit dans le réfectoire. Une longue plainte proche du gémissement s'éleva de la table des Serdaigle. Une jeune fille venait de s'effondrer en larmes et, pendant que Flitwick alla s'en occuper, le professeur d'Histoire en compris la raison : une page entière énumérait les sorciers morts depuis le début du mois. Elle la parcourut à toute vitesse, craignant d'y lire le nom de Dora ou de Remus.

- Quelle tragédie ! Ses deux parents et sa petite sœur ! s'exclama Minerva à l'attention du professeur Chourave.

- Que va-t-elle devenir ? s'inquiéta son interlocutrice.

- Je ne sais pas mais je crains qu'elle ne soit que la première dans cette situation au vu des circonstances actuelles…

Le demi-gnome aidé par le préfet des Serdaigle, traîna littéralement la malheureuse à travers le réfectoire en direction de l'infirmerie. Les autres élèves n'avaient pas osé se lever par crainte des Carrow qui observaient la scène d'un air satisfait. Le journal expliquait que les Nés-Moldus étaient frappés de malchance en ce moment et incitait les autres familles à prendre le large au plus vite. Ces menaces coupèrent l'appétit de l'enseignante d'Histoire qui délaissa le contenu frugal de son assiette et mit ce temps libre à profit pour scruter les visages pâles de ses étudiants ainsi que ceux des professeurs à ses côtés. En y réfléchissant, il y avait à présent deux camps parmi ses collègues : ceux qui s'opposaient aussi prudemment que possible à la répression et ceux, qui par peur, à défaut de prendre part, n'aidaient pas les surveillants. Slughorn en particulier attira son attention. Le maître de potions se concentrait sur le maigre repas face à lui et ne releva même pas les yeux quand les premiers cris avaient envahis la Grande Salle, indifférent à la détresse qui s'immisçait dans le château. Et cette même scène se rejoua de nombreuses fois par la suite...

oOo

Sur le chemin de la volière, Amalia constata qu'un attroupement s'était formé devant les portes de la Grande Salle. En arc de cercle, les élèves observaient un minuscule première année qui pleurait à chaudes larmes.

- Mr. Woodwand, que vous arrive-t-il ? demanda Amalia en dispersant les étudiants.

L'enfant prit une expression terrorisée et son professeur n'eut d'autre choix face à son mutisme, que de le saisir par les épaules pour l'amener sur un banc en retrait.

- Allons, allons, dites-moi ce qui se passe… le rassura-t-elle d'une voix douce.

- Je… Je ne peux pas, Professeur ! hoqueta-t-il.

- Vous avez des ennuis avec un autre élève ?

- Si je vous le dis, je vais avoir des problèmes !

Le blondinet était réellement effrayé à l'idée de se livrer. La jeune femme opta donc pour une autre approche.

- Tenez, prenez une souris au sucre, cela vous fera du bien.

Malgré une hésitation, il saisit l'une des friandises au creux de la main d'Amalia et croqua dedans avec gourmandise.

- Bon, êtes vous maintenant disposé à m'expliquer ce qui vous arrive ?

Il renifla bruyamment et essuya le bout de son nez du revers de sa manche, jetant des coups d'œil inquiet vers l'entrée du réfectoire.

- J'ai été puni par les surveillants parce que j'ai volé dans les cuisines de l'école...

- Pourquoi avez-vous fait cela ?

- J'avais faim...

Amalia soupira, elle se doutait que cette situation arriverait car depuis près d'un mois, des cartes d'approvisionnement avaient été mises en place par le Ministère en raison de la raréfaction des produits. Les magasins habituels étaient pour la plus part tenus par des sangs-mêlés ou des Nés-Moldus, à présent emprisonnés à Azkaban. Chaque sorcier et sorcière s'était vu attribué un rang lui permettant d'acheter les victuailles correspondant à son sexe, son âge et sa condition physique. Certaines matières premières devenaient plus rares et cela se faisait ressentir aux banquets du collège. A l'atmosphère lugubre de la Grande Salle s'était ajouté la frugalité des plats.

Une ombre se dessina soudain sur le mur, imposante, il n'y avait pas de doute sur son propriétaire.

- Alors Mrs. Rogue, on se mêle encore de ce qui ne nous regarde pas ? héla Amycus.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.

- Cet élève a été puni et vous le réconfortez, insista le Mangemort face auquel le professeur s'était dressée.

- J'ai dissipé un attroupement dans les couloirs. N'est-ce pas l'une des prérogatives des enseignants de Poudlard ?

Dans son dos, elle fit signe au garçon de partir tant qu'elle pouvait s'interposer entre le bourreau et sa victime.

- Et qu'est-ce que vous faites là ? Je ne vous ai vue de la journée.

- Effectivement, j'avais du travail dans la bibliothèque et j'ai fait un peu de piano dans la salle de musique.

- Tssss, ne prenez pas ces grands airs avec moi. Si Rogue ne vous empêche pas de l'ouvrir, moi j'le ferai !

- Mr. Carrow, nous sommes apparemment partis du mauvais pied et j'aimerais que nous puissions...

- Taisez-vous et déguerpissez ! aboya-t-il en postillonnant.

L'odeur épouvantable de son haleine donna des hauts le cœur à Amalia mais elle s'exécuta, bien trop contente d'avoir une ouverture pour fuir et permettre à son élève de s'en sortir sans dommage supplémentaire. Le Mangemort la regarda disparaître dans un couloir et retourna à ses occupations. De son côté, le professeur d'Histoire fila vers la volière avant que le froid de l'automne ne lui gela les doigts.

Dans la tourelle, les chouettes allaient et venaient dans la nuit, rapportant avec elles des mulots morts et les diverses prises qui constitueraient leur dîner. Une corneille se présenta sur un perchoir au niveau des épaules du professeur et lui délivra un parchemin abîmé par la pluie. Elle patienta, clignant ses grands yeux jaunes dans un rythme régulier.

Amalia brisa le sceau d'un mouvement sec et parcourut le parchemin. Rita Steeker à nouveau, lui communiquait des informations qui allaient paraître le lendemain dans la Gazette du Sorcier et renforcer sa détermination à combattre Voldemort. Harry venait d'être déclaré « Indésirable n°1 » et le journal servirait à propager la nouvelle à travers tout le pays. Il lui était reproché le meurtre de Dumbledore et de monter une coalition de sorciers rebelles afin de renverser le Ministère. La Gazette devait mettre en garde les habitants car une émission pirate était diffusée depuis peu sur les ondes radio. Steeker expliquait en détail la manière de procéder afin de capter la fréquence ainsi que le premier mot de passe. Visiblement la journaliste coopérait au-delà des espérances d'Amalia jusqu'à ce qu'elle acheva la lecture de son courrier. Le post-scriptum réclamait des détails croustillants sur la prétendue relation entre Albus et son frère cadet, Abelforth Dumbledore. C'était la seconde fois que quelqu'un lui parlait de ce lien de parenté, ce qui intrigua d'autant plus l'enseignante. Jamais son tuteur n'avait fait la mention d'autre membre de sa fratrie en dehors de sa sœur, Ariana. Et cette dernière n'était pas son sujet de prédilection tant sa perte eut été une souffrance pour Albus.

Revenant à des considérations plus immédiates, Amalia cacha dans son corset la lettre et remonta aussi vite que possible vers le bureau du directeur afin d'avertir Severus du nouveau statut de Harry Potter.

A son grand étonnement, elle le trouva dans leur appartement, sortant de la chambre à coucher.

- Ah te voilà ! Je t'ai cherché partout ! s'exclama-t-il.

- J'étais à la volière et j'ai justement des nouvelles concernant…

Le sorcier avait en quelques pas, rejoint sa femme dans l'entrée et avec une fougue peu commune, il la plaqua contre la porte.

- Mais qu'est-ce qui te prends ? houspilla-t-elle lorsqu'il quitta enfin ses lèvres pour embrasser son cou.

Les soupirs étouffés de la jeune femme étaient déjà un signe de victoire, elle se laissait aller. Il fit remonter ses mains le long de ses hanches, glissant ses doigts sous le tissu à la rencontre de la peau douce. Les notes sucrées de ses cheveux étaient envoûtantes, il les savourait en sachant que si elle découvrait trop vite les raisons de son emportement, il ne risquait plus de les sentir avant un long moment. Leurs respirations s'accéléraient, les gestes devenaient plus brusques et rapidement, la sorcière se retrouva les bras en l'air, maintenue contre le battant en bois.

- Avant que l'on aille plus loin, j'exige une explication ! gémit Amalia, à bout. Tu ne quittes que rarement ton bureau pour surveiller les enfants avec Albus et Phineas. Qu'est-ce que tu me caches ?

- Hum… Très bien mais ne crie pas.

- Severus !

- La fouille a commencé, murmura-t-il en essayant tant bien que mal d'occuper les lèvres de sa femme.

- Mouafoui ! parvint-elle à prononcer, les sourcils froncés.

- Tu as un peu trop attiré l'attention des Carrow dernièrement. Laisse-les faire ou nous aurons tous des soucis ! tonna-t-il. Ton petit spectacle pour aider l'équipe de Quidditch de Gryffondor a terminé de les mettre en colère !

- Puis-je m'exprimer à présent ? réclama la jeune femme. S'ils fouillent mon bureau, ils ne pourront pas ouvrir les tiroirs et vont tout fracasser sans y parvenir. Me permets-tu de descendre afin de faciliter leur tâche ?

Severus lui adressa une moue flegmatique, il n'avait pas songé à cette éventualité et espérait tenir son épouse le plus loin possible de cette source de conflit.

- Soit. Allons-y et pas un mot ! ordonna-t-il en l'accompagnant vers la sortie.

Depuis le cloître, les cris effarés des fantômes se mêlèrent à ceux de la directrice adjointe, scandalisée par l'exaction des Carrow.

- Vous ne pouvez pas entrer ici sans l'approbation du professeur qui occupe ce bureau !

- Si et même mieux, on nous y invite ! ricana Amycus avant d'apercevoir le directeur et sa femme apparaître à l'angle du couloir. Elle ne devait pas être occupée celle-là ? cracha-t-il à l'adresse d'Amalia.

- Elle l'était mais son occupation n'a pas duré assez long temps apparemment… répliqua-t-elle avec un regard noir pour son mari.

Piqué au vif par ce sous-entendu en sa défaveur, il la précéda dans la pièce, le visage fermé. A l'inverse de la journée, la lune donnait à cette salle une ambiance énigmatique renforcée par l'orchidée millénaire. Les tons de bleus projetaient sur les murs des ombres fantomatiques, étranges et fascinantes.

- Je vais vous faciliter votre mission et vous ouvrir mes tiroirs, déclara le professeur d'Histoire à ses collègues reconvertis en archéologues. Les dragons de mon bureau ne les libéreront qu'au contact de mes doigts. Aucun sort ne peut en venir à bout sans endommager ce qu'il contient et ce n'est pas ce que vous cherchez à faire, n'est-ce pas ?

Elle passa chaque main rapidement devant les poignées et les dragons miniatures se rétractèrent. Le frère et la sœur échangèrent un regard en coin puis bousculèrent l'enseignante une fois les tiroirs ouverts.

- C'est quoi ça ? déclama l'homme en désignant les flacons multicolores.

- Des encres. Tout ce qu'il y a dans ce tiroir est dédié à la correspondance...

- J'l'avais bien vu ! coupa-t-il. Pourquoi vous écrivez en mauve ? Vous avez 5 ans ? railla-t-il.

- Amycus, elles sont enchantées.

La sœur saisit un parchemin vierge et une plume puis trempa l'extrémité biseautée dans le liquide pour gratter quelques mots. Instantanément ils changèrent de forme sur le papier.

- Intéressant... marmonna le surveillant. Confisqué ! s'empressa-t-il d'ajouter pour provoquer une expression indignée sur le visage d'Amalia.

Mais elle tint bon et se tut, redoutant le moment où il sortirait le sigil de Salomon. D'une main, le Mangemort balaya l'intérieur du tiroir et repoussa les papiers jusqu'à sortir une boîte en bois contenant des sceaux à cacheter.

- Il faut aussi que je vous explique à quoi sert ceci ? lança la jeune femme d'un ton impétueux.

Cette provocation eut le mérite de détourner l'attention du surveillant qui reposa le coffret d'un geste violent. Il tira sa baguette de sa manche et la pointa sur son interlocutrice.

- La ramène pas ! Si tu crois qu'on ne voit pas clair dans ton petit jeu ! mugit-t-il.

- Il suffit ! N'oublie pas que tu t'adresses à ma femme, intervint Severus en se plaçant entre eux. Il me revient le droit de la punir pour son comportement. Terminez la fouille que l'on puisse remonter, j'ai deux mots à dire à Mrs. Rogue, persiffla-t-il d'un ton mauvais à l'adresse de cette dernière.

Minerva les observait, les sourcils froncés, redoutant de laisser sa collègue seule avec son tortionnaire de mari. Les Mangemorts abandonnèrent leur œuvre après avoir retourné tous les tiroirs du bureau et scruté le placard de la pièce. Même le linteau de la cheminée fut examiné et l'intérieur du conduit ramoné. Sa salle de cours ne révéla pas plus de secrets que son bureau et ce fut soulagée, qu'Amalia observa les surveillants repartir bredouilles. Fort heureusement, les objets de Livius avaient été cachés juste à temps et la boussole passait inaperçue dans la fresque murale bien qu'Alecto faillit la découvrir par inadvertance en chassant le professeur Binns à travers le tableau de la classe.

A leur retour dans leur appartement, enfin seuls, le couple put se détendre sur le sofa du salon. Amalia se blottit dans les bras de son époux et y chercha la chaleur réconfortante que le feu de l'âtre ne lui apportait pas.

- Tu ne reprends pas ton petit manège de tout à l'heure ? demanda-t-elle après un long silence.

- Je l'ai fait pour ton bien. Sais-tu à quel point tu les as provoqués ?

- Parce que j'ai eu le malheur d'entraîner l'équipe de Gryffondor ?

- Non Amalia, souffla Severus d'un air las. Tu en fais trop... Le Quidditch est une chose mais ton comportement général a le don de les exciter comme des hyènes et bientôt, on réclamera de moi que je te dresse tel un animal. N'oublie pas la demande du Seigneur des Ténèbres te concernant... Sans compter sur le fait qu'il a déclaré Potter « Indésirable n°1 »...

- Tu es donc au courant ? s'étonna-t-elle en se redressant.

- En effet, comment peux-tu déjà le savoir ? demanda-t-il, un air suspicieux se dessinait dans ses yeux.

- J'ai mes sources à la Gazette du Sorcier... avoua-t-elle à demi-mot.

- Steeker... J'aurais dû m'en douter. Quoiqu'il en soit, reprit le sorcier, il va y avoir d'autres changements annoncés dans le journal dès demain. Les élèves qui ne se sont pas présentés au Poudlard Express à la rentrée vont être ramenés de force par les Rafleurs.

- C'est déjà le cas, non ?

- Ne crois pas cela. Leurs prérogatives et leurs moyens ont été revus à la hausse, ils ont pour ordre de ne ramener ici que les Sang Pur. Les autres ont eu une chance, à partir de maintenant ils seront envoyés à Azkaban. La publication vise essentiellement à tendre une main aux familles de sorciers pour qu'ils amènent d'eux-mêmes leurs enfants.

- A ce sujet, pourquoi Drago Malefoy n'est-il pas à l'école cette année ?

- Tu as à ce point envie de l'avoir en cours ? ricana Severus alors que sa femme roulait des yeux au ciel.

- Je m'inquiète de son sort. Je préfère le savoir ici à l'abri, qu'auprès de Tu-Sais-Quientouré des racailles de la pire espèce… Je l'ai vu terrorisé cet été.

- Ne crois pas que Drago soit une victime. Il s'est proposé de lui même pour être au service du Seigneur des Ténèbres. Ce n'était ni pour sauver l'honneur de sa famille, ni pour préserver ses parents de la colère de notre maître. Drago agit dans son propre intérêt et sans scrupule.

Amalia détourna le regard vers la cheminée, un air inquiet lui creusait le visage.

- Mais tu as raison sur un point. Il serait mieux entouré ici dans le château, qu'au Manoir.

- Quand on connaît l'une de ses tantes, on sait à quel point la folie peut les atteindre facilement… ironisa la jeune femme tout en resserrant ses bras autour du torse de Severus.

- Et concernant ton filleul, des tracs vont être distribués à travers tous le pays afin de motiver les habitants à le dénoncer. Cette ruse était souvent employée lors de la première guerre. Les gens étaient si paniqués à l'idée qu'on les dénonça, qu'ils n'hésitaient pas à clamer haut et fort que leurs voisins étaient des traîtres.

Il passa ses doigts dans les longues boucles d'Amalia et les laissa courir sur son épaule pour repousser le haut de son vêtement, profitant de sa position pour détailler le corps allongé contre lui. Depuis sa place, il pouvait voir l'extrémité de la baguette qui dormait contre la poitrine de sa maîtresse.

- Il faudrait que Phineas puisse les prévenir, intervint-elle, coupant court aux rêveries de son mari.

- Hum, je me suis permis à ce sujet d'apporter un petit tableau de Dumbledore dans notre chambre. Ainsi, si Phineas Nigellus a des nouvelles pendant la nuit, son voisin de portrait nous préviendra.

- Pourquoi n'installes-tu pas directement le Professeur Black chez nous ?

- Parce qu'il est curieux… Trop curieux… soupira Severus en s'étirant.

- En parlant de curiosité… murmura la jeune femme.

Elle se redressa pour se mettre à califourchon sur les jambes de son époux et commencer à déboutonner sa robe de sorcier.

- Oui ? osa ce dernier d'un ton innocent.

- Tout à l'heure, pendant que tu essayais de me retenir, je me demandais quelle était la partie de ton corps la plus sensible à mes baisers si je parvenais à me soustraire.

- Ah ? Je ne sais pas si je suis en mesure de te renseigner…

- C'est ce qui me semblait alors je vais devoir chercher par moi-même, conclut-elle, les mains achevant d'ouvrir la chemise qu'il portait pour dévoiler une peau d'un blanc laiteux.

Elle planta son regard dans les iris sombres qui la dévoraient, effleurant du bout des lèvres sa joue, le lobe de son oreille pour descendre lentement le long de son cou. Sa course folle la mena jusqu'à un mamelon érigé et de la pointe de sa langue, elle le caressa et l'embrassa.

- Hum… Continue s'il te plaît… gémit l'homme, la tête penchée en arrière et les yeux clos.

Il avait posé ses mains sur les hanches de sa compagne et relevé les pans de sa robe pour explorer ses cuisses. Sans un mot, Amalia descendit jusqu'à la boucle de sa ceinture et n'eut pas à parler pour ôter ses vêtements d'un coup de baguette qu'elle déposa ensuite sur le guéridon. Il ne portait plus que sa chemise et le corps de sa femme sur les genoux.

- Si tu as froid, dis-le moi… susurra-t-elle.

- Il n'y a aucun risque, répliqua-t-il. Tu es brûlante…

Cette remarque la fit sourire et l'invita à poursuivre son chemin. Par de courts baisers, elle titilla le nombril puis l'aine de son amant avant d'embrasser l'intérieur de ses jambes. Une main appuyait par moment sur sa tête pour l'inciter à se diriger vers son membre. Elle le saisit et amorça un mouvement de va-et-vient tout en léchant à nouveau son nombril sous les grognements de désapprobation. Et quand enfin elle perçut qu'il perdait patience, Amalia posa ses lèvres sur la couronne de chair, tirant un soupir de contentement à son partenaire. Elle jouait avec sa langue d'un bout à l'autre de son sexe, lapant doucement pour qu'il s'habitue à cette sensation si forte. La variation de mouvements et ses mains qui se déplaçaient pour masser ses cuisses achevèrent de convaincre Severus sur les bienfaits du mariage. Enfin, Amalia se redressa pour enserrer le membre tremblant entre ses seins soyeux et continuer à le parcourir de sa langue. Des spasmes de plaisirs l'animèrent, la jeune femme s'appliquait, fixant toujours le visage de son amant pour capter les signes d'une fin imminente.

- A-arrête-toi, articula le sorcier, une main dans les cheveux de sa compagne l'invitait à se retirer.

- Pas question, répondit-elle, une lueur sauvage dans les yeux. J'ai trouvé un endroit particulièrement sensible et j'aimerais vérifier s'il est autant qu'un autre…

Ses lèvres se refermèrent avec avidité, Severus murmurait des supplications, les paupières fermées, le front plissé. Sa jouissance n'allait pas tarder et, sentant l'inévitable arriver, Amalia accéléra le massage avec sa poitrine, plaquant le membre contre le ventre de son propriétaire pour mieux dévorer les ergots réceptifs de ce dernier. Penché en avant, Severus referma ses bras autour des épaules de sa femme dans un long râle de plaisir, inondant ses seins.

Il reprit peu à peu pied pendant qu'Amalia se nettoyait d'un sortilège de Récurage, toujours assise sur ses jambes.

- Tu vas trop vite, je n'ai même pas eu l'occasion de te donner du plaisir ! pesta-t-il à demi-courroucé.

- Qui te dit que je n'en ai pas pris ? répliqua la jeune femme d'un air satisfait. Ce n'est pas parce que tu ne me m'amènes pas au septième ciel que cela ne m'a pas procuré exactement ce dont j'avais besoin…

Elle posa délicatement son front contre le sien, frottant tendrement leurs nez pour terminer par un baiser.

- Je ne comprends pas. Je ne t'ai même pas effleurée…

- Il y a milles façons de savourer ce plaisir à deux. J'ai encore beaucoup de choses à t'apprendre on dirait… gloussa Amalia.

Ses doigts parcouraient lentement le contour du visage de son compagnon, elle le regardait avec tendresse et lui sourit.

- Si tu comptes m'instruire, je pense que des cours réguliers s'imposent, conclut-il. Et qui sait ? J'apprécierai peut-être de t'appeler Professeur.

- Je te préviens, je suis exigeante et je note sévèrement ! répliqua-t-elle d'un ton sérieux.

- Oh oui ! De cela, je suis déjà au courant ! s'exclama l'homme en la renversant sur le sofa pour mieux l'embrasser.

- Je vais t'enseigner la tendresse, Severus Rogue...

Il se blottit contre le corps étendu et huma les effluves nouvelles qui l'entouraient alors que des doigts se perdirent dans ses cheveux de jais. Le feu crépitait dans l'âtre et projetait aux murs des formes étirées. La chaleur de la cheminée, les caresses douces et les ronronnements de contentement auraient presque réussi à leur faire oublier la douloureuse réalité.

oOo

Malgré cette osmose retrouvée, la quête des objets de Livius les ramenèrent tous les deux à des considérations plus terre à terre. Ils s'étaient donné rendez-vous en fin d'après-midi dans la minuscule réserve des cachots. Après une longue inspiration, Amalia posa à nouveau ses doigts sur la vitre froide et appela un Strangulot. Contrairement à la fois précédente, trois d'entre eux se présentèrent immédiatement et la jeune femme reconnut son compagnon d'aventure. Le démon s'agitait dans l'eau, donnant des coups de dents pointues contre le hublot.

- Je crois qu'il n'a pas apprécié ta dernière visite dans son esprit, raisonna la voix de Severus.

- Et j'en suis navrée… murmura-t-elle autant pour son époux que pour l'animal qui rayait de ses longs doigts le verre, tentant par tous les moyens de la percer pour se venger.

Il finit tout de même par cesser ses efforts, à bout de force et flotta face à la sorcière, ses bras filiformes le long du corps.

- Hé, tu accepterais que l'on retourne là-bas ? demanda Amalia avec douceur.

De ses paumes émanait une force tranquille, chaleureuse et enivrante pour les démons. Le premier Strangulot poussa ses camarades pour être celui qu'elle choisirait.

- Joli tour Mrs. Rogue mais ne perdons pas de temps. Les Carrow pourraient se montrer curieux et venir te chercher.

- Pitié, gémis de plaisir cette fois-ci. Peut-être qu'ils n'oseront pas frapper à la porte !

Severus souffla dans son cou, amusé puis se laissa porter par le voyage aquatique au milieu de la forêt d'algues. Le Strangulot nageait encore plus vite que la dernière fois, certainement rassuré par l'endroit vers lequel il se dirigeait, la volonté d'Amalia le guidant. Le démon n'avait d'ailleurs émis aucune résistance et laissait son hôte le diriger. Une fois de plus, la gare submergée était d'une hypnotique beauté dans la lumière étrange du fond du lac. Une fois devant la harpe, la sorcière n'eut à reproduire la mélodie pour faire apparaître la cachette de l'orbe. Dans les yeux globuleux du Strangulot se reflétait une lueur émanant de la sphère.

- Amalia, ne te laisse pas distraire et sors-la le plus vite possible.

Malgré la fascination qui la poussait à ne pas quitter des yeux cet objet surprenant, la jeune femme serra sa possession entre les maigres bras du démon et fila vers la sortie. Elle jeta un dernier coup d'œil à l'antre dans lequel l'orbe avait reposé depuis toutes ces années, se demandant comment son père avait pu avoir connaissance d'un lieu si énigmatique et majestueux. Peut-être était-ce au détour d'une conversation que Dumbledore sans le vouloir, l'avait guidé vers cette découverte ? Avec un pincement au cœur, elle conduit le Strangulot jusqu'à la berge de la minuscule île où Severus et ils s'étaient retrouvés enfin seuls avant que Voldemort ne l'appela au milieu de l'année scolaire. Avec les longues griffes, elle enterra dans le sable meuble sa trouvaille et la recouvrit d'une épaisse couche de galets.

- Je pense inviter ma femme à une petite balade en barque au clair de lune, ce soir…

- Quelle chance ! Dois-je sortir mes bottes ? répliqua-t-elle avec ironie alors que son emprise se relâchait peu à peu de l'esprit du Strangulot pour se retrouver à nouveau dans l'étroite réserve des cachots.

Severus remettait déjà en place les bocaux et les fioles sur les étagères.

- Amène ce que tu veux mais fais-le de manière discrète jusqu'aux hangars à bateaux. Je t'y rejoindrai vers 23h une fois le rapport des surveillants faits. Méfie-toi de ton ami Hagrid, il traîne souvent à l'extérieur la nuit en ce moment… Je suppose qu'il a un animal quelconque à nourrir.

Il s'agitait pour ranger au plus vite la réserve alors que sa femme était appuyée contre la porte et le regardait faire, appréciant de pouvoir l'observer. Il y avait dans les gestes de Severus une dextérité et une force tranquille qui le distinguait des autres hommes. Lorsqu'il se concentrait sur une tâche, son expression était imperturbable, insondable. Quand il se retourna enfin, Amalia avait un sourire béat aux lèvres.

- Que t'arrive-t-il ?

- Je te trouve terriblement beau, répondit-elle en se mordant la lèvre inférieure.

Bien qu'étonné, le sorcier esquissa un sourire et détourna les yeux.

- Pfff tu dis n'importe quoi.

- Tu oses remettre en doute mon jugement ? répliqua la jeune femme d'un ton provoquant pendant que son époux se rapprochait.

- Tu es amoureuse maintenant mais nous verrons dans quelques mois si tu es toujours de cet avis...

- Hum hum, je tiens le pari. J'ai fait une promesse à notre mariage et je compte bien la tenir. Toi par contre, ne t'a-t-on pas prédit des centaines de femmes à tes pieds ?

- Ne sois pas ridicule. J'ai déjà assez de mal à gérer la mienne alors m'encombrer d'autres...

Il n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase, Amalia lui assena une tape sur l'épaule pour signifier son mécontentement alors qu'il ricanait, puis disparue dans les couloirs sombres des cachots.

[1] Le manuscrit de Huld


Prochain chapitre : Le vol de l'Épée

Note : Vous êtes gâtés, je n'ai pas attendu une semaine de plus :p Pourtant, je suis en train d'écrire un autre (court) texte pour un concours de fanfic, dès que c'est envoyé, je vous la poste sans faute et vous inviterez à voter (pour moi, faut pas déconner !) Merci pour votre « fidélité et les mp trop mignons que je reçois ! Comme dirait Deadpool « Love ! »

Ah et j'oublie de le dire mais 1) n'hésitez pas à passer sur mon compte Insta pour voir les bêtises que j'y poste, j'envisage même d'ouvrir une page FB pour avoir plus d'échanges avec vous 2) toutes les fics que j'ai adoré sont dans mes fav' ! Et je les aime vraiment beaucoup !