Désolé pour le retard, ça faisait un baiiil _
Je vais pas monologuer pour vite mettre le tout en ligne –on sait jamais peut être que quelqu'un se demande si je suis pas morte- mais en tout cas merci pour toutes vos reviews, vous êtes géniaux =3
Rating & disclaim c'est toujours la même chose. Avec en plus Marie Charlotte et Mark qui m'appartiennent –huhu. BONNE LECTURE !
Chapitre 6
Mon meilleur ami
Faire un pas en arrière. Esquiver l'attaque de Carla. Pas sur le côté, rotation du buste. Trop tard. Le fleuret de ma camarade m'a touchée en pleine côte.
-Ta garde, White ! a hurlé notre professeur de sport de l'autre côté du gymnase.
J'ai grommelé un juron. Ouais, bon, j'étais carrément nulle en escrime, mais je n'en avais jamais fait, alors c'était concevable, ok ? C'était déjà assez dur d'être la seule tâche à ne pas savoir placer une attaque correctement alors que toute la classe avait déjà pratiqué ledit sport depuis la petite enfance (et peut-être même depuis une autre vie) pour certains – y avait qu'à voir Elliot et la façon dont il mettait à terre ses adversaires avec une classe pas croyable – alors si le prof pouvait la boucler, ça aurait été très gentil. Perdue dans mes pensées, j'ai senti l'arme –si, un fleuret, c'est une arme terrible- de Clara s'appuyer contre mon épaule et ployer. Bon sang, c'était son dixième point, et je n'avais pas réussi à la toucher une seule fois ! Alors que j'allais esquiver –que dis-je, tenter d'esquiver, parce que la réussite n'était pas garantie- un nouveau coup –visant mon autre épaule, cette fois-ci- et essayer d'en placer un, sans grands espoirs quand même, le prof a sonné la fin du duel.
-Changez de partenaire, à présent !
J'avoue sans aucune gêne avoir été soulagée. Clara avait beau être une amie, elle était infatiguable – alors que moi, au contraire, j'étais en train de commencer à m'essoufler. Bon. Trouver quelqu'un avec qui je n'avais pas combattu. Pas Ada, c'était fait, Clara, de même, Anne, la fille qui faisait du saxo pour le groupe de Clara –groupe dont je suis censée faire partie…ah ouii,ça m'était totalement sorti de la tête ce truc- aussi. Bon. Regard circulaire au gymnase. Il restait Lisa –compositrice de Daydream, si je ne m'abusais- et Léo. Enfin non, on était un nombre d'élèves pair, donc on ne pouvait pas être trois à rester. J'ai vite apperçu l'élève manquant. Et j'ai vite prié pour ne pas tomber sur lui.
Elliot.
Bon, apparement, personne ne voulait plus combattre contre lui. Etrange, que personne ne veuille se faire exploser. Aha. Lisa venait de remarquer Léo. Elle commença à s'avencer vers lui et puis elle…fit comme si elle ne l'avait pas vu ? Hein ? Ah ouais, elle partait vers Elliot. Il se sont tous les deux mis en garde, et elle lui a adressé un grand sourire.
Hey, mais c'était qui, cette… ? Je n'ai même pas eu le temps de sentir ma machoire se décrocher –et croyez moi, elle était sur le point de tomber, ladite foutue machoire-, puisque Léo se dirigeait vers moi. Inutile de préciser que je me suis pris une nouvelle raclée. Mais là, j'avais bien plus important en tête.
Bon. Je devais me reprendre. Déjà, j'aurais du être contente, je ne voulais pas combattre contre Elliot j'aurais plutôt du être soulagée que Lisa se mette avec lui, non ? Si. Mais je l'aurais été, si elle n'avait pas dévié de sa trajectoire pour lui, et si elle ne s'était pas mise à le draguer après. Elle n'aurait pas pu faire comme les autres élèves : tirer une geule de trois mètres de long à la seule idée de perdre le combat sans espoirs ?
Souffler un bon coup. Laisser l'air entrer dans mes poumons. Me reprendre, une bonne fois pour toutes.
Après tout, qu'est-ce que ça pouvait bien me faire que Lisa combatte, sourie et drague un peu- beaucoup- Elliot ? Hein ? Après tout, rien disait que c'était réciproque. Enfin, elle était juste très jolie, avait trois fois plus de formes que moi, des résultats scolaires d'un ou deux points meilleurs que moi dans presque toutes les matières, mathématiques exceptées, et une façon de passer sa main dans ses cheveux qui faisait se retourner tous les mecs sur son passage. Mais non, vraiment, je ne risquais rien, mais alors : rien du tout.
La fin du cours a sonné. J'ai rejoint Clara et Ada, à l'autre bout du gymnase.
« Je crèèève la dalle, lâcha avec dépit Clara alors que nous passions aux vestiaires.
Ada et moi n'avons pas relevé. Sachant que ce genre de commentaires étaient fréquents de sa part, ce que j'avais apris à mes dépends au cours des deux mois passés à Lutwidge, et qu'on avait encore une heure de littérature avant de pouvoir manger. De toute façon, si on ne l'ignorait pas, elle allait continuer jusqu'à…jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de voix, je suppose. En fait : je m'en foutais carrément.
-J'ai faiiim, répéta-t-elle, gémissante.
J'ai levé les yeux au ciel. J'étais en train de lasser mes chaussures, et je repensais à Lisa et Elliot. En somme : rien à faire de l'état du ventre de l'autre morfale brune –j'ai nommé Clara.
-Eh-oh, les filles, je vous dit que j'ai faim, gromela ladite morfale.
-Et moi je te dis que j'en ai fichtrement rien à foutre, ai-je murmuré. Un poil trop fort, peut être.
-Roh, calme ta joie, Melo !
Melo. Je lui avait déjà dit que je voulais pas de ce surnom, non ? Si.
-M'appelle pas Melo, ai-je râlé.
-Fais pas ta chieuse, Melo, a-t-elle répondu.
Quoi ? C'était moi qui faisais ma chieuse, là ? Non mais, j'y croyais pas ! J'ai regroupé mes affaires dans mon sac et je me suis levée du banc où j'avais enfilé mes chaussures.
-La chieuse vous salue, ai-je lancé en balançant mon sac sur l'épaule.
Je suis sortie des vestiaires en claquant la porte. J'étais encore trop énervée pour réaliser l'énorme bêtise que je venais de comettre. J'ai traversé tout le bâtiment B à un pas vif –rythme bref, claquements sourds de mes talons contre le sol : je marchais toujours comme ça inconsciement quand j'étais en colère. « Tout ça pour un simple Melo », ai-je songé sans aucune trace d'amertume ou de regret. Clara me tapait sérieusement sur le système, en ce moment. Mince, elle pourrait pas nous lâcher, un coup ? La seule idée de revoir son expression moqueuse m'a convaincue de sécher le cours de littérature. Tant pis si je me faisais punir : rien à faire. Alors que je me dirigeais vers ma chambre, j'ai songé que c'était le premier endroit où on irait me chercher. La bibliothèque ? Non, c'était également trop prévisible. Alors, où ? J'ai songé à un endroit que je ne risquais pas de fréquenter en temps normal – un endroit auquel personne ne songerait pour moi. L'image de la salle de musique s'est imposée à mon esprit comme une évidence.
La salle de musique, bien sûr ! Qui irait-me chercher là-bas, moi qui n'étais même pas fichue de jouer correctement un pauvre si au piano ? Bon sang, c'était une idée de génie, ou je n'y connaissais rien-ce qui était tout aussi probable, soit dit en passant. J'ai donc fait demi tour. J'étais à l'extrémité du bâtiment B la plus proche du bâtiment A je devais donc re-traverser les sept différents couloirs qui menaient à l'autre extrémité du bâtiment où j'étais justement en train de marcher pour rejoindre le bâtiment C, où se trouvait la salle de musique. Quel casse-tête…
Finalement, je suis arrivée à la salle de musique. La porte était fermée. Pourtant, Acacia m'avait dit que les élèves y avaient accès à toute heure de la journée, non ? Le souvenir de mon premier jour à Lutwidge m'est revenu. Je revoyais le couloir, le tapis rouge sur le parquet, la porte B32, la musique qui en venait, les notes de Lacie, les paroles d'Acacia…J'ai lancé un regard à la porte sur laquelle je m'acharnais depuis cinq minutes. Son numéro y était gravé sur une plaque dorée, suspendue quelques centimètres au dessus de mon visage par un clou, doré lui aussi.
B31.
Pourtant…Prise d'un doute, j'ai sorti mon emploi du temps de mon sac. Cours de musique, le vendredi à treize heures en salle B31. C'était quoi ce bazar ? J'ai comparé de nouveau le numéro de la porte à celui de mon agenda. Ah non, j'étais sûre qu'Acacia m'avait montré la B32. Sur ce coup-là, j'avais une confiance totale en ma mémoire. J'allais pousser un soupir quand j'ai entendu des notes de piano. J'ai fermé les yeux. En collant mon oreille contre la B31, j'ai appris que ce n'était pas de cette salle que venait les notes. J'ai fait trois pas dans le hall. La musique s'est intensifiée. Trois nouveaux pas. De même. Encore trois. Ah, non, là, elle devenait plus faible, plus seul pas. Ça allait mieux. Deux pas. J'y étais.
J'ai levé les yeux vers la porte devant laquelle j'étais plantée. B32. Pourtant…J'avais l'impression d'être revenue à mon point de départ. J'ai lancé un regard au hall.
C'est seulement à cet instant que j'ai compris que ledit hall était fait comme si on avait placé un miroir au milieu. Symétrique. Ahaa. Haaa. Haaa. Quelle débile je faisais, sérieusement…
J'ai écouté avec attention le morceau. Etait-ce possible que ce soit Elliot que le jouait ? Après tout, je ne voyais pas qui d'autre fréquentait la salle de musique à cette heure-ci. J'allais faire demi-tour –j'étais venue pour me retrouver seule, pas gêner la personne qui jouait- quand la porte s'est ouverte.
-Tu m'espionne ? m'a lancé une voix qui m'était légerement familière.
Je me suis retournée vers le propriétaire de ladite voix. Une mèche de cheveux bruns tombait devant son œil gauche, voilant un regard vert et perçant il était assez grand, et plutôt fin. Ah, et j'étais sûre de l'avoir déjà vu quelque part. Ah oui, c'était un des gars de Daydream, là, le pote de la pote à Clara !
-Mark, c'est ça ? ai-je avancé avec une pointe de doute.
-Ouais, a-t-il souri. Melody, si je ne m'abuse.
-Bravo, ai-je lâché sur un ton neutre.
J'ai essayé de sourire, sans succès. Mais ma colère s'était un peu atténuée. Sa voix me tira de mes pensées.
-Tu entres, ou tu préfères rester à la porte encore un peu ?
Ah oui, pas faux, j'étais encore dans le hall, alors qu'il me bloquait l'entrée. Ben ouais, c'était sa faute, aussi. Il s'est poussé, et je suis entrée à sa suite. J'ai alors compris qu'il y avait deux salles de musique : celle où on faisait cours, la grande, avec plein d'instruments, et celle-ci, toujours ouverte aux élèves, occupée par un piano à queue, mais bien plus petite que l'autre. C'était celle-ci que m'avait présenté Acacia à mon arrivée. La B32. Et pas l'autre. J'ai laissé glisser mon sac au sol, juste quelques centimètres à droite de la porte. Constatant qu'il n'y avait qu'une place assise – celle du…enfin, vous voyez là, le tabouret du piano, je sais toujours pas son nom-, je me suis adossée contre le mur, tandis que Mark refermait derrière-lui la porte.
-Tu devrais pas être en cours ? T'es dans la classe de Clara, non ?
Bon sang, mais c'est qu'il était curieux, le mec ! Enfin, pour l'instant ça me faisait plus sourire qu'autre chose.
-Si, mais je me suis prise la tête avec elle, et…enfin, j'ai un peu pété les plombs, quoi.
Il regardait par la fênetre, l'air songeur, lui aussi adossé au mur.
-Ouais, ça m'arrive aussi, parfois. Clara peut être un peu lourde sur les bords, mais elle est sympa, en général.
-Du moins quand son ventre crie pas famine, ai-je ironisé.
Il a esquissé un sourire. J'entendais les oiseaux chanter –interdiction de se foutre de moi, d'accord ?-, dehors. Il ne pouvait pas dire quelque chose, là ? Le silence qui s'était installé me semblait..gênant.
-Au fait, c'était toi qui jouait, tout à l'heure ? C'était joli, ai-je lancé comme si de rien était.
-C'est vrai, tu m'as entendu ?
-Euh, nan, mais j'en avais marre de ne rien dire, ai-je dit, prise au dépourvu par ma propre franchise. Je ne voulais pas dire ça, mais c'était sorti tout seul.
Ma réplique lui a arraché un sourire.
-Tu veux m'entendre ?
Je lui ai lancé un regard surpris. Une pointe d'hésitation perçait dans sa voix. Drôle, ce que je l'avais pas immaginé comme ça, le type. Et dire que je l'avais pris pour un imbécile prétentieux, hautain et superficiel… En fait, j'étais en train de me rendre compte que je l'aimais bien. Du moins pour ce que je savais de lui.
-Ouais, bien sûr, ai-je répondu sur un ton que j'aurais voulu moins surpris, plus assuré, et plus joyeux, aussi. Sauf que j'avais toujours autant de mal à contrôler mon timbre.
Il s'est raclé la gorge.
-Ok, a-t-il murmuré en s'installant au piano.
Il a commencé son morceau. C'était un air connu, je crois, du moins ça me rappellait quelque chose –pas Lacie, merci bien. Rapide par instants, plus lent par moments mais assez joli. Quelques fausses notes, une ou deux hésitations, mais qui ajoutaient du charme et un côté plus humain au morceau. Le tout s'est terminé progressivement, en crescendo.
-Voilà, a-t-il soufflé quand il eut terminé. Alors ?
-Je maintiens ce que je t'avais dit avant de t'entendre, c'est super joli. C'est quoi, comme morceau ?
-Je sais pas, un air populaire, je crois. Je l'ai entendu à Réveil, une fois, c'était un sans abri qui le jouait, et j'ai trouvé ça beau alors j'ai essayé de le reprendre. Non, mais sincèrement, c'est vrai ?
-à deux cent pourcents, ai-je répondu.
Alors que je sentais que le silence allait revenir, je me suis rapellée de quelque chose.
-Eh, mais tu ne jouais pas de la flûte, pour le groupe de Clara ?
-Si ! (il a encore souri. Pire que blondi…pire qu'Oz, celui-là, ou quoi ?) Mais franchement, je préfère largement la flûte au piano. Au fait, en parlant de Daydream, pourquoi t'es partie la dernière fois ?
-Ada buguait sur ses exos de maths, ai-je menti tout naturellement.
Il m'a fixée pendant quelques secondes. Puis il a lâché un petit rire moqueur.
-Eh ben, c'est dingue ce que tu mens mal.
Pourquoi est-ce que j'appréciais ce type, franchement ? Non seulement j'aurais du le trouver insupportable, avec sa saleté de curiosité sans bornes et ses remarques sarcastiques, mais en plus, c'était carrément pas mon genre de faire copain-copain avec…comment dire ? Des gens du sexe opposé, voilà. Mais de toute façon, ça ne m'avait pas l'air d'être le cas de beaucoup de personnes, ici. J'avais déjà remarqué qu'en générale, les filles restaient avec les filles et les garçons avec les garçons, à Lutwidge. Point. Alors POURQUOI est-ce que j'étais en train de parler avec ce gars, et pourquoi je me surprenais à l'apprécier ? Hein, pourquoi ?
-Non, sérieux ? T'es partie parce que t'avais un rendez-vous ?
J'ai levé les yeux au ciel.
-On t'a déjà dit que tu posais trop de questions ?
-Oui, et que…
Je n'ai jamais su ce qu'il allait dire parce que quelque chose, derrière la porte –certainement dans le hall- est tombé au sol dans un grand fracas. Nous nous sommes retournés de concert. Mark s'est précipité à la porte, plus vif que moi – oui, moi, la pauvre blonde qui est restée abasourdie, adossée contre son mur. Interdiction de se foutre de moi, bis.
-Qu'est-ce que…
J'ai rejoint le brun, qui observait le hall, une expression perplexe collée au visage. Je me suis mise sur la pointe des pieds pour voir ce qui pouvait bien l'étonner.
Le hall était vide.
-Je suis censée voir quelque chose de spécial, ou c'est le vide qui t'effraie ? ai-je ironisé pour cacher mon incompréhension – même si j'avouerais très franchement que je me posais moi aussi des questions.
-Non, mais…enfin, je sais pas, j'étais sûr que le bruit venait de là, lança-t-il.
La sonnerie qui marquait la fin de l'heure de cours résonna au même moment, me vrillant les oreilles par la même occasion.
-Je croyais aussi, en fait, ai-je lâché en haussant les épaules.
-Bah, tant pis. Je vais manger…Je te laisse ?
Bizzarement, ça sonnait plus comme une question que comme une affirmation. Et plus j'y pensais, plus ça sonnait comme une invitation. Je l'ai regardé partir cinq secondes dans le couloir. Avant de crier :
-Mark ! Attends-moi, imbécile !
Il s'est retourné vers moi, un sourire en coin, et je me suis élancée à sa suite-en espèrant qu'il ne se fasse pas d'idées. Je ne ressentais rien pour lui de ce côté-là. Pourtant…il y avait quelque chose, comme si je sentais que ça allait devenir quelqu'un d'important pour moi.
« Mon meilleur ami. »
Ces mots…ils sonnaient creux à mon oreille avant que je le rencontre. Peut être parce que c'était mon premier vrai ami –le premier que je choisissais, du moins. Break m'avais sauvée j'avais approchée Ada par nécéssité et je restais avec ses amis parce que je m'en sentais pas le choix. Mais Mark, personne ne me l'avait imposé. Et même s'il était insupportablement curieux, qu'il avait un fichu don pour savoir quand je mentais et qu'il jouait les prétentieux dans le seul but de me mettre mal à l'aise, il était naturel.
Il m'a tirée sur la manche, me sortant de mes pensées.
-Alleeez, j'ai faim, moi, ai-t-il maugrée sans pouvoir s'empêcher de sourire.
Ce sourire…bon sang, il me rapellait quelqu'un. Bah. Sûrement lui-même que j'avais déjà du voir sourire comme ça.
-On y va, sale morfale. Vous iriez bien tous les deux, avec Clara.
-C'est mon ex, grimaca-t-il d'une façon qui me donna envie d'exploser de rire.
-Tu vois ? C'est bien ce que je disais.
J'ai hésité à lui demander plus de détails mais je me suis finalement ravisée en pensant que Clara y serait sûrement plus apte. Nous nous sommes finalement retrouvés à la table d'Ada, Clara, Lisa et James –le blond de Daydream. Clara a lancé un regard suspicieux au duo improbable que je formais avec mon nouveau-futur-meilleur-ami, et je n'ai pas pu m'empêcher de penser « Non, Clara, rassure toi, je ne compte pas te piquer ton ex. » - un sourire a d'ailleurs du transparaître sur mon visage, à en juger le haussement de sourcils qu'elle m'a adressé.
-Au fait, qu'est-ce qu'il t'as pris de sécher le cours de français ? m'a lancé Ada sur un ton mielleux –ça, c'était du Ada tout craché ou je n'y connaissais rien.
-J'avais mal à la tête, ai-je répondu du tact au tact – c'était trop rapide pour être vrai, mais tant pis. A l'autre bout de la table, Mark se moquait de moi. Quelle discrétion, celui-là.
La bibliothèque était déserte. J'ai lancé un regard furtif à la pendule géante. Elle affichait les six heures passées. J'ai trouvé ça étrange qu'Elliot et Léo ne soient pas encore là – non, n'allez pas vous faire d'idées, je n'allais pas à la bibliothèque dans l'unique but de les voir. De le voir, plutôt. Mais bref. Je me suis installée sur une table et j'ai ouvert un livre. Pourtant, je n'arrivais pas à me faire à leur absence. C'était tellement bizarre d'avoir la bibliothèque à moi toute seule. D'autant plus que j'avais l'impression d'entendre des bruits de pas… Je suis restée immobile cinq secondes.
Ce n'était pas qu'une impression.
Je me suis levée le plus silencieusement possible, et j'ai commencé à parcourir les rangées de livres. A un moment donné, les pas se sont amplifiés. Puis plus rien. J'ai laissé tomber l'idée de rester silencieuse –la personne qui jouait décidément à cache-cache m'avait déjà repérée- et je me suis mise à courir. Mes semelles raisonnaient sur le parquet. Les rayons me semblaient tous identiques…bon sang, je devais bien être la seule idiote de ce fichu lycée à s'être perdue dans une bibliothèque.
Car c'était bien le cas : j'étais complètement paumée. Déboussolée. Privée de tout repère spatial. Enfin bref, vous avez compris, quoi.
J'ai lancé un regard aux livres du rayon où je me trouvais. Des pictogrammes bizarres ornaient à la couverture. Section « littérature étrangère » ? J'ignorais son existence il y a moins de deux heures…
Heureusement pour moi, c'est à ce moment là que mon poursuivant – où plutôt ma…cible ?- s'est montré. Involontairement, bien sûr.
Elle portait un pantalon noir, une veste grise et une casquette usée. Si elle avait pu être attirante –pour un mec, j'entend- dans le passé avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds, c'était fini : c'était la fille la plus garçon manqué que je n'ai jamais vu. Je n'ai rien contre les garçons manqués, hein – en fait, dire que Lottie a déteint sur moi serait plus juste. Pourtant, il y avait des garçons manqués qui parvenaient à rester séduisantes. C'était pas son cas.
-Melody White, je suppose ? a-t-elle lancé à mon encontre –du moins j'ai supposé que c'était ce qu'elle avait dit, parce qu'elle s'était retournée vers une étagère de bouquins et qu'elle semblait s'être totalement désintéressée de moi – son regard semblait hypnotisé par un des volumes de la section.
-Comment tu...
-Le registre, a-t-elle lâché sans me prêter la moindre attention, les yeux rivés sur la tranche d'un livre en cuir rouge.
C'est alors que quelque chose a fait tilt dans ma tête.
-McEvans ?
-Marie-Charlotte Evans, a-t-elle corrigé, avant de prendre un autre ton : t'as déjà entendu parler des passages secrets de la bibliothèque de Lutwidge ?
-Euh, nan, ai-je répondu, étonnée par son changement soudain de sujet.
Elle a posé deux ongles sur le livre rouge qu'elle regardait tout à l'heure, et j'ai distingué ce qu'il y avait sur sa tranche. Ce que j'avais pris pour des symboles bizarres se révelait être un dessin de clef.
-Oh, c'est une sorte de mythe entretenu par les élèves du lycée. Comme quoi l'école est pleine de vieux passages secrets. Et d'après la légende, y en a un dans la biblio', a-t-elle commencé. On m'a dit qu'il était tellement paumé dans les rayons que personne risquait de le trouver. En fait, quand la rumeur s'est répandue dans le lycée, beaucoup d'élèves ont commencé à chercher. Mais rien.
Je ne voyais pas pourquoi elle me racontait ça, mais j'ai continué à l'écouter parce que, j'avoue, j'étais assez intriguée. Qu'une fille comme elle me fasse ce genre de confidences alors que je la connaissais depuis moins de dix minutes m'étonnait. Mais si un passage secret était en jeu…ça devenait tout de suite plus intéressant.
-Or, a-t-elle poursuivi, en jouant à trappe-trappe –j'ai levé les yeux au ciel-, je crois qu'on a réussi à s'enfoncer assez profondément.
-Genre là où personne aurait l'idée d'aller chercher ?
-J'en sais rien. Mais regarde par où t'es arrivée, tu remarque rien ?
J'ai obtempéré.
-Sans vouloir t'offenser…non.
-Les étagères, a-t-elle lâché. C'est pas des vraies. Je le sais parce qu'à force de venir, j'ai regardé : le plafond s'étend sur trente mètres avant de rencontrer un mur. Or, j'ai couru en m'enfonçant vers le mur et pas une seule fois dans l'autre sens. Sur beaucoup plus de trente mètres.
J'avais le cerveau qui se retournait dans tout les sens. Plein de choses se mettaient en place dans ma tête. Pourtant, la seule chose que j'ai trouvé à dire, c'était :
-Trop chelou…
Elle m'a gratifié d'un regard bizarre –j'étais partagée entre l'envie de me flinguer pour ma propre connerie et celle de mourir de rire- avant de répondre :
-Bah, si on a eu autant de mal à arriver là, c'est qu'on s'est rapprochée. On verra après comment on fait pour sortir.
-Et tu penses que le livre rouge, là, c'est l'interrupteur ? Enfin, je veux dire, le truc qui ouvre le passage ?
-T'es pas si bête que t'en a l'air, en fait.
Elle a tiré le livre, révélant…un emplacement vide. J'ai poussé un soupir de décéption.
-Pas si vite, a-t-elle protesté, avant de mettre sa main dans le trou.
Quelques secondes passèrent. Puis elle s'exclama :
-J'en étais sûre, il y a une serrure !
-C'est cool, ai-je lâché, sauf qu'on a pas de quoi l'ouvrir.
-Qu'est-ce que tu en sais ? a-t-elle répondu, avant de sortir de sa poche un espèce de tournevis.
C'est à ce moment là que ça m'est revenu : Marie Charlotte lisait des livres de mécanique.
-Ouais, sauf qu'on ouvre les serrure avec une clef, normalement, ai-je ironisé.
-La méthode bourrin est pas mal non plus, si tu veux savoir.
Elle devait avoir raison, parce que quelques minutes plus tard, un morceau du parquet a coulissé vers nous –nous avons fait un bond en arrière- pour révéler un escalier.
Inutile de vous le cacher : nos yeux brillaient comme ceux de deux gamines au matin de Noël.
-Génial, a réussi a articuler Marie-Charlotte.
Sans même nous concerter, nous avons commencé à descendre l'escalier.
