Chapter VI « In My Blood »

Ses iris brunes se heurtaient à l'obscurité de la pièce ; le son de sa respiration se répercutait entre les murs et une main sur le côté gauche de sa cage thoracique, il tentait tant bien que mal de reprendre un souffle correct. Ses nuits étaient de plus en plus courtes. Il fit comme ci de rien n'était lorsqu'un corps chaud se glissa sous les draps et qu'une main douce effleura son bras ; elle était là, près de lui et il ne parvenait pas à comprendre pourquoi il ne se sentait pas heureux. L'esprit bien trop torturé, ce monde lui semblait soudainement fade ; comme ci il ne trouvait plus de réel raison de vivre et cette simple pensée suffisait pour qu'il se déteste. Comment osait - il se dire de telles choses alors que son meilleur ami était mort ? Il ferma les yeux, un court instant, et prit une inspiration.

La main de son épouse effleura son visage et il se tût, le souffle coupé ; ils ne se touchaient plus, du moins sans faire exprès, ils restaient loin l'un de l'autre, partageant les mêmes draps mais n'osant presque plus échanger quelques mots. Pourtant, là, il sentait le bout des doigts de la blonde, qui effleuraient délicatement la cicatrice qui barrait son visage ; Sakura avait retiré les bandages, le jour d'avant et il s'était heurté à cette plaie qui commençait sur son front et terminait sur son menton. Cette plaie qui lui rappelait constamment les atrocités auxquels il avait participé.

« pendant un instant, j'ai vraiment crû que je ne verrais plus ton visage » souffla - t - elle, dans un murmure triste
« pendant un instant, j'ai vraiment crû que je n'entendrais plus le son de ta voix » lâcha - t - il, à son tour, d'une voix douce

Bien trop souvent, depuis qu'il était revenu du front, elle se heurtait au néant dans ses yeux, à l'absence d'émotion dans sa voix mais parfois, rarement, plongés dans l'obscurité, il lui semblait qu'elle retrouvait l'homme qu'elle avait épousée, des années auparavant. Ce grand gaillard maladroit, aux remarques machistes et au regard las.
Un nœud dans les tripes, dans un élan de courage, elle s'avança doucement ; déposant ses lèvres sur les siennes. Elle avait besoin de ça, d'un baiser, d'un frôlement ; elle avait besoin de savoir que sous cette carapace de désespoir se trouvait l'homme qu'elle aimait. Ses mains trouvèrent leurs places sur les joues rugueuses du brun et elle tenta maladroitement de faire passer ce qu'elle ressentait dans ce contact mais encore une fois, elle se heurta au néant. Il restait là, impassible ; il ne la repoussait pas mais ne bougeait pas ses lèvres, pour autant, il se laissait simplement faire.

Un grognement s'échappa des lèvres de la jeune femme et elle le repoussa, écrasant brutalement son poing dans le torse du brun ; elle détestait ça, cette absence en lui. Elle tira le drap sur son corps et lui tourna le dos, priant pour qu'il ne remarque pas les larmes qui menaçaient de couler le long de ses joues ; elle était faible, face à un homme. Elle avait ce sale pressentiment dans les tripes.

« Shikamaru ? » appela - t - elle, dans un murmure
« oui ? »
« j'ai besoin de savoir quelque chose »

Temari lui tournait toujours le dos ; il se hissa sur ses coudes, un sourcil arqué.

« est - ce que tu m'as trompé ? » lâcha - t - elle, une pointe de tristesse dans la voix « est-ce que tu m'as trompé ? »

Elle semblait sur le point de fondre en larmes, d'un instant à l'autre et cette constatation lui fit mal ; parce qu'il se savait à la base de cette souffrance, et sûrement qu'il avait été à la base d'un tas de souffrance ces derniers mois. Ils avaient été séparés, presque un an, après tout. Son dos se heurta au matelas et un soupir s'échappa de ses lèvres.

« il y avait cette femme » souffla - t - il, arrachant un hoquet de surprise à la blonde « Fune, une jolie brune aux yeux bleus ; elle a prit soin de Mitsuha, bien que ce n'était pas sa fille. Chôji est tombé par hasard sur elles, dans les décombres, lorsque nous cherchions des rescapés ; il a prit soin de cette petite fille et elles ont fait un bout de chemin avec nous, Fune était enceinte »

La simple vision du ventre rond de la brune lui provoqua un pincement au cœur et il tenta tant bien que mal de faire les larmes qui perlaient au coin de ses yeux ; ça lui faisait tellement mal. Il s'était attaché à ce bout de femme pendant ces quelques semaines et il aurait aimé qu'elle soit là, son fils dans les bras, ce sourire sur ses lèvres ; il lui aurait présenté Temari et elles se seraient parfaitement entendus. Dieu que ça lui faisait mal.

« je ne sais pas si c'était le fait que je la poussais à courir malgré son état ou le choc de la mort de Chôji, sur le coup mais quelques minutes après qu'il soit décédé, le travail a commencé » lâcha – t – il, dans un reniflement bruyant « je l'ai aidé à mettre au monde le bébé et elle m'a fait promettre de prendre soin de lui, c'est elle qui a choisit son prénom ; elle disait que j'avais fais bien plus pour elle et ce bébé, que son propre père ou son époux »

Il se souvenait à la perfection de ses mots et sûrement qu'il s'en souviendrait pour des millions d'années à venir ; il essuya d'un revers de manche maladroit ses larmes et esquissa un sourire.

« ce sont mes enfants, je suis désolé, je ne peux pas me permettre de les abandonner ; je suis leur père » souffla - t - il, dans un murmure maladroit « est - ce que tu me détestes ? »

Elle aurait aimée lui dire que oui, elle le détestait du plus profond de son âme, qu'elle en avait marre de ce néant en lui ; qu'elle ne parvenait plus à s'imaginer un futur avec lui et qu'elle souhaitait mettre fin à leur mariage mais rien n'y faisait, il était là, dans son passé et dans ses rêves du futur. Il était là, ce sourire idiot sur les lèvres, ses mèches brunes retombant sur ses épaules et cette bague à son doigt ; ils s'étaient promit l'éternité et plus que jamais, c'était ce qu'elle voulait.
Son geste de prendre soin de ses enfants était plus qu'honorable et elle reconnaissait l'homme qu'elle aimait dans cette décision.

« non » lâcha - t - elle, dans un souffle

Une odeur de tabac froid flotta dans l'air et le bras musclé de son amant se glissa autour de sa taille ; elle se heurta au torse du brun et enfouit le bout de son nez dans les plis du haut qu'il portait.

« pardon » souffla - t - il, au creux de son oreille

Et elle acquiesça. Elle le savait, au fond, qu'il s'en voulait chaque fois qu'il était incapable de répondre à son baiser, chaque fois qu'il était incapable de satisfaire ses besoins ; et elle savait très bien qu'il avait besoin de temps. Du temps pour effacer ces horreurs qui ne cessaient de tourner dans son esprit, d'hanter ses nuits et ses journées. Elle glissa le bout de ses doigts sur sa joue rugueuse.

« dis, le fils de Lee, où est - il ? »

Il avait apprit deux jours, avant que Lee était décédé au combat, en sauvant la vie de tous ces villageois qui avaient prit la fuite avant la guerre ; il était mort en héros et dans ce bordel, sa coéquipière, celle qui aurait été le plus apte à prendre soin de son fils, était porté disparu. Il se souvenait de leurs larmes lors de l'enterrement de Neji et cette simple image lui brisait le coeur.

« Gaara n'a laissé le choix à personne ; il s'est occupé de son adoption et prends soin de lui » expliqua - t - elle, un sourire au coin des lèvres

Elle se souvenait parfaitement du regard déterminé qu'avait son petit - frère lorsqu'il avait apprit pour le père de Metal ; elle aurait crû qu'il aurait tout fait pour lui trouver une bonne famille mais non, il avait choisi de mettre tout en oeuvre pour l'adoption du brun et l'avait accueilli dans les appartements du Kazekage. Elle avait été tellement fière, à cet instant.
Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres du brun.

« oh, génial » souffla - t - il « parce que trois enfants, c'est déjà beaucoup »

Discrètement, elle pouffa de rire ; elle n'était pas surprise que le brun ai pensé à adopter l'enfant de Lee. Elle savait parfaitement quel grand cœur cachait cette carapace d'homme fier ; elle savait qu'il serait capable d'adopter tous les enfants de l'univers, si il le pouvait. Dans un geste délicat, elle déposa un chaste baiser sur sa joue et acquiesça.

« tout ira bien pour lui, Gaara s'en occupe » lança - t - elle
« je n'en doute pas, c'est une bonne chose pour ce garçon »

Pendant un instant, il en oublia la réalité, le fait que dans la chambre d'à côté dormait paisiblement deux enfants qui n'étaient pas les siens, que des amis avaient perdus la vie dans ce massacre, il oublia le sang sur ses mains et ferma les yeux.

Il étouffa un bâillement entre ses lèvres et traîna des pieds jusqu'au salon ; sa nuit avait été courte, bien que parsemé par les baisers tendres que son épouse déposait sur sa joue, de temps à autre. Il se demandait même si elle avait prit le temps de dormir un peu ; il se tira dans la pièce et une bonne odeur de crêpe se heurta à ses narines. Ses iris brunes se retrouvèrent happés par la vision de son épouse qui berçait tendrement dans ses bras, ce petit garçon dont elle avait apprit le passé la nuit même ; il avait remarqué que les premiers jours, elle n'osait pas s'approcher de cette petite fille et de ce bébé, sûrement parce qu'elle avait cette idée idiote dans l'esprit, celle qui disait qu'il avait été infidèle dans les décombres. Mais là, cette image lui mettait du baume au cœur.
Un baiser déposé à la hâte sur la joue de Mitsuha, qui dessinait tranquillement dans un coin de la pièce et il s'avança vers Shikae, le réceptionnant dans ses bras ; il attrapa le biberon, mit en évidence sur le comptoir et adressa un sourire à la blonde.

« je m'en occupe, t'en fais pas » souffla - t - il

Elle claqua un baiser bruyant sur sa joue et retourna derrière les fourneaux ; plus il s'attardait sur ses traits, plus il aimait ce petit bout de Fune. Il avait été effrayé à l'idée de ne pas être capable de s'occuper d'un enfant qui n'était pas le sien mais là, à cet instant, il considérait ce bébé comme le sien.

La tignasse brune de son fils apparut au détour d'un couloir et il salua avec très peu d'énergie Mitsuha ; son regard émeraude se posa sur son père et sur le bébé qu'il tenait dans les bras.

« dis, 'pa, tu m'aides pour mon entraînement ? »
« d'accord, après le repas » lâcha le brun

Il sentait cette légère tension entre son fils et lui, depuis son retour ; il ne parvenait pas à mettre de mot, dessus, mais il avait cette sale impression que Shikadai lui en voulait. Sans un mot, il termina de nourrir le nourrisson et le déposa dans son berceau ; il le berça un instant et retourna dans la cuisine, se tenant dans l'embrasure de la porte. Son regard effleura le corps de son amante ; elle était de dos, mais restait si belle. Le rouge lui monta légèrement aux joues lorsqu'il croisa son regard et il détourna les yeux, prenant place à table ; une petite fille ne tarda pas à sauter sur ses genoux et il lui intima d'être sage.
Plus les jours passaient, plus il découvrait cette petite fille pleine d'énergie en Mitsuha ; d'une certaine manière, ça lui plaisait de la voir ainsi. Les larmes ne coulaient plus sur ses joues et il trouva cette vision plus que belle. Elle planta ses iris bleutés dans les billes émeraude de la blonde et la remercia d'un hochement de tête, croquant généreusement dans une crêpe.

Ses mèches brunes noués en un catogan, ses iris brunes se heurtèrent au regard vert de son fils ; presque un an était passé et il lui semblait bien qu'il avait prit quelques centimètres. D'un revers de manche maladroit, il essuya les quelques gouttes de sueurs qui perlaient sur son front et se lança en avant, un kunaï dans la main ; son fils avait insisté pour qu'ils s'entraînent aux armes blanches et en tant que bon père, il avait tout de suite accepté. Mais chaque fois que leurs armes s'entrechoquaient, il se revoyait sur le terrain, dans les décombres, devant ces hommes.
Son arme lui échappa des mains et un soupir s'extirpa de ses lèvres.

« kagemane no jutsu, manipulation des ombres » s'exclama le brun, les deux mains liés

Le plus étrange fut que rien ne se passa ; aucune ombre virevoltant au gré du vent dans le but d'attraper son ennemi dans les filets. Ses iris brunes croisèrent le regard émeraude de son fils à l'instant où il lui entailla le bras ; d'un bond agile en arrière, Shikamaru déposa ses doigts sur sa blessure, un léger filet de sang s'en échappait.

« c'est quoi ton putain de problème ? » s'exclama l'adolescent, une pointe de colère dans la voix

Les sourcils froncés, il déposa son regard sur son fils ; Temari s'extirpa de la demeure et observa la scène, ses iris se retrouvèrent happés par la vision du sang qui s'échappait du bras de son époux. Elle s'élança près de lui, inquiète et appuya sa main sur sa blessure. Elle posa un regard réprobateur sur son fils.

« non, mais qu'est - ce qui te prend ? » lâcha - t - elle
« qu'est - ce qui me prend, moi ? non mais c'est lui, là » souffla - t - il, en pointant son père d'un doigt colérique « tout ce que je demandais, c'était un putain de combat avec mon père »

Sa voix se heurtait au vent et le grand brun ne dit rien, intimant à son épouse de ne pas intervenir.

« tu crois que je suis un idiot ? que je n'ai pas remarqué que le simple son d'une porte qui claque te fait peur ? » cracha l'adolescent « c'est à peine si tu oses t'approcher de maman, tu me regardes comme ci j'allais disparaître mais putain, je suis là ; ce n'était pas moi qui était absent pendant des mois, c'était toi, ça »

Les joues légèrement rouges de colère, il fixait son père, une pointe de rage dans les yeux.

« j'étais là, moi ; je prenais soin de maman, t'étais où toi bordel ? » demanda - t - il « tu reviens, au bout d'un an, comme ci de rien n'était, avec deux gosses et tu penses que tout est pardonné ? avant, j'étais putain de fier de t'avoir comme père, là, je ne sais plus ce que ça fait d'en avoir un »

Et sans un mot de plus, l'adolescent s'éloigna de ses parents et de la demeure ; les mains dans les poches. Il observa un instant le dos de son fils qui s'éloignait toujours un peu plus de lui et lorsque sa silhouette disparut au détour d'une rue, ses jambes le lâchèrent ; les fesses dans l'herbe, il adressa un petit sourire maladroit à son épouse, qui le regardait inquiet. Il tentait de lui faire croire que ces mots ne l'avaient pas touchés mais elle le connaissait, sur le bout des doigts ; elle le tira doucement avec elle, à l'intérieur de la maison et pansa sa blessure.