J'ai décidé de publier toutes les deux semaines au lieu de toutes les semaines comme j'ai essayé. Je pensais avoir le temps d'écrire quand j'étais à l'étranger mais visiblement non.
Disclaimer : Je ne possède que Morghann Lane, l'univers et tous les autres personnages appartiennent aux réalisateurs de la série BBC, Sherlock.
Deux semaines ont passé depuis ma visite imprévue au Scotland Yard. Sherlock agissait comme si je n'existais pas. Il ne me parlait pas, ne me regardait pas. Pourtant je ne m'en faisais pas. J'avais juste l'impression d'avoir un adolescent en pleine crise. Je lui préparais à manger et une fois que je changeais de pièce ou sortais de l'appartement il mangeait comme si de rien n'était. Lestrade était venu deux fois. La première fois pour lui proposer de participer à une enquête et la deuxième fois juste pour discuter. Lorsque Sherlock avait compris que l'inspecteur ne venait pas lui apporter une enquête sur un plateau il était parti s'enfermer dans sa chambre. Nous avions discuté de ses recherches pour un nouvel appartement. Il ne voulait pas rester là où il avait vécu avec sa femme, cela lui pesait trop. Il m'avait ensuite demandé comment cela passait avec Sherlock et son frère. J'attendais toujours que Mycroft m'indique que j'avais réussi sa soi-disant période d'essai. Sherlock refusait le plus de contact possible avec moi, il m'était presque impossible de le surveiller lorsqu'il quittait l'appartement. Cependant, je pensais avoir réussi la partie concernant mon self control. Depuis cette nuit particulière j'arrivais de mieux en mieux à me contrôler. Je m'entrainais toujours mais c'était plus pour rester en force que faire sortir des émotions que je ne comprenais pas.
Je venais de finir ma douche lorsque j'entendis des cris provenant du salon. J'écoutais attentivement depuis la salle de bain, enroulée dans une immense serviette. Les frères Holmes. Le règlement de compte que j'attendais et redoutais depuis que Sherlock avait vu ce sms. Je finissais de me sécher rapidement et enfilais les vêtements que j'avais posés sur le rebord du lavabo. Un t-shirt beaucoup trop grand pour moi que j'avais acheté à un concert du groupe BiS et une paire de collants quelconque. Je sortis de la pièce et jetais mon pyjama dans ma chambre avant de rejoindre les deux frères. Sherlock était près de la fenêtre, regardant ce qu'il se passait dans la rue alors que Mycroft se trouvait dans l'encadrement de la porte qui séparait l'escalier et le salon. Il semblait prêt à partir à n'importe quel moment. Il inclina presque imperceptiblement la tête lorsqu'il me vit entrer dans la cuisine. Je m'assis sur la table en bois qui était, pour une fois, débarrassée de tout chaos. Sherlock se retourna lorsqu'il entendit la table grincer sous mon poids. Un rictus méprisant apparut sur son visage avant qu'il ne reporte son attention sur son frère.
-T'as rien trouvé de mieux que me coller une baby-sitter sur le dos ?
-John ne vit plus ici, j'ai pensé que tu aurais besoin d'un nouveau jouet pour t'occuper, Mycroft avait déclaré ça d'une voix totalement glaciale et lorsque le mot jouet était sorti de sa bouche j'ai senti une vague de violence s'emparer de moi. Je la réprimais immédiatement.
-Je n'ai pas besoin que tu te soucie de moi. Et John est toujours là. Je n'ai besoin de personne. Surtout pas de compagnie envoyée par toi. »
Mycroft regarda sa montre d'un air impatient puis se tourna vers moi, coupant court à sa conversation avec Sherlock.
-Je pense que vous avez réussi. C'était assez mal parti mais vous avez prouvé que vous savez vous contrôler. Même moi, qui le connais depuis toujours, j'ai encore du mal.
Sherlock fit volte-face et son regard faisait des aller-retours entre son frère et moi. Il cherchait l'élément qui manquait pour comprendre ce qu'il passait. Il pensait jusque-là que ma présence n'était faite pour le distraire et il venait de se rendre compte que ça allait plus loin que ça. Je souriais intérieurement. J'avais prouvé que je pouvais rester lucide et patiente, que je savais quand je devais réagir. J'avais passé des années à laisser l'impulsivité dicter mes actions. Presque chaque personne que je croisais dans ce temps-là était un combat qui pouvait démarrer à tout moment. Maintenant, le véritable combat c'était de ne pas chercher la violence à chaque instant et se montrer le plus logique et implacable possible. Je reconcentrais mes pensées sur les deux frères en face de moi. Mycroft reprit :
-Vous commencez à travailler avec moi dès demain. On vous enverra tout ce que vous avez besoin de savoir par message.
Il se tourna alors vers Sherlock.
-Mon cher frère, je te laisse. Passe une bonne journée.
Il quitta l'appartement d'un pas rapide et quelques secondes plus tard on entendit la porte de l'immeuble se refermer. Sherlock se laisse alors tomber sur son fauteuil. Je quittais la cuisine pour m'asseoir en face de lui. Je sentais qu'il était sur le point de dire quelque chose. Ce serait bien la première fois qu'il me parlerait depuis plusieurs semaines. Il prit une inspiration, ouvrit la bouche pour s'apprêter à parler et s'arrêta. Il me regarda, les sourcils froncés, cherchant ses mots.
-Tu comptes vraiment travailler pour lui ? Pourquoi ?
-C'est ça ou je repars au Japon. Et j'en ai pas très envie pour être franche.
-Il a déjà une équipe énorme autour de lui, tu as vraiment l'impression que tu seras utile ? Et puis tu vas faire quoi d'ailleurs ? La seule chose que tu arrives à peu près à faire correctement c'est la cuisine. Même si mon frère a un grand engouement pour la nourriture, je suis sûr qu'il peut trouver mieux comme chef.
J'allais lui répondre lorsqu'il reprit rapidement :
-Tu penses vraiment pouvoir lui faire des repas diététiques ? Son régime actuel a pas l'air de fonctionner. La nourriture asiatique est souvent considérée comme plus équilibrée mais bon sang, tu mets beaucoup trop de sauce.
-Garde du corps. Je dois être son garde du corps, je l'interrompais alors qu'il allait enchainer sur ma façon de cuire la viande.
Sherlock s'arrêta immédiatement de parler et hocha la tête d'un mouvement infime.
-Tout est contradictoire chez toi, c'est fatiguant à la fin.
Il se recroquevilla dans son fauteuil avant de fixer la télévision éteinte, l'air ailleurs. La conversation était terminée.
Quelques heures plus tard je reçus plusieurs notifications sur mon téléphone. Un emploi du temps plus que rempli était apparu. Et aussi une série de messages venant d'une certaine Anthéa. Elle se présentait comme l'assistante de Holmes et m'indiquait tout ce que j'avais besoin de savoir pour a journée de demain. Toujours rester en retrait. Parler le moins possible. Intervenir seulement avec l'accord d'Anthéa. Globalement, être là et attendre que quelque chose d'inattendu se produise.
Le lendemain matin je me levais assez tôt, encore plus tôt que d'habitude. Le soleil n'était pas encore levé sur Londres mais j'étais anxieuse à l'idée d'enfin commencer à travailler. Je ne pouvais pas rester une seconde de plus dans mon lit sans me rappeler qu'aujourd'hui était vraiment le début. Je pensais que Holmes n'avait pas été d'un tact énorme en m'annonçant la nouvelle du jour au lendemain mais je devais prendre sur moi et me préparer mentalement à vitesse grand V.
J'enfilais des vêtements noirs comme m'avait répété Anthéa hier après-midi. Être discrète, toujours. J'avalais un toast et filais hors de l'appartement. Une berline noire était garée en double file devant l'immeuble, comme je m'y attendais. Je grimpais à l'intérieur. J'étais seule sur la banquette arrière. Une fois installée, la voiture démarra et je regardais une nouvelle fois mon emploi du temps du jour. Deux rendez-vous attendaient Holmes aujourd'hui. Ils étaient indiqués devoir durer plusieurs heures. Le seul moment de libre que je pouvais voir semblait seulement laisser le temps d'aller d'un meeting à l'autre, sans plus.
Harry, mon chauffeur, savait parfaitement où il nous conduisait alors que j'ignorais totalement où je me rendais. Les adresses n'étaient pas indiquées sur mon téléphone et je connaissais assez peu Londres. Je fus très vite perdue et j'essayais de me repérer à chaque fois qu'on croisait une station de métro. Je supposais que ces rendez-vous devaient demander une certaine discrétion et que le moins de personne serait ce qu'il en est vraiment, mieux cela serait. Environ une demie heure plus tard la voiture s'arrêta. Je descendis. Le bâtiment qui s'étendait devant moi était dans un bon état mais vieux. Une architecture typiquement londonienne. A quelques mètres de moi je vis Holmes et une femme, que je supposais être Anthéa, descendre d'une autre berline noire. Anthéa était concentrée sur son téléphone, suivant Holmes quelques pas derrière lui, sans même regarder où elle allait. Je les suivis sans dire un mot. J'observais autour de moi, essayant que cela ne soit pas trop évident. Je devais pouvoir repérer la moindre personne ou chose voulant entrer en contact avec Holmes et être capable de savoir si ce contact était ok ou si je devais le repousser.
On entra dans le bâtiment et après avoir parcouru plusieurs escaliers et couloirs on s'arrêta devant une porte. Anthéa releva la tête avant de prendre le devant de la marche pour ouvrir la porte. Holmes entra et alors que je m'avançais pour entrer à mon tour, Anthéa me fit un signe de tête. Cela signifiait clairement : « Toi tu restes ici, ce qui se passe de ce côté de la porte ne te regarde pas ». Bien. J'avais juste à rester plantée devant une porte en bois massif pour plusieurs heures, à évaluer mentalement chaque personne qui voudrait entrer dans cette pièce, sans avoir la moindre idée de qui je devais laisser passer ou non.
Le temps était long, comme je m'y attendais. Mais c'était supportable. Je savais, grâce à mon emploi du temps, à quelle heure cela finirait et je restais concentrée sur le temps qui était encore devant moi. Rien n'est plus insupportable qu'attendre sans savoir quand cela s'arrêtera. J'avais le temps de réfléchir, ça au moins c'était sûr. Ma famille me manquait. A cause du décalage horaire, on se contactait assez peu. On s'envoyait des messages quand on pouvait mais il fallait parfois attendre plusieurs heures avant une réponse. Non pas que cela me dérangeait mais je me sentais assez mal à l'aise d'utiliser mon téléphone personnel après mes « aventures » avec ce détraqué. Ils me disaient qu'il avait neigé récemment. L'affluence dans leur gite avait dû diminuer je m'en doutais. On ne parlait pas de grand-chose, seulement si on allait bien et le temps dans nos pays respectifs. Mes parents n'avaient jamais été en contact avec mes amies du lycée, j'avais tout fait pour l'éviter, et ne pouvaient donc pas me donner de leurs nouvelles. Je ne m'attendais à rien de la part de mes connaissances du lycée, aucunes n'avaient compris ma décision de partir alors qu'on était aussi fortes. On avait réussi à devenir le lycée le plus craint et le plus puissant de la préfecture et je m'étais enfuie, en quelque sorte. Je ne le regrettais pas, mais je pouvais comprendre leur réaction. On s'était battue des heures et des heures, on s'était blessée de multiples fois, pour mettre toutes les autres écoles à nos pieds. Bien sûr que j'en étais fière. Quand j'étais arrivée, notre lycée était un moins que rien dans la région, menacé de fermeture tous les mois, incapable de se protéger contre les gangs des autres lycées, se faisant ravager tous les deux jours. Et on était finalement arrivées tout en haut. Mais la vue qu'on avait depuis cette position de leader n'était pas aussi agréable qu'il n'y paraissait. Et je n'avais pas choisi d'être là. Oui, je m'étais engagée à rendre notre lycée plus fort, plus puissant. Mais je ne savais pas, en m'inscrivant dans cette école, ce qui m'attendait. La violence et l'abandon était partout. Il fallait se battre à chaque instant, pour la moindre raison. Le lycée avait été abandonné par l'académie, on ne pouvait que se raccrocher à soi-même. Les professeurs ne faisaient pas l'effort d'enseigner, ils savaient qu'ils ne pourraient rien tirer d'autre de leurs élèves qu'un coup de poing bien placé dans la mâchoire. La plupart des élèves avaient été abandonnés par leurs parents. Lorsqu'ils avaient une famille, celle-ci ne faisait rien pour empêcher leur enfant d'entrer dans cette école. Ils les laissaient faire sans jamais leur montrer le moindre soutien. Le dialogue était totalement rompu entre adultes et adolescents. On était livrées à nous-même et personne ne viendrait nous aider. La plupart d'entre nous ne voulait pas être aidées. La violence était plus simple à gérer qu'une vraie éducation et un véritable accompagnement. Cela arrangeait tout le monde de nous laisser nous battre comme bon nous semblait. Les professeurs nous déclaraient incontrôlables et nous nous déclarions incontrôlés. Non, ce n'était pas une situation dans laquelle je pouvais rester plus longtemps si je voulais pouvoir faire quelque chose de ma vie. Alors j'étais partie.
Je commençais à ressentir une légère douleur dans le dos à force de rester debout lorsque je perçus du mouvement à l'intérieur de la salle. Quelques secondes plus tard Anthéa suivit de Mycroft Holmes sortirent. Je les suivis de quelques pas alors qu'ils continuaient leur chemin. Jusqu'ici cette journée se déroulait sans problème. Je n'avais qu'à espérer que cela continue ainsi.
Je remontais dans ma voiture, qui devait suivre les traces de celle de mon patron. Harry me tendit un sac en papier avant de démarrer. Je l'attrapais. Un sandwich et un thermos de café. Je ne savais pas ce qu'avait fait Harry pendant qu'on était à l'intérieur mais il s'était montré prévoyant. Je mourrais de faim. Je n'étais pas sûre qu'un simple sandwich puisse satisfaire mon estomac mais j'étais loin de me plaindre. J'avalais mon repas le temps du trajet et gardais le thermos avec moi. La voiture avait beau être assez stable, je n'avais quand même pas assez confiance pour boire mon café.
Le deuxième rendez-vous fut tout aussi calme, de mon côté en tout cas. J'avalais mon café à petite gorgée, je voulais le faire durer le plus longtemps possible. Il n'y avait personne à l'horizon pour perturber ma journée. Ce qui la rendait éminemment ennuyeuse.
Holmes et Anthéa ressortirent de ce meeting visiblement exténués. Ils marchèrent deux fois plus vite qu'en arrivant. Et ils marchaient déjà assez rapidement à ce moment-là. Je les rattrapais en quelques enjambées, mon thermos toujours en main. Anthéa jeta un regard en arrière pour vérifier qui la suivait. Lorsqu'elle vit mon thermos elle s'arrêta brusquement.
-Il t'en reste ? Je suis à bout de nerf, ça me serait vraiment utile.
Je lui tendis le thermos avec un léger sourire.
-Je comprends. Tiens, il doit rester un fond.
Elle l'attrapa et au moment où Holmes se retournait d'un air impatient au bout du couloir, elle reprit sa marche accompagnée d'une gorgée tiède de café.
Une fois dehors, Holmes rentra dans la voiture sans un mot. Anthéa s'arrêta au moment de monter à l'intérieur et se retourna vers moi :
-Merci encore pour le café. Tu ne t'en sors pas trop mal pour ta première journée.
Elle inspira un grand coup.
-Demain sera sûrement un peu plus difficile.
Elle pénétra dans la berline sans un mot de plus. Ils ne semblaient vraiment pas inclinés à la discussion, l'un comme l'autre et quelque-soit le moment. Je grimpais à mon tour dans ma propre voiture. Je me demandais alors pourquoi, si je devais veiller à la sécurité de ces deux personnes, je devais voyager dans une autre voiture. Il devait, normalement, rester une place à l'avant de leur voiture. A moins que leur conducteur soit plus baraqué que Harry, ce qui rendrait les choses plus faciles. Harry n'était plus dans sa prime jeunesse, son crâne commençait à se dégarnir, et ce qu'il lui restait de cheveux était totalement blanc.
Alors que Harry me reconduisait au 221B Baker Street, je repensais à ma journée. Comme je l'avais prévu, je n'avais fait qu'attendre. Attendre un danger qui, heureusement, n'était pas venu. C'était plutôt agaçant de se dire que j'avais passé la journée debout à ne rien faire et qu'il ne c'était rien passé mais en même temps, l'absence de perturbation me paraissait rassurante.
Une fois rentrée dans mon appartement, je soufflais profondément. La tête de Sherlock surgit alors de du canapé.
-Alors ? C'était si épuisant que ça ?
-Non, juste long et assez ennuyeux.
-Je te l'avais dit, Mycroft est d'un ennui absolu.
Je m'assis dans un fauteuil et le tournais pour faire face à Sherlock qui se redressa et s'assit correctement dans le canapé.
-Pas ton frère, juste le fait d'attendre qu'il se passe quelque chose. Et qu'il ne se passe rien.
-En fin de compte, on a passé une journée plutôt similaire. Je crois que je ne me suis pas autant ennuyé depuis plusieurs mois.
Je me relevais pour aller dans la cuisine. Un toast était réclamé par mon estomac dans l'instant qui suivait.
-Tu vois que je t'ai manqué. Je pars une journée et tu t'ennuies.
Sherlock secoua la tête avant de se lever. Il passa devant moi et continua jusqu'à l'entrée de sa chambre.
-Non, toi aussi tu m'ennuies.
Et il s'enferma dans sa chambre pour le reste de la soirée.
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