Ils avaient attendu longtemps. Et sous la fine pluie du Yorkshire, ce qui n'arrangeait rien. Lupin avait fini par rentrer chez lui vers neuf heures du soir, arrivant en moto, sans se presser outre mesure. Les deux apprentis avaient attendu qu'il mette pied à terre et ait rentré son engin au garage pour se montrer.
En les voyant, le loup-garou n'avait pas sursauté, n'avait même pas semblé surpris. Il avait simplement dit :
"Bonsoir. Qu'est-ce que vous me voulez, encore ?
— Vous parler." répondit James.
— Votre baby-sitter n'a pas pu se déplacer ?
— Il est contre l'idée." expliqua Sirius. "On ne va pas forcer ta porte en mode "on est des Aurors", hein. Si vraiment tu ne veux pas nous ouvrir, on s'en va. Mais avant, il faut que tu saches qu'on a une proposition à te faire, et qu'elle concerne Greyback.
Lupin les fixa, ses yeux d'ambre semblant les jauger méticuleusement. Puis il ouvrit sa porte et leur fit signe de le suivre.
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Sirius et James, comme la veille, s'installèrent dans le moelleux canapé du salon. Ils se séchèrent rapidement par magie. Sirius se retint de justesse de proposer le même sort à Lupin. C'était sans doute trop intime, et de toutes manières le loup-garou n'était pas trop mouillé grâce à la méthode moldue : manteau et casque. Sirius était fasciné par les motos moldues depuis qu'il avait découvert leur existence, et il se demanda si, plus tard, il serait assez proche du loup-garou pour pouvoir la lui emprunter, ou au moins lui demander comment ça marchait.
Lupin les fit attendre quelques minutes, le temps de préparer du thé. Lorsqu'il revint, il portait un plateau avec une énorme théière fumante, des tasses, du lait, du sucre, des biscuits, des toasts et du beurre. Bien que son visage n'affiche toujours pas la moindre émotion, ils étaient très clairement accueillis bien plus chaleureusement que la veille.
S'il y avait un domaine où les règles sociales moldues et sorcières se rejoignaient, surtout en Angleterre, c'était bien le thé, même à ces heures indues. En garçons bien élevés, ils attendirent tous les trois que Rémus ait fait le service pour attaquer les choses sérieuses :
— Alors," commença celui-ci, "quel est le plan ?
Les deux sorciers sourirent. Ils ne s'étaient pas trompés sur le caractère du loup-garou.
James attaqua :
— On pensait, Sirius et moi, que tu pourrais nous être utile pour retrouver Greyback. Une fois qu'on l'aura localisé, nos Aurors pourront s'en charger sans problème.
Tout comme Sirius à l'instant, James avait spontanément tutoyé le loup-garou, qui ne semblait pas s'en formaliser. Ils avaient le même âge après tout, et commençaient à comploter ensemble, ça crée des liens.
Cependant, Lupin croisa les bras et se recula contre le dossier de sa chaise, semblant plus méfiant que jamais :
— Et pourquoi vous pensez que j'y arriverais ?
— Tu es loup-garou, et...
— Et alors ? Je suis un loup-garou parce que Greyback me hait. Ou plutôt, je suis un loup-garou parce que Greyback a voulu se venger de mon père. Il a veillé à se transformer à proximité de notre maison. Il sait à quel point c'est la pire des vengeances... Quoi qu'il en soit, jamais il n'acceptera un Lupin dans sa meute.
Sirius et James se regardèrent, dépités. Et pour la première fois, Lupin sourit légèrement.
— Vous n'aviez pas pensé à ça, hein ?
Il commença à piocher dans l'assiette de gâteaux et les attaqua avec appétit, tout en disant :
— Heureusement, moi j'y pense depuis un certain temps. Avoir des sorciers de mon coté ouvre pas mal de perspectives. Mais avant de discuter stratégie, je veux qu'on se mette d'accord sur l'essentiel : le but est que vous m'aidiez à tuer Greyback. A partir de là, on peut négocier.
— Attend, avant ça..." ajouta James, "on doit te prévenir qu'on n'a pas l'accord du bureau des Aurors. Donc si tu es pris au milieu de la meute, ils t'arrêteront avec les autres. Et il est possible... Comment dire...
— Que ce soit les loups qui aient ma peau, n'est-ce pas ?
— Oui. On va faire de notre mieux, Sirius et moi, pour te protéger, mais on ne peut rien te garantir. Désolé.
— Je m'en fous. Je refuse que ce salopard puisse continuer à nuire, et vos fameux Aurors n'arrivent à rien. Si je ne le fais pas avec vous, je le ferai sans vous, d'une manière ou d'une autre, et ça m'étonnerais que ça augmente mes chances de survie.
— Je comprends que tu veuilles te venger, mais l'idée ce serait plutôt que ce soit un Auror qui s'en occupe. On aurait besoin de toi surtout pour le localiser. " précisa Sirius.
— Ça me va. Du moment qu'il n'est pas seulement arrêté. Ce n'est pas que je doute de l'horreur d'Azkaban, mais je suis à peu près certain que s'il met un pied au ministère, il va trouver un moyen "mystérieux" de s'échapper.
— Ça m'étonnerait," protesta James, "il est recherché mort ou vif, mais il est déjà condamné à mort par contumace (1).
Lupin ne répondit pas, se contentant d'un mince sourire. Sirius donna un coup discret dans les côtes de son ami. Ce n'était pas le moment de débattre des rumeurs sur la corruption du ministère, et ils avaient entendu bien trop d'histoire d'Impérium pour ne pas comprendre la méfiance du loup-garou.
— Ce sera fait," promit Sirius d'une voix grave, ses yeux gris sombres ancrés dans les iris d'ambres du loup, " même si je dois m'en charger moi-même. Tu as ma parole.
— Moi aussi," dit James après un instant d'hésitation. "Je vous préviens que j'espère bien que ce sera un vrai bourreau qui se chargera du travail. Mais c'est notre devoir de l'empêcher de nuire, d'une manière ou d'une autre. Et s'il le faut je le tuerai moi-même.
—Alors, marché conclu," répondit Lupin. " Je vous aiderai à retrouver Greyback, quoi qu'il m'en coûte.
Il y eut un silence, comme si l'instant était trop solennel pour revenir immédiatement à la réalité triviale.
Ce fut Rémus qui le rompit d'un ton léger :
— Maintenant que ça c'est fait, passons aux choses sérieux et mettons au point un plan d'enfer."
(1) Condamnation alors que l'accusé est absent de son propre procès, généralement parce qu'il est en fuite.
