7- Undisclosed Desires

Janvier. Le ciel est désormais constamment voilé de blanc. Je déteste le cœur de l'hiver. Il fait un froid de canard, je dirais même de canard de Laponie et le temps est tout gris. Tout est gris d'ailleurs. Le ciel, la ville, les arbres, mon humeur. Juste après Noël, l'Ordre du phénix a essuyé une nouvelle attaque, la seconde mentionnée par la future prophétie. Harold Minchum, le ministre de la magie, commence enfin à se rendre compte que quelque chose cloche. Quand aux sorciers anglais, ils font grise mine en ce moment. Même les décorations de Noël n'ont pas réussi à attirer autant de monde que les autres années (enfin, d'après mon patron). Du coup, la boutique est vide. Je n'entends que rarement le bruit du carillon de l'entrée. Alors je m'ennuie, affalée sur mon comptoir. Même les livres de la boutique ne m'enchantent plus. En plus, mon patron a attrapé un mauvais microbe, alors il préfère rester au chaud plutôt que dans la boutique pleine de courants d'air.

Pour en revenir à cette attaque, cette bande de cornichons n'a pas jugé bon de me prévenir. Je m'inquiétais de ne pas avoir de nouvelles d'eux depuis quelques jours, alors je suis allée chez les Potter. C'est là que Lily m'a appris la chose. Je peux vous dire que lorsque les garçons ont franchi le seuil de la maison, ils se sont pris un savon monumental! Je les revois encore, tout penaud, les mains dans le dos et la tête penchée à regarder leurs chaussures. Après quoi, je suis partie comme une furie.

Deux jours après, Sirius est venu sonner à ma porte, me demandant de lui pardonner. Mais il a eut beau faire ses yeux de chien battu si adorables, j'ai tenu bon. Il y avait longtemps que je lui avais pardonné, mais je voulais le faire un peu mariner. Après trois jours à lui faire la tête, il a fini par m'inviter au restaurant en me promettant de ne plus jamais me cacher ce genre d'information.

Le temps est maussade, mon humeur également, surtout que je n'ai vu presque personne de la matinée. Le ministère a beau tenter de cacher les attentats à la population, le bouche à oreille fait son effet, et les gens ont de moins en moins envie de traîner sur le Chemin de Traverse. Mr Fleury est passé tout à l'heure voir si tout se passait bien, mais comme je n'avais rien à signaler, il est retourné dans son bureau, siroter des litres et des litres de thé brûlant et de pimentine, assis devant la cheminée. Cet hiver a l'air d'être rude pour lui, j'ai l'impression qu'il a du mal à se remettre de son coup de froid.

Pour la énième fois, je passe un coup de plumeau sur le comptoir, plus pour m'occuper que pour réellement nettoyer. Je m'ennuie tellement que le magasin n'a jamais été aussi propre. Pas un grain de poussière ne traîne, tout est nickel. De temps en temps, la clochette de la porte d'entrée se fait entendre, laissant entrer un client pressé et peu enclin à bavarder avec moi. Alors, je n'y prête plus attention. Et l'ennuie est toujours là, me rendant de moins en moins attentive, et de plus en plus stupide. Et il n'y a même pas de trombones dans ce monde! Si j'en avais sous la main, j'aurai au moins pu m'occuper avec.

Et puis je ramasse une plume, et puis une deuxième. Et… tiens, un encrier vide, ça ferai une jolie tête. Avec une plume dedans on dirait une tête avec un chapeau à plume. Et si je prends ce rouleau de parchemin et que je le mets dessus, ça fait un mec. Et voilà comment dix minutes plus tard, je me retrouve en pleine scène de bataille intergalactique.

" Attention Obiwan, derrière toi!

- Merci jeune Padawan! Ttzzzouuuuu, tzzzzzouuuuuu

- Arrrrgh

- Luc, Kkhhhhh, je suis ton père, kkhhhh."

C'est fou tout ce qu'on peut trouver dans une librairie finalement!

" C'est comme ça que tu travailles, Pretty Girl?

- Aaah! Sirius! Espèce de tête de nœuds sur pattes! Tu m'as fait peur!

- C'était l'idée ma belle. Tu m'expliques?

- Hein, de quoi?

- Ben, ton petit jeu…

- Oh, ça? C'est rien! Je m'amusais un peu, histoire d'occuper mon temps. Et toi, qu'est-ce-que tu fais là?

- Je suis en pause. Et je me suis dis que vu l'heure, tu n'allais pas tarder non plus, et qu'on pouvait aller manger ensemble.

- Bonne idée! Je suis libre dans dix minutes. Tu veux m'attendre ici? "

Dix minutes, c'est rapide, mais dix minutes, ça peut aussi s'avérer extrêmement long, surtout quand on les passe sous le regard scrutateur de Sirius. J'ai beau tenter de l'ignorer au maximum, j'ai l'impression que le moindre de mes gestes est épié, étudié, surveillé. Je me sens bête de penser ainsi, après tout, pour quelle raison Sirius ne me quitterait pas des yeux? Il a beau avoir envie de moi, ça semble une évidence désormais, il n'empêche qu'un être humain normalement constitué ne passerait pas dix minutes entières à observer les faits et gestes d'une libraire en train de ranger sa librairie. Bref, dix minutes, c'est long, et je cumule les maladresses. Livres qui tombent, pieds qui trébuchant, encrier qui se fracasse, tout cela accompagné d'un petit rire moqueur dans mon dos. Enfin, j'arrive au bout de mon rangement. Un dernier livre à ranger avant de fermer boutique, et je serais libre. J'attrape donc le volume à la couverture en cuir marron d'une main, et un tabouret de l'autre. Pas de chance pour moi, cette boutique a été conçue pour qu'un sorcier puisse y travailler. Certaines étagères se trouvent donc extrêmement hautes. Si j'ai de la chance, un simple tabouret suffit, mais parfois, il me faut avoir recours à une échelle.

Agrippant mon livre, je monte sur le tabouret et m'étire de tout mon long pour tenter de ranger ce fichu bouquin. Je m'échine pendant quelques instants, sur la pointe des pieds, me tortillant et m'agrippant aux étagères pour ne pas tomber, et puis enfin, Sirius se décide.

" Besoin d'aide, beauté fatale? "

Bien décidée à lui lancer une réponse sarcastique bien sentie sur son temps de réaction, je tourne à demie la tête pour lui jeter un coup d'œil. Mais ma bouche reste ouverte sur une phrase qui ne vient pas. Ma gorge s'assèche quelque peu et mon cœur se lance dans une bourrée endiablée, face au regard brillant de convoitise du garçon. Merlin, ayez pitié de moi, cet homme me rendra folle à me regarder de la sorte pour si peu de choses. Il ne s'agit que de ranger un livre sur une étagère, et pourtant, j'ai l'impression d'avoir effectué pour lui un numéro burlesque en dessous affriolants et finissant en nu intégral.

" Rrhhh, hum, non, c'est bon, ça va aller.

- T'es sure?

- Oui oui, je vais le mettre en dessous, et je m'en occuperai une autre fois. Allez viens, on y va. "

Vite vite, je me dépêche. Eviter de réfléchir, éviter de penser, éviter de croiser son regard. Je repasse derrière le comptoir, attrape mon manteau, mon écharpe et mes mitaines. Juste avant de partir, je passe rapidement la tête par la porte du bureau patronal.

" Patron? Je prends ma pause repas, je reviens dans 1h!

- Très bien mon petit. N'oublie pas de fermer et de mettre la sécurité, par les temps qui courent, on ne sait jamais.

- Bien sur. A tout à l'heure!"

En fait, depuis le début des attaques, le patron a fait poser une sécurité à l'entrée du magasin. Un sortilège, placé dans une clef pour que je puisse m'en servir, et qui est sensé protéger l'entrée du magasin. Très franchement, je ne pense pas que ce truc soit très efficace si des mangemorts débarquent, mais ça le rassure.

Une fois dans la rue, je savoure l'air froid qui pique mes joues. Pourquoi donc, me direz-vous, sachant mon peu de résistance à cette température? Et bien parce que ça calme mes ardeurs (et celles de l'autre gus par la même occasion, enfin j'espère), et que ça me permet de repenser normalement. Emmitouflée dans mon écharpe jusqu'aux oreilles, je me tourne vers Sirius.

" On va où?

- Au Chaudron Baveur? En cette période, il n'y a plus grand-chose d'ouvert…

- Ça marche! Comme ça j'en profiterai pour récupérer des bouquins à quelques clients. "

Passant son bras sous le mien, Sirius m'entraîne donc à pas rapides vers le vieux bar d'aspect miteux, non sans jeter quelques coups d'œil par-dessus son épaule.

A peine la porte poussée, la chaleur ambiante de l'établissement nous entoure, réchauffant nos abatis, ainsi que mon bout de nez déjà tout rouge. Toujours vigilants, Sirius me guide jusqu'à une table un peu éloignée, dans un coin. Je suppose que c'est pour ne pas avoir à tourner le dos à la salle. Après tout, Sirius est un apprenti auror ainsi qu'un membre de l'Ordre, et il se trouve que nous sommes en guerre. Baisser sa garde et tourner le dos à un éventuel ennemi, c'est prendre le risque de se faire avada-kedavrisé sans sommation.

Pendant que mon beau gosse passe commande, j'avise un des clients réguliers de la boutique. Un homme dans la petite trentaine, plutôt séduisant je dois dire, aux yeux noirs et cheveux bruns. Tout à fait ma tasse de thé, si je puis dire. Enfin, il n'éclipse quand même pas l'adonis qui m'accompagne.

Bref, l'homme en question me repère, et après une communication à base de geste et de coups d'œil, il monte chercher le bouquin qu'il devait ramener à la librairie. Enfin j'espère que c'est bien ça, et qu'il ne s'attend pas à ce que je le rejoigne dans sa chambre…

Une fois notre repas commandé, Sirius focalise toute son attention sur moi.

" Tu m'as manqué tu sais.

- Sirius, ça ne fait qu'une semaine qu'on ne s'est pas vu!

- Et alors, c'est long une semaine. Ça m'a semblé un mois entier.

- C'était si dur que ça? Je veux dire… tu sais, les… les opérations…

- Oh, comme d'habitude. Les meurtres et les disparitions augmentent, et on ne peut rien y faire. Ils semblent toujours avoir un coup d'avance. Dumbledore pense qu'il y a un espion dans nos rangs. Sans compter qu'avec la grossesse de Lily, James est encore plus inquiet. Nous sommes tous sur les dents. "

Mon client refait alors surface, me tendant le livre et s'installant presque. D'un œil hostile, il jauge Sirius assis en face de moi. Il doit juger qu'il ne constitue pas un danger puisqu'il commence à me faire un gringue d'enfer. Je suis estomaquée par tant de sans-gêne! Sirius aussi, puisqu'en preux chevalier volant au secours de sa demoiselle, il monte tout de suite aux créneaux.

" Tu veux boire un peu de vin, mon Amour? Oh, excusez-moi, je vous ai interrompu. Veuillez me pardonner, je me présente, Sirius Black. Et vous êtes?

- Sirius, je t'en prie, c'est juste un client de la librairie. Merci Mr Merson. "

Et voilà. Sirius lui a rabattu son caquet d'un coup sec. Je sais bien que je devrais me sentir offensée d'être considérée comme une propriété, mais sérieusement, voir Sirius montrer des dents et monter sur ses ergo pour éloigner tout personne de sexe masculin de mon entourage a quelque chose d'assez…. excitant.

Et puis, un matin, un hibou vient toquer à ma fenêtre. Je tiens à m'étendre un peu sur ce sujet, parce que quand on lit le bouquin de JKR, on se dit que le coup des hiboux postaux, c'est génial… ou pas. Parce qu'au moins, le facteur, quand il passe, il ne chie pas dans votre café et ne vient pas grappiller dans votre bol de céréales. Bref, un hibou vient donc toquer à ma fenêtre. La lettre est de Jay. Et au fur et à mesure de ma lecture, je sens ma bouche s'assécher. Comment ai-je pu oublier ce "détail"? Comment ai-je pu oublier qu'en cet hiver 1980, Regulus Arcturus Black décide de trahir sa cause avant de perdre la vie, englouti par les eaux infestées d'inferi. L'information vient surement d'arriver aux oreilles de l'Ordre et Jay ne sait pas trop comment le dire à Sirius. Retournant le parchemin, j'attrape un stylo (je suis foutrement incapable d'écrire correctement avec une plume) et rédige ma réponse. Je renvoie le hibou par la fenêtre et je regarde l'heure. 10 heures. Très bien, j'espère que James ne va pas traîner. Après un passage rapide à la salle de bain, j'ai tout juste le temps d'enfiler un jeans et un pull avant d'entendre la sonnette de ma porte. Impeccable. Je saisis d'une main mon manteau, de l'autre mes clefs, avant de sortir de l'appart. James est là, il m'attend sur le palier.

" Salut Mac.

- Comment vas-tu? Et Lily?

- Tout va bien, ne t'inquiète pas.

- D'accord. Emmène-moi, s'il te plait. "

Je lui saisis le bras, avant de sentir mon corps se compresser et tourner. Beurk, je ne m'y ferais jamais. Lorsque je sens à nouveau la terre ferme sous mes pieds, je me trouve devant une petite maison de ville, en plein dans un quartier magique de Londres. Je réalise alors qu'après tous ces mois, je ne suis jamais venue chez Sirius. C'est étrange, je me sens toute timide. Mais James ne me laisse pas le temps d'y réfléchir, et il m'entraîne vers la porte d'entrée. Lorsque Sirius nous ouvre, je vois bien dans son regard qu'il est surpris de nous trouver là, tous les deux ensembles, sans qu'on l'ait prévenu. L'intérieur de la maison n'est pas très grand, mais suffisant; c'est en tout cas toujours bien plus grand que mon studio. La décoration est très masculine, mais faite avec beaucoup de goût et de classe, à l'image du propriétaire des lieux.

Installés dans le canapé, Jay et moi attendons le bon moment pour lui annoncer la nouvelle. Plusieurs fois, James ouvre la bouche, avant de la refermer sans rien avoir dit. Quand à moi, je ne quitte pas des yeux mes mains nouées sur mes genoux. Et puis Jay se lance.

" Euh Sirius?

- Mmmh?

- Il faut que… enfin, y'a un message qui est arrivé ce matin au QG, et…

- Il y a eu un problème?

- Non! Enfin… c'est … c'est Regulus.

- Quoi? Qu'est ce qu'il a fait ce crétin?

- Il est mort.

- Oh… et c'est pour ça que vous êtes venu tous les deux? Ça n'était pas la peine. Qu'est ce qu'il a fait? Il a déplût à son maî-maître?

- Si on veut. Apparemment, il a voulu le quitter.

- Quel idiot! Enfin, au moins il aura eut un soupçon de bon sens dans sa vie. Ah tiens, j'ai oublié les crackers. Je reviens. "

Mes yeux n'ont pas quitté mes mains de toute la conversation. Mais quel idiot! Mon sang bouillonne, je suis à deux doigts d'exploser. Alors, dès que Sirius franchit la porte du salon, je me lève brusquement à sa suite et le rejoint dans la cuisine.

" Tu n'as pas honte?!

- Honte de quoi?

- De parler de lui comme ça!

- Sans vouloir te vexer Mac, tu ne le connais pas, tu ne sais pas qui il est.

- Il est ton frère! Ton petit frère! Et il est mort en essayant de faire quelque chose de bien! Tu n'as pas le droit de parler de lui comme ça!

- Tu me fais chier Mac, je parle de lui comme je veux, frère ou pas frère, mort ou pas mort.

- Vas te faire voir, Sirius Black! Tu n'es pas mieux que les autres avec tes préjugés à la con! Tu as décidé que ton frère était un crétin, mais laisse moi te dire que j'en sais surement plus sur lui que toi à l'heure qu'il est! Et si pour toi un homme qui meurt en voulant retrouver le droit chemin est quelque chose de ridicule, alors je ne vois ce que je fous encore ici à te parler. "

Ivre de colère, les larmes aux yeux, je quitte la cuisine pour rejoindre l'entrée. J'arrache mon manteau du porte-manteau et l'enfile avec hargne. Ma main tout juste posée sur la poignée de la porte, je me sens tirer en arrière.

" Tu ne pars pas!

- Lâche mon bras, Black!

- Pour que tu t'en ailles? Hors de question, tu restes ici!

- Tu n'as pas le droit de m'obliger à rester!

- Et toi, tu n'as pas le droit de me laisser!

- … lâche moi, Sirius. S'il te plait.

- Non. "

Je ferme les yeux, et inspire profondément. Impossible de me contenir plus longtemps, et une larme s'échappe de mes paupières fermées. Alors, en chuchotant, je réitère ma prière.

" Lâche-moi.

- Ne pars pas… s'il te plait.

- Ça ne changera rien. Alors laisse-moi partir.

- Je ne peux pas faire ça. Je te demande pardon Mac, pour ce que je t'ai dit tout à l'heure. Mais avec Regulus, c'est…

- Compliqué? Tu crois que je ne le sais pas? Je te connais. Je sais qui tu es, et je sais qui il est. Ton frère n'était pas un idiot. Il n'était pas le stupide petit sang pur que tu veux voir en lui. Il est mort en essayant de rattraper ses erreurs, en essayant de faire le bien. Et ça, tu ne peux pas l'ignorer. Tu ne dois pas l'ignorer.

- Qu'est ce que tu sais et que tu refuses de me dire?

- Beaucoup trop de choses. Et toi, qu'est ce que tu sais et que tu ne veux pas me dire?

- Tu le sais déjà. "

Alors, ses yeux gris acier se troublent, et une perle salée s'échappe. Sa main retient toujours mon bras, mais si faiblement qu'un simple geste suffirait à me libérer. Devant ce regard qui semble appeler à l'aide, je renverse la situation en le saisissant à mon tour par le bras. Je tire à peine, et c'est suffisant. Le voilà qui me sert fort contre lui, ses bras m'entourant avec force, sa tête dans mon cou. James, qui était resté en retrait pendant tout ce temps s'éclipse alors. Sûrement pour ménager l'orgueil de son ami dont un nouveau sanglot secoue ses épaules.

Début Février. L'ambiance est de plus en plus triste. Mes seuls instants de plaisirs sont les rares visites de Sirius, parfois accompagné de James ou Remus, et mes soirées de plus en plus nombreuses chez Jude et Aly. Elles ont le don de me faire oublier ce qui se trame là-bas. Pourtant, leur vie n'est pas des plus simples non plus. En tant que sang pur sympathisant avec "l'ennemi", Alice court pas mal de risques. Je suppose, que tout comme la famille Black, les Wentworth doivent essayer de la faire rentrer dans les rangs. Finalement, même reniés, ils restent sous la surveillance de leur famille. Ils n'en sont jamais vraiment débarrassés. Quand à Judith, c'est une née-moldue, je crois que ça se passe de commentaires.

Ce weekend, j'ai donc trouvé refuge dans l'ambiance apaisante et chaleureuse de leur appartement. Thé et scones devant nous, nous bavardons tranquillement.

" Dis-moi, darling, c'en est où avec ton bel étalon?

- Alice, je t'en prie. Sirius n'est pas mon étalon, et de toute manière, c'en est nulle part.

- Mouai. Quelque chose me dit que ce n'est pas lui qui met un frein à votre histoire.

- Oh, j't'en prie. On parle de Sirius Black là, ce n'est pas non plus le premier glandu du coin! Ce gars ne peut pas être amoureux, ça n'est pas écrit dans ses gênes!

- Et pourquoi pas? Non mais je suis sérieuse, pourquoi il ne serait pas amoureux de toi?

- Tu te rends compte que, de là d'où je viens, ce personnage - parce que c'est un personnage de roman je vous rappelle- est mon fantasme numéro un? Et comme par hasard, alors que j'atterris dans son monde, il tomberait amoureux de moi? Non mais vous déconnez les filles! On n'est pas dans une fiction, ce genre de chose n'arrive pas dans la réalité! Sans compter qu'il n'est pas le genre d'homme à tomber amoureux, je vous le répète.

- Admettons. Admettons qu'il ne soit pas amoureux, admettons qu'il ne te court après que parce qu'il a envie de te sauter, quel est le problème? Tu es majeure, vaccinée, consciente de ce qu'il en est, et en plus, c'est ton plus grand fantasme. Pourquoi ne sautes-tu pas sur l'occasion?

- Et notre amitié, vous en faites quoi?

- Et bien, si lui est prêt à risquer votre amitié pour une histoire de sexe, je ne vois pas pourquoi tu te retiendrais.

- … Non. Non, je ne veux pas. Je ne veux pas risquer notre amitié.

- Moi je crois plutôt que tu ne veux pas risquer de tomber amoureuse et de te faire jeter comme une vieille merde.

- Peut-être.

- Du coup, si tu ne veux ni t'impliquer sentimentalement, ni sexuellement avec le beau Sirius, pourquoi tu ne tenterais pas avec un autre?

- euh… non.

- T'es lesbienne?

- Non, mais… non.

- Donc si je comprends bien, tu ne veux pas sortir avec Sirius, tu ne veux pas juste coucher avec lui, mais tu n'as pas envie d'avoir une histoire avec un autre que lui… Ma belle, je crois que t'es foutue! T'es déjà amoureuse de ton beau gosse. "

Je préfère me taire, de peur de dire quelque chose que je pourrai regretter. Alice a-t-elle raison? Pas impossible. Est-ce une bonne chose? Pas sur. Heureusement, je suis sauvée par l'intervention de Jude. La jolie rouquine nous écoute depuis le début, à moitié cachée par son chevalet, peinturlurant à qui mieux mieux.

" Mac, ça ne te dirait pas de poser pour moi?

- Jude! On était en pleine conversation!

- Et alors? Mac en a marre, laisse la un peu digérer tout ce que tu viens de lui dire. Alors? Ça te dirait?

- Euh… et bien c'est délicat… enfin, je veux dire…Alice, tu en penses quoi?

- Si tu es gênée pour moi, ne t'inquiète pas. Ça me fera des vacances.

- Alors? Oui ou non? J'ai déjà mon idée en tête, ça serait superbe!

- Et bien, pourquoi pas. C'est flatteur. D'accord, ça marche!

- Super! Je vois déjà le tableau accroché dans ton salon. Ça va être superbe! Juste toi, au milieu des draps défaits.

- Des draps, comment ça? Jude… ôte moi d'un doute, je porterai bien quelque chose sur ce tableau?

- …

- Jude! Il est hors de question que je pose à poil!

- Trop tard, tu as accepté. Oh allez, ça sera génial!

- Non, mais je ne vais pas foutre un tableau de moi à poil dans mon salon! Jude, sois sérieuse!

- Mais personne ne te reconnaîtra! Je cacherai ton visage, promis! Et puis on ne verra pas grand-chose, tu seras allongée sur le ventre! Et si tu insistes, je cacherai même tes fesses avec le drap.

- Vous allez me rendre cinglée toutes les deux.

- Ça veut dire oui?

- … oui. D'accord.

- Oh Mac, t'es vraiment une super amie! On commence toute suite!

- Quoi? Maintenant?

- Mais oui! Alice va t'aider à te préparer pendant que j'installe mon bazar. "

Non mais qu'est-ce qu'il m'a pris d'accepter?

Fin Février. Mr Fleury m'a envoyé chercher une livraison de nouveaux romans pour la boutique. Le relai de poste magique n'est pas loin, entre chez "Eeylops, le royaume du hibou" et le magasin de chaudron, heureusement, sinon il aurait fallu que j'aille jusqu'à Pré-au-lard. Ce qui est beaucoup moins facile qu'on ne le croit lorsqu'on n'a pas de pouvoir magique. Malgré tout, je ne traîne pas. C'est qu'entre le froid et les attentats, il ne fait pas bon sortir en ce moment. Les gens se pressent, tout comme moi. Plus personne ne flâne sur le Chemin de traverse maintenant. Chacun avance, baisse la tête, observant à la dérobée les autres sorciers et sorcières tout autour. Personne ne se parle, tout le monde se soupçonne. Bref, c'est une ambiance particulièrement angoissante. Et je ne fais pas exception. Je longe les murs, attentive, sur mes gardes. Je suis à deux pas du relai de poste lorsque les premiers cris se font entendre. Autour de moi, les gens se figent eux aussi, attendant la suite. Un premier craquement se fait alors entendre devant moi. J'ai tout juste le temps de courir me cacher dans le relai de poste avant que le mangemort qui vient de transplaner ne me remarque.

Il y a très peu de monde, deux clients, une vieille dame et un jeune homme tout juste sorti de l'adolescence, ainsi que le postier, un vieil homme avec la barbe taillée en pointe.

" Une attaque!

- Par ici!"

Le vieux postier nous fait signe et nous passons tous derrière le vieux comptoir en bois.

Dehors, j'entends les premières explosions. Il y a bien une chose que je n'avais pas prévue dans toute cette histoire, c'est que je pourrai bien y laisser ma peau. A force de m'inquiéter pour mes amis, dont le destin est déjà scellé, j'avais complètement oublié que j'étais vulnérable. Je me tourne vers mes compagnons d'infortune. Le vieux barbu tente désespérément de calmer la petite mamie. Celle-ci est blanche comme une morte, les yeux agrandis pas la terreur. Je détourne le regard pour ne pas céder moi aussi à la panique. Je m'étais toujours demandé comment je réagirai en situation de crise. Il semble que je tienne à peu près le coup. Le jeune homme est allongé au sol, tentant de voir ce qu'il se passe de l'autre côté du comptoir. Prenant exemple sur lui, je me traîne à quatre pattes jusqu'à l'autre bout et avance légèrement ma tête. Je ne vois pas grand-chose à travers la vitrine. Des gens passent en courant et des éclairs de couleur différente illuminent parfois la rue. Soudain, une effroyable explosion retentit. Les hiboux, perchés sur les étagères tout le long des murs, s'affolent, piaillant et battant des ailes. La petites vieille se met alors à pleurer, récitant des prières.

Un mangemort fait alors son apparition devant la vitrine. Il est massif, un peu râblé, un masque en métal noir sur le visage. Il jette juste un œil rapide dans le magasin, avant de se laisser distraire par un sort. Le jeune homme aussi l'a vu. En silence, je le vois agripper sa baguette et fermer les yeux. Ses mains tremblent.

" Non! N'y vas pas, c'est du suicide!

- On va mourir de toute façon.

- Tu es fou, reste ici!"

Me jetant un dernier regard, il se lève et sort de la boutique en courant. Il n'a pas fait deux pas en dehors qu'il s'effondre, frappé d'un éclair vert. Quel imbécile, nous sommes repérés maintenant! Le mangemort de tout à l'heure fait exploser les vitres avant de lancer son sortilège dans le fond de la boutique. J'ai tout juste le temps de sauter derrière le tas de colis en attente avant que tout n'explose. Pendant l'explosion, j'ai entendu quelqu'un hurler, mais je crois que c'était moi. Mes mains tremblent, je n'ose pas me relever.

J'inspire de grandes bouffées d'air chargé de fumée et de poussière, afin d'empêcher les sanglots de monter. Enfin, je trouve la force de jeter un œil derrière la caisse qui m'a protégée. Le mangemort est parti, il n'y a plus personne. Derrière le comptoir, j'aperçois le vieux postier et la petite vieille. Ils sont ensevelis sous des gravas. Une vague de nausée me prend, et je vomis mon déjeuner dans les débris du comptoir. Une pierre a défoncé le crâne de la petite vieille. Quand au postier, je ne sais pas s'il est mort ou seulement inconscient. Mais je n'ai pas le temps de le vérifier. Je dois sortir d'ici, sauver ma peau. A quatre pattes, je tente de me frayer un chemin parmi les débris de verre, les corps calcinés des hiboux et les dégâts causés par l'explosion. Je crois bien que je me suis coupée plusieurs fois aux mains et aux genoux, mais je ne sens rien. Surement les effets de l'adrénaline.

Une fois près de la porte, je passe la tête pour voir ce qu'il se passe. Les aurors sont arrivés et la bataille fait rage. Et puis, une image fugitive m'accroche le regard. Cette silhouette, je la reconnaîtrais entre mille. Et c'est comme un coup de poing dans la poitrine. Je manque m'étouffer en voyant la scène qui se déroule non loin de moi. Sirius, combattant un mangemort, mais visé par un autre sans qu'il ne s'en soit rendu compte.

Je crois qu'à ce moment là, mes neurones ont cessé de s'agiter. Mon cerveau s'est mis sur pause, et je n'ai écouté que mon instinct. Jaillissant des ruines du relai de poste, je cours aussi vite que je le peux parmi les corps et les sortilèges.

" Sirius, derrière toi!"

En entendant son nom, il se retourne, évitant ainsi le sortilège, avant de m'apercevoir.

La suite est plutôt floue. Une douleur aigüe m'assaille et me stoppe dans mon élan, me coupant la respiration. Ma vue se trouble, je me sens tomber sur les genoux et m'écrouler par terre. Je n'ai plus conscience de ce qui m'arrive. Seulement cette douleur, si forte, si intense. Comme un fer chauffé à blanc qui se fraierait un passage dans chacune de mes veines. Mon cri me parvient, mais si loin, si loin. Et tout aussi soudainement qu'elle est arrivée, la douleur disparaît. Je reste un instant prostrée sur le sol gelé. Ma gorge me fait mal d'avoir hurlé et des spasmes parcourent tout mon corps. Sirius! Où est Sirius? Avec difficulté, je me relève et me traîne laborieusement vers le corps effondré non loin de moi. Faite qu'il ne soit pas mort, par pitié!

Ses yeux sont fermés et il est si pâle. En sanglotant, j'appelle son prénom, sans succès. Du sang macule désormais son beau visage, mais je crois que c'est le mien. Fébrilement, je tâte son cou à la recherche d'un battement, et c'est avec soulagement que je finis par le trouver. Il est faible, mais bien là. Le reste se passe très rapidement. Les aurors sont venus à bout des mangemorts et commencent à sécuriser la rue. Les médicomages envahissent les lieux, évacuant les blesser, regroupant les morts des deux camps.

Deux jours plus tard, je passe tout mon temps à Sainte Mangouste. Mon patron a accepté de me donner quelques jours de congés, vu les circonstances. De toute manière, il n'y aurait pas grand-chose à faire, le chemin de traverse est fermé au public. Mes mains ont été entaillées plus profondément que je ne le pensais, et il semblerait que le sortilège repousse moldu ne soit pas le seul à ne pas fonctionner sur moi. Celui de guérison non plus. Le médicomage qui s'est occupé de moi m'a donc tartinée de pommade, avant d'enrouler mes mains dans des bandages. Pour le reste, les blessures sont plus superficielles. Après avoir été soignée, j'ai retrouvé James et Remus dans le couloir. Ils ont essuyé une belle attaque; probablement la troisième mentionnée par la prophétie. Et depuis, je passe tout mon temps disponible au chevet de Sirius. Et encore, si je n'étais pas limitée par les horaires de visite, je crois bien que j'y serais restée jours et nuits.

Ce matin, James m'a envoyé un hibou. Il semble que Sirius se soit enfin réveillé. C'est donc toute excitée que je trottine dans les couloirs de l'hôpital. Lorsque j'arrive devant la porte de la chambre, une infirmière en sort. Me reconnaissant, elle me sourit.

" Il va beaucoup mieux. Il dort encore, il est très fatigué, mais il n'y a plus lieu de s'inquiéter maintenant.

- Merci madame. "

Doucement, je pousse la porte. Il semble si paisible. Il a repris des couleurs ceci dit, il semble vraiment plus en forme. En silence, je viens m'assoir dans le fauteuil à côté du lit. Je le regarde dormir un instant, mais je suis si fatiguée que je sens le sommeil me gagner.

C'est un bruissement qui me réveille quelques minutes plus tard. Il ouvre enfin les yeux et sourit en me voyant.

" Ben alors, tu avais envie de te la jouer belle au bois dormant?

- Ouille, ma virilité en prend un coup.

- Comment vas-tu?

- Ça va. Je suis encore un peu dans le brouillard, mais ça va. Et toi, comment vas-tu?

- Très bien. Je n'avais presque rien. Que des égratignures.

- Qu'est-ce qu'il t'a prit de te mettre comme ça à découvert?

- Mais c'était pour te sauver la vie! J'avais vu ce mangemort derrière toi. Et ça a marché d'ailleurs, puisque tu as évité le sort.

- Petite sotte. Tu as failli mourir! Tu ne te rends pas compte!

- Dis donc, pas la peine d'être si désagréable! Me prendre un doloris, je trouve que ça n'est pas grand-chose si j'ai pu t'aider.

- M'aider? Pendant que tu hurlais à la mort, le mangemort que je venais d'éviter m'a attaqué à nouveau. Et je n'étais pas concentré sur ce que je faisais, parce que tu étais en train de hurler sous mes yeux, et que je ne pouvais rien faire!

- Mais quelle importance! Des gens sont morts, et tu es un auror! On s'en fiche de qui se prend un doloris ou pas, ton job c'est de rester concentrer pour tous les sauver. A cause de ça, tu as failli te faire tuer! Alors la prochaine fois, tu me feras le plaisir de te battre sans faire attention à moi.

- C'est hors de question! Tu crois vraiment que je pourrais prendre le risque de voir mourir la femme que j'aime? Alors toi, la prochaine fois, tu me feras le plaisir de rester planquée!

- Quoi? Tu as dit que…j'ai entendu… pourquoi?

- Hein?

- Je… il faut que j'y aille. Au revoir.

- Attends!"

Mais trop tard, je suis déjà dans le couloir. Ai-je bien entendu? Ce n'est pas possible, ce n'est pas vrai! Ce sont les potions qu'ils lui ont donné qui lui embrouille l'esprit. Je pense que je vais avoir besoin de quelques jours pour réfléchir.

Une semaine passe et mon esprit est toujours en pagaille. A mes préoccupations sentimentales s'ajoutent mes craintes concernant Voldemort. Nous approchons de la fin de l'hiver, les trois attaques ont eut lieu, il est probable que la prophétie ait déjà été énoncée, et le destin de Harry scellé. Je dois voir Dumbledore. Mais il faut faire les choses correctement. Alors j'attrape une feuille blanche, un stylo, et je me lance avec application.

Professeur Dumbledore,

Je me permets de vous envoyer cette lettre par hibou postal car j'ai besoin de votre aide la plus discrète. Il s'agit de mon petit problème de roman, et vous êtes, je pense et j'espère, le seul à pouvoir faire quelque chose pour moi. Serait-il possible de se rencontrer rapidement?

Cordialement,

Mackenzie Tallis

Voilà. J'espère que ça suffira à le convaincre. Je ne veux pas en dire trop, au cas où la lettre serait lue par quelqu'un d'autre. Il ne me reste plus qu'à rejoindre le centre provisoire d'envoi de courrier magique (depuis l'attaque du chemin de traverse, le relai de poste n'a pas été remis en service) pour envoyer ma missive à Poudlard. Après quoi, je crois qu'il va falloir que je me décide à aller parler à Sirius.

Mais le penser est bien plus facile que de le faire. A peine mon hibou envoyé que je me réfugie chez moi. Impossible pour moi de faire face à Sirius, à ce qu'il a dit et à ce que ça implique. Je ne cesse de tourner en rond, cherchant à m'occuper les mains pour ne plus penser. De la vaisselle, je passe au ménage, au rangement, avant de recommencer à nettoyer. Plusieurs heures passent ainsi, sans que je ne m'en rende compte. Ce sont des coups à ma porte qui me sortent de mon obsession.

Le plus silencieusement possible, je m'approche du judas. Ouf, ce n'est que Dumbledore, aucun Sirius à l'horizon.

" Bonjour miss Tallis.

- Professeur Dumbledore. Ravie de vous revoir.

- Comme vous vous en doutez, j'ai bien reçu votre hibou. En quoi puis-je vous aider?

- Et bien… Voldemort prend de plus en plus d'ampleur, et de part mon lieu de travail et les gens que je côtoie, je suis désormais une cible potentielle. Je me trompe?

- C'est une possibilité à laquelle j'ai effectivement pensé.

- Je pense que vous admettrez également qu'il peut être… dangereux que Voldemort mette la main sur moi.

- Cela serait regrettable en effet. Où voulez-vous en venir, miss Tallis?

- Je voudrais que vous bloquiez mes souvenirs.

- Continuez.

- Il doit bien exister un moyen pour que Voldemort, ou tout autre personne, ne puisse jamais accéder à certains de mes souvenirs.

- Et bien, le plus simple serait un puissant sortilège d'oubli.

- N'y a-t-il pas un moyen pour que je me souvienne de tout? Imaginez que ma présence quelque part modifie le court des évènements, cela pourrait s'avérer une catastrophe. Je ne peux pas oublier si je veux que les choses se passent comme elles ont été écrites.

- Il existe un autre moyen en effet. Mais il est complexe, difficile et douloureux. Il s'agirait d'extraire vos souvenirs de votre vie précédente, pour les remplacer par des souvenirs fabriqués de toute pièce, avant de réintroduire les anciens souvenirs.

- Je ne comprends pas ce que ça changerait.

- En ôtant vos souvenirs, un espace vide se crée. Si nous replacions vos souvenirs réels à cet instant, ils reprendraient leur place habituelle. Mais si on remplit cet espace vide par de faux souvenirs, les vrais souvenirs ne retrouveraient plus leur place. Votre mémoire se défendrait naturellement contre ce qu'elle jugerait comme une invasion, et créerait une sorte de capsule pour contenir cette invasion. Vos souvenirs réels se retrouveraient donc emprisonnés. Votre mémoire y aurait toujours accès, mais eux n'en feraient plus partie. Personne ne pourrait donc y accéder en fouillant votre esprit.

- J'imagine que si vous ne l'avez pas proposé dès le départ, c'est qu'il y a un mais.

- En introduisant de faux souvenirs sans retirer les vrais, cela va créer une surcharge dans votre mémoire. Ce qui peut se traduire par des douleurs au crâne plus ou moins fortes, des malaises mais aussi des convulsions, voire même la perte de certaines capacités. Vous pourriez devenir très instables mentalement, peut être amnésique, et cela pourrait aller jusqu'à vous tuer. Comme vous le voyez, cela n'est pas sans risque.

- … Ça arrive souvent?

- Comment ça?

- La mort, la folie, tout ça.

- J'avoue que le phénomène est rare. Mais peu de personnes ont subi ce sortilège. Il peut également n'y avoir aucun effet secondaire.

- Et si ça ne marche pas? Après tout, le repousse moldu et les sortilèges de soins n'ont aucun impact sur moi.

- Et bien, nous aviserons à ce moment là.

- Il n'y a aucune autre solution?

- La seule autre alternative, en plus de l'oubli, ce serait l'occlumancie. Mais il faudrait des années pour que vous parveniez à la maîtriser suffisamment pour que cela soit efficace. Bien qu'il y ait peu de chance que cela résiste longtemps au pouvoir de Lord Voldemort.

- Très bien. J'accepte alors. Mais si je dois finir cinglées, alors retirer tous mes souvenirs, absolument tous, et faites moi enfermée. Je ne veux pas que mes amis me voient dans cet état.

- Si c'est là votre souhait. Êtes-vous prête?

- Attendez… ça pourrait me tuer sur le coup?

- Et bien, nous ne connaissons pas de cas semblable, mais ce n'est pas une option à écarter. Parfois les effets mettent des années à apparaître, d'autres fois, ils sont immédiats.

- Alors attendez un instant, il y a quelque chose que je dois faire avant. "

Les mains tremblantes, la gorge nouée, je prends un stylo et me penche sur une feuille blanche. S'il doit m'arriver quelques malheurs, il y a des choses qui doivent être sues. Le plus rapidement et le plus succinctement possible, j'inscris sur le papier mes dernières volontés, ainsi qu'un message personnel à chacun de ceux qui compte pour moi dans ce monde. Je signe, puis plie la feuille avant de la glisser dans une enveloppe que je ferme.

" Voilà, s'il doit m'arriver quelque chose, donner ceci à Sirius ou James, s'il vous plait.

- Bien sur.

- Je suis prête maintenant.

- Alors pensez au jour où vous êtes apparu chez les Potter. "

Dumbledore pointe alors sa baguette en bois de sureau sur moi. Il marmonne une formule que je ne saisis pas et un éclair de lumière blanche quitte la pointe de sa baguette pour rejoindre mon front, entre les yeux.

Avec horreur, je sens mon esprit se scinder en deux. Chaque souvenir semble être passé au crible, certains retrouvant leur place, d'autres s'extirpant douloureusement de ma tête. Entre mes paupières mi-closes, j'aperçois un filament nacré continu remonter le long de la baguette. Ainsi, l'impression que mes souvenirs se font aspirer hors de mon esprit n'est pas qu'une impression. Ils le sont littéralement.

La douleur devient lancinante et je m'y habitue petit à petit. Elle n'a rien de très agréable, mais ça reste encore supportable. Lorsque Dumbledore détourne sa baguette, je me sens comme vidée. J'imagine que c'est un peu l'idée au final. Le directeur de Poudlard prend alors une fiole d'une des poches de sa cape violette, et y laisse couler la masse de mes souvenirs.

Et puis, la douleur reprend, mais l'effet est inverse. Ma tête se remplie, petit à petit, des souvenirs d'une vie que je n'ai pas vécue. Dumbledore me crée une vie de toute pièce, en s'inspirant de celle qu'il a vu défiler dans ma tête quelques instants auparavant. Mais la manœuvre est plus compliquée, ma mémoire se rebelle, les nouveaux souvenirs ne correspondent pas aux vides laissés. C'est comme essayer de faire rentrer un rond dans un carré. La douleur se fait plus vive, de plus en plus insupportable. La dernière chose que je vois, c'est cette substance nacré qui relie ma tête à la baguette.

Lorsque je reprends conscience, ma bouche est pâteuse, et ma tête douloureuse.

" Vous avez été parfaite, miss Tallis. Pour le moment, vous semblez parfaitement réagir au sortilège. Tout s'est bien passé, vous avez désormais les deux séries de souvenirs. J'ai essayé d'utiliser la légilimancie sur vous, et impossible pour moi d'accéder à ceux qui sont protégés. Je suppose que vous souhaitez reprendre votre lettre.

- Merci professeur. "