Hermione ne voulait pas se lever, s'extraire de son lit, faire face à tout ce qui s'était passé la veille, au merdier qu'était sa vie à présent. Emmitouflée dans sa couette épaisse, la jeune femme ne cessait de revivre ses péripéties de la veille. Elle qui se fait surprendre dans le salon, lui qui la roue de coups, elle qui se fait trainer au sol, lui qui l'enferme dans le placard, elle qui perd la raison et lui qui la réconforte. Qui la réconforte… A cette pensée, la jeune femme poussa un long gémissement sonore et plongea son visage dans l'oreiller. Comment en étaient-il arrivés là, et l'un et l'autre ? Qu'il l'ait punie, bien que son acte de l'enfermer avait été inhumain, restait néanmoins logique. Mais la consoler en la berçant dans ses bras pendant plus d'une heure, ça, c'était incompréhensible. Et elle, avait-elle définitivement perdu la raison pour oser se blottir dans les bras de son bourreau ? Chercher la protection de l'homme qui l'avait plongé dans cet effroi le plus total ? C'était aberrant, absurde, avilissant.

Mais le plus abject, c'était qu'elle se souvenait parfaitement de son état lorsqu'elle pleurait à chaudes larmes sur lui. Tout son corps s'était décontracté au fil des minutes, oh Merlin, elle s'était sentie si bien, tellement apaisée, comme si elle était en confiance dans les bras d'un ami. Quelle ineptie ! Malefoy avait toujours été son ennemi, et Dieu sait à quel point elle le méprisait de toutes ses pauvres forces. Elle haïssait de tout son être son inflexibilité, son assurance, son intransigeance et par-dessus tout le pouvoir qu'il exerçait sur elle. Il fallait aussi avouer qu'elle exécrait son foutu charisme, leur saleté d'intimité étrange qu'il semblait avoir créé et tout ce paradoxe qui l'entourait. Comment pouvait-il, en l'espace de quelques minutes, lui hurler dessus, la frapper, se montrer incisif puis la rassurer. Oh Dieu, elle ne comprenait plus rien !

Les pâles lueurs de l'aube éclairèrent la chambre grise, il était temps qu'elle se lève, jamais elle n'était restée au lit aussi longtemps. Elle fut d'ailleurs surprise de constater qu'aujourd'hui, Saku n'avait pas pris la peine de la réveiller. La pauvre créature devait encore être sous le choc de la scène à laquelle elle avait assisté la veille. Hermione commença alors à se préparer mollement quand la vue de son reflet la fit sursauter. Elle était méconnaissable. Son œil gauche était boursouflé et bleu, elle ne pouvait presque pas l'ouvrir. Des traces de griffures barraient son visage, dans sa folie de la veille, elle avait dû se faire ça elle-même. Sa lèvre était aussi enflée et son œil droit était gonflé et rouge, certainement le fait d'avoir trop pleuré. La lionne était dans un état lamentable mais étrangement aucun sentiment de colère ou d'irritation ne naquit en elle face à cette vision d'horreur. Seul un profond malaise persistait dans son cœur, lui nouant l'estomac.

Néanmoins décidée à ne pas se laisser abattre, la jeune femme enfila prestement sa robe et rejoignit l'elfe dans la cuisine. Saku, encore effrayée, décida de laisser Hermione gérer le repas de midi pour la remplacer à l'étage dans la chambre du « maitre ». De toute évidence, Saku ne souhaitait pas que les deux êtres se retrouvent encore une fois seuls dans la même pièce, ce qui soulagea la lionne. Sans perdre de temps, Hermione se mit aux fourneaux, les souvenirs de la veille ne cessant de lui revenir en mémoire.

- Le Maitre veut prendre son repas ! annonça Saku en redescendant.

- Je croyais qu'il ne mangeait jamais à midi, grogna Hermione.

- Pas aujourd'hui, répondit sobrement l'elfe en détournant le regard.

La créature semblait mal à l'aise en sa présence, peut-être avait-elle peur d'être assimilée à elle et d'être encore punie, tout ça à cause d'une esclave un peu trop récalcitrante. Mais Hermione n'en avait cure, tant que l'elfe ne risquait pas de subir les foudres de Malefoy, elle se tiendrait à distance. Il était hors de question que la condition de sa binôme se détériore par sa faute. Ayant à présent un peu retrouvé confiance en elle, Hermione se dirigea vers la salle à manger, le repas entre les mains, prête à faire face à son bourreau. Sans même le regarder, elle disposa les assiettes et s'éloigna vers la porte sans pour autant partir, certaine qu'il n'aimerait pas qu'elle s'en aille complètement.

- Approche, entendit-elle doucement.

Le corps frémissant, la Gryffondor avança de quelques pas vers le maitre des lieux et baissa la tête, plus par peur de croiser son regard que par réelle soumission. Elle le vit alors se lever de sa chaise et lui faire face, délaissant complètement ses mets à l'odeur pourtant alléchante qui trônaient sur la table. La douceur de la main de l'homme blond sur sa joue la fit tressauter, la poussant, presque malgré elle, à relever les yeux pour l'observer. L'homme en face d'elle la fixait d'un regard indéchiffrable, ce dernier ayant revêtu son fidèle masque d'inexpressivité, chose qui la mit étonnamment hors d'elle. Comment pouvait-il redevenir la personne calme et peu loquace qu'elle connaissait alors qu'il lui avait dévoilé une facette à ce point effrayante et déconcertante la veille ?

Le corps parcouru de douloureux frissons, Hermione sentit le pouce de son « maitre » glisser de sa joue bouffie jusqu'à sa lèvre écorchée, ouvrant lui-même la bouche en même temps, comme s'il ressentait sur ses propres lèvres ce qu'il lui faisait. Il caressa sa meurtrissure, lui provoquant une grimace de douleur. Que se passait-il ? Pourquoi se montrait-il si tendre après ce qu'il lui avait fait subir la veille ? Pourquoi était-il si tactile, lui qui se débrouillait toujours pour ne pas la frôler ? Mais bon sang, qu'est-ce que mijotait encore ce tordu de Serpentard ! Hermione le contempla, effarée, quand elle le vit remuer, comme mal à l'aise. Ses lèvres s'entrouvrirent davantage, la pression de son pouce augmenta, un tic nerveux agita son œil. Il allait dire quelque chose, et de toute évidence pas n'importe quoi vu son air indécis. Il allait parler quand des cris résonnèrent dans le manoir tout entier.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ! Drago, où es-tu ? tempêta une voix féminine qui se rapprochait de plus en plus.

Apeurée à l'idée de se faire surprendre dans cette situation par la maitresse de maison, qui pourrait mal interpréter la scène qu'elle découvrirait, Hermione préféra se soustraire à la caresse du grand homme pour se plaquer contre le mur. Malefoy la regarda faire sans un mot, la main encore levée, comme s'il souhaitait prolonger le contact alors même qu'elle n'était plus là pour en bénéficier.

- Ah tu es là ! Merde, Drago, qu'est ce qui t'a pris de te barrer et de me laisser toute seule avec tes parents, hein ? le fustigea-t-elle en balançant manteau et écharpe au sol, qu'Hermione se précipita de ramasser.

- Reste-là, dit-il de sa voix grave à l'attention de l'esclave qui s'en allait sur la pointe des pieds.

Stupéfaite, Hermione s'arrêta brusquement mais n'osa se retourner, de peur de croiser le regard contrarié de l'épouse. Après tout il avait préféré lui parler, à elle simple esclave, plutôt que de répondre à sa prétendue femme.

- Pourquoi ne dis-tu rien ? Pourquoi es-tu parti sans un mot ? Sais-tu dans quelle situation délicate tu m'as…

- Ca suffit, la coupa-t-il sèchement. J'avais à faire, de plus, ce stupide repas me tapait sur le système. Esclave, sers-moi un verre d'eau, ajouta-t-il plus calmement à l'adresse d'Hermione.

Timidement, Hermione s'approcha de la table et découvrit que Malefoy s'y était attablé et attendait patiemment qu'elle le serve, ceci sans la lâcher du regard un seul instant, oubliant totalement la présence courroucée de sa femme.

- Drago ! Comment peux-tu me traiter de la sorte ! s'insurgea-t-elle en tapant du pied, les mains sur les hanches.

- Je te traite comme bon me semble très chère, c'était bien ce que stipulait notre contrat, n'est-ce pas ? fit-il narquoisement.

- Toi l'esclave, dégage d'ici et tout de suite ! glapit-elle en s'approchant de son mari.

Hermione n'eut même pas le temps d'esquisser un pas que l'homme tonna aussitôt d'une voix forte.

- Elle reste ! Tu n'as pas d'ordre à lui donner !

- C'est moi qui ai payé cette esclave, c'est à moi qu'elle doit obéir et je ne…

- Tais-toi ! claqua-t-il en posant bruyamment ses couverts sur la table. Elle est à moi et à moi seul ! Tu as perdu le droit de commander sur elle le jour où tu me l'as laissé dans les pattes pendant que tu vadrouillais Dieu sait-où ! Est-ce bien clair ?

Hermione vit la dame se ratatiner sur elle-même, il semblerait qu'elle non plus n'était pas habituée aux éclats de voix de son cher époux. Cette conversation était absolument ahurissante. Étaient-ils réellement en train de se battre pour savoir à qui elle appartenait ? Elle, un être vivant doté de raison et d'une conscience. Oh Merlin, elle était vraiment née à la mauvaise époque et dans un monde de fous, il aurait certainement mieux valu pour elle que jamais elle n'ait découvert ses origines de sorcière. Restée moldue, elle serait à mille lieux de ce spectacle à la fois navrant et réellement surprenant. Voir Malefoy la revendiquer comme son esclave, elle, Hermione Granger, son ennemie de toujours sans même qu'il le sache, était ahurissant, même pour elle.

- Quant à mon attitude à ton égard, tu savais très bien à quoi t'attendre en acceptant ce ridicule mariage, ricana-t-il méchamment.

- Ne dis rien de plus devant elle ! cracha-t-elle en la lorgnant, le regard mauvais.

- Oh par pitié Astoria, as-tu peur que mon esclave ne répète notre secret ? Très bien, dis-moi Helia, comptes-tu un jour répéter ce que tu viens d'entendre, sous réserve bien entendu qu'un jour je te laisse sortir d'ici, railla l'homme blond.

Surprise de l'entendre prononcer son prénom de manière presque aimable, même si ce n'était pas véritablement le sien, Hermione darda un regard sidéré sur lui et hocha négativement la tête.

- Voilà qui est fait, tu peux à présent dormir sur tes deux oreilles. Maintenant, laisse-moi finir mon repas.

- Mais…

- Astoria ! Quitte cette pièce avant que je ne perde complètement mon sang froid, gronda-t-il d'une voix sourde.

Médusée, la jeune femme tourna les talons, sans oublier de lancer un dernier regard assassin à l'esclave, et franchit le pas de la porte quand son époux ajouta :

- Un avertissement Astoria, et sache que ce sera le premier et le dernier. C'est la dernière fois que tu me parles sur ce ton, la toute dernière fois. S'il te prend un jour l'envie de recommencer, je ne me montrerai plus aussi conciliant, lui murmura-t-il lentement avant de reprendre son repas.

Défaite et paniquée face à cette menace à peine déguisée, la belle épouse avala difficilement sa salive et s'éloigna le plus rapidement possible.

Hermione aurait presque eu de la peine pour la jeune femme, presque. La Gryffondor savait à quel point le Serpentard pouvait se montrait effrayant lorsqu'il le souhaitait, et son épouse venait aujourd'hui d'en faire les frais. Mais une question persistait dans son esprit, pourquoi avait-il insisté pour qu'elle assiste à la scène ? Est-ce que c'était pour contrarier encore davantage son épouse ou bien ne voulait-il vraiment pas qu'elle s'en aille ? Et qu'est-ce qu'il s'apprêtait à dire avant que sa cinglée de femme ne débarque comme une furie ? Hermione, perdue dans ses pensées, se mordit la lèvre tant elle était agacée. Elle aurait donné cher pour entendre ces mots qu'il avait l'air d'avoir eu tant de mal à prononcer. Pour une fois, elle aurait aimé rester seule un peu plus longtemps avec lui sans qu'ils soient dérangés par qui que ce soit.

Et c'est alors qu'Hermione percuta. Cette foutue intimité entre elle et lui, elle la recherchait elle aussi maintenant. Depuis des semaines, elle n'avait fait que jouer le rôle du meuble, silencieux et immobile, elle n'était personne mais se trouvait tout de même et tout le temps à côté de lui. Sans un mot, dans un silence total, elle le lavait, l'habillait, lui préparait à manger ou se tenait tout simplement près de lui. Il l'avait observée alors qu'elle était nue, il l'avait vu en pleine crise d'hystérie, il commençait à la connaitre comme elle commençait à comprendre son caractère fantasque. Il avait tout fait pour créer cette putain d'intimité malsaine, seuls tous les deux dans cette immense maison. Il avait parfaitement raison, elle lui appartenait, elle était à lui, il décidait de tout et influençait ses choix. Il pouvait la battre et la consoler dans l'heure, provoquant chez elle des sentiments complètement contradictoires. Merde, ce salopard avait réussi l'exploit d'exercer son contrôle sur elle, sans même qu'elle ne s'en rende pleinement compte. Quand il était là elle avait peur, quand il n'était pas là elle pensait à lui, comme une ombre à la fois malfaisante et obsédante qui ne la quittait jamais. Putain, il avait songé à tout, il détenait l'ascendant et elle n'était que la pauvre esclave passive qui ne savait plus comment réagir face aux différentes réactions extrêmes de son « maitre ».

A présent, Hermione aurait voulu disparaitre, s'écrouler et ne plus jamais se relever. Avait-elle, sans en avoir conscience, cherché de l'intimité et de la promiscuité avec Malefoy ? S'était-elle cachée derrière la haine qu'elle ressentait à son égard, oubliant toutes ses autres émotions et sans même réfléchir à l'importance que ses propres actions pouvaient générer ? Combien de fois aurait-elle dû baisser son regard, ne pas rentrer dans son jeu, ne pas chercher à établir un lien, même basé sur de la colère, avec lui ? La lionne s'était foutue là-dedans toute seule, et voilà que maintenant elle espérait être seule avec l'homme froid et austère pour pouvoir écouter ce qu'il avait à lui dire. Merlin que c'était risible et honteux. Cela devait cesser, il n'était que le « maitre » des lieux, il n'était rien. Cet homme n'avait aucun droit de la violenter ou de l'enlacer, elle n'était pas sa chose, elle était Hermione Granger. Elle devait se ressaisir !

- Le « maitre » a-t-il encore besoin de moi ? s'enquit-elle d'un ton détaché, le regard ailleurs pour être sûr de ne pas flancher.

Un court silence, le bruit d'une chaise qui racle le sol, le son d'un vêtement qui se froisse.

- Oui, va-t'en et ne te montre pas tant que je ne t'ai pas demandé, dit-il de sa voix rauque.

Hermione fit une petite courbette et fila comme le vent en dehors de la salle à manger, le cœur battant à tout rompre. Ce qu'il venait de se passer dans cette pièce ne devait plus jamais se reproduire. Plus jamais elle ne se laisserait embobiner par le tempérament imprévisible de Malefoy.


Une fois n'est pas coutume, Drago prit place à son bureau, ses extraits de comptes en banque sous les yeux. Une fois par mois, le jeune homme prenait plusieurs heures de son temps libre pour régler sa compatibilité et autres documents administratifs. Une tâche éprouvante pour lui car chaque mois, il voyait son argent doubler ou tripler, mais au lieu d'en être heureux, il ne pensait qu'aux personnes que son père avait dû tuer ou enfermer pour leur prendre leur richesse et la partager avec son fils. Son habituel sentiment de culpabilité lui rongea une fois de plus l'estomac, mais comme toujours, il préféra l'ignorer. Sa culpabilité pouvait bien aller se faire foutre, de quoi se plaignait-il alors que sans même travailler, il avait un rythme de vie de ministre. La vie n'était qu'injustice, et lui en profitait sans vergogne.

En fin d'après-midi, quelqu'un sonna à la porte et quelques minutes plus tard, Saku se présenta à son bureau accompagné d'un grand homme filiforme.

- Salut Malefoy, comme ça va depuis le temps ? le salua chaleureusement son invité en pénétrant dans la pièce, la main tendue.

- Bonjour Nott, je suis toujours vivant comme tu peux le constater, répondit plus froidement Drago en se relevant pour lui serrer la main.

Tous deux prirent place, Nott sur un fauteuil et Drago à son bureau, un café noir posé devant eux.

- Alors, cette fameuse réception, tu vas finir par y aller ? s'enquit Théodore, le sourire en coin.

- Je déteste participer à ces soirées, elles sont glauques et interminables.

- Allez Malefoy, fais un effort, en plus j'ai appris de la bouche de ton épouse que tu avais une nouvelle esclave ! Tu pourrais l'y emmener, comme tu l'avais fait avec la dernière que tu avais ! Quoique à ce moment-là les festivités s'étaient déroulées chez toi il me semble, dommage, je n'avais pas pu y participer, ricana-t-il en buvant une gorgée.

A la simple idée d'imaginer Hermione entourée d'une dizaine de Mangemorts assoiffés de sang et de sexe, le Serpentard eut un haut le cœur. Ça devait être sa saleté d'épouse qui avait encore une fois trop parlé. D'autant plus que le blond se méfiait comme de la peste de son ancien camarade de Poudlard, qu'il n'avait jamais considéré comme un véritable ami contrairement à Pansy ou Blaise. Théodore Nott n'était pas net, certes, aucun Serpentard ne l'était mais lui cachait quelque chose de fourbe et de machiavélique en lui, ça Drago en était sûr et certain. Le voir assis, tranquillement en face de lui, sirotant son café, le plongeait dans une sourde angoisse. C'était comme laisser entrer le serpent dans le berceau d'un enfant, la proie était facile à dévorer. Et en l'occurrence, la victime aujourd'hui pouvait être son esclave. A aucun moment les deux êtres ne devaient se rencontrer, c'était vital.

Décidé à abrutir son ami le plus possible pour qu'il s'en aille rapidement et les idées par très claires, Drago se précipita dans le couloir et hala son elfe et lui ordonna de leur chercher du bon vin. Une fois la besogne accomplie, le jeune Serpantard blond prit soin de servir son hôte le plus souvent possible, feignant de s'intéresser à la conversation, qui portait comme souvent avec Nott, sur les rumeurs et autres racontars en tout genre. Pourtant, le maitre des lieux se doutait que tout ceci n'était qu'une façade, Nott devait être aussi peu sensible que lui aux cancans et bruits de couloirs, mais c'était sa façon de faire. Prêcher le faux pour savoir le vrai, cependant Drago était rôdé à l'exercice, ne se contentant que de ricaner bêtement à chacune des interventions de son invité.

- Eh bien Malefoy, cette vinasse n'est pas mal du tout mais ma vessie crie grâce, est-ce que je peux…

- Bien entendu, j'appelle Saku pour te guider, coupa Drago en se redressant sur sa chaise.

- Non laisse, je commence à connaitre ton manoir, railla-t-il en lui faisant un rapide clin d'œil.

Soulagé de le voir disparaitre quelques instants, Drago se laissa aller contre le dossier de sa chaise et ferma les yeux. Parler avec Nott était épuisant, une joute verbale où chacun devait cacher sa vérité, un duel impitoyable basé sur de l'hypocrisie. Dieu merci, il ne lui rendait que très peu souvent visite. Les minutes passèrent, inlassablement, quand le Serpentard commença à se poser des questions. Bordel, qu'est-ce qu'il foutait ? Il y avait bien assez de salles de bain dans ce manoir pour ne pas avoir à crapahuter trop loin ! Déjà las de la tournure que prenait son après-midi, Drago sortit du bureau et se mit à arpenter sa maison quand il tomba sur son elfe.

- Est-ce que tu as vu où était l'autre ? grogna-t-il agacé.

- L'invité du Maitre a pris la direction de la cave, répondit-elle en s'inclinant, ayant compris tout de suite de qui parlait son Maitre, elle le connaissait si bien depuis toutes ces années.

- Et l'esclave, que fait-elle ? continua-t-il, curieux.

- Elle range les bouteilles de vin à la cave Maitre, peut-être est-il allé lui en demander une, suggéra Saku quand elle vit son Maitre partir subitement en courant.

La peur au ventre, Drago se précipita vers la cave, redoutant plus que tout la scène qu'il allait trouver. Nott n'avait pas la réputation d'être un violeur, mais ce petit serpent savait garder ses putains de secret, et imaginer son esclave, son Hermione seule, dans une pièce peu éclairée, avec un Mangemort, lui donna la nausée. Le bruit d'un objet qui se brise retentit non loin de lui, le son provenant de la cave. La gorge nouée et le corps en sueur, Drago dévalât les quelques marches, ouvrit la porte en trombe et tomba sur la scène qu'il redoutait tant.

Hermione, avachie au sol, gisant misérablement dans une flaque de vin, des coupures de la bouteille brisée parsemant ses pieds à présent nus. Elle semblait terrifiée, plus encore que lorsque lui-même avait levé la main sur elle.

- Qu'est ce qui se passe ici ? murmura-t-il, la voix étrangement calme.

Il aperçut la jeune lionne sursauter et le fixer, la bouche entre-ouverte et le regard hagard.

- C'est ça ton esclave ? Elle ne semble pas très futée si tu veux mon avis, sourit Nott en haussant les épaules.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ? poursuivit-il sur le même ton, sans la lâcher des yeux.

- Oh, rien de spécial. Je l'ai croisé dans un couloir et lui ai demandé de me montrer ta cave à vins pour que je puisse en choisir un. Et figure-toi que lorsque je lui ai mis la main aux fesses, elle a bondit et a renversé la bouteille, ta meilleure je pense, se moqua le Mangemort.

La main aux fesses ? Cet immonde salopard avait osé peloter son esclave, sa femme ! La rage au ventre, Drago essaya tant bien que mal à garder contenance, s'enfonçant ses ongles dans la paume de sa main.

- Tu vas la punir non ? Elle a osé gâcher ton vin ! Je peux la corriger à ta place si tu le souhaites, en souvenir de notre longue amitié, ricana-t-il de plus belle en insistant sur le dernier mot.

C'était un test, Drago en était certain. Allez savoir ce que son idiote d'épouse avait dû raconter sur le lien qui l'unissait à son esclave, quel film elle s'était encore fait. Ça devait être pour ça que ce salopard de Nott avait débarqué aujourd'hui, comme par hasard. Elle était allée pleurer sur son épaule, la garce.

- Qui ne dit mot consent ? C'est ça ? insista Nott, ce qui décupla la colère du grand blond.

Incapable de prononcer le moindre mot, Drago hocha rapidement la tête, tentant désespérément de ne pas prêter attention à la mine déconfite d'Hermione. Tout en serrant les dents, il observa, muet, Nott relever les cheveux de la belle qui lui tombaient sur le visage et décocher gifle sur gifle tout en riant de plus belle. Le corps frémissant, les ongles enfoncés plus que jamais dans sa peau, le Serpentard dû se faire violence pour ne pas intervenir. S'il dévoilait aussi ouvertement de l'intérêt pour son esclave, il se trahirait et la condamnerait aux pires supplices, comme ce fut le cas avec la précédente servante. Il ne devait pas bouger, ne pas moufeter, être un maitre implacable qui s'en contre-fichait pas mal de sa bonne à tout faire.

- Putain Malefoy, la baffer alors qu'elle est déjà pas mal abimée, ça ne m'enchante pas des masses, soupira-t-il en la jaugeant, l'œil circonspect. Par contre, je suis sure que ce qu'il y a entre ses cuisses pourrait davantage me motiver ! Je peux ? ajouta-t-il en souriant de toutes ses dents.

Le nœud dans son ventre menaça de se briser. Il ne pouvait pas laisser faire ça, non, il ne devait pas laisser cette enflure la violenter de cette façon. Il n'y avait que lui qui avait le droit et le pouvoir de lui faire mal, de la faire souffrir, et même en pensant ainsi, jamais il ne l'avait violé, lui. Non, par pitié, il était de son devoir d'arrêter ce massacre.

- Fais comme bon te semble, s'entend-il dire, comme si sa raison avait quitté son corps.

- Parfait ! gloussa Nott en immobilisant la Gryffondor, le visage contre le sol tandis qu'elle se débattait de toutes ses forces.

Défaite face à la forte poigne de l'homme, Drago vit des larmes de rage et d'impuissance couler le long de son visage ravagé par les coups qu'il lui avait infligé la veille. A chaque larme qui coulait, il avait l'impression que se cœur se transformait un peu plus en une gigantesque plaie ouverte. Merde, il était en train de crever, là, dans cette cave lugubre. Étant impossible pour lui de voir Nott relever la robe d'Hermione sur ses fesses, dévoilant ainsi son adorable culotte tout en lui maintenant la tête au sol, Drago laissa à nouveau ses yeux se perdre sur le visage de son esclave quand son regard croisa celui de la lionne. Elle le suppliait. Les yeux emplis de larmes et braqués sur lui, elle lui demandait de l'aider. Il le comprit aussitôt, sans même qu'elle ait besoin d'ouvrir la bouche. Elle lui demandait son aide, à lui, son maitre, son bourreau, son ennemi. Elle avait assez confiance en lui et était assez désespérée pour espérer qu'il intervienne et la sauve de cet enfer.

Mais elle avait tort. Il n'était qu'une ordure sans courage, il ne pouvait pas bouger et se mettre à dos tous les Mangemorts en agissant ainsi. Elle ne devait rien attendre de lui, il ne la protégerait pas, encore une fois. Anéanti, le cœur au bord des lèvres, Drago s'obligea à fermer les yeux quand il entendit l'homme en face de lui se relever promptement. Incrédule, il vit Nott remettre de l'ordre dans ses vêtements pendant qu'Hermione, toujours habillée, en profitait pour ramper jusqu'au coin le moins éclairé de la pièce.

- Finalement, baiser de force une femme qui n'en a pas envie, c'est pas trop mon truc, fit-il simplement en s'en allant d'un pas léger.

Toujours aussi perdu, Drago avala difficilement sa salive et rejoignit son invité dans le hall d'entrée, muet comme une carpe.

- Merci Malefoy, pour cette…. charmante après-midi, susurra-t-il en souriant sournoisement. Tu permets que je te salue de loin, parce que quand je vois l'état de tes mains, je préfère m'abstenir de les serrer.

Interloqué, Drago laissa tomber son regard sur ses mains et s'aperçut qu'elles étaient en sang. Putain, il s'était enfoncé les ongles jusqu'au sang et ne s'en était même pas rendu compte. Alors que Nott, ce chien de Nott, lui, l'avait remarqué et ne manquait pas de le souligner. Effrayé à l'idée que son hôte n'en tire la pire des conclusions, le jeune homme blond s'apprêta à le baratiner du mieux possible quand il le devança.

- Je pense, Malefoy, que certaines choses doivent rester entre les murs d'une maison, chuchota-t-il, cette fois-ci plus sérieusement avant de passer le pas de la porte et de transplaner sans un mot de plus.

Dérouté du sous-entendu employé par son ancien camarade de classe, Drago se laissa retomber contre la porte, le cœur affolé et le teint livide. Ce qu'il venait d'affronter avait été l'expérience la plus pénible de toute sa vie. Pourtant, qu'est-ce qu'il avait souffert par le passé, mais devoir rester stoïque alors que sa lionne était allongée, sans défense, juste devant lui… Merde ! Sentant venir un violent haut le cœur, Drago se précipita dans la première salle de bain qu'il trouva et vomit tout ce qu'il avait dans l'estomac, des images d'Hermione affalée dans la cave ne cessant de lui revenir en mémoire.

Souhaitant sauter le repas du soir, Drago s'allongea sur son lit, tout habillé, ses yeux vides fixant le plafond. Dieu qu'il avait eu envie d'aller s'enquérir de l'état de la lionne, de la prendre dans ses bras, de lui murmurer à l'oreille que plus jamais elle n'aurait à subir ça. Mais ça n'aurait été que mensonge. Comment lui faire une telle promesse alors qu'à tout moment, un autre Mangemort pouvait débarquer et réduire à néant tout ce qu'il avait créé avec son esclave. Il se méprisait pour sa couardise et se détestait pour sa folie. La folie d'espérer qu'Hermione puisse à nouveau un jour lui demander son aide, alors qu'aujourd'hui il n'avait pas bougé le petit doigt pour la secourir.

Tu es sûr que tu es en colère parce que tu n'as su la protéger ? demande son Désir d'une voix faussement innocente.

Bien entendu que c'était pour ça, pour quoi d'autre ? Si Nott ne s'était pas ravisé au dernier instant, s'il était allé jusqu'au bout… Il n'aurait pas bougé le petit doigt pour la sortir de là, non, il l'aurait laissé abuser de son esclave, de sa femme, de son Hermione. Il vomissait littéralement son manque de courage, comme toujours.

Ce n'est pas plutôt de l'envie ? Tu aurais aimé être à la place de l'autre con et plaquer ton esclave au sol pour la violer n'est-ce pas ? insiste la voix.

Bien sûr que non, il ne l'avait pas envié, à aucun moment, il se savait être un monstre, mais il n'était pas un putain de violeur, certainement pas. Jamais il ne l'aurait plaqué aussi violement au sol, la main perdue dans sa tignasse rebelle, face contre terre. Jamais il n'aurait laissé son autre main glisser lentement sur son dos avant d'agripper ses petites fesses rebondies, lui plaçant l'autre main sous le ventre pour la cambrer encore plus. Il ne se serait jamais allongé sur elle, n'aurait jamais mordu son épaule, aspirant la chair de son cou, s'enivrant de sa légère odeur vanillée. Jamais il n'aurait relevé sa robe d'un coup sec, n'aurait bandé comme jamais en l'entendant le supplier d'arrêter, jamais il n'aurait été excité de tout son être en voyant ses larmes pures couler le long de ses joues roses. Non, ce n'était pas dans sa nature de violenter une femme de cette façon. Il n'aurait retiré aucun plaisir à arracher sa culotte, l'élastique qui céderait lui mordant la peau sous le choc, n'aurait éprouvé aucune excitation à passer sa langue sur sa douce peau complètement nue sous ses yeux. Comment aurait-il pu se sentir bien en collant son membre durci par le plaisir, encore caché dans son pantalon, contre la féminité humide de la belle ? La contempler tandis que ses pleurs se transformeraient en gémissements, que de petits va et vient agiteraient son corps, que ses dents mordilleraient sa lèvre. Non, il n'en n'aurait tiré absolument aucun plaisir. Apercevoir ses petits seins comprimés contre le sol froid, la maintenant violement par les cheveux, assis sur elle, détenant tout pourvoir.

La main durement fermée contre sa virilité, Drago laissa une nouvelle fois le désir ainsi que le plaisir prendre totalement possession de son corps. Après tout, mieux valait qu'il se soulage seul dans sa chambre plutôt que de retourner dans la cave finir ce que Nott avait commencé. Sur le dos, le corps en nage, sa paume rugueuse frottant ardemment son membre de plus en plus sensible, le Serpentard était à deux doigts d'exploser.

Vas-y… Imagine-là presque nue, à quatre pattes, les cuisses écartées, t'implorant de la combler… Elle sait qu'elle est à toi, elle veut tout te donner…, murmure son putain de Désir.

Oh oui elle lui appartenait, bien sûr qu'elle ferait tout ce qui lui ordonnerait, et avec plaisir. Elle remuerait ses maudites fesses sensuellement, elle crierait son prénom, elle serait comme en transe. Jamais elle n'aurait connu un tel délice parce que son corps était fait pour être rempli par lui, ils devaient être ensemble, c'était le destin.

Des images de plus en plus violentes se projetèrent dans son esprit, le poussant à arquer les jambes et à enfoncer sa tête dans l'oreiller en haletant. Il perdait la raison, il devenait fou, il allait craquer.

- Drago, il faut qu'on ait une petite conversation, assena son épouse en entrant en trombe dans la chambre.

Coupé dans son élan, le jeune homme blond sursauta et couvrit rapidement son corps d'un drap.

- De quoi veux-tu encore me parler, bon sang ? rétorqua-t-il sèchement, vivement agacé d'avoir été interrompu au moment le plus crucial.

Il put alors percevoir la mine perplexe de son épouse pendant qu'elle l'observait. Il devait en effet avoir une bien étrange allure. Tout habillé sous un drap, les cheveux en bataille, les joues rougies par l'effort, le souffle court dû à son excitation. Un sacré tableau en somme.

- Drago, mon chéri, je sais que ce mariage n'est pas…, engagea sa femme sans qu'il n'y prêta la moindre attention.

Oh Merlin qu'elle était lourde à toujours chercher un quelconque bienfait à ce mariage. Rien de bon ne pouvait en résulter, il ne la supportait alors qu'elle avait peur de lui. Ils n'étaient tout simplement pas faits pour vivre ensemble, c'était pourtant simple à comprendre.

Il n'y a qu'une femme qui t'est destinée, chuchote sa voix intérieure.

Elle était la seule, depuis Poudlard, il n'avait d'yeux que pour elle. Certes, il la détestait, ressentait le besoin de la faire souffrir, voulait la combattre tout le temps. Mais Dieu qu'il voulait embrasser chaque centimètre carré de sa peau, l'enlacer jusqu'à ce qu'elle étouffe, la garder pour lui tout seul. A cette idée, le membre lourd et chaud entre ses cuisses se redressa vivement. Chaque infime parcelle de son corps la désirait, il devrait être en train de lui faire l'amour plutôt que de devoir subir les conneries de son épouse.

-… c'est pourquoi je pense qu'elle devrait dégager, conclut-elle fièrement.

- Qui devrait dégager ? demanda Drago qui venait tout juste de reprendre la discussion.

Astoria darda un regard courroucé sur lui avant de répliquer.

- Cette mollassonne d'esclave voyons !

Le sang de Drago ne fit qu'un tour.

- Astoria ! Je t'ai déjà dit que moi seul pouvait prendre ce genre de décision, maugréa-il.

- Nous pourrions en choisir une autre, une plus docile ! J'ai bien vu son visage aujourd'hui, jamais en quatre ans je ne t'ai vu lever la main sur notre personnel, et voilà que maintenant tu la tabasses comme jamais ! J'ai commis une erreur en la choisissant, je vais la ramener dans ce refuge et en prendre une davantage obéissante !

- Astoria ! tonna-t-il d'une voix forte, la rage commençait à l'envahir en imaginant son Hermione retourner dans cet infâme endroit.

- Non je ne veux plus t'écouter ! hurla-t-elle. Tu es devenu bizarre depuis qu'elle est là, tu as changé, je ne te reconnais plus ! Tu me parles encore moins qu'avant, tu t'énerves, tu cris, tu ne supportes plus ma présence alors qu'elle… alors que cette esclave peut rester collée à toi des heures durant sans que ça ne te dérange ! Tu sais à quel point je n'aime pas quand une de nos esclaves te tourne autour, tu sais que…

La jeune épouse n'eut pas même le temps de finir sa phrase que Drago bondit sur elle et la plaqua contre l'armoire. Serrant sa gorge, il approcha sa bouche de l'oreille de sa victime et murmura :

- Je t'avais pourtant prévenu aujourd'hui, ne t'avise plus jamais de me menacer ou de menacer mon esclave, tu entends ? Mon esclave.

- Drago, tu…

- MA PUTAIN D'ESCLAVE ! rugit-il subitement en resserrant sa prise. Tu trouves que je ne te parle plus, j'espère que tu plaisantes ! Je n'ai pas une seule maudite fois ressenti la moindre envie de discuter avec toi, le simple fait de te voir me donne la nausée. Je n'ai jamais voulu de toi, à aucun moment je n'ai espéré vivre un beau mariage avec toi. Tu représentes tout ce que j'exècre ma pauvre fille !

Des larmes de douleur et de peine jaillirent des yeux couleur ébène de la femme apeurée, sans que cela ne touche le moins du monde son mari. Son sourire le plus perfide au coin des lèvres, il continua en chuchotant :

- Et même lorsque je te baise, je m'imagine faire l'amour à une autre femme.

Le dernier coup, celui qui fait le plus mal, le coup fatal. Fier de sa dernière réplique, Drago relâcha le cou meurtri de sa femme qui s'écroula faiblement au sol, sans un mot.

- Tu as voulu t'amuser avec l'ancienne, très bien, je m'en foutais de toute façon. Par contre, n'imagine pas, à aucun instant, pouvoir recommencer avec Helia. Je suis le seul à pouvoir lever la main sur elle. J'ose espérer que cette fois-ci, c'est bien ancré dans ton petit crâne, poursuivit-il le plus calmement du monde avant de s'éloigner sereinement vers la salle de bain.

Il avait besoin d'une bonne douche froide pour laisser retomber toute cette pression accumulée. Et peut-être continuerait-il ce qu'il avait commencé dans le lit avant d'avoir été dérangé par cette enquiquineuse.


Affalée au sol, la main contre sa gorge douloureuse, Astoria était comme assommée. Sa vie avait toujours été un conte de fée, depuis sa petite enfance. Enfant choyée, étudiante estimée, épouse jalousée. Sa vie était et devait être parfaite, quand s'était-elle trompée ? Quand l'appel du prestige l'avait-il poussé à épouser cet homme froid et austère ? Quand son désir de luxe avait-il pris tant d'importance qu'elle se sentait obligée de s'entourer de jeunes esclaves ? Depuis quand n'avait-elle plus l'impression d'être chez elle, l'obligeant à vagabonder dehors tous les jours ? Par Merlin, elle aurait dû être la princesse de son histoire et non pas celle qui dépérissait dans son manoir.

Elle avait été une Grenngrass et était maintenant une Malefoy, elle était une aristocrate fortunée, les femmes l'enviaient et les hommes la désiraient. Enfin tous les hommes hormis son mari, lui rechignait à devoir accomplir son devoir conjugal.

Il est surement asexuel, lui affirme son meilleur ami, le Déni.

Oui c'était ça, certaines personnes n'aimaient que très peu les rapports charnels voire pas du tout, le sexe ne représentait absolument rien pour eux, Drago devait faire partie de cette catégorie. Se relevant prestement, Astoria ouvrit son dressing et sélectionna machinalement quelques vêtements pour le diner. Elle ne devait pas penser à Drago, allongé dans le lit, essoufflé et en nage. Elle enfila sa robe sans réfléchir et accrocha ses boucles d'oreilles. Il était inutile de songer à la vision de son érection déformant son pantalon. D'un pas rapide, elle s'avança vers la porte de la salle de bain qu'elle entrouvrit quand le bruit du jet d'eau stoppa son geste.

Il se lave… Il doit regretter de t'avoir parlé de la sorte. J'ai entendu quelque part que lorsqu'un homme trouve qu'il a mal agit, il se sent tellement sale qu'il a besoin de se nettoyer tout de suite. Tu vois, il a des remords, certifie d'une voix morne le Déni.

Il regrettait tellement qu'elle l'entendait soupirer bruyamment dans la douche. Le pauvre devait sangloter en se remémorant sa mauvaise conduite à son égard, c'était certain. Cette pensée la rasséréna et c'est apaisée qu'elle referma doucement la porte. Il pleurait, oui, c'était certain, il était en train de pleurnicher. Ce qu'elle avait entendu n'étaient pas des râles de plaisir mais des pleurs, jamais il n'avait gémit, et ce à plusieurs reprises, un prénom féminin qu'elle ne connaissait pas.

Fidèle à elle-même, Astoria prit place à côté de son époux à table pour le diner, le sourire assuré et le menton levé. C'était ainsi que devait se comporter une fille de bonne famille, ne jamais laisser entrevoir ses doutes et ses craintes, n'être que confiance et suffisance. C'est ainsi qu'Astoria Greengrass avait été élevée, et elle devait absolument garder ce statut maintenant qu'elle était Astoria Malefoy. Alors elle ferait comme toujours, parlerait sans cesse à son mari muet comme si rien ne s'était passé quelques minutes plus tôt, se montrerait avenante en espérant que pour une fois il daigne la regarder. Elle ferait semblant de ne pas sentir l'étrange malaise de son esclave dès qu'elle se pencherait pour servir son époux. Elle feindrait de ne pas remarquer les regards pleins de violence et de passion qu'il lancerait à la jeune fille. Elle ne verrait pas les doigts de l'homme frôler innocemment ceux de l'esclave alors qu'il s'emparerait du verre qu'elle lui tendrait.

Astoria avait appris avec le temps à ignorer les choses déplaisantes pour se créer un monde réconfortant fait d'illusions et de rêves en dehors de cette réalité d'une cruelle rudesse. Son compagnon le Déni l'avait beaucoup aidé dans cette tâche fastidieuse.

Drago n'était pas un homme mauvais qui la méprisait.

Il détestait les sang-de-bourbe.

Il n'avait que répulsion pour leur esclave.

Il l'aimait, elle et seulement elle, de toutes ses forces

Elle était heureuse.

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Chapitre plus long celui-ci, j'espère qu'il vous a plu ! Que penser de la réaction de Drago ? Il y a une si grande différence entre ses actions et ce qu'il pense ! Beaucoup de personnages présents dans ce chapitre (enfin, pour ma fiction j'entends haha) : Drago, Hermione, Nott, Saku et Astoria, avec même un focus la concernant !

Une revieweuse m'a demandé quand est-ce qu'il y aura de la lumière dans cet environnement très sombre (au passage merci d'avoir laissé un commentaire ^^), je ne sais pas trop si je peux répondre à cette question... Cette histoire est sombre, parce que je veux qu'elle le soit donc je ne sais pas encore si je vais y instaurer de la lumière et si je le fais, comment je vas le faire... Une petite lumière faiblarde ? Un halo de lumière éblouissant ? Une petite lueur ? Hum... Je vais réfléchir à la question :D

J'espère en tout cas que tout ce côté sombre vous convient, n'hésitez pas à me faire part de vos interrogations (même si je ne suis pas toujours en mesure d'y répondre convenablement), vos avis, vos suggestions... Déjà je vous remercie toutes pour vos reviews et j'espère en lire pleins d'autres pour ce chapitre ci, qui m'a pris pas mal de temps à écrire (vu le thème abordé mais aussi la réaction de Drago après...).

Je vous aime héhé :D