Chapitre 7 :
- Harry ! Il est temps de te lever !
- Lâche-moi Ron ! grogna l'endormi en passant la couverture par-dessus sa tête.
- Il est quasiment midi !
- Eh alors ?
- T'as pas faim alors que tu as loupé que tu n'as pas mangé depuis trois jours ?
- Non. Dégage ou je te jette un sort.
Ron ne se le fit pas dire deux fois et rejoignit les maraudeurs et Lily l'attendaient en bas de l'escalier. Il soupira. Cela faisait trois jours. Trois jours qu'il avait révélé aux Maraudeurs et à Lily qu'ils venaient tous les deux du futur. Trois jours qu'Harry fulminait. Il ne venait plus en cours, ce que lui avait reproché d'ailleurs le professeur Dumbledore bien que ce soit inutile, le jeune homme ne lui prêtant absolument aucune attention. Il ne mangeait plus non plus et il était très rare de pouvoir l'apercevoir dans la journée. C'était une chance déjà qu'il soit dans son lit ce matin-ci.
- Il ne veut pas se lever... déclara-t-il aux gryffondors qui s'inquiétaient beaucoup de l'état du Survivant.
- On va aller le secouer nous, tu vas voir, ricana Sirius en échangeant un regard complice avec James, malgré leur tristesse de le voir si en colère.
- Absolument. Un réveil mouillé s'impose.
Lily lui donna une petite tape derrière la tête puis ils grimpèrent rapidement l'escalier mais ils ne trouvèrent qu'un lit vide. N'entendant pas l'eau de la douche couler dans la salle de bain, ils en conclurent que Harry était sorti en douce entre le moment où Ron l'avait vu et celui où ils étaient montés, soit en moins d'une minute. Cela semblait impossible mais, avec Harry, ils leur semblaient que peu de chose lui était impossible. Leurs regards s'attardèrent sur la fenêtre ouverte et Sirius passa la tête au-dehors afin de contempler la distance qui les séparait du sol. Il dut se reculer prestement. Il n'avait jamais eu le vertige mais c'était vraiment trop impressionnant.
- Il ne peut être passé par là, ce serait suicidaire.
Il rejoignirent les autres.
- Ron ? Harry est-il du genre suicidaire ? demanda pour la forme James, sûr d'obtenir une réponse négative.
- Euh... dès fois on peut se demander...
Cette réponse ne rassura pas les deux garçons. Lily, elle, était plus qu'inquiète. Son fils n'allait pas bien, refusant tout contact avec le monde extérieur, et elle en pouvait rien faire. Et voilà qu'on lui annonçait qu'il pouvait une tendance au suicide... Voyant que sa belle était plus pâle qu'à l'ordinaire, James voulut la prendre par les épaules pour la rassurer mais ne réussit qu'à s'attirer un regard noir.
Harry savait parfaitement quel genre de réveil allait lui confectionner son père et son parrain, il avait jeté sur lui une illusion qui laissait paraître un lit vide.
Il ne voulait parler à personne, c'était trop dangereux pour les autres comme pour lui. En effet, sa colère contre Ron ne s'était pas affaiblie, même s'il le cachait derrière un masque d'impassibilité. Il passait ses journées dans la Chambre des Secrets, à s'entraîner ou simplement à fixer le plafond, attendant que le temps se passe. Il avait recherché dans les parchemins cachés dans la bibliothèque de Salazar Serpentard un moyen qui expliquerait son voyage dans le temps, mais il n'y avait rien. Cela n'avait contribué à améliorer son humeur.
Il se redressa, faisant cesser son sortilège, et passa une main sur son visage afin de se réveiller. C'est alors qu'une petite main tira sur sa manche de son pyjama. Il se retourna et se retrouva face à Syclya qui s'était introduite en douce dans le château. Elle portait une robe rouge composée d'une multitude de voiles pourpres superposés et d'étranges symboles blancs ornaient son visage. Ses cheveux étaient plus désordonnés que jamais, comme si elle les avait emmêlés volontairement. Toute la colère qui l'animait s'envola aussitôt comme par magie. La voir lui procura un sentiment de bien-être qu'il n'avait que très rarement ressenti par le passé.
- Harry !
Derrière son ton joyeux et son sourire lumineux, Harry perçut une note de maturité qui n'était pas présente lors de leur dernière rencontre. Il scruta ses yeux et vit que, en effet, quelque chose avait changé, bien qu'il ne sache pas quoi.
- Que fais-tu là, toi ? dit-il doucement.
- Te voir, répondit-elle avec un grand sourire dévoilant ses dents blanches.
Il ne put s'empêcher de se demander quand elle avait commencé à apprendre sa langue. Mais cela ne lui importait pas vraiment car maintenant, il pourrait la comprendre.
- C'est gentil d'être venue me rendre visite, dit-il en passa sa main dans les cheveux argentés de la fillette.
De nulle part, elle sortit un étrange instrument ressemblant à un peigne et le lui tendit avant de s'installer d'autorité sur ses genoux, dos à lui. Harry contempla l'objet avant de le passer dans ses cheveux argentés. À chaque coup de peigne, la chevelure devenait plus belle et plus brillante, jusqu'à étinceler.
- Voilà, tu es très jolie.
Elle émit un petit rire cristallin avant de se retourner et de déposer du bout des lèvres un baiser sur sa joue, afin de ne pas le couvrir de maquillage. Puis elle sauta à terre et, l'air digne, lui prit la main.
- Doer, Nindolen draeval.
Elle voulait qu'il la suivre. Harry s'habilla, ayant pris sa douche bien avant de se coucher le soir précédent, et se fit entraîner par Syclya au travers des couloirs, étrangement déserts, pour arriver finalement devant les portes de la Grande Salle. Harry les poussa après avoir échangé un long regard avec la drow qui semblait perdu dans ses pensées. Les regards des élèves, des professeurs au grand complet, du directeur et d'une bonne centaine de drows portant pour la plupart des lances effilées se tournèrent vers eux.
- Vous voilà, sourit Dumbledore. Voilà deux heures que nous vous cherchons, mademoiselle, ajouta-t-il à l'adresse de l'enfant. Vous nous avez donné bien du souci.
Syclya marmonna quelque chose dans sa langue et s'attira par la même occasion plusieurs regards courroucés de son clan, regards qu'elle ignora avec une grande facilité.
- Allez vous asseoir, Mr Ells, reprit Dumbledore.
Harry s'exécuta, mal à l'aise, tandis que Syclya allait rejoindre les siens. Il prit place près de Lily qui lui adressa un sourire soulagé. Il s'en voulut un peu mais ne dit rien. Il se contenta d'effleurer sa main posée sur la table.
- Bien, nous pouvons commencer, déclara le directeur. Nous sommes rassemblés ici pour célébrer l'avènement de la Princesse Syclya.
Harry sursauta. Princesse ? La petite créature était donc une princesse ? Il se sourit de sa propre naïveté : comment avait-il fait pour ne pas deviner ? C'était pourtant évident, elle en avait toute la grâce. Il reporta son attention sur ceux qu'il se passait. N'écoutant pas un mot de ce qu'il se disait, Syclya tentait tant bien que mal de rester impassible mais une grimace étirait ses traits. Visiblement, elle ne voulait pas devenir Reine. Harry aurait voulu faire quelque chose pour lui éviter ça, lui-même sachant ce qu'on ressentait lorsque votre vie était décidée avant même votre naissance, mais il ne pouvait rien faire, surtout car il se savait étroitement surveillé par les gardes. Il les observa un à un, prenant bien soin de croiser le regard de chacun et leur fit comprendre mentalement qu'il n'avait pas intérêt à s'en prendre à lui.
- Princesse ? appela Dumbledore qui avait visiblement fini son discours. Si vous voulez bien vous avancer.
L'enfant s'avança vers le directeur, la tête haute et fière, tout simplement magnifique. Elle prit dans ses mains une coupe remplie d'un liquide vermeil qu'il tenait. Elle la regarda un instant puis leva les yeux sur Harry. Celui-ci fut saisi par les émotions qu'il pouvait y lire : pas de joie, seulement de la tristesse et de la peur. L'angoisse s'empara de lui et il se fit fureur pour ne pas se lever, la prendre par le bras et s'enfuir avec elle. Ce qu'il ressentait était totalement incompréhensible. Après tout, il la connaissait à peine... La fillette porta le calice à ses lèvres et en avala le contenu d'un trait. Un long silence s'imposa à la pièce, chacun retenant sa respiration. Syclya lâcha soudain la coupe qui s'écrasa au sol et crispa ses doigts sur la peau de son visage sombre. Elle tomba à genoux et semblait souffrir le martyr, bien qu'aucun son ne sorte de sa bouche, mais personne ne bougeait, se contentant de la regarder. Un cri de douleur s'échappa des lèvres de Syclya alors que sa colonne vertébrale et ses membres s'allongeaient, déchiquetant sa belle robe. Quelques instants plus tard, elle s'était transformée en une magnifique jeune fille et il ne restait de sa robe que des lambeaux cachant ses attributs féminins. Tous les élèves et les professeurs étaient soufflés. Des larmes se mirent à couler sur les joues de la nouvelle Reine malgré son visage toujours digne.
- Je vous présente la Reine Syclya, Valsharess'Ilythiiri, reprit le directeur au bout d'un moment.
À peine avait-il prononcé cette phrase que Syclya, d'un pied léger et silencieux, traversa la Grande Salle et disparut par la porte, courant presque. Un brouhaha s'empara de la pièce tandis que les gardes drows s'empressaient de sortir à sa suite, visiblement exaspérés par son comportement. Les choses ne devaient certainement pas se passer ainsi.
- Silence, intervint Dumbledore, que tout le monde garde son calme !
Il ne remarqua cependant pas que Harry s'était éclipsé.
Profitant de la confusion générale, Harry se glissa à la suite de la jeune fille, caché derrière une illusion. Suivant ses sens, il la retrouva dans la tour d'astronomie. Assise sur le rebord de la fenêtre, elle lui tournait le dos et regardait au-dehors, secouée de larmes silencieuses.
- Syclya ? murmura-t-il en posant sa main sur son épaule dénudée.
Elle tourna vers lui un visage qui lui transperça le cœur. Elle semblait si fragile, si désespérée. Il ne put que lui ouvrir les bras et la petite, maintenant devenue grande, vint s'y réfugier en pleurant.
- Je suis là maintenant, ne t'inquiète pas...
Une heure passa sans qu'ils ne bougent. La jeune fille finit par arrêter de pleurer et essuya du mieux qu'elle put ses larmes. Son maquillage avait coulé, laissant de grandes traces blanches sous ses yeux, mais cela ne gâchait rien à sa beauté.
- Nelgeth...
Elle eut un petit sourire triste en se détachant de lui. Harry ressentit une terrible sensation de vide en lui mais ne dit rien.
- Ça va mieux ?
- Oui.
Il repoussa une mèche derrière son oreille. Syclya se contenta de le regarder, calme.
- Tu ne m'avais pas dit que tu étais de sang royal, finit-il par dire. De toute manière je n'aurais pas compris...
Il émit un petit rire.
- Qua'laelay. Rester toi.
- Je ne pense pas que cela soit possible...
Elle croisa les bras, l'air contrarié.
- Rester.
- Les tiens doivent te chercher, dit-il à regret en détournant les yeux.
Lorsqu'ils croisèrent de nouveau les siens, il eut l'impression de se retrouver face à une inconnue, car ils étaient à présent dénués de toute forme de sentiments. On n'y lisait que de l'indifférence. Elle passa devant lui et descendit les escaliers sans un regard en arrière. Il la suivit quelques secondes plus tard et la retrouva entourée par ses gardes, en grande conversation avec l'un d'eux. Puis, elle se tourna vers lui.
- Xundus, ssinssrigg noamuth.
Puis, elle tourna les talons et s'en alla. Harry la regarda s'éloigner, le cœur serré. Il aurait tout donné pour comprendre les quelques mots qu'elle venait de lui adresser sur ce ton si froid, peut-être les derniers.
