Dans la cuisine du 4, Privet Drive, Vernon Dursley, rouge de colère, tapotait de ses gros doigts boudinés, les touches d'une petite machine à calculer. Il était assis à la table de la cuisine, son immense derrière débordant de sa chaise comme à l'accoutumée. Devant lui, étaient étalés des relevés bancaires et son livre de comptes personnels. Pétunia Dursley, un tablier autour de sa taille mince, frottait avec acharnement son électroménager avec de l'alcool à brûler qui laissait une odeur entêtante dans la pièce. Elle se retourna brusquement, chiffon et bouteille dans les mains, en entendant Vernon se mettre à hurler.

-LE PETIT SALOPARD ! JE LE TUERAI DE MES MAINS, CET ANORMAL !

-Qu'est-ce qui se passe, Vernon ?

-Pétunia, pesta Vernon en balançant son stylo Mont-Blanc sur les documents étalés devant lui. Tu sais combien on a perdu cette année à cause de ce petit ingrat ?

-Non, chéri, beaucoup ? demanda la grande et maigre femme blonde, d'un air inquiet.

-Dix mille livres sterling ! Le petit monstre ! Si je lui remets la main dessus, je l'étrangle !

Les grosses mains de l'Oncle Vernon serrèrent devant lui un cou imaginaire, sa grosse moustache frémissant d'impatience et de frustration.

-Tant que ça ? Mon Dieu, mais c'est terrible, fit Pétunia en se laissant tomber sur la première chaise qui se trouvait près d'elle. Alors… mon carrelage italien pour la cuisine ? Et mon nouveau vison ?

-Désolé, Pet, mais il va falloir qu'on révise nos projets !

-C'est terrible ! Duddy voulait un nouvel ordinateur, comment qu'il a dit ? Un Alienware… je crois. Il parait que c'est très bien.

-Le top, Pétunia ! Duddy est un fin connaisseur, bien entendu ! s'enorgueillit Vernon avec un gloussement de satisfaction à la pensée de son cher rejeton.

-Ooooh ! Mon pauvre Dudleynouchet va être tellement déçu, se mit à gémir la blonde à facies chevalin.

Vernon poussa un soupir de désolation en regardant une nouvelle fois, le total affiché par la calculette qu'il avait sous les yeux. La sonnette de la porte lui fit lever la tête. Il fronça les sourcils et posa les yeux sur sa Rolex en or avec diamants incrustés dans le cadran.

-Vingt et une heures quarante cinq ! Qui ça peut être à une heure pareille ? Les gens sont d'un sans-gêne écœurant !

Pétunia leva ses fesses maigrichonnes de la chaise de cuisine et retira son tablier et ses gants roses en caoutchouc. Elle se dirigea vers le couloir de l'entrée en tapotant les ondulations de sa mise en plis. Lorsqu'elle ouvrit la porte d'un geste sec, elle poussa un cri étouffé en découvrant les personnes qui se trouvaient sur le seuil et dans l'allée. Un grand sorcier noir, chauve avec des anneaux d'or aux oreilles lui faisait face. Derrière lui, elle aperçut un visage couturé de cicatrices, avec une moitié de nez manquante et un affreux œil artificiel bleu électrique qui tournoyait dans tous les sens. Plusieurs autres personnes étaient derrière eux et tous portaient la même tenue étrange qu'elle reconnut comme étant des tenues de sorciers.

-VERNON ! hurla-t-elle, paniquée. DES MONSTRES ! DES… COMME LUI !

Elle entendit un hurlement de rage provenant de la cuisine, le bruit d'une chaise qui raclait bruyamment le lino de la cuisine tandis qu'elle tentait de refermer la porte sur les indésirables. Un pied, adroitement glissé contre le chambranle, l'en empêcha et Pétunia se mit à pousser des glapissements horrifiés.

- ALLEZ-VOUS-EN ! VERNON, APPELLE LA POLICE !

-C'est nous la police, chère Madame, fit l'affreux personnage aux cicatrices, l'air amusé.

Vernon venait d'arriver dans le couloir, aussi vite que ses courtes pattes et son quintal en trop lui permettaient.

-Qui êtes-vous ? Que venez-vous faire chez les honnêtes gens à une heure pareille ? demanda-t-il en prenant la place de Pétunia qui avait reculé dans le couloir de l'entrée et se cachait derrière son époux.

-Harry Potter… ça vous dit quelque chose ?

-Il n'est pas ici ! Ce petit insolent s'est enfui il y a plusieurs mois ! Un ingrat, voilà ce qu'il est, un anormal ! Juste bon à faire ses sales tours !

-Je sais très bien qu'il n'est pas ici, fit l'Auror noir d'une voix basse et tranquille. Votre neveu est à Poudlard. Mais nous ne venons pas pour lui, nous venons pour vous. Je suis l'Auror-En-Chef Kingsley Shacklebolt, l'équivalent dans votre monde de Commissaire de police. A mes côtés, l'Auror d'élite Alastor Maugrey, derrière moi, les Aurors Tonks-Lupin, Dawlish, Savage et Fiertalon. Une plainte a été déposée contre vous au Département de la Justice Magique, Service de la Protection de l'Enfance Magique.

-Une plainte ? gronda Vernon Dursley, fou de rage et au bord de l'apoplexie. Quelle est donc cette stupidité ? Nous n'appartenons pas à… votre monde ! Allez-vous-en !

Vernon tenta de refermer la porte mais Kingsley sortit sa baguette magique de la poche de sa tenue de combat et la pointa sous le nez du gros homme.

-Vernon et Pétunia Dursley, nous vous arrêtons pour proxénétisme aggravé et maltraitance sur un sorcier mineur. Veuillez-nous suivre sans faire d'histoire, à moins que vous ne souhaitiez que vos voisins n'assistent au spectacle ? fit Kingsley d'une voix glaciale.

-Nous arrêter… pesta Vernon, ses petits yeux porcins plissés de fureur. Et puis quoi encore ? Dégagez ! Encore un mensonge de ce petit crétin de Potter ! Celui là si je lui mets la main dessus, je l'écrabouille ! Il va aller rejoindre ses bons à rien de parents en enfer !

Fol Œil entra dans la maison et attrapa Vernon par le col de sa chemise blanche.

-N'insultez jamais plus James et Lily Potter devant moi ! Ils étaient des Aurors de valeur et pas les ivrognes pour lesquels vous voulez les faire passer, déclara-t-il, menaçant.

Son œil magique passait de Vernon à Pétunia sans arrêt et son visage se fendit d'un faux sourire inquiétant. Pendant ce temps, Kingsley était entré dans la maison et regardait autour de lui.

-Tonks ! Dawlish ! Fouillez la maison et prenez tous les documents que vous trouverez ! Ensuite expédiez-les au Ministère à Amélia Bones ! Elle et Percy Weasley les éplucheront !

-Tout de suite, chef ! Fit Dawlish en entrant lui aussi dans la maison, suivi par Tonks qui toisa les deux moldus interloqués avec mépris.

Alastor leur mit sous le nez un parchemin aux armes du Ministère de la Magie.

-Tout ce que vous direz sera retenu contre vous. Si vous ne parlez pas, ce n'est pas grave, nous avons les moyens de vous faire révéler vos pires secrets. Vous avez le droit à un avocat, comme vous n'êtes pas des sorciers, il vous en sera commis un d'office !

-Nous ne répondons pas à vos Lois ! tenta Pétunia, toujours cachée derrière sa baleine de mari.

-Oh si… répondit tranquillement Fol Œil. Vous avez accepté la charge de l'éducation d'un jeune sorcier orphelin, votre propre neveu. Dès ce moment, vous avez été soumis à nos Lois.

Fol Œil n'attendit pas que les deux Moldus protestent encore plus. D'un geste de baguette Vernon et Pétunia se retrouvèrent avec chacun une paire de menottes. Pétunia se mit à pousser des cris d'orfraie.

-Silencio ! fit Kingsley qui venait de revenir dans le couloir. Fol Œil, emmène-moi ces deux veracrasses au Quartier Général pour audition, avec Savage et Fiertalon.

Le sorcier noir rangea sa baguette dans sa poche et regarda les Dursleys.

-Nous vous rendrons la parole au Ministère de la Magie, dit-il à Pétunia. Vernon Dursley, je vous conseille de ne pas en rajouter si vous ne voulez pas que je vous réduise au silence avec un sortilège comme votre femme. Fol Œil, nous arrivons dès que possible, Tonks a trouvé des documents intéressants sur la table de la cuisine.

-Je les emmène, King, à tout à l'heure.

Savage prit Pétunia par le bras et activa son portoloin, tandis que Fiertalon prenait fermement Vernon par le bras droit et Fol Œil par le gauche. Le vieil Auror actionna lui-aussi son portoloin et le trio disparut du 4, Privet Drive.

-Kingsley ? fit la voix de Tonks dans la cuisine. J'ai jeté un coup d'œil vite fait sur ce qu'on a trouvé. Il faut que la Brigade Financière de Gringotts nous donne un coup de main. Les comptes moldus, c'est compliqué.

-Sûrement pas plus que les nôtres, mais en général chez nous ce sont les Gobelins qui s'en occupent, c'est pour ça que tu trouves ça compliqué.

-Chef Shackelbolt ? appela l'Auror Dawlish depuis l'étage. Je crois qu'il faut que vous veniez voir ça.

-J'arrive !

Kingsley monta quatre à quatre les escaliers à l'épaisse moquette bleue et s'avança dans le couloir de l'étage dont les murs étaient tous ornés de photos de Dudley à tous les âges. Il soupira en voyant qu'il n'y avait rien qui montrait qu'un autre enfant avait vécu dans cette maison pendant seize ans. L'Auror se dirigea vers la seule porte ouverte qui était tout au fond du couloir. Il entra dans une chambre à coucher luxueusement meublée et décorée en blanc et rouge foncé. L'Auror Dawlish, un peu pâle, se tenait devant un bureau de bois peint en blanc sur lequel trônait un ordinateur portable dernier cri.

-Chef, c'est un ordinateur portable. J'ai fait la formation du Ministère pour la communication avec les Moldus. Ma femme travaille au bureau de liaison avec le monde moldu et c'était gratuit pour les conjoints.

-Et tu sais faire fonctionner cette chose ?

-Oui, Chef, et ce que j'ai trouvé c'est… terrible.

-Montre-moi, John. Demanda Kingsley qui avait vu à la tête de son Auror qu'il y avait un problème.

L'Auror aux cheveux gris souleva l'écran du portable qui se ralluma aussitôt. Dawlish inclina l'écran pour que son chef puisse bien voir ce qu'il avait trouvé à l'intérieur. Il utilisa la souris qui était raccordée à l'ordinateur et cliqua sur les divers fichiers.

-Il y a des films et des photos, et aussi des emails. Les emails sont des courriers, Chef, un peu comme les hiboux chez nous. Ils circulent par le réseau informatique des Moldus et arrivent sur les machines des destinataires.

-Hou là… c'est compliqué. On a quelqu'un qui peut éplucher ça au Ministère ?

-Oui, Chef. Les cours de perfectionnement à la communication moldue sont donnés par Charity Burbage, elle enseigne l'étude des Moldus à Poudlard. Elle nous a dit que son frère était un expert dans ce genre de machine, c'est un moldu. Miss Burbage est née-moldue. J'ai lu quelques-uns de ces hiboux informatiques, ce sont des demandes pour des photos et des films pornographiques. Regardez, Chef… les films et les photos sont tous avec Harry Potter.

-C'est quoi des films ?

-C'est comme des souvenirs dans une pensine, Chef. Ça se regarde un peu de la même façon, sur un écran avec une machine pour lire les cassettes qui contiennent les films.

-Ok, j'ai déjà entendu parler de ça, je crois bien. Mais il me semblait que ça s'appelait Cinéma, ou un truc du genre, enfin bref…

John Dawlish poussa un soupir et cliqua sur un des fichiers. Le programme de lecture des films s'ouvrit et prit toute la page. Les yeux écarquillés, Kingsley vit Harry Potter dans une des chambres du motel qu'ils avaient visité pendant leur enquête. Le jeune Gryffondor était avec deux hommes d'une cinquantaine d'années sur le lit. La caméra devait être sur un pied car l'angle de prise de vue était tout le temps le même.

-Par Merlin… mais il a quel âge sur ce film ? Je n'ai que des filles, je ne me rends pas compte, tu as une idée, John ?

-Si je compare avec mes propres fils, fit l'Auror Dawlish d'une petite voix, pas plus de onze ou douze ans, et encore j'en suis pas sûr car Potter a toujours été petit pour son âge d'après Tonks. Il a peut-être un peu plus, y a pas de date visible.

-Par Godric, c'est abominable, le pauvre gosse… gronda Kingsley, dégoûté. Si Rogue, Remus ou Dumbledore voient ça… ces moldus vont passer un sale quart d'heure !

-Il y a des centaines de fichiers, Chef. Les plus anciens sont des photos, comme elles sont rangées par année, c'est facile de les retrouver. Le Moldu est organisé.

-Ouais… pour faire de l'or, tout est bon ! fit l'Auror noir, furieux. Les plus anciennes datent de quand ?

Dawlish ferma le lecteur de film et double cliqua sur un fichier d'image portant la date 1986. Il ouvrit une photo au hasard et détourna les yeux. Le teint de Kingsley vira au gris et il se précipita hors de la pièce vers la salle de bain qu'il avait remarquée en passant, la porte portant une plaque décorative en cuivre, représentant un bébé dans une baignoire. Dawlish entendit son chef vomir dans les toilettes et tirer la chasse d'eau, puis un bruit d'eau coulant dans le lavabo. L'Auror-En-Chef revint peu après dans la chambre.

-John, tu emmènes cette machine au Ministère et tu appelles Miss Burbage. Il faut développer ces photos si on peut. On peut tu crois ?

-Oui, Chef. Il faut une imprimante couleur, Miss Burbage en a une. Elle peut récupérer tous les fichiers pour qu'ils soient utilisables magiquement pour le procès. Je ne sais pas comment on fait, mais je sais que c'est possible. Elle nous a dit que les possibilités de ces machines sont étonnantes et qu'on peut y entrer ou en sortir des documents de toute sorte sans souci.

-Tu t'occupes de ça, et tu emmènes tout ce qu'il faut, je vois des tas de liens accrochés à la machine.

-C'est l'alimentation en énergie, Chef et y a aussi le lien à leur réseau de communication. Arthur Weasley connait bien l'énergie des Moldus, c'est lui qui a installé de quoi remplacer l'énergie moldue par une source d'énergie magique au Ministère. Il appelle les liens, des prises, Chef.

-Heureusement que tu as fait cette formation du bureau de liaison avec les Moldus, John ! Sans toi, on n'aurait jamais trouvé toutes ces preuves ! Bravo ! Je redescends et on rentre, toi et Tonks vous partez devant, je fermerai la maison avec des scellés magiques.

L'Auror Dawlish hocha la tête et entreprit d'éteindre le PC et de débrancher les câbles tandis que Kingsley Shackelbolt retournait dans le salon. Tonks avait fouillé dans tous les meubles et avait empilé dans des cartons qu'elle avait conjurés tous les documents qu'elle avait pu trouver.

-J'ai tout, Chef. J'ai trouvé des documents de propriété d'une maison en Espagne, comme Harry nous avait dit lors de la réunion de l'Ordre et des factures pour des vêtements et des objets de luxe moldus. Enfin, je crois que ça en est car vu les prix… Vous avez trouvé des choses là-haut ?

-Oui, Tonks… malheureusement. John a trouvé une machine avec un écran, je ne sais plus comment ça s'appelle, mais dedans y a des photos et des films et aussi des hiboux moldus.

-Un ordinateur ?

-Heuu… je crois que c'est ça, tu connais ?

-Mon père est un Moldu, de temps en temps je vais dans les magasins moldus avec lui, j'en ai vu. Y a quoi dans l'ordinateur ?

-Des trucs pornos avec Harry. John dit que le Moldu les vendait.

-DES ? Merlin, quelle horreur ! Si Remus voit ça… il va devenir fou !

-Tonks, on va devoir les montrer comme preuves au procès, Miss Burbage de Poudlard va s'occuper de la machine, elle connait ces choses. Je préfère que Remus ne vienne pas voir ça… Je ne suis pas sûr qu'il pourra maîtriser Lunard, même en dehors de la pleine lune.

-A ce point-là ? s'inquiéta Tonks.

Ses yeux habituellement malicieux étaient soudain devenus sérieux et ils s'ancrèrent dans ceux, marrons de son chef qui hocha la tête.

-J'en ai vomi, Tonks… ça ne m'était pas arrivé depuis le massacre de cette famille de moldus par Tu-Sais-Qui et ses Mangemorts.

-Je m'en souviens, murmura la métamorphomage. Je tiendrai Remus à l'écart du procès. Je lui dirai de laisser le Professeur Dumbledore et Severus Rogue s'occuper d'Harry ce jour-là. Je trouverai un moyen.

-Ça vaudra mieux pour lui, je ne veux pas avoir à l'arrêter pour avoir troublé un procès. S'il ne peut pas gérer Lunard, Dolorès Ombrage va lui tomber dessus.

-Alastor ne veut pas qu'elle soit au procès, vous savez pourquoi, Chef. On va avoir besoin des jumeaux Weasley.

-Je sais, je comptais leur faire signe. Ils s'en sont bien sortis la dernière fois, Albus était content d'eux… Et sans blesser personne.

-Elle a juste vomi pendant cinq heures et elle est restée chez elle pendant deux jours, ordre des Urgences de Sainte-Mangouste, ça a fait des vacances à sa secrétaire. Cette femme est abominable.

-Je sais. Albus m'a dit qu'elle avait utilisé une plume noire sur les élèves de Poudlard, mais Fudge a fermé les yeux à l'époque et comme aucun parent n'avait osé porter plainte…

-Fol Œil n'a pas confiance en elle, mais comme Rufus Scrimgeour la laisse faire…

-Allez, Tonks, réduit tes cartons de documents et envoie-les à Amélia Bones et Percy Weasley.

Kingsley regarda Tonks lancer quelques « reducto » sur les caisses et les mettre dans sa poche et il se retourna en entendant l'Auror Dawlish descendre l'escalier, une sacoche de cuir pour PC portable à la main.

-J'ai tout, Chef. Je peux rentrer avec Tonks au Ministère.

-Il faut qu'on montre les preuves à Amélia Bones, tu envoies tout ça à l'endroit qu'Arthur Weasley a prévu pour les machines moldues et tu installes cette machine. On viendra voir.

-Chef, ces machines marchent sur piles, ou batteries comme nous l'a expliqué Arthur Weasley. C'est fait pour le transport, on peut se servir de la machine sans source d'énergie moldue, il faut juste un sortilège de protection pour ne pas que la magie trouble le fonctionnement de la machine. Madame Bones peut voir les preuves dans son bureau.

-Super ! On fonce !

Kingsley attendit que ses deux Aurors transplanent vers le Ministère de la Magie, puis il sortit dans le jardin et lança quelques sorts sur la maison pour la verrouiller magiquement. Aucun Moldu ou aucun sorcier ne pourrait dorénavant pénétrer dans les lieux dans déclencher une alarme au Quartier Général des Aurors. Une fois cette dernière tâche accomplie, il transplana également, pour aller retrouver les deux inculpés et commencer leur interrogatoire.


Au Département de la Justice Magique, c'était le branle-bas de combat malgré l'heure plus que tardive. Fol Œil avait appelé Amélia Bones et Percy Weasley après avoir bouclé les Dursleys dans une des cellules du Ministère. A peine arrivé, Kingsley avait envoyé un messager à Arthur pour qu'il vienne lui aussi. Dans le grand bureau de la chef du Département de la Justice Magique, se trouvaient les Aurors Shackelbolt, Tonks-Lupin, Savage, Maugrey, Dawlish et Fiertalon, ainsi qu'Arthur et Percy Weasley. Tous se trouvaient derrière le fauteuil d'Amélia Bones pour voir le contenu de la machine trouvée chez Vernon Dursley. L'Auror Dawlish avait allumé l'ordinateur après qu'Arthur eut lancé son fameux sortilège de protection des objets électriques moldus.

-Voilà, ça fonctionne, fit Dawlish, la magie ne gêne plus l'appareil.

-Allez-y, Auror Dawlish, fit Amélia, impatiente et inquiète. Montrez-nous toutes les preuves, même si ça prend des heures ! Il nous faut tout savoir. Percy, notez la date et l'heure ainsi que l'objet de notre réunion. Pour le détail, nous verrons après…

-Oui, Madame la Présidente, fit Percy Weasley d'une voix snob.

Et pendant trois heures, le petit comité éberlué et écœuré, vit défiler sur l'écran du PC portable une partie de la sinistre enfance du Sauveur du Monde Magique. Lorsque l'ordinateur s'éteignit faute de batterie, Amélia Bones soupira.

-Pourquoi ça ne marche plus ? Ce n'est pas que le spectacle soit plaisant mais nous avons besoin de ces preuves.

Arthur Weasley, pâle et les yeux rouges, la rassura, son mouchoir à la main.

-Les batteries sont épuisées, Amélia, ce n'est rien, il faut les recharger.

-Ah ! Nous pouvons le faire ?

-Oui, il faut juste brancher la prise sur la source d'énergie magique du bureau de liaison avec les Moldus. Une fois les batteries rechargées, la machine va fonctionner de nouveau.

-Bien. Arthur, Auror Dawlish, je vous laisse vous en charger. La technologie moldue c'est trop compliqué pour moi. Dans combien de temps la machine pourra fonctionner ?

-Juste quelques heures, ce n'est pas si long.

-Parfait, je propose que nous rentrions tous nous coucher, il est tard. Retrouvons-nous tous demain matin à neuf heures, nous terminerons cette pénible tâche. Où sont les Moldus ?

-Dans la cellule numéro 1, Madame la Présidente, répondit L'Auror Savage.

-Demandez à la Brigade de Police Magique de les conduire à Azkaban dès cette nuit. Quelques jours de détention préventive ne leur feront pas de mal. Je n'ai pas envie de les entendre pour le moment. Je suis assez dégoûtée de leurs agissements. Envoyez un hibou à Dumbledore, Kingsley, je veux qu'il soit au courant.

-Ce sera fait dans quelques minutes.

-Qui est l'avocat commis d'office qui est en tête de liste en ce moment ?

-Janus Higgs, poursuivit Kingsley.

-Gawain Robards est toujours en maladie ?

-Il ne revient que la semaine prochaine d'après le Guérisseur Pye.

-Evidemment, l'éclabouille… on se demande où il a attrapé ça, le malheureux ! Il aurait pu en mourir. Vous lui laisserez un double de tous les rapports à venir sur son bureau, comme d'habitude. Je vous revois demain, bonne nuit !


Au petit matin, Albus Dumbledore, encore en chemise et bonnet de nuit, trouva un des hiboux du Ministère de la Magie sur le rebord de sa fenêtre. Il l'ouvrit et détacha la lettre accrochée à la patte de l'oiseau qu'il caressa un instant.

-Va à la volière te reposer, tu y trouveras à boire et à manger.

Le rapace hulula joyeusement et s'envola aussitôt. Le vieux Directeur referma la fenêtre et ajusta ses lunettes en demi-lune sur son nez. Il décacheta la lettre à entête du Bureau des Aurors et reconnu l'écriture soignée de Kingsley Shackelbolt.

Albus

Nous avons arrêté hier soir vers 22 heures, Vernon et Pétunia Dursley à leur domicile de Little Whining. Dawlish a trouvé une machine moldue qu'il appelle un ordinateur. Dedans il y a des centaines de photographies moldues et des films pornographiques mettant Harry en scène depuis l'âge de 5 ans. Nous en avons visionné une partie avec Arthur, Amélia et les Aurors qui étaient avec moi en intervention. C'était vraiment terrible.

Tonks a mis la main sur les titres de propriété d'une maison en Espagne, ceci correspond à ce que nous avait raconté Harry après sa fuite de Little Whining en juillet dernier. Il y avait également des factures pour des articles de luxe moldus selon Tonks. Il apparait qu'Harry a entretenu largement sa famille depuis son arrivée chez eux. Tonks demande que Remus ne soit pas au procès, en effet nous ne sommes pas sûrs qu'il pourra supporter le choc lors de la présentation des pièces à conviction, et il serait regrettable que Lunard se manifeste en plein procès. D'ailleurs, il faudra que les jumeaux Weasley nous débarrassent d'une certaine encombrante personne, comme la dernière fois. Harry et Severus n'ont pas besoin d'autres soucis.

Amélia a fait expédier les Dursleys à Azkaban en préventive pour quelques jours, avant de les auditionner. L'avocat qui sera commis d'office est Janus Higgs, le pauvre n'est pas sorti du chaudron avec des clients pareils.

Je vous tiens au courant.

Kingsley

Albus Dumbledore soupira et posa la lettre sur la table devant lui. Il se dirigea vers la fenêtre et son regard bleu se perdit dans la contemplation des montagnes à l'horizon. Si un témoin avait été présent, il se serait rendu compte que les yeux du vieil homme ne pétillaient pas comme à l'accoutumée mais reflétaient une profonde tristesse.

A l'heure du petit déjeuner, le Directeur de Poudlard retrouva l'ensemble de ses professeurs à la grande table. Il prit place comme à son habitude dans son fauteuil d'or. Severus vint s'asseoir à sa gauche, tandis que Minerva McGonagall s'installait à sa droite. Profitant que sa professeure de métamorphose était en grande conversation avec Filius Flitwick et Aurora Sinistra, Albus se pencha vers Severus Rogue qui se servait une grande tasse de café noir.

-Vous avez passé une bonne nuit, mon cher garçon ?

-Ma Foi, Albus, pas mauvaise.

-Harry était avec vous ?

-Comme toutes les nuits.

-Je préfère ça, j'avoue que je suis bien plus tranquille, je n'aimerais pas vous savoir seul. Votre condition n'est pas des plus simples. Vous vous sentez bien ? Pas de malaises, pas de nausées ?

-Non, Albus, fit le maître des cachots, légèrement agacé. Merci de votre intérêt pour ma santé, mais j'ai déjà Poppy et Derwent qui me scrutent à la moindre occasion, sans compter Harry, je n'ai pas besoin que vous vous y mettiez aussi. Je prends une potion anti-nausée dès mon réveil et des hormones que me fournit Derwent.

-Hormones ? C'est quoi ?

-Une substance que le corps fabrique naturellement. Comme je ne suis pas une femme, les hormones de la grossesse qu'elles sécrètent normalement, je ne peux pas les fournir, je n'ai pas les organes nécessaires. Derwent me donne donc des hormones de substitution pour que je ne perde pas le bébé.

-Merveilleux progrès que la Médicomagie moderne, mon cher enfant, constata Dumbledore en hochant la tête.

Il prit un toast et commença à l'enduire plus que généreusement de marmelade de citron.

-J'ai eu un hibou de Kingsley ce matin à l'aube. Hier soir, ils ont arrêté les Dursleys à leur domicile. Il parait que l'équipe de Kingsley a trouvé des documents et des preuves accablantes contre l'oncle et la tante d'Harry. Par Merlin, si j'avais su… Jamais ce pauvre enfant… mais enfin, c'est fait ! Maintenant il faut réparer tout ça, si on peut. Rendre la justice à Harry.

-Ces monstres mériteraient le baiser d'un détraqueur ! Dommage qu'ils aient fuis à la défaite du Seigneur des Ténèbres ! pesta Severus en portant sa tasse à ses lèvres.

-Severus, si les preuves sont suffisantes, Harry n'aura pas besoin de témoigner, et c'est une bonne chose. Je voudrais lui épargner ce traumatisme. Nous avons déjà le témoignage écrit et par pensine de Melvin Tipps obtenu par Alastor, plus ce que Tonks et Dawlish ont trouvé, j'espère que ça suffira. Surtout, mon garçon, ne dites rien à Remus, Kingsley pense qu'il ne pourra pas maîtriser Lunard pendant le procès, lorsque les preuves seront dévoilées au Magenmagot.

Severus eut l'air surpris, et il regarda son Directeur avec un sourcil levé.

-Lupin n'a jamais perdu le contrôle de son loup hors de la pleine lune. C'est assez inquiétant que Shackelbolt suggère cette éventualité. Je me demande ce qu'ils ont trouvé, vous le savez ?

-Oui, un peu. Les titres de propriété de la maison en Espagne dont Harry nous avait parlé lors de son arrivée au Square Grimmaurd cet été, plus des photographies et des films pornographiques avec Harry.

Severus pâlit légèrement et son regard se durcit. Les jointures de ses doigts blanchirent sous la pression qu'il exerçait sur sa tasse.

-Dois-je révéler ces informations à Harry ?

-Ne lui gâchez pas sa journée, attendez ce soir, lorsque vous serez seuls tous les deux, répondit Albus en tournant son regard vers le jeune Gryffondor qui à sa table, était en train de discuter avec Neville Londubat, qui avait un pot de fleur étrange près de son assiette.

-Le procès aura lieu quand ?

-Je n'ai aucune indication à ce sujet, soupira le vieil homme en balayant de sa main baguée les miettes qui s'étaient incrustées dans sa longue barbe blanche. Je sais juste qu'Amélia les a fait conduire à Azkaban directement pour plusieurs jours, avant de les entendre. Je présume qu'elle est en colère et qu'elle veut les faire mijoter un peu.

-Dommage qu'il n'y ait plus de détraqueurs… soupira Severus, amer.

-Mangez, Severus ! le coupa Albus pour lui changer les idées. Vous n'avez pris que du café noir, je vous rappelle que vous avez un bébé à nourrir et que vous n'avez jamais été très gros.

Severus acquiesça en silence, il savait très bien que le vieux professeur avait raison, Poppy et Julius lui avaient fait les mêmes recommandations et il devait avouer qu'il avait un peu plus faim que d'habitude. Il savait aussi qu'Harry surveillait les quantités qu'il mangeait, et le jeune Gryffondor avait promis à Severus que s'il faisait un effort, il en ferait un lui aussi, et se nourrirait plus. La terreur des cachots approcha son assiette qu'il avait un peu écartée, y déposa une portion d'œufs brouillés, deux tranches de bacon et deux toasts qu'il commença à beurrer tranquillement tout en regardant son compagnon du côté de la table des rouge et or. Harry dut sentir le regard de Severus sur lui car il tourna rapidement la tête vers lui et lui fit un petit sourire discret. Le maître des potions plongea son regard d'onyx dans les yeux émeraude de son élève sans lui rendre son sourire. Harry ne s'en formalisa pas, les yeux de braise de Severus lui disaient tout ce qu'il voulait savoir. Il se retourna de nouveau vers Neville qui n'avait pas cessé de parler et reprit le fil de leur conversation.


Au Ministère de la Magie, dans le bureau d'Amélia Bones, la Directrice du Département de la Justice Magique, les mêmes personnes que la veille avaient repris leur place dans un silence lourd de sous-entendus. Arthur Weasley avait rechargé les batteries de l'ordinateur portable dans la nuit et l'Auror Dawlish venait de réinstaller la machine moldue sur le bureau de bois foncé de la Présidente du Magenmagot.

-Je n'ai plus qu'à rallumer l'appareil, Madame Bones, précisa l'Auror aux cheveux gris.

-Allez-y, Dawlish, nous en étions à 1991. Nous devons tout visionner. Avons-nous une solution pour que les membres du Magenmagot puissent voir toutes les preuves pendant le procès ?

-Oui, Madame. Je pense que Miss Burbage sait comment faire.

-C'est vrai, je n'y pensais plus. Le Professeur Burbage a organisé cet été une formation complémentaire en communication pour le bureau de liaison avec les Moldus. C'est très bien. Kingsley, vous convoquerez Charity Burbage dès que possible.

-Ce sera fait dans la journée, Amélia, confirma l'Auror Noir d'un hochement de tête. Dumbledore est déjà au courant des évènements.

Le silence se fit de nouveau, lorsque les clichés apparurent sur l'écran. Dawlish s'était assis sur une chaise près de Madame Bones et faisait défiler les images accablantes. Ils passèrent ensuite aux films et vers midi, les batteries de l'ordinateur portables lâchèrent de nouveau.

-Je crains que l'autonomie ne dépasse pas trois heures, Amélia, fit Arthur Weasley. Je vais mettre à recharger immédiatement la machine et après le déjeuner nous pourrons terminer.

-Faites, Arthur, soupira Madame Bones en retirant son monocle de son œil. Je vous avouerais que je ne serais pas fâchée que cette corvée soit terminée. Tout ceci est absolument immonde. Les preuves sont accablantes. Percy est actuellement en train d'éplucher les documents qu'il y avait dans les caisses, j'attends son rapport. Il doit expédier tout ce qui concerne des comptes bancaires à Gringotts où les Gobelins les analyseront.

Amélia se leva et s'étira, un peu ankylosée.

-Je vous propose d'aller déjeuner et de nous retrouver ensuite. Dès que tous les documents auront été triés et envoyés vers les services compétents, j'auditionnerai les prévenus.


A l'heure du repas de midi, dans la Grande Salle de Poudlard, à la table des Serpentards, ce qui restait de l'équipe originelle de Drago Malefoy, complotait à mi-voix. Crabbe et Goyle, qui avaient reçu la Marque des Ténèbres une semaine après la fin des cours de 6ème année, n'avaient jamais eu le temps d'en profiter. Ils étaient morts brûlés, tout comme le père de Drago, celui de Théodore Nott et les deux parents de Pansy Parkinson qui avait été recueillie par les Greengrass. Les trois jeunes Serpentards ne devaient la vie sauve qu'au fait de ne pas avoir été marqués. Ils auraient du l'être au début août. Blaise Zabini n'avait perdu personne, sa mère n'était pas affiliée aux Mangemorts et son beau-père actuel ne se mêlait pas de politique. Les trois orphelins regardaient avec haine le Sauveur assis à la table des Gryffondors et leur propre Directeur de Maison, qu'ils appelaient « le traitre ».

-Je veux me venger de ces deux traitres ! fulminait Malefoy, ses yeux d'aciers lançant des éclairs de rage. Saint-Potter a tué mon père, il a tué le Maître et tous les Mangemorts !

-Pas tous, murmura Nott. Rogue est encore en vie. Il n'a rien eu, lui ! Je me demande comment c'est possible… Je le croyais un des plus fidèles Mangemorts, le Seigneur des Ténèbres ne jurait que par lui, Père disait que Rogue avait toute la confiance du Maître et que certains en étaient jaloux. Tu parles ! Ce salaud là trahissait…

-C'est un pur Serpentard, fit la voix de Blaise tranquillement. Je pense que Rogue a été fidèle au Seigneur des Ténèbres, et que lorsqu'il a senti le vent tourner, il a choisi de changer de camp pour être du côté des vainqueurs. Il a choisi d'aider Potty et le vieux fou barbu comme vous les appelez. N'empêche qu'il est en vie, et qu'il a gardé sa place ! Je vous parie même qu'il risque d'avoir un Ordre de Merlin !

-Pas sûr, ricana Pansy Parkinson. Potty n'a jamais été récompensé, ils ont même été arrêtés tous les deux !

-Vous y croyez à ce que la Gazette avait raconté ? Rogue et Potter partagent leur magie et c'est comme ça qu'ils ont vaincu le Maître et tous les autres ? demanda Nott.

-Fortement possible et même probable, fit Malefoy pensif, en triturant la nourriture dans son assiette, d'une fourchette négligente. Ça expliquerait pourquoi il a cette mine de déterré, ce traitre ! Le bruit court qu'il n'est pas en bonne santé du tout depuis.

-Y a pas que ce bruit, persifla le bouledogue Parkinsonien. La belette-fille raconte plein de conneries sur Rogue et le Balafré. Elle dit qu'ils couchent ensemble.

-M'étonnerait, fit Malefoy en haussant les épaules. Rogue déteste Potty et l'a toujours détesté, il s'est servi de lui pour éviter la mort et Azkaban, c'est tout. Je ne pense pas qu'il ait souhaité que sa trahison soit aussi fignolée que ça… mettre le Balafré dans son lit, faut pas pousser…

-La belette-fille crève de jalousie, confirma Blaise. J'ai entendu deux Serdaigles en causer hier à la bibliothèque. Paraît que la Weasmoche, elle s'est fait drôlement taper sur les doigts par Dumby et McGo. Elle harcèle sexuellement le Balafré et insulte Rogue à tour de bras. Tout ça parce que Potter veut pas sortir avec elle.

-On fait quoi, Drago ?

-J'en sais rien, Pansy. Je voudrais bien faire payer à Saint-Potter la mort de nos parents, mais j'ai bien peur qu'il soit trop puissant pour nous. Même si on s'y met à plusieurs. Et si Rogue nous tombe dessus… même malade… je ne donne pas cher de notre peau.

-On peut attendre, nan ? proposa Théo Nott. C'est que le début de l'année… On se tient à carreau, personne ne se méfiera de nous et hop ! Quand on frappera, ça fera mal…

-On fait comme ça… murmura Drago Malefoy, de sa voix trainante, ses yeux plissés passant du Directeur des Serpentards à Harry Potter.


-Harry ? appela Severus depuis la salle de bain de son appartement des cachots, lorsqu'il entendit le bruit du mur de pierre qui pivotait sur son axe.

-Chuis là, chéri, t'es où ?

-Salle de bain !

Une chocogrenouille largement entamée à la main, Harry entra dans la salle de bain dont la porte était restée entrouverte. Le jeune Gryffondor eut un petit sourire amusé en voyant son compagnon installé dans la baignoire sorcière de marbre blanc veiné.

-Tu fais trempette ?

-Viens me rejoindre au lieu de ricaner, proposa le maître des cachots. J'avais un peu mal au dos, j'étais fatigué, un bon bain délassant, une bonne nuit de sommeil et tout ira bien.

La chocogrenouille entre ses lèvres, Harry se lança un sort de déshabillage et posa sa baguette près de la vasque du lavabo encastré, puis il descendit tranquillement les marches qui plongeaient dans la baignoire de la taille d'une petite piscine. Il s'approcha de son compagnon, un petit sourire aux lèvres. Severus Rogue le regarda faire, amusé et lorsque le jeune homme vint se coller tout contre lui, il l'enlaça entre ses bras et approcha sa bouche de celle du Gryffondor pour attraper les pattes de la grenouille en chocolat et d'un coup de dents les sectionna et se mit à les mâcher tranquillement.

-Mééééé, ma chocogrenouille ! protesta Harry en avalant ce qu'il avait dans la bouche.

-Pourquoi tu geins, tu sais bien que j'aime le chocolat et tu viens me tenter avec ces petites pattes qui dépassent, tu as fait exprès.

-Oui, s'amusa le Sauveur, un petit sourire aux lèvres.

Severus leva la main vers le visage du garçon et retira la paire de lunettes embuées pour la poser sur le sol de marbre de la salle de bain, tout près des flacons de shampooings et du savon. Ses yeux d'onyx plongèrent dans les deux émeraudes qui lui faisaient face. Le regard voilé et trouble d'Harry lui indiqua que l'Elu ne devait pas distinguer grand-chose de ce qu'il y avait dans la pièce.

-Tu me vois, mon amour ?

-Pas distinctement, Sev', tu sais bien.

-Même d'aussi près ?

-Je suis presque aveugle sans mes lunettes, soupira Harry. Je ne suis même pas certain qu'elles soient à ma vue. Madame Pomfresh ne me les a pas vérifiées depuis des années.

-Il faudrait que je te fasse une potion de correction visuelle. Tu n'aurais plus besoin de lunettes normalement.

-Je ne tiens pas à me faire remarquer, Sev'. Si tu veux bien, je préfèrerais qu'on attende l'été prochain.

-Tu as raison, mon ange. C'est une potion très difficile à réaliser, peu de maîtres des potions en sont capables, et sans nul doute ça éveillerait des soupçons.

-Je ne suis pas sensé bien m'entendre avec le meilleur maître des potions du Monde Magique, s'amusa Harry en approchant ses lèvres de celles de Severus.

Ils échangèrent un long baiser, très tendre et délicat et Severus sentit les deux bras du Gryffondor se glisser autour de son cou. Il resserra sa prise autour de la taille d'Harry et le plaqua contre lui encore plus fermement. Le jeune homme passa un index fin sur la joue de son professeur.

-Tu es fatigué, Severus. Tu as une petite mine.

-J'avoue que oui, je suis crevé. Pourtant j'ai bien dormi cette nuit, mais ce bébé me tire dessus, je me demande comment font les femmes.

-Leur corps est fait pour ça, Sev', pas le tien. Et c'est normal que tu sois fatigué, les grossesses masculines durent deux fois moins longtemps que celles des femmes ! Tu imagines l'énergie et la magie qu'il faut pour supporter ça ? Je ne m'étonne pas que beaucoup échouent. Mais ça se passera bien, tu verras… il faut juste être prudent et bien te reposer.

La terreur des cachots hocha la tête et soupira, il se tourna légèrement pour prendre l'éponge végétale et le savon tout en se disant qu'il avait une pile de devoirs à corriger encore pour les 5ème années Serdaigle/Poufsouffle. Harry lui prit l'éponge des mains.

-Donne, chéri. Je vais te frotter partout, repose-toi et détends-toi.

Severus ferma les yeux et laissa son compagnon lui frotter le torse et le dos avec son éponge savonneuse. Il savait qu'il allait devoir troubler ce moment de paix et dire à Harry tout ce qu'Albus Dumbledore lui avait appris dans la matinée. Il hésita deux secondes et se lança.

-Harry, Albus m'a dit que ton oncle et ta tante Dursley avaient été arrêtés hier soir chez eux par Shackelbolt et son équipe. Amélia Bones les a expédiés à Azkaban en détention préventive, pour avoir le temps d'examiner toutes les preuves qu'ils ont trouvées à Privet Drive.

Le mouvement de l'éponge sur la peau pâle se figea. Severus attendit qu'Harry ait digéré l'information. Il ouvrit doucement les yeux pour voir que le Gryffondor avait fermé les siens et était terriblement pâle.

-Des preuves ? fit Harry d'une petite voix inquiète. Quel genre de preuves ?

-Je crois qu'ils ont mis la main sur des films et des photos, et aussi le titre de propriété de la maison en Espagne.

-Merlin… murmura Harry dans un souffle.

L'éponge retomba dans l'eau et Harry cacha son visage dans ses mains. Severus, sans un mot, l'attira dans ses bras et glissa une main fine aux longs doigts dans les cheveux en bataille du Sauveur.

-Ca va aller, Harry, tout ira bien, je te le promets. Je serai là avec toi. Juste… il ne faut rien dire à Lupin, Tonks ne veut pas qu'il sache, elle dit qu'il ne pourra pas maîtriser son loup s'il vient au procès.

-Je m'en doute, fit Harry avec un petit rire étranglé et amer.

Il resta silencieux un moment, son visage caché dans le cou de Severus, puis il glissa ses deux bras autour du corps fin du maître des potions et se serra plus fort contre lui.

-Je ne lui dirai rien, Sev', on fait comme ça. C'est mieux. Albus sait quand aura lieu le procès ?

-Non. Il nous le dira dès qu'il saura, il faut laisser l'enquête se poursuivre, je présume.

-Ils vont avoir le droit à un avocat ?

-Comme tout le monde. Mais comme ce ne sont pas des sorciers et qu'ils n'en connaissent pas de notre monde, ils vont avoir un avocat nommé d'office, je pense. Enfin… si ça n'a pas changé, les Lois évoluent si vite. Je plains leur avocat. Les avocats commis d'office, ce sont des jeunes qui débutent et qui cherchent à se faire un nom, on ne les choisit pas, tu sais. Il y a une liste au Département de la Justice Magique et c'est celui dont le nom sera en haut de la liste qui aura leur clientèle. Nous on avait Albus, c'est inhabituel, car d'habitude il préside le Magenmagot, mais comme il est trop lié à nous, il ne pouvait pas, c'est interdit. C'est pour ça qu'Amélia Bones a présidé au procès. Cette fois-ci, ce sera encore la même chose.

-Je comprends.

Harry resta silencieux un moment et relâcha Severus, puis il s'écarta de lui, cherchant l'éponge qui gorgée d'eau, était tombée au fond de l'eau. Il la sentit sous son pied et l'attrapa avec ses orteils, puis la fit remonter en levant la jambe.

-On continue ? proposa-t-il avec un pâle sourire, en montrant l'éponge à son amant.

-Vas-y, mon ange, et quand tu auras fini de me laver, c'est moi qui te laverai !

-Parfait ! Ensuite je te mettrai de cette huile parfumée que tu as fabriquée, sur le ventre. Tu aimes bien quand je te fais ça, j'ai vu ça hier soir.

-C'est Julius Derwent qui me la conseillé. Il dit qu'il recommande ça à ses patientes pour éviter les vergetures, et il dit que les hommes peuvent en avoir aussi avec une prise de poids importante, ou comme dans mon cas, un bébé.

-Il a raison, amour, mon cousin Dudley, cette baleine, en est plein des pieds à la tête pratiquement. Sa peau ne suit plus tellement il est gras !

-Pouah ! Quelle horreur ! J'ai bien assez de cicatrices comme ça sur le corps sans avoir le ventre lacéré de ces choses !

-Tu n'auras rien, nous y veillerons ! Je t'en mettrai deux fois par jour s'il le faut. N'oublie pas que tu vas grossir deux fois plus vite que la normale.

-Je sais. Je me demande comment les élèves vont prendre ça, quand ça va vraiment se voir…

-Ça se voit, Sev', mais pour l'instant je suis le seul à m'en rendre compte, tes vêtements le cachent bien. Tu ne la sens pas bouger ?

-Je ne sais pas… je ne suis pas certain que ça soit ça. Je sens parfois comme des petits gratouillis à peine perceptibles.

-C'est peut-être elle qui commence à se manifester. J'ai hâte de la sentir bouger sous mes doigts, j'ai vraiment envie de partager ces moments-là avec toi.

-Moi aussi, mon ange, se mit à sourire la terreur des Gryffondors. Et il va falloir qu'on commence à penser à un prénom, elle ne peut pas continuer à être juste « elle ».

-Exact. Et il va falloir commencer à lui acheter des vêtements, un berceau, ce genre de choses…

-Harry, après le procès, on fera les magasins pour bébés du Chemin de Traverse, qu'en dis-tu ?

-Excellent programme, Professeur Rogue ! Tu me déguiseras avec du Polynectar ou un bon Glamour et je passerai inaperçu !

-Glamour, mon ange, je n'ai pas de réserve de cheveux d'inconnus, et je ne me vois pas me balader avec toi, déguisé en quelqu'un que nous connaissons ou que quelqu'un d'autre reconnaitrait, surtout pour faire ce genre d'achats.

-Tu as raison, bien entendu. Il te faudra de nouvelles robes sans tarder. Tes robes noires à boutons vont être trop petites dans une semaine ou deux, ainsi que tes pantalons.

-Je suis déjà serré dedans, soupira Severus. J'ai du déboutonner mon pantalon pour m'asseoir cet après-midi, tant il me gênait !

-Ce week-end, on va au Pré pour ça alors, je ne veux pas que tu sois serré ou mal à l'aise. Tu te tournes ? Je te lave les cheveux maintenant.


Dans la salle commune de la tour des Gryffondors, c'était très calme. Hermione potassait, une plume à la main, une pile de parchemins sous le nez et un tas de livres près d'elle. Ron faisait une partie d'échecs version sorcier avec Seamus Finnigan et Neville Londubat rempotait son Mimbulus Mimbletonia sur une table recouverte de vieilles pages de la Gazette du Sorcier, sous l'œil intéressé de Parvati Patil qui tenait un sac de terreau dans ses bras. Quelques élèves faisaient leurs devoirs, d'autres jouaient à la Bataille Explosive en riant, tandis que quelques « première année » s'amusaient avec leurs animaux de compagnie. Dans un coin de la pièce, un peu à l'écart, Ginny Weasley consultait le dernier catalogue de vente par hibou des Farces pour Sorciers Facétieux, que ses frères jumeaux lui avaient envoyé.

Personne ne vit le sourire étrange que son visage arbora quelques instants. La rouquine se pencha vers son sac de cours et en sortit tranquillement une bouteille d'encre et une plume. Elle prit sa baguette dans la poche de sa robe aux couleurs de sa maison et lança un sortilège de découpe sur le bon de commande situé à la fin du catalogue.

-Excellent, songea-t-elle. C'est tout à fait ça qu'il me fallait ! Maintenant, il faut que je mette la commande à un autre nom, ou ils ne me l'enverront jamais. Voyons… qui ? Ah oui… cette petite idiote de Demelza Robins… Je lui raconterai un bobard et ça ira tout seul… Alors voyons… deux gallions plus trois mornilles pour les frais de hibou…


Le samedi suivant, Ron tout excité se leva en ayant décidé que juste après le petit déjeuner, il irait voler au dessus du stade de Quidditch. Dean et Seamus avaient accepté de venir avec lui, Hermione préférant quant à elle, aller écumer la bibliothèque au cas fort peu probable ou un grimoire lui aurait encore échappé. En tenue de gardien et son Brossdur 11 à la main, il se dirigea d'un pas décidé vers les appartements des Préfets-En-Chef, espérant qu'Harry s'y trouverait. Le portrait qui gardait l'entrée des appartements, lui annonça qu'Harry s'y trouvait depuis à peine deux minutes. Le sorcier peint disparut quelques secondes et revint ouvrir la porte après avoir obtenu l'assentiment de l'occupant en titre.

-Harry ! fit Ron en se précipitant dans la chambre de son ami. Tu viens ? On va voler avec Dean et Seamus après le p'tit déj' !

Harry était en boxer et fouillait dans son armoire pour trouver une tenue propre qui ne soit pas un uniforme de Poudlard.

-Peux pas, Ron, je vais à avec Sev' à Pré-Au-Lard.

-Mais mec, on n'a pas de sortie de prévue, tu peux pas !

-Je sais bien qu'on n'a rien de prévu, mais j'y vais avec Severus, je te rappelle que c'est un prof, donc je peux !

-Appelle-moi con aussi ! Comment ça se fait que vous allez au Pré ? Il peut pas aller acheter ses ingrédients de potions tout seul, ton mec ? Il est pas en sucre !

-Ne dis pas de bêtises, Ron, pesta Harry, qui essayait d'enfiler une chaussette grise ornée de vifs d'or, en équilibre sur une seule jambe. On va lui acheter de nouvelles robes, il est trop serré dans ses fringues à cause du bébé.

-Assieds-toi, patate, tu vas te casser la gueule, s'amusa Ron, un sourcil levé, en voyant la chaussette tirebouchonnée sur le pied de son ami.

Harry soupira et alla s'asseoir sur le lit. Il retira sa chaussette mal mise et entreprit de recommencer l'opération.

-Tu as un suçon dans le cou, mec… au cas où tu l'aurais pas vu…

-MERDEUUUU ! gronda Harry en portant sa main à son cou. Je me disais bien que j'avais senti qu'il me mordait dur hier soir.

-Pas la peine que je te demande ce que tu as fait de ta soirée… fit Ron, les oreilles écrevisses.

-Pas grand-chose, il est crevé en ce moment. Il m'a juste sauté une fois, c'est tout. Répondit Harry en haussant les épaules.

-Aaaaaahhhh ! TAIS-TOI ! Je veux rien savoir ! Trop d'infos !

Le jeune homme aux yeux verts éclata de rire en voyant les oreilles rouges et la mine de son ami.

-Ehhhh ! C'est toi qui voulais savoir, j'te f'rais dire…

-Je ne voulais rien savoir du tout. Et d'abord, pourquoi tu dis, une fois c'est tout ? C'est plus d'habitude ?

-Je croyais que tu voulais pas savoir ? s'amusa l'Elu en se levant pour prendre un jean bleu indigo tout neuf dans l'armoire. D'habitude c'est plus ouais… au moins deux fois, plus le matin. Mais là… même le matin, je le laisse plus faire, je veux pas qu'il se fatigue. Et puis j'ose pas trop le lui faire, j'ai pas envie de faire mal au bébé, bien que le Médicomage dise que ça fera rien si j'y vais doucement, mais bon…

-Merlin… je veux pas avoir cette image mentale ! râla Ron. De t'imaginer en train de le… NAN !

-Ron… pas la peine de faire ton coincé, tu nous as déjà vu faire l'amour.

-JE SAIS ! Bon, pourquoi tu vas avec lui ? Il peut acheter ses fringues tout seul, de toute façon il va prendre du noir !

-Justement ! J'espère lui faire changer d'avis et le faire acheter autre chose ! Et puis c'est important pour moi d'être avec lui ! Je suis le père du bébé, c'est normal qu'on fasse ces choses-là ensemble… et puis bientôt on va aller acheter les affaires du bébé, un berceau, des couches, des biberons enfin tout quoi…

-Ouais… bon encore ça, je peux comprendre. Et cet aprèm ? Tu as prévu quoi ?

-Rien de spécial pour l'instant. T'as fait ton devoir de botanique ?

-Nan. Je comptais demander un coup de main à Neville et toi ?

-Pareil… à moins qu'Hermione nous aide, mais je suis pas sûr qu'elle va marcher.

-Putain, faut qu'on se grouille, c'est pour lundi après-midi ! Mione va nous avada kedavratiser quand elle va savoir qu'on l'a pas commencé ! Ton chéri te donnerait pas un coup de main ? Comme ça je pourrai copier sur toi…

Harry se mit à rire, il enfila un pull beige sur son torse nu et alla examiner son beau suçon dans le miroir accroché au mur.

-Severus jette un œil sur mes devoirs, mais seulement après que je les ai faits. Et comme je l'ai pas commencé… tu pourras rien copier, mon vieux ! Bordel, il m'a pas raté, heureusement que j'ai un pull à col roulé !

-Tu retires tes piercings des fois ?

-Non, jamais. Pourquoi ?

-Ben, je pige pas pourquoi tu les as pas retirés, puisque tu sais que tu ne retourneras plus chez tes Moldus.

-Sev' aime bien les tripoter, ça l'excite. Et puis quand il le fait, j'aime bien aussi, ça m'fait des trucs…

-Beuuurrrkkkk ! J'aurais du y penser ! Mais pourquoi j'ai posé la question, par la barbe de Merlin, fit Ron en secouant la tête.

Harry prit sa brosse à cheveux qui trainait sur son bureau parmi un foutoir sans nom et tenta, inutilement comme toujours, de dompter sa tignasse rebelle.

-Dis, Ron… tu trouves que j'ai grandi ?

-Ben, chais pas, nan… pas vraiment… mais comme je te vois tous les jours c'est dur de dire. Tu trouves que t'as grandi ?

-Ben… Madame Pomfresh a dit à Dumbledore qu'une fois qu'on m'aurait retiré l'anneau que j'avais, tu te souviens, et ben… je grandirais… et que je prendrais des muscles, des poils, tout ça.

-Ah ouais ? Chais pas… tu devrais lui demander de te mesurer, elle te dirait. Est-ce que tes pantalons d'uniforme de l'an dernier te vont encore ?

-Ben, un peu courts, p'têt…

-Alors t'as grandi, mec ! Ca va se décoincer, maintenant que tu as plus ce machin bourré de magie noire.

-Sûrement. J'ai hâte… j'en ai marre d'être petit et de faire quatorze ou quinze ans ! Je vais être père avant Noël, imagine !

-Ouais… j't'avoue que j'ai du mal… ça va faire du bruit, crois-moi.

-Ron… Les Dursleys ont été arrêté y a huit jours, ils sont à Azkaban. J'attends la date du procès. Mais tu dis rien à Remus. Kingsley, Tonks et Dumbledore veulent pas qu'il sache.

-Bordel ! Ça bouge ! Je me demandais quand King allait faire son job ! Pourquoi faut pas que Remus sache ?

-Ils ont peur qu'il maîtrise pas Lunard, quand les preuves vont être exposées devant le Magenmagot.

-Hé bé… Remarque, m'étonne pas, il était pas mal bouleversé cet été quand tu l'as raconté. Bon, je le dirai juste à Mione quand on sera seul et c'est tout. J'lui dirai qu'il faut pas le dire à Remus et pas à Gin' non plus. Pas la peine. Je dis plus rien devant elle sur toi, de toute façon.

-Elle te pose pas de questions ?

-Nan, elle est calme, on dirait. Mais je la connais, elle serait bien sortie à Serpentard, celle-là, crois-moi… quand elle a une idée quelque part… Je ne lui fais aucune confiance, et j'espère que toi non plus.

-Aucune, Ron. Le rassura Harry qui laçait à présent ses tennis moldues toutes neuves. Je ne risquerai pas la santé de Severus ou la vie de notre fille. Quand elle fera le rapprochement entre moi et la grossesse de Severus, on aura assez à faire !

-Ouais… j'en ai bien peur. Mais on la surveillera avec Mione, t'inquiète pas !

-Merci, Ron. Je sais que je peux compter sur vous deux. On va bouffer ? Je dois rejoindre Sev' après, on veut filer discrètement…

-Il était temps que tu finisses, je crève la dalle !

Ron et Harry se dirigèrent tranquillement vers la Grande Salle pour rejoindre leurs amis à la table des rouge et or. Lorsque plus tard, Severus et Harry qui était sous un Glamour se dirigèrent à pied vers les grilles du château, ils virent Ron, Dean et Seamus qui s'amusaient dans le stade de Quidditch.

Les deux amoureux ne rentrèrent pas avant l'heure du déjeuner. Harry avait réussi à obtenir que Severus achète quelques robes de sorcier bleu nuit et vert foncé, mais bien entendu la majorité de celles qu'il avait choisies plus les pantalons, étaient noires. Dans l'appartement des cachots, Severus rendit leurs tailles aux sacs en carton de chez GaiChiffon et Harry insista pour que son compagnon porte une de ses nouvelles robes bleu foncé avec un pantalon à sa taille.

-Allez, chéri, je veux pas que tu sois serré et mal à l'aise ! Dis adieu à tes robes à boutons jusqu'à Noël, après tu pourras les remettre.

-Harry… Je suis pas sûr… tu crois pas que je devrais attendre un peu ?

-Severus ! Tu es serré et ça te gêne ! Tu vas faire mal au bébé ! Déconne pas ! On s'en fout de ce que vont dire les élèves, de toute façon dans une semaine ou deux, tu seras encore plus gros !

-Dis tout de suite que je suis énorme ! pesta Severus de mauvaise foi.

-Je n'ai jamais dit que tu étais obèse ! Tu vas avoir un bébé, ne chipote pas… Et puis tu vas être à l'aise pour t'asseoir et manger. Allez… vas-y. C'est le week-end, mets une bleue ou une verte, et garde les noires pour les cours. De toute façon tu vas mettre une cape noire par-dessus, tu auras quand même du noir.

Severus arrêta de protester et se déshabilla dans le salon d'un geste de baguette. Il enfila un pantalon neuf qu'ils avaient choisi spécialement car il avait un sortilège d'agrandissement automatique. La directrice de GaiChiffon, mise dans la confidence, leur avait conseillé ce choix après un instant de surprise à l'annonce de la grossesse du maître des potions. Elle avait promis qu'elle tairait la nouvelle, ne tenant pas à subir les foudres de l'un des deux héros du Monde Magique, puisqu'elle n'avait pas reconnu Harry, déguisé. La terreur des cachots dut se rendre à l'évidence qu'il était bien plus à l'aise qu'avant et fit moins d'histoire pour enfiler la robe qui était vague et sans boutons. Sa coupe lui permettait de porter quand même ses chemises blanches habituelles dessous, ainsi que sa cravate noire, artistiquement nouée comme à l'accoutumée.

Les premiers à se rendre compte du changement de look du maître des potions, furent évidemment les professeurs à la grande table. Ils se regardèrent tous d'un air entendu lorsque la terreur passa la porte de l'antichambre pour aller s'asseoir à sa place habituelle près d'Albus Dumbledore. Aussitôt, leurs regards se tournèrent vers la table des Gryffondors où Harry était déjà installé entre Ron et Hermione. Lorsqu'ils regardèrent de nouveau Severus, celui-ci les toisa méchamment, histoire de leur rappeler que sa nouvelle robe n'avait pas changé le sorcier qui se trouvait à l'intérieur. A l'autre bout de la table professorale, Septima Vector murmurait à l'oreille de sa voisine Aurora Sinistra.

-J'avoue que j'ai du mal à m'y faire, ce glaçon légendaire de Severus avec un tout jeune homme comme Harry Potter…

-Moi aussi, avoua Aurora sur le même ton. Surtout que c'est Severus qui est enceint, ça veut dire que c'est Potter qui le domine, c'est quand même étonnant. Jamais je n'aurai imaginé une chose pareille. En plus, j'avais entendu dire qu'ils se haïssaient drôlement ! Tu parles… encore un coup tordu de Severus pour noyer le strangulot.

-Ça se voit déjà, tu te rends compte ? Il rentre plus dans ses infâmes robes à boutons. Si les élèves s'en aperçoivent…

-Ça nous fera de la distraction, ma chère Septima…

Du côté des élèves, quelques personnes avaient remarqué la robe bleue nuit mais comme c'était le week-end, ils devaient se dire que le maître des potions avait du prévoir de sortir de Poudlard pour une raison ou une autre. Seuls, les Serpentards habitués à la tenue rigide et invariable de leur Directeur de Maison, se posaient véritablement des questions. Chez les Gryffondors, Hermione et Ron faisaient ceux qui n'avaient rien remarqué et Harry haussa les épaules lorsque Dean remarqua que le maître des potions n'était pas tout en noir.

-Franchement, Dean, qu'est-ce qu'on en a à foutre des fringues des profs, hein ? trancha-t-il.

Mais Ginny avait entendu et scrutait le professeur de potions, les yeux plissés. Son regard allait de Severus à Harry sans arrêt. Le Sauveur, qui s'en doutait, s'efforça de se concentrer sur son assiette et les conversations de ses condisciples et ne leva pas les yeux sur son compagnon de tout le repas. Severus, lui, vrilla de son regard noir le plus menaçant, tous ceux qui osaient le dévisager avec un peu trop d'insistance. Albus regarda la nouvelle robe de Severus.

-Très jolie robe, Severus… l'influence d'Harry, je présume ?

-Oui, bien entendu. Des bleues et des vertes, plus quelques noires aussi pour les cours. J'ai du céder pour avoir la paix.

-Vous ne rentrez déjà plus dans vos vêtements, mon garçon ? Ça va drôlement vite, soupira le vieil homme, en portant sa coupe de vin des Elfes à ses lèvres.

-Obligé de défaire les boutons du pantalon pour m'asseoir, et ceux de la robe commençaient vraiment à être difficiles à fermer sans me faire mal. Harry dit que ça se voit bien maintenant, surtout sans vêtements.

-Severus, mon petit, je voulais vous dire… j'ai reçu un hibou de Kingsley ce matin, juste après votre départ pour Pré-Au-Lard avec Harry. Le procès des Dursleys aura lieu dans dix jours exactement. Vous voulez lui annoncer, ou bien je m'en charge ?

-Non, je vais le faire quand on sera seul.

-Alors je vous laisse vous en charger. Pour l'heure, Kingsley ne m'a rien dit encore, je vous tiendrai au courant quand je le saurai. Et surtout, Remus ne doit rien savoir…


Le matin du procès arriva bien vite. Harry, angoissé, n'avait pas dormi de la nuit. Severus ne s'en était pas rendu compte, sinon il aurait immédiatement donné à son compagnon une dose de potion de sommeil sans rêve. Depuis la cheminette des cachots, les deux hommes avaient rejoint l'Atrium du Ministère de la Magie et s'étaient mêlés discrètement à la foule des visiteurs et des employés. Le sorcier-vigile, Eric Munch, avait inspecté leurs baguettes et leur avait fourni des badges pour qu'ils puissent se déplacer dans les différents niveaux sans être inquiétés par les Aurors qui patrouillaient. Harry et Severus rejoignirent Albus Dumbledore au niveau 9 à la sortie des ascenseurs.

-Bien, les enfants, je suis content de vous voir. Ça va, Harry ?

-Un peu stressé, Professeur Dumbledore. Je… je ne pensais pas les revoir, vous savez…

-Tout ira bien, ne t'inquiète pas. Et puis, Severus sera avec toi tout le temps.

-Albus ? demanda le maître des potions. Qui sera là ?

-Les Aurors qui ont mené l'enquête et qui pour certains se trouvaient aussi au Square Grimmaurd le jour de la fuite d'Harry. Arthur, bien entendu, Percy est le greffier…

-Et Dolorès Ombrage ?

-Ah ! J'avoue que les jumeaux ont encore frappé fort, Severus.

-Ils ont réussi ? Comment ils ont fait ?

-Et bien, Harry… d'après ce que je sais par Arthur, nos deux gaillards ont envoyé ce matin de très bonne heure un bouquet de roses rouges à notre ancien professeur de Défense, ainsi qu'une boite du meilleur chocolat de chez Honeydukes. Boite en forme de cœur, couverte de dentelle, et avec un chat ornant le couvercle ! Le tout avec une carte de visite imitant l'écriture et la signature de Cornélius Fudge. Joli sortilège, ceci dit…

-Et ? C'est tout ?

-Non, non… s'amusa le vieil homme. Les chocolats étaient fourrés avec un de leur dérivé de la Goutte du Mort-Vivant. Bien entendu, Dolorès n'a pas résisté aux chocolats de Cornélius, et elle dort du sommeil du juste, sur sa table de cuisine, le nez dans la boite. J'ai envoyé un des Elfes de Poudlard vérifier.

-Whaouuu ! Brillant ! Je leur dois une fière chandelle !

-Un dérivé de la Goutte du Mort-Vivant… je me demande ce que ces deux fléaux ont bien pu trafiquer…

-Tu pourras toujours en discuter avec eux plus tard, Sev'. Professeur Dumbledore, ça commence bientôt ?

-Une dizaine de minutes. Nous allons entrer dans la salle d'audience. Tu ne seras pas entendu. Les témoignages des Aurors et les preuves suffisent.

Harry chercha la main de Severus pour se rassurer. Il frotta sa main libre qui était moite sur son jean et referma frileusement les pans de sa robe de sorcier anthracite qui était ouverte. Il sentit les doigts fins du maître des cachots serrer doucement les siens à plusieurs reprises. Harry plongea son regard émeraude dans celui d'onyx de son amour. Sa gorge était sèche et son estomac pesait dix kilos. Albus Dumbledore jeta un petit coup d'œil à la silhouette de son professeur préféré.

-Joli robe verte, Severus. Vous portez bien les couleurs de votre Maison.

Severus se rengorgea mais comme à son habitude, il n'en montra rien et son visage resta de marbre. Le vieil homme, amusé, passa sa main sur le ventre à présent bien rond de Severus.

-Vous devriez en faire plusieurs, ça vous va bien !

-ALBUS !

-Je plaisantais, Severus… allons…

-Déjà que mes Serpents me regardent de travers, et que Miss Greengrass m'a proposé un régime qu'aurait suivi sa mère avec efficacité. J'ai l'air malin !

Le vieux Directeur éclata de rire, sa tête basculant en arrière et sa poitrine tressautant sous les hoquets d'hilarité.

-Et les autres Maisons ?

-Les Gryffondors pensent que Severus mange de trop, pour l'instant ça s'arrête là… Mais ça ne durera pas. Encore une bonne semaine et demie et on va avoir une rumeur infernale, grimaça Harry, mal à l'aise.

-Bon… nous aviserons. Eventuellement je ferai une annonce, en prenant soin de jeter un sortilège sur la Grande Salle de façon à ce que les élèves ne puissent raconter cet évènement à quiconque en dehors de l'école. Ça vous laissera de la tranquillité jusqu'à la naissance. Harry… Miss Weasley ?

-Rien pour l'instant. Et le sort que vous lui avez jeté ?

-Il me permet juste de savoir où elle se trouve en permanence et avec qui. Si elle se permettait une seule privauté avec toi, je le saurais également. De même si elle te jetait un sortilège ou un maléfice. Quant à ses intentions véritables, pour l'instant je n'en sais rien non plus. Je n'ai malheureusement pas le droit d'utiliser la Légilimancie sur les élèves. Bon, ceci étant dit… entrons, mes enfants.

Albus Dumbledore ouvrit la lourde porte cloutée et ferrée qui menait à la salle d'audience numéro 10. « Encore celle là… » avait soupiré Harry en apprenant où il devrait se rendre. L'Auror qui gardait la porte de l'autre côté, lui était inconnu, ainsi qu'à Severus, mais le Professeur Dumbledore lui fit un signe de tête et un sourire. Lui, devait savoir pertinemment qui était cet officier.

Le vieil homme les mena vers le banc de la Partie Civile, juste sous la Tribune du Magenmagot. Les membres du Tribunal entrèrent tous à la file indienne, dans leur tenue pourpre et s'installèrent à leurs places habituelle. Amélia Bones alla s'asseoir à son pupitre surélevé, Percy Weasley, toujours guindé, juste au pupitre d'à côté, un niveau en dessous. Dumbledore fit quelques signes de la main à certains membres du Magenmagot, tandis que Madame Bones vissait son monocle sur son œil gauche.

-Bien. Tout le monde est là ? Nous allons pouvoir commencer. Rufus ? Vous êtes prêt ? Maitre Higgs ?

-Oui, Madame la Présidente, fit un jeune homme brun à lunettes, un peu intimidé.

-Oui, Amélia. AUROR ! Faites entrez les accusés ! ordonna le Ministre qui servait ici de Procureur.

Harry et Severus reconnurent l'Auror Griffiths qui ouvrit la porte qui menait à la petite pièce où on les avait fait eux même attendre, il y avait seulement quelques semaines. Kingsley Shacklebolt entra, suivi du couple Dursley, habillés tous les deux en pyjamas rayés offerts gracieusement par Azkaban. Pétunia, accrochée au bras de Vernon malgré sa paire de menottes, semblait affolée et son regard balayait la salle avec une terreur visible. L'oncle Vernon était rouge de colère et sa grosse moustache frémissait d'indignation. Lorsqu'il aperçut Harry, collé contre Severus, il se mit à hurler et tenta de bousculer Kingsley pour se jeter sur son neveu.

-POTTER ! JE VAIS TE TUER, SALE VERMINE !