A Pirate's Life for Jack

By Scarlett Sparrow

DISCLAIMER : Mademoiselle Scarlett, vous n'êtes pas Gore Verbinski, vous n'êtes pas Walt Disney, vous êtes auteur de fanfic. Ce n'est pas le moment de foncer tête baissée. Et surtout ne commettez pas l'erreur de croire que vous êtes la seule femme à vouloir écrire sur PotC.

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NOTE : Je m'excuse mille fois pour ce long, trop long délai de publication. Ce n'était même pas faute de retard dans l'écriture : ce chapitre est bouclé depuis deux mois... C'est simplement un manque de temps pour le publier, pour le relire, le corriger, etc. Je suis désolée, chers lecteurs ! Je sais à quel point c'est pénible d'attendre un nouveau chapitre, en plus... Allez, bonne lecture ! [Je prends deux semaines de vacances, donc en principe, pas de nouvelles d'ici quinze jours.]

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Chapitre 7 - La Santa Ana

La deuxième nuit passée sur l'île déserte parut à Jack infiniment plus longue que la première. Il ne réussit pas à plonger à nouveau dans le sommeil profond et sans rêve qui avait rendu celle-ci relativement confortable, et ne parvint qu'à somnoler par intermittence, sans cesse ramené à la désagréable réalité soit par une nouvelle vague de désespoir, soit par les protestations de plus en plus vives de son corps affamé et déshydraté.

De l'eau. Il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir tremper ses lèvres sans un liquide potable. Si son âme n'avait pas déjà appartenu à Davy Jones, sans doute l'aurait-il vendue en échange d'une bouteille. Il lui fallait de l'eau.

Lorsque le ciel vira enfin du noir au gris et que le soleil commença à étendre ses rayons chauds sur la mer, Jack émergea d'un demi-sommeil comateux qui ne l'avait pas empêché de ressasser mille fois toutes les sombres pensées qu'il aurait voulu oublier. Il garda les yeux fermés et ne bougea pas, n'ayant aucune envie d'affronter son troisième jour d'isolement qui, il le savait, n'apporterait rien de nouveau à sa détestable situation.

Tu vas mourir. L'idée s'insinuait dans son esprit, sournoisement, et y revenait malgré tous ses efforts pour la chasser. Tu vas mourir et tu ne peux rien y faire.

Il attendit que la chaleur devienne une fois de plus insupportable, puis rassembla les quelques forces qui lui restaient dans l'intention de se déplacer vers l'ombre. Dès qu'il se redressa en position assise, il fut pris de vertiges qui le forcèrent à rester au sol, sous peine de tomber au moindre pas qu'il tenterait de faire. Son mal de tête avait tellement empiré qu'il en avait presque des nausées.

Lève-toi. Mets-toi à l'ombre.

Il attendit que les points noirs disparaissent de son champ de vision et fit une nouvelle tentative. Une fois debout, il se dirigea d'un pas chancelant vers la petite zone ombragée qu'offraient les palmiers à cette heure de la journée. Il se laissa retomber à côté de sa pile de vêtements, épuisé. Ses muscles privés d'eau lui faisaient mal.

Il saisit le pistolet toujours posé sur son manteau et le contempla longuement. Il en sortit la balle de plomb et la retourna entre ses doigts. Ça serait si simple... Non. Il s'interdit d'effleurer cette alternative. Certes, ce serait simple. Mais ce serait indigne du grand capitaine Sparrow, décida-t-il.

Cette balle est pour Barbossa, tu te rappelles ?

Oui, exactement. Cette pensée le réconforta un peu et il rechargea l'arme avant de la reposer avec le restant de ses affaires. Non, décidément le suicide ne faisait pas partie des options.

Alors il fallait faire quelque chose. Attendre ne servait à rien. Personne ne viendrait le chercher. Il n'était pas disposé à se laisser mourir au pied de son palmier. Au moins mourrait-il en action.

Le seul divertissement qui s'offrait à lui était de parcourir encore une fois la petite île. On ne savait jamais, peut-être que quelque chose y était apparu pendant la nuit. Dans l'état où il se trouvait, le divertissement risquait fort de tourner au calvaire, mais il choisit d'essayer.

A peine avait-il fait quelques pas en se retenant au tronc des arbres qu'il fut stoppé net par une violente crampe d'estomac. Il se laissa tomber à genoux dans les herbes éparses en se tenant le ventre à deux mains, le front pressé contre le sable chaud, attendant que son organisme cesse de lui réclamer à grands cris la nourriture dont il était privé depuis trop longtemps.

Lorsque la douleur redevint supportable et que Jack fut à nouveau capable de réfléchir normalement, il prit conscience qu'il devrait logiquement transpirer mais que ce n'était pas le cas. C'était mauvais signe.

Priant pour que les crampes ne reviennent pas dans l'immédiat, il prit appui contre un cocotier et se hissa de nouveau sur ses jambes flageolantes, ferma les yeux quelques secondes afin de faire diminuer la sensation de vertige, et se remit en marche, errant au hasard entre les arbres, sans savoir ce qu'il pouvait bien trouver d'intéressant.

Il se concentrait simplement pour rester debout, posant un pied devant l'autre, ignorant le marteau qui lui tapait sur le crâne à chacun de ses mouvements. Il entendait les brindilles mortes se casser sous ses pas.

Crac. Crac.

Crac.

Bomp.

Bomp ? Jack marqua un temps d'arrêt. Allons bon, voilà qu'il avait des hallucinations, à présent. Bomp n'était pas le son qu'était censé produire un pied nu sur du sable et des branches, n'est-ce pas ?

Pourtant, lorsqu'il fit un autre pas chancelant en avant, le même son se répéta. Un son étouffé, sourd. Creux.

Poussé par la curiosité, il se mit à genoux dans le sable et tâta le sol des deux mains. Au bout de quelques minutes de recherches infructueuses et une nouvelle crampe d'estomac aussi brutale que la première, il finit par tomber sur une planche de bois qui dépassait du sable, et qu'il avait mise à découvert en déblayant en partie le terrain.

Que faisait une planche en bois enterrée sur une île déserte ?

Il y a peut-être quelque chose là-dessous.

Jack réalisa qu'il se sentait de plus en plus mal. Sa vision devenait floue par moments, et il prit conscience que s'il ne se dépêchait pas de percer le mystère qu'il venait de soulever, il risquait fort de perdre connaissance et de ne jamais se réveiller.

Avec l'énergie du désespoir, il creusa frénétiquement le sable autour de lui, le cœur battant. Il découvrit que la planche appartenait en réalité à toute une série de planches clouées les unes contre les autres et enterrées horizontalement, à quelques centimètres de profondeur seulement.

De plus en plus curieux.

Brusquement, ses doigts rencontrèrent un matériau froid et lisse qui n'avait rien à voir avec le bois usé des planches. Il baissa les yeux et déterra l'étrange objet.

C'était un anneau de métal, de la taille de sa paume et à peine rouillé. L'anneau était accroché aux planches.

Une trappe ?

Jack se sentait trembler. D'excitation, d'épuisement, il n'en savait rien. Mais la découverte qu'il venait de faire fit immédiatement renaître en lui un immense sentiment d'espoir. Le fait que ce maudit paquet de sable isolé comporte un élément aussi peu ordinaire qu'une trappe enterrée au pied d'un palmier donnait soudain naissance à un million de possibilités.

Ne te réjouis pas trop vite. Tu ne sais pas ce qu'il y a là-dessous.

Il n'y avait qu'une façon de vérifier. Il se remit debout - et retomba aussitôt, pris de vertige. Il attendit quelques secondes et se leva à nouveau, avec plus de succès cette fois. Il saisit l'anneau métallique de ses deux mains et tira de toutes les forces qui lui restaient.

A sa grande surprise, la trappe céda sans beaucoup de résistance. Les gonds semblaient fonctionner parfaitement, et elle n'émit qu'un faible grincement en basculant.

Jack se laissa retomber au sol et se pencha au-dessus de l'ouverture qu'avait révélé la trappe. C'était un trou carré, d'environ un mètre de côté, et dans lequel on pouvait visiblement descendre par un grossier escalier de bois qui disparaissait dans l'obscurité.

Il réfléchit très vite, le cœur battant à tout rompre. Un cache. Un lieu secret, construit par l'homme.

Il y a au moins une autre personne qui a mis les pieds sur cette île.

Il contourna le trou à quatre pattes et posa un pied sur l'escalier. Il fut étonné, encore une fois, de voir à quel point tout ce matériel semblait solide et bien entretenu.

Quelqu'un doit venir ici fréquemment.

Stimulé par le mystère, l'adrénaline lui redonnant de l'énergie, il se mit debout sur la première marche et entreprit de descendre, fermement accroché au bois pour ne pas dégringoler jusqu'en bas.

Le trou n'était pas profond, et il toucha rapidement la terre ferme. Il entra en contact avec du sable merveilleusement frais - tout l'endroit était préservé de la fournaise qui régnait à l'extérieur, et rien que pour cela, sa découverte valait de l'or.

Par chance, le soleil était presque à son zénith, et éclairait une zone assez large de la cachette aménagée sous la surface de l'île. Lorsque Jack aperçut ce qui occupait le petit espace, il fut persuadé qu'il était victime d'un mirage.

Des bouteilles.

Des dizaines et des dizaines de bouteilles en verre alignées le long des quatre murs en planches de bois grossièrement taillées.

Jack ferma les yeux un moment, puis les rouvrit. Les bouteilles étaient toujours là. Il s'assit lourdement sur le sable froid et tendit une main tremblante vers le récipient le plus proche.

Il était frais et lourd dans sa main. Plein. Plein d'un liquide qu'il sentait clapoter à l'intérieur.

.

Il mordit dans le bouchon en liège qui fermait la bouteille, le retira avec ses dents et approcha le goulot de son nez.

Il reconnut tout de suite l'odeur.

Du rhum.

Rhumrhumrhumrhumhumrhumrhum. Rhum.

Il y en avait des litres et des litres. Suffisamment pour pouvoir se baigner dedans. Non, pas de bain. Il ne gâcherait pas le rhum pour un bain. Il en boirait la totalité. Il viderait chaque bouteille jusqu'à la dernière goutte.

Sans bien réaliser ce qui lui arrivait, Jack porta le goulot à ses lèvres sèches et but une gorgée. L'alcool lui brûla la gorge et lui monta presque immédiatement à la tête. C'était trop réel pour une hallucination. C'était la réalité.

Et c'était la sensation la plus merveilleuse qu'il ait jamais connue.

Il oublia momentanément tout le reste. Sa situation, l'île déserte, le manque de nourriture, Barbossa, tout disparut de sa mémoire alors qu'il buvait le liquide brun à grandes goulées. Chaque gorgée lui donnait le sentiment de renaître progressivement, comme une plante desséchée qui redresse ses feuilles lorsqu'on finit par l'arroser.

Du rhum.

Pouvait-on imaginer une telle chance ?

Il lui fallut moins d'une demi-heure pour être parfaitement ivre. Il était pourtant habitué à l'alcool, mais il avait bu une bouteille entière et n'avait rien mangé depuis cinq jours. La tête se remit à lui tourner, mais cette fois, c'était la délicieuse torpeur de l'ivresse qui anesthésiait sa perception et lui donnait des vertiges.

Par conséquent, Jack n'eut absolument pas conscience de ce qui se tramait à la surface de l'île pendant qu'il somnolait au bas de l'escalier, allongé dans le sable frais.

Il ne vit pas la goélette aux voiles blanches apparaître à l'horizon ; il ne la vit pas jeter l'ancre à quelques encablures de la plage, pas plus qu'il n'assista au débarquement, un peu plus tard, d'un groupe de cinq hommes venus à la rame depuis le navire dans une étroite barque.

Il n'entendit pas les exclamations stupéfaites des inconnus lorsqu'ils découvrirent, sous le palmier, les vêtements et effets qu'il y avait abandonnés, ni les pas précipités qui se rapprochaient de la cachette souterraine, ni même le craquement de l'escalier de bois lorsque les hommes entreprirent de le descendre.

Il sentit parfaitement, en revanche, la gifle que l'un des inconnus lui administra sans douceur.

Jack entrouvrit les yeux et distingua le visage d'un homme d'une cinquantaine d'années, brûlé par le soleil et encadré par une épaisse barbe brune. Il entendait sa voix, sans parvenir à saisir les mots. Un rêve. C'est un rêve. Il referma les yeux, mais l'autre ne semblait pas disposé à le laisser tranquille et le gratifia d'une nouvelle claque.

"¿ Todavía vive ?" Une autre voix.

"Sí. Creo que sí."

"Oi, hijo, ¿ me entiendes ?"

Jack fixa l'homme avec la plus totale incompréhension. Il remarqua que celui-ci était entouré par d'autres, dont deux avaient tiré leur épée de leur fourreau et paraissaient sur la défensive - il se demanda un instant comment il pouvait bien avoir l'air dangereux.

Encore une fois, c'était trop réel pour une hallucination. Alors, ça ne pouvait être que...

Des hommes. Il n'était plus seul sur cette île. Quelqu'un était venu, et l'avait trouvé. Quelqu'un était venu.

S'il en avait eu la force, il aurait sans doute sauté au cou du gros barbu penché sur lui. Jamais il n'avait été aussi heureux de voir une personne vivante en face de lui ; qu'importe si ladite personne n'avait pas l'air particulièrement enthousiaste et même franchement agressive.

L'homme parla une nouvelle fois, visiblement à bout de patience.

"Vas a decirme lo que haces aquí, cuate. ¿ Me oyes ?"

Jack avait suffisamment repris pied dans la réalité pour se rendre compte que les inconnus s'exprimaient en espagnol. Il comprenait relativement bien la langue, mais de là à la parler... Apparemment, l'homme à la barbe lui demandait ce qu'il faisait là.

Il roula sur le côté et s'assit, le dos contre l'escalier. Le mal de tête lancinant se fit immédiatement sentir à nouveau, mais le moment était mal choisi pour s'en formaliser. Les cinq hommes l'entouraient de près et fixaient sur lui un regard inquisiteur, attendant visiblement une explication à sa présence sur l'île.

Rassemblant ses forces et utilisant un savant mélange d'espagnol, d'anglais et de gestes, Jack tenta d'exposer sa situation. Il était inutile d'essayer de mentir, alors il raconta la vérité. Il était capitaine d'un navire - il se garda bien de préciser qu'il s'agissait d'un vaisseau pirate - , son équipage s'était mutiné contre lui et l'avait laissé mourir sur ce bout de terre abandonné de tous - enfin, presque.

Les hommes l'écoutèrent en silence, puis le barbu, qui semblait être le chef de la petite troupe, hocha la tête d'un air faussement compatissant. "Y ¿ desde cuánto días estás aquí ?"

Depuis combien de jours était-il ici ? Jack dut réfléchir quelques secondes avant de répondre. Il avait momentanément perdu la notion du temps.

"Tres días", répondit-il.

L'homme émit un petit ricanement. "Y desde tres días, te quedes aquí bebendo nuestro ron, ¿ verdad ?"

Nuestro ron... Les yeux de Jack s'agrandirent. Notre rhum. La cachette était donc la propriété de ces Espagnols. Et ils l'accusaient d'avoir passé trois jours à vider leur cargaison... Trois jours ? Jack secoua la tête. Il n'avait bu qu'une bouteille - et un peu d'une deuxième, apparemment, bien qu'il ne s'en rappelât pas.

Notre rhum... Qui dissimulait une telle quantité d'alcool sur une île déserte non représentée sur une carte ? Des trafiquants, sans aucun doute. Il avait devant les yeux un groupe de contrebandiers qui, par une chance incroyable, avaient choisi ce moment précis pour venir récupérer leur chargement soigneusement gardé au frais.

Il ramassa la bouteille vide et l'agita devant son interlocuteur, essayant de lui faire comprendre qu'il n'avait découvert la cachette que très récemment, qu'il ne savait pas que le rhum leur appartenait, et qu'il était désolé d'y avoir touché. S'il voulait avoir une chance de repartir de l'île avec ces hommes, mieux valait adopter un profil bas.

L'un d'eux avait toujours l'air furieux qu'un intrus ait découvert leur cachette, mais le grand barbu parut se satisfaire de cette explication. Les autres avaient rangé leurs armes, ayant probablement compris que l'individu qu'ils observaient ne représentait pas le moindre danger pour eux.

Le chef se tourna vers ses compagnons et aboya quelques ordres auxquels Jack ne comprit pas tout ; les hommes entreprirent alors de s'emparer des bouteilles de rhum et de les transporter à la surface. Resté seul avec le grand costaud à la barbe, Jack tenta sa chance et demanda, dans un espagnol approximatif, s'il pouvait quitter cet endroit avec eux.

L'homme ne parut pas surpris de la question - sans doute devait-il attendre depuis le début qu'il la lui pose.

"Tú ¿ no faltas de frescura, eh ?" Le ton était mi-amusé, mi-exaspéré. Tu ne manques pas de culot. Jack se souvint qu'on lui avait déjà fait la remarque plus d'une fois - et à chaque fois, la situation avait tourné à son avantage. Le toupet fonctionnait souvent mieux qu'il ne le pensait, aussi en avait-il fait une habitude. Il haussa les épaules.

"Y ¿ qué voy a ganar a cambio de tu presencia, hijo ?"

Jack ignora posément l'usage méprisant du mot "fiston" et réfléchit plutôt à cette question pour le moins délicate. En échange... Pour la première fois de sa vie, il ne trouva rien à répondre. Qu'avait-il à offrir en échange de son sauvetage ? Il ne possédait plus rien. Son navire était loin, et toutes ses richesses avec.

L'expression de son visage devait refléter les sombres pensées qui revenaient s'infiltrer dans son crâne, car son interlocuteur parut soudain se radoucir.

"Escuchame." Écoute-moi. L'homme posa ses deux mains sur ses épaules et le regarda droit dans les yeux. Puis il se lança dans une longue tirade qui signifiait, d'après ce que Jack put en comprendre, que l'équipage était disposé à le prendre à son bord s'il prêtait main-forte aux marins pendant le temps qu'il passerait à bord du navire.

Il se rappela du jour où, deux ans auparavant, il avait négocié une nuit dans une auberge en échange de quelques heures de ménage sous les ordres du patron. S'il avait bien tout saisi, on lui proposait là le même genre d'accord.

C'était ridiculement facile.

Il sonda le visage du barbu pour tenter d'y discerner quelque piège ou mauvaise intention, mais n'y vit que de la sincérité, peut-être même une once de sympathie - ou de compassion, ce qui était possible si l'on considérait l'état peu reluisant dans lequel Jack se trouvait.

De toute façon, il n'avait pas le choix. S'il s'agissait d'un piège, il fallait prendre le risque. Dans le cas contraire, il était une fois de plus en train de se sortir du pétrin avec une chance improbable. Il ne s'était pas attendu à ce que les Espagnols acceptent de l'aider sans plus de discussion.

"¿ Vale ?" L'homme - sans doute le capitaine - lui tendit une main. Jack la serra avec reconnaissance et acquiesça.

Entretemps, les autres membres d'équipage avaient terminé de vider la cachette de son contenu, et semblaient attendre en haut, à proximité de la trappe.

"Vamos. ¿ Puedes andar ?" Jack hocha la tête. Oui, il pouvait marcher - du moins le croyait-il jusqu'à ce qu'il fasse une tentative. Il s'avéra rapidement qu'il avait présumé de ses forces - il ne tenait même pas sur ses jambes. Le capitaine poussa un soupir et l'aida à remonter l'escalier. A l'air libre, la fournaise était toujours aussi insoutenable. Jack ne savait pas exactement combien de temps il avait passé sous la trappe - les souvenirs de ses pénibles explorations de l'île paraissaient loin.

L'un des hommes referma soigneusement la trappe, la recouvrit de sable et parsema l'endroit de brindilles jusqu'à ce qu'il se confonde parfaitement avec le sol environnant - précaution inutile, songea Jack, puisque personne ne mettait jamais les pieds sur cette île. Personne, sauf toi.

Il se laissa docilement entraîner jusqu'à l'embarcation à présent chargée d'alcool, et laissa à l'un des membres d'équipage le soin de récupérer ses affaires sous le palmier. Le rhum lui avait fait oublier à quel point il se sentait faible, et il fut plutôt inquiet de constater qu'il était à peine en mesure d'aligner deux pas.

Le petit groupe s'installa à bord de la barque et deux des hommes entreprirent de ramer. Une fois assis, Jack jeta un regard en arrière vers l'île déserte qui s'éloignait lentement à mesure que la chaloupe progressait vers le navire espagnol. Il avait réussi à s'en tirer, encore une fois, songea-t-il avec un petit sourire. Après tout, il était le capitaine Jack Sparrow.

Les hommes furent accueillis à bord de leur navire - la Santa Ana, comme l'indiquait l'inscription gravée sur la poupe - par un équipage visiblement impatient. Alors que quelques Espagnols s'affairaient à transporter la cargaison de rhum de la chaloupe vers le pont de la goélette, d'autres jetèrent un regard interrogateur en direction de Jack, puis du capitaine.

Ce dernier leva les deux bras pour attirer l'attention de ses hommes et expliqua brièvement la présence du nouveau venu à bord. Les membres d'équipage ne semblèrent pas particulièrement intéressés, et se contentèrent de dévisager Jack avec un air curieux et dubitatif avant de retourner à leurs occupations.

Le barbu se tourna ensuite vers Jack et pointa son index vers sa propre poitrine. "Yo soy el capitán Miguel Cornado", dit-il. "Bienvenido a bordo de la Santa Ana." Jack remercia Cornado et se présenta à son tour. "Yo soy Jack Sp - Jack Smith", se reprit-il. Il décida qu'il valait mieux ne pas révéler sa véritable identité aux Espagnols. Il ne pensait pas que des trafiquants de rhum aient quoi que ce soit contre les pirates, mais dans le doute, il préférait ne pas mentionner ce détail.

Miguel Cornado hocha la tête en souriant, puis lui fit signe d'attendre. Jack le regarda s'éloigner, lourdement appuyé contre le bastingage pour ne pas tomber. Le capitaine revint quelques instants plus tard en compagnie d'un jeune garçon - quinze ou seize ans tout au plus -, aux cheveux châtain clair et au visage constellé de taches de rousseur qui lui donnaient davantage un air d'Irlandais que d'Espagnol.

Cornado présenta le garçon sous le nom de Diego et expliqua à Jack qu'il parlait un anglais tout à fait correct. Puis il s'adressa au jeune matelot à voix basse et les laissa seuls, après les avoir salué d'un signe de la main.

"Venez avec moi." Le garçon, qui parlait un anglais presque sans accent, traversa le pont et se dirigea vers la porte à double battant qui menait vers l'intérieur et dans le ventre du navire. Jack le suivit d'une démarche chancelante, essayant d'ignorer la douleur aigüe dans ses côtes - il n'allait pas pouvoir se promener à bord bien longtemps.

Par chance, le dénommé Diego semblait l'avoir remarqué, puisqu'il le conduisit directement dans l'une des cabines latérales de la goélette, qui devait faire office de salle à manger. Lorsque Jack pénétra dans la pièce, il poussa une petite exclamation de surprise.

Il avait déjà constaté que les Espagnols avaient un goût prononcé pour le clinquant et la décoration chargée, mais la cabine dépassait de loin tout ce qu'il avait jamais vu en la matière. Du sol au plafond, elle était ornée d'objets et d'accessoires hétéroclites, multicolores et brillants, comme si un équipage de flibustiers y avait entassé leur butin depuis des années sans jamais faire le tri. Les meubles, tous différents, étaient richement sculptés ou incrustés de pierres précieuses ; de nombreuses tentures pendaient le long des murs et recouvraient même une bonne partie du plafond soutenu par des poutres. Au milieu de la cabine trônait une longue table entourée d'une bonne trentaine de chaises et de bancs divers et variés, sur laquelle se dressait une quantité impressionnante de bougeoirs colorés.

"Asseyez-vous", lança le garçon tandis que Jack parcourait la cabine du regard, fasciné. "Vous avez faim ?"

Faim ? La question faillit le faire éclater de rire. Il avait du mal à se rappeler du dernier vrai repas qu'il avait fait, et qui datait d'il y avait presque une semaine. Il ne put qu'acquiescer vigoureusement et se laissa tomber sur la chaise la plus proche, à bout de forces.

"Je reviens." Diego sortit de la pièce et fut de retour quelques minutes plus tard, un grand plat chargé de nourriture dans une main et une bouteille dans l'autre. Il laissa patiemment le garçon déposer le tout devant lui, puis s'attaqua aux différents aliments sans se soucier de l'ordre dans lequel il les mangeait. Il y avait de la viande séchée, du poisson, des fruits et du pain, le tout en quantité tout à fait acceptable. Il était définitivement bien tombé, songea-t-il en savourant la sensation d'une nourriture solide descendant le long de sa gorge. Il s'efforça de ne pas manger trop vite, sans quoi il savait que son organisme ne le supporterait pas.

Diego, assis en face de lui, le regardait en silence, visiblement intrigué. Il finit par désigner Jack d'un geste du menton. "Vous êtes blessé ?"

Jack lui lança un regard interrogateur, puis baissa les yeux et s'aperçut que sa chemise était toujours tachée de sang. "Ce n'est rien, ne t'en fais pas", répondit-il en effleurant la coupure le long de son cuir chevelu. "Par contre, si tu avais de quoi faire un bandage large et serré... Je crois que j'ai au moins une côte qui a souffert, dans cette histoire."

"Je sais", répondit le jeune matelot d'une voix posée. "Ca s'entend à votre respiration." Le ton professoral fit sourire Jack - perspicace, le gamin, pensa-t-il. Et encore, le mot "gamin" ne semblait pas très approprié - le garçon parlait d'une façon beaucoup plus mature que son âge ne laissait attendre.

Il quitta une nouvelle fois la cabine et fut de retour un instant plus tard avec de grandes pièces de lin propre. Il laissa Jack terminer son repas puis lui proposa de l'aider avec les bandages. Jack hocha la tête, passa sa chemise par-dessus sa tête et nota, amusé, l'enthousiasme que le jeune Diego semblait mettre à l'aider ou à le servir, visiblement fier que son capitaine ait fait appel à ses compétences.

Il vit le garçon marquer un temps d'arrêt en découvrant, sur sa poitrine, les cicatrices des deux blessures par balle qui avaient failli le tuer deux ans plus tôt, mais Diego ne fit aucune réflexion. En revanche, il laissa échapper une petite exclamation lorsque ses yeux se posèrent sur la marque en forme de "P" gravée sur son bras droit - Jack n'y avait absolument pas pensé et à présent, il était trop tard.

Le jeune matelot s'interrompit et dévisagea Jack comme s'il le voyait pour la première fois. Il regarda la marque, puis son visage, puis à nouveau la marque.

"Vous... Vous êtes un pirate ?"

Jack pria pour que ces Espagnols qui l'avaient si aimablement recueilli se rangent habituellement du côté des flibustiers. Si les contrebandiers considéraient les pirates de son espèce comme leurs rivaux et ennemis potentiels, les choses se présentaient mal.

Avant qu'il ait pu ouvrir la bouche pour répondre, cependant, Diego lui adressa un sourire admiratif, qui le fit soudain paraître beaucoup plus jeune.

"J'ai toujours voulu être un pirate, moi", lâcha-t-il.

Jack poussa intérieurement un soupir de soulagement et se mit à rire. Il avait craint l'espace d'un instant que le garçon n'appelle les hommes d'équipage à la rescousse, et qu'ils ne l'abandonnent à nouveau sur l'île qu'il venait de quitter - ou même le tuent sur place. Mais apparemment, il pouvait se considérer la bienvenue à bord de la Santa Ana.

Une dizaine de minutes plus tard, l'adolescent conduisit Jack à une toute petite cabine située dans l'entrepont du navire, beaucoup plus sobre que l'extravagante salle à manger qu'ils venaient de quitter. "Vous pouvez dormir là", l'informa Diego en désignant le lit étroit encastré dans un coin de la pièce.

Bien qu'il brûlât d'envie de se jeter sur le lit et de s'endormir sans demander son reste, Jack s'arrêta dans l'encadrement de la porte. La cabine était visiblement habitée, à en juger par les affaires éparpillées ici et là, sur le sol et sur la petite table de bois constituant l'unique mobilier ; il ne tenait pas à se faire chasser au beau milieu de la nuit par un marin colérique dont il aurait emprunté les quartiers.

Encore une fois, le jeune garçon prit la parole avant qu'il ait pu s'interroger à voix haute. "C'est la chambre de mon père. Tel que je le connais, il passera la nuit à se saouler là-haut sur le pont, alors tu peux en profiter. Il s'en fiche."

Trop fatigué pour penser à faire des manières, Jack haussa les épaules et se dirigea vers le lit. Il déposa son manteau et ses affaires sur le sol et se retourna vers Diego. "Merci pour tout", dit-il. Le garçon hocha la tête avec un sourire, tourna les talons et ferma la porte derrière lui.

Quelques secondes plus tard, Jack, exténué, était allongé dans le lit, agréablement bercé par le roulis familier du navire. La cabine ne comportait pas de fenêtre, et il y régnait une obscurité quasi-totale maintenant que la porte était fermée. Déjà à moitié endormi, il jeta un œil paresseux par-dessus le rebord du matelas et discerna son pistolet, posé par terre à côté du compas et du restant de ses effets. Il tendit le bras et attrapa l'arme pour la maintenir devant ses yeux.

Son pistolet... Celui qui était censé le tuer, là-bas sur l'île. Celui qu'il n'avait pas utilisé. Celui qui comportait une seule balle...

A nous deux, Hector Barbossa.

...

A suivre...

Chapitre 8 : Nassau