Je publie en parallèle un os nommé « Behind Blue eyes ». Disons que c'est le point de vue de Danny sur la situation. Si vous aimez cette fic, je vous encourage à le lire. ^^
La souffrance est notre plus fidèle amie : elle revient toujours. Souvent, elle change de robe, et même de figure ; mais nous la reconnaissons aisément à son étreinte cordiale et intime.
Carmen Sylva, extrait de « Les pensées d'une reine »
Chapitre 7 :
Ils la balancèrent sans aucun ménagement sur le sol de béton gris et elle resta allongée là, incapable de bouger. Ils s'étaient contentés de frapper encore et encore chaque centimètre possible de son corps, de sorte qu'elle avait la désagréable sensation d'être un punching-ball. Une seule question. Répété si souvent qu'elle était persuadée que son écho la hanterait à jamais. Où est O'Neill ? Là où Daniel ne le trouverait jamais, aurait-elle voulu cracher. Elle s'était contentée de garder sagement le silence.
Sur le ventre, la joue posée à même le sol, elle ravala avec difficulté une irrésistible envie de se mettre à pleurer. Il semblait que cette tendance aux larmes était revenue avec Jack… C'était quelque chose dont elle se serait volontiers passée. Mais elle avait si mal…
Son corps tout entier n'était qu'ecchymoses et il était clair qu'au moins deux points de suture avaient sautés, elle sentait le sang dégouliner doucement le long de son dos. Si seulement ça avait pu la tuer… Mais non, il lui faudrait affronter plusieurs autres séances similaires avant qu'ils commencent à l'interroger plus sérieusement. Et beaucoup d'autres avant qu'ils ne perdent patience et ne finissent par faire une erreur et la tuent.
« A quoi tu joues, Samantha ? »
Alarmée tout d'abord par la voix qui s'éleva de sa droite, elle se ressaisit en comprenant que c'était son père. Elle l'avait presque oublié. Avec une grimace, elle roula sur le dos. C'était pire ainsi. Ses côtes douloureuses s'enfonçaient sans pitié dans tout ce qu'elles pouvaient trouver… Beaucoup plus dur de respirer. Le gout métallique du sang dans sa bouche… Elle avait dû se mordre sans s'en apercevoir.
« Tu daignes enfin me parler ? » demanda-t-elle en retour, ne pouvant écarter de sa voix l'amertume et le ressentiment que la froideur de son père avait provoqués.
Lentement, elle tourna la tête vers lui… Même son cou était douloureux. Lui n'avait plus l'air d'avoir mal nulle part. Adossé au mur, il l'observait d'un regard inquisiteur. Elle ne put supporter longtemps ses yeux perçants et se détourna la première. C'était comme s'il pouvait voir la noirceur que constituait son âme… Et à l'inverse de Jack qui l'avait acceptée, promettant de l'aider à s'en laver, il la jugeait. Pour lui, elle n'était qu'un assassin… Un monstre qui ne méritait plus son amour paternel.
« Il semble que je n'ai pas vraiment le choix. » rétorqua-t-il. « Selmac pense que nous n'avancerons pas tant que je ne l'aurais pas fait. »
Elle voulut hausser les épaules mais la simple amorce du mouvement lui fit trop mal et elle abandonna l'idée. Jacob pensait-il qu'elle était devenue une sorte de psychopathe ? Qu'elle cherchait à l'attendrir ?
« Avancer ? » répéta-t-elle, sans une once de curiosité. En vérité, elle se foutait bien de ce qu'il pouvait envisager, mais parler la distrayait de son corps douloureux, et à ce stade, elle prenait ce qu'elle pouvait.
« Dis-moi ce que tu veux, Sam. » gronda son père. « Comme ça, je pourrai t'envoyer sur les roses et tu cesseras ce numéro stupide. »
Incapable, cette fois, de maîtriser tout à fait les larmes qui lui picotaient les yeux, elle sourit tristement.
« Ce que je veux ? » Elle balaya l'air de la main, comme si ses propos n'avaient pas d'importance. « Je voulais te sauver. »
Le fait que son père choisisse ce moment précis pour céder le contrôle à Selmac la blessa plus qu'elle n'aurait pu l'exprimer.
« Le second de Daniel Jackson voudrait nous aider ? » ironisa le Tock'Ra. « C'est aussi ridicule que ces simulacres de blessures. »
Fermant les yeux, elle tourna la tête de l'autre côté. Tentant d'oublier la cruauté innocente de Jacob et de Selmac, elle fixa ses pensées vers Jack. Si elle forçait suffisamment sur ses paupières et qu'elle cessait de réfléchir, elle pouvait presque s'imaginer dans ses bras… Et au dessus d'eux, brillaient insolemment les étoiles.
Du regard, Jack retraça une après l'autre les constellations. Quand il eut fini, il recommença. Encore et encore. C'était plus simple de se perdre dans le ciel que dans ses pensées. Il savait que la nuit ne serait pas éternelle et que, à un moment donné, le jour se lèverait. Oui, il savait. Mais c'était tellement plus facile que de commencer à accepter ce qui s'était passé.
Les autres étaient en deuil. Pour ceux qu'ils avaient perdus dans le deuxième camion… Et il souffrait aussi, bien sûr. Il connaissait la plupart de ces gens. Mais rien ne faisait aussi mal que la perte de Carter… et que personne d'autre que lui en soit peiné. Ils ne voyaient pas ce que, lui, voyait en elle. Ils ne comprenaient pas à quel point toutes ces années l'avaient usée, à quel point elle regrettait. C'était Daniel le responsable.
Une bouffée de haine le poussa à serrer les dents, si fort que ça lui fit mal. Daniel… S'il la touchait…
Il ferma les yeux, très fort, imaginant qu'elle était là, couchée à côté de lui. Il savait qu'elle n'était pas morte. Pas encore. Ils allaient la torturer, l'interroger… Et elle ne dirait rien, bien entendu…. Ils la frapperaient plus fort, ils la feraient souffrir… Et ça, ça il ne pouvait le tolérer.
Pourquoi avait-il accepté de la sacrifier à Shifu ? Et pourquoi commençait-il à réaliser qu'elle avait raison et que le gamin n'était, comme elle, qu'une victime ? L'enfant n'avait pas hésité à lui confier son bouclier pour qu'il tente d'aller la chercher… Et c'était soit très stupide de se révéler ainsi, soit très courageux… Même si, au fond, il soupçonnait que c'était plus dans le but de protéger Sam que lui…
« Jack ? »
Surpris, il tourna la tête vers la femme qui se tenait sur le seuil de la chambre délabrée. Sara n'avait aucune formation militaire et, sans se déplacer bruyamment, était facilement repérable, or, il ne l'avait pas entendu venir. D'autre part, Sara ne venait jamais jusqu'ici. Quand il faisait beau, il dormait ici, à ciel ouvert, sinon, il allait dans la maison qu'elle s'était appropriée. Jamais pourtant elle n'était venue le chercher ici, comme si, par un accord tacite, ils avaient décidé que c'était l'espace dont il avait souvent besoin.
Quand, cinq ans plus tôt, il avait monté sa petite rébellion, Sara avait été une des premières à le suivre. Curieusement, il ne s'était jamais demandé pourquoi et n'avait jamais pensé à lui poser la question. Sam avait refusé de venir avec lui et Sara s'était avérée être une alliée de choix. Elle savait parler aux gens, les convaincre… Un peu comme Daniel le faisait du temps de SG1.
« Jack. » répéta-t-elle un peu plus sévèrement, avec son ton de maîtresse d'école. Il repensa avec nostalgie à la manière dont elle exerçait son métier avec passion quand ils s'étaient rencontrés… Elle avait tout abandonné pour Charlie et lui.
« Quoi ? » aboya-t-il. Il savait que c'était injuste de s'en prendre à elle. Il savait aussi qu'à l'instant, tout ce qu'il voulait était se perdre dans sa douleur et qu'il regrettait l'absence d'alcool dans leur petit campement.
« Tu devrais venir. » dit-elle simplement en croisant les bras sur sa poitrine.
Il secoua la tête et retourna son regard aux vagues dessins que formaient les étoiles. Il ne savait même pas où ils l'avaient emmenée. Il y avait des dizaines d'endroits sûrs où Daniel gardait les prisonniers de valeur, mais il y en avait aussi des inconnus que Jack avait autant de chance de trouver que la neige de recouvrir l'enfer.
« Je n'ai aucune envie d'entendre les autres gémir et se plaindre, Sara. »
Elle leva les sourcils, la bouche pincée en un rictus mécontent. « Harry est en train de mettre le feu aux poudres, Jack. »
Le militaire éclata d'un rire amer et balaya l'air de la main comme pour souligner que ça lui était bien égal. « Qu'il fasse ce qu'il veut, je m'en fous. »
Maybourne était lui aussi un des premiers à l'avoir suivi et soutenu. Devenu son second, leur amitié précaire avait subi des tensions graduelles. Leurs divergences d'opinion sur la façon d'opérer et de mener leur petite armée avaient fini par créer deux factions au sein des rebelles et Jack craignait, qu'à force, cela ne les amène à leur perte. Aujourd'hui, ça n'avait plus d'importance. Que Harry prenne la tête du mouvement si c'était ce qu'il désirait, lui ne croyait plus vraiment en rien.
« Jack… » supplia-t-elle presque. « Tu… »
« Daniel dirige des moutons. » coupa-t-il. « Je n'ai pas la vocation de berger. Je préfère que mes hommes suivent Maybourne de leur propre chef plutôt que de les obliger à se reposer sur moi. Qu'ils partent ! Quelle importance ?! »
Cette fois, Sara parut réellement en colère. Un tic nerveux agitait sa paupière.
« Tu vas jeter tout ce pour quoi on a travaillé aux orties et rester là à te morfondre ? Pour elle ? »
La rage sourde qui tourbillonnait sans répit dans son ventre se leva à ses mots. Il se redressa brusquement, la mâchoire contractée et prêt à hurler sur Sara. Ce ne serait certainement pas leur première dispute depuis le début de leur fuite.
« Ne parles pas d'elle. » ordonna-t-il. « Tu ne la connais pas. »
Il ne supporterait pas de l'entendre être critiquée. Pas maintenant. Pas dans cette situation. Il ne la défendrait pas avec ses paroles mais avec ses poings. Et il était tellement fou de douleur que le fait que ce soit Sara ne l'arrêterait pas.
« Tu l'aimes, Jack. » affirma-t-elle avec une pointe de surprise, comme si le fait qu'il ait pu avoir des sentiments sincères pour Carter était quelque chose de soudain. Son visage se voila un instant, et il se demanda si elle en était peinée. Elle n'avait jamais vraiment refait sa vie… Charlie la hantait toujours et elle n'avait pas eu la chance de trouver la Porte des Etoiles sur sa route. Jack avait fini par passer au dessus, petit à petit, laborieusement.
« J'ai confiance en elle. » se contenta-t-il de répondre. Mais c'était tout ce qu'il fallait pour que Sara comprenne. Un sourire un peu attristé étira ses lèvres.
« Je suppose que c'est logique que tu aimes une femme comme elle… Je comprends. »
La sensation ténue qu'en venant avec lui, Sara avait espéré que, peut-être, ils finiraient par se remettre ensemble, s'insinua lentement en lui mais il la repoussa. Même si c'était vrai… Rien ne changerait, il tenait trop à son amitié pour en discuter et le simple fait que Sam soit revenue dans sa vie mettait les choses au clair entre eux.
« Tu sais… Elle m'a dit sensiblement la même chose en parlant de toi. »
Son ex-femme haussa les épaules, un air profondément perplexe altérant les lignes de son visage.
« C'est quelqu'un d'exceptionnel. Il suffit de la voir une fois pour le comprendre. Que ce qu'elle fasse soit bien ou mal, elle fait partie de ces gens qui peuvent influencer le destin. Je ne suis pas de cette race là, toi si. Elle n'aurait même pas dû penser que tu pouvais créer de vrais liens amoureux avec moi. »
Jack inclina la tête, mal à l'aise. Parler de sentiments n'étaient pas son fort, Sara le savait mieux que quiconque, alors pourquoi le mettre dans cette position là ?
« Je t'ai aimé, Sara. Beaucoup. »
Pas suffisamment… c'était vrai. Son esprit dériva vers Charlie et la période si sombre qui avait suivi l'accident… mais ça ne fit que le ramener vers Carter et il entendit à peine ce qu'elle disait.
« Mais pas autant. Pas au point de renverser un empire. »
Sans y prêter attention, il hocha la tête. Il ne se rendit compte de ce qu'il faisait qu'en voyant son regard blessé et déglutit péniblement. Ses pensées étaient tellement focalisées sur Carter qu'il ne contrôlait plus vraiment ses actes.
« On ne devrait pas parler de ça, Sara. C'est… »
« Gênant ? » termina-t-elle.
Il acquiesça lentement et observa avec soulagement, son ancienne femme lui sourire avec sa chaleur habituelle.
« Alors est-ce que tu vas laisser ton second prendre le contrôle de tes hommes et abandonner la femme que tu aimes aux mains de ton ancien meilleur ami ? »
Il leva un sourcil. Il continuait à faire ça sans s'en apercevoir même si Teal'c était mort depuis des années. D'une certaine façon, il avait l'impression que ça le gardait en vie.
« Dit comme ça, ça a tout d'une tragédie grecque. »
Elle haussa les épaules en souriant, mais redevint bien vite sérieuse.
« Tu as le choix, Jack. Soit tu restes ici et tu t'enfermes dans ta douleur, soit tu sors et tu affrontes le monde. »
Il secoua la tête. « Ca ne me la rendra pas. »
Un nouveau sourire triste apparut sur le visage de Sara. « Non… Mais tu le lui dois. »
Il pesa un moment ses paroles tandis qu'elle disparaissait dans l'ombre. Finalement, il se releva et prit le chemin de la grande maison où il savait que Maybourne était en train de le rendre responsable de la débâcle de la journée. Il mettrait probablement tout sur le dos de Carter… Cette idée le remit d'aplomb et il élabora rapidement dans sa tête un discours capable d'influencer ses hommes. Il avait appris les règles. Il fallait convaincre avant de diriger.
Sam heurta violemment le sol de sa cellule pour la troisième fois en très peu de temps. Ils faisaient exprès de l'interroger sans régularité pour, qu'épuisée, elle s'endorme et perde toute notion de l'heure ou du jour. Elle savait d'expérience que même si elle avait l'impression d'être prisonnière depuis une semaine, il se pouvait en fait qu'elle ne soit là que depuis quelques heures… quelques jours, pas plus. La douleur ne l'aidait pas à garder l'esprit clair et elle doutait que son père accepte de la renseigner.
Gémissant, elle se recroquevilla sur elle-même. Elle avait mal partout. Les points que l'ami de Jack avait patiemment posés pour fermer la blessure par balle n'étaient plus qu'un lointain souvenir et elle saignait à nouveau. Moins, c'était vrai, mais elle saignait néanmoins. Il était aussi clair qu'elle avait des côtes cassées. Une au minimum. Il était possible que les autres soient simplement fêlées, elle ne savait pas… C'était dur de dissocier les lames brûlantes les unes des autres. Le reste de ses membres n'étaient pas dans un meilleur état et elle ne parlait même pas de son visage. Son œil droit, d'un violet sombre tirant sur le jaune, la lançait terriblement et elle n'était pas certaine que sa pommette ne soit pas fracturée…
« Joli maquillage. »
Epuisée, elle éclata de rire. Ses nerfs lâchaient et l'ironie de la situation était un peu trop évidente pour qu'elle se retienne. Les secousses déchiraient sa poitrine, brutalisant ses côtes douloureuses, et se transformèrent bientôt en spasmes incontrôlables. La souffrance était telle qu'elle voulut vomir, mais son estomac était vide et elle ne parvint à rien si ce n'est se faire davantage mal.
« Arrête ce numéro. » ordonna la voix sèche de Jacob.
Elle aurait volontiers obéi. Volontiers. Seulement son corps ne semblait pas vouloir lui répondre. Pliée en deux, elle se mit à tousser, cherchant à expulser quelque chose de ses poumons. Le sang qu'elle cracha confirma ses soupçons quant à ses côtes brisées.
« Sam ? » appela la voix, soudain inquiète, de son père.
Elle l'entendit, plus qu'elle ne le vit se rapprocher, mais elle garda résolument les yeux fixés sur le liquide sombre qui tranchaient sinistrement avec le gris de son environnement.
« Ne t'inquiète pas, papa… » parvint-elle à ironiser, malgré sa respiration sifflante. « Ce n'est qu'un effet spécial. »
Elle sentit la main de son père se poser sur son épaule mais têtue, elle se dégagea. S'il ne voulait pas d'elle, pourquoi voudrait-elle de lui ? Elle allait mourir de toute façon…
« Sam… »
Elle sentit l'horreur dans sa voix, dans la façon dont il se raidit quand il réalisa que ce n'était pas du maquillage et que ses blessures n'étaient pas feintes. Cependant, elle garda le silence alors que, dans sa tête, elle pouvait deviner la question de Selmac et l'indécision de son père. Pouvait-elle aller jusqu'à se faire tabasser volontairement pour obtenir des renseignements ? Et, dans ce cas, pourquoi ne leur poser aucune question ?
« Je voulais vraiment te sauver… » dit-elle doucement. « Je suis désolée d'avoir échoué. »
Elle chercha le regard du Tock'Ra mais ses yeux étaient rivés à la tache de sang, perdus dans le vague. La conversation entre son père et son symbiote devait être houleuse.
« Sam, dis moi ce qui se passe ici. » ordonna-t-il anxieusement.
Elle ouvrit la bouche mais n'eut pas le temps de seulement commencer à expliquer combien elle était affreuse. La porte de la cellule s'ouvrit dans un grincement sordide et Jacob fut violemment repoussé sur le côté. Avant qu'elle ait pris conscience de ce qui se passait, Harisson la soulevait par un bras comme si elle était une poupée de chiffon et elle repartait en direction de la salle qui était devenu son enfer personnel.
Jack regarda l'enfant s'agiter dans son sommeil et, par réflexe, passa la main sur son front pour l'apaiser. Il ne comptait pas le nombre de fois où il avait fait ça pour Charlie. Shifu semblait faire un cauchemar et il hésitait à le réveiller, sachant qu'il était parfois préférable de traverser ses terreurs nocturnes pour les battre une fois pour toute. Dieu, sait qu'il en avait eu sa part.
Il s'était retrouvé là par hasard. Il pleuvait et ça lui interdisait de camper dans sa maison délabrée. Shifu occupait toujours la chambre d'ami et Sara lui avait proposé de dormir avec elle, en toute amitié, mais il avait refusé, prétextant que de toute façon il n'avait pas sommeil. Il avait passé les deux jours suivant la capture de Carter à régler les problèmes internes. Il avait parlé, écouté, négocié…
En un sens, ça l'avait arrangé. Il avait été trop accaparé pour seulement songer à monter une expédition de secours qui aurait peu de chances d'aboutir. Il avait également eu peu de temps à consacrer à la terreur qui grandissait dans son ventre. Plus le temps passait et plus les chances de revoir Carter en vie diminuaient.
Maybourne avait mis le camp à feu et à sang. Il encourageait les autres à se rebeller contre lui, à comprendre qu'en restant ici, ils se mettaient tous en danger… Il était si certain que Sam avait été une espionne à la solde de Daniel et qu'elle allait les livrer. Il était arrivé précisément à ce passage là du speech d'Harry… Et pendant une folle seconde, il avait voulu le croire. Parce que si elle l'avait trompé et l'avait trahi, au moins elle était vivante et en bonne santé. Mais il savait que c'était impossible.
Comme il l'avait répété durant les deux derniers jours, le fait qu'ils ne soient pas encore morts et leur camp mis à sac, prouvait qu'elle était de bonne foi. Bien entendu, comme avait immédiatement rétorqué Maybourne, ça ne voulait pas dire qu'elle ne finirait pas par parler. Et à part assurer une nouvelle fois qu'il répondait de Carter comme de lui-même, il n'avait pas pu réellement démentir.
Les choses étaient donc plus que tendues et lui qui détestait la politique se retrouvait à devoir faire des courbettes. Et voilà où ils en étaient… Après cinq ans de lutte… Son regard s'attarda sur les traits crispés de l'enfant et il soupira, laissant sa tête tomber dans ses mains. Carter lui avait demandé de prendre soin du gamin… Mais…
Deux de ses hommes, de ceux qui ne voyaient en Maybourne qu'un opportuniste, étaient venus le trouver plus tôt dans la soirée avec une information perturbante. Ils avaient été désignés pour surveiller le lieu de l'échauffourée qui les avait opposés à Daniel. Simple précaution inutile. Seulement une Jeep avait débarqué, deux agents travaillant pour la Maison Blanche était sortis, avaient déposé un téléphone et était repartis. Ils savaient forcément qu'il y avait des gardes dans le bois mais ils n'avaient rien tenté.
Daniel essayait donc de le contacter.
Que faire ? Etait-ce un piège ? Et avait-il encore le choix ?
En boule sur le sol, Sam attendit en serrant les dents que le prochain coup tombe. Plus loin sur sa droite, elle sentait le regard lourd de Daniel. C'était la première fois qu'il assistait à une « séance » et, vu son air satisfait, il devait avoir un as dans sa manche.
« Me direz-vous enfin ce que je veux savoir, Sam ? » demanda-t-il d'un air sincèrement attristé. Comme si chaque nouveau bleu ne le réjouissait pas secrètement…
Sam prit une grande inspiration mais ne put se résoudre à dire quoi que ce soit. Elle n'avait plus l'énergie nécessaire. Harisson leva le poing et elle anticipa avec passivité la douleur qui allait suivre. Rien. Daniel avait levé la main, interrompant la frappe de son nouveau second. L'autre homme la remit sur ses pieds et la soutint pour qu'elle se tienne droite et tranquille.
Lentement, son ancien coéquipier s'approcha d'elle. Une peur insidieuse monta en elle mais elle la mit soigneusement à l'écart. La peur était un luxe qu'elle ne pouvait se permettre.
« Où sont Jack et Shifu ? »
Il envahissait son espace personnel, trop proche pour qu'elle puisse faire abstraction de la dizaine de petites choses qui lui rappelaient le Daniel d'avant et lui donnaient une fausse impression de sécurité. Trop proche également pour qu'elle puisse totalement supprimer le frisson de dégout alors qu'il avançait encore, rapprochant son visage du sien.
« Va te faire foutre. » cracha-t-elle, avec tout le mépris dont elle était encore capable.
La gifle qu'il lui assena lui fit la sensation d'avoir une cloche à l'intérieur du crâne. Durant quelques secondes, elle ne sut plus où elle était, qui elle était et pourquoi elle était là. Et c'était encore mieux.
« Que vous parliez ou pas, je saurai ce que je veux savoir, Sam. » grinça-t-il dans un sourire faussement avenant. « Il y a d'autres moyens. »
La menace dans ses yeux était réelle. Et brusquement, il se penchait vers elle et s'emparait de ses lèvres et qu'importe combien elle se débattait, il continuait de l'embrasser. Elle hurla mais le cri resta prisonnier de sa bouche, faible écho silencieux.
Finalement, il recula. Et elle tremblait. De peur, de dégout… Tout la révoltait dans ce qu'il s'était permis de faire. Elle était à Jack… A Jack…
« Il vous a souillée. » dit-il en secouant la tête. « Je ne peux plus rien faire de vous. »
Un coup traître s'abattit sur sa nuque et le monde recommença à bouger. Une seconde elle était en train d'être torturée, la suivante elle était jetée sans ménagement dans la cellule où Jacob l'attendait d'un pied ferme.
« Sam… » murmura-t-il en s'accroupissant près d'elle.
La réalité s'effaçait dans un brouillard opaque de plus en plus dur à percer. La douleur perturbait ses sens et altérait les sensations. Le sanglot secoua son corps avec brutalité, déchirant davantage ses côtes.
« Jack ! » cria-t-elle, sans savoir si c'était un appel ou une mise en garde. Elle le voulait près d'elle. Elle le voulait loin d'elle. Elle voulait qu'il la protège. Elle voulait le protéger.
« Sam… » chuchota la voix de Jacob.
Elle repoussa la main qu'il cherchait à poser sur son front comme elle repoussa celle qui appuyait sur son épaule. Tout n'était qu'un piège. Tout… ils voulaient Jack. Ils voulaient… C'était un piège. Un de plus.
« Jack… » sanglota-t-elle.
Cherchant à fuir la boule brûlante qu'était devenu son corps, elle voulut replier ses jambes vers sa poitrine mais la poigne ferme de son père l'arrêta. Il la força à rester immobile alors qu'elle continuait à se débattre. Quand épuisée, elle cessa de lutter, il entreprit d'examiner ses blessures.
« Alors, tu as fini par retrouver tes esprits… » constata-t-il platement.
Entrouvrant les paupières, elle s'humecta les lèvres, étonnée de les trouver si sèches et craquelées.
« Quoi ? »
Jacob lui sourit tendrement, et un instant, elle se revit trente ans plus tôt, quand elle était petite et que son père veillait sur elle alors qu'elle était malade.
« Tu es allée retrouver Jack. »
Ce n'était pas une question, c'était une affirmation. Sam déglutit péniblement. Elle aurait donné n'importe quoi pour de l'eau…
« Oui… »
« Et c'est pourquoi nous sommes là. » conclut son père.
Lentement, avec difficulté, elle entreprit de résumer ce qui s'était passé, du jour où elle avait épargné Jack au moment où elle s'était rendue. Quand elle eut fini, Jacob secoua la tête, ce qui aurait pu passer pour un sourire amusé jouant sur les lèvres.
« Vous ne pourrez jamais faire les choses simplement tous les deux, hein ? »
Elle ne savait pas si c'était les conséquences de ses blessures ou bien la fatigue… Il se pouvait également qu'elle ait perdu quelques neurones en route… Mais elle ne comprenait rien.
« Quoi ? »
A nouveau, Jacob secoua la tête. « Tu sais ce qui m'a mis le plus en colère quand j'ai appris que tu soutenais Daniel alors que ce qu'il faisait n'était clairement pas bien ? »
Elle haussa son épaule valide. « Que je sois devenue l'associée d'un tyran ? »
Il lui sourit gentiment. « Non, Sam. Ce que je vais te dire va peut-être te choquer, mais si les rôles avaient été inversés… Si Daniel avait été Jack et Jack avait été Daniel, j'aurais compris que tu restes. J'aurai compris que tu deviennes un agent de ce simulacre de gouvernement. »
Sam fronça les sourcils. « Pourquoi ? »
Elle ne voyait pas la différence. Qu'elle soit restée pour Jack ou pour Daniel, elle aurait tout de même été un monstre. Elle était un monstre.
« Parce que, par amour, on fait n'importe quoi. »
Elle aurait voulu protester, mais elle n'en voyait pas l'intérêt. Pourquoi cacher ce que tous savait ? Elle aimait Jack… Et, pour une raison aberrante, il l'aimait aussi. Soudain soucieuse, elle attrapa son bras.
« Tu me crois, n'est ce pas ? »
Il dut lire l'urgence dans son regard parce qu'il s'empressa d'acquiescer. Puis quand elle se fut calmée, il lui sourit.
« Alors, ma chérie, est-ce que ce bougre d'âne de Jack te rend heureuse ? »
Son esprit divagua un instant vers les trop rares moments d'intimité qu'ils avaient vécus, et elle sourit en retour, repensant à la dernière nuit qu'ils avaient partagées sous les étoiles.
« Pendant environ douze heures, il l'a fait… »
Le téléphone vissé à l'oreille, Jack attendait qu'on lui passe Daniel. Les cinq hommes qui l'escortaient étaient nerveux, ils gardaient les armes pointées vers les bois, anticipant déjà l'attaque surprise que Jackson aurait lancée. Pourtant, le Colonel savait qu'il n'y avait pas d'entourloupe. Il le sentait. Daniel tenait trop à Shifu pour mettre d'éventuelles négociations en danger. Le diplomate ressortait.
Cependant, il n'avait pas voulu tenter le diable et avait ordonné qu'on ne ramène pas le téléphone au camp. Il tenait à se déplacer lui-même en cas d'embuscade. Ce projet avait ravivé, au sein des troupes, les remous qu'il s'était tant appliqué à apaiser…
« Jack ! » s'exclama la voix faussement enjouée de Daniel à l'autre bout du fil.
« Que voulez-vous, Daniel ? » demanda-t-il immédiatement.
Un petit rire, horripilant de suffisance, éclata dans son oreille, et il dut serrer les dents pour ne pas se mettre à hurler. Il devait sans cesse se rappeler que c'était lui qui avait Shifu, lui qui avait le pouvoir. Carter ne pouvait pas, ne devait pas compter.
« Droit au but, Jack ? On peut faire ça… » Sa voix perdit toute sa chaleur hypocrite. « Vous avez quelqu'un d'important pour moi et j'ai la femme que vous aimez. Je pense qu'on peut facilement parvenir à un accord, non ? »
Exactement ce qu'il redoutait et espérait à la fois. Il n'aurait pas dû venir, il le savait. Comment lui dire non, maintenant ? Comment dire non alors que tout le poussait à dire oui ? Cette brûlure dans son ventre, ce besoin de Carter… Il avait le pouvoir de remédier à ça… Il avait le pouvoir…
« Shifu contre Sam. » reprit l'archéologue, devant son silence. Son ton se fit séducteur, perfide. « Vous vous moquez de Shifu, Jack… Et vous savez ce que je ferai à Sam, si vous refusez… »
Le visage de la jeune femme passa devant ses yeux mais il ferma les paupières. Il ne pouvait pas faire ça. Il ne pouvait pas. Carter avait été claire, il ne devait pas sacrifier Shifu pour elle. Pourquoi obéissait-il à Carter alors qu'il était censé diriger, il ne le savait pas. Mais comme toujours en cas de doute, il y avait cette voix dans sa tête qui lui demandait ce que, elle, ferait à sa place.
« Je regrette, Daniel. » dit-il aussi calmement que possible. « Ca ne va pas être possible. »
Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne, un moment de panique.
« Je vais la briser, Jack. » la voix était dure, sèche. « Je vais la briser, la faire plier puis la tuer. Vous allez la perdre. »
Il referma sa main libre en un poing. Ses ongles, pourtant courts, griffèrent sa peau et la douleur soudaine lui fit du bien. Il ne survivrait pas sans Carter… C'était une certitude affreuse qui pulsait dans sa poitrine. Mais ça… Daniel n'avait pas besoin de le savoir.
« Vous savez quoi, Danny ? » demanda-t-il avec une joie totalement feinte. « Je l'ai déjà perdue une fois… et j'ai survécu. »
Il coupa la communication avant que son ancien équipier ait le temps de répondre, de renchérir. Délibérément, il laissa tomber le téléphone au sol et le réduisit en bouillie d'un coup de botte. D'un sifflement strident, il ordonna à ses hommes de se replier. Et tandis qu'ils retournaient vers leur Jeep, l'énormité de ce qu'il venait de faire le heurta de sorte qu'il eut l'impression d'avoir foncé dans un mur à pleine vitesse.
Il venait de condamner Carter.
« C'est votre dernière chance ! » hurla-t-il, avant de lui assener une gifle monumentale qui lui fit voir des étoiles. « Trahissez le comme il vous a trahie et je vous pardonnerai peut-être. »
Sam serra les dents, mais même ça n'était plus vraiment efficace. Le gout âpre du sang envahissait sa bouche et le fait que ce soit son propre sang ne la consolait pas du tout. Pas plus que le fait que Daniel Jackson la juge assez importante pour conduire lui-même l'interrogatoire. Plus elle observait ses mains prises de tremblements réguliers, plus elle détaillait son visage pâle, les cernes qui s'étalaient sous ses yeux, plus elle comprenait à quel point Shifu avait raison. Son esprit cherchait celui du petit garçon mais ça avait sur lui l'effet d'une drogue… Et il était en manque.
Accro à la connaissance… C'était pour Daniel d'une ironie mordante.
« Vous ne comprenez pas, Sam ? » Sa voix doucereuse était plus menaçante que ses cris. « Il se moque de vous… Vous n'êtes rien pour lui. »
Elle ferma son esprit. Elle ne voulait plus rien entendre. Jack avait fait ce qu'il fallait en refusant de négocier et elle savait le prix qu'il avait dû payer.
Une nouvelle claque l'empêcha de plaindre davantage le pauvre Colonel qui devait pertinemment savoir l'avoir exposée au courroux de Daniel Jackson.
« Très bien ! » ragea-t-il. « J'ai d'autres moyens de vous faire parler ! »
Il donna une brève série d'ordre secs et un instant, elle crut qu'il allait faire torturer son père devant elle dans l'espoir de l'atteindre. Mais elle aurait dû savoir… Jacob n'était qu'un moyen de l'attirer. Daniel aimait se renouveler.
« Vous croyez peut-être vous aviez des secrets pour moi, Sam ? »
Ignorant le ton moqueur de Daniel, elle fixa la jeune femme qu'on venait de pousser dans la pièce. La jeune femme qu'elle avait tout fait pour protéger cinq ans plus tôt. Se souvenant à peine de respirer, elle dévora Cassandra du regard, réalisant simultanément à quel point elle lui avait manqué et à quel point elle avait changé.
Fini, l'adolescente un peu mal dans sa peau. Elle était désormais une étudiante épanouie d'une vingtaine d'années classique… Mais elle était devenue si belle que ça lui coupa le souffle. Elle savait qu'elle exagérait, qu'elle n'avait pas tant grandi que ça et pourtant…
« Pourquoi l'avoir éloignée de moi, Sam ? J'aurai pu la protéger bien mieux que vous… »
Tout à coup, elle revint à la réalité. Cassie était terrifiée et posait sur elle un regard incertain. Amie ou ennemie, elle n'était visiblement pas sûre de trouver en elle une alliée. Sam fut soulagée qu'il n'y ait aucune marque de coups sur son visage. Au moins, Daniel n'était pas allé jusque là.
Mais Cassandra était à nouveau à sa merci.
Cinq ans plus tôt, quand Sam avait compris les réelles intentions de Daniel, elle avait eu peur. Pas pour elle, son âme était déjà encrassée, mais pour ses amis. Il ne lui en restait plus beaucoup. Teal'c était mort, Jack parti… Mais Janet et Cassie… Elle avait fait ce qu'elle avait pu.
Organiser un faux accident de voiture n'avait pas été compliqué. Trouver deux cadavres pour prendre leur place, des faux papiers, une nouvelle identité… Elle s'était félicitée, pensant que ni Jack, ni Daniel ne pourrait les retrouver. Convaincre Janet avait été compliqué mais au final, le docteur s'était rangée à son avis.
Personne ne savait où elle avait envoyé Janet et Cassandra. Personne. La trainée de meurtres qu'elle avait commis pour couvrir leur trace était trop bien organisée. Comme tout ce qu'elle faisait. Et voilà…
Elle avait caché Cassandra de peur que Daniel et Jack se servent d'elle pour se blesser l'un l'autre.
Et c'était contre elle qu'ils allaient retourner Cassie…
« Ne la touchez pas. » gronda-t-elle, l'élan primaire qui la poussait à la protéger aussi présent qu'au premier jour malgré la fatigue et le sentiment de plus en plus vivace qu'elle n'en avait plus pour longtemps. Blessures trop étendues, dégâts internes trop importants.
« Mais c'est très simple, Sam… » sourit Daniel. « Donnez-moi ce que je veux… »
Déchirée, elle planta son regard dans celui de Cassandra, cherchant une ligne de conduite. Mais la jeune femme se contenta de lever le menton et de secouer légèrement la tête. Fière et déterminée. Trouvant là le courage dont elle avait besoin, ses lèvres se serrèrent en une ligne fine.
« Allez vous faire foutre. » répéta-t-elle pour ce qui semblait être la millième fois.
Un grognement presque inhumain sortit de la gorge de son ancien coéquipier et il la dévisagea d'un regard fou, fulminant. Prenant sans doute ça pour une autorisation implicite, Harisson leva la main pour frapper Cassandra.
« Non ! » cria Sam au moment précis où la main descendait.
Elle chercha à se lever mais était trop faible pour aller où que ce soit, elle s'écroula lamentablement. Elle n'avait de toute façon pas besoin de s'inquiéter. Le poignet de Harisson était fermement bloqué par la main de Daniel, qui haletait. Cassandra en profita pour reculer prestement et s'éloigner de la bataille de regards qu'échangeaient les deux hommes. Sans plus de considération, elle se jeta à genoux près d'elle.
« Sam… » chuchota-t-elle, avec affolement.
Mais Sam n'avait d'yeux que pour Daniel et la flamme qui brillait dans son regard. Cette flamme qu'elle n'avait pas vue depuis tellement d'année. Il ne pouvait pas faire de mal à Cass… Il tenait trop à elle…
« Danny… » implora-t-elle.
S'il revenait à la raison… S'il redevenait celui qu'il avait été…
Mais aussi vite qu'elle était apparue, la lueur s'envola. Les yeux qu'il posa sur elle étaient glacés. Sa mâchoire était contractée et rien sur son visage n'exprimait d'émotion. Il lâcha Harisson et se tourna totalement vers elle.
« Vous ne parlerez pas, n'est ce pas ? »
Sa respiration sifflait à ses propres oreilles, et Sam savait que, quoi qu'il arrive, il était peu probable qu'elle voit un autre jour. Posant une main sur l'épaule de Cassandra, elle se redressa jusqu'à se relever, le défiant du regard. Ses jambes tremblaient, son corps partait en lambeaux, mais elle tint bon.
Parce qu'il ne serait pas dit que Samantha Carter mourrait à genoux comme une lâche.
« Vous êtes idiote. » déclara-t-il lentement en secouant la tête. « J'aurai pu vous sauver. »
Il y avait un regret évident dans sa voix mais Sam se força à se concentrer. Malgré l'instant de faiblesse dont Daniel avait fait preuve quelques minutes plus tôt, ils étaient ennemis. Un sourire triste aux lèvres, il haussa les épaules.
« Je n'ai plus le choix, Sam… »
Il ajusta ses lunettes avant de mettre les mains dans ses poches.
« En ma qualité de chef des armées, je reconnais Samantha Carter coupable de désertion, de trahison envers les Etats-Unis d'Amérique, de terrorisme et enfin, de tentative de meurtre sur le Président des Etats-Unis et de l'Union des Pays Libres. »
Sam ravala un fou rire, c'était ridicule. Le discours était censé respecter la loi qui voulait que chaque condamné à mort sache de quoi il était accusé.
« Joli speech, Daniel. » se borna-t-elle à commenter. « J'ai droit à quoi ? La chaise électrique ? »
Un sourire aussi ironique que cruel déforma les traits de Daniel Jackson et elle sut qu'il n'était réellement plus le même au plaisir qu'il semblait en tirer.
« Puisque vous êtes une militaire… nous suivrons donc les anciennes traditions. Une exécution publique devrait dissuader les gens de suivre votre exemple. »
Elle déglutit péniblement mais, curieusement, sentit revenir à sa mémoire les mots que Jolinar avait crachés au visage de son assassin. Ma mort ne fera que renforcer le feu qui brûle dans le cœur de tous les Tock'Ra…
« Ou bien ça les convaincra de rejoindre Jack. » lança-t-elle d'un ton qui se voulait guilleret. Elle sentait l'angoisse qui irradiait par vague de Cass et ça ne contribuait pas à calmer la sienne.
« A votre avis, dans quel état sera Jack après votre mort ? Il en est le responsable. »
Elle le regarda d'un air faussement perplexe. « Je pensais que je ne comptais pas pour lui… Il faudrait savoir, Danny… »
Très mécontent, Daniel la toisa d'un regard mauvais. « On verra si vous continuerez de pavoiser face au peloton d'exécution. » Il fit un signe de tête en direction de Harisson. « Ramenez les dans la cellule. »
Et une fois de plus, elle se retrouva jetée sans ménagement sur le béton froid.
