Chapitre VII
Liberate me ex infernis
Le jour déclinait et les lumières du port s'animaient les unes après les autres, adressant aux deux sorciers un salut étincelant.
Ron huma l'air chargé d'embruns, son visage offert à une brise salée.
Depuis qu'il faisait parti de l'Ordre du Phénix, tout semblait s'éterniser autour de la disparition d'Hermione. Pourtant, se pouvait-il que déjà trois semaines se soient écoulées depuis son enlèvement ?
Les missions de l'Ordre variaient rarement depuis : fouiller l'Angleterre de fond en comble avait demandé la réquisition de la quasi-totalité de l'Ordre. Les autres s'activaient différemment, enquêtant aux divers étages du Ministère pour essayer d'en apprendre plus. Et même si le reste de l'Ordre cherchait jour et nuit et s'impliquait au maximum dans ses fonctions, la jeune fiancée de Ron demeurait introuvable.
- Nous devons rentrer au quartier général, déclara Remus Lupin aux côtés du jeune homme, osant à peine poser la question devant la mine assombrie de Ron.
- On n'a pas encore cherché par ici !
- Ron ! La nuit est presque tombée !
Lupin commença à l'entraîner, désolé.
- Hermione compte sur moi ! protesta Ron.
- Elle compte sur nous et pour nous tous également. Et c'est inutile de risquer nos vies à la chercher en pleine nuit sans savoir ou aller !
- Alors je rentrerai seul, dit-il d'une voix tremblante de larmes.
Vaincu par la fatigue, et davantage abattu, Ron se détourna, ne voulant pas que son ancien professeur soit témoin de ses larmes.
- Ron, tu le sais aussi bien que moi : nous devons être minimum à deux en mission.
Le lycanthrope pouvait nettement voir les larges épaules de Ron se dessiner dans le coucher de soleil, se soulevant et s'affaissant au rythme de ses pleurs.
- Je conçois ta douleur, mais tu ne peux pas te risquer dans la nuit.
- Je ne comprends pas pourquoi le Choixpeau m'a envoyé à Gryffondor…je n'ai aucun courage ! dit Ron, les yeux encore humides.
Lupin le secoua légèrement.
- Quand j'ai été mordu, je sentais que je n'aurais plus ma place nulle part…et certainement pas à Poudlard. Je me trouvais indigne de James Potter et de Sirius Black, je ne me trouvais rien de brave comparé à eux. Mais ce que je peux te dire, c'est que tu as trouvé la force d'affronter sa disparition, de ne pas perdre espoir. Tes amis peuvent être fiers de toi, Ron…Harry le serait…
Ron passa une main raide sur ses joues, levant un regard flou vers Lupin.
- Je ne veux pas la perdre…je l'aime vraiment…et quand Harry est parti, j'ai eu l'impression de perdre un frère…
- Rentrons.
Hermione resta quelques instants figée devant la porte, encore ébranlée par son entrevue avec Malefoy. Prenant son courage à deux mains, elle entra.
A peine eut-elle refermée la porte derrière elle que la voix glaciale de Voldemort s'éleva.
- Il vous a fallu autant de temps pour venir ici ?
Elle sursauta violement, se réfugiant dans l'ombre de l'entrée. Il lui tournait le dos, faisant face à l'unique fenêtre de la pièce. Elle préféra rester silencieuse ; elle ne se sentait pas en état d'affronter le courroux du Lord.
Voldemort se tourna vers elle, s'avançant à pas marqués.
- Vous semblez bouleversée, Miss Granger. Ce n'est pas ma vue qui vous terrorise à ce point tout de même ? ironisa-t-il en se penchant vers la jeune fille.
Elle leva alors les yeux vers lui, constatant qu'il portait un masque grossier qui laissait néanmoins voir son regard rougeoyant. Cette fraction de secondes où elle s'attarda sur son regard fut fatale. Elle sentit deux lames s'enfoncer dans ses pupilles. Elle comprit que le sorcier usait de son pouvoir de legilimens.
Elle poussa un faible cri lorsqu'il l'obligea à revivre l'agression de Malefoy survenue seulement quelques instants auparavant qui lui avait apparue déjà lointaine. Elle revit son regard aussi gris et dur que l'acier, sentant presque ses mains autour de son cou.
Puis la vision cessa aussi vite que ça avait commencé. Elle se sentit fléchir et chercha à se rattraper à la première chose qu'elle eut sous la main…en l'occurrence, le bras de Voldemort.
Elle se retira presque aussitôt, comme si elle s'était brûlée, redoutant une vague de fureur de sa part…mais rien ne vint.
Hermione recula de plusieurs pas alarmés, qui, contre toute attente, provoquèrent l'hilarité du sorcier. Puis il se replaça devant la fenêtre, lui tournant à nouveau le dos.
- Ce soir se tiendra une réception avec les Mangemorts et quelques autres amis. Je veux que tu te prépares. Slavy t'attend déjà. Sois ici à huit heures précises. J'ai horreur du manque d'exactitude.
Hermione resta mortifiée : « les Mangemorts et quelques amis »…
Elle ne se vit même pas regagner sa chambre. Elle avait l'estomac noué depuis son entrevue avec le mage. Son corps réagit machinalement lorsque Slavy la fit s'asseoir. Quand l'elfe lui demanda de s'examiner dans le grand miroir, ses boucles indomptables été relevées en un chignon élégant. La robe était brodée de fins motifs noirs, constituant une tunique passée par-dessus un jupon sombre. Des pendants d'oreilles brillaient, cliquetant à ses mouvements de tête. Son teint semblait étonnamment blême et ses yeux paraissaient encore plus grands sous ses paupières noircies de fard.
Elle se détourna de son reflet, les yeux baissés sur ses escarpins noirs.
- Vous êtes superbe, Miss ! S'exclamait l'elfe, la bouille épanouie.
- Slavy, sa voix lui sembla si lointaine…En quoi consiste exactement cette réception ? J'ai l'impression de me préparer pour un enterrement…
"Mon enterrement", se retint-elle d'ajouter.
- C'est une fête où sont conviés les Mangemorts et d'autres partisans du Maître.
A huit heures précises, Hermione se tenait dans le couloir où elle avait quitté le Lord auparavant.
Il arriva à peine une minute plus tard, plusieurs Mangemorts à sa suite. Voldemort portait toujours le même masque. Il avait revêtu une longue cape sombre et Hermione remarqua pour la première fois - ou bien était-ce une illusion ? - que sa silhouette semblait moins décharnée que quelques jours plus tôt.
Derrière son visage artificiel, il semblait l'étudier de la tête au pied. Puis enfin, il lui adressa un regard appréciateur, lançant aux Mangemorts se tenant en retrait :
- Me voilà accompagné de la Sang de Bourbe la plus plaisante de toute l'Angleterre ! Qu'en dites-vous ?
Quelques rires fusèrent. Hermione sentit ses joues s'empourprer. De haine et de honte. Il lui offrit son bras qu'elle prit, non sans répugnance.
Ils sortirent de la demeure silencieuse. Les derniers rayons de soleil éclairaient des terres à perte de vue et un lac. Elle frissonna sous la légère brise, resserrant sa cape sur ses épaules. Un trait de lumière éclaira la surface du lac où des barques étaient amarrées. Il la fit s'asseoir dans la première puis s'installa derrière elle. Hermione regarda à l'intérieur : où se trouvaient les rames ?
- Nous n'en aurons pas besoin, Voldemort, persifleur.
- Et où allons-nous exactement ? se risqua-t-elle à demander.
Elle entendit son rire froid mais c'est la réponse qu'il apporta qui la fit trembler :
- Tu le sauras bien assez vite…ce sera une soirée grandiose où l'on va s'amuser !
Elle se détourna, étouffant un cri de surprise lorsque la barque tangua.
- Direction, le manoir, murmura-t-il.
Le vent pénétrait dans la grotte. Frais. Vif.
Il tendit une main éraflée pour mieux sentir ce maigre souffle d'air, comme si sa vie en dépendait.
Puis il éclata d'un rire frôlant l'hystérie.
Ses pieds trébuchèrent sur les rochers, ses mains s'écorchèrent en se rattrapant aux parois de la caverne. Il accéléra le pas lorsqu'il perçut un infime rayon de lumière. Puis il se mit presque à courir au fur et à mesure que le trait lumineux s'élargissait.
Il arriva devant un éboulement et se mit à déblayer les lourdes pierres amassées le plus vite qu'il put. L'une d'elle tomba sur son pied. Il jura, retirant la pierre d'un mouvement impatient. Il réussit enfin à créer un passage dans l'amas de roches. La lumière l'aveuglait presque à présent. Avec fièvre, il entreprit de retirer la dernière qui l'empêcher de passer.
Lorsqu'il fut sorti de la grotte, il hurla de joie, puis éclata d'un rire libérateur.
Dieu, qu'il était bon de revoir l'éclat du jour !
Il tomba à terre, exténué, en nage. Son regard émeraude accrocha la lumière un instant. Mais il referma les yeux, encore peu habitué.
Il chercha ensuite sa baguette qui était tombée à quelques pas de lui avant de se relever et de se remettre en route.
Une nouvelle fois.
