Les jours suivants furent de même, Raph faisant de beaux progrès dans l'amitié de Léonardo. Il avait faire refaire ses cartes, car il avait besoin de son argent, ne voulant pas avoir l'air d'un profiteur. Il avait promis à Léo qu'il le remboursait avec ses « économies », c'est-à-dire, sa pension du 1er novembre. Il calcula au dollar près ce qu'il devait à son frère et lui remit le tout.
Raphael s'était acheté le strict nécessaire, comme article de toilettes, mais pour ses vêtements se fut une autre histoire. Il n'avait jamais rien essayé de sa vie, achetant n'importe quoi et ne demanda pas son avis à personne, ni se souciant du prix. Mais, c'était l'argent de Léo et Raph ne voulait pas exagérer et il prit également cette excuse pour demander à ce dernier son avis à chaque morceau de vêtement. Il sortit avec deux paires de jeans, trois chemises et cinq t-shirt propres et des sous-vêtements. Cela devait suffire pour quelques jours.
Ayant remboursé son dû à Léo, qui l'accepta sans précipitation, Raph balança s'il devait se trouver un emploi ou non. Sa rente suffisait pour tenir de salaire, puisqu'elle était égale au salaire américain moyen. Il pourrait faire semblant d'aller et de revenir du travail. Pour le moment, il ne payait que la moitié de l'épicerie, mais il ne pouvait se faire entretenir toujours. Et si, dans le plus effroyable des scénarios, Léo le chassait, il devait avoir de quoi tenir. De plus, mentir à Léo encore, non plus seulement sur sa vie passée, mais sur son quotidien actuel lui répugnait. Par contre, il ne voulait pas trop travailler, non pas par paresse, mais pour toujours arriver deux heures à la maison avant Léonardo pour les repas et de même, il ne voulait pas travailler la fin de semaine, pour demeurer disponible pour les courses et tâches ménagères.
Il alla au premier garage et mis les cartes sur table. Il était le meilleur dans ce qu'il faisait même s'il n'avait pas les compétences exactes d'ingénieur que son diplôme suggérait. Il donna une démonstration de son talent et imposa la règle de « pas de question/pas de mensonges ». Raphael souligna qu'un salaire peu élevé ferait son affaire, à condition d'avoir l'horaire qu'il veut, que tout le monde le nomme Rick et que jamais personne ne cherche à en savoir plus.
Le patron accepta, mais offrit un salaire très en deca des compétences de Raphael. Cela ferait un bon 1500$ mensuellesupplémentaire tout de même, qui lui permettrait de mieux soutenir Léo. L'horaire proposé était de 9h00 à 15h00, du lundi au vendredi, sauf le mercredi où il terminait à midi, et Raph accepta. Il serait de retour ainsi à 15h30 chez lui, lui laissant près de deux heures pour se doucher, s'habiller et préparer le repas de Léo.
Raph fronça les sourcils, fâché contre lui-même. Depuis quand agissait-il comme une épouse modèle d'avant le Vietnam ? Ce n'était pas lui. Son désir de plaire le portait à des extrémités incroyables. Il haussa les épaules, l'important est que cela fonctionnait, non ? Léo avait l'air de l'apprécier et de toute façon, sans Léo, il aurait dû faire pareillement ses repas et la boniche. Autant que Léonardo, qui travaillait fort, en profite aussi. Non, ce n'était pas les tâches ménagères qui faisait tiquer Raph, mais plutôt son désir de plaire physiquement. Car, il commençait à l'admettre, son comportement n'était ni celui d'un frère, ni d'un ami.
Ses fixations fétichistes avaient empiré, il fouillait désormais subtilement dans le linge sale au sous-sol pour soutirer des vêtements que son frère avait porté, aspirant l'odeur tout en se caressant. Ses séances d'auto gratification n'avait pas diminuées et malgré ses promesses, il ne pouvait s'empêcher de nourrir ses fantasmes de l'image de son colocataire et frère.
Plus Léonardo lui témoignait de l'amitié, plus son désir augmentait de pair et plus la lutte pour cacher cette attirance était difficile. Oui, il l'admettait, il avait parfois eu de légères pensées de nature discutable au sujet de son frère, lorsqu'il était mutant. Souvent, quand ce désir devenait trop puissant, il le noyait dans l'alcool. Mais même cette alternative lui était interdite car Léo abhorrait l'ivresse.
C'était un vendredi, il était 16h et Raph fixait le plafond de sa chambre, un sous-vêtement de Léo à la main, qu'il cachait sous son matelas avec ses papiers d'identité et ses sais. Il avait lutté encore contre l'envie presque irrépressible de porter un des uniformes de son frère, craignant qu'il surgisse de nulle part. Il n'allait pas bien, décida -t-il et sa récente abstinence devait en être la cause. Oui, baiser une jolie femme lui replacerait les idées. Il n'en n'avait pas vu une nue depuis plus de deux semaines et cela devait l'affecter plus qu'il n'aurait cru. Les sites pornographies étaient impossibles. Si Léo tombait sur son historique, il mourrait de honte.
Il réfléchit que pour se sortir de cette ornière, il devait essayer de reprendre une vie normale. Certainement, à force de ne fréquenter que la belle statue qu'était Léo, sa pensée devenait altérée. Ce soir, il allait mettre la bride sur le cou à sa libido galopante, pour mettre un frein à tous ces fantasmes malsains. Cette chasteté devait être l'unique raison de cette obsession autant irrationnelle qu'incestueuse.
Lorsque Léo revient, Raph constatant que son érection était aussi dur que du titane, décida de prendre le taureau par les cornes :
-Ce soir, je sors, après 21h, si cela ne te dérange pas.
-Oh, euh, d'accord. Aucun problème. Je comprends, je ne suis pas une personne très distrayante.
Raph l'interrompit, indigné :
-Cela n'a rien à voir. J'ai juste certain …besoins. Des besoins que tu ne peux pas combler. Comme ce qu'une fille peut apporter.
Leo rougit à un point ou Raph ne savait pas si c'était mignon ou risible.
-Je comprends. Bien entendu, tu es libre.
Ils mangèrent presque en silence, Raph hésitant encore sur si c'était une bonne idée ou non. Léo semblait déçu ou peiné. Comment lui expliquer que baiser à droite et à gauche lui permettrait de demeurer dans les limites de la sanité ?
Raph se morigéna pour la centième fois. Léo n'était pas son amoureux, seulement un ami et un frère. Il devait le traiter comme tel, sinon la situation lui échapperait. Il devait briser immédiatement les entraves qui le retenait unilatéralement à Léonardo. C'était pour leur bien futur à tous les deux.
Après le repas, Raph prit une douche très rapide, enfila ses vieux vêtements du Nevada et s'apprêtait à partir quand Léo l'apostropha :
-Rick ? Déjà prêt ? Pourquoi ne pas avoir enfilé tes nouveaux vêtements ?
-Bah, je garde les neufs pour sortir avec toi. Ceux-ci feront l'affaire.
Leo eut un air interloqué :
-Je ne comprends pas. Tu devrais mettre plus d'efforts pour séduire de nouvelles compagnes que moi. Ton apparence n'a aucune importance lorsque nous sommes entre nous.
Sa langue, n'ayant jamais appris à se taire, répondit :
-Je ne cherche pas de nouvelles compagnes. Seulement un soulagement momentané.
-Oh, fut tout ce que Léo dit mais son jugement emplit toute la pièce. Raph s'ébroua : rien à foutre de l'opinion de Saint-Fearless. Il devait tirer un coup ou il allait devenir cinglé. Il n'en pouvait plus de fantasmer sur son frère plus de la moitié du temps et culpabiliser à ce propos le reste de la journée. C'était à devenir fou à lier et il devait faire quelque chose.
-Mais, tu…vas revenir ? Seul ?
-Oui, bien entendu, un arrêt au motel, je fais ma petite affaire et je suis de retour avant 2h Am.
-Mais, je ne comprends pas…pourquoi une fille accepterait de n'être qu'utilisée ?
Raph ne sut que répondre. Fearless avait une conception des relations amoureuses qui lui échappait.
-Parce que c'est comme ça, fut la seule réponse qu'il trouva, aussi pitoyable était-elle.
Il sentit la déchirure de son âme, dont il ignorait jusque-là l'existence, quand il quitta la demeure de Léo. Tout son être hurlait de protestation. Il voulait passer une soirée tranquille, sur le sofa à quelques trente centimètres de Léo à écouter Stark Treck ou peu importe. Pourquoi sortait-il ? Est-ce que cela allait vraiment changer quelque chose, il commençait à en douter fortement. Peu avant de refermer la porte sur un dernier au revoir, Raph avait vu les yeux de Léo, résignés et déçus, et il avait fallu tout son empire sur lui-même pour ne pas se précipiter à genoux pour quêter son pardon. Jamais, il n'avait ressenti une telle pression pour se faire aimer de quelqu'un, et Raph avait beau essayer de se trouver des motifs raisonnables pour éprouver un sentiment aussi fort, il y croyait de moins en moins.
Il entra dans le premier bar venu et offrit à boire à la première fille d'apparence facile qu'il vit. Il ne voulait pas boire outre mesure, mais il avait l'impression que s'il ne le faisait pas, il manquerait de courage, aussi incroyablement incohérent cela paraissait. Neuf consommations plus tard, sans n'en n'avoir aucune envie, il traina sa conquête au motel le plus près. Elle tenta d'enlever langoureusement son haut, mais Raph trouva cette tentative pathétique. Elle sortit de sa main un petit sachet de cocaïne et en offrit à son partenaire. Raph hésita, il n'avait nulle envie de replonger, mais il lui fallait une foutue distraction pour se sortir de cette attirance maudite. Plusieurs lignes plus tard, Raph, au même point, se faisait faire une fellation en ne pensant qu'à Léonardo. Son plan pour se changer les idées avait totalement foiré, comme son subconscient s'en doutait déjà. Il n'aurait aucun plaisir ni soulagement ce soir, rien hormis un poids encore plus lourd sur le cœur. Chaque caresse lui répugnait et ce n'était pas parce que c'était une fille. Qu'elle ait été homme, mutant, fée ou animal, cela n'avait aucune importance puisqu'elle n'était pas celui dont il crevait d'envie, peu importe le nombre de verres ou de lignes qu'il s'enfilait. L'image de celui qu'il désirait vraiment demeurait claire à son esprit et il craignait de ne pas trouver la paix tant qu'il n'aurait pas comblé ce désir.
Raph revient à 2h30 du matin, les yeux rouges, frottant son nez à vif, empestant le parfum féminin trop outré, le sexe et l'alcool.
Il crut mourir pétrifié quand il vit Léo, droit comme un I, l'attendre dans le salon, comme autrefois, lorsqu'il se payait une virée ave Casey. Sa main se porta à sa poitrine et son souffle resta pris au travers de sa gorge. Quelle entité malveillante avait poussé Léo à demeurer debout pour l'attendre et ainsi être témoin de son état ?
Avec la plus risible des immaturité, Raph tenta d'éviter Léo en rasant le mur.
-Tu…tu n'avais pas à m'attendre, chuchota-il d'une voix sourde.
-Je suis désolé, Rick. C'est plus fort que moi. Je ne pouvais dormir ne te sachant pas sauf à la maison. Tu es mon ami, dans une ville étrangère et les Dragons…
Raph n'écoutait plus rien, magnétisé par ce beau visage, ému par cette inquiétude si touchante qui lui rappelait toutes celles de naguère. Il marmonna une parole d'excuse, bien indigne de la veille de Léo qui devait se lever dans trois heures. Il ne voulait surtout pas que son frère s'approche pour évaluer toute sa décrépitude et aussi, car en ce moment il ne répondait plus rien. Léo a porté de main et il le clouait au sol, au diable leur arbre généalogique. Son désir était si envahissant qu'il en tremblait et il était impossible que Léonardo ne s'en apercevait pas. Il repensa en un éclair de culpabilité à la perte de temps qu'avait été sa soirée. Léo, son bien-aimé s'était langui à l'attendre, malgré la fatigue sans un mot de reproche, alors que lui s'envoyait en l'air et se défonçait. Pourquoi faire ? Pour prouver quoi ? Qu'il ne désirait pas Léonardo ? Cela avait été un échec car, au contraire, son envie coupable était plus vivace que jamais, le fait d'avoir caresser un autre corps ne le rendant que plus avide que de toucher celui-là. Mais, devant l'air navré de Léonardo, il dut admettre que, le fait que son cœur a lui fut brisé devant ce spectacle, prouvait peut-être que ses sentiments allaient au-delà de la barrière physique. Il ne voulait pas que baiser Léo. Il voulait en être aimé, romantiquement et pouvoir l'aimer pareillement en retour. Les yeux bleus devinrent interrogateurs et avant qu'ils ne deviennent suspicieux, il devait fuir, se cacher, s'enlever du regard pur et innocent de son frère. Il s'enfuit comme un coupable, refusant de recroiser le regard inquiet de son ami.
Il ferma la porte de sa chambre, et prit la tête entre ses mains. Tout était clair désormais et c'était indéniable, tout aussi dégoutant que c'était. Il était amoureux de son frère. Et ce sentiment n'était pas prêt de s'en aller.
