8.
Sous bouclier d'invisibilité, en sus en vol stationnaire dans la face cachée d'une lune, Ryhas et son Devilfish attendaient patiemment que, en vue de Koralle – la planète-capitale de l'Union Galactique, le convoi présidentiel sorte de son saut spatio-temporel.
Les canons étaient tous chargés et au vu de la densité du trafic galactique, de la zone de sécurité délimitée par trois cuirassés de guerre de type Wird, ils ne laisseraient aucune chance à leur cible !
L'espace parut alors trembloter et les six cargos d'escorte ainsi que le cuirassé présidentiels apparurent.
- Visez les quatre vaisseaux qui projettent le bouclier autour du cuirassé de Wolpar, ordonna l'Illumidas. Ensuite, feu à volonté sur ce dernier !
Prêt, ce fut comme à l'entraînement, ou au tir à pipes, que les missiles du Devilfish atteignirent leur cible. Ils criblaient encore le cuirassé en perdition, les deux cargos survivants de l'escorte se portant à sa rescousse, que les trois Wirds se dirigeaient droit vers l'invisible assaillant.
- Ils sont plus rapides que prévu ! glapit le préposé radar. Et ils nous ont triangulés en quelques instants.
- Nous sommes verrouillés à leurs tirs ! ajouta le préposé aux armes.
- Ca va chauffer, grinça Ryhas. Il faut achever le cuirassé présidentiel en priorité !
Venus de derrière le Devilfish, des tirs passèrent à ses bâbord et tribord pour frapper les Wirds.
- Albator, je vous avais dit de ne pas vous en mêler !
- Dégagez vite de là ! aboya la voix du capitaine de l'Arcadia, aussi invisible que le vaisseau Illumidas. Vous n'avez que le temps d'effectuer votre saut, les frappes suivantes ne vous rateront pas. Je vous couvre !
- Je dois achever le cuirassé présidentiel, rugit Ryhas. Levez le bouclier occulteur, on fonce droit sur lui !
- Ne faites pas ça ! pria encore Albator.
- Fichez le camp, commanda Ryhas. Vous avez encore le temps, ils ne vous ont ni localisé ni identifié.
- Rejoignez-moi vite, conclut Albator.
Révélant sa silhouette de vaisseau aux allures de raie manta, le Devilfish fonça sur le cuirassé présidentiel qui ne donnait plus guère de signes de vie, complètement éventré, s'écrasant sur lui-même et ravagé par les explosions.
- Je ne détecte plus aucun signe de vie à bord, annonça le préposé Illumidas aux communications, et aucune navette de sauvetage n'a pu se décrocher de son berceau.
- J'ai réussi, Aldie, murmura Ryhas, le cœur battant à tout rompre. Ce sadique pervers ne te fera plus jamais le moindre mal !
Cerné par les trois Wirds, pris dans un filet magnétique, le Devilfish ne put que couper ses moteurs et se rendre.
Une panne des serveurs de l'AL-99 ayant rendu tout travail sur ordinateurs impossible, ou alors à très lente vitesse, son Colonel l'avait mis en équipes de veille et la plupart des agents étaient rentrés chez eux, toute Intervention impraticable sans les communications.
Aldéran s'était alors rendu à La Bannière de la Liberté dont c'était le jour de fermeture hebdomadaire.
- Dr Lumgore, fit-il en y retrouvant le médecin du Dispensaire qui partageait une carafe de thé glacé avec son confrère à la barbe blanche.
Il passa derrière le comptoir pour prendre un verre et se joignit à eux.
Ruk Lumgore se lança alors.
- Je ne sais pas si ça relève du secret, donc vous ne me répondrez peut-être pas, Colonel. Mais ce corps retrouvé hier à la villa du Président Wolpar, est-ce que c'est lui… ?
- Je ne m'occupe pas de l'enquête, ainsi que personne à l'AL-99, donc il n'y a rien à cacher puisque surtout on ne m'a rien communiqué. Je ne suis pas objectif, mais il est évident que c'est « l'œuvre » de Wolpar, il y a quasiment sa signature !
- Laisse-moi deviner, grinça Ban : on ne lui posera même pas une question ?
- Evidemment… Le gamin a beau avoir été éviscéré par des instruments de chasseur, et Wolpar avoir les murs de son hall envahis par les trophées, on ne le dérangera pas à ce sujet. Il a dû, comme à son habitude, engager un prostitué de Numkir. Si nous n'avons pu quoi que ce soit contre le Sénateur puis le Président, ce n'est pas la famille de ce gamin qui… Il n'y a rien à faire, c'est ainsi, il faut parfois s'incliner.
Le regard de Ban passant par-dessus son épaule et se fixant sur l'écran de télévision au mur, Aldéran se retourna sur sa chaise, la retransmission de la course hippique interrompue par un flash spécial d'information.
La porte-parole rousse du Service de Communications présidentiel apparut dans la salle des médias, entourée par deux drapeaux en berne.
- Le Président de l'Union Galactique Kestin Wolpar a été victime d'un attentat à son retour de vacances. Il est mort dans la destruction de son cuirassé canardé par un vaisseau de type inconnu…
Aldéran avait distraitement écouté la suite de l'annonce, ne la réalisant pas vraiment, l'ayant sans doute rêvée entre deux insomnies mais n'ayant jamais songé qu'elle soit vraie !
Le regard d'Aldéran se dilata d'horreur quand sur les images des enregistrements des Wirds il reconnut la silhouette familière du Delvfish que l'on escortait, prisonnier, jusqu'à une base militaire de la Flotte !
- Ryhas, pourquoi as-tu… ? Est-ce que tu es au courant… ? Non, comment donc aurais-tu pu l'être ? !
- Un appel d'Aldéran, avertit le Grand Ordinateur de l'Arcadia.
- Tu veux que je te laisse avec lui ? proposa Clio.
- Reste hors champ, dans un premier temps. Mais, il n'y a rien de secret entre nous tous, depuis longtemps, Clio. Aldéran est encore loin de connaître le fond de la situation… Est-ce que je dois lui dire, pour les enregistrements captés par Toshiro ?
- Vaut mieux pas… Mais attends plutôt de savoir ce qu'il veut te dire.
- Ouvre le canal de communication, Toshy, pria le capitaine de l'Arcadia. Aldie.
- Papa, tu as forcément entendu : pour Ryhas ? fit Aldéran d'une voix un peu tremblante.
- Oui.
- Pourquoi a-t-il fait ça ? ! glapit Aldéran. Ne me dis pas que Ryhas avait quelque chose contre le Président de l'Union ? Quelle raison pouvait-il avoir pour commettre un tel crime ?
- Ryhas avait sûrement ses motivations, crois-moi, assura Albator. Il n'a pas à tout nous raconter…
- Ne me raconte pas n'importe quoi ! siffla Aldéran. Il y avait un vaisseau en appui du Devilfish, qui a tenté de freiner l'approcher des Wirds qui venaient s'assurer de lui. Des tirs sous le ventre et par les flancs, c'est l'une de tes multiples tactiques enregistrées dans le clone mémoriel de mon Toshiro. Tu étais là… Et tu n'es pas resté, tu l'as abandonné.
- Ryhas voulait cette action, ce combat. J'ai dû m'incliner devant ses désirs.
- Papa, ils vont l'exécuter pour ce crime !
- Il ne l'ignore pas.
- Que peut-on faire pour l'aider ?
- Ryhas ne veut surtout pas que vous interveniez, jeta alors Clio. Il ne faut surtout pas que vous vous en mêliez… Il n'y a d'ailleurs rien qui puisse être fait pour le sauver. Ryhas avait un compte personnel avec Wolpar, c'était sa liberté d'agir et de supporter les conséquences de ses actes.
- Mais pourquoi ? insista Aldéran qui avait pourtant parfaitement compris se heurter à un mur, deux murs même.
Il tenta alors le tout pour le tout – soit il ne surprendrait pas son père et la Jurassienne, soit il leur ferait un mal infini !
- Est-ce que c'est à cause de moi ? demanda-t-il simplement.
Son père et Clio échangèrent un regard.
- Oui, répondit Albator. Nous trois n'ignorons pas ce que Wolpar et ses complices t'ont fait.
Aldéran gémit, désolé au possible des tragédies qui l'entouraient.
