-Chapitre 7-

Notre douleur

On frappe doucement à la porte, et le shoji s'ouvre pour révéler Ren, la fille du moine et de la taijiya. Elle hésite en voyant Rin allongée contre moi endormie, puis se décide à entrer.

Elle s'assoit du côté de Rin, ses yeux fixés sur ses genoux. Ren a toujours été intimidée par ma présence, même à présent qu'elle est une femme mariée, mère de deux enfants. Elle m'a toujours paru fragile, mais respectueuse d'autrui. Une fleur délicate paradoxalement engendrée d'un moine pervers et d'une taijiya fougueuse. La description est sans doute exagérée mais c'est ce qu'elle m'a toujours inspiré.

Je la traite avec plus de considération que les autres membres de sa famille, sans doute. Elle ne m'a jamais donné d'excuse pour m'opposer à elle, une qualité qui n'existe apparemment pas chez son frère aîné.

Je n'ai donc aucune raison de refuser sa présence, même si je préfère être seul avec Rin. Ren n'ira jamais me critiquer ou me menacer.

Je suis pourtant étonné de la voir ici. Elle devrait plutôt être avec Yuki. Ren et elle s'entendent parfaitement, ayant toutes les deux agi l'une envers l'autre comme des sœurs proches.

Yuki a certainement besoin d'elle en ce moment. Rin a veillé à cela. Que toute sa famille soit auprès de Yuki pour la naissance de l'enfant, là où elle ne pourra pas être.

Nous restons silencieux, alors. Nous n'avons rien qui nous lie mis à part Rin. Mais cela n'est pas suffisant pour lancer une quelconque conversation entre elle et moi. Ce qui change peu de notre relation habituelle. Ren ne est pas une personne avec le courage suffisant pour me parler sans que je lui adresse la parole en premier. Ce qui n'est jamais arrivé.

Nous attendons donc. La nuit d'hiver tombe, obscure et froide. Mais la chambre de Rin défie l'hiver, conservant un peu de chaleur et de lumière grâce au petit feu qui brûle dans un recoin de la chambre.

Nous attendons le réveil de Rin. Il ne serait tardé, n'est-ce pas ? Même si elle est fatiguée, elle ne peut rester éternellement endormie. Elle sait… elle sait que j'ai besoin d'elle.

Elle le sait, et commence donc à sortir de son sommeil. Sa respiration touche le monde du réel, ses paupières tressaillent avant de s'ouvrir pour montrer ses yeux bruns encore perdus dans les brumes du monde des rêves.

Elle prend lentement conscience du monde qui l'entoure.

Puis elle sourit. Si simplement, si naturellement. Même maintenant.

« Ren-chan ?

- Oui, mumure la jeune femme. Comment vas-tu, grande sœur ? »

Rin essaye de s'asseoir et pour la première fois, elle échoue. Quelque chose en moi se brise, touche la dévastation, quand je me dois de l'aider à se mettre en position assise. Elle faiblit. Elle faiblit et je ne peux rien faire, sinon la soutenir, pour ne pas m'attarder sur la réalité. Pour ignorer qu'elle s'éteint.

« Plutôt bien, » ment Rin pour nous rassurer.

Un mensonge complètement inefficace, car la vérité nous saute cruellement aux yeux.

« Mais que fais-tu ici, Ren-chan ? demande Rin comme si de rien n'était. Yuki a besoin de toi. »

Ren hésite avant de répondre.

« C'est Yuki qui m'a demandé de venir. Pour te donner de ses nouvelles et en avoir de toi.

- Oh. Je t'en suis reconnaissante alors, Ren-chan. Comment va-t-elle ? »

Ren sourit faiblement avant de répondre.

« Le travail est long, répond-elle. Shiori pense que l'accouchement ne se fera pas avant l'aube.

- Elle doit avoir mal, dit tristement Rin.

- Oui, elle n'est pas épargnée par les contractions. Je la plains, je suis passée par là. Mais… »

Elle hésite encore, mais inspire avant de reprendre la parole.

« Elle s'en veut, grande sœur. Elle culpabilise tellement pour…

- Yuki n'a aucune raison de s'en vouloir, déclare fermement Rin. Elle ne peut strictement rien contre la destinée des lignées de Midoriko. Contre la volonté du Shikon no Tama.

- Mais c'est tellement injuste, » chuchote Ren.

Rin l'entend, tout comme moi. Nous le savons tous. Le destin se joue de nous depuis le début. Et rien ne nous permet de défaire ce qu'il a fait. Rien ne nous permet de défaire ce qu'il impose.

Mais cela est un autre mensonge, n'est-ce pas ? Rin aurait pu changer la situation, contrebalancer et dévier la destinée qui lui était réservée. Elle n'a rien empêché, elle a suivi le chemin que le Shikon no Tama lui a tracé. Je lui en veux pour cela.

Et pour ne pas me laisser dévorer par ce ressentiment, je me force à croire que je peux encore la sauver. Que mon amour pour elle peut la préserver, et non la tuer par l'intermédiaire de Yuki. Je veux m'accrocher à cet autre mensonge, désespérément.

« J'aimerai que Kiyoshi-onichan soit là, murmure Ren pour briser le silence lourd qui pèse sur nous. Il devrait être à la maison avec une solution. »

Kiyoshi. Le garçon, maintenant devenu jeune homme, est celui qui ne désespère pas. Celui qui représente le dernier espoir pour sa famille, même si personne n'ose trop s'y attacher. Il est parti trouver un antidote, une potion, un sortilège, n'importe quoi qui pourrait sauver Rin.

Lui aussi n'accepte pas le destin, même sans piste, sans indice. Il cherche depuis maintenant trois mois.

Et moi, que fais-je ici, alors que je pourrais tout aussi bien trouver une solution pour Rin ? Pourquoi ai-je laissé mes espoirs moi aussi sur ce garçon obstiné et téméraire ? Parce qu'il me rappelle Inuyasha ? Parce que je n'ai pas le courage d'être loin de Rin s'il advenait qu'elle… parte sans moi ? Parce que… j'ai perdu espoir ?

« J'aurais aimé voir Kiysohi, dit doucement Rin, juste… »

Elle ne finit pas sa phrase, mais je devine la suite.

Juste une dernière fois.

Et Ren aussi e entendu les pensées sombres de Rin.

« Rin-neechan ! »

Ren se jette dans les bras accueillants et chaleureux de Rin, même maintenant, même aux portes de la mort.

Non ! Je refuse d'y croire. Rin est maternelle envers Ren, un fait habitue. Elle est la femme la plus vivante que je connaisse. Elle ne peut pas… Un monde sans elle est inconcevable, un blasphème, une hérésie à l'ordre des choses.

Elle étreint Ren de façon consolante, capable de rassurer et d'apaiser n'importe quelle peine. Sauf cette fois-ci. Les larmes de Ren naissent pour ne plus s'arrêter de se répandre sur l'épaule de Rin. Rin essaye de glisser ses doigts dans ses cheveux, mais là encore, ne parvient pas à apaiser les sanglots de la jeune femme. Elle pleure, inlassablement, mais Rin est patiente. Elle sait que certaines peines doivent s'épancher complètement pour espérer un jour guérir. Elle le sait après avoir traversé de telles épreuves.

Et après un temps infiniment long, Ren se calme un peu, reniflant encore, mais Rin ne se défait pas immédiatement de son étreinte. Elle la tient avec douceur, paraissant plus peinée pour la jeune femme que pour elle-même. Comme si… comme si contrairement à nous tous, elle avait accepté son sort.

« Dis bien à Yuki que je l'aime, Rn-chan, dit-elle. Que j'ai foi en elle et en son courage. Kyosato est là pour elle et Yuki ne doit pas l'oublier. Il l'aidera pour leur enfant.

- Je… je lui dirai, grande sœur. »

Ren resserre son étreinte, la dernière qu'elle partage avec Rin. Elles se disent adieux.

Je veux protester, je veux leur dire que tout ceci est ridicule. Aucun mot ne s'échappe de ma bouche, aucun hurlement d'agonie que j'aimerai émettre.

Ren se détache ensuite à regret de Rin, les larmes aux yeux. Rin sourit pour lui prouver qu'elle va bien. Pour faire partager un peu de cette force qui la caractérise si bien. Elle glisse ses doigts sous les yeux de Ren, essuyant les larmes qui menacent de couler.

« Allez va, Ren, dit-elle. Yuki a besoin de toi pour la naissance de son enfant.

- Rin-neechan…

- Tu sais que je t'aime aussi, n'est-ce pas ? Toi et Kiysohi. Vous êtes les meilleurs petit frère et petite sœur que j'aurais pu espérer avoir. »

Elle sourit encore, et Ren acquiesce silencieusement. Elle se lève, puis avec un dernier regard pour Rin, elle quitte la pièce et nous laisse seuls, Rin et moi.


J'ai mal.

J'ai tellement mal.

Kyo me tient la main, et éponge mon front avec un linge humide, mais rien n'y fait. J'ai encore et toujours mal. La contraction ne me laisse aucun répit, enserrant mon ventre, le lacérant de poignards dans chacune des fibres de mon être.

Et je me mets à souhaiter que maman soit là, avec moi. J'aurais eu moins mal, n'est-ce pas ? Elle m'aurait encouragée de sa voix douce et confiante, elle m'aurait permis de croire en moi.

Si seulement elle ne mourrait pas, non loin, alors que je donnai la vie. Pourquoi ? Pourquoi tout se passe ainsi ?

« Yuki, la contraction est passée ? »

Kyosato est désemparé, impuissant face à la peine que je n'arrive pas à surmonter. Que nous n'arrivons pas surmonter. Nous devrions être heureux pour notre enfant, nous devrions être tellement heureux… Mais Maman, Maman…

Shiori et Sango-bachan font toutes les deux leur possible pour me soulager, pour nous faire oublier, à moi et Kyo. Tout le monde essaye en vain d'oublier, comme Miroku-jichan, Papa, Kazuma-san et Jaken doivent le faire dehors quand Kyosato va les rejoindre pour parler un peu.

Mais en aucun cas, nous ne pouvons oublier Maman.

« Yuki-chan ? appelle Sango-bachan avec douceur.

- Oui, la contraction est passée. »

Pour l'instant. Un répit, qui n'en est pas vraiment un, car je ressent cette autre douleur, celle du deuil, celle de ma culpabilité. Père a raison. Il avait raison depuis le début. Il aurait dû me tuer dès le départ, et ainsi… Maman…

« Kyo, pourquoi tu ne sortirais pas un instant ? dis-je. Cela doit être difficile pour toi de rester ici sans prendre d'air. »

Il ne m'a pas quitté un seul instant depuis un long moment. Pourtant je sais qu'il a besoin de répit. La nuit tombe sur nous, et le travail vient à peine de commencer. Il a besoin de repos, d'une pause dans le drame qu'est devenu notre vie.

« Je vais bien, assure Kyosato en me serrant un peu la main.

- Mais tu as à peine mangé, je lui rétorque.

- Yuki-chan a raison, ajoute Shiori. Yuki aura besoin de toi lors de l'accouchement. A ce moment-là, tu devras être fort et ne pas défaillir parce que tu n'as rien dans le ventre. »

Kyosato rougit, et j'ai presque envie de sourire. Le pauvre, il est le seul homme face à toutes ces femmes qui le maternent. Kyosato a toujours eu du mal à supporter ce genre d'attentions sauf quand elles venaient de Maman.

« Bien… je vais y aller, alors. »

Il se lève quand la porte s'ouvre doucement. C'est Ren. Elle est revenue. Elle a vu Maman.

« Ren ? j'appelle.

- Comment va Rin-sama ? » demande Kyo.

Kyo appelle toujours Maman Rin-sama depuis qu'il est enfant, malgré les remontrances de celle-ci et mes moqueries. Cela m'a toujours amusé, mais pas aujourd'hui. Rien ne pourra me redonner mon insouciance d'avant.

« Sesshomaru est avec elle, dit doucement Ren. Elle va… aussi bien que possible. Même mieux que nous tous. »

Ce qui ne m'étonne pas. Tout à l'heure, elle paraissait si forte, si inébranlable. Pourquoi tout doit-il se passer ainsi ? Pourquoi ? Maman devrait être avec moi, pour me soutenir, pour m'aider à accoucher son petit-fils ou sa petite-fille. Elle devrait être là pour me sourire en me tressant mes mèches blanches comme elle le fait si souvent et m'assurer que tout irait pour le mieux. Et pas mourante, chez Miroku-jichan et Sango-bachan.

« Tu aurais pu rester plus longtemps avec elle, dis-je. Maman devrait être entourée de tous ceux qu'elle aime… »

Et ce serait plutôt à moi de rester seule dans mon coin, exclue de tous. Pas maman.

Ren hoche négativement la tête.

« Rin-neechan veut qu'on soit là avec toi. Elle veut que tu sois forte… Elle veut que tu saches combien elle t'aime… »

C'est tellement typique de Maman. De ce qu'elle dirait. Et cela me fait mal, me blesse, alors qu'une autre contraction vient me rappeler ma culpabilité.

Je sens vaguement Kyosato me prendre la main, mais j'arrive à peine à me concentrer, à respirer comme Shiori me l'a enseignée, avec cette douleur venant du bas du ventre s'étend graduellement en s'intensifiant. Mon Dieu, j'ai mal ! J'ai mal au point de crier, je crois, et je sais que rien ne peut changer cette douleur.

« Yuki-chan ! appelle une voix féminine.

- Yuki ! Ecoute-moi ! appelle la voix plus profonde de Kyo. Yuki, regarde-moi, je t'en prie ! »

Et je ne peux qu'obéir. Ses yeux sombres si vifs, si riches, plongent dans les miens. Kyosato. Il est là. Il est là pour moi.

« Regarde-moi, Yuki, et respire avec moi. Lentement, doucement… »

Je l'écoute, et respire avec lui, comme il me le montre. Je me raccroche à son calme, à sa force. Je me raccroche à lui, puisqu'il est ce qui compte le plus pour moi, parce que plus que n'importe qui, il partage mes joies, mes peines. Ma culpabilité.

La douleur passe, la tension de mon ventre s'estompe. Et je crois sentir l'enfant se mouvoir en moi. Et je le maudis. Je maudis ce que j'ai chéri pendant les six premiers mois de ma grossesse. Depuis que je sais que la vie de cet enfant tue Maman.

Père avait raison depuis le début, je me répète sans cesse. Il aurait mieux fallu que je meure à ma naissance. Alors… parfois, je comprends mieux pourquoi il ne m'a jamais aimé.

Il est dévoué à Maman, plus que quiconque, et cela je sais que c'est normal. Maman est la seule personne qu'il n'a jamais aimée et qu'il n'aimera jamais.

Il m'a fallu beaucoup de temps pour m'en rendre compte, et pour m'apercevoir que je n'étais qu'une gêne pour lui. Qu'il ne m'a jamais aimée, moi, sa propre et unique fille. Lorsque j'étais petite, je croyais être importante pour lui, comme je l'étais pour Maman. J'ai vécu les huit premières années de ma vie dans l'innocence, dans ce mensonge que mon esprit d'enfant avait construit.

Cependant, je n'ai jamais perdu un père. J'en avais déjà un, qui avait tout d'idéal, contrairement à Père. La seule différence est que Papa n'a jamais partagé sa vie avec Maman, même s'il l'a toujours aimée. Kohaku n'est pas mon père de sang, et pourtant, il a été plus que le mien qui restera toujours un étranger pour moi. Un ennemi parfois. Et rien ne changera cela.

Plus jamais.


Yuki courait en riant jusqu'en haut de la falaise qui surplombait le village. Elle riait parce qu'elle savait que les autres enfants ne la rattraperaient jamais. Elle avait toujours été plus rapide que les autres. Seuls Père, Shippo, AhUn, et Kirara étaient plus rapides qu'elle.

Yuki savait qu'elle avait d'autres différences avec les autres enfants du village, puisqu'elle était une hanyo, et le plus souvent c'était à son avantage. Yuki en était fière, elle aimait être plus forte que les autres, même si maman disait qu'il fallait garder un peu d'humilité. Maman avait expliqué ce que le mot humilité signifiait, mais Yuki n'avait pas retenue la définition. Père avait dit que l'humilité était inutile alors Yuki ne voyait pas pourquoi elle penserait autrement.

Maman et Père s'étaient un peu disputés ensuite, Maman entrant dans un grand discours qu'écouta silencieusement Père. Ils se disputaient rarement, et de façon totalement différente que Miroku-jichan et Sango-bachan. Eux, ils étaient certainement plus bruyants que ses parents, plus violents aussi, vu le nombre de fois où Sango-bachan frappait Miroku-jichan. Mais Maman disait qu'ils s'aimaient quand même.

Yuki ne comprenait pas trop ce qu'était l'amour, même si Maman le lui avait expliqué. Mais elle espérait qu'un jour, elle serait capable de ressentir la même chose que Maman, qui aimait Père, ce qui la rendait si heureuse.

« Yuki-chan ! »

Yuki regarda derrière elle. Kyo-chan arrivait à sa hauteur. Kyosato était son meilleur, meilleur ami, même s'il avait quatre ans de plus qu'elle. Il jouait toujours avec elle, et elle adorait quand ils étaient ensemble. Parfois ils se disputaient, mais c'était aussi rare qu'avec Maman et Père. Yuki se disait que si un jour, elle devait tomber amoureuse comme Maman, ce serait de Kyosato.

« Kyo-chan ! Tu viens, je suis arrivée depuis longtemps ! »

Kyo arrivait suivi péniblement derrière par les autres enfants du village qui jouaient avec eux. Elle avait encore gagné la course ! Cela devenait vraiment trop facile pour elle !

« Tu gagnes toujours Yuki-chan, dit Kyo-chan. On devrait trouver un jeu où tu perds.

- Je gagnerai quand même, Kyo-chan ! Je suis imbattable comme Maman et Père ou même Kohaku ! »

Yuki adorait Kohaku. Vraiment. Il était gentil avec elle, il riait facilement avec elle. Shippo était gentil avec elle aussi, et la faisait toujours rire, mais Yuki préférait Kohaku par-dessus tout. Parfois, elle avait même l'impression qu'elle l'aimait plus que Père.

Les autres enfants arrivèrent à la traîne et essoufflés. L'un d'eux, fils du chef du village, Kisume, fit la grimace. Shippo avait une fois raconté que son père, Ozakaru, avait demandé la main de Maman. Heureusement, elle avait refusé.

« C'est pas juste, dit-il, tu gagnes toujours.

- Moi je trouve ça tout à fait normal, lui répliqua Yuki. Je suis la plus forte, donc je gagne.

- Yuki-chan, dit doucement Kyosato, je crois que tu en dis trop.

- Mais c'est vrai !

- Feh, t'es qu'une sale hanyo, de toute façon, déclara Kisume avec venin. Mon père le dit toujours, si ta mère n'était pas Rin-sama, tu serais qu'une larve au village.

- Tais-toi, Kisume ! » menaça Kyosato.

Néanmoins, Yuki ne dit rien. Elle avait été blessée par les paroles de Kisume, par sa haine et son mépris. Comme si être hanyo voulait dire qu'elle était inférieure. Mais ce n'était pas vrai, n'est-ce pas ? Père et Maman étaient les plus forts de tous. Elle n'était pas…

« Je dis ce que je pense ! s'écria Kisume. Les humains et les yokai n'ont rien à faire ensemble ! Les yokai sont des bêtes assoiffées de sang ! Ils tuent les enfants juste parce que ça les amuse !

- Ce n'est pas…, commença Yuki.

- Bien sûr que si ! Et toi tu es comme ton père, tu es une sale hanyo ! Ton père a jeté un sort sur Rin-sama et l'a violée ! Et si ce n'est pas le cas, elle est juste une catin, comme l'a dit ma mère ! »

Kyosato donna un coup de poing en plein dans l'œil de Kisume. Et à partir de là, tout se déchaîna à l'intérieur de Kisume qui pourtant était plus vieux que Kyosato, plus grand aussi. Il riposta. D'autres enfants entrèrent dans la bataille, tandis que d'autres encourageaient Kyo-chan ou Kisume selon. Surtout Kisume en fait. Yuki s'avança alors pour aider Kyosato, frappant aussi fort qu'elle le pouvait, sans faire de distinction.

Mais contrairement à ses parents, Yuki ne savait pas se battre. Elle comptait seulement sur ses capacités de hanyo pour garder l'avantage. Elle pouvait aider Kyosato, elle en était capable. Elle ne les laisserait pas lui faire du mal.

« Kyosato ! »

Elle essayait de le rejoindre, malgré un coup de poing qu'elle avait reçu en plein ventre, car Kisume le tenait fermement par les épaules, en le guidant lentement vers le bord de la falaise. Elle se dépêcha de l'atteindre, mais quelqu'un tendit une jambe et elle trébucha. Vers le vide de la falaise.

« Yuki-chan ! »

Kyosato l'appelait, mais c'était trop tard. Elle le vit seulement plonger lui aussi dans le vide, vers elle, vers le sol, avant de fermer les yeux pour ne pas percevoir le paysage défiler à toute vitesse. Pour ne pas sentir le vent la frapper sans aucune douceur vers la mort. Pour ne pas entendre son cœur s'accélérer à une vitesse folle.

« YUKI ! »

Maman…

Yuki ouvrit les yeux brusquement entre-apercevant au loin la petite forme de sa mère l'appeler d'un cri déchirant, Kohaku à côté d'elle. Et elle vit aussi son dernier espoir, une lueur bleue volant droit vers elle pour la rattraper. Père.

Elle fut entourée par la lumière bleutée, presque apaisante si elle ne semblait pas si distante et froide. Puis la lumière se matérialisa en quelque chose de solide, en son père. Il la regardait sans émotion, sans chaleur, malgré la couleur dorée de ses iris.

« Père… »

Il détourna son regard vers le sol. Yuki vit alors sa mère récupérer Kyosato dans ses bras grâce à ses pouvoirs.

« Tu devrais être plus prudente, dit soudain Père. Rin serait bouleversée s'il venait à t'arriver quelque chose. »

Et Yuki fut blessée par les paroles de son père. Plus qu'elle ne l'avait été par les insultes de Kisume. Car pour la première fois de sa vie, elle réalisa que son père ne l'aimait pas. Il n'avait pas dit qu'il serait triste s'il lui arrivait quelque chose. Il n'avait mentionnée que Maman. C'était comme si… comme si pour sa part, il s'en moquait.

Il se posa et Maman remit Kyosato, indemne, au sol pour courir les rejoindre, les larmes aux yeux.

« Yuki ! »

Maman la prit dans ses bras en sanglotant et en la serrant fort contre elle.

« Yuki-chan ! J'ai eu si peur ! »

Yuki rendit l'embrassade de sa mère, la serrant tout aussi fort. Elle sentit une vague d'énergie de sa mère, à la fois douce et désagréable, mais qui guérit rapidement les coups qu'elle avait pris. Et Yuki se mit à pleurer. Elle pleura pour libérer la peur qu'elle avait connue lorsqu'elle croyait qu'elle allait mourir. Et elle pleura surtout à cause de Père. Qui ne l'aimait pas. Qui ne l'avait peut-être jamais aimée.

« Kyosato, Yuki, demanda Kohaku une fois qu'elle et Maman furent calmées, que s'est-il passé ? »

Yuki passa sa main sur ses yeux pour essuyer ses larmes. Elle ne voulait pas parler de ce qui s'était passé, pour une raison qu'elle ne comprenait pas.

Maman la posa par terre, puis s'agenouilla à sa hauteur.

« Yuki-chan ? » demanda-t-elle avec douceur.

Yuki secoua la tête négativement.

« Yuki, s'il te plait ? » insista Kohaku.

Yuki jeta un coup d'œil sur Père et le regretta immédiatement. Il la fixait avec sévérité. Qu'avait-elle fait ? Pourquoi ne l'aimait-il pas ?

« C'est Kisume et les autres, dit subitement Kyosato.

- Kyo-chan ! s'écria Yuki.

- Non ! Rin-sama a le droit de savoir ! Sinon, ils recommenceront à t'insulter ! Et à insulter Rin-sama !

- Quel est celui qui a insulté Rin ? demanda froidement Chichiue. Qu'a-t-il dit ? »

Et là encore, Yuki le remarqua. Père ne parlait que de Maman.

« Il a dit que Yuki était une sale hanyo, répondit fermement Kyosato. Kisume, il a dit que son père disait que Rin-sama avait été ensorcelée par Sesshomaru-sama… ou violée… Et que si ce n'était pas le cas… c'était en fait parce Rin-sama, tu… étais, tu étais une catin… »

Yuki ne comprenait pas vraiment ce que Kisume avait voulu dire, et pourquoi Kyo-chan semblait si mal à l'aise. Mais elle savait que c'était vraiment insultant. Maman avait pâli, et Père gronda audiblement. C'était la première fois qu'elle le voyait si en colère, si furieux. Comme s'il s'apprêtait à tuer.

Elle eut peur pour la personne qui allait mourir.

Père fit demi-tour en direction du village, mais Maman se leva d'un bond.

« Sesshomaru, non ! »

Chichiue s'arrêta et les regarda par-dessus son épaule.

« Ils méritent tous la mort, Rin.

- Ce ne sont que des enfants, ils ne savent pas…

- Rin, dit doucement Kohaku, Kisume va bientôt avoir quatorze ans. Il sait ce qu'il dit, il comprend ses paroles.

- Kohaku, tu ne vas pas me dire que tu es d'accord avec Sesshomaru ? Tu ne vas les exécuter quand même !

- Non, bien sûr que non. Mais toi et Sesshomaru devriez aller leur parler avec Yuki. Ozakaru a besoin d'avoir les idées en place.

- Si je les vois, je les tuerai, » annonça implacablement Père.

Il était sérieux. Yuki le voyait bien. Son père était un tueur, même si elle ne l'avait jamais vu à l'œuvre. Maman ne l'avait jamais autorisée à venir quand elle ou Père devaient affronter un yokai. Elle était obligée de rester avec Jaken et AhUn.

« Sesshomaru, dit Maman, ils…

- Ils t'ont insultée, Rin, humain ou pas, je ne le permettrai pas.

- Ils sont humains, c'est donc à moi de m'en charger, riposta Maman. Si tu souhaites leur parler, tu es libre de venir, Sesshomaru. Si c'est pour les tuer, j'irai seule avec Yuki. »

Père et Maman se fixèrent dans les yeux assez longtemps, l'un défiant l'autre de le détourner de sa volonté. Mais au final, ce fut Père qui céda. Il prit la direction de la forêt.

« Comme tu veux, » dit-il sans un autre regard.

Maman soupira, de soulagement ou de déception, Yuki n'aurait su dire.

« Rin, ça ira ? » demanda Kohaku.

Maman sourit faiblement.

« Oui, c'est encore une autre dispute entre Sesshomaru et moi. Nous en avons traversé tellement, nous réussirons à dépasser celle-ci.

- Si tu le dis, déclara Kohaku avec prudence. Tu veux que je t'accompagne pour voir Ozakaru ? Avec mon influence et la tienne, on réussira peut-être à mettre un peu de bon sens dans la tête de cet imbécile.

- Je veux bien. Merci Kohaku, mais avant… »

Maman vint à nouveau s'agenouiller devant Yuki, son expression déterminée et sérieuse.

« Yuki-chan, quoiqu'il arrive, quoiqu'on puisse te dire, ne te laisse jamais insulter parce que tu es une hanyo.

- Ils… ils étaient méchants, confia enfin Yuki. Pourquoi ? Je ne leur ai rien fait, Maman…

- Ils te redoutent. Ils craignent ce qu'ils ne comprennent pas.

- Redouter ? répéta Yuki.

- Oui. Tu es une hanyo, la preuve vivante qu'un yokai et une humaine peuvent cohabiter malgré leurs différences. Quelque chose qui les effraie et leur semble impossible. Tu es la preuve qu'un taiyokai et une miko peuvent s'aimer. »

S'aimer. Maman et Père s'aimaient tellement. Plus que tout. Rien ne pourrait détruire cela. Et Yuki en était quelque part exclue, elle s'en rendait bien compte maintenant. Elle comprenait que Père était un étranger pour elle.

Elle renifla pour retenir ses larmes, mais elles coulèrent d'elles-mêmes. Maman la serra contre elle, et Yuki pleura en se raccrochant à elle. Maman, elle, était toujours là pour elle.

« Tout ira bien, Yuki-chan, je te le promets, » rassura-t-elle.

Mais comment Yuki pouvait lui dire ? Comment pouvait-elle exprimer ce qu'elle ressentait ? Cette absence de père qu'elle venait à présent de réaliser entièrement.

Yuki se dégagea. Kyosato était toujours là, son visage peiné veillant sur elle. Et puis il y avait Kohaku. Il lui prit la main en souriant, et aussi simplement que cela, elle se sentit immédiatement rassurée.

« On y va ? » demanda-t-il.

Yuki acquiesça et Maman lui prit l'autre main et entoura son bras libre autour des épaules de Kyosato.

Entourée de Maman et de Kohaku, Yuki se sentit bientôt plus forte, comme rassurée d'être auprès de sa famille. Comme si Kohaku était véritablement son père. Elle savait que c'était faux, bien sûr, elle sentait qu'elle partageait le même sang que Père. Mais… Kohaku avait toujours été là pour elle, comme Maman. Si elle pouvait choisir, Yuki choisirait Kohaku comme père. Et personne d'autre.

La visite chez les parents de Kisume fut une épreuve pour Yuki. Elle faisait un effort colossal pour se tenir droite et fière comme Kohaku et Maman, alors que Kyosato attendait dehors. Maman parla sans ciller jusqu'à obtenir des excuses des parents de Kisume et de Kisume lui-même. Ils n'avaient pas eu longtemps à attendre en fait. L'autorité de Kohaku et de Maman au village n'était pas usurpée.

Leurs excuses génèrent Yuki, quelque part, mais elle se força à se montrer aussi impassible que Kohaku et Maman tout le long.

Quand ils sortirent de la maison, Yuki soupira de soulagement ce que ne manqua pas d'apercevoir Kyosato.

« Alors ça s'est bien passé ? »

Yuki allait répondre par l'affirmative, mais le regard échangé entre Kohaku et Maman la rendit perplexe.

« Maman ?

- On ne peut pas changer les mentalités, dit doucement Kohaku à la place d'Maman. On peut tout de même essayer, sans cesser d'espérer.

- Au moins, ils garderont leurs insultes pour eux, ajouta Maman avec un certain regret. Mais surtout, plus jamais un incident comme celui-ci ne se reproduira. »

Kyosato vint à côté de Yuki et lui prit la main qu'il serra une fois. Elle lui sourit, certaine que lui aussi serait là pour elle. Elle n'était pas seule et se força à s'en convaincre en prenant la main de Kohaku aussi. Pour se rassurer, pour ne pas avoir peur. Pour ne pas pleurer.

Le soir, elle resta longuement silencieuse au dîner. Elle n'aurait pas dû, pas avec l'ambiance de fête qui régnait à la maison depuis quelques temps.

Tout venait de Ren-neesan qui était d'humeur si enjouée depuis qu'elle s'était fiancée avec un jeune homme du village voisin, Higurashi Sato, que c'en était communicatif.

Elle parlait tous les soirs de son mariage avec Sango-bachan, Shiori-san et Maman au point d'exaspérer parfois Kiyoshi-niisan, Shippo et Miroku-jichan. Yuki participait à la conversation le plus souvent, mais pas ce soir là. Elle repensait encore aux évènements de la journée, et surtout à Père, qui était absent avec Jaken comme souvent lorsqu'ils étaient au village.

Père restait en effet rarement auprès d'autres personnes qui n'étaient pas Maman. Il n'était pas vraiment sociable, et Maman comme Yuki l'acceptaient. On ne peut changer les mentalités, avait dit Kohaku. Pour Père aussi, cette phrase était vraie.

Elle sortit alors trouvant un prétexte quelconque pour échapper au regard inquisiteur de Maman qui semblait voir à travers elle. Elle s'assit devant la maison et se mit à ressasser tous les souvenirs qu'elle avait de Père. Elle voulait savoir lequel aurait pu expliquer sa froide indifférence envers elle. Mais elle n'en trouva aucun. Père avait toujours était distant avec elle.

« Tu ne devrais pas rester trop longtemps dehors, Yuki. Tu pourrais attraper froid. »

Yuki se retourna et fit face à Kohaku. Il s'assit à côté d'elle après lui avoir déposé un châle sur ses épaules.

« Merci, murmura-t-elle.

- Ta mère et moi nous inquiétons. Tu ne devrais plus t'en faire, les enfants du village te laisseront tranquille à présent.

- Ce n'est pas ça, hésita-t-elle, c'est… »

Elle ne continua pas. Pourtant le regard de Kohaku l'invitait sans la forcer à se confier.

« Père, » finit-elle par souffler.

Il parut surpris et Yuki s'expliqua.

« Il… il ne m'aime pas, pas vrai ? »

Kohaku la fixa avec prudence, comme s'il hésitait à son tour de parler.

« Qu'est-ce que… qu'est-ce qui te fait dire cela ?

- Tout à l'heure… quand Père m'a sauvée, il a dit que je devrais être plus prudente parce que je ferai mal à Maman…. Mais lui, c'est comme s'il s'en fichait de moi.

- Sesshomaru est quelqu'un qui masque aisément ce qu'il ressent ou pense…

- Mais il ne m'aime pas, j'en suis sûre. Dis-moi le contraire si c'est vrai et je te croirai. »

S'il avait hésité auparavant, Yuki savait qu'elle l'avait mis dans une plus mauvaise position encore. Parce qu'elle savait qu'il ne lui mentirait pas.

« Kohaku ?

- Ton père s'est toujours caché derrière des circonstances qui ont été difficiles pour lui et qu'il n'a jamais su surmonter. Malgré les efforts de Rin.

- C'est donc de ma faute ? demanda Yuki d'une petite voix.

- Non, Yuki-chan, bien sûr que non. C'est de la faute à Sesshomaru seulement, et peut-être à l'ironie du destin.

- Alors pourquoi ? Pourquoi il ne m'aime pas ? »

Kohaku prit son temps pour répondre.

« Rin ne t'a jamais raconté les circonstances de ta naissance ?

- Non… j'avais demandé à Maman une fois comment j'étais née. Mais… Père n'avait pas l'air content… alors…

- Peut-être qu'il vaudrait mieux que tu en parles avec ta mère, Yuki-chan. Elle saurait mieux te raconter ce qui s'est passé…

- Non, Kohaku, s'écria Yuki en posant sa main sur son bras pour le retenir. S'il te plait. Je ne vois pas comment je pourrais en parler avec Maman. Elle… elle serait si triste. Et Kohaku… je veux parler avec toi… parce que tu es comme un papa pour moi. »

Même s'il faisait sombre, Yuki vit nettement le visage de Kohaku s'adoucir.

« Bien, je vais te raconter, annonça-t-il. Mais par où commencer ? Car Yuki-chan, tu n'es pas née de façon heureuse. Il y a huit ans, Rin, enceinte de huit mois et Sesshomaru voyageaient ensemble comme à leur habitude déjà à cette époque. Mais ils furent attaqués par des humains qui en voulaient à Rin personnellement. L'un des hommes qui menaient l'attaque était Kazuma-san.

- Kazuma-san ? Mais il n'aurait jamais voulu du mal à Maman.

- Tu as raison. Il était là parce qu'il suivait les ordres de son seigneur. Et malheureusement, en ce jour, Rin fut gravement blessée d'une flèche dans le dos qui précipita le travail, ta naissance donc, avant la date prévue. Sesshomaru l'amena rapidement ici. Il était paniqué. Je ne l'avais jamais vu ainsi.

- Il avait peur pour Maman… Comme en hiver où elle tombe malade même si elle sourit ?

- C'était pire, car cette fois-ci, Rin ne pouvait plus sourire pour lui dire qu'elle n'avait rien de grave. »

Yuki déglutit. Elle avait peur d'entendre la suite. Même si elle avait voulu tant savoir, elle avait peur.

« Maman allait si mal ?

- Elle souffrait oui, autant des contractions que de sa blessure, je crois. Mais surtout… Yuki-chan, quand tu es née, ta mère est morte.

- Co… comment ? »

Elle avait mal, comme si elle avait reçu un coup violent au ventre.

« Ton père a bien sûr réussi à la ressusciter grâce au Tenseïga. Mais cela n'efface pas les faits pour Sesshomaru qui continue de vivre avec la cicatrice de ses souvenirs.

- Il croit que c'est de ma faute ? »

Yuki ne voulait pas le dire. Elle ne voulait pas s'entendre dire cela, parce que c'était ce qu'elle comprenait elle-même. Elle était coupable d'avoir tuée Maman.

« Au fond de lui, je ne pense pas, Yuki-chan. Et ce n'est pas de ta faute. Mais je crois qu'il n'a pas su dissocier la mort de Rin à ta naissance. Et je crois… que c'est le seul moyen qu'il a trouvé pour occulter sa propre culpabilité. »

Yuki ne comprenait pas tout ce que Kohaku lui racontait, même si elle faisait des efforts pour être attentive.

« Et je sais ce qu'il a ressenti à ce moment-là, Yuki-chan, continua-t-il. Réellement, car lorsque Shippo nous avait annoncé que Rin était morte, ce fut… très difficile pour moi. Une partie de mon monde s'effondrait. Même… tout mon monde. Je t'en voulais… immensément. »

Yuki déglutit pour faire descendre la grosse boule qui lui étreignait la gorge. Et les larmes humidifiaient ses yeux n'aidaient en rien. C'était déjà bien difficile que Père ne l'aimait pas, mais maintenant Kohaku…

Comme s'il avait senti sa détresse, il entoura ses épaules de son bras. Et Yuki rendit faiblement l'étreinte de Kohaku, commençant à se sentir à nouveau rassurée. Ses larmes au moins ne tombèrent pas.

« Puis Sango t'a emmenée dans la salle commune et je t'ai prise dans mes bras. Tu étais bien la plus merveilleuse petite fille qui existait, tu sais. Il m'était impossible de ne pas t'aimer. »

Le cœur de Yuki battit un peu plus fort de joie et de reconnaissance pour Kohaku. Elle serra ses bras autour de sa taille.

« Merci, Kohaku ! »

Il lui rendit doucement son étreinte. Elle était bien avec Kohaku, aussi bien que s'il avait été son véritable père. Si seulement Maman et lui s'aimaient… Yuki savait qu'ils étaient amis, mais… Kohaku semblait si attaché à Maman, attirant parfois un regard furieux de Père. Il semblait à Yuki que Père n'appréciait pas beaucoup Kohaku.

« Kohaku… Tu aimes beaucoup Maman, pas vrai ? »

Elle le se sentit se raidir subitement.

« Rin est ma meilleure amie. Mais aussi la femme qui m'est la plus chère…

- Moi j'aimerai bien que tu te maries avec Maman… comme ça, tu serais mon Papa ! »

Kohaku la regarda tristement.

« Yuki-chan, tes parents s'aiment. Désespérément, complètement. Rien n'a pu changer cela et ne pourra le changer, pas même mes sentiments pour ta mère. Tu dois comprendre que Rin et Sesshomaru ont traversé de nombreuses épreuves avant de pouvoir s'aimer. Ils ont franchi de nombreuses barrières pour y parvenir, rendant alors leur amour plus précieux, plus fort. Rin ne saurait être pleinement heureuse sans Sesshomaru. C'est un fait auquel j'ai dû me résoudre, il y a bien longtemps.

- Oh. »

Bien sûr, Yuki connaissait toutes les aventures de Maman avant sa naissance. Elle était devenue la gardienne du Shikon no Tama à l'âge de dix ans, après avoir été recueillie pendant deux ans par Père. Il l'avait laissée auprès de la miko Kikyo qui l'avait formée et préparée à affronter leur ennemi à tous, un puissant hanyo du nom de Naraku.

Yuki avait entendu des milliers de fois cette histoire, parfois racontée par Shippo, parfois par Kohaku, parfois par Maman même. C'était une histoire parfois joyeuse, parfois triste, mais qui ne la lassait pas. Et peut-être qu'un jour elle la connaîtrait en entier, avec ses détails que Maman et les autres refusaient de raconter parce qu'ils étaient trop sombres pour être dits. Pourtant, c'était cette histoire qui avait amené Père et Maman ensemble.

« Mais tu sais, dit doucement Kohaku, je te donnerai tout l'amour qu'aurait dû te donner Sesshomaru. Comme je l'ai fait dès le jour de ta naissance et continuerai par la suite. »

Yuki savait qu'il disait vrai. Qu'il serait là pour elle à la place de son père.

Elle serra un peu plus, heureuse pour tout ce qu'il faisait pour elle.

C'était devenu un peu leur secret à tous les deux, ce lien entre père et fille que rien ne briserait. Des secrets parmi tant d'autres, comme le miroir brisé que gardait tristement Kohaku dans sa chambre mais qu'il n'avait jamais expliqué à Yuki ou bien le Shikon no Tama enfermé dans le cœur de Maman. Mais comme tous ses secrets, le leur était infiniment précieux.


Déjà, désolée pour le temps que j'ai mis à mettre la suite. Depuis la Japan Expo, je fais que du boulot-métro-dodo.

Cynthia: Oui, c'était le chapitre de répit dans cette histoire. Il en faut bien un pour souffler un minimum.

Seveya: Je dois t'annoncer que c'est bien le seul chapitre tout doux comme ça... Désolée. Il y a quelque passage dans le même genre, mais heu... pas plus. Je comprends la fatigue post-JE... j'avais enchaîné une journée de travail le lundi, je te raconte pas le lever à 5h du mat' ^^" Je suis souvent sur les conv' sur Paris, si ça peut t'aider pour une prochaine. ^^

Arwen: Vi, j'ai lu quelques fics aussi où Sesshomaru fonctionne principalement par instinct. Ca peut rendre parfois, je dis pas. C'est quand il est franchement sadique, que j'ai tendance à passer ma route (et lorsqu'il est avec Kagome... quand bien même c'est populaire). L'influence de Tolkien... en fait, ce n'est pas tant le couple Arwen/Aragorn. Je veux dire, c'est une histoire qu'on ne retrouve quer dans les annexes, et qui parait vraiment subsidiaire. Et qui n'est touchante, qu'après. C'était plutôt son univers, qui m'a fait intéresser plus à la fantasy qu'à la littérature classique. J'étais une grande fan d'Eowyn d'ailleurs et de son couple avec Faramir, bien plus que Arwen/Aragorn. Mais oui, le questionnement autour de l'immortelle et du mortel et vite apparut dans mon réflexion (si je puis dire) sur Inuyasha, et donc la relation Sesshomaru/Rin. Surtout grâce à l'épisode 162, certes un HS, mais ouais quoi... quel HS! La fangirl qui était en moi a fait quelques squee par ci et versé quelques larmes par là. Mais pour cette fic là... nope, Sesshomaru n'est pas Arwen. Il finit différemment. Et l'enfant de Yuki n'est pas la réincarnation de Rin non plus, il porte juste le Shikon no Tama à sa place. (Je sais que j'ai sous-entendu de l'incest entre Inuyasha et Kagome puisqu'elle est la je ne sais combien arrière petite-fille de Sesshomaru, mais quand même...)

Saori, c'est très joli, inspiration de Saint Seiya, non? ^^

Tarentule: T'inquiète pour les fautes d'ortho. Je veux dire, je me relis, et je trouve malgré tout après relacture, d'autres fautes d'orthographe. Triste, non? Tu voulais revoir les enfants de Miroku et Sango, tu as Ren! Kiyoshi, on le revoit plus tard. C'est quand même beau la synchronisation.

Cassegrain-MIB: Vi, comme tu dis, les choses auraient pu être différentes. Même si je ne vois pas Sesshomaru devenir affectueux non plus, je pense. La fin arrive prochainement, c'est certain, donc sera-t-elle ou pas prévisible...