« Anna, dit-elle avec une voix dont elle chercha à contrôler l'excitation. Je crois que tes rêves ne sont pas des rêves. Mais tes vies antérieures. »

« Attendez, attendez, pause ! S'écria Anna en déposant Cheshire ou quel que soit son nom au sol. Mes quoi ? s'écria Anna à demi incrédule par l'idée particulièrement surréaliste. »

Pour la première fois, Anna vit Jane Porter faire les cents pas devant elle. Elle ne semblait pas avoir remarqué la perplexité d'Anna. Jane allait même jusqu'à présenter le même genre d'excitation que Milo Thatch lorsqu'il lui avait parlé d'Atlantide.

« Tes vies antérieures ! s'exclama Jane la voix montant particulièrement haut dans les aigus. Mon père faisait des recherches sur cela. Il a été beaucoup critiqué et nombreux sont ceux qui se sont moqués de lui ! Mais il ne faisait que poursuivre une idée déjà bien développée qui avait été émise des siècles plus tôt. »

Anna chercha à rester concentrer et suivre les explications de Jane-très nébuleuses de son humble avis. Elle repoussa donc Cheshire du pied qui recherchait son attention en ronronnant de plus en plus fort en se frottant contre ses jambes.

« L'idée des vies antérieures avait été exprimé près de deux millénaires avant lui, continua Jane imperturbable. Une idée émise par un vampire.

-Par un vampire ? Sur les vies antérieures ? C'est totalement fou, Miss Porter.»

La théorie née de l'esprit d'un vampire était une idée encore plus irréaliste pour Anna que le fait que cela porte sur les vies antérieures. Quoique... non, Anna ne voyait définitivement pas un vampire parler de vies antérieures. C'était comme si les vampires se mettaient à faire de l'astrologie et mener des stratégie de batailles selon les dires de leurs horoscopes. Non définitivement cette conversation était aberrante. Anna comprenait que le père de Miss Porter eut été critiqué de son temps.

« Pas forcément, se récria Jane. A une époque beaucoup de grands savants se transformaient en vampire pour poursuivre leurs recherches malgré le temps qui passaient. Les vampires ne sont pas que les monstres que les gens semblent croire ! Tu ne saurais croire la somme de connaissance qu'on leur doit. Mais ce n'est pas le sujet qui nous occupe.

-Ooooook, articula lentement Anna en faisant un pas en arrière. »

Cette version de Jane l'effrayait un peu si Anna devait être honnête. Elle semblait un peu... agitée? Folle? Bipolaire?

« As-tu déjà vécu une impression de déjà vu ? pépia Jane. Bien sûr que tu l'as déjà vécu. Une des hypothèses de base de cette théorie était simple : une impression de déjà-vu a lieu quand deux âmes sœurs se trouvent à proximité.

-Deux... âmes sœurs ? Ok vous m'avez perdu. Vous parlez de ces amants censés se retrouver quel que soit les époques...

-Pas des amants. Non. Mais les âmes sœurs sont... bon viens. Allons-nous asseoir à un café et je t'expliquerais la théorie du Vampire et les recherches que menait mon père à partir de cela. »

Anna fit rouler des gravas sous son pieds à présent qu'elles avaient descendu les marches. Elle préférait Miss Porter. Jane Porter parlait de théories folles qui l'effrayaient. Elle ne voulait pas qu'on lui dise qu'elle était la sœur d'un monstre. Un monstre dont elle se rappelait le goût des lèvres. Un monstre qu'elle avait l'impression d'avoir aimé et qui l'avait tué. Non. Les vies antérieures, les âmes c'étaient des conneries pour les religieux. Et encore pas pour tous, le culte de Sun-Flower parlait de paradis ensoleillé ou de sombre enfer, pas de réincarnation.

Bien que particulièrement réticente, Anna n'osa pas refuser la demander de la jeune femme. Elle suivit Jane Porter au café à une centaine de mètre de là. Cheshire la suivait en ronronnant, mais Anna n'arrivait plus à se concentrer sur quoi que ce soit et manqua de marcher plusieurs fois sur le malheur animal.

.

Jane choisit une table isolée, au fond du café fait de bois et de pailles. Elle laissa la terrasse aux touristes et membres de Pandora en pause. Ici, elles étaient tranquilles. Elle commanda du thé glacé et à la surprise d'Anna, sortit de sa veste une longue et fine cigarette qu'elle alluma aussitôt.

« Je ne crois pas qu'on puisse fumer à l'intérieur, chuchota Anna. »

Jane rejeta une mèche de cheveux sortit de son chignon et haussa les épaules, expirant une longue volute de fumée. Elle était agitée, excitée. Son corps secouait et tremblait de cette excitation. Heureusement le serveur ne leur dit rien sur la cigarette, probablement parce que les lattes en bois laissaient une bonne aération et qu'il n'y avait personne d'autre qu'elles à l'intérieur de l'établissement. Jane avala une longue gorgée de thé avant de lécher ses lèvres gercées, impatiente d'exprimer la théorie de son père et cherchant les bons mots pour en parler. Anna préféra garder le silence, caressant Cheshire roulé en boule sur ses genoux.

« La réincarnation. Un vampire a exprimé l'idée que si le corps est mortel, l'âme quant à elle est immortelle. Cette dernière n'atteint aucun paradis d'aucune sorte. Elle redevient simple esprit lorsque le corps qu'elle habite meurt. Elle vivote ainsi durant un temps puis trouve le corps d'un nourrisson qui lui convienne et dans lequel elle se réincarne alors. »

Anna sirota son verre, inspirant par la paille bleu fluorescente qu'elle avait réclamé au serveur. Jane tira encore une longue bouffée de sa cigarette.

« Je trouve cela ironique qu'un vampire parle de corps mortel, ironisa Anna pour seule réponse. »

Jane ne parut pas entendre le sarcasme car elle relança la conversation.

« Et bien, tu as déjà entendu parler du fait que les vampires sont des créatures damnées pour l'éternité ?

-Oui.

-Selon cette théorie, une âme est considérée comme libre dans le corps, c'est pour cela qu'elle peut le quitter lorsque le corps meurt. Mais selon cette même théorie, le vampire enchaînerait son âme à son corps. Alors le corps gagne l'immortalité de l'âme et le vampire peut vivre aussi longtemps qu'on n'attente pas à sa vie. Cependant, si on tue le corps, la déchéance de la chair entraîne celle de l'âme qui y a été enchaîné. D'après cette théorie, l'âme d'un vampire meurt donc avec le corps. Pas de réincarnation pour eux, d'où la damnation. »

Anna dut convenir que c'était une bien jolie théorie. Mais selon elle, la théorie cherchait à rassurer les hommes sur leur statut vis à vis de celui des vampires : ils étaient peut-être mortels mais ils reviendraient sans cesse.

« Quant aux âmes sœurs... continua Jane imperturbable. Ce sont des âmes qui se réincarnent sans cesse ensemble. Les liens entre elles peuvent changer : filiale, amicale, romantique, parfois ennemi. Mais ce sont des âmes qui se côtoient quel que soit les siècles ou les lieux. Dans ses réincarnations, les âmes communiquent entre elles inconsciemment. Ainsi, ils ont tendance à se nommer toujours à peu près de la même manière : Isabelle, Belle. Anna, Anaïs, Annabelle. Parce que ce sont des noms qui appartiennent aux âmes et que les familles -presque toujours des âmes sœurs- donnent aux corps du nourrisson qui accueille les âmes en question. Cela passe par des communications inconscientes.

Quand ces âmes sœurs n'entretiennent pas de lien parent/enfant et qu'elles se croisent, elles se reconnaissent inconsciemment là aussi. Et c'est là qu'on ressent alors un sentiment de déjà-vu. Habituellement les choses s'arrêtent là, car les âmes ne gardent pas de souvenirs conscients de leurs vies antérieures. Seulement de faibles résidus qui ressortent parfois dans les rêves.

-Ce sont des sacrés résidus, si mes rêves sont des souvenirs de vies antérieurs, murmura Anna. »

Jane écrasa son mégot et se pencha vers Anna. Ses yeux brillaient d'un savoir qu'elle avait plaisir à dispenser.

« C'est pour cela que je dis 'habituellement'. Car les vampires changent la donne. D'après les premières hypothèses du Vampire ayant fondé cette théorie, l'âme vampirique ne se réincarnant pas, elle conserve ces souvenirs sur des durées de centaines voire de milliers d'années. Mais leurs âmes sœurs elles ne sont pas forcément vampire. Après tout avant leur transformation, les vampires sont des Hommes. Hors si un vampire croise une âme sœur, il n'a pas besoin du sentiment de déjà-vu pour la reconnaître, car tous ses souvenirs sont intacts et les âmes modèlent toujours plus ou moins le corps qu'elles habitent pour convenir à l'apparence qu'elles aiment arborer.

-Attendez, laissez-moi récapituler. A travers les réincarnations nous gardons des noms et des apparences semblables?

-Oui ! Pas exactement des copies conformes mais avec de fortes similitudes oui. Et donc, si une âme sœur humaine croise une âme sœur vampirique et bien, les âmes qui communiquent entre elles peuvent soudain échanger beaucoup plus qu'un simple sentiment de déjà-vu. Car le vampire se rappelle d'au moins une de leur vie antérieur commune. Et alors l'humain reçoit théoriquement des rêves de plus en plus précis quand il reste en présence de l'âme sœur immortelle. Des rêves qui relatent la ou les vies antérieures en question qu'elles ont partagé. »

Anna glissa distraitement ses doigts dans le poils vaporeux de Cheshire qui ronronnait sous ses doigts. Brièvement Anna se demanda si les animaux se réincarnaient eux aussi. Mais elle supposa que non. L'idée d'âme sœur était déjà suffisamment compliquée pour ne pas rajouter des animaux dans l'équation.

« D'accord donc cela est... toute la théorie.

-Pas entièrement non. Je pourrais te parler des âmes compagnes. »

Devant la mine perdue d'Anna, Jane alluma une seconde cigarette et leva la main pour faire signe au serveur de les resservir.

« Je suppose que les âmes compagnes sont ce que tu pensais qu'était les âmes sœurs. Ce sont des âmes amantes. Des âmes faites pour s'aimer à travers le temps. Cela n'empêche pas qu'à une incarnation particulière les âmes finissent avec quelqu'un d'autres, mais à travers le temps, elles se retrouvent généralement ensemble. »

Anna malgré ses rêves de princes charmants n'avait jamais cru au coup de foudre ou aux âmes sœurs -enfin âmes compagnes.

« Là encore, les vampires ont changé la donne. As-tu déjà entendu parler des calices ?

-La coupe ?

-Non, non. Les vampires peuvent avoir une âme compagne elle aussi. Si elle est aussi un vampire, le problème est vite réglé. Ils peuvent parcourir l'éternité ensemble. Mais souvent l'âme compagne est humaine. Si le vampire boit du sang de cette personne, alors le vampire se retrouve incapable de boire le sang de quelqu'un d'autre. Il ne peut plus se nourrir d'autre chose que de cet être humain qui gagne alors le titre de Calice et partage l'immortalité du vampire sans en être un. Un calice est à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse d'un vampire. Le sang d'un calice offre une puissance peu commune au vampire mais perdre le calice conduit rapidement le vampire à la folie et à la mort car aucun autre sang n'apaise sa soif. Comme si d'une certaine manière l'âme du vampire ne pouvait accepter la perte de son âme compagne. »

Cette fois Anna était perdu.

« C'est... n'importe quoi ! Comment pouvez-vous savoir ce genre de chose ?!

-Pour l'âme ? Ce sont des théories. Mais les Calices sont avérés. Lorsque les vampires en ont un, je peux t'assurer qu'ils se terrent avec, pour la survie de leur calice et la leur. Ils ne peuvent pas non plus le transformer ce qui équivaudrait à la mort du vampire qui s'en nourrit car tu l'auras peut-être remarqué un vampire ne saigne pas.»

Anna se rappela le couteau dans l'épaule d'Elsa. Elle n'avait pas saigner en effet. Mais cela ne prouvait rien. Néanmoins, le sujet des calices l'intéressa. Elle doutait que cela ait quoique ce soit à voir avec les âmes compagnes, mais Anna voulait bien croire que les vampires puissent être accro à certains sang plutôt que d'autres.

« Il y a... vraiment eu des calices ?

-Oui, acquiesça Jane. Pandora les chassait parfois pour abattre les vampires qui s'en nourrissaient.

-C'est monstrueux ! S'exclama Anna dans un mouvement de recul.

-C'étaient des vampires Anna, et...

-Mais s'ils ne pouvaient se nourrir que de leur calice, ces vampires n'étaient pas un danger pour les hommes. N'est-ce pas ?

-En théorie. Mais dans les faits, certains vampires prenaient plaisir à tuer et le sang de leur calice les rendait plus dangereux encore. Aujourd'hui cependant, on ne trouve plus de Calices. Probablement parce que les vampires et les hommes sont beaucoup moins mélangés qu'à l'époque.

-Je n'avais jamais entendu parler de Calice. »

Jane sembla enfin avoir dit tout ce qu'elle pouvait. Elle vint se reposer au fond du fauteuil et Anna ne remarqua qu'à ce moment-là que Jane avait fumé bien plus que deux cigarettes. Jane termina son verre de thé d'une traite et pointa un doigt vers Anna.

« Voilà ce que je crois comprendre de tes rêves. Elsa Arendelle, Premier Vampire, fut ta sœur alors qu'elle était humaine. Elle, ainsi que ta mère et moi probablement, faisons partis de tes âmes sœurs. A son réveil dans la crypte, tu as croisé Elsa Arendelle et alors tu as commencé à avoir les souvenirs de tes vies antérieures en retour.

-Et je continuerais à avoir ses rêves en ne l'ayant croisé que deux fois ?

-Je ne peux que supposer. Mais Anna, c'est probablement ça ! Dans chaque rêve tu vois Elsa à des âges et des lieux différents, avec des noms semblables mais là aussi différent. Et si nous avons raison, on peut probablement apprendre comme est apparu le premier vampire!

-Ce ne sont que des rêves ! Se récria Anna soudain apeurée qu'on attende d'elle quelque chose qu'elle ne pouvait fournir. Des rêves, Miss Porter. De simples rêves!

-Des rêves dans lesquelles vous apprenez des choses que vous êtes censée ignorer. Les Fjords, les montagnes recouvertes de sapins enneigés, ce sont les descriptions que l'on a de Del. Là où se situe le manoir des Arendelles. Tu as appris mon prénom de cette façon. »

Anna se tordit les mains d'inquiétude.

« Bien admettons que vous aillez raison, pourquoi voudrait-elle me tuer ? Pourquoi Elsa, ma sœur théorique, voudrait ma mort ? »

Anna préféra mettre de côté les baisers échangés.

« Je l'ignore Anna. »

Anna soupira.

« Miss Porter, Jane. Je crois que vous devriez aller vous reposer. »

Anna ne précisa pas que l'aspect négligé de Jane ainsi que son discours commençait à l'effrayer. Jane cependant secoua brutalement la tête de gauche à droite dans un déni indéniable. Elle agita à nouveau sa main et ordonna un whisky.

« Quelque chose Anna ?

-Non merci, déclina-t-elle embarrassée. »

Alors qu'un silence inconfortable commençait à s'installer, le crépitement de pied d'enfants résonna, apportant auprès de leur table une petite fille aux cheveux noirs négligemment attachés et aux yeux chocolats pailleté d'or. Elle était vêtue d'une jupe plissée noir recouvrant un collant raillé vert et blanc ainsi qu'un sweet du même vert. Anna trouva la petite fille adorable tant elle avait accrochés des pins et strass rose partout sur elle.

« Voilà votre Whisky, Madame. »

La voix jeune et joyeuse la fit sourire. La petite fille était particulièrement énergique et dissipa immédiatement la tension à leur table. La fillette se tourna finalement vers Anna et sourit à la vue du chat.

« Oh, il est mignon. Puis-je... »

Anna n'eut pas le temps de répondre. Cheshire fit le gros dos et siffla à l'enfant toutes griffes dehors. Plutôt que s'effrayer la petite fille sourit alors qu'Anna disputait copieusement l'animal pour sa réaction. Alors qu'Anna reposait le chat à terre pour sa réaction, un jeune homme s'approcha de derrière la petite fille.

« J'espère que ma sœur ne vous dérange pas ? Intervint-il tout sourire. »

Anna lui rendit son sourire. Le jeune homme était plutôt beau. Il dégageait une impression d'espièglerie avec ce sourire si particulier. Ses cheveux cuivre étaient dans un amas désordonnés dont la couleur correspondait à celle de ses yeux. Il portait un fin t-shirt vert au-dessus d'un jean beige bien coupé.

« Elle a vu le serveur et elle a voulu s'occuper elle-même de vous apporter votre boisson. Il n'y a qu'à cet âge que les enfants sont aussi serviables. »

Anna rit mais Jane les mains autour de son verre les observa en silence.

« Je suis Peter, se présenta-t-il finalement.

-Enchanté Peter, je suis Anna, lui répondit-elle tout sourire, serrant la main fraîche qui lui tendait. Vous êtes en vacances ?»

Le jeune homme rit. Cela sonnait comme les cloches d'un carillon.

« Et oui. Ça se voit tant que ça que nous sommes des étrangers ?

-Vous êtes assez pâle, rit Anna.

-Un peu trop, murmura Jane redevenue brutalement elle-même. Tu n'as pas trop chaud avec ce sweet ? »

L'enfant prit un moment pour comprendre qu'on parlait d'elle.

« Oh non, ça va. Et puis le soleil est en train de se coucher et on nous a dit que les nuits pouvaient être fraîches. »

Miss Porter se mordit distraitement la lèvre inférieure. Anna ne perçut pas son inquiétude, tout heureuse que l'on interrompt sa conversation étrange avec Jane. Cheshire, probablement vexé d'avoir été rabroué, ou détestant véritablement les enfants avait détalé une dizaine de minutes avant sans demander son reste.

Deux nouvelles têtes s'approchèrent. Des visages jeunes, probablement du même âge que Peter. Anna les trouva splendide. La première avait des cheveux roux presque rouges et des yeux d'un bleu océan. Elle portait un haut de bikini vert et un paréo de la même couleur, un contraste frappant avec la blancheur de sa peau. Anna aurait pu croire à une sorte de gang dont leur couleur était le vert. Mais le dernier de leur membre se distinguait profondément des autres. Des cheveux argentés presque blanc, des yeux bleus et un sourire de travers. Il portait un pull à capuche bleu et un pantalon de toile beige, pieds nus, revenant probablement de la plage.

« Voici, Ariel et Jackie.

-Jack, corrigea le jeune homme. »

Anna les salua tous avec enthousiasme, avant de littéralement se figer face à la figure qui arrivait dans leur dos. C'était un homme de haute stature d'une trentaine d'année. Il portait des cheveux longs retenus par un lien, d'un blond clair tendant vers le roux et il avait lui aussi des yeux bleus. Des yeux qui lui semblaient familiers. Il avait des lèvres charnues pour un homme, Anna ne trouvait pas cela spécialement attractif mais cela lui donnait un certain charme. La chemise parfaitement repassé et le pantalon noir lui donnait un air royal. Anna avait comme... une impression de déjà-vu. Elle renifla avec sarcasme à l'idée de pouvoir donner du crédit à la théorie de Miss Porter.

« Et c'est Adam ! Le présenta Peter.

-Enchanté, répondit tranquillement Jane sans avoir touché à son verre. Mais je crains que nous devions vous laisser. Nous sommes attendues...

-Je ne crois pas, la coupa-t-il durement. »

Sans y avoir été invité, Peter tira une chaise pour s'asseoir à leur table.

« Vanellope. »

Anna ignora ce que cela signifiait mais il sembla évident que la petite fille répondait par ce nom et qu'on attendait d'elle quelque chose. Vanellope se dirigea vers la porte d'entrée. Anna ne distinguait plus le moindre serveur ni touristes à l'intérieur du café aussi bien que sur la terrasse. Il semblait n'y avoir plus qu'eux.

« Nous avons entendu votre conversation par le plus grand des hasards, ironisa-t-il.

-Ah, je ne pensais pas que nous parlions aussi fort, s'excusa Anna un sourire de façade ayant remplacé sa joie précédente.

-Oh vous ne l'étiez pas mais c'était fort intéressant. »

Anna eut du mal à se concentrer sur Peter. Son regard revenait toujours vers Adam. Même le nom lui semblait familier. Et l'homme... l'homme la regardait avec une émotion indéfinissable. C'était un regard déchirant, comme s'il souhaitait dire quelque chose ou faire quelque chose mais qu'il en était incapable.

« Est-ce que... nous nous connaissons ? Osa-t-elle finalement demander.

-Anna, l'interrompit Jane. Rentrons, il est tard.»

La voix ferme tentait de lui transmettre un message mais Anna ne parvenait pas à détacher son regard de l'homme.

« Et bien alors Adam tu ne réponds pas ? susurra soudain une voix qui figea Anna dans son siège. »

Jane n'avait pas besoin d'explication pour comprendre qui cela était. Elle avait suffisamment entendu parler d'Elsa Arendelle pour la reconnaître. Elle exhalait la puissance. Ce fut comme une chape de plomb tombant sur la salle. Elle était apparue soudainement dans le dos d'Anna.

« La technologie est incroyable, souligna Elsa. J'ai pu si rapidement communiquer avec les miens. Et les faire venir. Peter as-tu fait les présentations ?

-Bien sûr, répondit le jeune homme avec nonchalance. Mais Miss Porter n'a pas du comprendre qui nous étions. »

Jane figée essaya de reconnaître les individus devant elle.

« Peter Pan, Jack Frost, Ariel Atlantica, Vanellope Von Schweetz. »

Jane se raidit aux noms. Pandora avait connaissance de ces vampires depuis longtemps. Comme pour beaucoup d'entre eux, ils n'avaient guère fait parler d'eux ces derniers siècles. Mais en cherchant sur Elsa Arendelle on ne pouvait que tomber sur eux. Ils constituaient la garde personnelle du vampire originel. Et à sa disparition, ils étaient devenus une partie des Seigneurs Sombres de Del.

« Et bien sûr une fille ne peut oublier son père, se moqua-t-il en se tournant vers Anna, cela nous laisse ainsi Adam Arendelle. »

Anna sentit sa gorge se resserrer. Son père. Elle repensa à l'explication de Jane sur les vies antérieures.

« Je crois, papa, pépia Elsa, qu'Anna ne se souvient pas de toi. Elle pourrait pourtant faire un effort, Gouvernante Jane s'est donné tant de peine pour lui expliquer le principe des âmes. Une bien belle théorie, n'est-ce pas ? Étonnamment juste pour ce que l'on en sait.

-Miss Arendelle, intervint Ariel. Nous pourrions certainement mener votre plan sans faire face aux lycans. »

Vanellope qui visiblement jouait le rôle de sentinelle revenait en effet, porteuse de bonnes nouvelles pour Anna et Jane : l'arrivée des Lycans.

« Bien sûr que non, Ariel. Je vais rappeler aux hommes ce que nous sommes et pour quelles raisons ils doivent nous craindre. Et cela passe par une amère défaite de leur meute de chien. Une défaite que je veux leur infliger ici, sur une de leurs terres prisées entre toutes !

Je suis d'ailleurs incroyablement déçue de votre passivité durant tous ses siècles. Mais il n'est clairement pas temps de parler de cela. Vous savez ce que vous devez faire. »


.

Alors même qu'elle dit cela, les parois en bois du café éclatent soudain de toutes parts. Ce sont plus de deux dizaines de Lycans sous leur forme de loups qui déboulent dans l'établissement, les crocs découverts. A leur tête, il y a Grimm. Anna se sent rassérénée par sa seule présence.

« Enfin, rit Elsa en frappant dans ses mains. Tu te montres enfin. Viens ici, ma chérie. Je ne suis pas en colère. Tu sais que je ne peux jamais être en colère contre toi. »

Anna et Jane échangent un regard inquiet. Elsa s'adresse en effet aux Lycans et parait véritablement heureuse de les voir. Sa voix sonne comme celle d'un enfant qui vient de remettre la main sur son jouet préféré. Quant à l'ensemble des loups, il gronde, le poil gonflé et la bave aux lèvres mais aucun ne s'élance.

« Ne joue pas à ça, continue Elsa d'une voix qui tente de réprimander son interlocuteur. Parlons. Je crois bien mériter ça. Reprends ton apparence. »

Un silence de mort s'établit. Anna et Jane n'osent pas bouger. Elles craignent qu'au moindre mouvement l'un des deux camps ne les attaque. Néanmoins Anna aurait aimé savoir à qui parle Elsa.

« Allez Cheshire ! »

Jane envoie un regard plein de signification à Anna. Cheshire-le-chat a disparu mais visiblement Elsa le cherche. Une pensée effleure soudain Anna. Et si... Anna observe Grimm. Son pelage blanc et ses yeux bleus. Le même bleu intense presque électrique que celui de Cheshire. Grimm est la source des Lycans : peut-être a-t-il plus d'une forme physique. Avec la fenêtre ouverte d'une vingtaine de centimètres, Cheshire aurait pu passer et sortir de la chambre.

Anna est brutalement tirée de ses pensées quand Elsa l'attrape d'un mouvement leste. Grimm gronde et piétine. Les muscles d'Adam se tendent mais il ne bouge pas.

« Ah, soupire Elsa. C'est elle, n'est-ce pas ? Tu dois être bien affaibli de te priver de son sang. C'est une chose que je ne parviens pas à comprendre, il est infect ! »

Grimm jappe de colère.

« Oh arrête, répond Elsa comme si elle comprenait vraiment ce que lui disait Grimm, je ne l'ai pas touché. A peine du moins. Juste pour goûter. Mais je n'ai encore rien fait de réellement répréhensible. Je veux que tu sois là quand ça arrivera. Adam, toi et peut être Belle. Comme la famille dis-fonctionnelle que nous sommes. »

Elsa attrape le verre vide d'Anna et tire son poignet au-dessus. Les yeux d'Anna s'agrandissent de surprise quand une sorte de griffe aiguisée pousse à la place de l'ongle de l'index d'Elsa. D'un coup sec, elle tranche la paume d'Anna. Cette dernière gémit, mais malgré ses efforts, elle ne parvient pas à rétracter sa main prise dans l'étau d'Elsa. Goutte après goutte, son verre se remplit de son sang. Les pupilles des vampires se dilatent, les lycans s'agitent à l'odeur, avancent puis reculent, proche d'être libre du contrôle de plus en plus ténue de Grimm.

Les pupilles de l'alpha sont encore plus dilatées que celui des suceurs de sang.

« Calme, sifflote Elsa avant de déposer le verre plein au milieu des Lycans et des vampires. »

Un loup s'en approche et Grimm fait claquer sa mâchoire avec agressivité. Le loup se recule et regagne les rangs. Anna et Jane observent la scène avec appréhension. Grimm s'approche finalement et lentement se met à laper le sang d'Anna. D'abord avec hésitation puis avec précipitation, comme un assoiffé dans le désert qui atteint enfin un oasis sans oser y croire.

« Maintenant, reprends ton apparence, ordonna Elsa. »

Anna a vu quelques lycans mutés depuis qu'elle côtoie Pandora. Elle imagine que Jane en a vu plus encore. Mais ce qui a lieu devant elles n'a rien à voir avec ce dont elles sont habituées. Les membres de Grimm ne s'allongent ni ne se rétrécissent. C'est un miasme noir qui pue la magie. C'est comme si Grimm perdait tout substance. Brièvement, il prend l'apparence d'une bête de fumée puis la fumée se modèle tente de s'incarner en d'autres apparences. Une sorte de bêtes ailées, puis une forme plus petite comme un chat avant que la fumée ne s'allonge à nouveau. Une silhouette puis des membres se dessinent. Ariel délie son paréo et s'approche avec précaution de la forme encore intangible de Grimm. Finalement les traits s'affinent, la couleur noir disparaît pour prendre celle d'un blanc pâle, plus pâle encore qu'Elsa ou Jack. Anna sent son souffle se prendre dans sa gorge. Des cheveux blonds platine indisciplinés, des yeux aussi bleus que ceux de Grimm ou de Cheshire, des lèvres d'un rose alléchant, un nez fin très légèrement retroussé, des sourcils bien dessinés, des pommettes hautes. Anna sait qu'elle l'a déjà vu. Que c'est elle qui est dans tous ses rêves.

Au milieu de la salle, elle resserre autour d'elle le paréo d'Ariel. Malgré son peu de vêtements, elle est plus imposante et impressionnante que tous les autres réunis. Elle ressemble à Elsa, constate Anna. Mais une Elsa magnifiée. Comme si le plus grand des artistes avait utilisé une base merveilleuse pour en faire un être divin.

Quelque chose gêne Anna cependant. Comme une pièce manquante. Son rêve -ses souvenirs- revient la hanter. Celui ci est différent cependant. Il se passe après le jardin enneigé, Anna le sait. Elle se revoit avec sa sœur, lui demander de venir faire un bonhomme de neige. Sa sœur ne veut pas car elle joue déjà avec Cheshire. Anna insiste, elle supplie Alice de venir jouer.

Alice ! Alice Arendelle !

Anna se sent tétanisée. La petite fille de son rêve, sa sœur, s'appelle Alice. La femme que Hans a réveillé de son tombeau est Alice Arendelle. Alice Arendelle le premier vampire. Alice Arendelle sa sœur.

Mais alors qui est Elsa ? Anna sait savoir en partie la réponse à cette question.

Elsa est le nom qu'Anna a donné à Cheshire quand, pour la première fois, le petit chat qu'Alice avait recueilli a pris apparence humaine. Elsa Arendelle, parce qu'Anna l'aimait alors comme une sœur.

Dire qu'Alice n'avait pas été contente aurait été un euphémisme. Elle avait été furieuse. Parce que Cheshire était à elle et qu'Anna n'aurait pas dû décider quoique ce soit. Alors Alice avait volé le nom d'Elsa pour commettre ses crimes. C'était une pensée enfantine : Alice avait décrété que si elle était Elsa, alors Cheshire ne pourrait pas l'être et resterait simplement Cheshire.

Anna cependant se souvient. Ses souvenirs sont parcellaires mais soudainement beaucoup plus clairs. Dans ses vies antérieures, celle qu'elle a embrassée et aimée est Elsa, la femme qu'elle a nommée contre l'avis de sa sœur. Alice, qui se fait passer pour une autre, est seulement le monstre qui terrorise les hommes depuis près de 3 millénaires.

Mais la manière dont elle devenue ce monstre, cela lui reste inconnu.

Anna se lève, incapable de s'empêcher d'avancer vers la véritable Elsa, le Lycan, l'Alpha, Grimm, Cheshire.

« Elsa, chuchote-t-elle hypnotisée par la femme. »

Même si ces rêves étaient souvent flous, elle ne peut supporter l'idée d'avoir pu confondre Elsa et Alice. Elle sait qu'elle n'a pourtant rien à se reprocher, mais rien à faire, Elsa ne mérite pas d'être oublié, et encore moins d'être prise pour Alice.

Alice cependant l'arrête brutalement.

« Non, non, ordonne Alice avec un soupire sinistre. Ne bouge plus Anna. »

Anna s'arrête le cœur battant à toute vitesse. Elsa tourne son regard vers elle et Anna se sent incroyablement agitée. Elle fourmille d'impatience et du besoin de s'élancer vers la femme. Elle veut goûter au chocolat et à la menthe fraîche de ses lèvres, se gorger de l'odeur de neige et de sapins de sa peau. Mais elle craint ce que serait capable de lui faire Alice si elle ose bouger.

« Anna, murmure Elsa avec un doux sourire. »

Anna sent son cœur battre au son mélodieux de sa voix. Elle veut continuer à l'entendre dire son nom pour l'éternité.

« Silence, tonne Alice. Cheshire, ma chérie. Je t'excuse de m'avoir enfermée dans cette affreuse crypte mais...

-Alice, l'interrompt la véritable Elsa. Je ne cherche pas tes excuses. Tu as passé des siècles à chercher à tuer Anna. Je t'avais prévenu que si tu tentais de t'en prendre à elle, je t'en empêcherai.

-Pourquoi en reviens-tu toujours à Anna ? Grince Alice son visage se tordant de rage. Pourquoi faut-il que tout revienne toujours à Anna ?! Ne suffisait-il pas qu'elle s'approprie ma maison, mon père et mes affaires ?! Elle devait aussi obtenir ton affection ?! »

Elsa se redresse. Sa posture est royale.

« Anna est mon Calice, tranche Elsa d'un ton qui n'admet pas qu'on la contredise. Tu es peut être mon maître mais ma loyauté lui est acquise avant tout.

-Alors je vais faire en sorte que tu n'aies plus de loyauté envers quiconque si ce n'est moi. »

Anna ne comprend pas vraiment ce qui se passe mais cette phrase est le signal pour un assaut entre deux espèces dont Anna craint le dénouement.

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Un chapitre un peu brouillon je trouve mais bon...

Dans le précédent chapitre, les "nouveaux" personnages étaient: Belle (Belle et la Bête) et Cheshire (Alice aux pays des Merveilles).