Si je traverse la vallée des ténèbres

Rien n'est à moi ici, pauvre traductrice que je suis : Harry Potter appartient à Mme Rowling et aux gens qui ont signé des contrats avec elle, alors que cette histoire a pour auteur Aurette (vous trouverez la VO en passant par mes auteurs favoris).

Merci à tous les lecteurs, à tous ceux qui ont mis cette histoire en alerte ou en favori et à tous les commentateurs !

Attachez vos ceintures, l'histoire décolle vers de nouvelles directions dans ce chapitre...


7) Saisir

Hermione poussa la porte avec un soupir.

« Eh bien, j'ai survécu à ma première journée », dit-elle en s'appuyant contre le mur pour enlever ses chaussures.

Son sortilège antichoc avait lâché vers trois heures et les racines de ses cheveux hurlaient leur douleur. Elle attrapa les peignes et défit sa coiffure.

« Je soupçonne qu'il y a une petite chance que je finisse par mourir d'ennui bien avant que tu ne commences à avoir l'air trop cuit », marmonna-t-elle en penchant pour faire tomber sa chevelure vers l'avant et se gratter le crâne. Elle rejeta la tête en arrière et regarda Severus pour la première fois.

« Oh, tu es déjà prêt à te coucher ? Il n'est que cinq heures et demie. »

Il était en pyjama, assis contre sa pile d'oreillers, un livre ouvert à l'envers sur les genoux.

« Tu ne te sens pas bien ? », demanda-t-elle avec inquiétude.

Il cligna deux fois des yeux avant de sembler se souvenir qu'il pouvait bouger la tête et de secouer cette dernière.

« Je vais bien, dit-il doucement tandis qu'elle s'asseyait au niveau de sa hanche. Je suis simplement fatigué.

– Tu t'ennuies ? »

Il grimaça et hocha la tête.

« Ce n'est pas une façon de traiter un livre, tu sais. Ah, Un homme pour l'éternité. Je pensais que tu pourrais aimer. Tu l'avais déjà lu ? Vu la pièce ou le film ? »

Il agrippa le livre alors qu'elle s'en emparait ; elle le leva brutalement en l'air et le maintint au-dessus de sa tête.

« Bon sang, je sais que tu n'as pas de porno, tu n'as aucune raison de rougir comme un première année. »

Il fronça les sourcils, le visage cramoisi, et attrapa le livre tandis qu'elle voulait mettre un marque-page à l'intérieur.

« Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? »

Elle baissa les yeux vers l'endroit où le marque-page avait voltigé et vit la réponse à sa question.

« Oh. Oh... »

Sous le fin coton de son pyjama, il était manifeste que Rogue avait essayé de dissimuler une érection plutôt impressionnante. Ses jambes se replièrent et se rapprochèrent brutalement de son corps tandis qu'il saisissait le livre et le replaçait par-dessus. N'ayant apparemment pas l'impression que ce fût suffisant, il prit le drap en coton léger et le roula en tapon sur le membre offensant. Il leva les mains de frustration, les laissa retomber à mi-parcours sur le lit puis se laissa aller vers l'avant et enfouit son visage en feu entre elles.

Le cerveau d'Hermione était parti d'un coup dans plusieurs directions à la fois, dont la plupart étaient hautement inappropriées. Pour tâcher d'alléger l'atmosphère, elle dit :

« Je te proposerais bien un coup de main pour ça, mais d'après Ron, ce n'est pas du tout mon truc. Tu ferais sans doute mieux de t'en charger toi-même. Tu as besoin d'un moment ?

Ce n'est pas drôle », siffla-t-il en relevant brusquement la tête et en lui jetant un regard meurtrier.

Il pouvait à présent mettre un volume non négligeable dans son souffle lorsqu'il était énervé.

« Quelle partie ? répliqua-t-elle. Écoute, Severus, tu ne passes pas autant de temps que moi dans une tente avec deux garçons pleins d'hormones sans t'habituer à certaines réalités masculines. Ce n'est pas que... je veux dire, je n'ai pas... j'étais encore vierge jusqu'après... »

Elle parvint finalement à se taire, mais pas avant que son visage à elle aussi fût tout brûlant.

« Et merde. Voilà que j'ai réussi à me mettre toute seule dans l'embarras. »

Il ferma les yeux et secoua la tête.

« Écoute, dit-elle pour essayer encore de sauver la situation, au moins, tous tes nerfs fonctionnent à nouveau, pas vrai ? C'est une bonne chose, ça, non ?

Va-t'en, Granger, dit Severus en se laissant retomber sur ses oreillers.

– Très bien, répondit-elle avec un soupir en se levant du lit. J'ai eu une longue journée, moi aussi. Je te vois demain matin. »

Elle se pencha pour lui donner un baiser sur le front, mais il siffla :

« Non ! »

Elle se figea.

« Arrête ça, merde... m'embrasser tout de temps ! Ça n'est pas... »

Il se tourna vers le mur, visiblement mortifié. Tout devint soudainement clair et elle comprit enfin ce qui se passait. Ses clignements d'yeux du matin, son regard lourd au déjeuner. Comment avait-elle pu être si bête ? Ne serait-ce que quelques jours auparavant, elle avait été sûre que, s'il avait été intéressé par elle, elle l'aurait su. Elle avait eu raison. C'était juste qu'il n'avait pas été intéressé alors.

Un millier de pensées se précipitèrent ensemble dans son esprit, créant un tel bourdonnement qu'il lui devint complètement impossible de réfléchir. Au lieu de se redresser, elle se pencha davantage. Elle fit un mouvement lent, pour lui donner tout le temps du monde de s'écarter.

Il ne s'écarta pas. Ses yeux s'élargirent, et il tourna la tête vers elle, mais ensuite, il s'immobilisa. Son regard s'abaissa vers les lèvres d'Hermione et il laissa échapper le plus doux des soupirs juste avant qu'elle ne lui donnât un baiser léger.

Les lèvres de Severus étaient chaudes, sèches et accueillantes. Hermione se recula un peu pour regarder dans ses yeux insondables et referma aussitôt les siens, pour ne plus voir l'incroyable besoin qu'elle avait aperçu. Elle se pencha à nouveau et les mains de Severus montèrent puis enveloppèrent délicatement les épaules d'Hermione, pour l'approcher de lui et lui rendre son baiser.

Il tremblait.

La tête d'Hermione résonnait encore de ce drôle de bourdonnement tandis qu'elle soupirait contre la bouche de Severus et frottait son nez contre le sien, bien plus grand. Elle se sentait un peu folle, hors de contrôle, légèrement terrifiée et surtout désirée.

Elle posa les mains de chaque côté du visage de Severus, l'embrassa à nouveau, et les doigts du sorcier s'enfoncèrent dans ses épaules. Il l'attira à lui et l'enveloppa de ses bras, ce qui transporta instantanément leur baiser à un niveau de délire.

Elle agrippa son visage, glissant sa bouche contre celle de Severus tandis qu'il mordillait gentiment sa lèvre inférieure. Captivée par le bruit que faisaient ses lourdes respirations, elle s'efforça inconsciemment de se mettre en rythme avec lui, s'étourdissant elle-même.

Avec un mouvement de hanche, elle plaça un genou sur le lit et monta dessus tandis qu'il écrasait sa poitrine contre la sienne. En sentant la manière désespérée dont les muscles de Severus se crispaient, elle gémit en écho à son chant silencieux. Elle glissa à côté de lui sur le lit, s'étalant le long de son corps.

Il l'embrassa passionnément, et une de ses mains descendit sur son dos jusqu'à se poser sur ses fesses. Les orteils d'Hermione se replièrent et elle laissa échapper un petit gémissement léger. Elle suivit son mouvement lorsqu'il la guida au-dessus de lui et à eux deux, ils finirent par déloger le livre qu'il avait gardé sur les cuisses. Celui-ci atterrit sur le sol carrelé avec un claquement sonore qui les fit sursauter. Ils se séparèrent et se tournèrent vers la source du bruit, le souffle court après leurs activités. Quand elle tourna à nouveau les yeux vers lui, elle put voir que son désir était déjà éclipsé par le remords.

Elle se pencha pour l'embrasser encore, mais il lui attrapa les épaules et l'arrêta.

« Severus...

Non. C'est idiot. Je... je... fit-il avec un long soupir frémissant en la repoussant. Je suis un salopard égoïste.

– Et c'est si mal que ça ? demanda-t-elle. C'est pas pour insister lourdement, mais il ne te reste pas tant d'occasions que ça d'être égoïste. Ou heureux.

Ça n'est pas correct, dit-il en secouant la tête. C'est trop tordu. Tu es déjà en train de souffrir et moi... C'est d'une folle cruauté. Tu m'as offert ton amitié et je n'ai pas pu me contenter de ce cadeau seulement. Tu es si jeune, ajouta-t-il en levant la main pour lui caresser la joue du doigt. Tu mérites mieux que d'être un sujet d'obsession pour un homme désespéré.

– Mais je...

Non, l'interrompit-il en pressant les doigts sur sa bouche.

– Mais tu as envie de moi, répliqua-t-elle en se reculant et en lui jetant un regard féroce.

J'ai aussi envie de vivre mais ça ne risque pas d'arriver, non ? Rentre à la maison, Granger. Tu me remercieras quand tu auras vieilli.

– Ta gueule, Severus, rétorqua-t-elle en attrapant son sac à perles sur la table et en se levant du lit. Je suis censée me montrer reconnaissante du fait que même les hommes solitaires, désespérés et mourants me rejettent ? Va te faire foutre.

Hermione... »

Elle le coupa d'un geste de la main et se dirigea vers la porte, en s'arrêtant pour remettre ses chaussures.

« Je reviendrai demain matin, avec ton journal. Il est aussi temps de t'apporter de nouveaux livres. »

Elle se redressa et ouvrit la porte mais la main de Severus passa par-dessus son épaule et la referma brutalement. Elle poussa un petit cri de surprise : elle ne l'avait pas entendu bouger. Il lui attrapa le coude et la fit tourner, l'enveloppant de son bras.

« J'ai envie de toi, souffla-t-il avec dureté. Seigneur, j'ai tellement envie de toi. Personne ne s'est jamais montré aussi aimable avec moi, personne n'est jamais devenu aussi important pour moi en aussi peu de temps. Pourtant, tu vois forcément que c'est le comble de la folie. j'ai deux fois ton âge, tu as été mon élève, et je suis en train de crever, bordel ! Pas un jour... ajouta-t-il en la lâchant pour déboutonner rapidement son haut de pyjama, l'ouvrir largement et dévoiler son pectoral gauche, qui était désormais couvert de noir. Bientôt. Tout ce qui pourrait se passer entre nous n'a pas le moindre sens. Si tu n'étais pas si fragile à présent, tu le verrais. Quel genre d'homme serais-je si je te sautais pour mourir juste après, sans tenir aucun compte de tout ce que tu as déjà perdu ? »

Le bourdonnement vrillait encore les oreilles d'Hermione, mélangeant ses pensées et brouillant ses émotions. Elle leva la main et la posa sur la poitrine de Severus qu'elle sentit frissonner à son contact.

« Est-ce que tu crois vraiment que ta noble réserve rendra ton départ plus facile à supporter ?

J'ai l'impression que c'est de la folie, répondit-il en saisissant sa main pour l'arrêter. Je n'ai jamais rien récolté de bon en prenant ce dont j'avais envie. Pour le moment, tu es fragile. Tu ne t'attendais pas à de tels désirs de ma part.

– Tu as raison, reconnut-elle en soupirant et en s'appuyant contre lui. Bien sûr que tu as raison. Je demande encore une fois trop d'affection. C'est stupide, illogique et le moment le plus mal choisi possible au monde. C'est juste que je... commença-t-elle avant de s'interrompre, incapable de trouver ses mots, et de laisser ses épaules s'affaisser. C'est juste que j'aurais voulu te connaître dans d'autres circonstances. Je t'aime bien, Severus. Je t'aime vraiment bien.

Hermione, souffla-t-il après un soupir en resserrant les bras autour d'elle, il n'y a pas eu d'autres circonstances. Tu sais bien que la seule possibilité que je tolère ta présence assez longtemps pour pouvoir découvrir qui tu es vraiment, c'était que je sois absolument incapable de me sauver ou de t'envoyer promener. »

Elle eut un petit rire par le nez et entendit, contenu dans sa poitrine, l'éclat de rire de Severus. Il la repoussa avec douceur et baissa les yeux vers son visage. Elle dut tourner la tête pour écouter ce qu'il disait à cause d'un vacarme soudain dans le couloir.

« Permets-moi de te remercier pour tout ce que tu as fait. Pour tout ton bavardage, pour les livres, pour les conversations, pour les débats. Et surtout, je te remercie de m'avoir montré qu'il y a une personne sur cette terre qui s'inquiète de ma mort. Je préférerais ne pas gâcher tout ça par une séance de sexe compassionnel. Enfin, conclut-il en lui donnant sur le front un baiser qui tenait de la bénédiction, je te remercie pour un baiser plutôt splendide.

– En voici un autre, répondit-elle en se penchant pour l'embrasser rapidement mais possessivement. Maintenant, je vais me ramener mon égo maltraité à la maison et le nourrir de crème glacée. »

Il lui sourit et se pencha pour lui ouvrir galamment la porte. Ils tournèrent tous deux la tête en entendant des bruits de pas précipités et des portes qui claquaient.

Hermione sortit d'un bond dans le couloir et attrapa la manche de l'infirmière Chisholme.

« Qu'est-ce qui se passe ?

– Nous devons mettre les patients à l'abri ! cria-t-elle. Aide-moi à barricader les portes !

– Les mettre à l'abri ? demanda-t-elle en sortant aussitôt sa baguette. De quoi ?

– On ne sait pas ! J'ai entendu dire que tout le monde était mort au sixième étage et il y a des cris qui viennent du cinquième. On doit enfermer tous les patients et barricader magiquement les portes. Une nuée d'Aurors s'est répandue partout. »

Hermione se retourna pour fermer la porte de Rogue mais le trouva déjà derrière elle, tapant du pied pour enfiler ses bottes et passant rapidement sa robe d'extérieur au-dessus de son pyjama. Il lui attrapa le bras et se pencha tout près de son oreille pour lui souffler :

« À quel étage Lucius se trouvait-il ? »

Le choc qui fit ouvrir de grands yeux à Hermione fut une réponse suffisante.

« Rentre dans ma chambre et attends-moi », lui ordonna-t-il.

Il s'élança vers le palier, sa robe et sa chemise encore ouvertes, ses cheveux agités au rythme des mouvements rapides de sa baguette. Il faisait claquer les portes pour les barricader au fur et à mesure qu'il avançait.

« Tu peux toujours rêver », murmura-t-elle en s'élançant à sa suite.

Elle fonça et traversa la porte de la cage d'escalier au moment même où il se retournait pour la fermer. Il la vit et laissa échapper un flot d'insanités qu'elle ne put entendre au milieu du chaos ambiant. Elle barricada la porte derrière elle et il commença à monter l'escalier à vive allure.

Quand ils atteignirent la porte du cinquième étage, ils ne purent rien entendre. Le chaos affaibli des étages inférieurs se fondait dans un silence moqueur derrière cette porte.

Severus regarda à travers le verre épais de la porte vitrée et souffla :

« Granger, va-t'en.

– Pas question. »

Il se retourna brusquement et lui saisit le bras en enfonçant ses doigts jusqu'à lui faire mal.

« Ce n'est pas un jeu, bordel ! siffla-t-il en adoptant sur son visage l'expression du terrifiant professeur qu'il avait été. Va-t'en! »

Elle avala sa salive et hocha la tête, reculant de quelques marches.

Il se tourna et commença à défaire les protections magiques de la porte. En un instant, il l'ouvrit et la traversa. Elle claqua derrière lui et brilla de la lumière bleu électrique des sortilèges qu'il mettait en place.

Hermione recula davantage vers le palier inférieur, serrant sa baguette entre ses doigts, les yeux rivés sur la porte.

Deux minutes plus tard, sa résolution céda et elle remonta précipitamment les marches pour jeter un coup d'œil par la vitre. Severus marchait à grands pas confiants dans le couloir, sa robe tourbillonnant derrière lui, sans accorder d'attention aux cadavres. Des Aurors, des infirmiers et des guérisseurs étaient allongés par terre avec des degrés de démembrement divers. Les murs étaient couverts de marques de griffures et de brûlures. Seules deux portes étaient ouvertes et il y avait du sang répandu partout sur le sol.

Elle vit un bras, serrant encore une baguette, posé dans un angle impossible près d'une tête ornée de tresses gris d'acier. Le reste du corps de la guérisseuse Gayle était caché derrière un petit chariot.

Hermione plaqua ses mains sur sa bouche et avala sa salive avec difficulté.

Elle se sentait paralysée, incapable de choisir entre défaire les protections de Severus pour pouvoir couvrir ses arrières, ou partir en courant et en hurlant dans les rues comme l'aurait fait toute personne saine d'esprit. Elle resta où elle était et regarda Rogue s'éloigner d'elle.

Elle se rendit compte qu'elle tenait encore en main non seulement sa baguette mais aussi son sac à perles et elle l'accrocha rapidement par les anses à l'extrémité de la rampe. Elle essuya ses paumes moites sur sa jupe en laine, resserra ses doigts fermement autour de sa baguette et leva les yeux.

Elle hurla.

Là, de l'autre côté de la vitre, se tenait une créature comme elle n'en avait jamais vu. Une peau noire toute fripée collait à une tête qui tenait plus du crâne que du visage. La gravité tirait ce qui restait d'une chevelure blond platine dans une parodie de crête iroquoise car la créature était accrochée la tête en bas, souriant à Hermione de ses dents parfaitement blanches. Elle fixait la sorcière avec des yeux qui ressemblaient à des lacs putrides de lave brûlante. Retroussant ses lèvres desséchées, elle ouvrit ses mâchoires, révélant au fur et à mesure des rangées de dents aiguisées comme des dagues. Cette bouche continua à s'ouvrir jusqu'à ce que le sommet de la tête ne fût plus visible.

Sans autre avertissement, le monstre tomba du plafond et bondit vers Hermione.

Celle-ci poussa un hurlement strident au moment où la créature s'abattit sur la porte. Son cri perçant résonna dans la cage d'escalier tandis que les sortilèges de protection de Severus explosaient autour du monstre.

Hermione entendit le bruit d'une porte qui s'ouvrait plusieurs étages en-dessous et des pas qui montaient l'escalier. Elle ne détacha pas les yeux de la lumière brillante qui fusait autour des sortilèges tandis qu'ils cédaient en crépitant. Le verre de la vitre fondit et la sorcière se jeta en arrière quand une main crochue chercha à l'atteindre.

Une odeur de charogne emplit la cage d'escalier et Hermione eut un haut-le-cœur alors qu'elle lançait presque tous les sorts auxquels elle pouvait penser, en vain.

Les mâchoires de la créature claquèrent avec un bruit sonore et ses yeux putrides redevinrent visibles. Elle poussa un cri qui glaça le sang de la sorcière dans ses veines.

Les talons ensanglantés du monstre s'accrochèrent à la porte, laissant de profonds sillons tandis qu'il était tiré en arrière par une force invisible. Hermione visa à nouveau et lui arracha les yeux de deux maléfices de découpe alors qu'il mugissait de colère.

Des pas se firent entendre au coin du palier et Hermione tendit sa main libre pour arrêter les gens qui arrivaient, sans lâcher la bête des yeux.

Comme celle-ci s'éloignait de la porte en glissant, la sorcière put voir Severus derrière, tenant sa baguette en l'air, l'autre main levée dans une élégante attitude de duelliste. Il était nimbé d'une lumière rouge qui pulsait autour de lui, faisait tourbillonner sa robe et danser ses cheveux autour de sa tête. Le rythme selon lequel la lumière passait sous le spectre visible était celui d'un battement de cœur.

La créature était entraînée vers l'arrière contre son gré, elle hurlait de colère et raclait le sol avec des bras qui n'avaient plus que vaguement l'apparence humaine. Pendant un moment, elle parvint à briser le sortilège qui la retenait et aussitôt, elle grimpa précipitamment sur le mur mais l'enchantement de Severus la rattrapa et la fit redescendre. Elle atterrit avec un bruit mou répugnant et se mit à pousser des cris funèbres. Elle tourna la tête vers Severus et grogna, puis concéda la défaite en se retournant complètement pour aller vers lui de son propre chef.

La bouche de Severus n'avait pas cessé de bouger, mais Hermione ne pouvait entendre les mots qu'il prononçait. Il garda sa baguette pointée sur la créature, mais son sortilège quitta le bout de la baguette et se dirigea vers lui, nourrissant l'aura qui pulsait autour de lui. La bête grogna, gémit, puis se dressa de toute sa hauteur pour lui hurler dessus.

Rogue ne frémit pas. Il se contenta de maintenir le flot de mots jusqu'à ce que le monstre s'accroupît à nouveau, aussi docile qu'un gros chien.

Severus baissa sa baguette et parla à la créature. Elle secoua la tête à la manière d'un cheval, puis s'inclina et posa sa face contre terre aux pieds du sorcier. Ensuite, elle se rassit, attendant visiblement de recevoir un ordre.

Hermione ne pouvait l'entendre mais elle put lire sur les lèvres de Rogue quand il jeta un dernier maléfice qui baigna le monstre d'une lumière verte.

La créature tomba sur le sol, morte.

« Qu'est-ce que c'est que cette chose, par tous les diables? »

Hermione se tourna et vit Kingsley Shacklebot et Arthur Weasley, ainsi que deux Aurors, groupés derrière elle.

« Aucune idée, répondit-elle d'un souffle rauque. Je n'ai jamais vu un truc pareil, même pas dans un livre.

– Le danger est passé, Rogue ? » demanda le ministre d'une voix forte.

L'interpellé hocha la tête puis visa le monstre avec sa baguette et l'incinéra.

Kingsley fit disparaître ce qui restait de la porte et passa de l'autre côté, suivi par les Aurors.

Arthur plaça la main sur l'épaule d'Hermione.

« Ça va ? demanda-t-il doucement.

– Oui. Je crois. Je ne sais pas. »

Il lui serra brièvement l'épaule puis passa lui aussi la porte fondue. Hermione le suivit de près.

« Gareth, descends leur dire que c'est fini, ordonna Kingsley. Farris, commence à chercher des survivants à cet étage. Arthur, tu peux l'accompagner ? »

Severus avait l'air perdu et dépassé, debout là, sa baguette encore la main, les yeux fixés sur la pile de cendres qui fumaient sur le sol. Hermione se glissa près de lui, faisant prudemment le tour, pour boutonner sa robe.

« Rogue, je vais avoir besoin que vous veniez au ministère répondre à quelques questions.

– Il ne peut pas, intervint précipitamment Hermione. Il est ici comme patient. Quand vous en aurez fini ici, dit-elle en désignant d'un geste le carnage qui les entourait, vous pourrez le trouver dans sa chambre. Il est au quatrième étage, chambre 423. Je dois l'y remmener et m'assurer qu'il va bien.

– Très bien, dit Kingsley. Je viens dans un petit moment. »

Hermione tira sur la manche de Severus et il la suivit docilement vers la porte. Une fois dans la cage d'escalier, elle reprit son sac sur la rampe sans perdre de temps et attrapa la main de Severus. Elle le tira pratiquement derrière elle pour descendre trois étages et retourner dans sa chambre, au second. Elle claqua la porte derrière eux et commença à entasser les affaires du sorcier dans le sac à perles.

Rogue la regardait, perdu, de toute évidence, dans des pensées abominables.

« Viens », dit-elle en fermant le sac.

Il ne bougea pas, se contentant de la fixer d'un air ahuri. Elle lui prit à nouveau la main, se dirigea vers le hall d'entrée et la porte principale tandis qu'il la suivait en silence.

Une fois qu'ils furent dans l'allée à l'extérieur de l'hôpital, elle jeta les bras autour de lui et transplana.

Il s'agrippa à elle alors qu'ils disparaissaient.


Juste une précision : Un homme pour l'éternité est la traduction française du film et de la pièce A Man for All Seasons, qui raconte la vie de saint Thomas More. Ce grand savant et humaniste du XVIe siècle (auteur d'Utopia) fit une brillante carrière politique avant d'avoir de gros ennuis avec le roi Henri VIII parce qu'il refusait de reconnaître que ce roi avait le droit de se séparer de sa première femme pour en prendre une nouvelle et encore plus qu'il avait le droit de devenir le chef spirituel de l'Église d'Angleterre. Il finit donc condamné à mort et décapité et dans la pièce, il est l'image d'un homme politique intègre refusant toute compromission au risque de sa vie.

Mais je suppose que ce n'est pas ce titre qui vous aura le plus marqué dans la lecture de ce chapitre... Alors, que pensez-vous des nouvelles perspectives qui s'annoncent ? Aviez-vous oublié que, comme le dit Dumbledore, la mort est loin d'être le pire sort envisageable ? Et si vous n'êtes pas sûr d'avoir tout compris, ne vous en faites pas (enfin, c'est une façon de parler), les explications arriveront dans les chapitres suivants.