CHAPITRE 7 : être dedans
Midi. Pas de Zoro. Les autres ne s'en préoccupèrent pas. Après tout, ce n'était pas une première. Il lui arrivait de sauter un repas quand il était trop pris par un entraînement… ou quand quelque chose n'allait pas. Et j'étais le seul à savoir que quelque chose n'allait pas. Ça aurait pu être mon occasion de lui rendre sa sollicitude… sauf que cette « chose qui n'allait pas », c'était moi. Ça compliquait définitivement la situation. Raison de plus pour lui de ne pas venir à table, sans doute.
Et il avait peut-être besoin d'être seul… Seul… Je me mentais à moi-même, n'est-ce pas ? Mais qu'est-ce que je pouvais faire pour lui ? Je ne savais que compliquer les choses qu'il s'acharnait à simplifier pour nous deux…
Après-midi. Pas de Zoro. Les autres commencèrent à se poser des questions et les passages redoublèrent dans ma cuisine. Pourquoi le lien entre nous était-il, encore une fois, si évident aux yeux de tous ? Et pourquoi se mêlaient-ils encore de ce qui ne les… Ou peut-être que c'était mieux comme ça. Pouvais-je vraiment prétendre que l'absence d'un de nos nakamas ne les concernait pas ? Et si l'un d'eux allait voir Zoro, il saurait probablement trouver les mots justes, les mots que je n'avais pas. Après tout, Luffy les trouvait toujours, ces mots-là, et Zoro pourrait voir en son capitaine ce que je voyais en lui…
Car ses problèmes ne m'appartenaient pas. Zoro ne m'appartenait pas. Zoro n'avait pas besoin de moi, là, il avait juste besoin de quelqu'un. Ces pensées me retournèrent l'estomac. Pourtant, elles n'étaient qu'évidence. J'étais même encore moins qualifié que les autres pour résoudre ce qui n'allait pas. Il y avait quelque chose entre nous, il était mon « calmant » comme ils s'amusaient à dire, mais pour lui je n'étais que celui qui foutait la merde… Et si j'arrêtais tout, je serais encore moins que ça… Je ne pouvais pas, je ne voulais pas résoudre ses problèmes.
Dîner. Pas de Zoro. Personne n'était allé le chercher ou n'avait trouvé ce dont il avait besoin. C'était malsain mais ça me soulagea. En revanche, j'accusai de nombreux regards inquiets ou accusateurs. Cela semblait les démanger, pourtant pas un mot ne fut prononcé au sujet de ce qui tracassait tout le monde. Sans doute qu'ils avaient encore en mémoire le résultat de leur dernière intervention…
Néanmoins, avant que la porte ne se referme sur ce repas à l'ambiance trop pesante, Nami s'autorisa tout de même une simple remarque, hésitante.
« Sanji, il… Il a besoin de son calmant, là. »
Ce fut tout. Je souris vaguement. Je n'avais jamais été ce qu'ils voulaient que je sois. Ce que, je crois, j'aurais aimé être pour lui.
La nuit était tombée et mécaniquement, je m'étais rendu à la poupe du navire. Pour notre rendez-vous. Comme s'il pouvait y être après une journée comme celle-là. Et cet enfoiré y était. Pas dans un bel état, il faut dire, mais il y était. Avachi sur le pont, en tailleur, en silence, fatigué, absent, mais il y était.
Et juste le voir, juste l'avoir. Juste ça. Sa présence. Ça me fit du bien. Car c'était déjà beaucoup. Beaucoup trop. Même dans ses problèmes, c'est lui qui faisait l'effort… J'étais vraiment trop con.
« B… bouge pas. »
J'avais lâché ça, comme si je craignais qu'il ne disparaisse en le laissant seul rien qu'une minute de plus, car je ne méritais pas tant. Je fis demi-tour en courant, me précipitant dans la cuisine pour attraper la première bouteille qui passerait. Peu importait la qualité pour une fois, ce n'est pas ça qui faisait le goût de nos moments.
Et je retournai aussi vite auprès de lui. Il était venu, comme une dernière chance, ou comme un appel à l'aide peut-être, je ne pouvais pas gâcher ça. Alors, je glissai la bouteille sur ses genoux. Je ne savais pas vraiment de quoi il avait besoin, pas des mêmes choses que moi sans doute, mais c'était mieux que rien. Lui montrer que j'y mettais du mien, un peu, pour une fois. Lui montrer que j'étais là pour lui. Juste… ma présence. J'étais pas son calmant, il suffisait peut-être de le devenir. Ouais, on devais tous les deux attendre que je le devienne.
Il porta le goulot à ses lèvres, apaisant mes craintes. J'étais maladroit, sans doute, mais pour le moment, ça marchait et je me laissai choir à côté de lui. C'est là que je recommençai à flipper car après, il y avait des mots en général. Et qu'est-ce que je pouvais lui dire ? Te prends pas la tête avec ce boulet, il sait pas ce qu'il veut, oublie ça ? Le boulet, c'était moi, merde ! Pourquoi tu prends à cœur toute cette histoire ? Non, définitivement non. Je ne pouvais pas être et le confident et le fauteur de trouble. Alors quoi ? Désolé ? J'aurais pas dû ? J'aurais dû ? Et lui rappeler plus sûrement encore qui était la source de tout ce foutoir ? Ça n'avait pas de sens… et la tension s'installa, inévitablement.
Je déglutis. Il fallait que je fasse quelque chose. Quand on n'utilise pas de mots, il faut utiliser des gestes, non ? Mais quoi ? J'avais pas de chapeau de paille à lui foutre sur le crâne pour qu'il comprenne que j'étais là pour lui… J'aurais pu poser ma main sur son épaule pourtant, instinctivement, je savais que ça ne ferait que le blesser davantage. Comme si on reculait, comme si… Je tendis mon bras, glissai ma main dans la sienne et entremêlai nos doigts. Sans réfléchir.
Sa chaleur m'inonda. Elle m'avait terriblement manqué et j'aurais pu soupirer d'aise si une alerte rouge ne clignotait pas dans mon crâne : tu fais une connerie, tu fais une connerie, tu fais une connerie. Oui, c'était sûr, une belle connerie. C'était trop… trop quoi, je n'arrivais pas vraiment à savoir, mais trop. Même si mon inconscience réclamait juste encore un p… Non. Il ne fallait pas, je devais retirer ma… Il me retint doucement et lâcha ses premiers mots depuis son abandon douloureux de la matinée :
« Juste encore un peu. »
Je rougis. C'était con, c'était bon, aussi. Je repliai une jambe contre moi, y posai mon bras, enfouis la tête dans le creux de mon coude. Et je lui abandonnai mes doigts entre les siens. Juste encore un peu. Ce n'était pas une demande, un besoin. Un besoin que je commençais doucement à reconnaître, et il se relâcha enfin.
Si son pouce avait tendrement caressé ma peau, s'il m'avait attiré contre lui, s'il avait glissé son bras dans mon dos, je l'aurais laissé faire mais il n'en fit rien. Je ne fis rien non plus. Pourtant, il y avait bien son épaule qui appelait outrageusement mon corps à s'y délaisser. Et je compris finalement pourquoi, sous l'emprise de l'alcool, j'avais cédé à cette envie, car oui, c'était une envie, et pourquoi je m'y étais senti si bien. J'aurais pu fermer les yeux et juste laisser le temps passer avec la douce certitude qu'en les rouvrant il serait encore là.
Mais c'était bien déjà, juste comme ça. Je ne pouvais pas tout gâcher par un geste de trop. C'était peut-être con pourtant, nos mains ainsi mêlées, j'avais l'impression de le retenir, de lui appartenir et de l'avoir un peu à moi, aussi. Oui, c'était con, car il aurait très bien pu se lever et m'abandonner là…
D'ailleurs, je le sentis s'agiter. Il n'avait pas bougé, physiquement, mais dans son crâne, je devinais que les emmerdes que nous avions écartées un temps reprenaient le dessus. Je ne connaissais que trop bien ce problème alors je me permis doucement de rompre un silence qui n'avait déjà plus sa place.
« C'est compliqué, nous deux, pas vrai ? »
Sa main s'était crispée sur la mienne quand j'avais pris la parole pourtant il sembla soulagé de l'initiative, l'invitant à livrer ce qui devait tourner en boucle entre ses tempes.
« Ouais, soupira-t-il. »
Nos mains se lâchèrent naturellement. La sienne passa dans ses cheveux, la mienne s'empara d'une cigarette. Notre sursis s'achevait et il demanda, sans détour :
« Sanji… Si tu peux pas aller plus loin, qu'est-ce que t'attends pour tout arrêter ? »
Aller plus loin. Ou tout arrêter. C'était binaire dans sa tête, tellement plus simple. Mais il avait raison, je ne pouvais pas laisser la situation ainsi. Et juste attendre. Attendre quoi ? Que notre marché continue de m'autoriser ce que je ne m'autorisais pas moi-même ? Ça faisait trop longtemps à présent que ce marché n'était plus qu'un prétexte. Je ne faisais que me raccrocher à des règles pour qu'il me regarde, pour qu'il me touche, pour qu'il m'embrasse encore, sans avoir à l'assumer. Sans devoir lui dire oui. Sans oser moi-même.
Finalement, j'avais juste un choix à faire et je savais que je ne pouvais pas… tout arrêter. Ouais, le choix était simple, mais la concrétisation autrement plus difficile… Aller plus loin. Il fallait seulement que je fasse les choses de moi-même et ça irait, n'est-ce pas ? Pour une fois. Je jetai ma clope par-dessus le bastingage et plongeai les yeux dans les siens.
« T'as raison… »
Glissant mes doigts dans son cou, je l'attirai doucement à moi et unis nos lèvres. Je n'y retrouvai pas le goût salé des embruns mais le goût âpre d'un alcool de basse qualité, lui offrant en retour celui amer du tabac froid. Après tout, ce n'était pas un rêve, c'était juste nous deux, s'embrassant à la poupe d'un rafiot probablement perdu au milieu d'un océan. Et c'était mieux comme ça. Car c'était vrai.
Sans attendre, il glissa sa langue entre mes lèvres, évitant de me laisser le moindre répit, comme si je pouvais à tout instant me soustraire à ses bras qui plaquèrent nos corps l'un contre l'autre. Brûlant, il me livra violemment, entre nos lèvres, dans notre étreinte, tous les sentiments qu'il avait jusque là refoulés. C'était fort, tellement plus fort que mes maigres certitudes, tellement plus sûr que mes éternelles errances, tellement douloureux d'une trop longue attente.
J'avais pris l'initiative mais c'est lui qui m'embrassait. Comme s'il m'aimait à en crever, comme si ce baiser était le dernier et je me sentis vivant comme jamais, grisé de la certitude éphémère de n'exister que pour nous, de la conviction illusoire de nous appartenir.
Et il rompit le baiser. Sa main crispée dans mes cheveux força mon front à se baisser, cognant contre sa clavicule et il me serra plus violemment encore. Ses lèvres étouffèrent une inspiration saccadée comme si les mots refusaient de sortir. Il n'y en eût qu'un.
« Merci. »
Je ne reconnus pas sa voix. Brisée. Il tremblait. Je ne comprenais pas les sentiments qui l'agitaient brusquement. C'était fort, trop fort, trop sûr d'un déchirement inévitable, trop douloureux d'une souffrance inaccessible. Pourquoi ? Je l'avais enfin entre mes bras et pourtant, tout foutait le camp. Je paniquai. Je voulus me redresser, comprendre, réparer. Il me repoussa davantage qu'il ne me relâcha. J'agrippai son bras, ses vêtements, n'importe quoi qui puisse le retenir. Il s'arracha de mon emprise et disparut. Il s'était levé et m'avait abandonné là…
Alors, sur toute la ligne, on s'était encore planté. On ne se comprenait pas. On ne se comprenait jamais. Comment avait-il pu croire que ce baiser était celui de notre rupture ? Une rupture de ce que nous n'avions même pas entrepris. Peut-être que je ne l'aimais pas assez pour lui.
Le souffle court, je ricanai douloureusement d'un bonheur qu'on me volait à peine goûté, refusant des larmes qui ne pouvaient pas déjà rouler, humidifiant des mains désespérément inutiles, incapables de le garder.
C'était notre marché. Putain de marché. Si je l'embrassais, c'était terminé. C'était logique, évident, simple. C'était toujours simple avec lui, c'est ça qui rendait les choses tellement compliquées entre nous. Tellement simple et trop tordu. Trop con. Qu'est-ce qu'il attendait que je fasse pour que ça se termine autrement ? On ne se comprenait pas. On ne se comprendrait sans doute jamais.
C'était la première fois que je restais jusqu'au bout, c'était la première fois que je restais pour lui. Et pourtant, là, sur le pont, il n'y avait plus que moi et ce rhum dégueulasse.
Petit-déjeuner. Pas de Zoro. De mon côté, je n'avais pas dormi, ou pas vraiment, et j'avais cuisiné, sans entrain. Il n'était pas venu, évidemment. Puisque c'était fini. Et les autres ne tardèrent pas à comprendre que ça avait mal tourné la veille, sans savoir à quel point ça avait mal tourné. C'est Luffy qui, à sa manière, rompit l'ambiance un peu sordide.
« Oï ! On joue à la voyeuse ? »
Je me crispai. Tout avait commencé avec cette connerie. Pourquoi est-ce qu'il avait fallu que ça commence ? Pour se terminer de la pire des façons, la plus facile aussi : arrêter sans le savoir.
« Voyante, corrigea Usopp. Mais c'est… pas trop l'moment, je crois, là, Luffy.
- Pfff… Mais je veux jouer, répondit le capitaine, boudeur.
- À autre chose peut-être, proposa Nami, je sais pas, on peut se faire un 1000 Milles ou une Navale Poursuite ?
- Tu voudrais jouer à quoi, Sanji ? s'enquit Chopper, gentiment.
- Aux échecs. »
Un silence gêné accueillit ma remarque, sans pour autant décourager notre capitaine.
« Non, c'est nul ! Je veux jouer à la voyeuse !
- Voyante, reprit à nouveau Usopp.
- Et si on y jouait autrement ? suggéra Robin qui s'était tue jusqu'alors. »
Les yeux de Luffy étincelèrent et notre archéologue s'attira immédiatement l'attention de l'équipage.
« Comment ? Comment ? Comment ? s'excita l'abruti au chapeau.
- En remplaçant les cartes par des lettres, par exemple, et en devinant des mots plutôt que notre avenir ?
- Comme un scrabble ? interrogea Chopper.
- Chut, lui intima Usopp.
- Trop cool ! s'extasia Luffy. Robin, t'es géniale ! »
Et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, la table fut débarrassée et le plateau de scrabble installé. Mes mellorines insistèrent pour que je les rejoigne. Je n'avais pas le cœur à jouer, à refuser non plus et je m'installai entre elles. La partie ne tarda alors pas à débuter.
Luffy plaça immédiatement un « DÉBACLE » sorti d'on ne sait où. Je grinçai des dents, ce mot ne collait que trop bien à notre situation avec le marimo… Ou peut-être que je voyais le mal partout. Quoiqu'il en soit, il marqua, sans surprise, cinquante points supplémentaires puisqu'il s'était débarrassé de la totalité de ses lettres. C'était toujours lui qui gagnait à ce jeu-là, comme pour tous les jeux d'ailleurs, et seul Chopper ne désespérait pas de remporter un jour une partie.
Ce fut ensuite au tour de Robin qui profita d'un des E de Luffy pour écrire « AIMER » en m'accordant un petit sourire qui, dans une autre situation, m'aurait fait chavirer. Pas aujourd'hui. Cela ravit néanmoins notre petit médecin qui put ainsi poser son « BISOU » sur le plateau. À croire qu'ils avaient assisté à la scène de la veille et que ça les avait inspirés…
Usopp, lui, se contenta d'un « RATÉ » tout aussi approprié et je me demandai combien de tours je serais encore capable de tenir à ce rythme-là. Voyant le mien approcher, je me concentrai sur mes propres lettres : A, I, M, O, R, T et U qui, par ordre alphabétique, ne m'inspiraient déjà pas une grande réjouissance. Alors que j'hésitais entre « MARIMO » avec le M de Robin et « ABRUTI » avec le B de Chopper, Nami tenta sa chance avec un « KALMANT » plutôt inadéquat.
« Nami, contesta Usopp, ça s'écrit avec un C…
- Je sais bien, grimaça celle-ci, mais vous auriez quand même pu me l'accorder. Un K, c'est dur à placer…
- Tu le placeras une prochaine fois, ma douce, glissai-je. Et puis, si tu enlèves le K et le L, tu passes de « KALMANT » à « AMANT », c'est toujours mieux.
- Exact, fit-elle en me dévisageant, c'est un conseil approprié, non ? »
Tout le monde acquiesça. Sauf moi. J'avais déjà quitté la cuisine. Pourquoi me fallait-il toujours un coup de pied au cul pour avancer ? Pourquoi est-ce que j'avais laissé le temps filer pour une partie de scrabble que j'allais perdre, quoiqu'il arrive ? Alors qu'il y avait autre chose, quelqu'un, que je ne voulais pas, que je ne pouvais pas perdre.
Je retrouvai rapidement le marimo à la poupe du Merry, en plein entraînement. En une nuit, il semblait avoir tiré un trait sur tout ça. C'était tellement lui. Et il suffit d'un regard échangé pour que mon assurance toute neuve vole en éclat. Comment est-ce que j'allais… Ses yeux se détournèrent, comme si ma présence n'avait plus la moindre importance. Et mes espoirs passèrent à la trappe. Mais, après tout, lui aussi était passé par là, sans assurance, sans espoir. Pourtant, il avait bien fallu commencer quelque part.
« Oï… Zoro, t'as besoin d'un coup de main ? »
Ma remarque eût le seul mérite de le faire réagir. Ses pupilles me fusillèrent et il répliqua, à mi-chemin entre la colère et la lassitude :
« Qu'est-ce que tu fous ?
- J'enlève le K et le L.
- Quoi ? »
Au lieu de répondre, j'avais franchi les distances : celle qui nous séparait et celle de nos retenues. Il resta interdit un moment, ne sachant s'il devait croire à mes bras passés autour de son cou, à nos lèvres à nouveau réunies, à nos corps enfin retrouvés, mais il n'y avait plus d'hésitation possible. Pas même un choix et, au fond, c'était mieux comme ça. Nous en avions terminé, la veille, avec ce marché à la con. Maintenant que les choses étaient claires, tout pouvait à présent recommencer. Pour une fois, j'arrêtai de lui apporter des questions, je lui offrais une réponse. Toute simple. Et il m'offrit la même en posant ses mains sur moi.
Lorsque nos souffles forcèrent notre séparation, tout se bouscula. Les mots, les caresses. Les baisers, la tendr… Non, il ne fallait quand même… Ou juste un peu ? Tout effacer, tout rattraper. Tout. Enfin, je lui demandai l'essentiel.
« Alors ?
- Alors je crève la dalle !
- Abruti… »
Je l'emmenai malgré tout vers les cuisines, sans remarquer les yeux indiscrets qui traînaient plus loin.
« Luffy, tu fous quoi, là ? chuchota un Usopp cramoisi.
- Ben, je joue à la voyeuse ! »
Je n'aurais jamais dû le nourrir. Jamais. Car les choses avaient tourné beaucoup trop rapidement par la suite. De la cuisine au canapé de la chambre. De nos fringues entrouvertes à nos sous-vêtements jetés à terre. De nos corps enlacés au sien surplombant le mien… bien trop ambitieusement.
« Putain, ok… Prends-moi, cédai-je.
- À une condition. »
Je le dévisageai, agacé.
« C'est pas moi qui devrais poser des conditions, là ?
- Justement. »
Encore une fois, je ne le suivais pas, pourtant ça devait être si simple… Je soupirai.
« Laquelle ?
- On arrête avec les conditions… Marché conclu ? »
Un demi-sourire étira ses lèvres. Je lui rendis le même. »
« Marché conclu. »
Encore l'un contre l'autre, ensommeillés, Zoro glissa sa tête dans mon cou, fermant les yeux. Mais j'avais le repas de midi à préparer. Déjà. Le temps passait trop vite avec lui. Sentant que j'allais l'abandonner, il s'agrippa un peu plus à moi, cherchant un moyen, n'importe lequel, pour me retenir.
« Et c'est quoi ton histoire de K et de L ? »
Est-ce que j'avais vraiment le droit de le laisser là si Zoro commençait même à poser des questions ? Je me recollai à lui, acceptant la ridicule conversation.
« Pour passer de calmant à amant…
- … ça s'écrit pas avec un C, calmant ?
- Alors la légende disait vrai.
- Quoi ? Que les algues ont des notions d'orthographe, c'est ça ? singea-t-il.
- Non que les bretteurs peuvent aussi manier un stylo… Les algues, ça sait pas écrire, imbécile.
- Ta gueule. »
Derrière l'irritation évidente, son ton était doux, étonnant contraste avec son habituelle vulgarité. J'aurais voulu y répondre mais…
« Alors, qu'est-ce qu'elles me trouvent les nanas qui me tombent dans les br…
- Ta gueule. »
Et nous échangeâmes un baiser.
« Tout ça pour quelles cartes, sérieux…
- Ouaip… »
Et il avait raison. Un valet de cœur, un as de trèfle. Il n'y avait peut-être rien à voir finalement. Entre nous, c'était déjà tout vu, pas vrai ? Mais si cet enfoiré de voyeur avait vraiment un genre de talent, il devait bien se marrer à l'heure actuelle. Enfin, ça ne pouvait pas vraiment exister, tout ça…
« Zoro…
- Hum ?
- T'y crois, toi, à ces conneries de voyance ?
- Non. »
Il se retourna, manquant de m'éjecter du canapé trop petit pour deux et blottissant son dos contre moi, sans doute décidé à faire un somme.
« Non… mais des fois, ça marche. »
Et voilà ! Fini ! ^^ Je dédie cette fic à la personne qui m'a sorti cette toute dernière réplique - un peu nostalgique pour moi, il faut avouer - à l'origine de la totalité de la fic ! ^^
Merci à vous, lecteurs, de m'avoir suivie jusqu'au bout ! Merci aux reviewers acharnés qui donnent la motivation de continuer, chapitre après chapitre ! Et un merci tout particulier à Wallace et à tous les autres anonymes auxquels je ne peux pas répondre ! ^^
A bientôt ! ;)
