Chapitre 7 : Le Plan

-Ah, Nayla, enfin! S'exclama papa. Tu peux m'expliquer pourquoi tu dors sur le canapé?

-Tu aurais pu la laisser dormir! Répliqua maman à ma place. Et c'est évident non? Elle a du s'endormir sur le canapé sans avoir envie de remonter dans sa chambre!

-Mais quand même, la télé est éteinte...

-Et elle n'était pas en pyjama.

-Tu peux la laisser s'expliquer, oui? Gronda papa, qui commençais à s'énerver.

Un peu perdue, je me suis redressée. Et d'un coup, tout m'est revenu : les Animorphs, l'infiltration d'hier, Vysserk Trois, les Yirks... J'ai soudain eu le tournis et je me suis laissée retomber sur l'oreiller.

-Calme toi p'pa, c'est comme l'a dit maman! Je me suis juste endormie ici accidentellement!

-La prochaine fois, essaie quand même de te souvenir que ton lit est là-haut! Se moqua gentillement mon père.

-Désolée, fit-je.

Mon ventre grogna et je me suis dirigée vers la cuisine sans trop faire attention à mes parents. Machinalement, j'ai regardé vers l'arbre. Je pouvais voir des marques sur la branche où Tobias avait dormis, mais il n'était plus là. Ils étaient donc partis sans moi, probablement en pensant que c'était trop dangereux. J'ai alors été en colère contre eux. Derrière moi, mes parents retournèrent à leurs occupations. Ils ont aussi fini par comprendre que le matin, je préfère en général qu'on me laisse tranquille. En fait, je préfère quasiment toujours être seule quand je me réveille, je ne sais pas trop pourquoi. En tout cas, je n'avais pas besoin de m'habiller, c'était déjà ça, non?

J'ai pris mon petit déjeuner comme un automate. Je ne savais plus quoi penser. J'avais presque l'impression d'avoir rêver. Soudain, je me suis souvenue : la blessure que je me suis faite en animorphe de loup, elle a disparu quand j'ai repris mon corps humain, mais il restait un peu de sang sur mon tee-shirt. J'ai foncé vers la panière de linge sale sous le regard étonné de ma mère et j'ai cherché le tee-shirt que je portais hier.

Il y avait bel et bien un peu de sang dessus.

Je l'ai remis sans un mot. Je crois que j'étais un peu sonnée, quelque part. Et en même temps, je me sentais trahie. Ils étaient partis sans moi! Comment avaient-ils pu me faire ça? J'étais sûr qu'ils étaient partis régler leur compte au Vysserk et aux autres, ça, je n'en doutais pas, mais je ne digérais pas le reste. Finalement, j'ai décider de chercher à les rejoindre, coute de coute!

Je suis montée à toute vitesse dans ma chambre. Le lit était un peu trop bien fait pour moi, mais ils avaient remis les pyjamas et les habits que je leur avait prêtés aux bons endroits. Donc, ils étaient sûrement partis en morphosant. Quand j'ai regardé dans mon coffre-fort, j'ai eu la demi-surprise d'y trouver le cube bleu. Évidemment, ils ne savaient pas précisément où je l'avais rangé. Et c'était probablement aussi une façon de dire qu'ils me faisaient confiance, sinon, ils auraient pu le trouver et le récupérer.

En effet, sans savoir pourquoi, je l'ai soulevé, et il y avait un mot dessous :

On t'en laisse la garde, ne laisse personne le voir, pas même tes parents, et me parle de tout ça à personne. Désolé d'avoir du te laisser, mais on ne pouvait pas t'embarquer là-dedans, c'est une mission suicide.

Signé : Les Animorphs.

Je suis restée sans réaction au début devant le mot. Finalement, j'ai tout remis en place et j'ai refermé le coffre. J'ai en revanche gardé le mot dans le short moulant qui constituait la partie basse de ma tenue d'animorphe.

Ils pensaient vraiment pouvoir se débarrasser de moi aussi facilement? Ils n'avaient rien vu! Je me suis précipitée dans le salon, où papa c'était assis sur mon lit de fortune.

-P'pa, je sort, OK?

-Si tôt? S'étonna-t-il. Et où vas-tu?

-Chez des amis!

-Bon, tu mange chez eux?

-Je pense!

-Qui est-ce?

-Des amis que tu ne connais pas! Lui lançais-je par-dessus mon épaule tandis que je partais déjà.

Oui, je sais, comme départ, c'est assez précipité, mais je n'avais pas de temps à perdre. Les Animorphs ne pouvaient pas rester toute leur vie ici, ils allaient probablement essayer une fois d'empêcher les Yirks de s'implanter ici et si ils échouaient, alors ils devraient quand même rentrer chez eux un jour ou l'autre. De mon côté, j'étais obligée de leur dire que je sortais, sinon ils se seraient inquiétés de mon absence au bout d'un moment.

Je suis descendue à toute allure dans la rue puis je me suis dirigée vers un coin désert, pas trop loin. En effet, j'avais hâte de morphoser, et pas qu'un peu! Pour les retrouver, qu'est-ce que je pouvais utiliser? Ils étaient probablement partis en rapaces, c'est le plus rapide pour atteindre le Partage et c'est le seul lieu à Contrôleur qu'ils connaissaient, et en plus, ils savaient comment l'atteindre par la voie des airs mais il n'y étaient jamais allés par la voie de la terre, ils en étaient juste revenus après une course-poursuite, et de nuit. Donc, je devais morphoser en faucon pèlerin.

J'ai trouvé un coin tranquille dans un endroit avec des arbres, des bancs, des gros buissons et tout. Un muret touchait cette zone de végétation et donnait une bonne vue sur la ville. En face de la rue, il y avait un ancien magasin, une vieille bâtisse et une maison aux volets fermés, donc en étant prudente en plus, je ne devrais croiser personne et ne pas me faire voir. J'ai mis tout ce qui n'était pas des vêtements d'animorphe dans un sac que j'avais pris à la hâte et je cachait le tout derrière un buissons. Sa sentait la pisse de chien par là, alors je l'ai mis à l'intérieur et accroché, comme ça on ne risquait pas de le trouver!

Après, je n'avais plus qu'à m'accroupir près du muret en m'assurant que j'étais un maximum cachée par les buissons, et j'ai commencé à morphoser à ma vitesse naturelle, c'est à dire très vite comparé aux autres, et encore, j'étais juste pressée et un peu en colère aussi, même si je les comprenais plus ou moins. Là aussi, je me concentrais sur mon image et je tentais de morphoser avec une certaine beauté, ça me permettait de me distraire un peu. Je n'ai pas pu voir le résultat étant donné que j'étais seule et sans miroir mais j'étais plutôt contente de mon idée. Ensuite, j'ai atterris sur le muret après quelques battements d'ailes et me suis servie du vide pour me laisser tomber simplement, puis j'ai utilisé mon élan pour reprendre de l'altitude. Ainsi, j'étais quand même à une bonne hauteur au-dessus de la ville, et le sentiment de liberté qui accompagne le vol chassa un instant le reste, comme le fait que ma ville était en danger par exemple.

Le local du Partage est, comme je l'ai déjà dit, au début du centre ville et je l'ai rejoins assez rapidement. Tant mieux d'ailleurs car si le faucon pèlerin est rapide en piqué, pour le reste notamment planer, il n'a rien d'extraordinaire. Dommage!

J'étais assez haut quand j'ai repérer le bâtiment qui m'intéressait, alors j'ai décidé de faire le piquer pour lequel ce rapace était si célèbre. J'ai pointé le bec vers ma cible, j'ai collé mes ailes contre mon corps et je suis partie, tel un missile. J'ai pris de la vitesse presque aussitôt et la seconde d'après, je filais tel une flèche vers l'immeuble. J'avais envie de hurler, parce que c'était vraiment grisant, génial et tout ce que vous voulez, mais voir le sol se précipiter à votre rencontre, c'est pas le top quoi! Je savais pourtant que j'étais capable de freiner à temps malgré ma vitesse, et c'est ce que j'ai fait : à 10 mètres de l'immeuble du Partage, j'ai ouvert en grand mes ailes et j'ai freiner brusquement. Ensuite, j'ai battu des ailes en mode « tranquille , je ne fait que me poser, ne faites pas attention à moi » et j'ai atterris sur le même bâtiment où j'avais acquis la mouche et l'araignée hier. Mais il n'y avait aucune ouverture sur ce côté, pas même une fenêtre légèrement entrouverte. J'ai eu beau faire le tour, c'était partout pareil. Il n'y avait aucune issue.

Bon ben j'avais pas trop le choix. J'ai vu une personne pressée passer dans une rue déserte que je survolait, alors j'ai fait tomber une jardinière de fleurs en équilibre précaire avec un minutage parfait, en l'orientant dans la bonne direction. Ce type n'a pas vu le coup venir je crois. Je me suis posée pas loin et j'ai vérifié grâce à mon ouïe d'oiseau si quelqu'un approchais. A priori, personne! J'ai donc commencé à démorphoser.

Je ne sais pas pourquoi mais je démorphosais lentement. Sans doute parce que j'étais en même temps super occupée à guetter des bruits de pas et ça requerrait une grande attention de ma part, ce qui m'empêchait de morphoser quand même plutôt rapidement. Hélas, l'ouïe excellente du rapace laissa place à ma pauvre ouïe humaine, bien faible en comparaison, et à une vue classique. Bon sang, ce que c'est déprimant de redevenir humain des fois!

Malgré tout, en une minute, j'étais presque entièrement humaine, à par que j'étais toujours couverte de plumes, que mes bras étaient des ailes et que j'avais ma queue d'oiseau. C'est alors qu'elle est arrivée.

J'ignore ce qu'elle fichait là, et je n'avais pas envie de le savoir. Tout ce que je savais, c'est que j'aurais mille fois préféré qu'elle soit ailleurs. Il s'agissait de Liana, ma soeur, on est de fausses jumelles.

Elle, en me voyant, elle s'est arrêtée net et m'a regardé terminer la bouche ouverte. J'ai hésité seulement une seconde mais les plumes étaient déjà revenus un motif sur ma peau et j'étais de toute façon déjà assez démorphosée pour qu'elle me reconnaisse. Crotte! Une fois qu'il n'y eu plus que mes ailes et une queue de plumes d'oiseau chez moi, elle bégaya :

-Na... Nayla?

-Vraiment? Enchantée, je m'appelle Nayla aussi! Raillais-je, ne trouvant pas autre chose à répondre.

Ma soeur me regardait comme si j'étais un extraterrestre. Tu m'étonne, ce pouvoir est une technologie Andalite, alors évidemment...

-Qu'est-ce que... qu'est-ce que tu viens de faire?

-Moi? Rien du tout, pourquoi?

-Arrête de te fiche de moi! Tu est pieds nus en plus!

J'ai baissé les yeux : en effet, j'étais pieds nus. Zut, avec l'arrivée de Liana, j'avais complètement oublié!

-Et alors? J'ai juste laissé mes chaussures au parc par accident!

-Mais oui, prend-moi pour une idiote!

-Mais c'est ce que tu es! Lui souris-je, espiègle.

Là-dessus, je me baissais vers le type et le fouillais. Enfin, je trouvais son porte monnaie et pris tous les billets qu'il avait dedans, sans cependant les toucher directement avec les doigts. Ma soeur s'approcha et me demanda, incrédule :

-Qu'est-ce que tu fous?

-Je lui pique son fric parce que je l'ai vu piquer cet argent à une nana dans la rue, mentis-je.

-C'est ça, et tu vas me faire croire que c'est toi qui l'a assommée aussi?

-Nan, là, c'était une jardinière qui ne tenais pas!

Elle parut sur le point de répliquer, puis elle vit les débris près de la tête du gars, et en levant la tête, elle aperçut un balcon rempli de plantes en pot, sauf à un endroit.

-OK, pour ça, je veux bien te croire, même si ça me paraît bizarre qu'elle soit tombée pile maintenant...

-Des fois, le hasard fais bien les choses! Répondis-je en fourrant l'argent dans une de mes poches.

-Mais pour le reste, je crois que tu te fiche de moi.

-Ben voyons!

Je l'ai contournée pour retourner dans la rue, mais elle m'a attrapé le bras au passage.

-Je veux que tu me dise ce qui s'est vraiment passé.

-Lâche-moi! Répliquais-je avec froideur en me dégageant.

D'habitude, on s'entend bien vous savez. Je pouvais aussi deviner qu'elle n'était pas un Contrôleur, sinon elle n'aurait pas réagit ainsi en me voyant démorphoser. Sauf que je n'avais pas le temps, ni envie, de tout lui raconter. Il fallait avant tout que je retrouve les autres, et vite! Mais Liana est une têtue, comme moi, et elle se mit à me suivre en marchant vite pour me rattraper.

-Ne crois pas que tu vas t'en tirer comme ça!

Je n'ai pas répondu et je me suis mise à courir pour la distancer. Je savais que si j'arrivais à la semer, il y aurait peu de chances pour qu'elle me retrouve dans le centre ville bondé, et elle n'en parlerait à personne, d'abord parce qu'on ne la croirait pas et ensuite parce qu'elle a toujours dit qu'on réglais ce genre d'affaires entre nous, et je dois avouer que je suis tout à fait d'accord! Par contre, elle était capable d'aller raconter à nos parents que je trafiquais quelque chose de bizarre. Ça ne m'inquiétais pas, mais quand même...

Le problème, c'est que si on court à peu près à la même vitesse, Liana est plus endurante que moi. Mais aussi plus lente pour éviter les gens. Il n'y avait pas encore énormément de monde à ce niveau là mais ça me suffit pour prendre un peu d'avance. Dès que je ne la vis plus, j'entrais dans un magasin de fringues d'été et me cachais derrière les rayons. Je la vis passer en me cherchant, l'air pas contente de m'avoir perdue. J'eus un petit sourire avant de chercher ce que je voulais. Je trouvais rapidement parmi les vêtements ce que je cherchais. J'ai vite trouvé : une paire de tongues, histoire de ne pas être pieds nus parce que tous le monde me regardait bizarrement, et aussi une sorte de chemise pour fille, fine et avec des couleurs vives et des fleurs dessus, un truc qui faisait très plage. En général, il faut mettre quelque chose dessous, comme un tee-shirt blanc, parce que sinon c'est trop transparent, et en plus c'était une chemise à boutons. Heureusement, mon dessous était blanc parce que c'était la première chose que j'avais trouvée hier. J'ai acheté les deux avec l'argent de l'autre type – désolée pour lui mais ça le sauverais peut-être plus tard – et j'ai illico jeté l'étiquette et tout le bazar pour les mettre, tout en rangeant le reste de l'argent dans la poche de mon short. Avec un peu de chance, même si je devais morphoser, l'argent resterais, et il m'en restait aussi pas mal pour me faire plaisir... Eh oh, faut que je redescende sur terre moi! Ça ne se fait pas de piquer de l'argent comme ça, et en plus, si ça se trouve, le mec que j'avais assommé était un type bien! Ou alors c'était un Contrôleur, ou un gars pas sympa, et dans ce cas j'aurais moins de remords, mais je ne pouvais pas le savoir, donc ce n'était pas la peine de me torturer l'esprit avec ça. Et puis... J'avais de bonne motivations, non?

J'ai fais demi-tour dans la rue en cherchant Liana du regard. Heureusement, il semblerait qu'elle ne soit plus dans la rue. Je suis retournée vers le bâtiment du Partage et je suis entrée sans hésitation dedans. Après tout, il ne se méfieraient pas d'une humaine qui veut juste des renseignement, non? Après, il me suffisait de prétendre vouloir aller aux toilettes et le tour était joué!

Dans le hall, il y avait des panneau d'affichage avec les dates et horaires des sorties organisés dessus, ainsi que d'autres infos diverses. J'ai fait mine de les lire. Un jeune homme s'est alors approché de moi en souriant.

-Vous souhaitez rejoindre notre organisation?

-Peut-être... Répondis-je, évasive.

-Vous verrez, on s'amuse vraiment bien ici! S'exclama l'étudiant – je suppose qu'il l'était vu l'âge que je lui devinais. Et quand on devient membre actif, on passe vraiment à un niveau supérieur...

Il m'adressa un sourire mystérieux puis lança « Je vous laisse regarder, et n'hésitez pas si vous avec besoin d'un renseignement ». Je le regardais partir en essayant de cacher mon recul. Ainsi, ça devait être un Contrôleur lui! C'était probablement en devenant membre actif qu'on était infesté d'après ce qu'il avait dit... enfin, je n'étais pas là pour obtenir ce type de renseignement, ça, les autres pouvaient me le dire. Ce qu'il me fallait, c'était pouvoir espionner le bâtiment.

Soudain, une main se posa sur mon épaule et la serra. Je bondit en arrière en réprimant un cri de surprise.

-Ah... Liana?

-Eh ben cache ta joie! Cracha-t-elle, l'ai pas vraiment contente.

C'est pas vrai, elle a vraiment le chic pour venir quand il faut pas celle-là!

-Tu croyais vraiment pouvoir de cacher en lisant des affiches? Me demanda-t-elle avec un air suffisant. Au fait, où as-tu trouvé ces fringues et ces tongues?

-Je les ai achetées!

-Avec l'argent que t'a piqué?

-Ça va pas non?

-Alors tu l'a rendu à la nana qui c'était fait racketter.

-J'l'ai pas retrouvée, elle était déjà partie!

-Ben voyons!

-Crois moi si tu veux, j'm'en fou...

Et je m'en fichais vraiment, parce que là, j'avais d'autres problèmes, vous voyez? Déjà, il fallait que je me débarrasse de ma soeur, et rien que pour ça, j'étais dans le caca! Heureusement, j'avais une très bonne idée pour la semer. Je me suis approchée du garçon de tout à l'heure.

-Euh, s'il vous plaît?

-Oui? A-t-il fait. Ah, c'est vous! Alors, décidée?

-Pas encore, mais est-ce que vous pourriez m'indiquer les toilettes?

-Ah, ça... c'est par ici, m'indiqua-t-il, un peu surpris.

-Merci!

Je m'engageant dans le couloir qu'il m'avait indiqué. Au fond, une porte affichait le petit dessin des toilettes. Mais Liana, évidemment, me rattrapa.

-Tu ne pense tout de même pas que je vais laisser tomber?

-Non, je te connais assez bien pour le savoir! Mais laisse moi d'abord aller aux toilettes, je me retiens depuis tout à l'heure.

-Je vais surveiller ta porte! Fit-elle.

-Merci pour ta confiance!

-De rien.

Et elle s'adossa au mur en face des portes des cabines dès qu'on est entrées. Je choisis celle qui était la plus éloignée de l'entrée et fermais la porte à clé une fois à l'intérieur.

-Et grouille-toi! Lança Liana.

-Rêve toujours, je me dépêcherais certainement pas pour toi!

Mais au lieu de faire... euh, ce qu'on est sensé faire ici, j'ai enlevé mes tongues et ma chemise et je les ai accrochées sur la poignée de la porte. Ensuite, j'ai commencé à morphoser.

Je ne pouvais pas quitter les lieux en prédateur, volant ou non, car il se ferait trop remarquer. Le chat lui-même était trop repérable. Je n'avais aucune envie de morphoser en araignée, j'avais trop peur de cet animal pour être prête à l'idée d'en devenir une. Pour la mouche, en revanche, ça serait plus facile je pense. Enfin, j'espère!

Je me suis mise dans un coin des toilettes, parce que je n'avais vraiment aucune envie de tomber dans la cuvette! Les mouches, c'est petit et étant donné qu'on ne morphose pas de façon logique... Enfin bref, autant ne pas prendre de risque quoi! Ensuite, je me suis concentrée sur la mouche.

Je préfère passer les détails de la transformation, parce qu'à part pour le rétrécissement, tout était assez dégoûtant. Jusqu'à maintenant, j'avais morphosé en des bestioles sympas, plutôt proches de mon corps humain, enfin, dans les grandes lignes hein! Là, j'ai entendu mes os grincer et se liquéfier tandis qu'une carapace pas précisément belle a remplacé ma peau, et que... enfin, je vous l'ai dit, je préfère éviter les détails. Je peux juste vous dire que je me suis dépêchée parce que je savait ma soeur peu patiente, et puis morphoser était déjà assez dégoûtant. Rien qu'à cause de ça, j'ai bien du battre mon records personnel! Mes yeux ont soudain comme explosé, et ma vision s'est morcelée en pleins de petites facettes, et avec des couleurs bizarres. C'est pas vraiment pratique, je trouve. Et encore, si il n'y avait pas la... l'espèce de bouche de la mouche! En tout cas, quand je me suis retrouvée entièrement mouche, Liana tapait contre la porte. Je crois que les bruits de ma transformation l'avaient alerté, car elle criait un truc du style « Nayla, qu'est-ce que tu fabrique? » quand j'ai perdu mon ouïe humaine, et pour une fois, je préférais mes sens humains! L'odorat était pas mal lui, par contre, mieux que le mien – comme ça l'est souvent, sauf avec le faucon pèlerin. Et la mouche était très attirée par... les odeur de pipi et de caca. Oh, beurk! Ils avaient oublié de me parler de ce détail, les autres!

Par contre, voler en mouche, c'est très, très différent de l'oiseau, et c'est même mieux, c'est vous dire! Il fallait juste oublier un peu son apparence et les instincts de la mouche et après, c'était cool. J'avais même presque oublié Liana. Je l'ai entendue rentrer dans la cabine voisine. Devinant ce qu'elle allait faire, j'ai décollé.

Décollé en mouche, c'est vraiment incroyable. Vous voyez, la mouche fait 5 millimètres de hauteur, et en une seconde, elle se retrouve à un mètre au-dessus du sol! Bon, j'exagère peut-être un peu, comment savoir avec cette vision déformée de mouche? Il n'empêche que c'est quand même incroyable! Ensuite, j'ai foncé en avant et je suis passée par-dessous la porte.

Dément!

J'ai filé comme une balle à travers les toilettes, grisée, jusqu'à ce que je comprenne enfin une partie des vibrations que je recevais :

-Nayla? Où es-tu?

C'était Liana, et elle avait clairement l'air affolée. Je n'avais pas trop envie de la laisser s'inquiéter mais je n'avais pas non plus envie qu'elle rameute les autres alors je lui ai dit en parole mentale :

T'inquiète pas, rentre juste à la maison et attend-moi, je t'expliquerais.

Je crois qu'elle a dit « Hein? » et autre chose, mais je n'ai rien compris. Je suis sortie par la porte restée ouverte, et là, une petite brise m'a fait dévié. C'est que le genre de vent léger que vous percevez à peine paraît bien plus important pour une mouche! Mais je me suis malgré tout plus ou moins dirigée avec ma vision déformée et colorée de façon bizarre. Sauf que j'avais l'impression d'être passée dans un autre monde. Bon sang, comment ils faisaient les autres pour se satisfaire de ces sens? Heureusement que je n'avais pas tenté l'incruste en mouche, ça aurait été la cata!

Après ce qui m'a semblé une éternité d'errance, j'ai fini par m'habituer plus ou moins aux sens de la mouche. Ses instincts, eux, me posaient moins de problèmes, la mouche avait juste faim. Mais moi, j'avais pleins de problèmes à gérer en même temps alors sa faim – qui était aussi la mienne du coup – je m'en fichais un peu, vous voyez? J'ai pris un escalier et je suis entrée dans une pièce où je n'entendais aucune vibration. Parfait! Je me suis posée sur ce qui me semblait être le sol et j'ai commencé à démorphoser aussi vite que possible.

Les Contrôleurs doivent aller au Bassin Yirk tous les trois jours, et le Partage est un repère à Contrôleurs, donc logiquement, ils devaient avoir un passage dans le bâtiment, non? Le truc, c'était de le trouver, et ça c'était pas gagné. Et je devais aussi espérer que les autres y soient.

Dis-donc, je me rendais compte de ce que je faisais moi ou quoi? Je risquais ma peau là-dedans, mais je n'arrivais pas vraiment à mesurer le danger. J'ai alors revu la bataille de la veille et j'ai eu une soudaine envie de tout abandonner, mais au point où j'en étais... Nan!

Ah, j'oubliais de dire que je démorphosais à toute vitesse, pressée de retrouver mon corps et mes sens humains, et je me suis alors aperçut de quelque chose : je n'étais pas par terre, mais sur une table.

Ouah!

En grandissant, j'étais tombée, et mes bras et mes doigts n'étaient pas assez reformés pour me retenir. Je suis donc tombée lourdement à terre tout en continuant de démorphoser, mais bon, c'était pas si terrible. Dès que j'ai eu à nouveau des yeux humains, j'ai tourné la tête vers l'endroit d'où j'étais tombée.

Une chaise. OK, je me disais bien aussi, la chute n'avait pas été très grande!

Encore une dizaine de secondes et j'étais totalement humaine. Je me suis redressée et j'ai été voir le bureau qui se dressait là. Décidément, de cet endroit, je voyais surtout des bureaux et les couloirs! Mais il n'y avait que des papiers de gérance, et rien d'intéressant.

Bon, maintenant, il fallait que je décide quelle animorphe prendre. Mais alors que je me remettait en tête mes différentes animorphes – en excluant aussi sec l'araignée et la mouche – la porte de la pièce où j'étais s'est ouverte!

Comme quoi, quel que soit la situation, quand on risque sa vie, il faut vraiment toujours être prudent...