Bonjour/Bonsoir !
Enfin les vacances ! C'était pas trop tôt hein... Comment était votre Noël cette année ? :)
Roy D. Turquoise : Merci pour ta review ! Couple mignon ? Oh tu verras par la suite que ces deux-là auront bien des problèmes ^^
Bonne lecture !
Blind heart, chapitre 7
« Pleurs pas. Je t'interdis de leur montrer tes faiblesses ! Tu n'as pas le droit ! Ne t'abaisse pas à ce niveau ! »
Il lui asséna une violente gifle. Le petit garçon releva son visage couvert de poussière et de sang vers son aîné. Il renifla, obéit et tant bien que mal, retint ses larmes douloureuses.
« Pardon Doffy… je suis désolé… »
Mais combien de fois allait-il encore s'excuser ? Combien de fois avait-il fallu qu'il refoule ses larmes ?! Qu'y a-t-il de mal à être humain !
Du sang éclaboussa sur ses joues maculées de terre, tandis que les horreurs d'un massacre défilaient devant lui. Ses jambes lui criaient de fuir, et une main serrée sur son bras le forçait à regarder. Il mordit sa lèvre tremblante, attendit le dernier coup pour ouvrir les yeux. Ses paupières se soulevèrent lentement. Le sourire d'un démon lui apparut alors.
La joie devant le tableau rouge.
Et l'amusement sous les cris étouffés.
L'enfant se jeta dans les bras de son père, apeuré par ce diable du même sang.
Il y eut des reproches. Des excuses refusées. Puis une détonation solitaire. Et l'enfer sembla prendre fin pour l'un d'eux. Mais n'était-ce pas le début d'un tout autre cauchemar ?
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Le flamant ricana sournoisement. Il fit signe au domestique dans la pièce de sortir, et ce dernier ne se fit pas prier pour obéir. En même temps, qui oserait désobéir, à cet homme-là ?
Le géant se dressa sur ses longues jambes et se planta devant la bibliothèque pleine à craquer de livres, tous en parfait état. Il en fit tomber un. Puis un autre. Etrange manie. Peut-être juste pour les entendre s'écraser par terre, qui sait ? Enfin, après la septième victime tombée au sol, il pensa, par pur hasard, à la petite chose qui avait attirée son attention.
Oh oui qu'il s'en souvenait de cette chose, de cette femme ! Et de sa voix froide, qui vous séduit et vous repousse, puis vous poignarde lorsqu'elle s'énerve. Il se souvenait de la façon dont elle l'avait provoqué, sans même savoir qui il était, ni le provoquer véritablement. Mais refuser de lui obéir, c'était tout comme. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, il avait aimé ça. Il avait tant aimé son insolence presque sauvage tout en restant dans la courtoisie, masque de ses vraies pensées. Fufufu… mais il y a autre chose qu'il aimait d'autant plus. Sa peur.
L'hésitation presque imperceptible dans sa voix et l'odeur, qui était pour lui un délice, qu'avait la peur des femmes. Ça, c'était encore plus plaisant. Qu'il aimait les entendre crier, les voir se débattre, s'enfuir… pour toujours lui revenir. Et qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour la voir, elle, dans un tel état de confusion et de désespoir. Sûrement qu'elle crierait au secours et appellerait son petit héros. Son très cher Corazon.
Le flamant eut un léger sursaut. Un long sourire étira ses lèvres tandis qu'une idée aussi miraculeuse que répugnante lui vint à l'esprit. Un étrange homme au visage couvert d'un masque ocre et miroitant déboula dans la pièce.
« Maître. Devons-nous attaquer maintenant ? Ils ne s'y attendront pas.
-Changement de plan. »
Le nouveau venu sembla s'agiter sous sa cape.
« Que… Quoi ?!
-Je la veux en vie. Seulement elle. »
La silhouette encapuchonnée sembla se raidir, mais ne discuta pas les ordres et sortit précipitamment. Un ricanement presque malsain résonna entre les quatre murs.
« Fufufu… A nous deux Ashiya Skynn. »
Il trépignait déjà d'impatience, de voir arriver sa nouvelle distraction, son nouveau jouet arraché de force des mains d'un enfant tombé amoureux.
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Un doux vent printanier soufflait sur la plaine, éclairée par ce cercle d'un jaune presque blanc, perché haut dans le ciel. L'herbe était si verte, et la nature si luxuriante que c'en était le lieu rêvé pour une modeste promenade. Un ruisseau non loin attira l'attention du gamin. Les souffrances vécues auparavant l'avaient changé bien évidemment, mais il conservait toujours en lui une part de son âme d'enfant. Il retourna vers les deux adultes derrière lui, qui marchaient main dans la main, un visage couvert d'une unique petite tache blanche, qui était vouée elle aussi à disparaître comme ses semblables.
-Je peux y aller ? leur demanda le petit garçon en pointant du doigt le cours d'eau derrière les arbres.
La jolie brune sourit à son compagnon et d'un signe de tête, acquiesça à la demande du garçon qui dévala aussitôt la petite pente à toute vitesse. Elle serra un peu plus la chaude main dans la sienne. Le géant lui colla un baiser sur le front et, après qu'ils se furent assez rapprochés du ruisseau, s'assit dans l'herbe avec elle, sous l'ombre d'un arbre. Le petit garçon avait retroussé les manches de sa chemise et pataugeait désormais dans l'eau, visiblement à la recherche d'un quelconque petit trésor. La doctoresse ricana discrètement lorsque le gamin manqua de peu une grenouille, qui n'arrêtait pas de lui glisser entre les doigts à chaque fois qu'il parvenait à la saisir. Elle se leva en époussetant sa longue blouse d'une blancheur presque dérangeante des quelques brindilles dessus et retira ses hauts talons sous le regard curieux du géant.
-Ashiya, qu'est-ce que tu fais ?
-Chasse à la grenouille, lança-t-elle, toute malicieuse.
Il arqua un sourcil inquisiteur et la regarda plonger les chevilles dans l'eau glacée. Le petit garçon eut un grand sourire en la voyant arriver. Il lui montra du doigt sa cible et elle se frotta les mains, impatiente de commencer. L'animal bondit sur une roche grise émergeant de la surface de l'eau claire et transparente. Le gamin plia les genoux, et saisit sa proie du premier coup. Mais trop tard, la grenouille, qui gigotait un peu trop, se défit de la prise du gamin mais au moment où elle voulut replonger dans le milieu aquatique, la doctoresse la cueillit dans un bocal en verre.
-Et voilà le travail ! s'écria-t-elle en montrant le trophée de chasse au petit garçon tout souriant.
Ils sortirent de l'eau et retournèrent s'asseoir près du blond, qui était resté les pieds au sec, lui. Law regardait l'amphibien dans le bocal avec un étrange sourire. Il releva la tête vers la jeune femme.
-Merci Ashiya-san, je pourrais la disséquer.
-Oh mais de rien… La… La quoi ?!
Le géant à côté d'eux se moqua un peu de la réaction d'Ashiya, sachant qu'elle était médecin. Il caressa délicatement les cheveux châtains de sa belle et profita qu'elle soit dos à lui pour mordiller gentiment son oreille.
-Et moi qui pensais que tu voulais juste un animal de compagnie, soupira-t-elle en faisant mime de ne pas sentir les petites dents sur sa peau.
Corazon grogna, mécontent. Il détestait vraiment qu'elle l'ignore ainsi, mais heureusement, il avait solution à tout ! Le blond enroula ses bras autour du corps svelte et le pressa contre le sien. Sans réaction, si ce n'est le rire moqueur du sale gosse qui avait apparemment décidé de rivaliser avec lui. Hé oui, il fallait que son rival soit un enfant bien sûr ! Le géant logea son nez dans le cou de la jeune femme et remarqua avec plaisir qu'elle avait légèrement tremblé. Il posa les mains sur ses épaules, mais lorsqu'il voulut lui retirer sa blouse de médecine, elle s'écarta.
-Non. Je… Je ne l'enlève jamais.
-Au moins pour aujourd'hui, insista-t-il.
La doctoresse soupira bruyamment et retira sa blouse à contrecœur. Il n'hésita alors pas une seule seconde à serrer contre lui ces bras fin et ces frêles épaules qui lui étaient toujours cachés d'habitude. La peau presque glacée d'Ashiya lui donna des frissons dans les jambes, sous la chaleur rassurante des mains de Corazon. Voyant le petit garçon s'ennuyer à côté d'eux, elle saisit sa main et l'amena contre elle, sans voir les étincelles qui commençait à se faire sentir entre l'homme et l'enfant. Law cala sa petite tête contre la poitrine généreuse de la doctoresse, sous le regard presque meurtrier du géant derrière elle.
-Je peux savoir à quoi vous jouez tout les deux ? soupira-t-elle.
Ils sursautèrent en même temps. Avait-elle remarqué ?
-Il est tout le temps en train de vous mater Ashiya-san ! cria le gamin en pointant son aîné d'un doigt accusateur.
-Ce sale gosse me provoque Ashiya ! Il est pas si innocent que tu crois ! rétorqua l'autre avec une grimace boudeuse.
Elle arqua un sourcil mécontent, se leva de l'herbe en remettant sa blouse et s'en alla. Le géant s'empressa de lui courir après, suivi par le petit garçon.
-Attends ! Où est-ce que tu vas ? s'inquiéta le blond en fronçant les sourcils, une fois à sa hauteur.
Il s'était retenu de rajouter « ma chérie ». Ce n'était peut-être pas le moment et puis, il avait déjà goûté à sa colère ces derniers jours.
-Tu m'énerves Cora, répondit-elle en toute franchise, sans même se douter à quel point ses mots pouvaient être blessants.
Sous le choc, ses pieds s'emmêlèrent et il se cassa la figure dans l'herbe. Mais cette fois, pas l'ombre d'une inquiétude dans le regard de sa belle, car elle s'en fichait juste. Et rien que ça, ça lui fit mal au cœur. Il aimait tellement qu'elle s'inquiète pour lui, ou qu'elle ricane, toute discrète, devant ses pitreries. Mais là, rien du tout. Il tourna les yeux vers le petit garçon, qui haussa les épaules, l'air de dire que lui aussi ne comprenait pas. Corazon se planta en face de la brune, mains dans les poches.
-Hé Ashi', qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
-Pourquoi tu… tu me considères comme un objet ?! cracha-t-elle en serrant les dents.
Il écarquilla ses yeux bleus. De quoi parlait-elle ?
-Je comprends pas…
-Tu fais comme si je pouvais préférer un enfant à toi ! Mais tu ne comprends rien ! J'aime Law et je t'aime ! Tu crois que c'est comparable ?!
Le géant ne sut répondre.
-J'aime Law comme une mère aimerait son enfant ! Et toi ? Comment tu peux être jaloux de ça ? C'est stupide !
Une petite main tira sur la blouse de la doctoresse.
-C'est aussi ma faute Ashiya-san. Je voulais énerver Corazon, avoua le petit garçon.
Elle esquissa un faible sourire, souleva l'enfant par les aisselles et embrassa affectueusement sa joue. La jeune femme chuchota discrètement quelque chose à son oreille. Le garçon sourit alors de toutes ses dents et passa ses bras autour de la nuque de la jeune femme. Cette dernière tendit sa main inoccupée vers le géant.
-On fait la paix Cora ? Sinon ma facture d'eau va augmenter…
Elle laissa l'enfant poser pied à terre et sauta dans les bras du blond, qui lui était aux anges. Il serra aussi fort que possible la jeune femme contre lui avant de prendre sa main et poser ses lèvres sur la douce peau blanche.
-Pourquoi quand c'est Law, tu pardonnes toujours ? bouda Corazon.
-Je rêve où ça te manque les verres dans la tête ?
-Ok, ok j'ai rien dit…
Il embrassa le sourire sadique de sa belle. Qu'elle était jolie lorsqu'elle le menaçait… Des doigts fins saisirent délicatement la ficelle noire de son bonnet, et s'enroulèrent autour du petit cœur au bout. Il bâilla à s'en décrocher la mâchoire et sursauta brusquement, tout comme la brune contre lui. Un coup de feu venait de retentir, dans la forêt non loin du ruisseau. Le géant fronça les sourcils et caressa une dernière fois la joue de son amour avant de se diriger, avec le petit garçon, vers la source de cette détonation.
-Attendez ! cria-t-elle dans une veine tentative pour les retenir. C'est peut-être dangereux, n'y va pas Law ! Et toi aussi Corazon !
Le blond revint lentement près d'elle, un mince sourire sur le visage pour la rassurer.
-T'inquiètes pas pour Law, il est plus fort qu'il n'y paraît.
-Alors je viens aussi ! déclara-t-elle les bras croisés sous sa poitrine, l'air grave.
-Hein ?
Il cligna trois fois des yeux.
-Mais… Mais tu ne peux pas !
-Je ne suis pas aussi forte que vous deux, et alors ?
Le blond l'amena sous un arbre et prit le beau visage entre ses mains.
-Ils sont peut-être déjà là… Je veux tout faire pour vous protéger, toi et Law, alors fais-moi confiance. Je reviendrais vite.
La doctoresse grimaça avant d'hocher lentement la tête. Il embrassa le front pâle. La mine boudeuse de la jeune femme lui arracha un petit sourire. Le géant promit encore une fois que ce ne serait pas long et emmena avec lui le petit garçon, sous le regard plus qu'inquiet d'Ashiya. Corazon et Law pénètrent dans la forêt, à la recherche de ce qui avait provoqué ce coup de feu. Le gamin passa devant et ils s'arrêtèrent à une petite clairière vide.
-C'était peut-être qu'un chasseur Cora-san. Il n'y a eu qu'une seule détonation.
-Nan… Je sens un truc bizarre… marmonna le géant.
Il s'accroupit au sol et toucha du bout des doigts la mystérieuse poussière noire encore fumante éparpillée dans l'herbe. Une odeur parfumée s'en échappait.
-C'est de l'encens.
Le petit garçon s'accroupit à son tour et prit dans sa main les grains noirs presque brûlants pour les voir de plus près. Ses yeux s'écarquillèrent soudainement. Il se disait bien qu'il connaissait cette senteur suave. La doctoresse portait la même.
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Il s'écroula au sol, faible, abattu. Une perle salée roula le long de sa joue maculée de terre. De sa main couverte de sang, il sécha cette toute dernière larme. Le petit garçon à côté de lui posa une main sur son fidèle bonnet tacheté et le serra très fort. La maison toute entière n'était qu'inondée de cadavres encore chauds. Le géant balança son pistolet au loin, et ce dernier atterrit dans la flaque rouge de la cuisine. L'enfant posa la main sur l'épaule de son aîné.
-Cora-san, elle n'est peut-être pas loin.
Il ne répondit rien. Tout ça n'avait pas de sens. Pourquoi avait-il fallu que ça tombe sur elle ? Elle… Une femme si innocente, si pure… Pourquoi elle ?!
Il se releva brusquement, détailla le corps étendu au sol de l'agent, et vit un doigt tressauter faiblement. Son sang ne fit qu'un tour. Il récupéra le pistolet dans la flaque de rouge écarlate et logea au pauvre homme une balle dans le crâne. Puis une dizaine de balles dans tout son corps, sans jamais s'arrêter, rendu fou par le rythme de la détonation. Le gamin se jeta sur lui et le poussa en arrière du mieux qu'il put.
-Arrête Corazon ! Si tu commences à perdre la tête maintenant on ne la retrouvera jamais !
-Ils me l'ont prise… pourquoi… Pourquoi elle ? Elle n'avait rien fait ! Elle était innocente ! hurla-t-il sans pouvoir contrôler sa colère.
« Cora, nous n'avons pas à tuer des gens pour survivre. »
De nouvelles larmes s'écoulèrent sur son visage souillé de meurtres. Le petit garçon tira le géant en dehors de la maison devenu cimetière, afin de lui épargner ce triste tableau, dont il était lui-même auteur. Il releva ses yeux soulignés de noir vers le ciel tout aussi sombre. C'était ce même cauchemar qui recommençait pour eux à l'infini. Malgré le dégoût qui lui vrillait les entrailles, le petit garçon retourna dans le laboratoire plus poussiéreux que jamais. Mais seule pièce à avoir été épargnée par le massacre. Il renversa plusieurs machines de leurs supports et sursauta au son du verre qui se brise, et des minuscules explosions chimiques. L'enfant continua de détruire ce qu'il restait d'intact et prit avec lui un petit coffret noir avant de sortir au pas de course de cet enfer. Il regarda, avec souffrance, le désespoir dans les yeux de Corazon. Sa tristesse mêlée à une haine profonde. Autrefois, quand c'était lui qui avait ce regard, jamais il ne l'a abandonné. Quand plus personne ne croyait aux miracles, Corazon y croyait toujours. Et aujourd'hui, il pensait que c'était à son tour de lui redonner espoir. Il se planta face à Cora et lui tendit la boîte.
-On va la retrouver Cora-san, déclara-t-il d'une voix sûre.
Le géant détailla lentement l'objet avant de le saisir entre ses mains presque tremblantes. Puis soudainement, les commissures des lèvres noires se redressèrent en un grand sourire de joie. Il prit l'enfant dans ses bras.
-Ne perdons pas de temps, murmura le blond en tapotant le bonnet nordique du garçon.
Law hocha la tête avec un mince sourire.
-Hm ! Par où on va ?
-Euh… C'est-à-dire ?
-Ouais, je me disais aussi…
Ils soupirèrent de concert. Ce n'est pas comme si ils avaient une quelconque piste à suivre… Il ne restait absolument aucune trace de leur jolie doctoresse. Le géant releva brusquement la tête, comme en proie à une idée miraculeuse.
-On va tenter notre chance sur la route ! lança Corazon, tout sourire et un doigt pointé droit devant lui.
-Mais c'est stupide ! Evidemment qu'ils ont dû emprunter une route pour la kidnapper !
-Tais-toi ! C'est mon instinct d'amoureux qui parle ! Et il me dit d'aller dans cette direction !
Le gamin grogna d'un air exaspéré. En même temps, il ne leur reste pas beaucoup d'options.
-Comme tu veux Cora-san, allons-y avant que la nuit tombe.
Le sourire du géant s'éteignit un peu tandis qu'il regardait le petit garçon passer devant lui. Il avait fait de son mieux pour contenir colère et tristesse à la fois, parce que c'était le gamin qui le lui demandait mais lorsque la vérité surgirait à nouveau, pas sûr qu'il y arrivait encore.
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Ses mains parcouraient avec lenteur la douce peau blanche, tandis qu'il lui tournait autour, examinant dans les moindres recoins le corps presque parfait qu'il avait sous les yeux.
-Votre cadeau Maître, de la part du Chasseur, annonça la domestique avant de quitter la pièce.
Le flamant ricana. Qu'elle était jolie ainsi captive de ses mains, et aveuglée par ce bandeau sur son visage trempé de larmes. Il imaginait déjà la réaction de son cher frère lorsqu'il apprendrait cela. Il voyait son désespoir, son désir de la revoir. Et précisément à ce moment-là, son cœur s'en retrouvera brisé. Il abaissa la longue blouse de manière à découvrir les frêles épaules, sans pour autant la dénuder. Son pouce glissa le long de la lèvre rose, toute tremblante.
-Calmez-vous damoiselle Skynn. Je vous assure qu'aucun mal ne vous sera fait.
-Laissez-moi tranquille ! sanglota la pauvre doctoresse en se débattant contre les menottes à ses poignets endoloris.
Le géant courba un peu plus le dos, souffla sur la face froide et stoïque. Elle poussa un cri et recula telle la faible proie qu'elle était malheureusement face à lui.
-Vous savez qui je suis n'est-ce pas ?
-Don… Don Quichotte… Doflamingo, bégaya la jeune femme en gardant la tête fièrement relevée, regardant droit devant.
-Précisément.
Le flamant se dit alors que même aveuglée, elle gardait beaucoup de courage. Il saisit de sa grande main le petit menton qu'il souleva presque violemment à sa hauteur.
-Dites-vous bien Skynn, que si vous m'aviez écouté, tout ça ne serait pas arrivé. J'aurais pu trouver un terrain d'entente avec mon frère et vous ne seriez pas ici.
-Non, je sais que vous allez tuer Corazon. Il vous a menti.
-Les traîtres doivent bien payer un jour. Et vous Skynn ? Ne me dites pas que vous avez la main blanche tout de même ? Ah, j'oubliais que mon frère était tombé sous le charme d'un vrai petit ange !
Un rire empreint de sadisme résonna dans la pièce.
-Vous êtes très futée Skynn, et intelligente aussi… Mais je doute sincèrement que cela vous soit d'une grande utilité aujourd'hui.
Un souffle chaud cogna contre sa nuque. Elle se mordit la lèvre pour ne pas crier. Cela ne rendrait que plus heureux encore son ravisseur. Quant à lui, il était déjà très satisfait en voyant ce corps trembler rien qu'au son de sa voix. Mais il en voulait plus.
Le bandeau tomba lentement au sol. La doctoresse découvrit devant elle un homme gigantesque, aux courts cheveux blonds, qui se tenait les genoux fléchis et les mains dans les poches de son bermuda. Une chemise fleurie, ouverte sur le torse, laissait apparaître la belle musculature du flamant, mais c'était bien ce large manteau de plumes roses qui rehaussait encore sa carrure. Et les lunettes à verres roses camouflant la couleur de ses yeux ne le rendait que plus intriguant. Le voyant approcher, elle agita ses poings liés, cherchant à se défaire des menottes dans son dos. Le délicieux cliquetis métallique parvint aux oreilles du géant. Il passa une langue légèrement en pointe sur ses fines lèvres et attendit patiemment qu'elle reprenne son calme.
-Pourquoi faire semblant ? Vous auriez envie de fuir, de crier son nom… alors faites-le.
-Je ne crois pas être la seule à faire semblant, rétorqua-t-elle sur un ton froid et implacable.
La bouche du blond se tordit.
-Vous avez du cran de me défier Skynn, et j'apprécie votre courage. Mais pas sûr que vous soyez encore capable de me regarderez ainsi dans quelques jours.
Il fit quelques pas de côtés d'un air penseur.
-Déjà, mon adorable petit frère ne peut plus rien pour vous. Ensuite, j'ai quelque chose susceptible de vous retenir. Quelqu'un… qui vous manque terriblement Skynn.
Le mutisme de la doctoresse dura encore, mais il n'en fut pas plus irrité. Presque s'il en ria même.
-Mais comme je vous l'avais dit, aucun mal ne vous sera fait ! Vous serez même traitée correctement.
Sa bouche se déforma en une expression noire et troublante.
-Et surtout… soyez sage.
Elle déglutit difficilement et regarda son ravisseur retirer les menottes à ses poignets, puis sortir par la porte derrière elle. Sans même prendre la peine de fermer à clé. Comme s'il n'avait absolument pas peur de la voir détaler, ou alors qu'il s'en fichait. La jeune femme poussa un grognement agacé accompagné de jurons. Elle souffla un bon coup, détailla attentivement la charmante pièce où elle se trouvait. Un mobilier très luxueux, un lustre scintillant accroché au plafond et un lit digne de la noblesse entre deux tables de chevet en acajou. Plus une cage dorée qu'une prison, se dit-elle.
La brune réajusta sa longue blouse blanche, toujours si professionnelle, et se mit alors à fouiller chaque tiroir, chaque petit recoin susceptible de cacher quoique ce soit. Mais contrairement à ce qu'elle s'imaginait, elle n'était pas surveillée… et aucune arme sous la main. Tout était vide, c'était comme une chambre d'hôtel. Et un peu comme si l'endroit avait été préparé spécialement pour sa venue.
La doctoresse pénétra dans la salle de bain et remarqua la pile de serviettes blanches à côté des lavabos d'un blanc immaculé. Par-dessus, une petite note qu'elle prit d'une main hésitante.
« Il est trop tôt pour t'enfuir.
Sois patiente Ashiya.
-Chasseur »
Elle arqua un sourcil inquisiteur et rangea le papier dans une poche de sa blouse. Ce pseudonyme lui était maintenant familier, mais elle n'avait encore jamais vu le visage de celui qui le portait. Tout ce qu'elle savait, c'est que c'était ce « Chasseur » qui l'avait amenée ici.
Merci d'avoir lu !
Je vous dis à la prochaine et laissez-moi un petit commentaire (dans le carré juste en bas) si vous avez le temps !
