Ça y est ! C'est mercredi ! Voici un nouveau chapitre du syndrome d'Horadus
Ce chapitre est un peu plus guimauve que d'habitude, vous voilà prévenus.
Bonne lecture !
CHAPITRE 7 – Le cœur et le sang
–– Quoi ?
–– Je l'ai vu dans la tête de Dumbledore ! Ils veulent envoyer Vicky en prison.
Harry rebroussa chemin et se dirigea en courant vers la porte d'entrée comme s'il voulait rattraper Dumbledore. Mais il heurta le vieux porte–parapluies taillé dans un pied de troll et s'étala sur le sol.
–– Tiens ? Ils ont viré l'autre folle ? s'étonna Ron qui aidait Harry à se relever.
Harry ne répondit pas et il essaya d'ouvrir la porte mais s'arrêta en voyant la complexité du mécanisme d'ouverture. Comment diable pouvait–on faire fonctionner une porte pareille ?
–– C'est pas la peine, Harry. Ils doivent déjà avoir transplané. Et puis je suis pas sûr que tu puisses ouvrir cette porte.
–– Qu'est–ce qui se passe, demanda Hermione qui avait accouru dans le hall. J'ai entendu quelqu'un tomber, j'ai cru que tu avais eu un malaise, Ron.
Derrière elle se tenait Ginny, venu vérifier que son frère se portait bien. Elle évitait désormais le regard de Harry.
–– Qu'est–ce qui te prend, Harry s'étonna Hermione quand elle le vit devant la porte en se massant le coude sur lequel il s'était rattrapé.
–– Hermione ! Dumbledore veut envoyer Victoria à Azkaban !!!
Les deux filles changèrent de tête.
–– Comment…
–– C'est Ron qui…
–– Hé ! Une minute Harry. J'ai jamais dit que c'est Dumbledore qui VOULAIT l'envoyer là–bas. C'est seulement ce qui est prévu par… heu… les autorités compétentes, je suppose… En fait Dumbledore n'avait pas l'air d'apprécier beaucoup.
–– Ce maudit ministère, je parie. C'est Fudge qui veut l'envoyer là–bas. Il doit la considérer comme un monstre et veut à tout prix l'enfermer. Comment peut–il l'envoyer dans une cellule ?
–– Ne sois pas stupide, Harry ! lâcha Hermione qui ne pouvait cacher son exacerbation. Quand tu agis sur le coup de l'émotion tu deviens vraiment ridicule ! Réfléchis un petit peu. Tu crois vraiment qu'ils vont la faire garder par des Détraqueurs ? Elle les fait fuir les Détraqueurs !!!
–– Heu… oui, c'est vrai, ça, marmonna Ron. Mais alors, ils sont fous ! S'ils amènent cette fille là–bas, ils feront fuir les Détraqueurs et du coup les prisonniers pourront s'échapper !
–– Ron, soupira Hermione ! Je suis bien contente que tu puisses percevoir des choses dans la tête des gens, mais si tu ne te sers pas plus de ta matière grise, ce n'est vraiment pas la peine !
Ron ne répondit pas, il semblait vexé par cette remarque. Curieusement, il n'avait pas l'air de scruter efficacement dans les méninges de Hermione.
–– Ce n'est pas la peine d'essayer de voir à quoi je pense, Ron, je vais te le dire.
–– Moi, mais, heu… pas du tout, je n'essayais pas de…
–– De toute façon, les Détraqueurs n'obéissent plus au ministère, coupa alors Ginny. Ils ont sûrement déjà quitté Azkaban depuis longtemps. C'est une chance qu'ils ne soient pas venus régler notre compte au Terrier.
–– Oui, reprit Hermione. Ce qui montre que les Mangemorts étaient venus pour une raison particulière et pas seulement pour vous éliminer. Mais ça signifie aussi que le ministère a dû trouver autre chose pour garder les prisonniers.
–– Et Vicky dans tout ça ?
Un moment, Ginny croisa le regard de Harry. Elle réagissait toujours un peu bizarrement à l'évocation de Vicky. Pourquoi « Vicky » et pas Victoria, d'abord ! Mais elle détourna vite les yeux quand elle se rappela l'humiliation qu'elle venait de subir avec les dessins de Dean. Harry s'en aperçut et en fut d'autant plus désarçonné. Il aurait voulu dire à Ginny de ne pas s'en faire mais lui–même était perdu au niveau de ses sentiments.
–– Je crois qu'ils veulent en faire la nouvelle gardienne d'Azkaban, repris alors Hermione.
–– Hein ? grogna Ron…
–– Qu'est que tu racontes ?
–– Oui… Victoria à Azkaban et on est sur que les prisonniers ne pourront plus faire de magie. Ni même leurs visiteurs. Impossible d'utiliser une cape d'invisibilité. Impossible d'utiliser du polynectar comme ce fut le cas avec Barty Croupton Junior. Impossible aussi de se métamorphoser, de prendre une forme animale, même pour un animagus, etc. En fait, Azkaban devient une prison tout à fait semblable à celle des moldus. Et les prisonniers qui ne connaissent et ne pensent qu'en terme de magie sont incapables de s'évader. Victoria est en réalité la gardienne parfaite !
Ron regarda Ginny d'une façon curieuse. Ginny venait probablement de penser quelque chose du genre « qu'elle y reste ! ». Harry n'eut pas le temps de digérer ce qui venait de se dire que Mrs Weasley vint voir où restait donc ses enfants.
–– Ah, Ron, tu es debout. !!! Quelle excellente nouvelle ! Viens vite dans la cuisine, près du feu. Il ne faut pas que tu prennes froid.
–– Non, Mrs Weasley, reprit Mrs Strout qui criait du fond de la cuisine. Les flammes peuvent raviver ses douleurs…
–– Ah oui, excuse–moi mon chéri. Mais ce n'est pas grave. Le crumble est presque prêt.
Mrs Weasley prit Ron par le bras –le faisant une nouvelle fois crier de douleur– et poussa tout le monde vers la pièce bien chauffée de la cuisine. Pendant que Molly gesticulait avec enthousiasme à l'idée que son grand garçon était à nouveau en pleine santé, Hermione se retourna sur Harry et lui dit :
–– Ne te tracasse pas trop, Harry. C'est peut–être la meilleure des choses pour l'instant. Au moins, elle ne servira plus les desseins de V… Voldemort. Et puis… Que pouvons–nous faire de plus ? Mais tu sais, Dumbledore a promis qu'il s'occuperait personnellement d'elle. Et ça, c'est une garantie, non ?
–– Oui, sans doute…
Les jours qui suivirent furent assez difficiles pour Harry. Vicky restait perpétuellement dans ses pensées mais en même temps, il se sentait toujours plus troublé par Ginny. Penser à l'une devenait comme une trahison par rapport à l'autre. Le sentiment de gêne qu'avait provoqué les dessins de Dean n'arrangeait pas les choses, aussi bien pour Ginny que pour lui. Et puis, Harry avait toujours la mauvaise impression qu'il ne pouvait plus penser librement, Ron étant toujours prêt à recevoir des bribes de ses pensées.
Mais les pouvoirs de Ron semblaient diminuer en même temps que ses brûlures. Celles–ci étaient devenues moins rouges mais les filaments couleur chair s'étaient assombris et semblaient avoir augmenter en longueur, en nombre et en ramification. Elles formaient comme un réseau sur tout son corps et si leur origine n'avait pas été aussi tragique, Ron aurait volontiers pu s'exposer dans une galerie d'art. Ses bandages avaient enfin été retirés. A présent doté d'un nouveau don, Ron s'était alors exercé du mieux qu'il pouvait avec Harry ou sa sœur. Il ne recevait désormais que très rarement des flashs intempestifs et il arrivait un peu mieux à cibler sa recherche dans la tête de ses cobayes. Mais Harry ne se laissait pas faire, il avait malgré tout déjà quelques expériences d'occlumentie. Ginny non plus d'ailleurs. Son fort caractère et surtout la colère d'avoir laissé percé son secret faisait d'elle un sujet difficile à sonder. Pour ce qui concernait Hermione, Ron ne parvenait qu'à s'énerver. Impossible de percevoir quoi que ce soit venant d'elle.
L'ambiance au square Grimmaurd était redevenue agréable. La maison des Black était maintenant beaucoup plus propre et moins sombre qu'auparavant. Harry ne se sentait plus aussi oppressé dans cette demeure. Le souvenir morbide de Sirius ne le hantait plus même s'il avait quelque fois un pincement au cœur quand il fallait s'occuper de Buck, l'hippogriffe. Seule une pièce avait été relativement conservée, avec d'anciennes reliques des Black. Phineas Nigellus avait demandé que l'on y place sa toile, derrière le fauteuil dans lequel aimait tant se vautrer Sirius. Il avait cessé toute forme de sarcasme et semblait fort peiné par l'absence de son descendant. Harry crut même entendre, un soir, Phineas marmonner pour lui–même qu'il regrettait amèrement de ne posséder aucun tableau de Sirius ni même de son frère. Mais le vieux Nigellus n'en demeurait pas moins antipathique et il n'autorisait personne à pénétrer dans ce qu'il appelait le sanctuaire des Black. De toute façon, personne n'avait réellement envie de s'y rendre, sauf peut–être Kreattur, pour autant que l'elfe de maison eut encore vécu dans la demeure.
Molly était devenue très amie avec Miriam Strout qui s'était tant occupé de son fils et de son époux. Elles riaient souvent de bon cœur, ce qui emplissait le manoir d'une chaleur qu'il n'avait probablement jamais connu. Bill passait régulièrement après son travail à Gringotts. Il venait le plus souvent accompagné d'une Fleur resplendissante. Mrs Weasley était fière d'accueillir cette nouvelle venue dans la famille et ne cessait de la complimenter ou de lui demander des conseils en matière de mode française. Ginny passait également beaucoup de temps avec Fleur et Ron sentait qu'elles préparaient quelque chose. Elles changeaient systématiquement de sujet quand Harry ou lui s'approchait trop près d'elles. Alastor Maugrey était aussi passé quelques fois. Il avait salué le courage de Ron mais n'avait pas voulu lui serrer la main (« cochonneries de cicatrices maléfiques »). Il n'avait cependant pas hésité à discuter avec lui d'une future carrière envisageable comme Auror. Avec les dons qu'il possédait, cela pourrait lui être d'une aide précieuse.
Ginny avait retrouvé un visage normal. Seule sa cicatrice au menton persistait. Dans un premier temps, Harry feignit d'apercevoir l'amélioration de ses blessures. Mais depuis quelques jours, il n'arrivait plus à décoller ses yeux d'elle dès qu'elle entrait dans la même pièce que lui. Elle l'hypnotisait littéralement, ce qui lui valut quelques moqueries de la part de Ron. Harry n'avait pas oublié Vicky, bien sûr. Et c'est d'ailleurs elle qui l'empêchait certainement d'agir. Mais le temps commençait à faire son œuvre. « Loin des yeux, loin du cœur » avait un jour murmuré une petite voix dans sa tête. Sachant que Dumbledore s'occupait de Vicky, il se sentait moins coupable de penser à une autre. Et Ginny commençait à occuper une place de plus en plus importante dans son esprit.
En même temps, un jeu de séduction commençait à s'opérer entre les deux adolescents. Ils se cherchaient puis se fuyaient du regard. Ginny se montrait plus coquette depuis quelques temps, passant plus de temps dans la salle de bain le matin et ressortant avec quelques fantaisies dans les cheveux, se parfumant volontiers et essayant de nouvelles toilettes plus… séduisantes. Harry, lui se débattait tous les jours contre ses mèches rebelles sans jamais obtenir la moindre victoire sur elles. Il parlait moins et réfléchissait à deux fois avant d'ouvrir la bouche, pour éviter de dire une bêtise. Il trouvait son comportement stupide mais il ne parvenait plus à s'asseoir à côté d'elle sans manquer de se casser la figure ou de renverser une tasse. Alors il s'en éloignait du mieux qu'il pouvait, d'un air le plus innocent possible. Cela faisait beaucoup rire Ron, un peu moins Hermione. Tous les deux avaient très bien compris leur manège et ils s'en réjouissaient.
Dans ce climat d'allégresse, les jours avaient défilé à grande vitesse. De nombreuses réunions de l'Ordre s'étaient encore tenues et aucun d'entre eux n'y avait été invité. Ron rallait à tout vent et passait sa mauvaise humeur sur quelques Doxys qui restaient dans des vieilles tentures du grenier. Il s'offusquait qu'on ne les tienne toujours pas au courant des réunions, après tout ce qu'ils avaient déjà fait. Ses frères Fred et George ne se privaient pas pour le charrier, maintenant qu'eux aussi faisaient parti de l'Ordre du Phénix.
–– Ha ha ha ! Ne te mets pas en colère comme ça frérot, tu es aussi rouge que tes bras, se moqua Fred.
–– Et puis ça t'empêche de voir ce qu'il y a dans nos têtes.
–– Mais pourquoi est–ce qu'on ne peut toujours pas participer. Ce n'est pas normal.
–– De toute façon, les portes sont protégées, tu ne pourras rien capter de ce qu'on raconte.
–– Oui et tu y gagnes, parce que ce n'est pas marrant là–dedans. Qu'est–ce qu'on peut s'ennuyer, Fred et moi !
–– MAIS ALLEZ –VOUS ME DIRE CE QUE VOUS FAITES POUR L'ORDRE ? Vous avez aussi des missions ?
–– Tiens Ginny. Mets ça sur ta tête ! Ça évitera que ce filou de Ron ne vienne trifouiller dans tes neurones.
Ils sortirent un chapeau ridicule en forme de bonnet d'âne et ils lui mirent sur la tête. Avant même qu'elle n'ait eu le temps de réagir, le chapeau se transforma en deux grandes oreilles poilues et le nez de Ginny se mua en long museau avec deux grandes dents qui lui sortaient de la bouche. Elle voulut protester mais les seuls mots qui échappèrent de sa nouvelle gueule furent « HI HAN » avec la voix d'un bourricot. Tout le monde éclata de rire tandis que Ginny, toute confuse retirait le bonnet et retrouvait son beau visage. Elle avait à nouveau rosi, ce que ne manqua pas de remarquer George.
–– Dis–donc, sœurette. D'habitude tu ne te montres pas aussi timide quand on fait les pitres.
–– Tu es même souvent la première à faire l'andouille. Notamment la fois où George et moi t'avons donné ces dragées qui t'avaient transformées en…
–– Oui, oui, c'est bon, tout le monde s'en fiche !
–– Hmmm… Ginny n'est pas dans son état normal, dit George, un sourire en coin.
–– Serait–ce l'un d'entre nous qui t'intimide Ginny ?
Harry se mit à rosir également mais il ne put s'empêcher de sourire, lui aussi. La remarque de George sonnait d'une façon étonnamment plaisante à ses oreilles.
–– Que vas–tu chercher là, je… je suis juste… je digère mal mon déjeuner, voilà tout. Et je n'ai pas envie d'écouter vos histoires ridicules.
–– Hmmm ! Il faudra qu'on pense à créer des farces ciblées, mon bon George. Tu sais, pour des occasions spéciales… Des citrouilles mordeuses pour Halloween, par exemple…
–– Ou des cœurs volants qui transmettent des messages d'amour à la saint–Valentin ?
–– Et pas qu'à la saint–Valentin d'ailleurs… hum…
Les yeux de Fred se posèrent sur Ginny, ceux de George sur Harry. Ron et Hermione se retinrent de rire, Harry se sentit rougir d'avantage.
–– Bof ! Faudra faire beaucoup mieux que ça ! Lockhart a déjà expérimenté ce genre de truc quand il était à Poudlard. Il me semble que tu avais reçu un message, Harry, je me trompe ?
- Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin, se mit à fredonner, Fred qui se rappelait des premiers mots du poème qu'avait alors composé Ginny.
Aussi bien Harry que Ginny auraient voulu se faire tout petit pour se cacher dans un trou de souris. Tous les deux ne se souvenaient que trop bien du fiasco qu'avait représenté cette saint–Valentin, lorsque le nain qu'avait envoyé Ginny avait plaqué Harry au sol et débité son poème devant tout le monde. Mais alors que toute l'assemblée s'esclaffait, Harry et Ginny se regardèrent avec un sentiment mélangé de honte et de désir. Tout le monde ici voyait clair dans leur jeu et leur tendait des perches. Ils les poussaient à se jeter l'un sur l'autre. Qu'attendaient–ils encore ?
Les jumeaux avaient fini par prendre congé.
–– Quand vous viendrez chercher vos affaires pour Poudlard, n'hésitez pas à passer nous voir !
–– Ne t'inquiètes pas, Fred. Comment éviter votre magasin de toute façon ! D'ailleurs tu as reçu mon bon de commande.
Après qu'ils eut disparu, Harry reprit la parole :
–– De sacrés gaillards tes frères !
–– Oui ! Finalement, maman s'est faite à cette idée de commerce de farces et attrapes. Ils s'en sortent très bien et je sais que maman est très fière d'eux. Mais essaies un peu de les prendre en exemple pour justifier la possibilité de sortir de Poudlard sans ASPICs et tu verras de quel bois elle se chauffe !
Peu avant le repas du soir, des hiboux apportèrent les traditionnelles lettres les invitant à se préparer pour la rentrée scolaire. Tous les quatre lurent leur longue liste de fournitures. Le cours de défense contre les forces du mal semblait particulièrement important cette année car trois livres étaient recommandés. Harry fut cependant surpris de ne pas trouver la mention concernant des gants à longue manche, en cuir et écailles de dragon triplement renforcés. Hagrid lui avait pourtant certifié qu'il en aurait besoin cette année. Pendant que Harry était plongé dans ses pensées, les autres en avaient profité pour s'installer à table (et choisir stratégiquement leur chaise). Quand Harry les eut rejoint, il ne lui restait qu'une seule place : juste en face de Ginny. Harry ne mangea pas beaucoup et parla encore moins. Il eut l'estomac complètement noué quand son pied effleura celui de sa voisine d'en face. Molly s'était étonné de son manque d'appétit et Harry avait mis cela sur le compte de la nervosité liée à la rentrée scolaire. Mais quand il croisait furtivement les yeux de Ginny, il sentait une chaleur de braise lui monter dans le corps, à la fois douce et torride. Cette sensation était tellement envoûtante mais si effrayante à la fois.
Le soir venu, ils allèrent tous se coucher de bonne heure. Ils avaient l'intention d'aller sur le Chemin de Traverse le lendemain. Harry avait rejoint Ron dans la même chambre depuis bien longtemps déjà. Celui–ci ne tarda d'ailleurs pas à s'endormir et Harry entendit très vite les premiers ronflements sonores de son ami. Mais lui ne parvenait pas du tout à fermer l'œil. Il regardait le plafond mais ce n'était pas les craquelures du bois qu'il voyait. Devant lui s'affichait la vision idyllique de Ginny. Il la revoyait rougir devant les remarques de ses frères, il la voyait sourire, réfléchir, chanter, danser… Il observait le trouble palpable qu'elle avait à son approche. Elle l'obnubilait ! Sur le moment, il se demanda pourquoi il n'avait jamais eu le moindre talent pour le dessin. Il aurait tellement voulu esquisser la plus fine de ses courbes, le plus délicat des traits de son visage parfait ; il voulait se noyer dans l'immensité de ses yeux magnifiques. Il revoyait leur dernier regard à table et juste à ce moment, il sentit à nouveau monter en lui un désir infini provenant du plus profond de son âme. Il avait terriblement chaud dans ce lit et se rendit compte qu'il avait la gorge sèche.
Harry se leva. Il descendit sans faire de bruit les deux étages, et entreprit d'aller chercher dans la cuisine quelque chose qui pourrait étancher sa soif. Au moment où il passait la dernière marche, la porte de la cuisine s'ouvrit sur le hall et il s'arrêta net devant une Ginny en chemise de nuit plus que légère. Son estomac fit un bond prodigieux. Elle semblait avoir eu la même idée que lui et faillit presque laisser tomber son verre d'eau en voyant Harry.
Ils restèrent tous les deux sans réaction pendant quelques longues secondes. Ils étaient tous les deux terrifiés, mitigés entre l'envie de fuir à toute jambe et l'espoir qu'il se passe quelque chose. La lune éclairait la pièce et se reflétait dans les yeux luisant de Ginny qui s'était mise à trembler légèrement, la bouche entre–ouverte. Cette tenue légère lui donnait des allures de princesse de la nuit. Un rayon de lune caressait sa peau exquise et semblait l'envelopper d'un halo pâle mais harmonieux. Elle était là, debout dans la pénombre, belle comme l'aurore, pure comme la rosée d'un matin de printemps. Personne ne pouvait rivaliser de splendeur à cet instant, pas même une Vélane, ni même Victoria, et encore moins Cho Chang. Harry ressentit comme l'impression de découvrir une nouvelle magie, bien plus puissante que toutes les autres. Cette magie débordait de lui, il ne pouvait plus la contenir.
Alors, sans réfléchir à ce qu'il faisait, Harry s'approcha d'elle et lui prit délicatement la main, ses yeux rivés sur ceux merveilleusement bleus de son aimée. Ginny vacilla quelque peu, sans dire un mot, et son verre tomba sur le tapis, déversant la totalité de son contenu et roula en direction de la cuisine. Il ne perturba aucunement ces deux êtres épris d'une grande émotion et qui se rapprochaient inexorablement l'un de l'autre. Un doux frisson parcouru les amoureux pratiquement entrelacés. Ginny caressa la joue de Harry de son autre main. Harry glissa la sienne sur sa taille et la serra contre lui. Leurs deux visages se frôlaient, leurs nez se touchaient presque. Chacun pouvait sentir la respiration tremblante de l'autre. Ils ne formaient plus qu'un. La peur de Harry s'envola aussi vite qu'elle était apparue. Maintenant plus sûr que jamais de son choix, Harry se libéra de toutes ses craintes et entreprit de l'embrasser…
CRACK !
Le bruit assourdissant d'un individu qui avait transplané dans la cuisine les fit sursauter. Ginny se retourna et regarda avec inquiétude dans la direction de la cuisine. Harry la serra contre lui, prêt à la protéger le cas échéant. Aucun des deux n'avait pris sa baguette. Mais il furent surpris d'entendre une sorte de râle agonisant. Non, ce n'était pas celui d'un Détraqueur, c'était plutôt celui d'un mourant. Tous deux s'approchèrent de la pièce plongée dans l'obscurité. C'est maintenant que Harry aurait voulu avoir l'onguent de Neville. Sans vraiment savoir pourquoi, Harry entra le premier. Il espérait peut–être que de cette manière, s'il devait y avoir une attaque, Ginny serait indemne et aurait le temps de prévenir tout le monde.
Il se glissa complètement dans la pièce, suivit de près par celle qui avait eu raison de son cœur. Il s'arrêta pour écouter et le bruit s'intensifia. Manifestement, une créature était en train de mourir dans cette pièce. Il vit alors une petite forme allongée par terre dans une étendue de sang. Il se précipita et failli trébucher sur le verre de Ginny. Il se rattrapa de justesse et tomba pratiquement sur la bête moribonde. A ses pieds gisait Kreattur en train d'agoniser, la gorge horriblement tranchée…
