Disclaimer : Les personnages de Saint Seiya ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : DM/Camus.
Rating : M.
Voici la suite tant attendue de ma superbe fic !
Lys : Pas vantarde pour un sou !! :-)
Je savais pas quoi écrire comme intro Et puis j'aime pas me vanter.
Bonne lecture !
Chapitre 7
L'eau coulait sur sa peau, caressant agréablement son corps chaud qui n'avait aucune envie d'affronter le froid qui régnait au-dehors. En se levant, il avait vu de la vapeur s'échapper des lèvres des passants, et la température semblait avoir un peu baissé dans la chambre d'hôtel, bien que ce ne soit pas ça qui l'ait réveillé.
Angelo sortit de la cabine de douche, attrapa une serviette et s'essuya, pour ensuite s'habiller, enfilant son pantalon de costume et une chemise plus sombre. Pieds nus, il sortit de la salle de bain, pour aller dans la chambre à coucher.
Les rideaux assombrissaient la pièce composée d'un grand lit, une télévision et une grosse commode, si on oubliait les décorations harmonieuses qui semblaient à Angelo plutôt superflues. Car la plus belle des choses qui se trouvaient dans cette chambre était couchée entre les draps, profondément endormi. Allongé sur le ventre, ses bras entourant son oreiller, Camus dormait paisiblement, ses cheveux éparpillés en plusieurs mèches océan, une vague soie encadrant son visage où la sérénité était peinte.
Tout en le regardant, Angelo s'assit sur le lit et attrapa une de ses mèches entre ses doigts, qu'il caressa, en admirant pensivement le visage de son amant. Il avait envie de l'embrasser, mais le français pourrait se réveiller, il avait le sommeil léger, et il devait se reposer.
Angelo songea à leur soirée de la veille. Si son désir premier n'avait pas été de coucher avec Camus, il s'était finalement retrouver à lui faire l'amour dans la baignoire. Étrange comme première fois. Il était loin d'être sentimental de ce côté-là, mais il trouvait ça un peu bizarre. Il ne l'avait jamais fait dans un tel endroit, ses amants ou maîtresses ne partageaient que son lit pour quelques nuits, rien de plus. Cela avait été différent pour Camus. Et ce serait toujours différent.
En y pensant, l'italien se sentait piégé. Sans crier gare, Camus était rentré dans sa vie, s'imposant petit à petit dans sa routine, dans sa chambre, dans son cœur. Son cœur de pierre semblait s'être fissuré, Camus y était pénétré en douceur, sans brusquerie. Angelo n'avait rien vu venir. Mais qu'il le veuille ou non, il savait que, maintenant, il ne pourrait plus jamais se séparer du français. Pas après avoir partagé sa compagnie. Pas après avoir goûté ses lèvres. Pas après avoir pris possession de son corps.
Malgré cela, l'homme d'affaire n'en était qu'énervé. C'était pourtant évident, Camus ne pouvait que charmer avec les yeux qu'il avait. Mais il n'avait rien vu. Et, dans le fond, c'était aussi bien. S'il avait imaginé que cette attirance particulière allait devenir ce que c'était devenu aujourd'hui, il se serait certainement bien écarté du français. Il n'avait besoin de personne pour vivre, il s'en était toujours sorti seul. Toujours. Pourtant…
Pourtant, ce vide qui emplissait sa vie, cette sensation de lassitude qui lui pesait… ça pouvait changer. Ce vide, il allait être rempli. Cette lassitude, elle allait disparaître. Il ne serait plus seul, dans ces petits appartement luxueux, à penser à l'argent qu'il allait amasser. Il aurait quelqu'un près de lui, et il penserait à son bien-être. Généreux, il ne l'était pas. Attentionné, il ne l'était pas non plus. Pourtant…
Pourtant, pour Camus, c'était différent. Même dans le silence, il voulait l'avoir avec lui, et le rendre heureux. Lui offrir une autre vie. À lui. Juste à lui. Lui montrer que, malgré les apparences, il était quand même quelqu'un de bien. Qu'avec lui, il pourrait être plus heureux qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie.
C'était la première fois qu'Angelo pensait à ce genre de choses. Un futur possible entre eux. Il n'avait jamais imaginé une vie avec quelqu'un d'autre que lui-même, éternel solitaire qui vit au jour le jour. Ce n'était pas désagréable de penser qu'on pouvait rendre quelqu'un heureux. Et être heureux soi-même. Angelo se dit qu'il devait être fatigué pour penser à des choses pareilles. Et aussi que Camus n'avait pas fait que percer la carapace qui entourait son cœur.
Sa main glissa dans les cheveux bleus de Camus qu'il caressa, son regard toujours posé sur le français. Ce jeune homme autre fois si froid, si inaccessible, qu'il lui était apparu impossible d'avoir une quelconque relation avec lui. Maintenant, il ne pouvait plus s'en passer. Dans quelques heures, il allait l'emmener par taxi à l'hôpital pour qu'il visite Aurélia et Joanne, il reviendrait un peu plus tard le chercher, et leur rendrait visite en même temps. Il l'accompagnait, comme si sa simple présence pouvait le mettre en sécurité. Il se sentait plus que ridicule.
OoO
En faisant rouler les roues de son siège, Camus sortit de l'ascenseur, et s'avança dans le couloir, le nez en l'air, regardant les numéros des chambres, jusqu'à arrivée à la bonne, celle où Aurélia et Joanne avaient été réunies, après une guerre sans merci avec les médecins qui tenaient à ce qu'elles soient séparées à cause des soins plus importants de Joanne dont la jambe était cassée.
Quand il rentra, les deux jeunes femmes eurent des cris de joie, heureuse de voir leur Camus venir leur rendre visite. Camus roula jusqu'à être entre elles deux.
« Alors, comment vous portez-vous ?
- Me suis jamais sentie aussi bien.
- J'ai pas l'air bête avec ma jambe dans le plâtre ! »
Mais, dans l'ensemble, elles allaient bien. Et c'était le principal. Ils se mirent à discuter, parlant de l'hôpital dont les repas laissaient à désirer selon la secrétaire et l'autre jeune fille, et de la famille qui était venue rendre visite à Joanne. Les parents avaient été très inquiets pour leur fille, et c'était compréhensible. Son père, ainsi que celui de Ludivine, étaient à deux doigts de tuer les deux flics qui avaient percutés la voiture de leurs filles, car ces deux hommes, grâce aux airbags, s'en étaient sortis sans de gros dommages.
Ils ne parlèrent pas de Ludivine. Pas qu'ils s'en fichaient, loin de là, mais pour ne pas tendre cette atmosphère agréable. Aurélia et Joanne pensaient sans cesse à leur amie qui demeurait toujours dans le coma, malgré son état physique viable. Camus continuait à y penser, aussi, il en faisait des cauchemars. Le restaurant chinois qui passe. Ses paroles envers la blonde. Leur regard vers l'avant. Cette voiture blanche qui crie. Sa main sur celle de la blonde. Et le choc…
La famille de la jeune fille était passée les voir. Oui, plutôt, ses parents et ses sœurs étaient venus pour se renseigner sur leur état. Les autres, c'était comme une visite de courtoisie envers la jeune fille qui dormait toujours. On leur avait apporté des fleurs et des chocolats, on avait discuté pour oublier le drame. Puis, ils étaient partis, revenant tous les jours.
Le chéri d'Aurélia passait aussi la voir, et même si elle ne le connaissait pas, Joanne était contente de le voir arriver, ça les changeait de ces infirmières et ces médecins qui allaient et venaient. Et puis, la télévision, ç'allait bien deux minutes. Toutes deux parlaient beaucoup, comme pour passer le temps.
« Quand est-ce que vous pourrez sortir ?
- Va savoir ! Ils ne veulent pas nous laisser partir.
- Un peu de patience, Joanne, ils ne vont pas nous garder éternellement.
- Toi, peut-être, mais moi j'ai une jambe dans le plâtre !
- On va faire de dessins dessus ! »
Une infirmière entra dans la pièce, les deux jeunes femmes poussèrent un soupir, ce qui fit tiquer l'interne. Elle leur dit froidement qu'elles avaient de la visite, et une femme entra à sa suite. Les cheveux coupés en dégradés et d'un brun clair, elle avait des yeux bleus et le visage souriant. Tout de suite, Joanne poussa un cri de joie, Aurélia eut un grand sourire. C'était la mère de Ludivine qui, comme à son habitude, venait leur rendre visite avant d'aller voir sa fille.
La mère de famille prit de leurs nouvelles, fit la connaissance de Camus et fut étonnée qu'il soit en aussi bon état alors qu'il était lui aussi à l'avant, mais elle dit que c'était aussi bien ainsi. Le français fut étonné de ne voir aucun énervement quand elle le vit, aucune jalousie, quand on savait dans quel état se trouvait sa fille aînée. Au contraire, elle lui proposa quelques chocolats qu'elle avait achetés sur le chemin avec gentillesse. Elle ressemblait à Ludivine, physiquement, et elle semblait très douce.
Pourtant, au fil des minutes, ses yeux s'assombrissaient. Les deux jeunes comprirent qu'elle voulait aller voir Ludivine dans sa chambre. Aurélia lui proposa de l'accompagner. Joanne protesta, elle n'avait pas de béquilles dans sa chambre. Camus lui répondit qu'elle n'avait qu'à monter sur ses genoux, elle n'aurait pas à marcher ou à se casser la binette. Les yeux de la jeune fille brillèrent et elle poussa un petit cri de joie, alors que le français se disait qu'Angelo avait bien fait de ne pas venir, il aurait foudroyé la jeune fille des yeux. Si ce n'est plus.
Tandis qu'Aurélia et la maman de Ludivine installaient Joanne sur les genoux du français, ce dernier se sentait rougir, son pas de la présence de cette jeune fille sur lui, mais plutôt à cause de ce qu'il s'était passé la veille. Cette première fois dans la baignoire de la salle de bain très éclairée de la chambre d'hôtel. Un moment si passionné, dont il n'avait aucun regret. S'offrir ainsi, dans un lieu pareil n'était pas dans ses habitudes, mais il avait tant désiré appartenir à l'italien… Ce moment s'était bien passé. Plus que bien. Et rien n'avait changé, entre eux. À part ces contacts réguliers où la gêne n'avait plus sa place.
Aurélia sortit de la chambre, et regarda dans le couloir s'il n'y avait personne. Par chance, les infirmières et les médecins semblaient avoir déserté. Tant mieux. La mère de Ludivine poussa avec force le fauteuil roulant, puis, avec l'aide de la secrétaire, elles partirent dans la section de réanimation, où se trouvait la chambre de la blonde. Ils rencontrèrent des visiteurs et des internes qui regardèrent le petit groupe passer avec stupeur, sous les rires des concernés. Si Camus n'avait pas protesté pour la suivie de son fauteuil roulant, la maman et Aurélia auraient volontiers poussé en courant le siège, ce qu'elles se retinrent finalement de faire.
Elles furent bientôt devant la chambre de Ludivine. Ils hésitèrent un long moment avant d'entrer. Finalement, ce fut Aurélia qui ouvrit la porte, et le petit groupe rentra dans la pièce. Allongée sur le lit, le teint presque aussi pâle que les draps qui recouvraient son corps et sa chemise de nuit, Ludivine semblait dormir, des tubes sortant de ses narines. Ses cheveux étaient éparpillés sur l'oreiller. Elle semblait comme morte, mais l'électrocardiogramme qui bipait à côté d'elle prouvait qu'elle était vivante.
Une fois de plus, sa maman ne put s'empêcher de pleurer en voyant son enfant entre la vie et la mort, trop loin pour répondre à ses appels, trop près pour sombrer. Aurélia la soutint et la guida vers une chaise, elle installa Joanne sur une autre. Cette dernière était très pâle, n'osant fixer le corps de son amie.
Camus s'avança un peu et attrapa la main froide de Ludivine. Entendant les pleurs de sa mère, il songea à tous ces moments passés avec elle, tout ce temps qu'elle lui avait accordé. Il regrettait de ne pas l'avoir remercié pour ce qu'elle avait fait. C'était sans doute bénin, mais elle avait été gentille avec lui, et étant toujours ensembles, il avait l'impression qu'elle avait fait beaucoup pour lui. Ce qui n'était peut-être pas faux.
Il respira profondément. Doucement, tout en regardant son visage serein et pâle, il l'appela, dans sa tête. Il prononça son nom, en pensée, comme le faisait à chaque fois qu'il la voyait, en espérant qu'elle lui réponde. Mais si elle ne le faisait jamais. Si lui avait été dans cet état, trois… non, quatre personnes auraient été tristes pour lui. Mais c'était elle qui était dans son lit, et c'était toute sa famille qui la pleurait. C'était injuste. Elle ne méritait pas cel…
Camus sursauta. Ses yeux se posèrent sur la main glacée de la jeune fille. De légères pulsions. Ses doigts remuaient faiblement contre les siens. Levant le regard, il vit ses sourcils se froncer légèrement. Il pâlit, Aurélia se précipita vers le lit, alors que les paupières se soulevaient lentement, révélant deux yeux bleus disparus depuis quelques jours.
OoO
Le téléphone sonna. Tout en finissant la lecture de l'article de presse, Angelo attrapa son portable, appuya sur un bouton et le porta à son oreille.
« Allô ?
- Angelo ! C'est Camus ! »
Surpris, l'italien cessa de lire son article, fronçant les sourcils.
« Camus ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu pleures ?
- Elle… Elle est réveillée… »
À travers le téléphone, Angelo pouvait entendre Camus sangloter doucement. Une bouffée de soulagement lui monta du cœur. La blonde était vivante. Il ne trouvait rien à dire, il était juste soulagé de la savoir enfin réveillée. Il eut un sourire, qui n'échappa pas au chauffeur, les yeux rivés sur le rétroviseur.
« Tant mieux. Comment va-t-elle ?
- Bien. Pas de séquelles graves. Juste fragile.
- C'est le principal. Heureux ?
- Oh oui… »
Morris écouta son patron parler un peu avec le prostitué, demandant quelques nouvelles de la conductrice revenue d'entre les morts, ainsi que de la secrétaire et de l'autre jeune fille. Tout comme la mère, qui était venue leur rendre visite, elles étaient plus qu'heureuses de voir la blonde éveillée, loin cet angoissant coma.
Après avoir promis qu'il passerait vers trois heures et demi, Angelo raccrocha en pensant à Camus. Il eut du mal à se concentrer sur son journal et demeura rêveur durant tout le trajet, ce qui lui arrivait bien rarement.
OoO
La porte de la chambre s'ouvrit. Plongé dans son livre, Camus ne leva même pas les yeux, alors qu'elle se refermait. Des chaussures qui se retirent, une veste qui se froisse, des pas sur la moquette de la pièce. Quelqu'un qui s'assoit à côté de lui, un bras qui enserre ses épaules. Le français abandonne son livre et se laisse aller contre l'italien qui prit possession de ses lèvres, glissant sa langue pour un long baiser langoureux.
Quand il laissa sa bouche, Camus était haletant. Angelo, sa joue contre son front, lui caressait doucement les cheveux. L'avoir ainsi près de lui eut un effet tranquillisant sur lui, qui était énervé depuis deux bonnes heures.
Ses affaires avec Calieu ne s'étaient pas arrangées. Il avait reçu une lettre de menace, il semblait avoir découvert ce jeune homme qui vivait cloîtré chez lui. Angelo ne craignait pas Calieu de ce point de vue-là, car, encore ce soir en rentrant dans l'hôtel, le directeur avait prit des nouvelles du jeune homme qui vivait dans la chambre, lui proposant ses services en cas de besoin. Depuis le temps que le personnel voyait Camus et Ludivine aller et venir dans l'établissement, certains employés s'étaient pris d'affection pour eux, comme le jeune homme de l'ascenseur où la réceptionniste. On ne voyait guère le directeur, mais il les avait aperçu plus d'une fois traverser le grand hall.
Non, ses menaces ne lui faisaient pas peur, Camus était un ami, aux yeux des autres, et non pas son amant, bien que ce soit officieusement le cas. Pour le moment, leur relation ne sortirait pas d'entre ces murs. De plus, ses enquêtes sur l'homme d'affaire avançaient, et i lavait découvert des choses plutôt intéressantes. La guerre ne tarderait pas à se terminer. Soit Calieu faisait ce qu'il lui demandait, soit un scandale éclatait. Dans les deux cas, l'homme était piégé. Car c'était l'aveu ou il était dénoncé.
Ce qui énervait Angelo, c'était la course poursuite dont il avait été victime tout à l'heure, en pleine capitale. Deux voitures avaient essayaient de le faucher. Il avait été à deux doigts d'étrangler son chauffeur qui avait tout de suite paniqué en voyant ces deux véhicules surgirent de nulle part pour provoquer un accident. Par bonheur, il avait réussi à les semer, ou du moins Angelo l'espérait-il car, exaspéré, il était sorti de la voiture à un feu rouge en lui ordonnant de se débrouiller pour s'en débarrasser. Pour le retour, il avait appelé un taxi. Il espéra que la voiture ne soit pas trop en mauvais état, elle lui avait coûté cher.
Calieu voulait sa mort. Ou, du moins, il le voulait blessé, vulnérable. Cette idée le taraudait, surtout en pensant à l'accident dont les filles et Camus avaient été victimes. Il ne pariait pas un seul instant sur les policiers qui avaient été les premiers à s'excuser, ce qui n'était guère suffisant pour les deux pères de famille. Non, les policiers, bien qu'en faute, ne pouvaient avoir désiré leur mort, si Camus était visé. Angelo pensait plutôt à ce motard, qui avait d'ailleurs été retrouvé récemment. Il criait son innocence, il n'était pas responsable, et d'ailleurs, sa moto demeurait introuvable.
En faisant le répertoire de ce Michael Smith, les enquêteurs avaient certes découvert des choses intéressantes, mais qui n'avaient strictement rien à voir avec cette affaire, et on ne trouva le véhicule chez aucune des connaissances du coupable potentiel. D'après ses proches, jamais ce type-là ne se serait risqué à ce genre de coup foireux. De plus, il avait avoué de suite qu'un homme, dont il n'avait pu voir le visage à cause de sa cagoule, lui avait volé les clés de sa moto. Avec son alibi en béton armé, il ne pouvait être coupable.
Donc, un autre homme avait tenté de braquage et avait roulé en contre sens. Même s'il se disait que c'était tiré par les cheveux, l'italien ne pouvait s'empêcher de penser que quelqu'un avait essayé de tenter à la vie du français. C'était impossible, personne ne pouvait savoir que la voiture sera là à un ce moment de la journée… Sans doute ses instincts de chevalier qui refaisaient surface. Il en avait vu, des barjots, avec des projets farfelus qui méritaient d'être connus. Leur réussite était minable, rien n'avait fonctionné, mais c'était original.
« À quoi tu penses ?
- À ma journée.
- Il t'est arrivé quelque chose ?
- Rien de grave. »
Camus leva les yeux et l'interrogea du regard. Peut-être par besoin de se confier, ou parce que le vide imposé par l'absence d'Aurélia commençait par lui peser, Masque de Mort lui raconta sa journée, cette course poursuite dans Paris, son chauffeur maladroit à deux doigts de provoquer un accident. Le français fut étonné par cette histoire. Une course poursuite dans Paris ? On se croirait dans un film, mais l'italien était sérieux. Répondant à ses questions, il lui expliqua grosso modo cette guerre silencieuse entre lui et Calieu, qui, après l'avoir espionné, semblait décidé à se débarrasser de lui. Mais il était mal tombé, on ne pouvait pas dire qu'il était facile de faire disparaître quelqu'un comme l'italien, et Camus était tout à fait d'accord avec ça.
Pourtant, il était inquiet. Angelo était une force de la nature, quand on le voyait, avec sa carrure imposante, son masque fermé et ses yeux perçants, on pouvait qu'être impressionné par lui, et ce n'était pas juste une impression, l'italien était loin d'être quelqu'un qui a besoin de dix gardes du corps pour se défendre. Malgré cela, il n'était pas vraiment rassuré. Dans ce nouveau monde où il avait pénétré, quatre personnes existaient, et il avait failli en perdre trois. Si Masque de Mort disparaissait, ce serait la fin.
Ignorant ces pensées, Angelo poussa Camus pour le prendre dans ses bras, souplement, ce qui surpris le français. Il enroula automatiquement ses bras autour du cou de l'italien, ce dernier lui sourit ironiquement.
« Ce serait bien que tu grossisses un peu, poids plume.
- Tu me veux obèse ?
- Loin de là. Juste un peu plus consistant. »
Sur ces mots, il happa ses lèvres, alors que le français essayait de le repousser, par esprit de contraction. Mais vu sa position, ce n'était pas comme s'il pouvait vraiment s'écarter de lui. Et ce n'était pas comme s'il en avait l'envie.
OoO
De loin, elle pouvait voir par la fenêtre les nombreuses gouttes d'eau qui tombaient du sol, s'abattant sur le trottoir, beaucoup plus bas. Le silence régnait dans la pièce, seul le bruit de la pluie parvenait à ses oreilles, et c'était agréable, car cela n'aggravait pas son mal de tête qui lui donnait envie de dormir, pour être soulagée.
Son corps était immobile sur le lit, ses bras posés le long de son corps sur le drap. Si elle baissait les yeux, elle verrait un petit tube s'échappé d'un de ses avant-bras. Des tubes avaient été glissés dans ses narines. Elle avait l'impression d'être dans un mauvais rêve. En se voyant la première fois, elle avait tourné de l'œil et s'était évanouie. Puis, elle s'était habituée à cette situation, son corps cloué au lit, des tubes, des bandages, des douleurs, sa tête qui lui faisait mal… C'était comme un mauvais rêve…
Camus avait-il autant souffert ? Elle était sûre que ce devait avoir été bien pire pour lui. Pourtant, il avait été moins blessé qu'elle. Ses blessures avaient vite cicatrisées, son coma avait été bien court. Depuis combien de temps dormait-elle ? Elle ne savait plus exactement, mais ça faisait quelques jours. Elle ne se rappelait plus trop de ce qu'on lui avait dit, tant elle avait lutté pour rester éveillée. Et puis elle n'avait pas envie de réfléchir. Plus tard. Elle avait tout le temps. Elle était vivante, c'était le principal.
La porte de la chambre s'ouvrit. Avec une lenteur extrême, la blonde détourna son regard de la fenêtre et le dirigea vers l'entrée de la pièce. Elle ne reconnut pas tout de suite ses visiteurs, puis elle sut que c'était Camus et le Patron. Il n'était pas blessé, elle en fut vaguement étonnée, mais aucune jalousie ou colère ne l'envahit, elle se sentait juste contente. Un léger sourire flottait sur ses lèvres, alors que le Patron poussait Camus vers le lit.
Le français lui prit la main. Il y eut un peu de bruit, elle leva les yeux et deux autres visages apparurent. Elle hésita avant de leur donner un nom, puis Joanne et Aurélia s'imposèrent doucement dans son esprit. Elle se souvenait les avoir vu, quand elle s'était réveillée, il devait y avoir deux ou trois jours. Elles semblaient aller bien. La blonde ne vit pas les béquilles qui soutenaient son amie. Juste son sourire. Leur sourire, à toutes les deux.
On lui parla. Elle écouta avec ravissement ces voix qui parvenaient à ses oreilles. Elle ne leur répondit pas, ses lèvres étaient comme soudées. Sa voix n'existait plus. Elle écoutait, c'est tout. Et puis elle regardait. Ça suffisait.
OoO
Angelo regarda avec dégoût le déluge qui ne manquerait pas de leur tomber dessus s'ils sortaient de l'hôpital bien chauffé. Camus semblait dans les nuages, remarquant peu la situation tragique dans laquelle ils se trouvaient, c'est-à-dire dans le hall d'un hôpital qui empestait le médicament, près de la porte vitrée qui laissait voir la pluie diluvienne, sans voiture pour les remmener chez eux. Angelo avait la désagréable envie d'étriper cet imbécile qui lui servait de chauffeur. C'était décidé, si cet abruti n'arrivait pas dans les minutes, il était renvoyé.
Voici un bon quart d'heure qu'ils attendaient, et l'italien avait un rendez-vous. De plus, il devait déposer Camus à l'hôtel avant de partir. Ce petit détail ne le dérangeait pas en soi, il voulait le savoir en sécurité dans sa chambre d'hôtel. Ce qui l'emmerdait, c'était plutôt de savoir à l'avance qu'il allait être en retard chez M. Haros, avec qui il avait des choses importantes à régler. Autant l'appeler maintenant pour lui dire qu'il n'allait pas être là à l'heure fixée. Il ne pensa même pas à sortir son portable pour le contacter.
Une dizaine de minutes plus tard, sa voiture arriva enfin devant l'hôpital. Il put voir qu'elle était un peu cabossée, on n'avait pas raté la portière du siège passager. Mais bon, elle était en un seul morceau, c'était le principal. Le chauffeur sortit de la voiture et ce fut avec stupeur qu'il vit son patron caresser distraitement une mèche de cheveux de l'handicapé, semblant lui parler bien que ses yeux soient fixés sur sa montre, à demi plié en avant, les bras posés sur les poignées du siège. Une rage sans nom monta en lui.
Angelo l'aperçut. Il prit Camus dans ses bras et sortit sous la pluie battante, ordonnant au chauffeur de prendre le siège pour le mettre dans le coffre. Il installa le français dans la voiture, puis il la contourna pour s'asseoir à son tour, maudissant cette foutue pluie et cet imbécile de chauffeur qu'ils attendaient depuis presque une demi-heure. Angelo lui avait pourtant dit de venir à trois heures et quart, il était quasiment moins le quart.
Morris reprit sa place devant le volant, trempé, et revint sur la route, en direction de l'hôtel. Il roula le plus rapidement possible pour se débarrasser au plus vite de cette catin qui empiétait sur la vie de son patron. Il ne ralentit que quand Angelo le lui cria. Il était énervé, et si Camus ne lui tenait pas la main, ou plutôt le poignet, il aurait étranglé cet ahuri.
Camus fut plus que soulagé quand il sortit enfin du véhicule. Angelo le déposa dans sa chambre et ressortit aussi sec, quand le français fut bien installé dans la suite. Remontant dans la voiture, il annonça d'une voix froide au chauffeur qu'il était renvoyé. Ce fut comme un couteau profondément enfoncé dans le cœur de Morris, qui voulut protester, mais aucun son ne put sortir de sa bouche quand ses yeux rencontrèrent le regard tueur de son patron.
Sa haine pour Camus ne fut que plus forte. Il se jura de se venger. Quand ? Qu'importe. Mais bientôt. Il avait toutes les cartes en main…
OoO
« Tu as beaucoup de rendez-vous, aujourd'hui ?
- Deux, un dans deux heures, et un autre en fin d'après-midi.
- C'est moi ou tu ne travailles pas beaucoup, en ce moment ?
- Pourquoi, tu en as déjà marre de moi ? »
Camus leva les yeux au ciel. Angelo eut un sourire cynique, alors qu'il attachait sa cravate, regardant Camus par l'intermédiaire du miroir.
« Ça n'a rien à voir, c'est juste qu'avant, tu avais plus de travail.
- Maintenant qu'Aurélia n'est plus là, je dois me débrouiller pour faire son travail et fixer mes rendez-vous, donc je les planifie le plus écarté possible pour avoir du temps.
- Pourquoi tu n'embauches pas une remplaçante, en attendant qu'elle guérisse ?
- T'es fou ? Je ne trouverai jamais mieux qu'elle.
- Tu peux toujours superviser son travail…
- Pas question. J'ai confiance en Aurélia, c'est d'ailleurs la seule personne à qui je pourrais confier ma vie. C'est elle ou c'est personne.
- Et si un jour elle partait ?
- Elle ne partira jamais, elle est folle de moi. »
Camus pouffa, Angelo s'avança vers lui. En se baissant, il lui attrapa le menton et l'embrassa. Une habitude qu'il avait prise, un baiser avant de s'en aller. Il aimait les lèvres de Camus, si souples sous les siennes. Il lui jeta un regard lubrique qui fit rougir le français. Il n'avait pas oublié ce qui s'était passé la veille. Dans le lit, cette fois. Comme il l'avait imaginé, Camus était réservé. Mais vraiment superbe dans la jouissance…
« Passe une bonne journée.
- Toi aussi. Bon courage. »
Camus regarda l'italien traverser la pièce et sortir par la porte qu'il ferma derrière lui, laissant son amant seul dans la chambre d'hôte. Camus poussa un soupir, attrapa un livre et se mit à lire, tranquillement.
La porte s'ouvrit. Angelo avait oublié quelque chose. Camus, comme à son habitude, ne leva pas les yeux. Mais personne ne se déplaça dans la pièce. Personne ne lui parla. Quand il leva les yeux de son livre, son regard tomba sur cet homme qui conduisait habituellement la voiture d'Angelo. Il ne réagit pas, et sa main vola, giflant avec force Camus qui poussa un cri de peur et de douleur mêlées. Stupéfait, il ne réagit pas plus quand l'homme le poussa sur le côté, l'allongeant le canapé, ses mains sur son cou.
C'est à ce moment là que Camus reprit ses esprits. Posant ses mains sur celles de l'homme, terrorisé, il essaya de se dégager, mais il était bien faible, dans cette position, sous le chauffeur dont le regard brillait d'une lueur malsaine. Son cœur battait très fort dans sa poitrine, il pouvait l'entendre cogner avec force. Cette peur si connue l'envahissait et l'empêchait de réfléchir. Son réflexe était seulement de ne pas bouger et de défier le regard de son agresseur. Silencieusement, il appelait son amant…
« On fait moins le malin, maintenant. Sale putain ! »
Ses doigts se resserrèrent sur sa gorge, à travers le col montant du pull. Camus se pinça la lèvre, les yeux grands ouverts. Il avait du mal à respirer et la panique commençait à l'envahir. On essayait de le tuer. Quelqu'un voulait le tuer. Il appelait Angelo, Aurélia, Joanne, Ludivine… Il ne pouvait pas mourir comme ça, pas maintenant, alors que tout s'arrangeait…
« Écoute-moi bien, pédé. Je peux te tuer, tout de suite, sans que personne ne sache que c'est moi le responsable. D'accord ? D'accord ?! »
Il serra plus, Camus eut un gémissement de douleur, et il acquiesça. Il lâcha un peu la pression. Le français sentait la colère de l'homme, son énervement, son excitation… sa peur… Il était à moitié fou, il ne savait même plus ce qu'il faisait. Camus avait vécu trop de fois cette situation pour la croire irréelle. Il n'avait aucun moyen de fuite. Il ne pouvait qu'écouter ce barjot…
« Je sais qui tu es. Je sais pour qui tu travaillais. Et tu sais quoi ? Ce type te cherche. Il veut de récupérer. Bien sûr, il ne peut pas toucher à quelqu'un comme M. Médicis, mais… je peux te livrer… Tu ne veux pas ça, n'est-ce pas ? »
Camus fit non de la tête, incapable de parler. Il en était incapable, et de toute façon, aucun son n'aurait pu sortir de sa bouche, quand il pensait à cet homme qui avait fait de lui sa propriété privée. Les larmes montaient à ses yeux, mais il savait se contenir, et elles ne couleraient pas. Pas maintenant. Ça lui ferait trop plaisir…
« Écoute-moi bien. À cause de toi, j'ai été renvoyé. Je me retrouve sans emploi. Alors je te laisse le choix. Tu te débrouilles, mais tu fais en sorte que je sois réembauché. Et puis sa salope de secrétaire, tu la fais renvoyer. »
Ses yeux s'écarquillèrent de surprise. L'ancien chauffeur eut un sourire sarcastique.
« Elle fait des choses pas très net dans son dos, j'ai des documents qui le prouvent. Tu les montreras au Patron, je veux travailler avec lui, être proche de lui. Quand ce sera fait, tu le quitteras. Sans un mot. Si tu ne fais pas ce que je te dis, je t'envois ton ancien propriétaire qui se fera une joie pour te massacrer le cul. T'as trois jours. Si c'est pas fait, le vingt-quatre, tu passes à la casserole. C'est compris ? »
Camus acquiesça d'un mouvement de tête.
« C'est compris ?! »
Il serra plus fort, Camus poussa un cri. Un frisson de terreur le traversa. Il prononça difficilement un petit « oui », qui eut pour effet un sourire détestable sur les lèvres du chauffeur. Puis, il le lâcha. Sans le frapper. Il ne devait pas faire de marques, sinon, le Patron se rendrait compte de quelque chose.
« Et pas un mot sur ce qu'il s'est passé. »
Camus dit oui, à nouveau. Satisfait, l'homme partit, laissant les documents sur la table basse et le jeune homme allongé sur le canapé, le cou et le souffle douloureux, terrorisé.
OoO
« Musique des homos ?? »
Ludivine fit un petit bruit qui fit éclater Sophie de rire. Les yeux sur son Ipod, elle sélectionna la chanson « Everytime we touch », et la blonde se mit à bouger la tête doucement au rythme de la musique en faisant encore son petit bruit de contentement, les yeux fermés. Son amie éclata de rire à nouveau. La blonde rouvrit les yeux et regarda la jeune fille, qui avait des cheveux noirs joliment bouclés et un visage souriant. Éternellement vêtue de ses deux, voire trois, vestes de sport, elle était venue rendre visite à son amie, qui était enfin réveillée et apte à répondre aux gens.
« Là, t'es heureuse ?
- Oh oui…
- Tu dois t'ennuyer ici !
- Vu tout le temps que je passe à dormir, j'ai pas trop le temps ! Et puis on vient me voir, ça fait du bien.
- La voix que t'as…
- Moque-toi de moi. »
Ludivine lui tira intelligemment la langue. Une oreillette légèrement enfoncée dans son oreille, elle regardait son amie, en se disant que ses paroles n'étaient pas si fausses que ça, car elle dormait beaucoup, avec parfois la peur de ne pas se réveiller, de ne plus voir ceux qu'elle aimait, ces personnes qu'elle voyait quotidiennement et qui, par un coup du destin, lui étaient arrachées.
Ce que Ludivine ne comprenait pas, c'était l'accident. Qu'elle ait pu être aux portes de la mort à cause d'un choc à la tête, d'accord, elle s'estimait heureuse d'être en un seul morceau et avec toute sa tête, mais qu'une voiture de police, si ce qu'on lui avait dit était vrai, l'ait percuté en lui rentrant dedans en face à face, ça, elle avait du mal à l'avaler. Si on lui avait parlé d'accident, elle aurait pensé à un choc sur sa portière, sur l'arrière de sa voiture, ou peut-être à l'avant, si elle n'avait pas eu le temps de freiner. Mais qu'on lui rentre comme ça dedans… Nan, on ne pouvait pas dire qu'elle s'y serait attendue.
Une autre chose l'avait beaucoup étonnée. La blonde était rassurée de savoir ses deux amies en bonne santé, bien que Joanne ait la jambe cassée, mais ce n'était pas cher payé pour avoir la vie sauve. Ce qui l'avait surpris, après coup, c'était que Camus allait bien. Très bien même. Trop bien. Et elle n'était pas la seule à se poser des questions, même si les deux filles ne disaient rien. Le jeune homme était lui aussi assis à l'avant, et il avait forcément reçu le même choc. Pourtant, c'est tout juste s'il avait été blessé. Comme si quelque chose l'avait protégé. Et il avait guéri à une vitesse hallucinante…
Ludivine, bien que dégoûtée de se voir dans cet état, n'en voulait absolument pas à Camus. D'ailleurs, de quoi aurait-elle pu lui en vouloir ? De se porter comme un charme ? Ridicule. Au contraire, elle en était bien contente, elle ne souhaitait à personne d'être dans sa situation. Quoique…
« À quoi tu penses ?
- Aux haricots verts qu'on va avoir ce midi. Pourraient pas nous faire des lasagnes ??
- Goinfre !
- Rigole pas ! J'ai failli mourir, j'ai le droit d'avoir la dalle, nan ?? »
Sophie éclata de rire. Ludivine n'avait pas perdu sa gourmandise. Juste sa maigre assurance en voiture. Elle ne pourrait plus jamais conduire, elle aurait trop peur que ce qui lui était arrivé se reproduise. En vérité, cette idée la terrorisait. La blonde se demandait si Camus pouvait remonter en voiture sans avoir peur. Il avait semblé très rassuré de la voir réveillée, elle se souvenait qu'il avait presque pleuré.
Comment pouvait-il être aussi bien portant ? Cette idée lui donnait un mal de tête pas croyable, à force d'y penser. Elle le voyait encore sur son siège, en bonne santé, comme si l'accident n'avait eu aucun effet sur lui. Il avait montré à Aurélia les bandages qui lui entouraient le torse, en soulevant un peu son pull et son tee-shirt, et le Patron avait reposé un bandage sur sa tête, la plaie avait un peu saigné. Mais il allait bien. Sa tête n'avait pas touché le pare-brise. Il n'avait rien eu, en bref.
Pourquoi ? Pourquoi Camus s'en était-il encore sorti aussi facilement ? Aussi rapidement ? Ludivine se posait des questions, et Aurélia et Joanne se pouvaient s'empêcher d'y réfléchir, pas par jalousie, mais avec de l'étonnement et de la curiosité. La blonde s'était promise d'en parler avec lui, mais elle se demandait si elle oserait lui poser ses questions. Elle l'avait vu la veille, c'est tout juste si elle avait été capable d'aligner deux mots dans sa bouche, mais elle les avait dévoré des yeux, jusqu'à ce qu'ils sortent, poussés par des infirmières et un médecin.
« T'en as pour un moment, non ?
- Veux même pas y penser.
- Tu en ressortiras en forme !
- J'espère ! Veux retrouver mon ordinateur !
- Tu vas pas le retrouver avant un bon moment !
- C'est horrible !
- Demande des bouquins !
- T'as raison, j'ai que ça à faire ! Un bon gros bouquin de sept cents pages pour moi toute seule… »
Les deux jeunes filles pouffèrent. La blonde avait mal au dos, et emmener un ordinateur portable dans sa chambre d'hôpital ne lui servirait pas à grand-chose, il faudrait qu'elle soit assise convenablement et devant un bureau de préférence. Tout ce qui lui restait à faire, c'était lire et écouter de la musique, voire regarder la télévision. C'était gai.
« Chanson des homos ??
- Voui !! »
OoO
Ses lèvres parcouraient son cou, allant vers la jugulaire, puis glissant jusqu'à une clavicule qu'il embrassa, puis suça doucement, laissant un trace rougie. Camus, les doigts noyés dans la courte chevelure d'Angelo, retenait ses gémissements, mais se pouvait retenir sa respiration haletante, les yeux à demi clos, rougissant de ces mains qui parcouraient son corps.
Il était nu, posé entre les draps, ses quelques vêtements jetés au loin. Les rideaux étaient tirés, et à part ses gémissements et le souffle d'Angelo, il n'y avait aucun bruit dans la chambre, si on oubliait les voitures qui passaient devant l'hôtel. Les jambes infirmes, Camus ne pouvaient se dégager du corps puissant de l'italien. Il aurait voulu le repousser, lui parler, lui dire d'arrêter. Mais il ne pouvait pas. Ses bras étaient enroulés autour de son cou, ses doigts touchaient son épaules ou ses cheveux, sa gorge ne laissait partir que des sons inarticulés, signes du plaisir qui coulait dans ses veines. Il ne pouvait bouger. Il ne pouvait lui parler.
La peur demeurait dans son cœur, mais disparaissait au fil des secondes de son esprit, alors que les lèvres d'Angelo dérivaient sur son torse, semblant le dévorer, comme un tigre dégusterait une proie de choix. Il se redressa, ses yeux rivés sur le visage rosé de Camus, qui hoqueta quand sa main prit possession de son membre. Angelo fondit vers ses lèvres, envahissant de sa langue cette bouche enivrante, se délectant de ces gémissements étouffés qui parvenaient à ses oreilles.
Sa langue s'enroulaient autour de celle de Camus, la caressait, la cherchait, taquinait le creux de ses joues ou son palais, pour sucer l'instant d'après cette chair tendre, meurtrissant les lèvres rougies de son amant, qui se régalait de ces baisers torrides. Angelo l'entendait presque pousser des petits cris, alors que ses mouvements se faisaient plus rapides sur son sexe, allant et venant sur le membre durci. Son autre main caressait ses cuisses, sa hanches, pinçait un tétons, taquinait son nombril, puis se dirigeait vers les fesses galbées.
Sans rompre le contact de leurs lèvres, l'italien délaissa le membre de son amant, qui poussa un soupir, et chercha dans le tiroir de la table de chevet un tube de lubrifiant dont il s'enduisit quelques doigts. L'un d'eux pénétra l'intimité du français, qui se tendit sous l'intrusion, mais se détendit rapidement, docile sous les lèvres gourmandes d'Angelo, pensant que c'était lui qui allait lui faire l'amour, et personne d'autre.
Des frissons parcouraient sa peau, alors que deux doigts ondulaient dans son intimé, détendant les muscles serrés et chauds. Le jeune homme les sentait frais et humides, et les vagues de plaisir qui se déversaient dans ses veines brûlantes lui faisaient doucement perdre la tête. Ça ne lui arrivait pas souvent, il n'aimait pas ce genre de contact, cette préparation pourtant essentielle. C'était sans doute en pensant à Angelo le chevauchant, le regardant avec ses yeux brillants, ses traits détendus par le plaisir, et cette jouissance qui le menait aux étoiles, qui lui faisaient apprécier cette intrusion gênante.
Camus était haletant. Le souffle lui manquait, mais il ne pouvait repousser les lèvres affamées d'Angelo. Ses mains qui lui tenaient le visage, la nuque, ne voulaient pas bouger. Même quand les phalanges bronzées qui quittèrent son intimité, et que quelque chose de plus gros prit leur place, ses paumes ne bougèrent pas.
C'était comme une sensation de déchirure. Il la connaissait, depuis le temps, mais ce n'était pas pour autant qu'elle était agréable. Il n'y avait plus de passion dans leur baiser si long, Camus avait trop mal, il était trop crispé, Angelo caressait l'intérieur de sa bouche avec tendresse, sa main sur son sexe, pour le détendre, rentrant en lui un peu plus profondément. Prenant sur lui, le jeune homme put se décontracter un peu, les yeux à demi-ouvert, rivés sur Angelo qui le regardait. Leurs lèvres se quittèrent, une danse endiablée commença.
Des amants passionnés, il en avait connus. Des hommes brutaux, il en avait connus, aussi. Et des gars tendres, il en avait connus également. Mais des types comme Angelo, il ne se rappelait pas en avoir rencontré. Ses mains étaient calées sur ses hanches, son sexe imposant allait et venait entre ses jambes, s'enfonçant toujours plus profondément, plus facilement. Ses mouvements de plus en plus rapides lui arrachaient de la gorge des gémissements, des cris. Le plaisir était si intense, si puissant, qu'il sentait ses ongles s'enfoncer dans ses épaules larges. Il entendait ses soupirs rauques, et en entrouvrant les yeux, il pouvait rencontrer son regard de fauve qui admirait son visage. En refermant ses paupières, il pouvait déjà sentir le souffle saccadé de son amant sur ses lèvres, qu'il allait happer pour un nouveau baiser empli de passion.
Des amants doués, il en avait connus. Des hommes violents, il en avait connus, aussi. Et des gars indifférents, il en avait connus également. Mais des types comme Angelo, ça existait pas. Il n'y avait qu'un seul, et il lui faisait l'amour. Camus était amoureux. Amoureux de cet italien qui, après s'être déversé en lui, le prendrait dans ses bras, et l'embrasserait à son réveil.
Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !
