Salut à tous ! :D Alors comme ça, on est inquiet de ce qu'Ariane s'apprête à faire en présence d'Harold ? Dans ce cas, finie l'attente ! Vous saurez enfin ce qu'elle compte faire ;) Au programme dans ce chapitre, vous aurez du drama en pagaille, des nouvelles envies de meurtres et y'a Astrid qui revient à la rive ! Youpiiiiiiii ! Dragonniers ? Planquez-vous ! ^^ De plus, un fanart d'Ariane sera posté cette après-midi ^^ Sur ce, encore merci à vous tous, bonne lecture et à vendredi ! Bisous ! ^^
Musique : Vikings - Floki's wedding
Chapitre 7 - Union
- Est-ce que… Je peux entrer ?
- Bien sûr. Entre, je t'en prie.
Ariane le remercia dans un murmure et entra avec la boule au ventre. Le temps qu'Harold ferme la porte, elle regardait avec angoisse et tristesse la hutte récemment aménagée et mémorisa dans sa mémoire l'ambiance chaleureuse qui y régnait, car très bientôt, elle savait qu'elle ne pourrait plus venir ici.
- Ariane ? Tu peux me dire ce qui… ?
- Il faut que je te parle de quelque chose de très important et qui me chagrine déjà énormément.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je… Je ne pourrais plus tenir mon engagement envers toi.
- Comment ça ?
- Mon père m'a promise de force à Kurt. Dès demain... Nous… Nous serons mariés.
- Quoi ?! Mais je croyais que ton père était d'accord pour… ?
- C'est ce que je croyais aussi. Mais il a fait ça pour ne pas faire de scandale et gâcher la fête. Il ne supporte pas l'idée que toi et moi on soit ensemble. Même si on faisait semblant. Et de ce fait, vu que je serai mariée avec Kurt, je ne pourrai plus être avec toi, ni t'aider…. Désolée Harold… S'excusa-t-elle
- Hé… Ne t'excuse pas, Ariane… C'est plutôt moi qui suis désolé pour toi…
- Tu n'as pas à l'être. Nos pères ont prévu ce mariage depuis des années et je ne peux malheureusement pas y échapper... Mais au moins… Ce qui me réconforte dans cette histoire… C'est que j'ai pu t'aider au maximum afin que tu puisses poursuivre ta mission de ton coté… Tu sais où pécher et où chasser, et tu connais le chemin entre la cachette de ton ami et le village…
- C'est vrai… Tu en as tant fait pour nous… Et moi, je ne peux rien faire pour t'empêcher d'être malheureuse...
- Tu sais, je le suis aujourd'hui… Mais avec le temps, j'apprendrais sûrement à l'aimer comme lui il m'aime.
- Tu essaies de t'en convaincre le plus tôt possible ? Devina-t-il avec compassion
- Oui. Mais c'est assez dur d'y croire… Enfin bref, il faut que je rentre.
Elle voulut faire demi-tour vers la porte, mais elle se ravisa. A la place, elle enlaça affectueusement Harold qui lui rendit son étreinte avec désolation.
- Au revoir, Harold. Mène à bien ta mission, coûte que coûte, et soit prudent jusqu'à la fin... Promis ?
- Promis.
- Merci. Et encore désolée. Krokmou me manquera…
- Toi aussi tu lui manqueras… Il t'aime bien, tu sais ? Dit-il avec un léger sourire
- Hin… Moi aussi. C'est drôle, j'ai fini par m'attacher à un dragon… Dit-elle en souriant légèrement.
Il était l'heure pour elle d'y aller. Si elle ne partait pas maintenant, qui sait ce que son père fera ? A contrecœur, et voulant à nouveau protéger Harold de son père, elle le lâcha même si elle n'avait pas envie de le lâcher, ni de partir. Elle lui adressa un sourire triste et quitta la hutte sans plus tarder. Harold l'avait tristement regardée partir et quand elle eut fermé la porte, il poussa un long soupir en prenant conscience de tout ce qu'elle venait de lui dire, de tout ce qu'elle allait devoir subir, mais en pensant aussi aux journées qu'il allait devoir vivre, seul.
- Tu me manqueras à moi aussi, Ariane… Soupira-t-il
Mine de rien, il s'était attaché à elle et sa présence lui manquait déjà. Il resta un instant sur place à réfléchir, puis il poussa un nouveau soupir avant de prendre ses affaires qu'elle venait de lui rapporter afin de préparer son lit. Lui qui avait le sourire quelques minutes auparavant, là, il n'avait plus envie de sourire et toute joie semblait l'avoir quitté… Soudain, un détail le frappa ! Mais pas le genre de détail qu'on déciderait de régler le lendemain, mais tout de suite ! Son regard passa alors de la tristesse à la détermination. Sans mettre son manteau de fourrure, il sortit de chez lui et rattrapa Ariane qui s'étonna de le voir dehors sans son manteau et avec un regard pareil !
- Harold ? S'étonna-t-elle
- Qu'est-ce que tu me cache, Ariane ?
- Rien. J'ai tout dit. Avoua-t-elle le plus sincèrement possible
- Tu en es sûre ? Je te connais depuis peu, mais je sais que tu n'es pas le genre de personne qui abandonne aussi vite et qui accepte les ordres sans broncher.
- Sauf que là, je n'ai pas le choix. Je ne peux pas contester une décision comme celle-là…
- Je suis d'accord. Mais pourquoi tu ne me demande pas de t'aider ?
- Parce que tu ne peux rien faire. Et puis je n'ai pas envie de t'impliquer dans cette histoire. Maintenant laisse-moi rentrer chez moi.
Elle s'éloigna, le regard triste et la tête baissée vers le sol enneigé. Harold ne comptait pas la laisser filer sans tout savoir de cette affaire ! Ignorant toujours la neige qui lui tombait dessus et le froid qui se faisait sentir de plus en plus, il la rattrapa à nouveau et lui fit face, au grand désarroi d'Ariane.
- Quoi encore… ? Dit-elle d'un air las en levant son regard vers le sien
- Et si moi je veux m'impliquer ? Je t'ai dit que j'étais d'accord pour t'aider! Insista-t-il en lui prenant les épaules
Elle se mordit la lèvre, puis regarda tout autour d'elle afin de s'assurer que personne ne les entendent.
- Harold… Accepter de faire semblant d'être mon petit copain, c'était déjà quelque chose ! Je n'allais quand même pas te demander de te marier avec moi pour que je puisse continuer de t'aider en secret, ni pour que moi j'échappe à cette union qui me répugne ! Tu ne mérites pas ça…
- Ariane…
- Et puis faire semblant de se marier, de s'aimer et faire semblant pour tout le reste… Ce serait comme avoir un boulet lié en permanence… Et puis vis-à-vis des dieux, une telle idée n'est pas envisageable… Tu comprends ? Demanda-t-elle avec tristesse
- Je comprends.
- Et si on avait accepté de jouer le jeu pour ça aussi… Qu'est-ce qu'on aurait fait quand tu pourras enfin quitter l'ile ? On ne peut pas rompre les sacrements du mariage. Tu serais donc obligé de m'emmener avec toi et ça, c'est d'avance hors de question. Je suis une Gordienne et la fille du chef. Ma place est ici. Et de ce fait, je demeurerai ici jusqu'à mon dernier souffle.
- Je vois que tu penses vraiment à tout. Constata-il avec un léger sourire triste, mais impressionné.
- Dans des situations comme ça, je suis bien obligée…
- Alors tu comptes vraiment l'épouser ?
- Oui. Et puis c'est une affaire entre Gordiens, si tu vois ce que je veux dire. Ajoute-t-elle avec tristesse.
- Je comprends tout à fait. Mais je sens qu'il y a autre chose derrière tout ça. Je me trompe ?
- Non. C'est… C'est en grosse partie à cause de mon père.
- Humph. Je ne suis pas étonné. Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Que si je refusais… Il y aurait des sanctions.
- Des sanctions ?
- Oui. Il n'a pas voulu m'en dire plus, mais… Le connaissant, ça pourrait très bien être toi qui en ferais les frais. Et ça, je le refuse.
- Donc tu acceptes tout ça… Juste pour mon bien ? S'étonna-t-il
- Oui…
- Pourquoi ?
- Parce que tu es mon ami et que je ne veux pas qu'il t'arrive malheur…. Ni même à Krokmou… Avoua-t-elle en laissant des larmes s'échapper de ses yeux
Son aveu et son état permirent à d'autres larmes de couler sur ses joues rougies par le froid. Elle les essuya aussitôt du bout des doigts, sous le regard navré d'Harold qui aurait tant voulu faire quelque chose pour faire disparaitre sa tristesse. Ça le désolait de la voir dans cet état ! Elle faisait vraiment peine à voir... Et demain, il savait que ce serait pire…
- Aller, rentre. Tu vas attraper froid. Lui dit-elle après avoir fini d'essuyer ses joues
- Oui, mais… Dès demain on fait quoi ? On s'ignore ? On continue de se parler ?
- Je n'en sais rien... Techniquement, on est censé avoir rompu, même si aux yeux de tous, notre relation n'a pas duré longtemps. Donc adopte une allure triste… Pour ma part, je sais d'avance que je ne serais pas joyeuse durant les jours à venir.
- Et pour le mariage ?
- Il vaut mieux que tu ne viennes pas. Ça montrera à tous, et surtout à Kurt et à mon père qu'ils ont gagné. Ils t'oublieront et ils seront plus focalisés sur moi et mon mariage. T'aura donc la paix pour faire ce que tu as à faire.
- Encore une fois, tu penses à tout…
- Et ouais… Encore une fois… Constatât-elle avec désolation
- Néanmoins, compte sur moi. Je ferais de mon mieux pour ne pas te créer de problèmes.
- Merci Harold. C'était chouette de t'avoir pour ami.
- Hé. Dis pas ça. On le sera toujours, quoi qu'il arrive. La rassura-t-il
Elle lui adressa un sourire triste, accompagné de nouvelles larmes. Puis elle lui souhaita quand même une bonne nuit et partit d'un pas rapide chez elle. Harold la laissa partir et rentra chez lui d'un pas tout aussi rapide, sans se retourner et avec une tête qui exprimait sa colère et sa tristesse. Dès maintenant, il avait décidé de jouer le jeu de celui qui s'est fait larguer, pour que ceux qui le voient croient vraiment qu'il soit blessé. Une fois chez lui, il claqua volontairement la porte et cogna son pied valide contre. Il ôta ensuite la neige qu'il avait sur lui et partit se coucher. Jusqu'à ce qu'il s'endorme, il n'avait cessé de penser à Ariane, à son courage et à son altruisme, et à la nouvelle vie qui l'attendait dès demain. Cette injustice le dégouta, mais au fond de lui, il espérait sincèrement que la nouvelle vie de son amie sera moins cauchemardesque qu'elle ne le pensait.
oO*Oo
Une fois loin d'Harold et de sa maison, Ariane s'était mise à marcher d'un pas plus lent pour rentrer chez elle. Elle n'avait toujours pas remis sa capuche mais elle s'en fichait d'avoir ses longs cheveux blonds ondulés et son visage recouverts de neige. Pour elle… C'est comme si elle laissait ceux qui sont montés rejoindre les dieux, la réconforter. Et dans cette idée, elle avait le sentiment que sa famille la consolait et qu'ils ne la laissaient pas seule. Et puis vu son état, elle ne sentait même pas le froid s'abattre sur elle. Chez elle, son père était toujours dans la pièce principale et s'était de nouveau installé dans son fauteuil. Quand il vit sa fille recouverte de neige et que son visage était en larmes et inexpressif, il était bien entendu désolé mais il était convaincu d'agir pour son bien. Et il était également satisfait qu'elle soit revenue assez vite. Leurs regards se croisèrent un bref instant, mais quand Ariane posa son regard sur son père, sa colère et son dégout refirent immédiatement surface ! Elle fronça le regard et se dirigea vers l'escalier.
- Ariane. L'interpella-t-il
- Je n'ai pas envie de te parler ! Je viens de rompre et de lui annoncer la nouvelle, alors laisse-moi ! Dit-elle avec froideur
- Ecoute. Je sais que tu m'en veux, mais…
- Sans blague !
- ... sache que ta mère m'a épousé non pas parce qu'elle le voulait, mais parce que nos pères le voulaient.
En entendant parler de sa mère, Ariane se stoppa au beau milieu des escaliers. Mais sans pour autant tourner le regard vers son père, elle l'écouta. Ce qu'il allait dire pourrait l'aider à appréhender l'avenir, même si elle était étonnée d'apprendre que le mariage de ses parents était un mariage arrangé !
- Notre union était aussi un mariage arrangé. Mais ça n'a pas empêché ta mère d'être heureuse et de nous aimer tous les quatre de tout son cœur. Voilà. Je voulais que tu le sache.
Elle n'avait pas la force et l'envie de lui répondre ou de lui dire quoi que ce soit d'autre de gentil ou de méchant. Elle n'avait même plus envie de le voir et d'être dans la même pièce ! Elle garda donc le silence et son air sévère tout en continuant de monter les escaliers, puis elle claqua violemment la porte de sa chambre, au grand dam de son père qui comprenait quand même sa réaction. Devinant que sa fille exprimerait sa rage contre le mobilier de sa chambre, Rolaf en profita pour sortir de la maison afin de rendre visite à Kurt. Ce dernier était chez lui, seul et sur ses pieds, ce qui rassura Rolaf. Il n'aurait pas supporté que son futur gendre soit au lit avec une fille, ou complétement bourré la veille de son mariage ! Alors avec une promise emplie de haine à son bras, ça aurait le mariage le plus joyeux de l'année ! Pas vraiment surpris de voir son chef devant sa porte, Kurt était quand même intrigué.
- Chef ?
- Tu as des projets pour demain ? Demanda-t-il avec un sourire
- Euh… Que dois-je comprendre ?
- Que tu auras ce que tu veux dès demain. Alors repose-toi bien pour ton mariage, mon garçon.
- Mon mariage ? Ariane le sait-elle ?
- Bien entendu.
- Et elle n'approuve pas ? Devina-t-il
- Non. Mais reste patient quoi qu'il arrive Kurt. Avec le temps, elle partagera les mêmes sentiments que toi. Allez. Dors bien.
- Vous aussi, chef.
Rolaf retourna donc chez lui avec le sourire, tout comme Kurt. Savoir que ce mariage aura lieu même en sachant qu'Ariane le désapprouvait ne les empêcha pas de dormir une fois qu'ils furent couchés. Mais Ariane, elle, avait du mal à s'endormir tellement qu'elle était en colère et désespérée ! Après avoir réduit une pauvre chaise en miettes avec une épée, elle s'était jetée sur son lit et avait enfoui sa tête dans son coussin pour pleurer, tout en étant encore vêtue de ses vêtements trempés par la neige. Mais elle n'avait pas froid. Elle se sentait juste horriblement seule et effrayée des visions de sa vie future avec Kurt et de tout ce qu'elle allait devoir faire par obligation en tant qu'épouse ! Elle qui aurait tellement souhaité se marier par amour et faire tout ce qu'une épouse doit faire par pur volonté… Voilà que son père avait gâché ses souhaits d'enfance par pur égoïsme et pour respecter un accord fait avec quelqu'un qui est mort depuis des années ! Mais ce qui la chagrina également, c'était le fait d'imaginer ses journées sans pouvoir parler et être avec Harold. Ça faisait peu de temps qu'ils se connaissaient mais elle appréciait beaucoup sa compagnie. Mais d'un sens… C'était peut-être mieux qu'ils se retrouvent séparés dès maintenant. Le départ d'Harold serait sans doute moins douloureux. Elle pleura encore quelques minutes, puis elle finit par trouver le repos.
oO*Oo
Le lendemain, Rolaf convoqua tout le village sur la place central pour annoncer la bonne nouvelle qui réjouissait l'ensemble du village, même si certains était étonnés d'apprendre la nouvelle ! Pour eux, Ariane était avec Harold ! Alors pourquoi allait-elle épouser Kurt ? Surtout qu'ils connaissaient les sentiments de la jeune fille envers Kurt ! Ils finirent par comprendre qu'il s'agissait d'un mariage forcé et ne purent souhaiter que dans cette union, Ariane trouve le bonheur. Dès que Rolaf eut fini d'annoncer la nouvelle, le village se mit aussitôt au travail pour que tout soit prêt dès le début d'après-midi ! Harold avait assisté à l'annonce, mais depuis sa maison, l'air morose, les bras croisés et le corps adossé contre le bâti de sa porte. Dès qu'il n'entendit plus le chef parler, il ferma la porte et se prépara pour aller chasser une réserve de viande et de poissons personnelle, mais aussi pour voir son dragon. Il partit donc dans la forêt sous le regard navré des villageois compatissant à sa tristesse, mais aussi sous le regard de Kurt et de Rolaf qui eux, furent satisfait. Comme Ariane l'avait prédit, ils ne se préoccupèrent pas de lui, mais de l'organisation du mariage. Kurt partit ensuite de son côté pour se préparer, et Rolaf retourna chez lui en compagnie de trois femmes qui allaient passer la matinée à préparer la future mariée. Ariane allait donc devoir rester enfermée dans sa maison jusqu'à ce que la cérémonie commence.
Quand Ariane fut réveillée, elle ne bougea pas de son lit et demeura silencieuse en regardant la décoration de sa chambre. Elle profita également d'être allongée sur son lit, car elle savait que dès ce soir, elle ne s'y couchera plus jamais dedans. Plus jamais elle ne vivra dans son repaire... Son chez soi. Quand son père frappa à la porte pour lui demander si elle était levée, elle se contenta de poser simplement son regard sur la porte, puis de détourner le regard. Elle n'avait pas envie de parler. Elle n'avait même plus envie de tout ! Exaspéré, son père menaça d'enfoncer la porte, mais ça ne la fit même pas réagir. Et comme il n'eut aucune réponse de sa fille, il se décida à enfoncer la porte qui heurta brutalement le mur ! Ariane n'avait même pas sursauté, ni même tourner la tête ou sermonné son père pour avoir osé entrer de force dans sa chambre ! Rolaf ne fut d'ailleurs pas si étonné de voir sa fille immobile sur son lit avec ses vêtements de la veille. Il s'avança donc vers le lit et se mit face à Ariane qui regardait toujours le vide. Il constata qu'elle avait vraiment une mine affreuse ! D'ordinaire, les futurs mariés sont joyeux et angoissés, mais le visage d'Ariane exprimait toutes les mauvaises émotions qu'on puisse ressentir lorsqu'on est marié de force à quelqu'un qu'on n'a pas choisi… Il s'inquiéta sincèrement de son état et aurait voulu lui dire quelque chose de gentil et de réconfortant, mais quoi qu'il puisse dire, elle l'enverrait balader ou jouerait les muettes en sa présence. Il poussa un bref soupir et s'adressa aux femmes qui l'avaient accompagné.
- Mesdames, je vous la confie. Faites qu'elle soit resplendissante.
Elles hochèrent d'emblée la tête et attendirent que leur chef soit sorti pour s'occuper d'Ariane. Ne pouvant y échapper et se souvenant des menaces de son père qui selon elles, était toujours maintenues, elle se leva de son lit et laissa les femmes s'occuper de sa toilette, de son teint, de sa coiffure et de sa tenue de mariée, le tout en demeurant silencieuse et sans esquisser le moindre sourire. Les trois femmes furent intérieurement peinées de la voir dans cet état, et furent compatissantes face à sa situation. Elles avaient l'impression qu'Ariane n'avait plus d'âme, et plus de joie de vivre. Elle qui était si souriante auprès d'Harold… Lui-même serait atterré de la voir ainsi…
oO*Oo
Sur Berk, Astrid et Rustik se préparaient à partir pour rejoindre la rive des dragons. Quand leurs affaires furent rassemblées et qu'ils eurent dit au revoir à leur proches et amis, ils s'en allèrent. Mais même si Rustik semblait souriant et pressé de retrouver ses amis, Astrid, elle, se forçait à sourire. Son inquiétude de la veille ne l'avait pas quittée, car elle avait vraiment le sentiment que quelque chose de grave s'était passé à la rive ! Mais elle ne pourrait se libérer de cette inquiétude que quand elle sera là-bas. Alors en attendant, elle se força à sourire et à ne plus y penser, et essaya de rire et de parler de chose et d'autres avec Rustik.
oO*Oo
Après avoir réussi à chasser un sanglier et l'avoir emmené jusqu'à Krokmou, Harold resta un bon moment aux côtés de son dragon. Il l'avait regardé manger et boire, il l'avait soigné et il avait vérifié l'état de son aile qui semblait en bonne voie de guérison, comme tout le reste. Adossé contre le flanc de son dragon, Harold fixait le décor de la grotte tout en caressant d'un air absent la tête de Krokmou. Le dragon avait compris depuis le début qu'Ariane devait être la source de ses tracas vu qu'elle n'était pas venue avec lui. Mais ce qui l'inquiéta, c'est qu'Harold ne s'était pas confié et qu'il gardait le silence. Par compassion, Krokmou lui donna un coup de tête amical dans les côtes.
- Désolé mon grand… J'ai la tête ailleurs...
Krokmou émit un faible rugissement, ce qui fit tristement soupirer son dragonnier.
- T'as tout compris… C'est à cause d'Ariane...
Devant le regard curieux de son dragon, Harold se décida enfin à se confier.
- Elle se marie aujourd'hui. Mais ce n'est pas un mariage d'amour, mais un mariage arrangé avec quelqu'un pour qui elle ne partage pas les mêmes sentiments…
Krokmou grogna tristement en pensant à son amie. Harold lui donna de nouvelles caresses pour le consoler.
- Tu vois… Je ne suis pas un vrai Gordien et je ne devrais pas me soucier de leurs affaires. Je dois juste faire semblant de m'y préoccuper. Mais c'est surtout Ariane qui me préoccupe. Et c'est normal, puisqu'elle est notre amie et qu'elle a tant fait pour nous. Et quand je croyais qu'elle en avait déjà fait assez, voilà qu'encore une fois, pour notre bien à tous les deux, elle a préféré accepter d'épouser ce colosse pour pas que son père s'en prenne à moi via des…. Sanctions. Dit-il avec dégoût
Krokmou fronça le regard et souffla férocement du nez ! Même s'il n'avait encore jamais vu Rolaf, rien que le fait d'entendre Harold en parler avec colère et dégoût, il savait déjà qu'il n'aimait pas cet homme !
- Moi non plus je ne l'aime pas, Krokmou. Et encore moins celui qu'Ariane doit épouser ! Ça me sidère qu'il accepte et qu'il veuille à tout prix épouser une fille qui ne l'aime pas et qui le considère depuis toujours comme un frère ! Ariane a raison. C'est malsain !
Il frissonna de dégoût et Krokmou grogna contre ce Kurt.
- Je ne te cache pas Krokmou que j'aimerais vraiment faire quelque chose pour aider Ariane et lui redonner le sourire et la joie de vivre… C'était insupportable de la voir dans cet état hier soir… Mais tout à l'heure, je sais que ce sera encore pire… La pauvre… Mais comme elle me l'a dit, je ne peux rien faire et je ne dois rien faire, parce qu'elle ne veut pas qu'il m'arrive quelque chose. Mais aussi parce que c'est une affaire entre Gordiens. Tout ce qu'elle veut, c'est que je continue de veiller sur toi pour qu'on puisse repartir le plus vite possible.
Krokmou soupira tristement, tout comme Harold qui reporta son attention sur le mur de la grotte. Krokmou aimait bien Ariane. Il avait été étonné et triste de ne pas la voir ce matin, mais d'ici à ce que son aile soit guérie, il espérait la revoir. Quelques minutes de silence plus tard, Harold se décida à se lever pour aller faire ce qu'il était supposé faire aux yeux des Gordiens. Chasser ses propres réserves de viandes et de poissons. Il enlaça Krokmou, lui dit au revoir, et lui recommanda d'être prudent jusqu'à ce soir. Le dragon le rassura avec un rugissement amical, puis il laissa son ami quitter la caverne, mais soupira tristement quand il fut de nouveau tout seul.
oO*Oo
A la rive, tout le monde angoissait dans son coin. Les jumeaux étaient occupés dans leur coin avec leur dragon et Poulet, et Ingrid et Varek guettaient ensemble l'arrivée des deux dragonniers. Ils étaient tous les deux prêts à faire face à Astrid, ainsi qu'à sa colère et à son éventuelle déception. Quand Astrid et Rustik débarquèrent, ils furent étonnés de ne pas voir leur amis les accueillir avec le sourire, ni même de voir Harold à leurs côtés ! Détail qui attisa l'inquiétude qu'Astrid avait depuis son départ.
- Que… Qu'est-ce qui se passe ? Où est Harold ?
- Astrid… Je… Bafouilla Varek avec angoisse
- On ne sait pas où il est. Ni même Krokmou. Ils… Ils ont disparu. Avoua Ingrid avec courage
- Quoi ?! Comment ça « disparus » ? S'étonna Rustik
- Bah « disparu » comme disparu, Rustik ! Ça fait deux jours qu'on les a cherché en vain sur toute la rive et les iles alentours ! Répondit Varek
Devant l'air choqué et inquiet de leur amis, Ingrid se sentit mal. Surtout en voyant l'expression d'inquiétude qui ravageait le visage d'Astrid.
- Désolée d'avoir échoué dans notre mission, Astrid… S'excusa-t-elle
- Je ne vous en veux pas… Répondit-elle calmement
- Ah bon ? Même pas un peu ? S'inquiéta Varek
- Non Varek… C'est à Harold que j'en veux… Et aussi à son entêtement ! Et maintenant… J'ai peur que son entêtement ne lui coûte très cher, ainsi qu'à Krokmou et à chacun d'entre nous.
Son visage refléta alors de la colère mais aussi de la détermination. Elle était fermement décidée à retrouver Harold, et ça, Ingrid et Varek l'avait clairement deviné, même s'ils craignaient qu'Astrid ai surtout envie de le retrouver pour lui faire passer un sale quart d'heure !
- Ingrid. Montre-moi vos itinéraires de recherches sur la carte.
- D'accord.
oO*Oo
Les préparatifs furent tous terminés dans les temps, et les futurs mariés étaient également prêts. La cérémonie pouvait alors commencer ! Kurt sortit de sa hutte et se dirigea avec un sourire éclatant vers l'autel situé sur la place du village. Il était vêtu d'une belle tunique à manches longues blanches brodées de marron, de beige et de quelques perles. Il portait une demi-cape en fourrure beige qui lui recouvrait l'épaule gauche, et qui était liée par une broche d'or sur l'épaule droite. Son sourire et sa joie s'agrandirent quand ses amis l'accueillirent avec d'immenses sourires de joie ! Quand à Ariane, elle était toujours dans sa chambre, assise sur le rebord de son lit, immobile et silencieuse. Elle profitait des derniers instants de sa vie qui étaient encore les siens. Elle était vêtue d'une belle et simple robe blanche à manches longues avec de la fourrure blanche au niveau des manches, et d'un corset gris. En dessous de sa taille, elle portait un sur-jupon en tissu gris orné de jolies broderies gris foncé représentant des fleurs. Et par-dessus, elle portait un autre sur-jupon en fourrure blanche. Les deux sur-jupons étaient séparés en deux parties qui s'inclinaient vers son corset, ce qui donnait beaucoup d'élégance à la robe. Le haut de son corps était recouvert d'un court manteau en fourrure blanche et ses longs cheveux blond détachés et parfaitement coiffés reposaient sur sa poitrine et le long de son dos. Elle n'avait plus sa tresse en guise de serre tête, ni même celle qui longeait le côté droit de son visage. Une belle couronne de fleurs blanches et de feuillages ornaient simplement sa chevelure. Et pour finir, elle tenait entre ses mains un beau bouquet fait de feuillages et de fleurs blanches et violettes. Quant à son teint, les femmes avaient fait des merveilles. Elle ne semblait plus si fatiguée et aussi terne. C'était vraiment la plus jolie des futures mariées. Mais pour sa tristesse, elles n'avaient rien pu faire. Quand ce fut l'heure, son père alla la chercher lui-même dans sa chambre. Lui aussi s'était fait beau pour la fête, même s'il portait les mêmes vêtements et la même cape en fourrure grise. En la voyant de dos, prête et assise sur son lit, il l'appela calmement.
- Ariane ? C'est l'heure.
Elle ferma les yeux, inspira et soupira longuement pour se donner du courage. Elle se leva calment et se tourna vers son père qui était impressionné par la beauté et la grâce de sa fille, et ce malgré qu'elle avait toujours son air triste et calme.
- Tu es… Magnifique.
Elle hocha simplement la tête sans sourire, ni rougir. Rolaf n'ajouta alors rien d'autre. Pas même un commentaire sur le fait qu'elle était le portrait de sa mère le jour de ses noces, ni que sa mère aurait aimé être là pour voir ça. Il lui tendit son bras, qu'elle prit sans amour, puis ils descendirent les escaliers et se rendirent ensemble vers l'autel, sous les acclamations de joie et les sourires des villageois. Dès qu'ils furent dehors, les tambours et les flûtes se mirent à résonner. La joie de son peuple n'atteignait même pas le cœur d'Ariane qui n'avait toujours pas envie de sourire. Comment en aurait-elle l'envie ? A chaque pas qu'elle faisait vers l'autel et vers son futur époux qui la regardait avec le sourire… Elle avait l'impression de s'avancer vers un précipice…
oO*Oo
Quand Harold entendit les premières notes de musique, il était assis sur son lit et il tourna inconsciemment la tête vers sa porte. Il eut un pincement au cœur en pensant à Ariane qui devait surement s'avancer vers l'autel avec un boulet accroché aux pieds… Bien qu'elle lui ait dit de ne pas venir, Harold avait quand même envie d'être là pour lui apporter son soutien. Ne sachant quoi faire, il soupira et essaya de faire un choix.
oO*Oo
Une fois devant l'autel, Rolaf confia sa fille à Kurt qui tendait sa main vers Ariane. N'ayant pas du tout envie de la prendre, elle le fit quand même pour jouer convenablement son rôle, mais aussi pour apporter et maintenir la joie que son peuple exprimait à leurs égards. Kurt lui adressa un sourire radieux et lui fit un compliment sur sa beauté. Elle ne répondit pas, mais hocha légèrement la tête pour le remercier. Maintenant que les futurs époux étaient présents, la vieille shaman du village, Gaëla, ouvrit la cérémonie !
- Mes chers amis ! Nous sommes ici, rassemblés devant les dieux, pour unir cet homme et cette femme par les liens sacrés du mariage !
Ça y est… La cérémonie était bel et bien commencée. La boule qu'Ariane avait au ventre ne cessait de lui peser et la pauvre sentait son cœur s'affoler, mais elle se força de toutes ses forces de ne pas succomber au chagrin et à la panique, et à rester droite jusqu'au bout. Quand elle entendit Gaëla s'adresser au chef, et qu'elle vit son père lui tendre une épée de son armurerie personnelle, Ariane l'attrapa d'une main et la présenta face à Kurt en pointant le bout de la lame vers le ciel. Kurt fit de même en prenant des mains d'un de ses amis, l'épée de son défunt père.
- L'épée fait passer le pouvoir de protection du père de la femme, à son mari. Et la femme doit prendre celle que son mari lui présente pour sa sécurité, ainsi que pour le bien de sa future famille. Précisa Gaëla en s'adressant au peuple.
Les époux échangèrent alors prudemment leurs épées. Le peuple était déjà en liesse de voir ça, et le vieux chef ne put s'empêcher d'être également ému. Il avait aussi un pincement au cœur en constatant que sa fille ne sera plus sous sa protection, comme il l'avait toujours fait depuis sa venue au monde. Mais il savait qu'entre les mains de Kurt, elle ne courrait aucun danger.
- A présent, les alliances ! Annonça joyeusement la shaman
Gaëla disposa les anneaux d'or sur les pointes des épées. Elle prit ensuite le visage de Kurt entre ses mains et le força à la regarder dans les yeux, tout en prononçant avec le sourire les phrases traditionnelles et sacrées.
- Kurt… Jures-tu devant les dieux vouloir te marier avec cette femme ?
- Oui, je le jure. Les dieux m'en soient témoin. Répondit-il en regardant avec tendresse sa promise
- Ariane…
Quand Gaëla attrapa son visage entre ses mains et qu'elle la força à la regarder droit dans les yeux, Ariane ne put s'empêcher de déglutir tout en gardant un visage inexpressif. Bien que Gaëla pouvait lire dans ses yeux qu'elle n'était pas heureuse et qu'elle aurait aimé échapper à ce mariage, elle en était désolée pour elle. Mais comme c'était un mariage arrangé et que c'était la volonté du chef et du défunt Akar, Gaëla se devait de lui poser cette fatidique question, même si elle savait qu'Ariane voulait répondre non.
- Jures-tu devant les dieux vouloir te marier avec cet homme ?
Comme l'avait deviné la shaman, Ariane mourrait d'envie de répondre non ! Mais comme elle n'avait pas le choix, elle dut répondre l'inverse.
- Oui. Je le jure...
Avec le sourire, Gaëla adressa un regard à Ariane et Kurt pour qu'ils puissent s'échanger leur alliance en inclinant légèrement leurs épées l'un vers l'autre. Kurt passa l'alliance au doigt d'Ariane avec tendresse et Ariane tacha de faire de même. Gaëla attrapa un petit fagot d'aiguilles de pin qui trempaient dans un récipient contenant de l'hydromel et qui était disposé sur un autel fait de pierres entassées, décoré de breloques sacrées et de bougies.
- Vous voilà mariés ! S'exclama-t-elle
Elle aspergea joyeusement le couple nuptial avec l'hydromel, ainsi que les invités assemblés autour d'eux afin d'attirer les bénédictions des dieux sur eux ! Ces derniers acclamèrent la cérémonie et les mariés avec joie et avec les poings levés ! Mais pour Ariane, le calvaire n'était pas encore fini. Elle allait devoir échanger un baiser avec son époux. Tout comme Kurt, elle posa son épée et leva avec courage son regard vers le sien, en essayant de ne pas grimacer face à l'inconfort qu'elle ressentait dans sa nuque. Kurt attrapa avec une infime tendresse son visage, le caressa de ses pouces et approcha son visage pour embrasser sa femme. Sous les nouvelles acclamations du village, Ariane laissa Kurt l'embrasser et lui rendit son baiser sans passion, alors que sa main qui tenait encore son bouquet se resserra avec force autour des tiges !
oO*Oo
Loin de tous, à moitié caché derrière une hutte, Harold s'était décidé à venir assister à la cérémonie. Il avait tout vu du début jusqu'à la fin. Et comme Ariane, il n'avait pas souri durant toute la cérémonie. En fait si. La seule fois ou un frêle sourire s'était dessiné sur ses lèvres, c'est quand il avait vu Ariane marcher au bras de son père vers l'autel. Malgré l'état de son amie, Harold admettait qu'elle était vraiment très belle. C'était la mariée la plus jolie qu'il avait jamais vu. Dommage que la joie et ses sourires n'avaient pas illuminé son visage pour un tel événement… Quand Harold vit Kurt et Ariane s'embrasser, il poussa un long soupir. Mais il adressa une pensée à Ariane, et à elle seule, avant de rentrer chez lui.
- Tous mes vœux de bonheur, Ariane. Je prie les dieux pour qu'ils t'accordent le bonheur que tu mérites et que tu souhaites.
oO*Oo
Après la cérémonie, les jeunes mariés, leurs proches et tout le village se rendirent dans la grande salle pour festoyer et faire la fête ! Et vu qu'il commençait à neiger et à faire plus froid que tout à l'heure, ils ne traînèrent pas pour se mettre à l'abri ! Main dans la main, Kurt et Ariane ouvraient la marche, joyeux pour l'un, morne pour l'autre. Se sentant condamnée plus que jamais, Ariane mourrait d'envie que cette journée se finisse pour que dès le lendemain, elle puisse retourner à ses occupations habituelles, comme la chasse, la pêche, la cueillette de baies sauvages ou encore son entrainement ! Mais elle avait surtout hâte de revêtir sa tenue de guerrière et de ne plus porter cette fichue robe blanche ! Le couple s'installa à la table d'honneur joliment décorée de feuillages, de fleurs et de bougies. D'ailleurs, la grande salle n'avaient jamais été aussi resplendissante ! Tout le monde y avait mis du sien tellement qu'ils étaient heureux de fêter le mariage de la fille du chef ! Il y avait beaucoup de feuillages et de fleurs sous formes de bouquets et de guirlandes, et un buffet copieux était de nouveau mis à la disposition du peuple.
Les proches des jeunes mariés s'installèrent à leur tour à la table d'honneur. N'ayant plus de famille vivante, les amis les plus proches de Kurt s'asseyaient à ses côtés tandis que Rolaf prenait place à la gauche de sa fille. On apporta alors de succulents plats et de délicieuses boissons, puis après un bref discours de Kurt, la fête commença ! Des musiques joviales résonnaient en permanence ! Tout le monde se délectait des plats et des boissons ! Les rires résonnaient ! Les bruits de pas grondaient sur le sol à cause des pas de danse et les sourires ne s'estompaient jamais ! Ariane demeurait droite et muette sur sa chaise, regardant sans joie et sans vie son peuple qui célébrait son union. Même qu'elle savait qu'Harold n'était pas présent, elle le cherchait quand même du regard, histoire de passer le temps, mais aussi parce qu'elle avait envie de le voir. Plus que tout le reste, elle avait vraiment hâte de le revoir mais elle ignorait si elle en aurait encore la possibilité. Kurt se leva de table et interrompit Ariane dans ses pensées.
- Danse avec moi, Ariane.
Sans lui rendre le sourire joyeux qu'il lui adressait depuis le début de la cérémonie, elle hocha la tête et lui prit la main. Kurt l'entraîna au milieu de la salle, parmi les nombreux villageois qui dansaient avec une chope d'hydromel à la main pour la plupart ! Le couple s'inclina mutuellement puis ils entamèrent une danse. Kurt continuait de lui sourire dans l'espoir de transmettre sa joie à sa femme et de voir enfin un sourire apparaître sur son visage, mais il n'y avait rien à faire. Il avait bien remarqué depuis le début de la cérémonie qu'elle était dans cet état. Mais il était déterminé à ne pas abandonner. Pendant leur danse, il lui prit tendrement la main.
- Tu es magnifique, Ariane. Je t'ai toujours trouvé belle, mais la… Tu l'es encore plus. Sache que je suis vraiment le plus heureux des hommes…
Il embrassa avec amour le dos de sa main, sans quitter des yeux ce beau regard bleu saphir. Ariane ne quitta pas le sien et hocha légèrement la tête avant de reprendre leur danse. Kurt aurait espéré un peu plus mais il jugea que c'était déjà pas mal. Il avait conscience que sa femme le détestait et qu'elle était constamment répugnée par cet union ! Essayer de lui parler et de la convaincre qu'elle ne serait pas malheureuse avec lui ne serait pas évident et approprié. Surtout devant autant de monde. Il attendrait ce soir pour essayer de gagner son cœur avec des mots et des gestes d'affections. Il continua alors de sourire, de danser avec sa femme et de faire la fête jusqu'à ce que le soir tombe. Tout le monde s'était bien amusé, mais pas la jeune mariée. Pour elle, cette fête semblait avoir duré une éternité ! Par moments, elle avait tellement eu envie de s'enfuir ou de mourir… Mais si elle se suicidait, elle n'aurait jamais l'honneur d'être accueillie au Valhalla et de rejoindre sa famille. Et si elle s'enfuyait… Où irait-elle ? Son père, son mari et quelques guerriers la traqueraient et la ramèneraient de force au village ! Elle finissait de boire son verre d'hydromel et de manger son repas, quand Rolaf se leva de table et fit une annonce.
- Il est temps… Pour nos jeunes mariés… De s'acheminer vers la chambre nuptiale !
En entendant ça, Ariane arrêta de mâcher son morceau de poulet et regardant le vide avec effroi ! Elle allait donc devoir consommer sa nuit de noces avec Kurt et ils allaient se voir… nus ?! En imaginant tout ça, son état émotionnel ne s'arrangea pas ! La boule qu'elle avait au ventre depuis le début lui sembla plus lourde, les battements de son cœur semblaient plus frénétiques, et elle eut l'impression de manquer d'air ! Kurt se leva à son tour et tendit sa main vers sa femme qui la regardait avec crainte. Ne pouvant échapper à ce qui l'attendait, elle attrapa sa main d'une main légèrement tremblante et se leva à son tour pour se diriger avec Kurt vers leur demeure. Pendant qu'elle marchait au milieu de la foule qui les acclamaient et les félicitaient encore et encore, Ariane faisait toujours de son mieux pour ne pas succomber à son angoisse grandissante. Kurt ressentit son angoisse à travers le contact de sa main et se jura de tout faire pour qu'elle n'ait plus peur et qu'elle se sente en confiance auprès de lui. La neige qui tombait sur le village apporta à Ariane un peu de réconfort, tout comme l'air frais qui lui fit un bien fou ! Les villageois continuèrent de faire la fête et laissèrent le jeune couple rentrer chez eux. Ce fut extrêmement bizarre pour Ariane de ne pas rentrer chez elle, tout comme le fait de savoir qu'elle n'y vivrait plus jamais…
Kurt ouvrit la porte de sa hutte, mais avant d'y entrer, il porta sa femme dans ses bras et la fit entrer avec lui, comme le veut la tradition. Il était tellement grand et fort qu'elle ne pesait presque rien dans ses bras ! Au passage, Ariane n'avait pas été si surprise de son geste. C'était une coutume comme une autre. Une fois à l'intérieur, elle resta sur place et observa du regard sa nouvelle maison. Ça n'avait rien à voir avec la hutte de sa famille ! C'était moins grand, moins meublé, mais la hutte avait du charme et semblait très confortable. Par contre, ça se voyait que c'était une hutte d'homme ! C'était sale par endroit et ça sentait légèrement le fauve ! Même son père ne sentait pas comme ça ! Mais comme pour tout le reste, elle devra s'y faire. Quand elle entendit la porte se refermait, un frisson parcourra tout son corps. Elle essaya de calmer les battements toujours aussi frénétiques de son cœur, ainsi que ses tremblements !
Kurt alluma ensuite le feu dans la cheminée, ainsi que quelques bougies, puis se tourna vers sa femme qui n'avait pas bougé de l'entrée. En croisant son regard froid et sévère, il soupira tristement et tendit sa main vers elle. Ariane la regarda en grimaçant et tout en faisant non de la tête.
- Ariane… Viens. Tu ne crains rien. Dit-il afin de la rassurer
- Pourquoi… ?
- Pardon ?
- POURQUOI ?! Hurla-t-elle
Ses larmes ne purent être davantage retenues, tout comme sa colère ! Il fallait qu'elle explose ! Et comme ils n'étaient qu'à deux et loin de la fête, c'était parfait ! Se fichant de ce qu'elle risquait, elle prit des bricoles pas dangereuses qui se trouvaient sur la table, comme des fruits, une assiette ou encore un gobelet, et les balança avec rage sur Kurt qui les esquiva sans s'énerver contre sa femme. Il savait qu'elle avait besoin de s'acharner sur quelque chose, ce qui était légitime, et qu'il ne pourrait lui parler que quand elle sera calmée. Pour une nuit de noce, ça commençait bien, dis donc !
- POURQUOI TU M'AS FAIT CA ?! POURQUOI ?! T'ES ALLÉ SUPPLIER MON PÈRE POUR OBTENIR CE QUE TU VOULAIS, C'EST CA ?! CA NE TE FAIT RIEN DE T'ETRE MARIE AVEC UNE FEMME QUI NE T'AIME PAS ?!
Kurt ne répondit rien et se contenta de la regarder en gardant son calme, mais aussi avec désolation. De son coté, Ariane reprenait son souffle et ne quitta pas des yeux son mari qu'elle regardait avec dégoût, tout en essuyant ses joues qui dégoulinaient de maquillage noir.
- Répond Kurt… Pourquoi ?!
- Malgré ton rejet, je ne pouvais me résoudre à abandonner l'amour que j'ai pour toi. Je t'aime trop Ariane. Et comme nos pères tenaient à nous unir… C'était l'occasion ou jamais de t'avoir enfin à mes côtés. Avoua-t-il
- Tu me dégoûte Kurt… Mais retiens bien ceci ! Je suis ta femme, certes, mais jamais je ne te dirais les mots que tu veux entendre de ma bouche ! Jamais je ne t'embrasserais ! Jamais je ne coucherais avec toi ! Et je n'aurais aucune affection à ton égard ! Que de la colère, du dégoût et du mépris ! Voilà le prix que tu payeras pour ne pas t'être opposé à l'ordre de mon père ! S'exclama-t-elle en larmes
- Aurais-je gagné plus d'affection de ta part si j'avais fait ça ?
- Du respect… Mais pas l'amour que t'attendais !
- Pourtant je suis certain que tu peux m'aimer, Ariane.
- N'y compte pas ! De plus… Comme je refuse que tu me touche, tu vas certainement me le faire payer, n'est-ce pas ? Rétorqua-t-elle
- Non.
- Humph... N'essaie pas de dire non pour me rassurer ! Je n'ai pas peur de toi et des coups que tu pourrais me donner ! Le défia-t-elle avec bravoure
- Ariane, écoute-moi. Je ne veux pas te frapper, te faire payer quoi que ce soit, et encore moins te forcer à partager notre lit. Je le pourrais, si j'étais un monstre. Mais je ne veux pas en être un à tes yeux. Ou du moins, pas autant que le monstre que je suis déjà à tes yeux.
Il osa s'avancer vers elle, mais elle resta sur place à le défier du regard.
- Ce que je veux… C'est que tu me fasses confiance, que tu nous donne une chance, que tu viennes de toi même dans notre lit et que tu te donnes à moi par volonté, amour et désir.
- Ça fait beaucoup de choses. Mais je ne t'en accorderais aucune !
- Tu aurais pu tomber sur pire que moi, tu sais ? N'importe qui t'aurait déjà balancé dans le lit nuptial et te ferait payer ton affront de toutes les manières possibles et dégradantes, comme le viol, la séquestration ou te considérer comme une servante. Dit-il avec peine
- C'est censé me rassurer ? Ou est-ce une menace ?!
- Juste une constatation qui te prouve que je ne suis pas ce genre d'homme.
- Les paroles ne valent rien ! Qui me prouve que dès demain, tu ne changeras pas d'attitude, que tu me forceras à coucher avec toi, que tu me garderas enfermée ici toute la journée pour nettoyer cette porcherie et te faire à manger à tout moment ?!
- Qu'aurais-je à gagner à agir ainsi ? Si ce n'est perdre toutes mes chances de gagner ton cœur ?
- Quoi, tu me laisserais faire tout ce que je faisais avant ? Chasser, pécher, m'entraîner et tout le reste ? Rétorqua-t-elle d'un son septique
- Bien sûr, puisque c'est ce que tu es qui a fait que je suis tombé amoureux de toi. Je ne veux pas que par ma faute, cette étincelle s'éteigne. Donc dès demain, fait ce que tu as à faire. Mais tout ce que je te demanderais... C'est de faire attention à toi.
En l'écoutant, Ariane s'était légèrement calmée, son cœur battait moins vite et ses larmes ne coulaient plus. Elle devait reconnaître qu'il avait su se montrer convainquant dans ses paroles. Elle qui s'attendait à ce que sa vie soit pénible et qu'elle soit rouée de coups pour avoir refusé de partager leur lit en étant à peine rentrée… Voilà qu'il ne voulait pas la forcer pour quoi que ce soit et qu'il lui permettait de poursuivre ce qu'elle aimait faire de sa vie ! A ses yeux, il passa pour un monstre beaucoup moins cruel que son père ! Mais ça ne réglait en rien le fait qu'elle ne voulait pas allait plus loin avec lui ! Même qu'elle voudrait essayer, elle savait qu'elle n'y arriverait pas ! Kurt lui tendit alors un bout de chiffon propre pour qu'elle essuie ses larmes et les traces de maquillage.
- Merci. Dit-elle en essuyant ses joues
- De rien, voyons. Euh… Est-ce inutile si je retente ma chance ? Dit-il en lui tendant à nouveau sa main
Par gratitude pour ses gentilles paroles te sa délicate attention, elle l'aurait prise. Mais sa répulsion d'avoir un contact physique avec celui qu'elle considère comme un frère la fit légèrement grimacer et elle détourna simplement le regard.
- Ne crains rien, Ariane. Je ne te ferais aucun mal.
- Je sais, mais je ne veux pas… Je n'y arriverais pas, tu comprends ça ?
- Parce que je suis comme un frère pour toi. Comprit-il
- Parfaitement. Et de ce fait, je ne veux pas que tu me vois toute nue !
- Mmh. Et si j'éteins la lumière ? Proposa-t-il
Voyant qu'elle ne semblait pas convaincue et que rien ne la ferait changer d'avis pour ce soir, il abandonna cette idée. Il alla donc vers le lit, prit un coussin et une couverture et s'installa devant la cheminée sous le regard intrigué de sa femme.
- Je te laisse le lit. Tant que tu ne voudras pas de moi à tes côtés, je dormirais ici. Dit-il calmement
- Tu dis ça pour me faire culpabiliser de te laisser dormir sur un plancher sale et inconfortable, tout en sachant qu'il fait froid dehors ? Rétorqua-t-elle
- Pas du tout. Et ne te fait pas de bile pour moi Ariane. Je suis un viking. Je peux dormir partout, ça ne me gêne pas.
- Mais…
- Il se fait tard, Ariane. Tu as eu une journée épuisante et émotionnellement difficile. Dort à ton aise et à demain. Je serais bien tenté de venir t'embrasser pour te dire bonne nuit mais à ce niveau-là aussi, vaut mieux que je m'abstienne. Avoua-t-il avec un léger sourire
- Pourquoi tu fais tout ça ? S'étonna-t-elle
- Parce que je t'aime. Et que si je veux que tu m'aime en retour, il faut que j'adopte ce genre d'attitude et d'attentions à ton égard.
- Kurt…
- Bonne nuit, Ariane. Lui souriait-il
Il se coucha, laissant sa femme debout au milieu de la pièce. Elle ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Il avait réussi à la désemparer ! Elle alla quand même s'asseoir sur son nouveau lit, puis ne quitta pas son mari des yeux. Elle avait pitié de lui et ne tolérerait pas qu'il dorme par terre alors qu'en plus, dehors, il fait un froid de canard ! Elle pourrait très bien lui demander de venir pour qu'ils dorment ensemble tout en restant habillés et pas collés l'un à l'autre, mais en faisant ça, il y aurait un risque de tentation et d'essais, et un risque que ça aille plus loin si les essais sont concluants ! Mais elle savait qu'un jour, elle allait bien devoir franchir le cap ! Et puis… C'était quand même sa nuit de noces. Et même si ce n'était pas celle dont elle avait rêvé, valait mieux qu'elle se passe avec son mari dans le lit, plutôt que chacun dans leur coin. Et avec le recul, même en gardant à l'esprit qu'elle le considérait comme un frère, elle admettait qu'elle aurait pu tomber sur pire et que Kurt n'était pas déplaisant comme garçon malgré sa grande taille, sa masse un peu trop musculaire et son crâne chauve. Elle aurait été mariée de force avec quelqu'un comme le vieux Svard, la, ça aurait été totalement différent ! Elle hésita encore quelques instants, puis ayant pris sa décision, elle inspira profondément et appela Kurt.
- Kurt ?
Il ne répondit pas. Dormait-il déjà ?
- Kurt ? Tu dors ? Insista-t-elle
- Mmh … ? Un souci, Ariane… ? Demanda-t-il d'une voix à moitié endormi tout en se tournant vers elle
- Oui. Je… Viens te coucher.
- Pour quel motif ?
- Pour pas que tu dormes par terre et que tu prennes froid. C'est tout.
Ne pouvant ignorer et refuser ce geste de sa part, Kurt se leva de sa couchette, empoigna d'une main ses affaires et s'avança vers son lit. Il déposa ses affaires dessus, sans quitter sa femme des yeux. De son coté, Ariane déposa sa couronne de fleur sur sa table de chevet, éteignit sa bougie et se coucha toute habillée. Elle tourna le dos à Kurt, mais quand elle entendit un froissement de tissu, elle haussa un sourcil, tourna la tête et vit avec surprise qu'il était en train d'ôter le haut de sa tenue, exposant ainsi sa belle musculature et son torse imberbe.
- Euh… Tu fais quoi là ?!
- Je me mets à l'aise. Je vais avoir trop chaud si je dors tout habillé. Dit-il en enlevant ses chaussures
- Ah. D'accord… Mais ne me touche pas et n'espère pas aller plus loin cette nuit, compris ? Le menaça-t-elle d'un ton sévère mais calme
- Je te l'ai dit, Ariane. J'attendrais que ce soit toi qui viennes à moi de ton plein gré. Sur ce… Dors bien. Et merci pour ton geste. Dit-il en éteignant sa bougie
Elle le regarda se coucher sur le côté, le visage tourné vers elle. Elle se recoucha à son tour en lui tournant le dos, non sans rester sur ses gardes. Voir la carrure de Kurt aurait pu avoir un effet attractif sur n'importe quelle femme, mais pas sur elle, même si elle devait reconnaître qu'il était très séduisant. Mais l'envie d'aller plus loin avec lui n'était toujours pas venue et ça ne risquait pas d'arriver dans les jours à venir. Le blocage mental était trop important ! C'est donc en versant une dernière larme qu'elle finit par s'endormir en étant encore vêtue de sa robe de mariée.
