Bonjour, bonjour, nous sommes samedi... donc chapitre 7. :)

Comme promis, un chapitre exclusivement centré sur nos deux personnages préférés. Pour le meilleur, comme pour le moins bon. Ce sera à vous de juger. Vous connaissez Dean...

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Mille merci de suivre cette petite histoire et pour vos messages qui me font toujours tellement plaisir.

J'espère que ce chapitre vous plaira.

Bonne lecture.

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Chapitre 7 :

Neuf heures précises.

Dean venait juste d'arriver, comme Castiel le lui avait demandé. Ou plutôt comme il l'avait ordonné. Le kiné avait été très clair. Il ne permettrait pas que Dean gâche ses chances de récupération en négligeant sa rééducation qu'elles qu'en soient les raisons. Et Dean avait bien compris que sous son air calme et détaché, il saurait se montrer aussi tenace et persuasif qu'Ellen si cela devait s'avérer nécessaire.

- J'ai besoin de t'examiner de nouveau. Commença Castiel sans préambule. Est ce que tu préfères que Garth soit présent ?

- Non. Pas besoin. D'une voix un peu hésitante.

- Tu es sûr. Ça ne me dérange pas si cela te met plus à l'aise. Je vais devoir te toucher plus que tu ne le voudrais et je sais que c'est difficile pour toi.

- Je te fais confiance. Répondit Dean cette fois de façon plus assurée.

Castiel hocha une seule fois la tête, lentement, appréciant la réponse.

- Va t'allonger sur le brancard. J'ai besoin que tu retires pantalon et tee shirt.

Dean s'exécuta en silence, monta sur le brancard et retira ses vêtements pour rester en boxer, l'angoisse lui nouant les entrailles. Castiel perçut son malaise dès qu'il s'approcha de lui.

- Je crois que je ferai mieux d'aller chercher Garth.

- C'est pas ça. Le détrompa Dean en comprenant la méprise.

Il vit Castiel pencher sa tête sur le côté, les sourcils imperceptiblement froncés, dans ce tic devenu si familier lorsqu'il essayait de percevoir les choses au delà de son handicap.

- Et si c'était rien ? Demanda finalement Dean presque avec crainte.

Castiel comprit enfin, parfaitement conscient de l'absurdité du soulagement qui l'envahit lorsqu'il réalisa que l'attitude réticente de Dean ne lui était pas destinée.

- Ta jambe ? C'est ça ?

Dean hocha bêtement la tête, la gorge trop nouée pour parler sans trahir son angoisse. Mais Castiel parut le comprendre malgré son silence, puisqu'il reprit sans attendre.

- Ecoute, je ne sais pas encore ce que ça veut dire, ni jusqu'où ça va te mener. Et je sais bien ce que tu voudrais me demander, mais je n'ai pas la réponse à cette question. Je vais t'examiner et te dire tout ce que je constate. Je n'aurai pas forcement toutes les réponses que tu attends aujourd'hui, ni demain, ni même le mois prochain. Tout ce que je peux te dire, c'est que je vais t'aider et qu'on va tirer le maximum de tous les progrès que tu pourras faire, d'accord ?

- D'accord. Réussit il finalement à répondre d'une voix étranglée.

- Alors on y va. Je te demande de me dire tout ce que tu ressens. Que ce soit de la douleur ou simplement mon toucher.

Castiel posa ses mains sur le pied gauche de Dean et commença à fléchir les orteils les uns après les autres, puis fit jouer sa cheville, manipula le mollet, le genou. Remontant toujours, il palpa la cuisse des deux mains et arriva à la racine de l'aine.

- Rien ? Aucune sensation ?

- Non, rien du tout.

Castiel saisit un petit instrument muni d'une roue dentelée et fit courir la roulette le long de la jambe, de la cuisse vers le pied.

- Toujours rien. Dit Dean.

Castiel prit cette fois un marteau réflexe* et donna des petits coups sur les ligaments du genou puis de la cheville gauche de Dean sans obtenir la moindre réaction, puis dévissa le bout et le fit glisser sous la plante du pied en remontant vers les orteils toujours parfaitement immobiles.

- C'est mauvais hein ? Demanda Dean.

- Il n'y a pas d'évolution de ce côté-là, effectivement.

Il reprit son examen, cette fois en posant ses mains sur le pied droit de Dean.

- Je crois que je sens là.

- Allonge toi complètement et ferme les yeux, Dean. J'ai besoin que tu ne fasses que ressentir, et la vue peut venir parasiter tes sensations.

Dean s'allongea, ferma les yeux pendant que Castiel reprenait son examen.

- Tu touches mon gros orteil là, c'est ça ?

- Exactement. Et là, est ce que tu sens quelque chose?

- Non. C'est mauvais signe ?

Castiel, qui ne le touchait plus, sourit sans répondre et reposa ses mains sur sa jambe.

- Là, je sens.

- C'est bien.

Il reprit sa roue dentelée et la fit de nouveau courir sur la jambe de Dean.

- C'est désagréable ce truc. Putain, c'est génial ! S'exclama Dean enthousiaste, en rouvrant les yeux et se redressant sans pouvoir s'en empêcher.

Castiel sourit doucement, heureux du bonheur de son patient.

- C'est un bon début. Tempera t'il. Maintenant on va tester la force musculaire.

Il posa sa main à plat contre sa plante de pied.

- Essaie de pousser sur ma main comme sur une pédale d'accélérateur.

Dean fronça les sourcils, concentré sur son pied et la main de Castiel, comme si il devait tenter de le faire bouger par la seule force de son esprit, ce qui finalement était presque le cas.

Au bout de quelques secondes, il expira bruyamment, essoufflé, sans avoir même eu conscience d'avoir bloqué sa respiration dans l'effort.

- Pas moyen. Pourquoi j'y arrive pas ? Ca a marché l'autre jour.

- Attends, on va essayer autrement. Assied toi.

Castiel l'aida à se redresser, et lorsqu'il posa ses mains chaudes sur son dos nu, il sentit Dean se tendre un peu sous le contact. Castiel s'agenouilla devant lui, posa de nouveau une main sous le plat de son pied le soulevant légèrement, l'autre main posée à plat au milieu de la cuisse de Dean.

- Vas y maintenant, essaie de pousser sur ma main, mais en contractant les muscles de ta cuisse, juste là, sous mon autre main.

- Ca marche ! Constata t'il en voyant Castiel sourire de nouveau.

- Très bien, rallonge toi sur le dos.

Castiel posa ses deux mains sur la cuisse droite de Dean, palpant les muscles profondément, puis descendit en direction de son genou, faisant jouer la rotule sous ses doigts.

- Les muscles de ta cuisse ne sont plus flasques, il y a une certaine tonicité qui revient.

- Et c'est bien ?

- Bien sûr que c'est bien.

Castiel prit le petit marteau réflexe et donna un petit coup sec sur le ligament du genou. La jambe se tendit automatiquement. Il refit le même examen sur tendon d'Achille du pied droit cette fois sans obtenir la réaction espérée, puis passa la pointe du marteau réflexe sur la plante du pied, les orteils se tendirent.

- Mets toi sur le ventre Dean.

Il l'entendit déglutir, puis saisir les barres latérales du brancard qui grinça, l'aida de nouveau à retourner ses jambes pour les garder dans l'axe de son corps, puis Castiel reprit son examen commençant par le dos de Dean sous les omoplates et descendit la roulette le long de sa colonne vertébrale.

- Dis moi à quel moment tu perds la sensation.

- Là. Répondit Dean alors que Castiel avait parcouru tout son dos, sa fesse gauche et était arrivé à la naissance de sa cuisse gauche.

- Ok, l'autre côté.

Il refit le même trajet, mais passant cette fois sur sa fesse droite et descendit le long de sa jambe.

- Là. Dit de nouveau Dean alors que Castiel arrivait cette fois au niveau du mollet droit. Je sens encore un peu sous le genou et après presque plus rien.

- D'accord.

Castiel reposa ses mains sur l'arrière de la cuisse droite de Dean, palpant les muscles, s'arrêtant un moment, lorsqu'il l'entendit grogner.

- Tu sens quelque chose là? Demanda t'il. Je perçois une zone indurée.

- Ouais, ça fait un peu mal.

Dean se contorsionna pour essayer de voir la zone concernée où se trouvait un énorme hématome.

- C'est juste un gros bleu. Lui indiqua t'il. J'ai dû me le faire l'autre jour, quand je suis monté dans la voiture d'Ellen.

- Mais il te fait mal? Redemanda Castiel.

- Ouais, un peu. Répéta Dean sans comprendre pourquoi Castiel insistait autant sur quelque chose d'aussi mineur. Putain oui, il me fait mal, c'est génial ! Lorsqu'il comprit enfin.

Castiel rit de nouveau.

- Crois moi tu vas déchanter dans quelques temps. Parce que oui, tes sensations reviennent et c'est une excellente nouvelle, mais la douleur va revenir aussi et ça, tu vas beaucoup moins apprécier, surtout pendant que je te ferai travailler.

- T'inquiète pas pour la douleur. Affirma Dean très sérieusement. Je sais encaisser.

- J'ai terminé. Tu peux te rhabiller.

Dean resta un moment silencieux, regardant Castiel retourner à son bureau pour noter dans son dossier informatisé toutes les nouvelles informations qu'il venait de recueillir.

En temps ordinaire, Dean aimait regarder les doigts de Castiel courir sur ce petit clavier comme si il voyait. Ca aussi, ça contribué à le tromper les premiers temps. Et lorsque Castiel lui avait dit pour son handicap, Dean avait été complètement bluffé de le voir pianoter sur les touches. Comment un aveugle pouvait il utiliser ainsi un ordinateur ? Est ce qu'il avait mémorisé l'emplacement des touches ? Mais dans ce cas comment pouvait il relire ce qu'il écrivait ?

Il s'était posé la question jusqu'à ce qu'il s'avance pour voir par lui même et constate qu'un deuxième clavier avait été rajouté en bas du premier.

- Ca s'appelle une plage braille. Lui avait alors expliqué Castiel.

Ça ressemblait un peu aux touches d'un piano mais fixes et ornées chacune de huit petits picots qui se soulevaient ou se rétractaient pour former les lettres et les mots en braille que lui seul pouvait déchiffrer. Cela lui permettait de lire aussi bien que d'écrire, et si il le souhaitait, une commande vocale lui permettait aussi de faire lire par une voix synthétique le texte qu'il venait de taper, mais Castiel l'utilisait peu.

Charlie lui avait bien dit que Castiel était quelqu'un d'étonnant et bon sang elle avait eu vraiment raison. Dean ignorait tout des circonstances dans lesquelles il avait perdu la vue, mais en tout cas ce type ne se laissait pas abattre et on ne pouvait que l'admirer pour ça.

- Alors docteur, verdict ? Demanda Dean lorsqu'il eut terminé.

- Tu as tout entendu. Pas de changements significatifs pour ta jambe gauche. La sensibilité revient dans la cuisse droite et curieusement dans une moindre mesure au niveau de la voute plantaire, pas encore dans le mollet. Pour la commande volontaire, on reste pour le moment cloisonné au niveau des muscles de la cuisse.

- Donc une jambe gauche foutue et une demi jambe droite qui refonctionne un peu, c'est ça ? Résuma Dean avec déception. Pas besoin que je me précipite tout de suite dans un magasin de sport pour me racheter des chaussures de jogging, hein ?

Castiel croisa ses mains sur son bureau, et releva vers Dean ses yeux d'un bleu si profond, ces yeux si normaux et si terriblement et paradoxalement perspicaces.

- Il y a quelques semaines, on avait deux jambes foutues pour reprendre tes termes. C'est déjà mieux non ?

- Mieux au point que je puisse remarcher un jour? Lâcha Dean d'un seul coup.

Castiel soupira. Il savait bien que c'était la question qui brûlait les lèvres de son patient depuis le début de son examen.

- Dean...

- Non, pas la peine. Le coupa t'il en se penchant pour attraper l'accoudoir de son fauteuil. Il le rapprocha du brancard, bloqua les freins et se bascula dedans. C'est idiot comme question.

Castiel se leva, conscient sans avoir besoin de le voir, de son regard qui le fixait et alla s'appuyer sur le bord de son bureau.

- Dean, il est impossible de savoir précisément jusqu'à quel point tu progresseras. Reprit il de sa voix grave. Je ne peux pas te dire si tu remarcheras un jour. Ca Dieu seul le sait.

Dean eut un petit rire amer.

- Si ça dépend de Dieu, alors je suis plutôt dans la merde. Parce qu'on s'est jamais vraiment bien entendu, Lui et moi.

Il resta un moment silencieux.

- Pourquoi maintenant ? Demanda t'il, soudainement presque à voix basse. Pourquoi est ce que je recommence à sentir des choses maintenant? Ca fait des mois. Je croyais que c'était foutu.

- Le corps humain est une merveilleuse mécanique, tu sais. Il se préserve, se répare aussi dans la mesure de ses possibilités. Rien de ce que l'homme ne pourra jamais créer de ses mains n'atteindra ce degré quasi divin de perfection. Mais il est aussi bien mystérieux parfois et malgré tous les progrès de la médecine moderne il y a encore tant de choses que nous ignorons. Dans ton cas, une partie de ta moelle épinière lombaire a été sectionnée lors du choc, ça veut dire qu'une autre partie ne l'est pas. Et il est très difficile malgré l'imagerie dont nous disposons de savoir ce qui sera récupérable. Les médecins ont bien dû te dire qu'en matière de traumatisme de la colonne, la récupération était très longue. Parfois cela se compte en mois, parfois même en années. Ici, il aura fallu attendre que l'hématome et l'œdème consécutifs au traumatisme disparaissent pour que la compression et l'inflammation des tissus régressent et que certaines terminaisons nerveuses se régénèrent ou recommencent à fonctionner.

- Ecoute Cass. Le coupa Dean. Parle moi, d'accord. Parle moi vraiment.

Castiel tiqua.

- Mais c'est ce que je fais. Je ne te cache rien.

Dean soupira.

- D'accord. Capitula Castiel. Je vais te dire ce que j'en pense vraiment. Mais ce n'est que mon avis, d'accord ? Et je ne lis pas l'avenir, alors je peux me tromper. Je ne veux pas te décourager, ni au contraire te faire trop espérer.

- J'ai compris. Dis-moi.

- Pour moi, ta jambe gauche est foutue, comme tu dis. Mais je pense que tu peux récupérer en grande partie ta jambe droite. Et que si on arrive à te redonner suffisamment de force dans le bassin, tu pourrais, et j'ai bien dis pourrais, arriver à te tenir debout et à remarcher avec des béquilles et une attelle adaptée pour rigidifier ta jambe gauche. Mais ce n'est pas pour demain, il faut bien que tu le comprennes. Se pressa t'il d'ajouter. Et je n'aurais même pas dû te le dire.

- Remarcher, hein ? Murmura Dean pour lui même, comme s'il voulait apprécier le goût de ce mot sur sa langue. Si j'arrive à remarcher, je pourrais peut être...

Castiel resta silencieux lorsque Dean s'interrompit, se contentant d'attendre qu'il ne reprenne, trop conscient que la moindre parole ou le moindre geste arrêteraient forcement les confidences de son patient si peu enclin à se livrer.

- Je sais que mon frère me pardonnera jamais. Mais si jamais je pouvais remarcher et de nouveau me débrouiller seul, ne plus être un poids mort inutile, peut être qu'un jour... un jour, je sais pas... je… pourrais aller le voir... et lui parler. Pas lui demander pardon parce que ça je sais que c'est pas possible... mais peut être qu'il pourrait... je sais pas...me donner une seconde chance.

Castiel avança vers lui et pour une fois Dean n'évita pas le contact de la main réconfortante qu'il posa sur son épaule. Mais au bout de quelques secondes, Dean se redressa.

- Putain, faut que j'arrête. Se fustigea t'il. Désolé Cass, je me comporte comme une vraie gonzesse, à chialer comme ça devant toi. Je sais pas ce qui m'arrive. Bon alors, qu'est ce qu'on fait maintenant ?

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Castiel l'avait prévenu que ça ferait mal et bon sang Dean devait bien reconnaître qu'il n'avait pas menti!

Avec les sensations, la douleur avait aussi fait son grand retour et contracter des muscles depuis si longtemps inertes relevaient à la fois du travail de Titan et du supplice chinois. Dean ressortait de ses séances épuisé, et surtout frustré de voir le peu de progrès qu'il avait accompli depuis près de trois semaines qu'il avait réussi à faire bouger sa jambe pour la toute première fois.

- Oui, je sais, il faut que je sois plus patient. Je te vois, moi, tu sais. Grogna il devant l'air exaspéré de Castiel qui l'entendait rager pour la millième fois de ne pas parvenir à faire bouger cette putain de foutue pédale, pour reprendre ses mots.

- Ca suffit pour aujourd'hui. Décréta Castiel. Tu forces trop, tu vas finir par te blesser.

- Non, je continue.

Castiel se leva de son bureau et vint bloquer la roue de l'appareil de sa main, l'empêchant de poursuivre.

- J'ai dit que ça suffisait.

- Retire ta main de là, Cass, je plaisante pas. Siffla Dean entre ses dents serrées sous l'effort.

Castiel posa son autre main sur la cuisse droite de Dean et appuya légèrement l'obligeant à étouffer un grognement de douleur.

- Tu sens ça ? C'est juste une contracture. C'est douloureux mais pas bien grave. Mais si tu continues, tu risques de déchirer le muscle. Dean, regarde moi.

Il attendit sans savoir si Dean avait levé les yeux sur lui.

- Tu m'as dit que tu me faisais confiance l'autre fois. Est ce que c'est vraiment le cas ou c'était juste des paroles en l'air ?

- Tu sais que je te fais confiance. Répondit Dean d'un ton où se le disputaient la gêne et la colère.

- Bien, alors fais ce que je te dis.

Castiel lâcha la roue, lui montrant par ce geste qu'il lui laissait la décision finale.

Dean souffla, évacuant la frustration et repoussa l'appareillage sur lequel il travaillait.

- Je crois qu'une pause serait bienvenue. Proposa Castiel. Pour moi aussi d'ailleurs. Dis moi, qu'est ce que tu aimes faire pour te détendre ?

Dean se gratta la nuque. Les premières réponses qui lui vinrent à l'esprit - conduire son bébé, parcourir le pays avec son frère - ne firent qu'accentuer son malaise.

- Regarder la télé. Lâcha t'il une seconde avant de se rendre compte de l'énormité de ce qu'il venait de proposer. Merde. Pardon Cass.

Castiel sourit.

- Ne t'excuse pas. J'aime parfois écouter un bon programme. Et puis c'est plutôt flatteur pour moi. Ça veut dire que tu ne me perçois pas que comme un aveugle. Ma cécité n'est qu'une partie de ce que je suis, Dean, elle ne me définit pas. Et je peux en parler sans problème. Pourquoi les gens bien-voyants sont ils si mal à l'aise avec ça? Ils évitent les mots comme voir ou regarder par exemple. Il n'y a pas de raison. Je les emploie encore tu sais. Ils n'ont juste plus la même signification pour moi, mais ils ne sont pas devenus tabou pour autant.

- Comment ça t'est arrivé ? Demanda Dean soudainement, et regrettant immédiatement sa question lorsqu'il vit Castiel reculer, s'asseoir sur le bord de son bureau en croisant les bras et prendre une grande inspiration.

- Un coup de batte de base ball en pleine tête, il y a trois ans. Lâcha t'il d'un ton neutre.

- Par accident ? Demanda encore Dean, sans pouvoir s'en empêcher.

- Non, j'ai été agressé par trois hommes n'ont pas semblé apprécier mon... orientation sexuelle, et me l'ont fait savoir. Ils étaient ivres et cherchaient visiblement à casser du pédé, comme on dit. C'est tombé sur moi.

Dean en resta stupéfait. Il avait pensé à un accident, une maladie, mais certainement pas à ça. Castiel lui semblait avoir tellement bien accepté son handicap et s'y être si bien adapté au point que Dean oubliait souvent qu'il était aveugle, la possibilité d'une agression ne l'avait même pas effleurée.

Dean resta silencieux un moment, ne sachant pas quoi répondre, se sentant encore plus minable de ses propres réactions lorsque Castiel lui avait révélé son homosexualité.

- Je suis désolé, Cass. Fut tout ce qu'il arriva à sortir.

- Il ne faut pas. Tu n'y es pour rien et c'est du passé. Et puis ça m'a permis de rencontrer des gens formidables, lorsque Bobby m'a accueilli au Ranch.

- Tu as été un patient ici ? Demanda Dean sous le coup de la surprise.

- Bien sûr. Comment croyais tu que j'en sois venu à travailler entre ces murs? Tu pensais que Bobby avait passé une annonce "cherche kiné aveugle" ?

- Je sais pas. Répondit il de plus en plus mal à l'aise. A vrai dire, je ne m'étais pas vraiment posé la question.

Il se gratta la nuque dans un geste nerveux. Ca faisait des mois que Dean était arrivé au Ranch. Et presque autant qu'il travaillait avec Castiel et il se rendait compte qu'il en savait beaucoup moins sur ce gars que sur n'importe lequel des autres habitants de cette maison. C'est vrai que Dean n'était pas un grand curieux de nature, mais en se côtoyant aussi souvent, on finissait forcement par rassembler quelques bribes d'informations sur les gens.

Dean se souvenait de la fois où Charlie lui avait dit que toutes les personnes habitant au Ranch avaient leur propre histoire et leur lot de malheurs. Pourquoi était il si étonné de découvrir que c'était également le cas de Castiel ?

Au fil des mois, il avait appris que Benny avait perdu sa femme, Andréa, victime d'une forme rare de démence précoce touchant les personnes jeunes. Et qu'elle avait finalement mis fin à ses jours ici, dans un de ses rares moments de lucidité, ne supportant plus sa déchéance malgré toute l'aide et l'attention que son mari et les autres personnes présentes au ranch avaient pu lui apporter. Une souffrance qu'ils portaient encore tous avec lui et dont le cajun ne parlait pratiquement jamais. Garth, atteint du syndrome de Marfan* qui lui donnait son physique si particulier, n'avait trouvé du travail que chez Bobby. Tout comme Anna mise à la porte de chez ses parents le jour de sa majorité à cause de son handicap et qui avait trouvé une deuxième famille au ranch.

Dean se rendit compte qu'il connaissait les grandes lignes de l'histoire de chacun, comme les autres connaissaient les grandes lignes de la sienne. Sauf celle de Castiel. L'homme était longtemps resté un mystère qu'il n'avait pas forcement eu envie de résoudre.

Parce qu'il était gay ?

Au début oui probablement, mais également parce que malgré son franc-parler apparent, lorsqu'il avait commencé à connaitre l'homme, il lui avait aussi trouvé cette réserve, cette pudeur qui faisait que sans être forcément secret, il ne se livrait pas si facilement, lui non plus. Ou seulement lorsqu'il se sentait en confiance. Et Dean respectait ça. Finalement, ils se ressemblaient peut être plus qu'il ne l'avait pensé. Qui l'eut cru ?

- J'aimais voler avant. Repris Castiel pensif au bout d'un long moment de silence, tirant Dean de ses propres réflexions. J'avais mon brevet de pilote. J'adorais voler dans des petits biplaces, juste pour le plaisir de traverser le ciel. Sentir le vent, la liberté que cela me procurait, ça me donnait l'impression d'avoir des ailes. Je crois que c'est pour ça que j'aime l'équitation. Lorsque je lance Black au galop, c'est la sensation qui s'en rapproche le plus, je crois.

- Tu n'as jamais peur de tomber? Demanda Dean de plus en plus admiratif du courage que l'homme face à lui démontrait.

- La peur n'évite pas le danger Dean. Et puis à quoi cela sert il de vivre, si c'est pour avoir peur de la vie?

Dean resta une nouvelle fois sans voix. Parfois Castiel sortait quelque chose comme ça, quelque chose de si profond qu'il en restait interdit. On l'aurait dit tellement plus âgé dans ces moments là, comme si il dégageait une espèce de sagesse, l'impression d'un être millénaire qui aurait assisté à la naissance de l'humanité.

- Ils sont en taule, tes agresseurs ? Demanda Dean qui se serait volontiers giflé de remettre le sujet sur le tapis. Mais il ne parvenait pas à se sortir de la tête cette information qui le dérangeait infiniment sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi.

- Non, ils...

- Hé, les gars, on vous attend pour manger, qu'est ce que vous fichez ? Leur cria Charlie depuis la porte entrouverte.

Ils sursautèrent et se retournèrent presque simultanément vers elle sans répondre.

- Euh... J'ai frappé, mais personne n'a répondu. J'ai interrompu quelque chose? Demanda t'elle dubitative devant leurs mines gênées.

- Non, bien sûr que non. Répondit Dean précipitamment.

- On avait terminé notre séance. On arrive immédiatement. Ajouta calmement Castiel.

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Pendant le repas, Dean attira l'attention de Garth qui discutait avec Bobby.

- Ca tient toujours ton offre de m'apprendre à faire du cheval ?

- Bien sur amigo, mais je croyais que tu n'aimais pas ces « fichus canassons ». S'étonna Garth en mimant des guillemets pour bien montrer qu'il citait ses paroles.

- Ouais, ben... y a que les imbéciles qui changent pas d'avis. Rétorqua Dean. Faut pas mourir idiot dans la vie et puis j'ai envie d'essayer.

- Ravie de l'entendre. Lui murmura Charlie à l'oreille, le faisant rougir jusqu'à la racine des cheveux lorsqu'il réalisa à sa mine amusée qu'elle ne parlait pas du tout d'équitation.

- Charlie ... D'une voix faussement menaçante, toute velléité de colère envolée devant le large sourire franc et amical dont elle le gratifia.

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Allongé sur son lit, Dean cogitait au lieu de dormir. Bon sang qu'il détestait la nuit !

Il la détestait pour les ombres qui s'y tapissaient et qui n'avaient rien à voir avec des monstres ou des revenants. De ceux là, il n'avait jamais eu peur, même lorsqu'il était gamin. C'était plutôt ses propres pensées qui l'effrayaient, capables, elles, de le torturer plus sûrement et efficacement que toutes les lames de rasoir des démons de l'enfer.

Ca faisait des heures qu'il se tournait et se retournait sur son matelas, sans parvenir à trouver le sommeil, tentant de trouver une position confortable malgré sa jambe douloureuse.

Il était à présent allongé sur le dos, la tête posée sur son bras replié, et songeait à tout ce qui s'était passé dans sa vie ces dernières semaines. Définitivement pas la bonne façon de trouver le sommeil. Mais ce n'est pas comme si il avait le choix. Malgré ses efforts son esprit y revenait sans cesse.

Tout se mélangeait dans sa tête. Tout était devenu si compliqué. Il en serait presque venu à regretter ces quelques progrès qui lui avaient redonné tant d'espoir. C'était presque plus simple avant: il était en fauteuil, Sam était parti, la vie n'était que de la merde et il attendait juste que l'histoire se termine. L'avenir étaient limpide, noir, mérité.

Et voilà que cette foutue jambe s'était remise à fonctionner. Mais juste un peu. Juste assez pour lui redonner espoir et pas suffisamment pour qu'il puisse même seulement se tenir debout. Un putain de supplice de Tental oui ! Ce qu'il désirait à portée de main et dès qu'il la tendait pour s'en saisir, tout disparaissait.

Et pourtant Dean s'étonnait même d'y attacher autant d'importance. Après tout qu'est-ce que ça changerait dans sa vie si il pouvait remarcher ?

Est ce que Jessica serait moins morte ?

Est ce que lui serait moins mort aux yeux de son frère ?

Dean savait très bien que Sam n'était pas parti parce qu'il était en fauteuil roulant. C'était juste une autre excuse qu'il s'était donnée à lui même pour s'accorder le droit d'espérer. Une stupide justification pour se permettre de travailler avec Castiel parce que lui, Dean, avait envie de remarcher. Putain d'hypocrisie!

La vérité c'est que Sam n'en avait plus rien à foutre qu'il remarche un jour ou pas. Sam était parti. Parce qu'il le détestait. Parce qu'il n'était plus son frère, comme il le lui avait hurlé. Rien ne pourrait jamais changer ça. Et il avait eu bien raison de partir. Non seulement Dean avait tué la femme de sa vie, tué les enfants qu'il aurait un jour pu avoir avec elle, mais en plus il était devenu une véritable épave, un moins que rien.

Dean eut un petit rire amer en songeant qu'avant qu'il ne se retrouve cloué dans ce fauteuil, parvenu à ce stade de ses joyeuses pensées, il aurait eu deux options pour se changer les idées, l'alcool ou le sexe. Les deux sûrement d'ailleurs. Il serait allé dans le premier bar venu et se serait tapé quelques verres pour oublier, en attendant de se trouver la nana avec qui il serait rentré pour la nuit.

Mais là, il se voyait mal tomber dans le bar de Bobby en pleine nuit, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment torché pour que sa propre compagnie lui devienne seulement tolérable. Pas sûr même que les réserves de Bobby auraient été suffisantes d'ailleurs.

Quoique... peut-être que si en fait, songea t'il. Avant il lui en fallait pour rouler sous la table, mais maintenant ... ça faisait si longtemps. Si ça se trouvait il serait bourré avec juste quelques p'tits verres.

Une vraie lopette aurait dit son père.

Et John n'aurait pas su à quel point il avait raison. Dean n'était même plus un homme. Parce que l'option numéro deux n'était plus à l'ordre du jour non plus. Et ça depuis des mois. Depuis ce putain d'accident en fait.

Dean porta la main à son sexe éternellement flasque et entrepris de se masturber. Après tout si sa foutue guibolle se réveillait, peut être que ça aussi...

Il laissa ses pensées vagabonder et les images affluer.

Lisa...

C'était il y a bien longtemps, mais sa liaison avec elle avait été ce qu'il avait eu de plus proche d'une vraie relation. Elle avait fait partie de ses coups d'un soir à l'époque, et même un sacré bon coup. Un vrai bon souvenir en fait, préférait il se dire juste à lui même. Et lorsqu'il l'avait revue quelques années plus tard, il avait été presque déçu lorsqu'elle lui avait dit que son petit garçon, Ben, n'était pas de lui. Il se serait bien vu père de ce gamin qui lui ressemblait si étrangement. Sam faisait ses études à Stanford à cette époque-là, et Lisa était toujours célibataire. L'année qu'il avait passé avec elle avait été une des plus normales de toute son existence. Jusqu'à ce qu'il gâche tout, comme d'habitude.

Mais peu importait la fin de l'histoire, pour ce soir l'image de Lisa ferait peut être l'affaire.

Il imagina sa main douce à la place de la sienne sur son sexe désespérément endormi. Il l'imagina s'agenouillant entre ses jambes, rejetant son abondante chevelure noire en arrière et levant vers lui ses magnifiques yeux noisette alors qu'elle prendrait son membre dans sa bouche langoureusement, pour lui donner du plaisir. Il accéléra la cadence de son poignet, visualisant ses lèvres pleines allant et venant autour de son membre, mais sa verge refusa obstinément de se redresser.

Ca faisait si longtemps que personne ne l'avait touché, le souvenir en était presque effacé.

Si longtemps que personne ne l'avait touché comme ça, mais... il y avait bien eu ces mains chaudes dans son dos, sur ses jambes et ces yeux si bleus. Il accéléra les mouvements de son poignet, percevant enfin les sensations espérées. Lorsque son sexe commença à se redresser légèrement, Dean paniqua.

Putain, mais qu'est ce qui lui prenait ? Des mois qu'il n'avait pas bandé et là, c'est en pensant à un mec qu'il y arrivait ?

Non, c'était pas ça, pas ça du tout. C'était juste mécanique. Un besoin purement physique et il s'était raccroché à la seule et unique sensation de toucher qu'il avait éprouvée ces derniers mois depuis l'accident. Pas besoin d'aller chercher plus loin.

Le pauvre début d'érection qu'il avait pu avoir totalement retombé, il soupira sans réellement savoir si c'était de frustration ou de soulagement. De toute façon ça ne fonctionnait pas non plus.

John aurait eu bien raison. Même plus un homme...

Il passa ses mains sur sa figure. Putain, ça ne lui valait vraiment rien de réfléchir! Là tout de suite, qu'est ce qu'il n'aurait pas donné pour une bouteille de bon Whisky. Ou même de mauvais d'ailleurs, il en aurait rien eu à foutre. Juste de quoi se torcher un bon coup, pour tout oublier pendant quelques heures. Et tant pis pour la gueule de bois du lendemain !

Mais puisqu'il ne pouvait pas compter sur ses drogues habituelles, il décida de repenser à sa conversation avec Charlie. Les visages de la jeune femme, d'Ellen, de Garth et même de Bobby défilèrent derrière ses paupières closes. Ces gens, des parfaits inconnus, l'avaient accueillis chez eux et l'avaient aidé. Il pensa à Joe prisonnière emmurée vivante dans son propre corps. Et même si il n'en était pas fier et que ça ne changeait rien à sa situation à lui, la pensée qu'il y avait bien pire sur cette terre le réconforta un peu. Ellen avait raison, si Joe dans son état estimait que la vie valait la peine d'être vécue...

Il ouvrit les paupières et frissonna en pensant que le noir qu'il avait actuellement devant les yeux était tout ce que Castiel percevait jour après jour. Contrairement à lui, Castiel n'avait pas mérité ce qui lui était arrivé, mais malgré ça, lui aussi vivait sa vie sans se morfondre comme il était en train de le faire.

Finalement, ça n'était pas le fait d'être paralysé ou plus capable de bander qui faisait qu'il n'était plus un homme, c'était plutôt celui d'être en train de pleurnicher comme un con, tout seul dans son lit en plein milieu de la nuit.

Par réflexe Dean tourna la tête vers le radio réveil posé sur sa table de nuit.

2h39 du matin. Putain de merde, il fallait vraiment qu'il dorme.

Demain, ou plutôt ce matin vu l'heure, ils allaient tous vouloir le faire monter sur un de ces putains de canassons et ça risquait de ne pas être triste. Il soupira de dépit, Charlie allait tellement se foutre de sa gueule!

Lorsque Dean s'endormit enfin, à la brûlure de l'explosion et aux cris de terreur qui peuplaient habituellement ses cauchemars, se mêlèrent des yeux bleus et des mains chaudes qui l'apaisaient et lui redonnaient courage.

Etrangement, après toutes ces sombres pensées, cette nuit, pour la première fois depuis bien longtemps, il ne cria pas.

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* Marteau reflexe: petit instrument composé d'une tige métallique surmontée d'un disque souvent cerclé de caoutchouc dont les médecins se servent pour donner des petits coups sur les tendons et ligaments des articulations pour tester leurs réponse réflexe. Cela donne des renseignements sur l'état de la moelle et des nerfs qui en sortent car cette action est involontaire et dépend uniquement de l'état neurologique du patient ( cerveau et moelle épinière).

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* Syndrome de Marfan: maladie génétique touchant le tissu conjonctif qui se caractérise par une combinaison variable de manifestations cardiovasculaires, musculo-squelettiques ( entre autre grande taille, membres très fins et allongés, doigts et corps mince), ophtalmologiques et pulmonaires.

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Voila voila...ben oui, ça ne peut pas être aussi facile. C'est qu'il cogite le Deano...forcément. Pas évident d'accepter les progrès surtout quand on pense ne pas les mériter. Ce serait trop simple...

J'espère que ce chapitre vous a plu. On en sait un peu plus sur l'histoire de Castiel et des autres d'ailleurs.

A la semaine prochaine pour accompagner Dean et Castiel dans leur balade à cheval et un évènement important dans la vie de Joe.

Bonne semaine à tous. ;)