Voici donc le chapitre suivant, je vous laisse donc sans plus de cérémonie découvrir quand ont atterri nos deux protagonistes ...

... enfin d'ici "quelques" paragraphes ;)

Sur ce, bonne lecture


Deux heures sonnaient à la pendule enchantée de la salle de repos de Ste Mangouste. La douceur qui régnait dans la large pièce, aménagée dans des tons chauds, contrastait agréablement avec l'ambiance glaçante des couloirs de l'hôpital.

Près d'une large cheminée de pierre, où un feu magique déployait joyeusement ses flammes violettes, quelques jeunes internes jouaient à la bataille sorcière leurs prochains tours de gardes.

Un peu plus loin, trois sorciers étaient en plein débat sur la procédure à suivre en cas de soupçon d'une condition de lycanthpopie chez un patient mineur. L'un semblait en faveur de la nouvelle loi du Ministère qui prévalait de prévenir immédiatement un membre de la Brigade de Régulation des créatures magiques, tandis que les deux autres soutenaient qu'il était nécessaire de soigner le patient d'abord, puis de contacter ses tuteurs pour obtenir l'autorisation d'effectuer un test pour confirmer son état, avant d'alerter qui que ce soit.

Au fond de la pièce, s'alignaient une douzaine de lits superposés, ou d'autres internes tentaient de glaner quelques heures de repos avant de retourner travailler.

C'est là qu'Edgard Tinhorn, les bras en guise d'oreiller, fixait le plafond, perdu dans ses pensées. Il ne réussissait pas à dormir, le cas des deux jeunes femmes que Tiberia avait trouvé ce matin dans l'arrière cours de son magasin, l'intriguait trop pour qu'il réussisse à s'accorder ce moment de répit, pourtant bien mérité après dix heures de garde au service des accidents domestiques.

Malgré tout ce que sa tante pouvait bien affirmer, il lui semblait que la réaction la plus appropriée face à la situation, aurait été de contacter immédiatement les aurors. Afin de transférer les deux inconnues à Ste Mangouste sous surveillance au plus vite. Après tout, il devait y avoir quelqu'un qui les recherchait : parent, amis... en ces temps troublés, les gens n'attendaient pas bien longtemps avant de déclarer une disparition aux autorités.

Il avait soigné sans problème les quelques os brisés, mais les deux jeunes femmes étaient encore faibles, comme sous le contrecoup d'un maléfice. Mais ce n'était pas tant leurs blessures qui tracassait le jeune homme, habitué depuis son début d'internat à faire face à des cas de lésions magiques bien plus sévères. Ce qui troublait profondément Edgard était ce qui était survenu après les premiers soins. En effet, il avait lancé un sort de reconnaissance d'âge sur la petite brune, suivant la procédure standard, afin de vérifier qu'elle était bien majeure aux yeux de la loi sorcière. Mais le sortilège n'avait donné aucun résultat, strictement aucun, de même que pour sa compagne.

Il avait bien tenté de convaincre sa tante de le laisser réveiller une des deux inconnues pour tirer cela au clair, mais peine perdue avec cette tête de mule, elle n'en avait pas démordu :

- Ces deux jeunes filles resteront là jusqu'à ce qu'elles aillent mieux, un point c'est tout. Si tu ne veux pas m'aider, je m'occuperai de leurs soins moi-même. Si je t'ai demandé de passer c'est parce que j'ai confiance en tes habiletés de guérisseur, pas pour tes conseils à deux noises.

Puis elle l'avait chassé comme un gnome de jardin, sans même le laisser approfondir son examen, avec pour seul au revoir un :

- Et ne t'avise pas d'en parler ne serait-ce qu'à une seule personne, du moins si tu espères un jour finir tes études !

Avant de lui claquer la porte au nez.

Edgard connaissait assez bien sa mégère de tante pour savoir qu'il ne s'agissait pas de menaces en l'air. Ses sorts de confusions étaient remarquables. On racontait souvent, lors des dîners de familles, la fois où elle avait ensorcelé un ex prétendant qui lui avait préféré une autre, le matin du mariage de ce dernier. Le pauvre homme avait non seulement prêté serment de fidélité à la grand-mère de sa fiancée, mais il avait aussi confondu les toasts et les sets de table lors du petit déjeuner durant les trois années qui avaient suivies, au grand dam de son épouse.

Le jeune homme hésitait sur la démarche à suivre. Devait-il abandonner sa fierté pour avoir l'occasion d'en apprendre plus sur les deux inconnues ou bien aller informer son supérieur de leurs cas ?

Sa tante était peut être une harpie mais elle avait toujours cru en lui, pas comme cette idiot pédant qui lui servait de chef et ne lui confiait jamais aucun cas intéressant sous prétexte qu'il était un ancien élève de Poufsouffle.

Le visage d'Edgard s'éclaira un instant, un sourire satisfait pointa sur son visage rond puis il ferma les yeux. Cinq minutes plus tard, il dormait à poing fermé.

Le lendemain après midi, il sortit l'esprit léger de l'hôpital. Il avait pu récupérer un des jours de congé dont il n'avait pas eu l'occasion de profiter le Noël précédent à cause d'un incident survenu au Département des Mystères.

Il s'installa à une table du chaudron baveur et commanda un grand café. Il le dégusta en potassant les manuels de médicomagie avancée qu'il avait empruntés à la bibliothèque de l'hôpital. La réponse au hibou qu'il avait envoyé à la sœur aînée de son géniteur ne devrait pas se faire attendre très longtemps. En effet, une grande chouette brune traversa à tire d'aile le pub avant qu'il n'ait pu finir sa tasse.

Il régla l'addition et sortit de l'auberge à grandes enjambées sans se soucier de récupérer sa monnaie.

Dans le Chemin de Traverse, il fit un court détour afin d'acheter quelques remèdes. L'assistant de l'apothicaire, un jeune type nerveux, sourcilla devant la liste de potions demandée et n'accepta d'exécuter sa commande qu'après avoir vérifié l'authenticité de son badge d'aide soignant de Ste Mangouste. Il glissa les quelques fioles dans sa sacoche, puis sortit de la boutique.

Dix-sept heures sonnaient à l'horloge de Gringott lorsqu'il atteignit la porte d'une arrière boutique dans l'Allée des Embrumes. Il caressa derrière l'oreille gauche le heurtoir rouillé, la tête de gargouille sembla s'éveiller, le fixa un instant avec défiance puis frappa quelques coups de bec sur le bois sombre de la porte. Un instant plus tard la porte s'entrouvrit pour laisser apparaître une grande femme maigre approchant de la soixantaine, aux yeux cernés et dont les longs cheveux poivre et sel étaient ébouriffés. Elle lui fit signe d'entrer, scruta nerveusement la rue encore déserte à cette heure, puis referma la porte en soupirant. Ses traits se détendirent un peu.

- Tu arrives à pic pour m'aider à préparer le thé, Eddie, murmura-t-elle esquissant un sourire fatigué

- Comment vont …?

- Pas de grands changements, je le crains, elles dorment toujours à l'étage.

Tout en accrochant son manteau dans l'entrée, le jeune homme couva du regard sa tante avant d'ajouter, une pointe d'amusement dans la voie

- Tiberia, tu sais qu'à ton âge, les nuits blanches ce n'est pas vraiment conseillé.

- Ce que je fais de mes nuit ne te regarde pas ! répliqua-t-elle. Et puis le sommeil, ça fait longtemps que j'ai appris a faire sans. Il doit rester de quoi faire un cake dans la cuisine, la bouilloire est sur le feu. Tu te souviens où est rangée la théière ?

Edgar acquiesça en souriant. Il observa sa tante remonter l'escalier de bois d'un pas alerte avant de prendre la direction de la cuisine. Quelques minutes plus tard, il déposait sur la table basse de la chambre d'ami un plateau surchargé de victuailles. Un cake au citron encore fumant et des biscuits dorés en abondance répandirent un doux fumet dans la petite pièce.

- Je vois que tu n'a pas perdu la main en cuisine, remarqua Tibéria en souriant avant de s'emparer d'une tasse fumante de thé et d'un biscuit.

- J'ai été à bonne école.

- Hum, en effet, ton oncle était très doué en enchantement pâtissier. J 'ai perdu pas mal de poids depuis qu'il est parti d'ailleurs, ajouta-t-elle, éclatant d'un rire sonore qui collait mal avec son physique sévère. Plus sérieusement, en parlant d'histoire de coeur, comment se passe le stage de la petite Charity à la gazette? Tu la fréquentes encore ? Elle est vraiment charmante.

Mais Edgar ne l'écoutait plus. Il avait sorti sa baguette et vérifiait l'état de ses deux patientes. Tout semblait en ordre et selon ses prévisions, elles ne devraient pas tarder à se réveiller. Il ne put retenir un frisson lorsque son regard se posa sur l'avant-bras gauche d'Hermione, où l'on pouvait encore déchiffrer les mots "Sang de Bourbe" gravé dans la chair. Ces filles s'étaient certainement retrouvées à la merci d'un extrémiste du même acabit que les partisans de Vous-Savez-Qui. Elles semblaient pourtant si jeunes, pratiquement du même âge que sa petite soeur qui allais entamer sa sixième année à Poudlard d'ici quelques semaines. Il secoua la tête pour chasser la soudaine bouffée d'inquiétude qui montait en lui et tacha de se concentrer sur son examen.

La fièvre de la petite brune avait totalement disparu mais elle avait le sommeil agité. Elle se tournait et se retournait dans son lit, agitait la tête et murmurait des paroles incompréhensibles tandis que ses jambes et ses pieds repoussaient systématiquement la fine couverture bleu nuit brodé d'argent, qu'Edgar tentait de remettre en place dans un soucis de pudeur. Le jeune homme, bien que n'étant pas un expert dans le domaine des sous-vêtements féminins, trouvait ceux de la fille étranges : la matière synthétique et moulante, les bandes fluorescentes vertes qui zébraient le noir du tissu sans couture, lui était tout à fait inconnu. L'ensemble, qui ne masquait pas assez les formes de la jeune fille selon lui, n'était définitivement pas de bon goût.

Constatant que les plaies sur les paumes s'étaient partiellement rouvertes, il s'approcha pour les soigner. A présent qu'il les observait attentivement, il nota que les fines mains étaient recouvertes d'anciennes cicatrices. La peau au niveau de la phalangette était teintée et décolorée par endroit comme celle d'un apothicaire.

La jeune femme avait cessé de s'agiter. Edgar redressa la tête et aperçut deux grands yeux verts qui le détaillaient. Le regard était d'une rare intensité, mélange de défiance et de curiosité. Il sursauta et lâcha les mains, avant de rapidement reprendre une attitude très professionnelle.

- Mademoiselle, vous avez eu un accident, mais tout va bien à présent… vous ne devriez pas essayer de vous lever trop rapidement, je sais que vous devez avoir des questions, mais…. commença-t-il.

Mais Mina l'ignora royalement. Ayant aperçu Hermione, elle se laissa glisser hors du sommier et se précipita en vacillant vers le lit où cette dernière dormait paisiblement. Elle se pencha sur la jeune femme pour vérifier son état, murmurant quelques mots d'une voix éraillée à l'adresse de son amie. Edgar, qui ne comprenait pas un mot de la langue de Molière, pouvait néanmoins sentir l'inquiétude dans le ton. Il resta donc silencieux tout en se rapprochant doucement, en compagnie de sa tante.

La jeune femme sembla après un long moment se souvenir de leur présence. Elle se retourna et les fixa quelques instants en silence.

Elle réfléchissait du mieux qu'elle pouvait, l'esprit encore embrumé.

Tout ce qui l'entourait lui était étranger.

Mina chercha à faire le tri dans ses souvenirs. Elle se souvenait d' Hermione qui tentait de stopper la catastrophe magique provoquée par sa foutue imprudence naturelle, puis de ses propres tentatives, inutiles.

La dernière chose qu'elle gardait en mémoire, c'était d'être plaquée au sol, puis d'être aspirée, comme lors d'un transplanage, mais en légèrement différent. La sensation lui avait rappelée furtivement celle éprouvée lorsqu'elle s'était retrouvée emportée par une vague, peu avant son neuvième anniversaire. A l'époque, elle avait senti instinctivement que se débattre au coeur du rouleau ne servirait à rien, que les éléments étaient trop puissants. Il fallait se laisser rouler en boule jusqu'au fond de l'océan, griffer par le sable, conserver son air pour espérer émerger de nouveau à la surface grâce aux derniers relents d'énergie de son être.

Elle avait mis un peu de temps à sortir des limbes, son corps endolori ne semblant pas vouloir lui obéir. Et maintenant rien, ni l'odeur sucrée qui régnait dans la pièce, ni les visages qui l'observait ne lui étaient familier. Seules la douleur et la présence d'Hermione, inconsciente, peut-être blessée par sa faute, prouvait que tout ça n'avait pas été un rêve.

La jeune femme sentait la panique l'envahir.

Ou avaient-elles atterri ? Elles étaient toujours en Angleterre si l'on se fiait à l'accent de l'homme. Avaient-elles subi un désartibulement? Mais, dans ce cas, pourquoi n'étaient-elles pas à l'hôpital?

Levant les yeux, elle remarqua que les deux inconnus la fixaient toujours d'un air soucieux.

Le cerveau de Mina était en ébullition. Elle s'accrocha à la première idée qui lui traversa l'esprit : il fallait gagner du temps en attendant d'en apprendre plus sur la situation. Elle s'adressa donc à eux d'un ton tremblant, dans un mauvais anglais, écarquillant les yeux, tout à son rôle de composition.

- Où suis-je? Le portoloin … par Morgane … que s'est-il passé ?

Puis, tentant d'utiliser au mieux les leçons de théâtre que son frère cadet l'avait entraîné à suivre un été, elle fit mine de défaillir. Elle se laissa glisser au sol, se concentrant pour ne rien laisser paraître sur son visage de l'appréhension du choc entre son corps affaibli et le plancher de bois clair. Songeant que de toute manière elle méritait bien plus pour sa stupidité que quelques bleus supplémentaires.

Trois quarts d'heure plus tard, la jeune femme ayant passé la robe de chambre en lin que lui avait prêté Tibéria, était attablée devant une tasse fumante et grignotait un biscuit avec lenteur. Elle était bien consciente de ne pouvoir éviter plus longtemps de donner une explication.

Tiberia, lui avait expliqué tout en l'aidant à s'habiller dans quelles circonstances elle les avait trouvées la veille. Puis lui avait rendu les affaires qu'elle avait récupérées et nettoyées, s'excusant au passage pour les avoir fouillées à la recherche d'une pièce d'identité.

Mina avait été parcourue d'un frisson en apprenant qu'elles se trouvaient toujours dans la capitale anglaise. Quelque chose ne collait pas. De plus, aucun des deux sorciers n'avait réagi en entendant le prénom d'Hermione, ni semblé la reconnaître, alors qu'elle avait pourtant fait la une de nombreux exemplaires de la gazette.

La jeune femme pressentait que dire vérité n'était pas une option, mais elle devait bien une explications à ses hôtes. Comme ils avaient semblé avoir adhéré à l'idée du portoloin, elle continua sur sa lancée.

- Hum, j'imagine que je vous dois des explications, pour le désordre et tout ça, commença-t-elle d'une voix mal assurée.

- En effet, répondit le jeune homme.

- Heu ... moi et mon amie avons pris un portoloin à destination de Hyde Park depuis Brest, en Bretagne, pour… les vacances. Mais quelque chose n'a pas fonctionné comme prévu. On s'est rendu compte qu'il y avait un problème lorsqu'elle touché la boite à musique. Le départ à été instable, brutal. Je tenais nos bagages, il m'ont été arrachés des mains… et puis je ne me souviens plus de rien.

- Vous avez eu de la chance d'arriver en un morceau, j'ai déjà eu à traiter des accidents causés par des portoloins défectueux, et ce n'est pas … joli en général. souligna Edgard.

- Je … j'imagine.

Vous devriez dénoncer la personne qui vous l'a fourni, je ne pense pas qu'il devrait garder son accréditation, si seulement elle était en règle… il y a tellement de fraudeurs... si vous voulez j'ai pas mal affaire au bureau de régulation des transport, je peux vous mettre en contact avec quelqu'un du ministère.

- Hum, je ne sais pas trop, je …c'est que ce n'était pas vraiment un voyage... très … légal disons. Improvisa Mina.

- Comment ça ? demanda Edgard d'un ton sévère.

Mina remercia Merlin d'avoir dans son sac un large stock d'ingrédients rares, soumis à un contrôle plutôt strict du ministère. Elle baissa la tête d'un air contrit.

- Je… nous… histoire de financer le voyage… nous avons accepté de passer quelques marchandises en… contrebande.

Le regard glacial et méfiant que lui jeta le jeune homme la poussa à ajouter:

- C'est que, on voulait passer une semaine à Londres avant d'aller rejoindre des amis dans un festival en Irlande, mais nos finances n'était pas vraiment au mieux… je sais que c'était stupide… mais on n'a rien transporté de vraiment dangereux, juste des ingrédients coûteux… pas de la marchandise volée ni rien... et puis c'était plus rapide que… pas de demandes d'autorisations pour transplaner et tout...

- Vraiment stupide, en effet, gronda le jeune médicomage. Je me demande bien ce qui me retient de vous dénoncer aux autorités compétentes.

Sa tante qui s'était tenu à l'écart de la conversation jusque là, posa une main sur l'épaule du jeune homme et lui murmura :

- Ce ne sont encore que des enfants, on a tous fait des choses idiotes quand on était jeune. Enfin, peut-être pas toi, tu passe trop de temps dans tes livres, mais moi dans ma jeunesse … j'en ai fais des belles...

Edgard sembla se radoucir un peu. Il devait bien admettre que les personnes à blâmer était plutôt les commerçants qui importaient les marchandises en choisissant des passeuses à peine sorties de l'enfance. Il était bien au fait qu'en ces temps de guerre, le ministère achetait à bas prix la grande majorité des stocks des apothicaires. Les boutiques avaient un peu de mal à tourner et la contrebande était devenue monnaie courante. Mais il n'appréciait pas leurs méthodes. Il finit par lâcher les armes, soupira et ajouta en haussant les épaules :

- Enfin, bon, j'imagine que tout ça vous aura servi de leçon. Vous avez eu beaucoup de chance.

Mina garda le regard fixé sur ses chaussure, se mordant les lèvres pour retenir un petit sourire. Son histoire semblait fonctionner mieux qu'elle ne l'aurait pensé et ça avait quelque chose de grisant. Elle se sentait un peu coupable de leurs mentir ainsi, mais en attendant le réveil d'Hermione elle ne savait pas vraiment quoi faire d'autre que de protéger leurs arrières.

Mina proposa timidement au jeune homme de le rembourser pour les potions et les soins, mais il refusa en affirmant qu'il n'allait pas accepter l'argent de deux étudiantes sans le sou.

Un silence pensif s'installa ensuite, bientôt brisé par des coups sourds à la fenêtre. Edgard reconnaissant le petit hibou argenté, lui ouvrit et détacha le pli qu'il amenait. Son expression se troubla lorsqu'il lut le message qui lui demandait s'il avait bien pensé à passer acheter de l'hydromel. Avec les récents événement il avait totalement oublié le dîner prévu par sa petite amie. Il s'excusa donc auprès de sa tante et fila, non sans avoir donné des instructions à suivre concernant les soins nécessaires au bon rétablissement de ses patientes.

Après avoir raccompagné son neveu à la porte, Tiberia rejoignit Mina à l'étage. Elle lui tendit une serviette en éponge.

- Si tu veux utiliser la salle de bain, elle est au fond du couloir sur la droite. Je pense que ton amie ne se réveillera pas toute suite. Je vais aller m'occuper du repas en attendant, on ne peut pas juste se nourrir de cake, appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. Je te ramènerai également du papier si tu veux écrire à vos proches.

Mina s'exécuta. Elle pris une longue douche, se sentant revivre au contact de l'eau tiède sur sa peau. Ce n'est qu'à son retour qu'elle s'attarda pour observer la vue depuis la petite fenêtre du couloir. Le soleil déclinait à l'horizon, au loin les toits humides de Londres luisaient sous la lumière chaude. Mina fixa longuement les nuages qui avaient pris une teinte rosée. Son regard finit par glisser sur la petite courette. Elle sentit son coeur rater un battement en la reconnaissant .

- Oh non, tout mais pas ça… ce n'est pas possible... murmura- t elle

Elle dévala l'escalier, se retenant à la rampe pour ne pas tomber. Elle se jeta sur la porte qui donnait dans la cour, et l'ouvrit. Elle resta sur le seuil, nauséeuse, ses doutes se confirmant. Lorsque Tiberia arriva, alertée par le bruit, elle se reprit légèrement.

- Je ... je voulais juste savoir si vous avez besoin d'aide pour la cuisine … et si vous auriez … un journal à me prêter.

Tiberia raccompagna la jeune femme qui semblait en état de choc dans la chambre et la fit s'allonger. Elle lui demanda si elle allait bien, la jeune femme hocha la tête, le teint livide. Mina avala d'un trait la potion revigorante que lui avait tendu son hôte.

- Il faut que tu mange quelque chose de consistant, ma petite. Repose toi ici, je reviens tout de suite… Ah oui... je te ramène aussi la gazette.

Quelques minutes plus tard, Tiberia revint avec une assiette de ragoût, un journal sous le bras. Mina la remercia. Elle se força à avaler quelques bouchées malgré son estomac noué et esquissa un sourire. La vieille femme parut satisfaite, posa le journal sur la table de nuit, et reprit en baillant.

- Je pense que je vais aller me coucher, ca aura été une journée agitée. Si tu as besoin de quelque chose, je serais dans la chambre voisine, n'hésite pas.

- Merci pour tout, je suis vraiment désolée pour le dérangement. Je vous souhaite une bonne nuit.

La femme sourit, elle s'arrêta sur le seuil, pointa sa baguette et fit apparaître une plume, de l'encre et du papier sur la table.

- J'ai failli oublier, si tu veux envoyer un hibou tu peux utiliser le mien.

Elle siffla et le large hibou brun vint se poser sur le rebord du lit.

- Son petit nom c'est Eole, il sera ravit de se dégourdir un peu les ailes, n'est-ce-pas mon beau ?

L'animal lança un hululement d'approbation, secouant ses longues ailes.

- Bonne nuit, tâche de te reposer un peu.

Mina attendit que les bruits de pas de la femme s'atténuent, puis quand tout sembla calme, elle s'empara du journal. Elle sentait son coeur battre à tout rompre. Elle retourna s'asseoir dans le fauteuil et le déplia avec appréhension.

1er août, 1977

Mina relu la date plusieurs fois, dans l'espoir d'avoir mal lu les chiffres, puis du se rendre à l'évidence que ses yeux ne mentaient pas. Elles avaient atterri plus d'une vingtaine d'années dans le passé. La jeune femme rejeta la tête en arrière, fixant le plafond. Comment était-ce-possible?

Elle saisit son sac et le vida sur le lit, sous le regard réprobateur du volatile. Elle en remit méthodiquement le contenu dans le sac. Fouilla ensuite les poches de la robe d'Hermione, et prit le pendentif.

Elle s'approcha ensuite des débris de la boîte à musique, sortit sa baguette et tenta de lancer un réparo. Mais sa baguette n'émit que de faibles étincelles avant de se mettre à trembler. En la faisant tourner entre ses doigts, elle avisa une fente le long du bois, probablement une conséquence du voyage. Mina sentit l'envie de pleurer la reprendre. Elle secoua la tête, ce n'était pas le moment de flancher. Elle lança un regard d'excuse à Hermione en se saisissant de sa baguette. Après plusieurs tentatives, le sort lancé sur la boîte répara l'objet, mais le cadran restait déformé, tordu, affichant la date du jour. Mina grimaça, elle mit le pendentif dans la fente, tourna, attendit… rien, aucune réaction.

Elle reposa la baguette d'Hermione sur la table de nuit, et se rassit devant la table.

Sentant le besoin de se vider la tête pour ne pas la perdre, elle se saisit de la plume, la trempa dans l'encrier et se mit à écrire.

ce que tu sais:

Jamais entendu parler de voyage temporel de ce genre. L'objet ne semble plus réagir, faire réparer le cadran? cela suffira t-il? Comment faire?

Londres 1977 : tu n'es pas encore née… Hermione non plus.

Connaissance dans et sur le monde sorcier de l'époque - aucune . Qui pourrait aider?

Pas d'identité, pas de ressources à part ce que tu as dans ton sac…

Baguette inutilisable, celle d'Hermione fonctionne.

Hermione … une Héroïne de la seconde guerre contre Voldemort, en plein milieu de la première guerre… Pas bon

se cacher dans le monde moldu ? Dans ce cas espoir de retour à la normale très faible.

Conclusion: ne rien faire avant le réveil d'Hermione.

Mina soupira. Le hibou hulula, il l'observait, l'air impatient. Elle traversa la pièce, ouvrit la fenêtre et sortit son étui à cigarettes et un briquet. Le volatile se posa sur la balustrade, lui tendant la patte, elle lui sourit, roula le papier en boule et lui indiqua le ciel étoilé.

Je n'ai pas de message à envoyer pour l'instant, Eole, mais tu peux aller te promener.

Le hibou ne se fit pas prier. Mina alluma une cigarette, déplia la feuille, relut les quelques mots puis y mit le feu. Elle regarda le papier rougeoyer, se racornir et les cendres s'envoler au vent. Le hibou disparut dans la nuit, elle envia sa liberté. Elle aussi avait envie de partir à tir d'ailes, mais ce n'était pas possible. Elle n'avait nulle part où aller dans ce monde inconnu.

Elle referma la fenêtre puis tira un fauteuil pour s'installer au chevet d'Hermione. Elle la regarda longuement dormir. Elle ne voulait pas tenter de la réveiller, pas encore. Elle semblait si paisible dans son sommeil.

Elle replia alors ses jambes contre sa poitrine et se laissa aller à ses larmes jusqu'à ce que le sommeil l'emporte.


Voila, j'espère que ça vous a plu.

Aviez vous deviné la période temporelle avant même que Mina ne pose les yeux sur le journal?

A très bientôt pour la suite :)