Hello,
Je n'ai RIEN à faire ici, je suis débordée et tout… Mais faut avouer que ça fait un moment qu'on n'a pas posté, pas vrai ?
(C'est Mak qui parle au fait. Histoire que vous sachiez sur qui jeter vos cailloux.)
Bref, merci à tous ceux qui nous reviewent – rappelons que ça met du baume à nos petits cœurs fragiles d'étudiantes maltraitées, et puis ça nous motive à poster la suite rapidement.
Donc donc donc…
Arrivée d'une tonne de nouveaux personnages : les camarades de classe de Jane et puis… je vous laisse découvrir qui d'autre :D


- Jane ?

- Hm-hm ?

- Tu es sûre que ça va ?

- On ne peut mieux.

- Pourquoi ne peut-on pas te voir, dans ce cas ?

- Qu'est-ce que tu entends par là ?

Un soupir retentit.

- J'entends par là que ça fait trois heures que tu es emmitouflée dans ta couette et que tu as fermé les rideaux de ton baldaquin. Et donc on ne peut pas te voir.

- Oh. Ca.

- Oui, ça, répondit Amélia, de l'autre côté du rideau.

- Je ne veux pas être méchante ni rien, fit la voix d'une autre fille, mais c'est quand même un tout petit peu bizarre.

- Cécile veut dire que ton comportement est carrément louche, corrigea Amélia.

Louche. Exactement ce que je ne devais pas avoir l'air d'être. D'un coup sec, je rejetai la couette à mes pieds et ouvrit en grand les rideaux du baldaquin pour faire face à trois filles qui me fixaient d'un air ébahi.

Voilà. A présent, j'avais l'air complètement ridicule. Et le spectacle que j'offrais – vêtements froissés, trace de coussin sur les joues et cheveux décoiffés – ne devait pas aider à me faire passer pour quelqu'un de normal. Je me sentis rougir de honte jusqu'à la racine des cheveux.

- C-comment ça, louche ? réussis-je à balbutier.

- Amélia dit tout le temps « louche », m'informa Cécile en jetant un rapide coup d'œil à sa camarade. C'était juste… bizarre. Tu es triste de ne pas être avec les tiens, c'est ça ? Si tu veux, tu peux nous en parler. Personnellement, quand j'étais en première année, j'ai eu beaucoup de mal à me défaire de ma famille. A Poudlard, on ne quitte le collège que trois fois par an pendant l'année scolaire, pas plus. Ca va te changer, pas vrai ? Gil a dit que tu venais du Canada et que tu vivais H-24 avec ta famille avant. En tout cas on est là pour te soutenir, et moi en particulier parce que j'imagine très bien ce que tu dois traverser. Et puis tu sais, enfin, non, tu ne sais pas justement : Poufsouffle, c'est la maison de l'amitié. Donc tu peux compter sur tout le monde ici. Et tu…

- Ok, stop, fit Amélia en lui envoyant un coussin dans la figure. Jane a rencontré assez de bavards pour aujourd'hui.

Elle se tourna alors vers moi, faisant fi des protestations de Cécile :

- Si ça peut te rassurer, on n'est pas tous comme ça. La preuve.

Elle désigna la troisième personne dans la pièce. C'était une fille aux cheveux bruns très décoiffés et habillée d'une façon plutôt étrange, avec des vêtements informes et de toutes les couleurs. Assise sur l'un des lits, elle regardait droit devant elle, l'air perdu dans ses pensées.

- Hep ! Julia ! lança Amélia.

- Hein ? Quoi ? s'écria Julia en sursautant et en tombant par terre la tête la première.

- Elle, c'est Julia, me présenta Amélia. Elle est toujours complètement à l'ouest et c'est comme ça qu'on l'aime. Une vraie artiste ! Elle ne parle pas beaucoup. Un conseil : quand Cécile te sort par les yeux, passe du temps avec Julia. Très reposant, je t'assure.

- Hé ! s'insurgea Cécile.

Je me figeai soudainement.

- Jane, fais pas cette tête, je plaisantais à propos de Cécile.

- Je sais bien, dis-je faiblement sans détacher mon regard de l'artiste en raison.

Julia. Ces cheveux emmêlés, ces yeux bleus perdus, cet air rêveur… C'était quelqu'un de la famille de Luna, j'en étais sûre. Luna Lovegood était une Serdaigle qui avait un an de moins que moi. Elle était toujours à l'ouest, elle aussi, à parler de ces animaux magiques dont personne n'avait jamais entendu parler et à lire ses magazines à l'envers pour détecter les messages envoyés par des « esprits supérieurs ». Malgré tout, c'était une fille très brave, courageuse, et elle avait bon cœur. J'aimais bien Luna. Même si parfois, elle me posait des questions assez troublantes. La première fois, elle m'avait même un peu effrayée.

- Jane, est-ce que tu élèves en secret des Joncheruines ?

- Pardon ?

- En fait, je n'ai pas vraiment besoin de te poser la question, la réponse est clairement affirmative, se reprit-elle en cessant de me fixer avec ses grands yeux globuleux. Les sorciers qui élèvent les Joncheruines sont souvent de nature inquiète. Et on peut dire que tu es une personne inquiète. Non ?

- Euh… en effet…

- Donc tu élèves des Joncheruines en secret, dit-elle d'un air très satisfait.

- Ah…. Je… l'ignorais.

Il n'y avait que Jane et Luna assises sur ce canapé de la Salle-sur-Demande, ce soir-là quelques élèves piquaient un somme derrière eux. Bref, le silence était complet, et Jane commençait à le trouver de plus en plus oppressant. Mal à l'aise, elle finit par demander :

- Et ça ressemble à quoi, un Joncheruine ?

Luna lui lança un regard étonné.

- Tu devrais le savoir, non ? Puisque tu en élèves !

Bien sûr.

C'était après cette conversation que je m'étais rendu compte que Luna semblait inventer au fur et à mesure les noms des animaux dont elle parlait.

Un bras se présenta brusquement dans mon champ de vision et j'eus un mouvement de recul. C'était Julia qui me tendait la main.

- Enchantée, Jane, dit-elle d'un air incroyablement sérieux.

Je lui serrai la main, un peu perdue, et elle me la lâcha aussi brusquement qu'elle me l'avait présentée pour se rasseoir sur son lit. Moins d'une demi-seconde plus tard, elle était à nouveau plongée dans ses pensées.

- Elle médite, commenta Cécile. Sur quoi, personne ne le sait. Peut-être que c'est mieux pour le reste du monde, d'ailleurs.

- Tu viens manger, Jane ? me proposa Amélia. Il est 19h30. On te montrera la Grande Salle. C'est là où on prend tous nos repas.

- Je préfèrerais manger aux Cuisines, à vrai dire, avouai-je.

Cécile et Amélia me regardèrent d'un air très, très bizarre. Je me rendis compte de mon erreur trop tard. Comment étais-je sensée connaître l'existence des Cuisines ?

- Enfin, si ça existe, et puis si on peut y avoir accès, ajoutai-je précipitamment. A la maison, je mangeais toujours à la cuisine. C'était plus… chaleureux.

Leurs visages se détendirent. Ouf ! Elles m'avaient crue. Je n'avais pas été loin de me faire prendre…

Quelques minutes plus tard, nous partions toutes les quatre pour les cuisines. Cécile discutait jovialement avec Julia – ou plutôt, Cécile monologuait et Julia pensait à autre chose – tandis qu'Amélia s'occupait de me parler des autres élèves.

- Il y a Lily dont je t'ai parlé tout à l'heure. Elle est à Gryffondor. Gil t'a expliqué le principe des maisons, non ? Parfait. Elle est préfète-en-chef. Cette fille est adorable, mais elle ne parle QUE de travail. C'est effrayant.

- Au moins, ça meuble la conversation, commentai-je, parce que je sentais qu'il fallait que je dise quelque chose.

- Ouais, mieux vaut le voir comme ça. Personnellement, je préfère la meubler avec d'autres sujets, comme les dernières nouvelles people de Sorcière Hebdo. Mais Lily Evans ne lit jamais ce journal-là. Elle est abonnée à plein de journaux sérieux et ennuyeux. Cela dit, elle est gentille ! Et c'est le principal. Attention à cette marche, elle a tendance à disparaître quand on veut marcher dessus.

- Elles font souvent ça, les marches ? demandai-je bien que je connusse parfaitement la réponse, tout en évitant le piège.

- Oui ! Un conseil, débrouille-toi pour toujours suivre d'autres élèves en t'engageant dans des escaliers. Comme ça, tu es à peu près sûre de ne pas avoir de mauvaise surprise. Le problème, c'est qu'à force de suivre tout le monde, tu auras l'air louche.

- Ah.

- Là, on sort de la tour de Poufsouffle. Les Cuisines sont tout près. Nous les Poufsouffles, on est les seuls de Poudlard ou presque à connaître leur emplacement, mais certains autres le connaissent également. Les Maraudeurs, par exemple ! Ils sont de notre promo aussi. Il s'agit de James Potter, Rémus Lupin, Sirius Black et Peter Pettigrow. Jane, ça va ?

Je m'étais étouffée avec ma salive et toussais violemment. Je connaissais chacun des quatre noms qu'elle avait cités : le père de Harry, mon ex-professeur loup-garou, le défenseur du secret de la maison des Potter qui les avait dénoncés et la personne qui avait été envoyée en prison à sa place pendant douze ans.

J'étais donc dans la même promotion que deux futurs morts, un mangemort et un loup-garou.

- C-ç-ç-ç-ça va, fis-je. Et, hum, ils forment un… club ? C'est ça ? Les Monnayeurs ?

- Maraudeurs, répéta Amélia. Pas vraiment un club. Ce sont plutôt les quatre meilleurs amis du monde qui se sont donné un surnom, tu vois ?

Meilleurs amis du monde ? Alors qu'ils s'étaient trahis les uns les autres ? Mais c'était carrément glauque !

- Je vois que toi aussi, tu trouves ça louche de se donner un surnom de groupe. Sans compter qu'ils se donnent tous déjà des surnoms les uns aux autres, en plus. A quoi ça sert ? Ils ont bien des prénoms pour s'appeler entre eux, non ? Hé, Cécile, lança-t-elle par-dessus son épaule, ça te ferait quoi si je t'appelais Bichon ?

- Ca te ferait quoi si je t'envoyais mon poing dans la figure ? répliqua Cécile.

- Tu vois ? dit Amélia en se tournant à nouveau vers moi. C'est louche. Ah ! Nous y voilà. Je meurs de faim !

Nous étions arrivées devant le tableau. Amélia me montra comment chatouiller la poire et je constatai que son gloussement était le même que vingt ans plus tard. Ca avait quelque chose de rassurant. Le cadre pivota et nous entrâmes dans les Cuisines.

Comme d'habitude, elles étaient pleines d'elfes affairés. Ils couraient dans tous les sens, plats en mains, et en faisaient régulièrement disparaître pour les envoyer à la Grande Salle qui devait être remplie d'élèves affamés à l'heure qu'il était. Aujourd'hui, du gratin de chou-fleur était au menu. Je n'aimais pas vraiment, donc je pris un morceau de pain et m'assis auprès de mes nouvelles camarades qui avaient garni leurs propres assiettes du plat du jour.

- Parmi les Maraudeurs, il y a tout d'abord James et Sirius. Ceux-là, ils s'entendent comme larrons en foire. Impossible de les décoller ! Ils adorent faire des farces à tout le monde, et en particulier à Rogue, un Serpentard de notre année. Tu l'as peut-être croisé, il a des cheveux très, très gras…

- Et un nez crochu, continuai-je. Oui. Je l'ai vu dans l'Infirmerie.

Voilà pourquoi Rogue détestait autant Harry : parce qu'il était le fils de son persécuteur. C'était profondément injuste, mais après tout, Rogue n'était pas connu pour son sens de la justice.

- Sirius Black est le plus beau des quatre, et de loin, reprit Amélia. Le problème, c'est qu'il ne sort jamais avec personne. En fait, je suis sûre qu'il est homosexuel.

- Tu parles, fit Cécile en levant les yeux au ciel. Ca fait une semaine et demi qu'il sort avec une petite Serdaigle.

- Noooon ? s'écria Amélia en se penchant vers son amie.

- Si ! Mais il passe tellement peu de temps avec elle que personne ne s'en est rendu compte.

- Et comment t'en es-tu rendu compte, petit génie ?

- En l'entendant pleurer dans les toilettes du troisième étage ! Elle disait à une amie qu'elle était triste de ne jamais pouvoir le voir, et qu'elle avait l'impression qu'il l'évitait.

Sirius Black. Futur prisonnier d'Azkaban. Il avait dû côtoyer des assassins… A ce qu'il paraissait, il était à moitié fou depuis… Je frissonnai.

- Ca va, Jane ?

- J'ai juste froid.

- Marrant que tu aies tout le temps froid alors que tu viens du Canada.

Je mis un peu trop de temps à trouver la réponse adéquate :

- Le chauffage était souvent poussé à fond à la maison. Tu me présentes les autres Maraudeurs ?

J'avais réussi à détourner son attention. Elle me parla tout le reste du repas du sage Rémus (loup-garou, donc je n'avais pas hâte de le rencontrer), de l'espiègle James (ça me brisait le cœur de savoir qu'il mourrait dans seulement quatre ans), et du timide mais sympathique Peter (mangemort, traître, découpeur de doigts). Le plus troublant était de me dire que j'allais inévitablement les rencontrer. Comment ferais-je pour les regarder en face ? Déjà que même avec mes amis les plus proches, je ne me sentais jamais totalement en confiance…

A la fin du repas, nous quittâmes les Cuisines. Le problème, c'était que le couvre-feu devait arriver dans les cinq minutes. D'un pas pressé, nous reprîmes donc le chemin du retour. J'étais la dernière du petit groupe Cécile et Amélia discutaient avec animation en tête, et Julia, juste derrière elles, avançait sans avoir l'air de se soucier de l'endroit où elle se rendait. Moi, je regardais simplement les tableaux un peu défraîchis en me demandant par quoi j'allais commencer mes recherches. Il fallait que je remette les choses au clair, pour commencer.

Un Mangemort m'avait tuée d'un Avada Kedavra, ça, c'était absolument certain. Ensuite, il y avait le long tunnel avec la lumière au bout. Dans l'imaginaire moldu, je savais très bien ce que ça voulait dire : j'allais droit dans l'Autre Monde. Sauf que j'avais fait demi-tour. Je m'étais retrouvée dans ces labyrinthes, poursuivie par des créatures sorties directement d'un mauvais roman de science-fiction, et je m'étais engouffrée dans un trou… Et c'est là que je m'étais retrouvée dans le passé. En résumé, au lieu de mourir sagement comme tout le monde, j'avais voyagé dans le temps.

Ca ne m'éclairait pas plus que ça. Etais-je vraiment vivante, ici ? N'étais-je pas morte dès le moment où on m'avait lancé le sortilège ? Et comment faire pour revenir à mon époque, en imaginant que cela soit possible ? S'il fallait que je repasse par les labyrinthes, comment saurais-je quel chemin il fallait que je prenne ? Allais-je mourir, au bout de ce chemin ?

Et puis d'abord, je n'étais même pas sûre, en mourant, d'y avoir accès. J'avais eu de la chance de pouvoir bouger et faire demi-tour, parce que pendant un moment, dans ce tunnel, j'avais l'impression de ne plus pouvoir contrôler mes membres. Qu'avait-il bien pu se passer ?

Je m'arrêtai brusquement. Je n'étais plus du tout avec les autres filles j'étais toute seule, au milieu d'un couloir qui ne me disait rien. Si… il me disait quelque chose… Bon sang ! C'est le couloir où j'étais arrivée la veille ! Mon pouls s'accéléra et j'eus soudain du mal à respirer. Il fallait que je parte. Et si mes poursuivants arrivaient ici ? J'essayai de bouger, mais j'étais pétrifiée.

Et c'est à ce moment-là que le mur s'ouvrit. Il y eut un déclic, puis un pan de mur pivota, très lentement. A l'intérieur du trou, celui où j'étais apparue juste après ma mort en 1998, il faisait noir comme dans un four. Une personne vêtue de jeans fit un pas en avant qui résonna longtemps. J'étais incapable d'esquisser le moindre mouvement. La terreur m'étouffait.

Puis elle fit un autre pas, et cette fois-ci je pus le voir complètement. C'était un jeune homme qui portait des chaussures en toile ainsi qu'une chemise blanche et une cravate noire : il était habillé en parfait moldu. Sauf que ce n'était pas un moldu, j'en étais absolument sûre. C'était l'un des monstres qui m'avaient poursuivie. Sa peau bleue se démarquait nettement de ses autres vêtements, et ses cornes s'élevaient légèrement au-dessus de cheveux noirs bouclés.

Je ne respirais plus du tout.

- Excusez-moi, dit-il en me remarquant. Vous pourriez m'indiquer l'endroit où je me trouve, s'il-vous-plaît ?

Brusquement, je pus à nouveau disposer de mon corps. Je fis donc les premières choses qui me passèrent par la tête, à savoir hurler à pleins poumons puis prendre mes jambes à mon cou. Ils m'avaient retrouvée. Ils allaient me tuer à présent, c'était sûr ! J'allais mourir pour de bon… Mais je ne voulais pas mourir ! Je voulais juste rentrer chez moi !

Je fonçai dans quelqu'un et nous tombâmes par terre. Je me relevai très vite pour faire face à une fille grande et mince, aux longs cheveux noirs et au regard orageux. Elle se redressa rapidement sur ses pieds et épousseta son uniforme de Serpentard en faisant mine de m'ignorer.

- Je suis désolée, commençai-je précipitamment, je…

Je quoi ? Que pouvais-je bien lui dire ? Qu'un diable me poursuivait dans les couloirs ? Elle allait me prendre pour une folle et en plus, elle risquait à commencer à comprendre que quelque chose ne tournait pas rond chez moi.

- Qu'y-a-t-il ? me demanda-t-elle d'un ton hautain en tournant enfin son regard gris acier sur moi.

- J-je… rien… balbutiai-je.

- Alors qu'est-ce qu'il te prend de courir ainsi après le couvre-feu ? reprit-elle d'une voix glacée. Double infraction au règlement de l'école, à ta place j'essaierais de faire profil bas.

Mon sang se glaça. J'attirais l'attention sur moi, et ce n'était certainement pas ce que je voulais. Je cherchai pendant au moins trois secondes quelque chose d'intelligent à dire (rétrospectivement, je me rends compte que j'aurais pu me permettre de lui signaler qu'elle aussi se promenait hors de son dortoir pendant la nuit, mais sur le coup, j'étais incapable de penser à quelque chose de sensé). Puis je me souvins que j'avais un démon à mes trousses.

- Qu'y-a-t-il ? répéta-t-elle en voyant mon visage se décomposer.

Elle avait à présent l'air un peu irritée, mais je m'en fichais éperdument. Pour l'heure, je n'avais qu'une seule priorité : c'était de rejoindre ma salle commune, et vite ! Je repris donc ma course en la plantant là.

C'est plus tard, enfouie sous la couette de mon lit à baldaquin, que je réalisai que j'avais eu un comportement bizarre. Mais ce n'était pas le pire : le pire, c'est qu'il y avait à présent un individu à ma recherche dans le collège. Peut-être même qu'il était déjà dans la Salle Commune de Poufsouffle… Il allait monter les escaliers… Chercher la porte menant à mon dortoir… Appuyer très, très doucement sur la poignée, laissant la porte pivoter silencieusement sur ses gonds… Et puis, il marcherait à pas de loups sur le parquet de la chambre… Ses chaussures fouleraient le petit tapis au pied de mon lit… Et il écarterait les rideaux du baldaquin… et…

Quelqu'un tira mes rideaux.

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

J'entendis un hurlement suraigu de l'autre côté alors que je reculai rapidement vers ma table de nuit de l'autre côté du lit pour m'emparer de ma baguette. Alors que je mettais enfin la main dessus, la silhouette de mon poursuivant s'était relevée et s'approchait de moi.

- STUPEFIX ! hurlai-je.

Un éclair rouge passa au-dessus de sa tête et s'écrasa sur une armoire au fond de la pièce. Quelqu'un alluma la lumière.

Mon « attaquant » n'était que Cécile.

- Non mais t'es COMPLETEMENT MALADE ! cria-t-elle, à moitié en larmes, avant de se réfugier aux toilettes et de claquer la porte.

Le silence s'empara à nouveau de la chambre, entrecoupé des sanglots de Cécile dans la salle de bain. Je sentis mes joues chauffer. J'étais très, très honteuse. Je m'étais complètement fourvoyée. Et pour rester discrète, on repasserait.

- Hum… Jane ? m'appela Amélia d'une voix hésitante.

Julia se leva tranquillement de son lit et s'assit au pied de la porte de la salle de bain pour murmurer des paroles d'apaisement à Cécile.

- Oui ? dis-je timidement.

- Qu'est-ce qui t'a pris ?

J'avalai plusieurs fois, le temps de préparer mon discours. Je détestais parler de moi. En fait, de façon générale, je n'aimais pas parler. Alors me confier ! Mais je n'avais pas le choix. Si je ne disais rien, les gens allaient commencer à essayer de s'informer sur moi. Et tôt ou tard, quelqu'un comprendrait… Et là… Je n'oserais pas imaginer ce qu'il se passerait.

- J-je suis un peu à cran… Tu sais… Je ne vous ai pas tout dit. Si je suis venue si précipitamment du Canada, c'est parce que là-bas… On a tué toute ma famille. Entière. Il ne restait plus personne. Alors bon… quand on vient me réveiller par surprise… je réagis parfois un peu… excessivement.

Je voulus émettre un petit rire gêné, mais tout ce que je réussis à produire fut un genre de gargouillement très étrange. Je me rendais finalement compte à quel point ma famille me manquait. A nouveau, un sentiment puissant mêlant deuil et solitude s'empara de moi. J'eus envie de pleurer mais je réussis à refouler mes larmes.

- Je suis désolée, dit doucement Amélia. Je ne savais pas… Cécile non plus. C'est une vraie trouillarde, je dois l'admettre, c'est pour ça qu'elle est en train de pleurnicher… Je crois qu'elle voulait juste vérifier si tu dormais.

Je ne répondis rien, et le silence remplaça notre discussion. Julia avait cessé de parler, mais elle restait assise au bas de la porte. Il n'y avait plus de sanglot dans la salle de bains. Bientôt, la porte s'ouvrit sur une Cécile aux yeux rougis et m'adressant un sourire embarrassé.

- Euh… fit-elle. Ben… Maintenant, on peut dire qu'on se connaît un peu mieux, non ? Toi, tu es la fille parano qui lance des sorts sur qui l'approche à moins de trois mètres, et moi la trouillarde qui pleure à la moindre émotion forte.

- Ouais, répondis-je en faisant un petit sourire, sans savoir quoi dire de plus.

Quelques minutes plus tard, après des excuses et de timides « bonne nuit », la lumière fut à nouveau éteinte et je m'enfonçai une fois de plus dans mes draps en espérant que je ne me ferais pas encore déranger. A présent, ma paranoïa allait éveiller la curiosité des autres élèves. A chaque minute passée ici, je m'enfonçais encore davantage dans les ennuis.

Alors je n'osais même pas imaginer ce que ce serait le lendemain. J'allais avoir mes premiers cours, devrait me comporter comme une nouvelle face à des professeurs que j'avais déjà eus pendant sept ans, en côtoyer d'autres qui étaient encore loin de le devenir, faire semblant de me perdre dans les couloirs…

… Et surtout, j'allais peut-être retomber sur le diable…


Alors alors, qu'en pensez-vous ? Quels sont vos pronostics ? On n'a qu'un moyen de savoir si l'histoire vous plaît, alors n'hésitez pas à nous le faire savoir. Et on accepte aussi les critiques.
On accepte aussi les chocolats, les fleurs et les free hugs tant qu'on y est. En fait on accepte tout.

…bref.