Scène 7 : Les doubles-sens font les malentendus.

Ou les débuts d'un couple qui n'en était pas un.

(Sherlock/John/Mycroft/Sarah/Molly/Lestrade/Sally)

... Je pense donc que cette affaire n'aurait pas pu être résolue sans une parfaite confiance, une parfaite connaissance pour être précis, entre Sherlock et moi-même. Et ce, malgré le fait que nous nous connaissons depuis peu. Mais bon, tout le monde sait qu'il ne faut que quelques minutes à Sherlock pour vous raconter chaque détail de votre vie mais pour nous, pauvre idiots que nous sommes (c'est Sherlock qui le dit, pas moi !), il faut nous contenter de la bonne vieille méthode.

Alors, chers lecteurs, me connaissez-vous ?

...

Depuis qu'il avait posté le compte rendu de cette fameuse affaire, des évènements intriguants, voir même carrément désagréables étaient arrivés à John.

« C'est fini entre nous, John. » dit Sarah, les yeux fuyants.

La phrase était tombée comme un couperet, sans avertissement. John en resta coi. Il avala difficilement sa salive.

« Mais on s'entend plutôt bien, tout les deux... Est-ce que tu m'en veux encore pour ce qui s'est passé, il y a une semaine. »

Ni l'un, ni l'autre ne purent y repenser sans une grimace contrite. Pendant leur dîner en tête-à-tête, les yeux dans les yeux, le medecin avait brusquement hurlé le nom de son colocataire lorsqu'il s'était souvenu qu'il avait oublié d'acheter ses patchs de nicotine.

Elle secoua la tête, refusant de croiser son regard et continua son -court- discours longuement préparé.

« Je te souhaite tout le bonheur du monde possible avec Sherlock. Sincèrement. Vous faites un très beau couple. »

Sur ces mots, elle s'en alla la tête haute, laissant derrière elle le Docteur John Watson, stupéfait.

Couple ?

« Hein ! » s'exclama t-il, largué.

Quand John eut enfin recouvrait toutes ses capacités mentales et motrices, il partit à la recherche de Sarah. Malheureusement pour lui, il ne parvint pas à la trouver et apprit par sa secrétaire que la jeune femme était déjà partie.

Hébété, John marmonna ses adieux et rentra chez lui.

Dans le taxi qui le ramenait à Baker Street, John se demanda avec exaspération pourquoi même sa petite amie était persuadée qu'il était amoureux de son colocataire. Il n'était pas amoureux de Sherlock Holmes et la réciproque était vraie. Mais alors pourquoi tout le monde s'acharnait-il à trouver quelque inclination amoureuse fictive entre deux amis très proches ? On était au XXIème siècle, que diable ! On pouvait bien partager un appartement sans partager un lit.

Watson soupira et se laissa aller sur la banquette arrière, harassé. En analysant rapidement son comportement envers le détective, il ne trouva aucun geste déplacé qui pourrait passer pour un le geste d'un amoureux. Et inversement.

Il poussa un nouveau soupir et ferma les yeux, massant ses tempes douloureuses. La voiture s'arrêta.

« On est arrivé, monsieur. »

Le Docteur Watson paya le chauffeur et entra avec soulagement dans l'appartement. Il aspirait seulement à un repos bien mérité toutefois, les cris qui lui parvenaient du salon le convainquirent d'attendre gentillement au rez-de-chaussé que la tempête se calme.

Les larmes coulant à flot sur son visage, Molly dévala à tâtons les escaliers. Lorsqu'elle le vit à travers ses yeux embués, elle laissa échapper un sanglot bruyant, ouvrit la porte et sortit dans la rue.

Intrigué et désorienté par cette réaction, John monta les escaliers. Dans le salon, il repéra son ami attablé, absorbé dans la comtemplation de l'écran de son ordinateur portable. Ce dernier ne semblait pas le moins du monde perturbé par le fait qu'il venait d'être violemment disputé par sa petite amie, deux minutes plus tôt.

« Mauvais jours pour les amours, n'est-ce pas ? » dit le blond, en guise de salutation.

Sherlock se redressa rapidement, ses grands yeux bleu-vert brillant d'intêret.

« John ? Si quelqu'un connaît une imperfection corporelle seulement visible sous une couche de vêtements, qu'est-ce que tu en conclus ? »

John fronça les sourcils, pensif.

« A quel endroit ? »

« Très haut derrière la cuisse. »

Très haut derrière la cuisse, se répéta le médecin. Il comprit.

« Sur la fesse, tu veux dire ?... Je pencherais pour un amant. Ou un docteur. Ou un parent. »

Cette réponse ne parut pas plaire au détective qui tresaillit.

« Un ami ne peut donc pas savoir ce genre de détail ? Moi, par exemple. »

« Eh bien, certains amis sont assez proches pour se dénuder les uns devant les autres. Mais nous, nous ne nous connaissons que depuis peu de temps, pas assez pour que je ne me sente pas gêné. »

Sans parler de toutes les questions gênantes que cela susciterait. Il n'osait même pas imaginé la réaction de Sarah si elle savait que Sherlock était au courant de sa tâche de naissance alors qu'elle non.

« Je vois. »

« C'est pour une affaire ? » s'enquit John, gentillement.

Sherlock ne répondit pas et préféra changer de sujet. Affichant un sourire joyeux sur son visage, il demanda avec enjouement des nouvelles de Sarah. L'humeur de John se dégrada à nouveau. Il s'apprêta à annoncer tristement que Sarah et lui ne formaient désormais plus un couple quand il devint tout à coup méfiant. Il était de notoriété publique que Sherlock détestait passionément Sarah, bien plus que les gens en général. Le fait qu'il demande de ses nouvelles était vraiment très suspect. Néanmoins, poli, il répondit tout de même.

« Elle vient de me quitter en raison invoquant une raison des plus étranges. »

« Vraiment. » répondit le détective, pas le moins du monde interéssé.

Il se remit à taper sur son clavier. Et souffla avec exaspération quelques secondes plus tard. John voulut s'approcher pour savoir sur quoi travaillait son ami mais, à peine eut-il fait un pas que Sherlock ferma précipitamment l'ordinateur.

« Tu me caches quelque chose, Sherlock ? » demanda le plus âgé.

Holmes soupira et tapota impatiemment des doigts.

« Ne soyez pas si égocentrique, Docteur. »

Un ennui correctement dosé, une exaspération parfaitement jouée mêlé d'un soupçon de regard blessé. Dieu ! que le cinéma britannique manquait ce qui aurait pu être l'une de ses plus belles fiertés. Dommage que le talent de comédien de Sherlock était imperméable sur son ami à présent. Ce dont Sherlock était parfaitement au courant.

Son portable vibra, l'empêchant de cuisiner son ami davantage.

Un message d'Harry. Il l'ouvrit.

Bienvenue au club, frérot.

« Mycroft ? »

« Harry. Elle m'a envoyé un message assez cryptique. »

Sherlock sauta sur ses pieds et lui arracha le téléphone des mains.

« Ennuyeux. Inintéréssant. » dit-il en lui rendant le téléphone.

« C'est un message de ma soeur. »

« Délire d'ivrogne complètement dépourvu d'intêret. »

John ouvrit la bouche mais le portable de Sherlock vibra à son tour. Il se redressa.

« Allô...On arrive. »

Il raccrocha.

« Lestrade. Double meurtres. » annonça joyeusement le détective, en mettant son écharpe.

« On va sur la scène de crime ? » demanda son ami.

« Exact ! »

Ils sortirent.

Dans le taxi qui les emmenaient sur la scène de crime, John repensa à deux évènements particuliers qui s'étaient produit depuis qu'il avait posté le compte rendu de leur dernière affaire, avant-hier soir. Bien sur, il y avait Harry et ses messages codés mais aussi le frère de son ami.

En effet, Mycroft l'avait gentillement accosté pendant qu'il faisait les courses, hier. John se rappelait parfaitement leur conversation.

Flash-back

John était confronté à un choix cornélien. Debout devant les étagères du supermarché du quartier, il se demandait : haricots verts ou haricots rouges ? Le choix était vraiment ardu.

« Sherlock déteste les haricots rouges. » l'informa nonchalemment Mycroft, surgissant de nulle part.

« Alors va pour les haricots rouges ! »

Mycroft haussa les sourcils et fit tourner son parapluie.

« De l'eau dans le gaz chez les amoureux ? »

John ne prit pas la peine de corriger le frère de son ami. Tout le monde à Londres -c'est à dire policiers, délinquants, indics, criminels d'envergure internationale et restaurateurs- croyait que Sherlock et lui formait un couple. Si les premiers mois de leur amitié, John s'était évertué à se défendre de cette rumeur, aujourd'hui il prenait la situation avec philosophie, sachant que le soir venu, c'était dans les bras de Sarah qu'il se blotissait.

« Du gaz toxique. » grogna John.

« A ce point là ? »

« Non. Je suis sorti de l'appartement car votre imbécile de frère fait joujou avec un gaz toxique. »

Ces mots dit à haute voix, le médecin se renfit compte de la vacuité de sa colère. Etudier un gaz toxique, c'était tellement- Sherlock.

Il sourit, presque tendrement et faillit manquer le petit sourire complice de l'autre homme.

« Vous êtes spécial, docteur Watson. »

« Ah bon ? »

« Jamais personne n'avait touché mon frère comme vous. Certains ont essayé mais tous ont renoncé. »

« Sherlock mérite d'être aimé. »

Le sourire de Mycroft s'agrandit.

« En effet. »

Fin du flash-back

En rejouant la scène dans sa tête, John perçut un double-sens qu'il n'avait pas compris sur le coup.

D'accord, même Mycroft avait toujours eu des doutes sur la relation qu'il entretenait avec son frère mais là, en se rappelant les mots et le ton qu'il avait utilisé, John eut la désagréable que ses soupçons avaient été confirmés.

« Sherlock ? »

Le brun pencha seulement la tête vers lui, prouvant qu'il avait toute son attention.

« As-tu fais quelque chose pour embêter Mycroft, récemment ? »

« Récemment ? »

« Ces trois derniers jours. »

« J'ai ajouté des laxatifs dans les patisseries que maman m'a demandé de lui donner, j'ai emprunté la batterie de son téléphone portable quand il est passé me voir hier et j'ai déposé une plainte pour harcélement sexuel contre lui au nom de Madame Hudson quand nous sommes allé à Scotland Yard avant-hier. »

« C'est tout ? » demanda John, mi-sarcastique, mi-sérieux.

« Ces trois derniers jours, oui. Cette semaine, non. »

Le médecin leva les yeux au ciel devant les enfantillages de son ami.

« Tu n'aurais pas dit à ton frère que nous étions en couple pour le contrarier ? »

« Bien sur que non. De toute façon, Mycroft n'a rien contre l'homosexualité. »

John hocha la tête et tourna son visage vers la fenêtre, ne remarquant pas le regard frustré et légèrement coupable de l'autre homme.

Sur la scène de crime, leurs expertises respectives furent rapides. John vit rapidement que le cadavre, un homme d'une vingtaine années, avait été tué par plusieurs coups de couteaux. Après lui, Sherlock déduisit de nombreuses informations de par ses vêtements, son aspect... puis il s'entretint avec Lestrade.

Prévoyant l'humiliation qu'allait infligé son ami à l'inspecteur trop conciliant, il s'éloigna.

« La cuisine. »

John se retourna vers Donovan.

« Pardon ? »

« Si vous n'aimiez pas la pêche ou les timbres, il y avait aussi la cuisine. »

« Sally. »

« Le break-dance. »

« Sally. »

« Vous m'avez paru normal, vous savez ? Eh maintenant, vous êtes en couple avec le taré. »

John allait rouler des yeux, plus amusé qu'irrité lorsqu'il l'entendit à nouveau.

En couple ?

Il attrapa son bras.

« Que voulez-vous dire par : en couple ? »

Elle le regarda, douteuse. Quelque chose dans son expression dut la convaincre qu'il ne plaisantait pas car elle partit dans un grand rire. John la laissa s'esclaffer quelques secondes encore puis la ramena sur terre.

« Pourquoi croyez-vous que Sherlock et moi sommes en couple ? »

Elle ne répondit pas et se dirigea vers sa voiture où reposer un ordinateur portable. Tapotant sur le clavier, John la vit ouvrir une page Internet : son blog.

The Personal Blog of

Dr John Watson.

Elle cliqua sur les commentaires de sa dernière entrée.

« Pourquoi vous faites ça ? » demanda John, confus.

Elle parvenait difficilement à contrôler son rire et pointa du doigt un commentaire. John se rapprocha, c'était celui de Sherlock. Il était plutôt long. Vraiment très long. Il passa rapidement sur les détails de sa personnalités, de son quotidien et écarquilla les yeux lorsque Sherlock s'attaqua à son corps.

« John a de nombreuses cicatrices. Une dans le cou, l'autre sur le bras gauche [...] et une tâche de naissance sur la fesse gauche. »

Oh. Mon. Dieu. Les sous-entendus appuyés de Mycroft, le message d'Harry... tout prit brusquement un sens.

« Pas bon ? » dit Sherlock, qui s'était glissé derrière lui.

« Pas bon du tout. » répondit-il, grognant.

Ils se défièrent du regard puis se tournèrent vers Sally, qui les observait. Elle leur rendit leur regard.

« Au revoir. » soupira Watson.

Elle partie en marmonant dans sa barbe, déçue de ne pas pouvoir assister à la confrontation.

Sherlock se retourna vers John.

« Tu sais que je suis quelqu'un de très fier et qui aime être le meilleur partout. »

John croisa ses bras, l'invitant à continuer.

« Quand tu as demandé sur ton blog si on te connaissez bien, j'ai voulu prouver que c'est moi qui te connaissais le mieux. J'ai écris tout ce que je savais sur toi. Puis quand j'ai validé mon commentaire, des tas de messages de félicitations ont commencé à être envoyés. Je me suis douté que j'avais fait un pas de travers. J'ai donc demandé à Mme Hudson de relire mon commentaire -elle n'a jamais cru que nous étions seulement colocataire- et quand elle a dit "Ow, c'est tellement attentionné" en lisant mon observation sur ta tâche de naissance, j'ai su ce qui n'allait pas. J'ai alors essayé d'effacer mon commentaire en piratant le compte de ton blog mais... »

« Mais ? »

Sherlock fit la moue et murmura :

« J'aipastrouvétonmotd'passe. »

« Pardon ? » demanda John, en souriant.

« J'ai pas trouvé ton mot de passe. » répéta t-il, boudeur.

John ricana. Evidemment, il n'avait aucun mérite car c'était Mycroft qui avait trouvé ce mot de passe mais entendre que Sherlock n'était pas infaillible était une sensation grisante.

« Continue. »

« J'ai pensé que toi tu ne le prendrais pas mal mais quand je t'ai demandé la personne qui pouvait connaître une imperfection à cette endroit, tu m'as dit exactement ce que je ne voulais pas entendre. » chuchota t-il, en penchant la tête, penaud.

« Tu réalises tout les ennuis que tu m'as apporté. Sarah ne veut plus me voir, Molly nous déteste, ta mère est certainement en train de préparer notre mariage et si je revois encore le sourire condescendant de ton frère qui m'exaspère, je risque de le renvoyer tout droit chez le dentiste. » dit-il, en serrant le poing.

Sherlock sourit, comme si le fait que John étale son frère valait tous les ennuis qu'ils avait récoltés. Ensuite, John posa la question qu'il se demandait depuis qu'il avait lu le commentaire, à savoir comment Sherlock était-il au courant pour sa tâche de naissance ? Malicieux, Sherlock lui conseilla de privilégier les caleçons au slips lorsqu'ils se promenait en sous-vêtement dans l'appartement, croyant qu'il dormait. John grimaça.

« Alors ? Quel est le mot de passe ? » s'enquit le détective, curieusement.

John se mordit la lèvre, hilare.

« John+Sherlock=amour. »

Le sociopathe le fixa.


Note de l'auteur : J'ai longuement hésité avant de publier ce chapitre. Au début, ça m'avait paru une bonne scène mais maintenant... Je crois que je reporte mes traits de caractères sur les personnages (je suis quelqu'un de pudique, comme John !)