Bonjour tout le monde, non vous ne rêvez pas voici le nouveau bonus ^^
Il se passe peu après le bonus précédent et peut tout à fait être considéré comme une suite de Burning Moon car il s'y passe des choses qui vont affecter les personnages pour toujours. Comme vous vous en rendrez compte, la trame de départ est assez banale et risque même de vous rappeler Imprégnation, mais une fois que l'idée m'est venue je ne pouvais plus résister ^^
Réponse aux reviews :
Buttefly971 : Abby a 5 ans au moment de ce bonus et dans son esprit Max est un mix entre son frère et son animal de compagnie ^^ Ah ah il fut un temps où pour moi aussi, des disputes entre des personnages signifiaient tout bonnement pour moi qu'ils ne s'aimaient pas, mais depuis Nate et Allie j'adooore les disputes. Ce bonus est justement celui où ils vont se déchirer, mais ça ne viendra pas avant la partie 4 je pense, même si on aura quelques prémices avant. Bisous !
Cryspy : merci, joyeux noël à toi aussi ! Je pense qu'on reverra sûrement Abby et Liam, quant à l'histoire de Matt je ne sais pas, elle serait sans doute assez courte car je t'avoue que c'est un personnage qui tout seul ne m'intéresse pas tant que ça ^^ Après on le voit beaucoup dans ce bonus-ci donc ça te consolera ^^
Funio10 : Tu vas être contente, dans ce bonus on aura du Allie en puissance ^^ Le PDV d'un des Cullen je ne pense pas, tout d'abord car je ne me suis pas assez approprié ces personnages sans compter que je n'ai pas la « place » de les caser (entre Allie, ses frères et sœurs et les personnages secondaires, si je mettais les Cullen en plus tout le monde aurait une réplique par chapitre ^^).
La première chose que je vois en ouvrant les yeux est un plafond blanc, la seconde est le lit sur lequel je suis allongée. Mes cils battent frénétiquement pour s'adapter à la luminosité de la pièce. Bizarrement, je me sens déboussolée : ma respiration s'accélère sans raison et, en quelques secondes, je me retrouve à hyper ventiler sans pouvoir m'arrêter.
Mes halètements ne sont pas inaudibles. Deux personnes se viennent se placer de part et d'autre de mon lit.
-C'est bon, tout va bien.
Je me concentre sur celui qui parle : c'est un jeune homme aux cheveux blonds dorés qui porte une blouse blanche. Ses yeux sont gris pâle. Il me regarde en esquissant un sourire.
-Salut, Allie. Comment tu te sens ?
Je hausse les épaules pour seule réponse, ce qui ne doit pas être très convaincant. Sans même regarder le second homme, je sens que je ne le connais pas non plus. Mal à l'aise, je bataille avec les draps afin de m'asseoir avant de m'enquérir auprès du blond :
-Bonjour. Vous remplacez Carlisle ou un truc du genre ?
L'autre me dévisage :
-Carlisle qui ? Le vampire ? Je veux dire, ton arrière grand père ?
Il n'attend pas de réponse et dirige son attention vers l'homme de l'autre côté du lit :
-Bon, elle doit être un peu déboussolée, c'est normal. Je repasserai tout à l'heure.
Il se penche vers moi pour me tapoter la tête comme si j'étais débile, avec un peu trop de familiarité pour quelqu'un que je ne connais pas. Je retiens un mouvement de recul. Tout en se redressant, le jeune homme s'esclaffe :
-Elle ne m'a pas tué. Elle va très mal. (Puis, à l'intention du second homme : ) A plus, Nate.
Il quitte la pièce sans plus de cérémonie et mes yeux se dirigent vers le dénommé Nate. Il a un beau visage, comme sculpté dans le marbre, ses cheveux sont café au lait et ses yeux d'un étrange bleu pailleté de gris. Il est plus grand et plus athlétique que le premier, mais il est mieux proportionné et moins massif qu'oncle Emmett. Par contre, sa posture m'évoque quelque chose de plus sauvage : il a beau appuyer son épaule contre le mur, bras croisés sur le torse, je pourrais jurer que son attitude détendue n'est qu'une façade et qu'il est sur le qui-vive, ce que corrobore son expression indéchiffrable.
Je le scrute en silence, trop longtemps, et j'attends qu'il réagisse. Ce qu'il fait.
Il me sourit.
Je manque de sursauter. Etrangement, ça lui va bien et ça éclaire son visage, mais je devine sans savoir comment qu'il ne sourit pas souvent, et je ne vois pas pourquoi j'y ai droit. Je décide immédiatement qu'il ne m'inspire pas confiance.
Il fait un pas vers moi et cette fois-ci, mon mouvement de recul n'est pas contenu. L'éclair de surprise dans ses prunelles ne m'échappe pas. Alors, il s'exprime pour la première fois tout en se penchant vers moi:
-Pousse toi.
Je déteste qu'on me brusque, mais j'obéis sans savoir pourquoi, peut-être parce que je ne veux pas qu'il s'approche de moi. Il s'installe sur le lit à côté de moi, sans me toucher, et je me mords la lèvre inférieure : c'est moi, ou être assise sur un lit à côté d'un parfait inconnu est très… bizarre ?
J'en profite pour humer discrètement son odeur. Celle-ci est aussi étrange que lui : sauvage, animale, boisée, à la fois intimidante et… attirante. Pendant ce temps, il me scrute en silence, et j'ai du mal à soutenir le bleu de ses yeux, qui a quelque chose d'éblouissant même s'il n'est pas très vif.
-Abby veut te voir.
C'est qui celle-là ? En tout cas, la réponse parfaite est facilement trouvée.
-Ah, moi aussi, j'ai très envie de la voir. Elle m'a manquée.
Nate me considère en fronçant les sourcils. Son regard inquisiteur commence à me donner mal à la tête. Il se penche vers moi en marmonnant :
-Bon, désolé pour la méthode…
Je précise qu'il n'a absolument pas l'air désolé. L'instant d'après, sa bouche se pose sur la mienne. Tous les muscles de mon corps se raidissent tandis que mon cerveau tente d'intégrer ce qui est en train de se passer.
Il n'a pas osé.
Il ose.
Ma main se lève et se fracasse contre son visage. Il est trop proche de moi, l'élan que j'ai pris ne suffit pas et pour couronner le tout, je manque son nez. Comme je n'ai pas l'intention d'en rester là, je plie de nouveau mon poing pour le frapper, mais son bras s'interpose tandis qu'il essaye de m'attraper par les poignets. Sa voix retentit et je crois qu'il me dit de me calmer. Comme si ça risquait d'arriver.
Je me débats en hurlant, horrifiée de me rendre compte qu'il est plus fort que moi. Ma peau est bouillante : elle a chauffé bien plus vite et bien plus fort que ce dont j'ai l'habitude.
Je martèle rageusement son torse de mes poings fermés, jusqu'à ce qu'il soit obligé de m'immobiliser en bloquant mes bras. Il est à moitié allongé sur moi et mon esprit s'affole, dénué de toute pensée cohérente. Je replie les genoux pour le repousser en arrière, et le mouvement nous fait tomber tous les deux du lit. Nous roulons sur le sol, percutant au passage une chaise qui se brise sous le choc.
Une partie de mon cerveau a le temps de s'étonner de la célérité de nos gestes : nous sommes tous les deux vifs, forts et surtout munis d'un instinct à toute épreuve qui nous permet de voir arriver les coups de l'autre à l'avance –je ne me rappelle pourtant pas avoir suivi des cours de combat intensifs…
Mais pour le moment, je n'ai rien d'une stratège, ma tactique est tout ce qu'il y a de plus primaire. Hors de moi, je griffe chaque parcelle de sa peau que je peux atteindre : son visage, ses bras, ses épaules. Il doit en avoir marre d'essayer de parlementer, parce qu'il commence à me rendre mes coups et je dois dire que si les miens sont sans conteste plus douloureux car je n'y vais pas de main morte, les siens sont plus efficaces.
Mes mains rencontrent l'un des pieds de la chaise et je l'attrape instinctivement pour m'en servir comme d'un pieu, même si ça me donne l'impression d'être dans une série télé stupide. Au lieu de viser sa poitrine, je décide au dernier moment de frapper sa tempe. Mauvaise idée : au lieu de rouler sur le côté pour s'éloigner comme je supposais qu'il le ferait, il se laisse tomber sur moi et je me retrouve de nouveau clouée au sol par son poids.
-Tu as trois secondes pour arrêter ou je t'assomme.
Un filet de sang coule le long de sa joue. Son expression et le fait qu'il ne réagisse pas à la douleur le font paraître encore plus… sauvage.
La moutarde me monte plus encore au nez si c'est possible. Ce mec, que je suis certaine de ne jamais avoir vu de ma vie se permet de me parler comme s'il me connaissait et de me menacer. Ecumante de rage, je rétorque :
-Va mourir.
Alors que je me débats comme un chat sauvage, il se redresse légèrement pour enfoncer ses mains dans mes épaules et mon dos claque une fois de plus sur le sol. Ma peau chauffe intensément mais cela ne suffit pas à le faire réagir malgré l'odeur de chair brûlée. Je n'ai jamais été aussi en colère de toute ma vie.
C'est alors que les draps du lit qui se trouve à côté de nous s'enflamment. Nous sursautons tous les deux et je regarde les flammes avec vénération.
Il y a vraiment des moments où je m'adore.
Le feu se propage à une vitesse phénoménale à travers la chambre, contaminant les rideaux et les murs en bois. A mon grand désarroi, l'incendie épargne Nate. Ce dernier semble stupéfait, cependant son étonnement ne vient pas du feu mais de sa cause, à savoir moi.
Profitant de l'effet de surprise, je le pousse violemment sur le côté, me relève et détale vers la porte. Sur le seuil de celle-ci, je me retourne pour constater qu'il est déjà sur pieds, mais qu'il ne fait aucun geste dans ma direction. Debout au milieu des flammes, il dégage une impression étrange de puissance et de résignation mêlées.
Je m'enfuis sans demander mon reste. Un coup d'œil par la fenêtre du couloir m'apprend que je me trouve au premier étage d'une maison. Je ne tarde pas à trouver l'escalier, dont je dévale les marches à toute allure pour débarquer dans un salon occupé par plusieurs personnes qui me regardent passer d'un air ahuri. Je me rue vers la porte d'entrée et croise en sortant une gamine aux cheveux noirs qui semble tout aussi ahurie que les autres en me voyant. Pauvre enfant. Elle ne mérite pas de vivre ici.
Le village dans lequel je débarque paraît perdu au milieu de nulle part. Sur le sol s'est déposée une fine couche de gel et en prenant conscience qu'il règne un froid de canard, je me rends compte que je suis uniquement vêtue d'habits légers et flottants, à mi chemin entre le jogging et le pyjama.
Heureusement, il n'y a pas grand monde dans le village : il doit être trop tôt. J'en fais le tour à toute vitesse, en quête d'une voiture, mais mes recherches n'aboutissent à rien : leur seul moyen de transport est un petit avion.
Ces gens sont des sauvages et je pèse mes mots.
Craignant que Nate et sa clique ne réapparaissent, je prends la poudre d'escampette.
Je cours vite et longtemps dans un paysage quasi désertique, prenant instinctivement la direction du sud. Au bout de plusieurs centaines de kilomètres et d'une demi journée de course, je finis par pénétrer dans un village d'apparence plus civilisée et surtout plus humaine.
Sans aucun remords, je brise la vitre d'une voiture et en trafique le moteur comme oncle Jasper me l'a appris afin de la faire fonctionner sans clé. Coup de chance, je déniche un téléphone portable sur le siège passager.
Avant de démarrer, je compose le numéro que je connais par cœur :
-Allô Matthew ? J'ai été enlevée par des fous et je ne sais pas du tout où je suis. Je suis peut-être amnésique aussi, de quelques semaines je pense. Bref, j'ai réussi à leur échapper et je rentre, donc ne t'en fais pas pour moi. On se retrouve chez moi.
OooO
En arrivant enfin à Forks après je ne sais combien d'heures de voyage et de disputes avec mon GPS, je me dirige instinctivement vers chez moi. Etrangement, les lieux me paraissent différents : je manque rentrer dans un arbre qui n'était pas là avant en empruntant le chemin qui mène à la maison de mes parents. Je me gare devant cette dernière en songeant que c'est tout de même un peu étrange que personne ne soit venu à ma rencontre. A croire que personne ne s'inquiète de mon absence.
Arrivée à la porte d'entrée, je me rends compte de deux choses : elle est fermée et je n'ai pas les clés sur moi. Ce n'est sûrement pas dans ce qui me sert de tenue que je trouverai quelque chose d'utile. Soupirant, je tambourine contre la porte.
Aussitôt, des voix que je ne reconnais pas grommellent quelque chose. L'instant d'après, la porte s'ouvre sur une vampire aux cheveux auburn et aux prunelles dorées, dont le visage fait plus adolescent qu'adulte. Derrière elle, deux hommes qui ne me disent absolument rien me dévisagent. Le premier a les cheveux d'un blond très clair et les yeux noirs tandis que le second, qui est son opposé physiquement si ce n'est qu'ils ont tous deux une carrure athlétique, possède les cheveux noirs et la peau caramel des Quileute.
Tous les trois me dévisagent d'un air à mi chemin entre la stupéfaction et l'inquiétude. Agacée par leur apathie, je prononce lentement :
-Vous êtes qui ?
La fille soupire en adoptant une expression mélodramatique et se retourne vivement vers les garçons, fouettant l'air de ses longs cheveux.
-Bon, c'est officiel : elle est folle. Je propose qu'on profite du fait que les autres ne soient pas là pour la défendre : vous la tenez et je lui frappe la tête jusqu'à ce qu'elle se souvienne.
-J'en suis, déclare le blond avec enthousiasme.
Comme je ne les connais pas, je ne suis absolument pas en mesure de savoir s'ils plaisantent ou non. Heureusement, le brun les foudroie du regard. Il s'approche de moi suffisamment près pour que son odeur et sa physionomie ne laissent aucun doute sur sa nature : un modificateur.
Tout en me regardant droit dans les yeux, il prononce :
-Bonjour Allie. Comment te sens-tu ? Tu es déboussolée et c'est normal. J'aurais besoin que tu me dises quelle est la dernière chose dont tu te rappelle.
Il articule soigneusement chacun de ses mots et emploie un ton condescendant. Bref, il me parle comme à une débile. Je croise les bras sur ma poitrine et fais la moue comme une enfant.
-J'ai tant que ça l'air de sortir d'un asile ? (Le blond et la rouquine hochent la tête avec véhémence. Mon pouvoir commence à me démanger.) La dernière chose dont je me rappelle, c'est d'être rentrée dans ma maison et d'y avoir trouvé trois intrus qui feraient mieux d'avoir une bonne raison de se trouver là. A moins que vous retrouver à l'état de cendre soit votre vœu le plus cher.
A mon grand étonnement, aucun d'eux de paraît surpris ou effrayé d'entendre ça.
-Si j'avais gagné un dollar à chaque fois que j'ai entendu ça, marmonne le blond.
-La ferme, Draco Malfoy ! aboyé-je, plus chamboulée qu'autre chose par sa remarque.
-Elle est vraiment très atteinte, murmure la rousse sans compassion aucune en agrandissant les yeux.
Mes mains se mettent à chauffer et je tends la droite sans hésiter dans sa direction. Ils ne se font pas prier pour faire un bond en arrière. Hystérique, la petite vampire se met à grogner et les garçons la prennent par le bras pour l'éloigner. Mince. Eux ne craignent sans doute pas autant le feu qu'un vampire.
-Pour la dernière fois : qui êtes vous et que faites vous chez moi ? insisté-je.
-Ce n'est pas chez toi, triple idiote ! se met à crier la fille. Tu as quitté cette maison il y a dix-huit ans ! Comment peut-on avoir assez de poisse pour oublier dix-huit ans de sa propre vie ?
-Madison arrête bon sang, tu ne l'aides pas du tout ! proteste le brun.
-Tu me désoles ! continue de hurler l'hystérique tandis qu'il essaye de la calmer. Tu n'apportes que des problèmes ! Quand je pense que j'ai abandonné un voyage à Paris parce que Wells nous a prévenus que Miss Allie était tombée sur la tête !
Je commence à en avoir assez. Le blond baille, l'air nullement perturbé. Sa posture vaguement avachie me met la puce à l'oreille et je hume son oreille. Humain. Il ne m'en faut pas plus pour tendre le bras vers lui, le tirer vers moi et le plaquer contre le mur du couloir. Ma main se place sur son cou, rendant sa respiration laborieuse.
-Tais-toi, ordonné-je tranquillement à la fameuse Madison, qui –miracle !- obéit. Maintenant, vous allez m'écouter attentivement et faire tout ce que je vais vous demander. Pour commencer, vous allez me dire une bonne fois pour toute ce que…
Alors que je suis au beau milieu de ma phrase, la porte d'entrée à ma droite claque brutalement contre le mur alors qu'une foule de personnes se précipitent vers moi. Je repère des odeurs et des voix connues, ce qui me soulage malgré l'impression que j'ai d'être perdue en pleine mer.
On me pousse en arrière, je lâche prise sans opposer de résistance et quelqu'un me prend le bras, tandis qu'une fille de mon âge, aux longs cheveux noirs, se jette sur Draco Malfoy et inspecte son cou. Ma tête tourne tandis que je parcours lentement les nouveaux venus du regard.
Elliot est celui qui me tient par le bras, ce que je trouve assez bête à partir du moment où ça ne m'empêcherais pas spécialement de brûler quelqu'un. A ses côtés, Lily me scrute d'un regard soucieux. La vampire hystérique, suspendue au cou de William, se lamente et se plaint. Maman est debout dans l'entrée, un air incertain sur le visage. Indécise, elle consulte du regard le modificateur. La fille brune devant moi se détourne de l'humain que je viens de menacer et me foudroie du regard.
En quelques secondes, je deviens le centre de l'attention.
-Heu… bonjour, finis-je par lâcher avant de m'adresser aux rares personnes que je connais, à savoir les membres de ma famille. Maintenant que vous êtes là, est-ce qu'on peut virer ces gens de chez nous et régler mes problèmes s'il vous plaît ?
Gros silence.
Alors, je fais ce que je fais lorsque j'avais cinq ans et que je ne savais pas quoi faire : je me tourne vers Nessie :
-Maman ?
-Non, désolée, murmure l'intéressée et sa voix, trop douce, me fait enfin réaliser.
Ce n'est pas ma mère. Sa peau est plus foncée, ses cheveux plus sombres, son visage plus juvénile. La fille brune fait un pas vers elle pour la prendre par l'épaule, et la façon dont elles se serrent l'une contre l'autre comme si elles étaient une seule et même personne me fait enfin réaliser. Sarah et Liza.
Mais ça ne s'arrête pas là.
William a grandi de quinze bons centimètres, les cheveux d'Elliot sont plus courts, son visage plus sérieux. Seule Lily est à peu près semblable à elle-même, à ceci près qu'elle porte un tailleur qu'elle n'oserait jamais mettre au lycée.
Ou devrais-je dire… n'aurait jamais osé.
-On n'est pas en 2032 ? finis-je par bredouiller.
Will éclate de rire :
-Ah ah, la poisse ! A quelques mois près, elle se serait au moins rappelée de Nate et de Madison.
-C'est pas un mal de les oublier, si vous voulez mon avis, marmonne le blond.
Je suis plutôt d'accord avec lui sur ce coup-là.
-Allie tu sembles avoir oublié dix huit ans de ta vie, m'apprend Elliot avec précaution.
Bouche grande ouverte, je le fixe en silence.
-Mode off enclenché, marmonne Madison.
La façon dont elle s'accroche à la main de Will m'offre une distraction bienvenue. Enfin si on peut appeler ça une distraction…
-Ne me dis pas que cette foldingue est ta copine, accusé-je mon petit frère, qui d'ailleurs n'est plus si petit que ça.
-Je suis sa femme, abrutie, maugrée l'intéressée.
Je nage en plein cauchemar. A ce moment-là, Lily commet l'erreur de frôler Elliot d'un peu trop près. Cette fois-ci, je n'ai pas besoin de demander confirmation de ce que je soupçonne : d'aussi loin que je les connaisse, ces deux là ont toujours eu le béguin l'un pour l'autre. N'empêche que la pilule passe mal : pour moi, Lily clamait avoir embrassé Peter Davis la veille.
Le Quileute se fraye un chemin jusqu'à nous à travers le couloir encombré.
-Arrêtez, vous risquez de la perturber encore plus.
-Si Monsieur le psy a une meilleure idée… grince le blond.
Je me concentre sur le loup-garou dont l'identité m'est encore inconnue :
-Tu es mon psy ? Je suis désolée, ce n'est juste pas possible. Je n'ai pas de psy.
Derechef, Will éclate de rire. Lily se couvre la bouche pour cacher un gloussement.
-Heu… non, je ne suis pas ton psy. Je m'appelle Keith et je suis…
Il ne termine pas sa phrase et se contente de pointer Elizabeth de l'index plusieurs fois.
-Ah, c'est ton petit copain ? Oh. Oh ! (Dans un élan d'affection envers ma petite sœur, je me transforme momentanément en Alice Cullen : ) Ca fait longtemps que vous sortez ensemble ? Vous vous êtes déjà embrassés ou…
Ce n'est qu'en prenant conscience que je dois lever la tête pour parler audit « petit copain » que je réalise la stupidité de ma question. Liz est violette d'embarras. Elliot a l'air passionné par ses chaussures.
-Même quand elle est lobotomisée j'ai envie de la bâillonner, marmonne Will.
Dans une tentative évidente pour me faciliter la vie, Sarah se rapproche du blond et pose sa main sur sa poitrine d'une façon assez flagrante.
-Oh. Oh ! répété-je pour la seconde fois.
Il semble que ce sont les seul mots que je suis en mesure de prononcer.
-Au cas où tu te poserais la question, oui nous avons déjà couché ensemble, m'apprend perfidement Draco Malfoy, qui apparemment a une façon bien à lui de me faciliter la vie.
-Drake ! s'exclament simultanément Sarah, Elliot et Will.
-Ah ah ! m'écrié-je. Je n'étais pas si loin…
-Tu n'étais pas si loin que ça de Draco Malfoy, je sais, soupire-t-il. Tu l'avais déjà dit la première fois.
-Ah bon, fais-je, décontenancée.
Je m'avachis contre le mur, épuisée. J'ai oublié dix huit ans de ma vie. Dix huit ans durant lesquels j'ai manifestement été enlevée par un psychopathe, durant lesquels mes sœurs ont pris quarante centimètres et durant lesquels mes frères et sœurs se sont dénichés des conjoints. Et voilà que pour couronner le tout, Matthew n'arrive pas.
Pendant ce temps, Keith essaye de convaincre les autres qu'il faut arrêter de me balancer toutes ces informations à la figure et s'en tenir au plus simple. Drake finit par décréter :
-Je propose qu'on déclare cet endroit zone à haut risque. On appelle les Enfants de la Lune, on évacue tout le monde et on se barre jusqu'à ce que Miss Allie ait résolu ses problèmes existentiels.
Will et Madison sont les seuls à approuver.
-Des Enfants de la Lune ? relevé-je. C'est quoi ça ? C'est pas une maladie où les gens ne peuvent pas sortir de chez eux car leur peau ne supporte pas les rayons du …
Leurs expressions consternées me contraignent au silence. Soudain, Sarah pousse un cri strident –ça au moins n'a pas changé- et s'exclame :
-Mais ça veut dire qu'elle ne se rappelle même pas d'Abby !
Sa phrase agit comme un signal : tout d'un coup tout le monde s'agite, parle en même temps, liste les choses que je ne sais pas, les bourdes que je risque de faire. Mais le pire est incontestablement le moment où ils se disputent pour savoir s'il faut me parler de la fameuse Abby, dont au passage je me fiche bien :
-On doit lui dire !
-Absolument pas !
-Nate le fera !
-Elle a le droit de savoir !
Je crois que je suis en train de devenir claustrophobe. J'ai besoin de sortir. Maintenant. Tout de suite. Et par-dessus tout, j'ai besoin de voir Matthew.
Sans plus de cérémonie, je me précipite vers la porte et m'enfuis dans les bois. Je prends automatiquement la direction de La Push, ce que, pour ma santé mentale, j'aurais dû faire dès le départ. Comme je coupe par les bois, je manque me perdre à un moment –dans ma propre forêt !- comme si quelqu'un s'était amusé à déraciner et replanter les arbres. Finalement, j'atterris à bon port et je me dirige vers la maison de tante Emily en essayant de me faire toute petite par crainte de tomber sur quelque ami humain qui aurait vieilli de vingt ans.
Une fois devant la petite maison de Matthew, je sonne. Soudain, je suis traversée par une pensée horrible : et si Matthew n'habitait plus chez sa mère ?
Bien sûr qu'il n'habite plus chez sa mère, idiote, pensé-je avant de me figer, foudroyée par une autre réflexion. Si ça se trouve, il habite avec moi.
Je suis sur le point de faire lâchement demi-tour, peu désireuse de tomber nez à nez avec une tante Emily de soixante ans ou avec un inconnu, lorsque la porte s'ouvre sur un Quileute. Je manque ne pas le reconnaître, ce qui aurait vraiment été la honte puisque… c'est mon imprégné.
Si physiquement il est globalement resté le même, il fait plus vieux d'environ cinq ans, ses cheveux ont poussé et sa mâchoire est couverte d'une barbe de quelques jours. Il semble plus âgé, plus mature, plus mélancolique, et je me demande si, comme lui, j'ai plus l'air d'une adulte que d'une adolescente.
Pour l'heure, néanmoins, j'ai coché la case adolescente : je pousse un petit cri de joie et cours me jeter dans ses bras comme si ma vie en dépendant. Je ferme les yeux et colle ma joue à son torse en souriant sans tenir du compte du fait que ses bras restent trop longtemps ballants. Enfin, il m'enlace gauchement mais avec force et en réponse, mon sourire s'agrandit.
Je finis par me décoller de lui et par lui prendre les mains comme j'ai l'habitude de le faire :
-Oh, je suis tellement heureuse de te voir ! Ce qui m'arrive est dingue, tu ne vas jamais le croire !
Son beau visage reste étrangement grave, bien que je le sente aussi partagé entre joie et perplexité.
-Je sais, ton frère m'a passé un coup de fil.
Sa voix aussi est bien plus grave et rauque. Je décide de ne pas me formaliser de son manque d'enthousiasme. Je demande en désignant la porte :
-Je peux rentrer ?
-Heu… non, refuse-t-il, et mes yeux s'agrandissent en entendant des mots d'habitude si rares dans sa bouche. Ma mère est malade. Viens.
Il me prend par le bras pour m'attirer à l'écart, vers les bois, et je le suis, de nouveau complètement affolée :
-Ta mère est malade ? C'est grave ? C'est pour ça que tu vis avec elle en ce moment ? Où est-ce que tu habites normalement ? On vit ensemble, n'est-ce pas ?
Il se garde bien de répondre à mes questions tout le temps que nous marchons. Lorsqu'enfin il juge que nous sommes suffisamment enfoncés sous le couvert des arbres, il me souffle :
-Ecoute Allie, je ne sais pas quoi te dire.
Je suis de nouveau choquée d'entendre des mots si inhabituels venant de lui. Et je le suis plus encore lorsque je me rends compte que moi non plus, je ne sais pas quoi lui dire. J'ai l'impression d'être face à un étranger et, pire encore, j'ai l'impression d'être étrangère à moi-même.
-Matthew… chuchoté-je tout bas, comme une supplique.
Je lui prends de nouveau la main. La chaleur de sa peau n'est un maigre réconfort quand je constate qu'il fixe nos mains enlacées comme un trésor qu'on ne voit pas souvent.
-Tu devrais retourner voir tes frères et sœurs, murmure-t-il, ils t'apprendront ce que tu as besoin de savoir sur ce qu'a été ta vie ces vingt dernières années. Et je suis sûr que Carlisle sera à même de comprendre ce qui t'arrive. Si Nathaniel vient, il pourra t'aider mieux que moi.
-Tu veux dire Nate ? m'étranglai-je. Mais pourquoi est-ce que tout le monde n'arrête pas de parler de ce sociopathe ? Je ne veux rien avoir à faire avec lui ! (Au bord des larmes, j'ajoute :) S'il te plaît, Matt, ne me laisse pas…
Il me regarde et dans ses prunelles je lis le même désarroi que celui qui m'habite. Il articule lentement, douloureusement, mais sans une once de reproche :
-Je ne te laisserai jamais, Allie. Tu es celle qui m'a laissé.
Horrifiée, je rétorque sans être sûre de vouloir connaître la réponse :
-Pourquoi dis-tu ça ?
Il prend une grande inspiration et lâche d'un bloc.
-Nous ne sommes pas ensemble, Allie. Nous ne l'avons jamais été. Quand tu avais dix-sept ans, tu es tombée amoureuse d'un Enfant de la Lune –Nate- et tu es allée vivre avec lui.
Je nage en plein cauchemar. C'est un cauchemar et je vais me réveiller dans mon lit. J'irai faire la course dans les bois avec un Matthew adolescent et plein de fougue, je gagnerai la course –évidemment-, je rentrerai chez moi pour petit-déjeuner et je partirai au lycée avec Elliot et Will.
-Ce n'est pas vrai, répliqué-je d'une voix brisée. Je ne pourrais pas te faire ça.
Sans compter que l'idée d'être avec Nate me file des frissons.
Brusquement, Matthew prend mon visage en coupe entre ses grandes mains pour me forcer à me plonger dans son regard noir comme la nuit :
-Si, c'est vrai. Tu le sais au plus profond de toi. Tu sens que nous ne sommes plus aussi proches qu'avant. Ton esprit ne s'en rappelle peut-être pas, mais ton cœur ne peut pas avoir oublié, et bientôt, tu redeviendras celle que tu étais avant toute cette histoire.
Il me lâche aussi vivement qu'il m'a touchée. Il poursuit d'une voix ferme :
-J'ai été tellement heureux de te revoir, mais ce ne serait pas juste que je profite de ton amnésie. Je serai toujours ton imprégné : si tu as besoin de moi, appelle-moi. Sinon, débrouille-toi seule, comme tu le fais toujours. Pour l'heure, retourne chez toi.
J'ai eu tort de le juger transformé en mal. Certes, l'homme que j'ai en face de moi paraît changé, détruit, reconstruit tant bien que mal, mais il possède en lui une force que Matthew Uley n'avait pas.
J'abdique. Je fais quelques pas pour m'éloigner de lui, pose la main sur le tronc d'un arbre et me retourne :
-Je t'ai peut-être abandonné, mais je n'ai pas l'intention de poursuivre cette comédie. Je ne te laisserai pas, cette fois-ci.
Matt sourit d'un air mélancolique tout en secouant la tête. Il fait demi-tour pour retourner chez lui.
Une fois de plus, je me demande quel est ce monde affreux où j'ai atterri et dans lequel on ne s'étreint plus pour se dire au revoir.
Ce bonus aura 5 ou 6 parties, c'est presque une mini-histoire en fait.
Je vais éviter de donner trop de détails sur la vie des jumelles pour garder l'effet de surprise si jamais elles ont droit à leur propre bonus.
Allie sera en mode paumée tout au long de cette histoire et alternera les situations cocasses et dramatique hihi ^^
