Chapitre VI
Il faisait nuit et le château était plongé dans les ténèbres. A cette heure avancée, tous les élèves et les professeurs devaient se trouver dans leur lit. Pourtant, dans les cuisines de Poudlard, deux d'entre eux discutaient: l'un portait une robe aux couleurs de Griffondor, tandis que son homologue portait fièrement l'écusson de Serpentard. Harry et Tony, car s'était eux, se retrouvaient souvent la nuit dans l'antre des elfes pour parler sans être dérangés par leurs camarades. Ils avaient en effet arrêté l'utilisation de potions de sommeil sans rêve, afin de ne pas en être dépendant, mais également car ils n'en avaient plus tellement besoin: depuis quelque temps, deux nuits par semaines, ils s'entrainaient à l'occlumencie et ils pouvaient maintenant bloquer leur esprit, et donc leurs cauchemars. A ce moment cependant, ils ne parlaient pas de cette branche de la magie mais d'un des élèves de leur année:
- "Harry je suis sérieux, on peut avoir confiance en lui.
- J'aimerais te croire Tony, mais essaie de me comprendre: depuis six ans on se déteste, il m'insulte à longueur de journée, il fait tout pour que mes potions soient ratées, et il insulte ma meilleure amie de la pire des manières ! C'est assez compliqué de tourner la page sur tout cela...
- Je sais bien, mais ce n'est plus le cas maintenant n'est-ce-pas ? Depuis deux semaines il ne vous cherche plus et ne répond plus aux attaques verbales de Weasley. Je suis persuadé que tu t'es rendu compte de ce changement, et que Hermione aussi ! Pour ton ami rouquin je crains en revanche que les préjugés soient bien trop ancrés en lui. Je ne te demande pas de devenir ami avec lui Harry, j'aimerais juste qu'il puisse s'entrainer avec nous. En plus les autres Serpentards ne le suivent plus, notre maison vous parait peut être soudée de l'extérieur, mais quand il n'y a que nous les choses sont bien différentes: nous sommes scindés en deux groupes, les pros Voldemort, et les autres. Comme tu t'en doute, les futurs mangemorts sont bien plus nombreux que nous, mais ce n'est pas la totalité de notre maison: si Draco et moi sommes les seuls sixièmes années à revendiquer haut et fort notre allégeance envers le clan de la lumière, c'est également le cas pour quelques septièmes, cinquièmes, et quatrièmes années. Les autres sont trop jeunes pour choisir un clan. Je veux juste que tu comprennes que la vie à Serpentard quand on ne souhaite pas devenir mangemort n'est pas facile tous les jours, et je pense sincèrement qu'il mérite une chance.
- Je vais y réfléchir Tony, mais je ne te promets rien: s'il fait un pas de travers il redevient un ennemi. Je peux juste faire mon maximum pour que Ron arrête de l'importuner, je verrais plus tard ce qu'il en est vraiment.
- Merci, je suppose que je peux me contenter de cela pour le moment. Il se fait très tard, nous devrions y aller.
Alors qu'ils quittaient les cuisines, Harry réfléchissait à ce que son ami venait de lui dire. Il savait que la mère de Malfoy avait été tuée par le Lord durant la fin des vacances de Noël, est-ce que c'est cela qui l'avait fait changer de camp ? Est-ce qu'il doutait bien avant cet épisode et que celui-ci a fini de lui faire ouvrir les yeux, ou est-ce qu'il a décidé ça sur un coup de tête ? Il avait besoin de ces réponses, car s'il ne doutait pas de l'avis de son ami, il voulait savoir si les intentions du blond étaient vraiment nobles et non juste éphémères. Il allait demander à Tony ce qu'il en était quand un grognement le coupa dans son élan. Partagés entre la peur de se faire prendre à cette heure tardive et la curiosité sur la nature de ce son, ils se cachèrent sous la cape des Potter, et sans un regard se dirigèrent vers la source du bruit. A mesure qu'ils se rapprochaient, ils pouvaient percevoir des halètements en plus de gémissements, la personne à l'origine de ceux-ci ne devait vraiment pas être en bon état. Sentant l'urgence de la situation, ils se mirent à courir sans plus se soucier se faire découvrir, et c'est avec stupéfaction qu'ils découvrirent un homme en robe de mangemort, étalé sur le sol froid des cachots, et baignant dans du sang qui pouvait être le sien. S'approchant d'abord avec méfiance, un énième gémissement les fit se stopper immédiatement: c'est avec une même voix qu'ils s'exclamèrent:
- "Professeur Snape ?!
- Potter, Stark, encore dehors à cette heure-ci ? Vous mériterez..."
Avant qu'il ne puisse finir la fin de sa phrase, le maître des Potions rejoignit les ténèbres. Se remettant rapidement de leur surprise, les deux élèves le firent léviter jusqu'à l'infirmerie et attendirent à ses côtés que l'infirmière le soigne. Cependant celle-ci ne fut pas du même avis, et c'est en colère mais surtout inquiets qu'ils rejoignirent chacun leur salle commune.
Lorsqu'il pénétra dans la grande salle le lendemain matin, Tony ne put retenir un soupir de soulagement: à la table des professeurs, le maître des Potions déjeunait.
Il avait eu chaud. Cette nuit, il aurait dû mourir chez le Seigneur des Ténèbres: il avait senti dès le début que quelque chose n'allait pas, Bellatrix lui souriait et semblait étrangement de bonne humeur. Quand il était entré dans la salle du trône, il avait compris: sa couverture était tombée, s'en était fini de sa carrière d'espion, et par la même occasion de sa vie. Seulement au moment où il pensait qu'il n'allait plus faire partie de ce monde, il s'était souvenu du portoloin que le directeur lui avait donné dix ans plus tôt, "en cas d'urgence Severus, seulement en cas d'urgence" lui avait-il dit. Il était parvenu difficilement à l'actionner et s'était retrouvé devant les grilles de Poudlard. Saignant de partout, notamment à cause du Sectum Sempra, il s'était traîné avec ses dernières forces dans le château, avant de s'affaler au sol et de ne plus pouvoir se relever. C'était à ce moment qu'il avait croisé Potter junior et Anthony Stark, il se souvint alors de la honte qu'il avait ressenti de se retrouver dans cet état devant ses élèves, mêlée à un grand soulagement d'être en vie. C'est Albus qui lui avait ensuite raconté que c'étaient ces mêmes élèves qui l'avaient emmené à l'infirmerie et qui avaient promis de ne rien dire à personne. Étrangement, Severus savait qu'il pouvait leur faire confiance, qu'ils n'allaient rien raconter de leur aventure nocturne: lui Severus Snape, terreur des cachots, avait confiance en Harry Potter, fils de son ennemi d'enfance. Ce fait aurait dû le mettre de mauvaise humeur, et pourtant, la seule chose qu'il retint de tout ça fut qu'il n'était plus obligé de jouer la comédie: il n'était plus obligé de favoriser outrageusement sa maison et d'enlever des points sans raison aux autres. Mais attention, il n'allait pas devenir un gentil professeur pour autant ! Après tout, l'art noble des potions nécessitait une rigueur et un sérieux très important.
A la fin du cours des sixièmes années, il demanda à ses deux "sauveurs" de rester. L'expression choquée de Potter quand il les remercia succinctement pour la nuit précédente suffit à le mettre de bonne humeur pour le reste de la journée.
Du côté des élèves, les rumeurs les plus folles étaient lancées: pourquoi leur professeur de Potion était-il devenu juste et impartial ? Des paris circulaient dans les couloirs: il avait trouvé l'amour, il avait tué des élèves et ça le rendait juste heureux, le directeur avait menacé de le virer s'il ne changeait pas son comportement, il avait bu une potion de confusion, il était devenu fou... Seuls les Serpentards et quelques Griffondor savaient la vérité: sa carrière d'espion était finie, et si les uns avaient du mal à croire ce revirement de situations, les autres voulaient simplement tuer leur traître de Directeur de maison. Au milieu de toute cette agitation, Harry s'inquiétait: depuis une heure, il ressentait une douleur au niveau de sa cicatrice. Celle-ci était au début supportable, mais elle augmentait graduellement et commençait peu à peu à devenir insupportable. Il se mit à courir au hasard dans les couloirs, espérant croiser un professeur, mais la chance n'était pas de son côté. Alors qu'il atteignait un couloir proche des cachots, un nouvel élan de douleur le força à s'arrêter. Posant sa main sur la cicatrice, il ressentit un liquide poisseux qu'il ne put qu'identifier comme étant son sang. Il eut alors envie d'hurler sa douleur, de crier sa peine et son besoin d'aide, mais seul un gémissement parvint à franchir la barrière de ses lèvres. Alors que ses jambes allaient le lâcher, une poigne solide le rattrapa: il entendit une voix qui lui demandait de tenir, une voix calme qui répétait son nom de manière régulière:
- "Tiens bon Potter, je t'amène à l'infirmerie, tout va bien se passer. Allez Potter reste avec moi, on est bientôt arrivé..."
Il sentait qu'on le portait plus ou moins, et senti un vide quand on le lâcha. Reconnaissant le confort d'un lit, il se détendit et essaya d'ouvrir les yeux: la dernière chose qu'il vit avant de sombrer dans l'inconscience fut deux perles aciers qui le regardaient avec inquiétude.
Quand il reprit connaissance, la douleur avait disparu mais la panique le gagna: il devait parler au directeur. Alors qu'il allait se lever, une voix l'interrompit:
- "Calme toi Harry, tout va bien. Mr Malfoy t'a emmené à l'infirmerie et tu t'es évanouis puis endormi.
- Professeur justement, je voulais vous parler ! La douleur a été bien plus forte que les fois précédentes, je ne pense pas que ce soit de très bon augure. Elle était différente, comme si la signification était autre. Pensez-vous que les émotions de Voldemort peuvent se refléter dans la douleur que je ressens ?
- La connexion qui existe entre lui et toi est unique Harry, c'est la première fois dans l'Histoire de la magie que cela existe. Cependant, je pense pouvoir dire sans me tromper qu'il est en effet possible que ce soit le cas.
- Dans ce cas professeur, il semblait heureux.
A l'entente de cette phrase, Dumbledore sembla avoir pris quelques années. Son visage était fermé, le pétillement de ses yeux avait disparu, et c'est avec grand sérieux qu'il dit ces mots:
- Tu sais ce que ça veut dire Harry, le combat approche. Repose-toi quelques temps, ensuite il sera temps de s'entraîner. Je pense qu'une certaine armée pourrait reprendre du service...
Dans les semaines qui suivirent, l'école fut plongée dans une sorte de frénésie. Comme l'avait proposé le directeur, l'Armée de Dumbledore avait été reformée et les élèves qui en faisaient partis s'entraînaient sans relâche. A la grande surprise de certains membres, quelques Serpentards étaient des leurs. Evidemment, cela était mal vu de la plupart des Griffondors au départ, mais Harry et Hermione les avaient accueilli avec une grande joie et leur avaient donné leur confiance, ce qui avait fini par convaincre les plus récalcitrants. En plus des heures d'entrainement en intérieur, Tony en faisait de même à l'extérieur, avec son armure: il l'avait encore perfectionnée, elle pouvait maintenant venir à lui par un simple mouvement de poignet. Il espérait ne pas avoir besoin de cette fonction mais si jamais ils étaient pris par surprise, il n'aurait peut-être pas le temps de l'enfiler avant le combat.
C'est d'ailleurs ce qui arriva: alors qu'il venait de reposer son armure pour recharger ses batteries, une alarme se mit à sonner et les premiers cris se firent entendre. Le moment tant redouté était arrivé: les mangemorts attaquaient. Comme prévu, il se dirigea vers la Salle sur Demande et avec Pepper, il fit évacuer les plus jeunes à travers un passage secret. Dans un dernier regard, les deux Américains s'embrassèrent et se prirent dans les bras. Ensuite, ils se mirent à courir et rejoignirent les autres dans le Hall: autour d'eux, des centaines d'élèves attendaient de se battre, derrière eux, des dizaines d'elfes de maison venaient de transplaner et attendaient les directives, devant eux, des centaines de mangemorts essayaient de passer au travers des protections. Enfin, dans un grand craquement, ils parvinrent à leur but et ce fut le début de la fin.
