Ohayo! ^^

Je sais, je sais, je suis carrément à la bourre mais en fait j'ai déjà posté un chapitre il y a un mois à peu près. Cependant, pour une raison quelconque le site n'a pas pris ça comme une mise à jour. Donc avant de lire celui-ci, je vous invite à lire celui d'avant.

Sinon toujours un grand remerciement à ma bêta reader et à mes lecteurs, en espérant ne pas vous avoir lassé par mon retard.


JEU DE PISTE...

Jour 4 :

Sanji entrouvrit un œil vitreux qui se referma presque aussitôt, vaincu par la paupière lourde de sommeil. Enfouissant son visage dans l'oreiller, il se laissa glisser sur la douce pente de la somnolence. Pourtant, si les cernes sous ses yeux trahissaient la demi-nuit de veille qu'il avait passé à l'infirmerie aux côtés de Luffy et de Brook, sa conscience professionnelle se refusait à laisser l'une de ses princesses le ventre vide. Oui, Robin d'amour apprécierait sûrement un café bien serré après une si courte nuit.

Le jeune homme hésita néanmoins à se lever. Il avait été assailli par toute sorte de rêves dont il ne gardait aucun souvenir, bien que lui laissant un désagréable et inexplicable sentiment de culpabilité. La culpabilité du survivant peut-être ? Car aussi bête que cela puisse paraître, il craignait d'être celui qui découvrirait une nouvelle victime de la bête. On avait beau être pirate, on en était pas pour autant habituer à tomber sur les corps sanguinolents de ses amis au saut du lit.

« Drôles de coïncidences... »

Et merde, voilà que ça recommençait ! L'accusation de ce crétin le harcelait constamment et le faisait douter de lui-même. Et ça le foutait en rogne de se soucier de ce qu'une algue sans cervelle lui avait dit.

Repoussant d'un geste rageur sa couverture, le coq se prépara avant de rejoindre son havre de paix. Il ne put toutefois empêcher le léger tremblement de sa main lorsqu'elle se posa sur la poignée, et maudit une nouvelle fois ces mots qui le hantaient.

« Drôles de coïncidences... »

Encore une journée sous le sceau de l'inquiétude et de l'angoisse.

xXxXxXx

Sanji se hâta de rejoindre sa cuisine et toqua discrètement à la porte de l'infirmerie. Son signalement déclencha de l'agitation à l'intérieur : un tabouret racla le sol, tomba, et des chuchotements étouffés se firent entendre. Une décharge d'adrénaline fusa dans son cerveau et il essaye d'ouvrir la porte, cependant celle-ci demeura résolument close.

« Robin-chwan ! Chopper ! Ouvrez !

- Sanji ? demanda la voix fluette du petit renne.

- Oui ! Est-ce que tout va bien ? »

Sa question resta en suspend durant quelques minutes qui lui parurent interminables. Puis les bruits du verrou et de la clef tournant dans la serrure retentirent. Le battant de bois s'entrouvrit sur la truffe bleue, suspicieuse, avant de s'ouvrir largement sur un cuistot à bout de nerfs.

« Tout va bien cook-san. le rassura l'archéologue en décroisant les bras.

- Oui ne t'inquiète pas Sanji ! On avait juste verrouillé la porte au cas où ! compléta Chopper en reprenant sa forme de peluche adorable. »

''Au cas où ce ne soit pas un ami qui frapperait." songea Sanji en leur offrant un sourire un peu crispé.

Ils étaient tous à cran ces derniers temps, et les cernes noires sous leurs yeux ne faisaient que confirmer leur inquiétude.

« Quelque chose d'anormal à signaler ? interrogea Robin. »

La question le désarçonna quelque peu, toutefois il ne laissa rien paraître et lui répondit avec le même enthousiasme que d'habitude :

« Non ma Robin d'amour, sinon que tu es encore plus éblouissante que l'aurore ! s'extasia le blond en se tortillant comme une anguille.

- Et tu n'as croisé personne ? insista-t-elle sans relever le compliment. »

Le jeune homme se raidit instantanément et riva son regard dans le sien. Pour une obscure raison, il lui sembla que cette question n'était pas anodine, qu'elle ne l'aurait posée à aucune autre personne qu'à lui, et à lui seul. Était-ce de la suspicion qu'il lisait dans ses glaçantes prunelles azures ? Se pouvait-il que, tout comme Zoro avant elle, la délicieuse archéologue en soit venue aux mêmes conclusions ?

Non ! C'était impossible puisqu'il était innocent ! Sa mellorine ne pouvait avoir suivie un raisonnement aussi grossièrement absurde que celui de l'algue marine, et, dans l'aberrante hypothèse où elle l'aurait fait, son pragmatisme et sa brillante intelligence l'auraient de suite écarté de la liste des suspects potentiels. L'atmosphère régnant sur le Sunny le rendait tout simplement parano ! Ils finiraient bien par mettre la main sur ce salopard et l'enverrait négocier avec les monstres marins !

Rasséréné par cette certitude, le maître coq reprit son air de séducteur dévoué de ses dames, grand sourire et yeux en cœur à l'appui.

« Les deux imbéciles heureux étaient toujours en train de ronfler comme des sonneurs quand j'ai quitté la chambre. Je vais préparer le petit-déjeuner, quelque chose te ferait plaisir douce sirène de ma vie ?

- Un café bien serré s'il-te-plaît. répondit-elle finalement en lui rendant son sourire.

- Tout de suite Robin-chwan ! »

Sanji s'en fut dans un tourbillon d'or et de cœurs, et se mit prestement aux fourneaux. Malgré ce qu'il avait espéré, manipuler ses ustensiles de cuisine ne l'apaisa pas. Au contraire ses gestes se firent immédiatement fluides et précis, le plongeant dans cet espèce d'automatisme mêlé d'une concentration distraite grâce à laquelle il pouvait laisser libre cours à ses pensées. Et quelles pensées ! Aussi sombres et sinistres que le temps, gris et pluvieux, qui semblait vouloir s'accorder à l'humeur des pirates.

Cette nuit donc, aucune victime à déplorer, mais pas d'améliorations non plus du côté des blessés : toujours plongés dans le coma, leurs électrocardiogrammes bipant à rythme régulier pour seule preuve de leur vivacité. Seule chose positive, Zoro s'était réveillé. Enfin, avait dénié ouvrir un œil vitreux pour réclamer sa bouteille matinale, refusée par le médecin, et critiquer le petit-déjeuner qui lui était servi. A la suite de quoi, môsieur s'était bien gentiment rendormi. C'était bon signe selon Chopper, il lui fallait encore du repos et blablabla. Seule la fierté du maître coq lui interdisant de frapper un adversaire à terre l'avait retenu de lui écraser sa semelle en pleine face. Qu'il s'estime déjà heureux de pouvoir mâcher contrairement aux trois autres, toujours sous perfusion !

Le petit-déjeuner se déroula néanmoins dans une ambiance morose, en comité restreint. La colère et la peur planaient au-dessus de la tablée, fidèles compagnes des drames aux conséquences les plus incertaines. Étrangement, le cuistot se sentait oppressé. Était-ce simplement la résultante de l'atmosphère saturée de suspicion ou bien quelqu'un l'épiait-il à son insu ? Plusieurs fois, il crût surprendre les yeux scrutateurs de sa Robin d'amour balayer l'assemblée, comme s'ils cherchaient quelque chose, un détail qui pourrait la mettre sur la piste du tueur. Finalement, elle jeta le pavé dans la marre de la paranoïa :

« Il est venu me voir cette nuit. »

Cette simple phrase, prononcée de son habituel ton calme et posé complètement en décalage avec cette période de troubles, fit l'effet d'une bombe.

« Où est-ce qu'il est ce fumier ?! rugit Luffy en se levant brutalement, envoyant voler sa chaise.

- Tu n'es pas blessée ? Un docteur ! Il faut appeler un docteur ! paniqua Chopper en tournant en rond.

- Est-ce qu'il t'a demandé la couleur de ta petite culo.. SBAM ! Yohohohoho !

- Est-ce qu'il t'a fait du mal ? S'il a encore osé poser ne serait-ce qu'un doigt sur l'une de mes déesses, je lui ferait goûter à ma jambe du Diable façon Sanji ! s'enflamma ce dernier en reposant son pied au sol.

- Je vais bien. les rassura-t-elle. Il m'a juste proposé un petit jeu auquel j'ai accepté de participer.

- Un jeu ? demanda le capitaine en penchant la tête sur le côté, curieux.

- Une sorte de jeu de piste. éluda l'archéologue. Il n'y a plus qu'à remonter la piste des cadavres pour le trouver. »

Le regard qu'elle lui jeta alors fit frissonner le blondinet.

« Et... et tu as rassemblé assez d'indices ? bredouilla-t-il en tentant de faire passer sa gêne pour de l'émotion.

- Bientôt. Bientôt... promit-elle. »

Et cette promesse était chargée de certitudes.

xXxXxXx


Nuit 4 :

Je te félicite petite proie, tu m'as totalement pris au dépourvu ! Je ne me serais jamais attendu à ce que tu passes à l'attaque aussi rapidement, devant tes petits camarades qui plus est ! Pour un peu, j'en aurais presque trembler. Tu es une petite proie bien mystérieuse mais tant mieux, tant mieux ! Ça n'en rendra notre petit jeu que plus amusant !

Cependant tu ne m'auras pas aussi aisément. Il est encore trop tôt pour y mettre fin. Le fruit se doit d'être cueilli quand il est bien mûr ni trop tôt, ni trop tard, afin d'éviter l'amertume que provoquera ta chute.

Alors je m'amuse follement à te voir tourner en rond avec le peu d'indices que je t'ai laissés. Cherche, sème la panique et la paranoïa, divise-les pour mieux me faire régner et débusque-moi. Ta mise à mort n'en sera alors que plus délectable...

xXxXxXx

L'autre n'avait pas répondu quand on lui avait demandé qui l'avait attaqué, se réfugiant lâchement dans le sommeil. Alors oui, le maître coq se sentait passablement frustré et agacé par les mêmes questions qui tournaient en boucle dans sa tête et qui laissaient planer un doute déstabilisant.

Sanji soupira. Il ne savait toujours pas pourquoi il était là. Ne le saurait peut-être jamais... Et quelque part, il s'en fichait. Ce n'était que la culpabilité du survivant qui avait guidé ses pas jusqu'à son chevet pour vérifier qu'il n'avait besoin de rien, cette saloperie de culpabilité et rien de plus.

Pourtant, il resta de longues minutes à contempler le sabreur à la lueur de son mégot, espérant involontairement qu'il le regarde de ses iris acier pour lui confirmer qu'il était bien vivant.