Chapitre 7 – Les Antidotes du Cœur
1er Décembre 1838
– Ne m'adresse plus la parole, espèce d'ignoble pervers ! aboya Draco à Harry qui venait de lui dire poliment bonjour.
Harry partit d'un grand rire et Draco se servit stoïquement une tasse de thé.
– J'étais sûr que tu en ferais toute une histoire, dit doucement le brun en triant son courrier debout devant son bureau.
– Et tu l'as fait quand même ! Tu n'es qu'un misérable luciférien !
– Si tu avais été plus coopératif, tu ne serais pas aussi frustré, constata platement Harry.
Draco cacha sa rougeur soudaine en plongeant dans sa tasse de thé, et tenta difficilement de se ressaisir.
– C'est malhonnête de t'acharner sur moi alors qu'il y a des tas de femmes qui seraient très heureuses de te contenter.
– Quel tas de femmes ? demanda distraitement Harry en décachetant le sceau de cire d'une enveloppe avec une petite dague.
Il y avait quelque chose de méprisant dans la façon dont Harry avait posé la question qui soulagea bizarrement Draco. Paradoxalement, l'idée qu'Harry ait du succès et qu'il puisse se désintéresser de lui était très dérangeante. Mais ça, il n'y avait aucune chance pour qu'il le reconnaisse.
– Des employées des Bains, des londoniennes qui ont eu l'occasion de t'apercevoir, les filles de certains hommes puissants qui fréquentent les Bains, beaucoup de femmes rêveraient de t'épouser… Tu as assez de succès pour te passer moi, c'est Blaise qui me l'a dit !
– Eh bien tu diras à Blaise que les menteurs vont en enfer ! claironna Harry en souriant.
– Blaise n'est pas un menteur, moi aussi j'ai remarqué l'effet que tu avais sur les gens. Je suis sûr que tu pourrais séduire n'importe…
– Ce n'est pas ça, le coupa Harry. Blaise est un menteur parce que le succès que j'ai ne sera jamais suffisant pour me passer de toi.
Le cœur de Draco papillonna.
Il soupira. Jamais il n'aurait dû éprouver ce sentiment de plaisir pour une déclaration aussi ridicule qu'artificielle.
– Toi aussi tu iras en enfer, fit-il remarquer.
– Mh. Oui, et là-bas je créerai un établissement très chic qui s'appellera… Les Bains de la Succube ! Toutes les âmes damnées se battront pour pouvoir y séjourner. De monstres puissants et malhonnêtes se presseront à ma porte, on y vendra de la luxure et des drogues fortes. L'éternité va être longue…
Draco eut un rire bref.
– C'est exactement la vie que tu mènes actuellement. C'est ça ta conception des choses ? Tu es déjà en enfer ?
– Non, ici et l'enfer, c'est très différent.
– Qu'est-ce qui est différent ?
– On ne rencontre pas de gens comme toi en enfer.
*.*.*.*.*
– Owen ! Owen ! cria une femme avec impatience depuis la réserve où étaient entreposées les plantes aromatiques pour les bains.
– Je vous demande pardon, il est occupé avec un livreur, lui dit poliment Draco en s'approchant d'elle. Je peux vous aider à sa place ?
Elle semblait énervée mais se calma brusquement en voyant Draco.
– Oh mais tu es le petit mignon qui était avec le Maître !
Draco sourit. Ailleurs les gens l'auraient immédiatement reconnu comme le fils de la noble famille Malfoy. Mais les employés des Bains étaient des gens modestes pour la plupart, qui ignoraient même qui était la famille Malfoy. Et Draco trouvait ça étrangement agréable. Dans la haute société son nom devait être associé au malheur et à la tragédie à présent. Ici il était le « petit mignon ».
– Je m'appelle Draco, j'aide Owen, répondit-il seulement avec un sourire chaleureux. Vous cherchez quelque chose ?
La femme sourit immédiatement comme si l'expression de Draco était communicative.
– Eh bien en fait oui ! Je cherche les pétales de lys blanc pour préparer un bain spécial à plusieurs clientes.
Draco tourna les yeux vers les étagères où s'entassaient des caisses et des bocaux rangés par ordre alphabétique. Il trouva l'étiquette « Lilium candidum (Lys blanc) » mais la caisse en bois manquait.
– Accio « registre » !
Un gros grimoire passa la porte, il l'attrapa et l'ouvrit à la dernière page.
– Oui c'est bien ce qu'il me semblait, dit-il après quelques secondes. Monsieur Rogue est venu chercher la boîte ce matin.
– Rogue ? Des fleurs de lys ? Pour quoi faire ? pouffa la jolie femme, incrédule.
– On utilise le lys dans la fabrication d'antidotes contre les charmes d'amour et les potions de guérison des brûlures, expliqua Draco.
– Eh ben dis donc, tu es bien renseigné ! Mais ça veut dire que je n'aurais pas de lys aujourd'hui ?
– Non, il n'a pas pu tout utiliser, les elfes ont dû replacer la caisse dans la mauvaise réserve. Attendez-moi je reviens.
Il rapporta la caisse quelques minutes plus tard à la jeune femme et constata avec plaisir que le sentiment d'avoir été utile le remplissait de fierté. Ce n'était pas grand-chose, mais il lui semblait qu'ici, il avait une place, on attendait quelque chose de lui, il n'était pas seulement un jeune noble encombrant. Et il grimaça à l'idée qu'encore une fois, il devait tout cela à Harry…
*.*.*.*.*
Les jours qui suivirent furent épuisants. Il se levait très tôt pour arriver à la même heure qu'Owen et remontait longtemps après que la nuit soit tombée. Il avait pris ses marques et s'était très vite fait à l'organisation des Bains, il différenciait les livreurs des informateurs, connaissait la moitié des gardes par leur nom, savait où étaient entreposés la plupart des fournitures, et les heures auxquelles Sirius venait chercher les rapports de ses hommes.
Au cours de la semaine il avait à peine croisé Harry – il fallait dire qu'il l'avait beaucoup évité – et sa colère avait fini par retomber.
– Tu ne travailles pas demain, l'informa Harry le vendredi soir.
Draco sursauta et ouvrit les yeux. Il s'était endormi sur le lit, son livre était tombé à côté de lui.
– Oui, Owen me l'a dit, répondit-il un peu précipitamment en s'asseyant et en vérifiant que le peignoir de coton bleu qu'il portait ne laissait rien voir.
Mais Harry ne le regardait pas de toute façon, il était debout devant le grand miroir de leur chambre et défaisait ses boutons de manchette.
– Ça va te faire du bien, tu as l'air épuisé.
Draco répondit par un long bâillement et un frisson. Harry s'approcha de lui et désigna le livre du menton.
– Qu'est-ce que tu lis ?
– Mince, réalisa Draco, je me suis endormi dessus et j'ai perdu la page…
Au moment où il mettait la main sur la couverture, les doigts d'Harry se posèrent sur les siens. Draco releva brusquement la tête et réalisa trop tard qu'il n'aurait jamais dû faire ça parce que les lèvres d'Harry venaient de se poser sur les siennes avec une ardeur difficile à repousser. Il émit une plainte d'indignation qui se mua en gémissement de plaisir quand Harry le força à ouvrir les lèvres pour y glisser sa langue. Une main du brun enserra sa nuque et l'autre se perdit dans ses cheveux.
Le temps que Draco comprenne ce qu'il venait de se passer, Harry était sur lui et il défaisait la ceinture en tissu qui constituait le seul – et dérisoire – rempart de sa nudité, tout en fouillant doucement sa bouche.
Le blond se découvrit totalement incapable de résister. Il s'était promis pourtant de ne plus jamais tomber dans ses filets. Mais il n'avait pas réalisé à quel point ce serait difficile. Il s'était évertué à ne pas y penser durant toute la semaine, il avait chassé Harry de son esprit et s'était noyé dans le travail qu'on lui avait confié.
Mais en fin de compte il s'était menti. Si son esprit désapprouvait, son corps lui ne voulait que ça. Il était resté sur sa faim lorsqu'Harry l'avait touché dans la baignoire et quel que soit le soin qu'il mettait à s'épuiser physiquement, cela ne changeait rien, il désirait Harry de toutes ses forces.
Il finit par fermer les yeux qu'il avait inconsciemment gardés grands ouverts, et répondit enfin au baiser. C'était atrocement bon. Le brun était doux et vorace et son baiser reflétait cette tendresse mêlée de violence.
Draco poussa un soupir affreusement indécent lorsqu'Harry écarta les pans de son peignoir et caressa sa peau nue. Son tortionnaire relâcha sa bouche pour le laisser respirer et une langue intrusive vint se perdre dans le creux de son oreille.
Puis il avala plusieurs goulées d'air en paniquant parce qu'Harry venait de glisser son genou entre ses jambes et le faisait remonter lentement pour le forcer à les écarter. Une main empoigna fermement son sexe et il se mordit durement la lèvre pour ne pas gémir il n'avait pas réalisé qu'il était dur à ce point.
Son membre était rigide et brûlant dans la main fraiche d'Harry. Il donna involontairement un coup de reins qui lui envoya une décharge de plaisir dans tout le corps et, mortifié, il se mordit plus fort la lèvre pour ravaler un cri vif.
Harry retira sa langue de son oreille et vint libérer sa lèvre du bout des siennes pour la mordiller lui-même. Puis il bougea enfin sa main et Draco ne put retenir ses gémissements et ses soupirs plus longtemps.
Il rouvrit les yeux et croisa ceux d'Harry qui l'observaient. Il détourna le regard et se souvint de l'expérience dans la baignoire où son tortionnaire s'était interrompu quelques secondes avant de le finir, le laissant dans un état de frustration intolérable. Alors il se força lentement au calme. S'il ne gémissait pas et s'il ne montrait pas les signes du plaisir qui le terrassait, Harry le ferais jouir sans le vouloir.
C'était totalement malhonnête, mais il avait été à bonne école avec le démon aux yeux verts.
Une vague incroyable de plaisir monta en lui et il eut le sentiment enivrant de la dompter, son calme lui permit de sentir avec plus d'intensité les doigts d'Harry sur sa peau, le mouvement qu'il faisait régulièrement avec son pouce sur son gland pour étaler les gouttes qui s'échappaient déjà de son sexe, ses cheveux qui caressaient sa tempe, la sensation excitante de sa jambe entre les siennes…
Le brun lui sourit et il se pencha vers lui lentement.
– Tu sais ce que j'attends, lui souffla-t-il à l'oreille.
Draco ne répondit rien, il y était presque…
La main d'Harry s'immobilisa quelques secondes avant qu'il jouisse et il poussa une longue plainte douloureuse.
Le monstre souriait toujours.
Draco cacha son visage dans le creux de son bras et tenta de calmer les spasmes de frustration. C'était horrible.
Il eut un rire bref un peu sifflant. Il était vraiment ridicule. Il avait tellement honte et tellement peur. Honte de lui, honte d'en avoir envie à ce point, honte d'avoir essayé de tromper Harry aussi naïvement, et peur de ce qu'il attendait de lui, de l'effet qu'il avait sur son corps.
– Comment est-ce que tu l'as su ? demanda-t-il alors qu'Harry écartait doucement son bras avec sa main libre.
– Que tu allais jouir ? En t'observant évidemment.
Draco secoua la tête.
– Tu ne me crois pas ? demanda-t-il avec un rire amusé.
Il posa sa main sur la poitrine de Draco qui avait toujours le souffle court.
– Je l'ai su à ta respiration. Et à la crispation de tes muscles.
Et sa main glissa lentement sur le ventre plat de Draco et entre ses cuisses, partout où se contractaient des muscles qu'il n'avait pas eu conscience de bander. Ses doigts caressèrent furtivement son gland et il se cambra involontairement.
– Pourquoi tu te l'interdis ? demanda Harry en l'embrassant dans le cou.
Il n'était pas du tout en colère, et cela surprenait Draco. Il imaginait que ses refus finiraient par l'énerver ou au moins l'impatienter. Pourtant ce n'était pas du tout le cas. Il ne savait pas trop pourquoi mais cela le rassurait un peu.
– Parce qu'entre hommes, ça ne se fait pas, même les moldus savent ça.
– On n'est pas chez les moldus ici, je t'ai déjà expliqué. Les règles sont différentes, c'est moi qui écris les lois, c'est moi qui dicte ce qui est moral. Laisse-toi aller dans mes bras Draco. Ici personne ne te condamnera. Et dehors, personne ne le saura.
– Moi je le saurai.
– Et alors ?
– Alors ce serait trahir ce que je suis, l'éducation que j'ai reçue, les projets que mes parents avaient faits pour moi. Je doute que mon père ait jamais voulu que je fornique avec un homme.
– Ton père a voulu que tu sois avec moi. Il m'a fait confiance quand il t'a confié à moi, fais-moi confiance toi aussi…
La voix d'Harry était apaisante. Ses lèvres caressaient son front. Draco ferma les yeux. Il en avait envie, malgré tout il savait qu'il ne pourrait pas accepter. C'était trop effrayant, irrationnel, et effrayant.
– Regarde-moi, Draco, l'appela doucement Harry. Tu refuses parce que tu as peur que je te demande quelque chose en échange. Tu as peur de m'être redevable. Pour l'instant tu crois encore qu'on lutte l'un contre l'autre, que je veux te posséder, ou te prendre quelque chose, tu te méfies toujours de moi.
Draco le dévisagea d'une drôle de façon, un peu abasourdi, sans trouver quoi répondre.
Il avait compris. Il avait deviné. De la même façon qu'il avait lu dans les mouvements infimes de ses muscles, il lisait dans les papillonnements complexes de son esprit. Draco croyait s'être perdu en route, pourtant Harry avait l'air de très bien savoir où il était.
Le brun lui sourit et se pencha à nouveau pour l'embrasser. Mais beaucoup plus doucement. Avec tendresse et en gardant les yeux grands ouverts. Draco le fixa également, tout en répondant à son baiser.
– J'ai l'impression d'apprivoiser un animal craintif, dit Harry en détachant à peine ses lèvres.
Son sourire sur la peau de Draco le fit frissonner.
– Je sais que tu as beaucoup souffert, et que la mort de ta famille est une perte irréparable. Mais tu ne peux pas te méfier de l'amour pour toujours, ou tu mourras de tristesse. Arrête de t'interdire de vivre, de te demander ce qu'ils auraient pensé, ce qu'ils attendaient de toi, ce que moi j'attends de toi… Tu n'as pas à t'en vouloir d'avoir survécu Draco. Et même si tu n'en es pas convaincu, je t'assure que c'est une très bonne chose, et que tu ne dois rien à personne.
Draco sentit les larmes lui monter aux yeux et il détourna le regard des émeraudes trop brillantes. C'était exactement les mots qu'il avait besoin d'entendre. Harry défaisait les nœuds qui nouaient son âme avec énormément de douceur. Il semblait comprendre ce qu'il ressentait bien mieux qu'il ne le comprenait lui-même. Il éloignait la douleur et la culpabilité à la seule force de ses mots et de sa tendresse.
Harry se pencha à nouveau vers lui et son souffle caressa son oreille. Sa main parcourut son corps avec cette impudeur provocante qui le caractérisait.
– Veux-tu que je te fasse jouir, Draco ?
Le blond eut un long frisson électrique.
– Oui, souffla-t-il en rougissant.
Et alors Harry s'écarta et disparut de son champ de vision. Et l'espace d'un battement de cœur, Draco pensa qu'il s'était encore moqué de lui et qu'il ne lui avait tiré cet aveu que pour mieux le ridiculiser.
Mais la seconde d'après, la bouche vorace du démon aux yeux verts engloutit son sexe d'un seul coup, lui coupant le souffle et le laissant, corps rigide et yeux écarquillés, trop surpris pour réagir.
Puis les lèvres bougèrent et la bouche glissa le long de sa hampe, jusqu'à ce que la pointe d'une langue joueuse vienne danser sur son gland. D'une main il le força encore à écarter les jambes et de l'autre il caressa ses fesses, l'intérieur de ses cuisses… Draco appuya ses mains contre son nez et sa bouche mais il cria quand même, les paupières serrées tellement forts qu'il en avait mal aux yeux.
Harry l'avala à nouveau entièrement et Draco gémit longuement, encore et encore, sans pouvoir s'en empêcher. L'orgasme le prit avant qu'il ait pu comprendre ce qui arrivait, des spasmes violents le clouèrent au lit et il sentit très nettement son sperme s'échapper entre les lèvres du brun qui l'avala goulument.
Il lui fallu plusieurs longues minutes pour reprendre pied avec la réalité. Quand il rouvrit les yeux Harry était à nouveau au dessus de lui et il caressait son visage. Draco ouvrit la bouche pour s'excuser d'avoir joui sans le prévenir mais avant que le moindre son ait pu en sortir, les lèvres d'Harry étaient pressées sur les siennes et il l'embrassait tendrement.
Puis le brun lui retira entièrement son peignoir et l'aida à se glisser dans les draps. Draco s'endormit immédiatement.
*.*.*.*.*
Quelqu'un frappa avec insistance à la vieille porte gondolée. Draco jeta un regard derrière son épaule et constata qu'Owen discutait toujours avec Sirius. Il s'approcha de la porte et ouvrit la lucarne. Dehors dans l'ombre du crépuscule, une silhouette noire encapuchonnée se tenait devant l'entrée des Bains, et si Draco ne put reconnaître son visage, sa voix elle, le glaça d'horreur.
– B'soir, service des rapts, énonça une voix qui se voulait joviale mais qui était bien plus tendue que dans les souvenirs du jeune homme.
Draco recula instinctivement. Il revit la ruelle, les hommes qui le poursuivaient, la terreur quand ils l'avaient rattrapé. La certitude qu'il allait connaître le même abominable sort que ses parents. Il lui sembla qu'une main glacée s'était refermée autour de son estomac au son de la voix du mercenaire.
Une main bien réelle se posa sur son épaule d'une manière réconfortante tout en éloignant Draco de la porte. Owen qui avait lui aussi reconnu la voix du mercenaire ouvrit la porte pour laisser entre la silhouette courbée suivie de ses deux acolytes.
Sirius s'approcha lui aussi en lançant un regard perçant à l'énorme paquet que les deux hommes transportaient avec difficulté.
– On vous ramène Jaren Scott, annonça le chef des mercenaires en reniflant.
Sa voix était un peu sifflante et il avait le souffle court.
– Excellent, conclut Sirius en se penchant sur le paquet qui gisait maintenant à ses pieds.
Il écarta le tissu de toile sombre qui recouvrait la prise des mercenaires et Draco eut un hoquet en découvrant le corps d'un homme recroquevillé sur lui-même, la bouche ouverte et les yeux révulsés dans une expression de souffrance indicible.
– Vous l'avez stupefixé sous Doloris, compris le blond avec dégoût. Vous êtes monstrueux…
– Jaren Scott achète ou kidnappe des orphelins qu'il revend à des manufactures moldues qui les exploitent jusqu'à épuisement, expliqua Sirius tout en cherchant le pouls sur la gorge crispée de la proie immobile. Il travaille aussi dans le commerce de luxe et ses plus belles « marchandises » sont vendues à des hommes riches et désabusés que les femmes ennuient et qui désirent goûter à une chair plus innocente… Alors qui est le plus monstrueux selon toi ?
Draco resta silencieux à fixer le visage déformé pendant que Sirius fouillait le dénommé Jaren.
– Dick, Embry ! appela-t-il.
Deux hommes sortirent immédiatement de la salle de repos des gardes.
– Amenez-le dans les geôles et levez le sortilège pour qu'on puisse l'interroger.
Les gardes emportèrent la prise et Sirius se tourna vers les mercenaires.
– Ça n'a pas dû être simple de le ramener vivant, vous aurez votre prime !
Owen s'apprêtait à ajouter quelque chose quand le chef des mercenaires s'effondra. Ses deux amis se précipitèrent sur lui.
– Sa lame était empoisonnée, comprit l'un d'eux en révélant une blessure sanglante.
Leur chef pressait une main contre sa poitrine et respirait de plus en plus mal.
– Il lui faut un médicomage ! s'exclama l'autre.
Sirius hocha la tête.
– Quiver !
Un petit elfe intimidé apparut.
– Va chercher Rogue tout de suite !
L'elfe disparut sans poser de question.
– Tenez bon, Rogue est le plus grand spécialiste des poisons de tout le royaume. La blessure a été faite il y a combien de temps ? demanda Sirius au mercenaire que ses amis et Owen avaient assis contre le mur.
Son front était perlé de sueur et ses yeux étaient vitreux.
– Il y a quelques minutes, répondit-il en tremblant.
– Rogue n'arrivera pas à temps, déclara Draco en s'approchant. Il est parti il y a une heure pour Douvres, il devait se procurer des plantes rares au près d'un bateau de la Compagnie des Indes en escale. Le poison agit trop vite !
Sirius fronçait les sourcils, signe qu'il était arrivé à la même conclusion le mercenaire semblait déjà au bord du malaise et il avait l'air de beaucoup souffrir.
– Avec quoi vous a-t-il fait cette blessure ? demanda Draco en écartant le tissu pour regarder la plaie.
– J'te reconnais, gamin, fit l'homme d'une voix saccadée en plissant les yeux. T'étais un d'mes contrats.
Draco battit des cils et serra la mâchoire.
– Comment vous a-t-il fait cette blessure ? insista-t-il.
– Avec une dague qu'il a sortie de sa manche, répondit l'un des deux mercenaires.
– Comment savoir de quel poison il s'agit ? demanda Owen d'une voix inquiète.
– Ça n'a pas d'importance, répondit Sirius, on va lui donner du Bézoard.
– Le Bézoard n'a d'effet que si le poison a été inoculé par voie orale, fit remarquer Draco en tirant un peu sur le col sombre de l'homme pour révéler sa gorge sur laquelle apparaissait des plaques violettes.
– Qu'est-ce que c'est ? interrogea Owen en grimaçant.
– Tirez la langue, exigea Draco d'une voix ferme.
L'homme semblait faire un terrible effort pour rester conscient et se tenait le cœur comme s'il risquait de sortir de sa poitrine. Il s'exécuta difficilement. Sa langue portait les mêmes taches violettes que sa peau.
– Aconitine, déclara Draco. Owen, s'il-vous-plaît, allez dans la réserve des potions, il faut de la teinture d'ail et une potion de Souci et d'Aubépine, c'est une fiole rouge.
Owen lança un regard surpris à Sirius. L'animagus plissa les yeux. Si Draco avait voulu se venger des mercenaires, c'était bien le moment de le faire. Et comme aucun d'entre eux ne connaissait le poison qu'il avait mentionné il était impossible de vérifier que le « remède » ne soit pas une manière de le tuer plus vite.
Mais après tout, Sirius ne se sentait pas trop concerné. Il s'inquiétait déjà assez pour ses hommes, il n'allait pas pousser le vice jusqu'à se méfier du protégé de son filleul pour défendre un mercenaire. Et puis c'était une excellente occasion de tester sa loyauté aussi fit-il un signe de tête à Owen.
– Tout de suite, petit ! répondit le portier de bondissant sur ses jambes.
– Vous m'entendez ? demanda Draco au chef des mercenaires dont le souffle était de plus en plus chaotique et l'œil de plus en plus vitreux. Vous allez tousser le plus fort possible pour retarder l'arrêt du cœur. Allez-y.
Et pendant que l'homme se forçait difficilement à tousser, Draco demanda à Sirius s'il avait une dague. Le parrain d'Harry lui présenta une longue dague d'argent avec laquelle le blond déchira délicatement le tissu autour de la plaie pour y accéder.
Owen revint en courant, en tenant précautionneusement deux potions.
– Faites-lui boire celle-là ! ordonna Draco en désignant la fiole rouge.
Et il versa lui-même le contenu de la potion blanchâtre sur la longue plaie. Le mercenaire afficha une grimace de douleur et sembla retrouver un peu ses esprits. Owen lui fit boire lentement le contenu de la fiole rouge.
– Il faut l'allonger et le couvrir, dit Draco.
– Portez-le dans la salle de repos, ordonna Siruis aux deux mercenaires. Owen trouvez une couverture s'il vous plait.
Puis il se tourna vers Draco qui lui rendit sa dague.
– Tu penses qu'il peut s'en sortir ?
– Il faut tenir bon jusqu'au retour de Rogue. L'Aconitine paralyse le système respiratoire et le cœur. Il faut qu'il ménage sa respiration et son rythme cardiaque pour ralentir la progression du poison. La potion de Souci et d'Aubépine et la teinture d'ail n'ont servis qu'à nous faire gagner du temps en protégeant le cœur, mais ce ne sont pas des antidotes.
Sirius hocha la tête.
– Continue à faire de ton mieux, je vais voir si je peux ramener cette fripouille plus vite…
Et il transplana.
Draco se dirigea dans la salle de repos des gardes où un attroupement s'était formé autour du mercenaire, il se fraya un chemin jusqu'au malade qu'on avait couvert et allongé sur un canapé élimé et il demanda à Owen d'éloigner tout le monde et de ramener le calme.
Et pendant que le portier dissipait les gardes à coup de « Oust ! Y a rien à voir ! », Draco s'agenouilla près du mercenaire inconscient et lança sur lui le sort de synchronisation respiratoire.
Il eut l'impression de remonter dans le temps jusqu'à un après-midi pluvieux où sa mère lui avait enseigné ce sortilège. Dans l'immense cave du manoir qu'elle avait aménagée en laboratoire, elle lui avait longuement appris l'utilisation des herbes et des plantes, la fabrication des potions, et surtout sa spécialité : la confection des antidotes et la neutralisation des poisons.
Le sort fit effet lentement et Draco eut la sensation d'avoir deux poitrines qui se gonflaient d'air à la même allure et d'avoir deux cœurs qui battaient à l'unisson. Il ferma les yeux et fit le vide en lui. Il devait faire diminuer la vitesse de son cœur et calmer sa respiration jusqu'à ce qu'elle soit le plus faible possible.
Il inspira longuement par le nez, bloqua un instant et souffla ensuite lentement, comme lui avait appris sa mère. Il lui semblait sentir sa main douce sur sa poitrine et entendre sa voix qui lui disait « Ton cœur bat toujours trop vite, il doit être calme comme celui d'un enfant qui dort ».
Draco s'accrocha à cette voix et puisa en elle un sentiment de paix. Le monde autour de lui devint silencieux et il n'écouta plus que cette double respiration parfaitement synchronisée comme un écho, le bruit de leurs deux cœurs dont le rythme était maintenant lent et régulier, et les intonations lointaines et apaisantes des mots de sa mère.
Comme dans un rêve, il lui sembla reconnaître la voix de Rogue qui disait que la synchronisation fonctionnait et qui parlait d'un antidote.
Il n'aurait su dire combien de temps il était resté là, à genoux sur le sol froid, concentré sur son seul souffle, mais quand le sort « Finite Incantatem » résonna à ses oreilles et le tira brutalement de sa transe, il lui sembla qu'il était resté immobile pendant des heures.
– Vous m'entendez monsieur Malfoy ?
Draco rouvrit les yeux et les leva vers un homme sombre aux longs cheveux gras qu'il mit un long moment à reconnaître.
– Votre intervention lui a été salutaire, j'ai pu préparer l'antidote à temps.
Draco releva la tête et fixa le mercenaire toujours endormi.
– Il est hors de danger. Comment avez-vous compris qu'il s'agissait d'Aconitine ?
– Les taches violettes, répondit Draco d'une voix faible en se massant le crâne.
Rogue hocha la tête.
– Vous avez plus de bon sens que tous les idiots de cet établissement réunis.
Draco entendit Sirius soupirer d'agacement.
– Maintenant, déclara Rogue d'un ton aussi magistral que méprisant, je retourne travailler. Et cette histoire m'ayant fait perdre un temps précieux, je vous recommande de ne me déranger que pour des raisons de vie ou de mort.
Et le Maître des Potions partit dans un bruit de cape.
– Je déteste toujours quand il sort de son laboratoire, remarqua Sirius en levant un sourcil. Oh et félicitations Draco, Harry va être fier de toi.
– Ouais bravo, petit ! s'exclama Owen en aidant Draco à se relever. Geralt t'en doit une !
Draco regarda une dernière fois le chef des mercenaires dont il avait jusque là ignoré le nom. Un de ses amis l'aidait à boire pendant qu'un des gardes soignait sa blessure. L'autre ami de Geralt remercia longuement Draco qui trop exténué lui répondit à peine quelques mots puis Owen l'aida à remonter jusqu'aux appartements du Maître des Bains.
Harry ouvrit la porte avant qu'Owen ne frappe. Il sourit doucement en Draco quand leurs regards se croisèrent.
– Bonsoir m'sieur ! Je vous ramène vot' protégé. Il s'est épuisé en j'tant un sort pour sauver la carcasse de Geralt Drow, le mercenaire.
– Oui, on vient de me le raconter, répondit Harry en attirant Draco contre lui pour le soutenir à son tour. Merci de l'avoir aider à remonter Owen.
– Pas d'quoi m'sieur ! répondit le portier en partant.
Le Maître des Bains installa Draco sur un canapé et lui fit boire une tasse de chocolat chaud apporté par Dobby.
– Alors comme ça tu sauves des gens maintenant ? demanda Harry en souriant.
– Mh, répondit Draco en fermant les yeux de fatigue.
– Pourquoi tu t'es senti obligé de le faire ? C'est le mercenaire qui t'a capturé et amené ici après la mort de tes parents, je suis sûr que tu l'avais reconnu.
– C'est ce que tout le monde fait…, répondit Draco d'une voix lointaine les paupières toujours baissées. Ici, les gens travaillent tous ensemble et se protègent les uns les autres.
– Je suis heureux que tu aies compris ça, dit doucement le brun en prenant la tasse vide des doigts de Draco.
Puis il écarta ses mèches blondes et déposa un baiser sur son front.
– Dès demain tu pourras cesser de travailler aux sous-sols, ajouta-t-il.
Mais l'héritier Malfoy s'était déjà endormi…
A suivre…
Ecriture achevée le 17/04/2011
Blabla de l'auteuse :
Merci d'avoir lu jusque là, ce chapitre m'a pris un peu plus de temps que ce que je pensais parce que j'ai entièrement supprimé une scène de plus de 1000 mots, elle ne me plaisait plus, on s'est disputées, bref, j'ai perdu du temps là-dessus.
Sinon j'aimerais savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre. Etes-vous satisfaites que Draco ait (un peu) cédé? (Ou pas du tout?) Quel travail pensez-vous qu'Harry va confier à Draco maintenant? Et enfin (une question politique pour relever le niveau) que pensez-vous de la loi L. 1312 du Code de Commerce Magique relative à la vente illégale de poisons potentiellement mortels?
Mention légale : si un jour vous êtes empoisonné à l'Aconitine, n'essayez surtout pas de vous soigner avec le remède décrit dans cette fic (sinon vous allez mourir).
(RAR : Mag: Merci beaucoup de suivre cette histoire, j'ai conscience que je dois toujours mettre à jour cette fic sur ManyFics, je culpabilise beaucoup! Si si c'est vrai! Et j'espère que ce chapitre te plait, à très bientôôôt! ^3^/ Chloe : Merci pour ton commentaire, et j'espère continuer à te captiver longtemps! A très vite pour la suite!)
A très bientôt! ^_^
