Amy chan : encore et toujours merci pour ta review ! J'espère que ce chapitre te plaira autant que le précédent... hmm... je pense que oui!^^
Chapitre 7
« Tu vois, il serait vraiment le petit ami ultime s'il n'hésitait pas tous les trois mots quand il fait une phrase.
- Ouais, t'as raison », approuva Coralie en enfournant une autre poignée de pop corn.
Sioban piocha à son tour dans le saladier, et gloussa quand le colocataire de Hugh Grant sortit sur le perron de leur appartement pour poser devant les photographes en slip.
« En résumé, faudrait qu'il se taise, et ça serait parfait ! poursuivit Coralie.
- Voilà, c'est ça, absolument ! »
Allongée toutes les deux sur le lit de Coralie, le PC posé entre elles, les deux jeunes femmes délaissées par leurs amis occupés à une soirée poker entre hommes visionnaient « Coup de Foudre à Nothing Hill » armées de canettes de coca et d'un saladier de pop corn.
Sur l'écran, Julia Roberts faisait un scandale à Hugh Grant. Sioban soupira :
« Il est trop gentil... elle va le bouffer, c'est sûr... ils ne vont pas du tout ensemble, en fait...
- Tu rigoles ? Au contraire, il va lui apporter la stabilité, et elle le petit grain de folie qui manque à sa vie ! Ils sont faits l'un pour l'autre ! »
Peu convaincue, Sioban fit la moue.
« Tiens, regarde Nicky et toi, poursuivit son amie. Il est aussi posé que tu es exubérante, et ça marche super bien entre vous !
-... oui. Ça se défend. »
Elles se turent quelques minutes, absorbées par le film, puis Sioban demanda :
« Et toi, ma petite Pandi, avec qui ça marcherait super bien ? Ça fait combien de temps que tu es arrivée ici ? Toujours personne en vue ?
- Nan.
- Tu as peut-être laissé un petit copain, chez toi ?
- Nan. »
Sioban se tortilla un peu pour se tourner vers Coralie, délaissant momentanément le film.
« Allons, tu ne vas pas me faire croire ça...
- C'est pourtant vrai ! »
Voyant que son amie n'allait pas lâcher le morceau tout de suite, Coralie expliqua, les yeux toujours fixés sur le film.
« J'étais ce que tu appellerais une « no-life ». J'avais plein de copains, en fait, mais uniquement sur le net. Et en plus, je me faisais passer pour un gars.
- Ah ouais ? Pourquoi ?
- Parce qu'on te prend tout de suite plus au sérieux. Y a pas plus phallocrate qu'un geek ! Bon, du coup, je te raconte pas le nombre de liens pornos qu'on a pus m'envoyer… »
Sioban éclata de rire.
« Et en plus, quand tu vois leurs conversations sur les nanas, ça te donne limite envie de virer zoophile ! » poursuivit Coralie.
Son amie rit de plus belle. Quand elle parvint à reprendre son souffle, essuyant les larmes qui lui coulaient sur les joues, Sioban s'inquiéta :
« Rassure-moi, tu as déjà… »
Coralie lui lança un regard en biais.
« Ben oui, quand même ! » répliqua-t-elle d'un ton indigné. Puis, plus timidement : « … bon, j'en ai pas eus des wagons, mais de toute façon, pour le bien que ça m'a … »
La jeune femme s'interrompit brusquement, consciente d'en avoir trop dit.
Ou pas assez, de l'avis de Sioban :
« Comment ça, pour le bien que ça t'a… ?
- Rien, laisse tomber.
- Tu rigoles ? Allez, t'es déjà allongée, raconte tout à tata Siossio !
- Mais arrête, c'est super intime !
- Je te rappelle que je travaille dans le domaine médicale. Secret professionnel, rien ne sortira de ces murs. De toute façon, je ne te lâcherai pas !
- Tu vas louper le meilleur du film…
- Je le connais par cœur, je peux même leur souffler les répliques s'ils se trompent. Allez ! »
Coralie soupira. Apparemment, elle avait trouvé plus têtue qu'elle.
« Très bien. Alors le premier, j'avais 17 ans, et lui 16. C'était un type qui venait aider son père maçon pendant les vacances scolaires. Il y avait des travaux à faire à la maison… On a fait ça dans le local piscine, super glamour, allongés sur un matelas de transat, entre les bidons de brome et de réducteur de PH … remarque, le calvaire n'a pas duré bien longtemps, Dieu merci ! »
Sioban pouffa de nouveau :
« Effectivement, ça devait pas être top ! Qu'est-ce qui t'avait plu, chez lui ?
- Ben, il était mignon, sympa et pas très futé… et surtout, je me disais que ça ferait bien chier mon père s'il apprenait que je me tapais le fils du maçon !
- Oh oh, ça devient intéressant, là ! Des conflits avec ton paternel ?
- Comme tout le monde, je pense… je continue ?
- Je t'en prie !
- Et le deuxième, c'était un prof d'architecture. Il ne s'est pas rendu compte que j'existais les deux premiers trimestres, alors quand il a commencé à me draguer en fin d'année, je me suis sentie super flattée… et puis je me disais que comme il était beaucoup plus âgé, ça allait mieux se passer…
- Et ?
- Et pareil.
- Comment ça, pareil ?
- Nul. Zéro. Nada. Je prenais plus mon pied en jouant à WOW. Je peux t'assurer que trois semaines plus tard, c'était déjà de l'histoire ancienne… »
Sioban resta quelques secondes silencieuses avant de sourire malicieusement :
« Tu sais ce qu'on dit ? Qu'il n'y a pas de femme frigide, il n'y a que des mauvaises langues ! »
Coralie fronça les sourcils avant de comprendre le trait d'esprit, et elle jeta une poignée de pop-corn avec une mimique dégoûtée sur son amie hilare.
« Et toi ? questionna la jeune femme.
- Moi ? Houlà, t'as deux-trois heures devant toi ?
- … quoi ? Tant que ça ?
- Non… quoique… le premier, j'avais 16 ans. Un Américain, en vacances en Irlande. Du vite fait, mal fait, moi aussi. Après, il y a eu un Hollandais. Très sympa. Puis ce photographe, là, un coup du tonnerre, un de mes meilleurs souvenirs !… Un ancien copain de lycée, et puis un copain à lui… »
Au fur et à mesure que l'Irlandaise énumérait ses conquêtes, Coralie écarquillait de plus en plus les yeux.
« Le copain d'une copine. Bon, ils étaient déjà séparés, mais elle était toujours amoureuse de lui, j'ai été un peu salope, là. Après, je suis re-sortie avec mon pote de lycée, et puis j'ai été retenue pour faire partie de l'expédition d'Atlantis. Depuis, je suis avec Nicky.
- Et vous avez mis longtemps, avant de sortir ensemble ?
- Vingt minutes, à tout casser… j'ai complètement flashé sur lui. Je crois qu'il n'a pas compris ce qui lui arrivait ! »
Coralie ricana et se focalisa à nouveau sur le film, où les amis du héros se mettaient en quatre pour lui trouver une femme capable de lui faire oublier la star hollywoodienne.
Pourvu que ça lui donne pas des idées…« Bon, Pandi, avec tous ces célibataires en liberté dans cette cité, on va bien réussir à t'en trouver un ! »
… et merde…
« Tais-toi et regarde le film, au lieu de dire des âneries !
- Ntn ntn ntn… alors… qu'est-ce que tu penses de Miles Wolinsky ?
- Le gars du département d'archéologie ? Nan, pas mon type…
- Et c'est quoi, ton type ? »
Coralie réfléchit dix secondes, avant de répondre :
« Evan Lorne. Il est vraiment craquant…
- Oui, il est pas mal… mais oublie, il a des vues sur une de mes collègues… dans le genre militaire torride, Sheppard est à tomber, tu trouves pas ?
- Si. Si, il est… ouais, pas mal du tout ! Mais même combat, je pense qu'il craque pour une certaine Pégasienne, si tu veux mon avis…
- Teyla ? Tu crois qu'il s'intéresse à elle ?
- Ben si c'est pas le cas, il fait bien semblant ! »
Sioban réfléchit quelques secondes avant d'acquiescer silencieusement en se fourrant une poignée de pop corn dans la bouche. Hélas, elle n'attendit même pas d'avoir avalé avant de poursuivre, la bouche pleine :
« Et en parlant de natifs de Pégase… »
Elle fut immédiatement interrompue par Coralie :
« Stop ! Même pas tu prononces son nom !
- Et pourquoi ça ? Il est quand même pas dégueu, dans son genre !
- Ha ! Parle pour toi !
- Bon, il est un peu spécial, c'est vrai… mais il est loin d'être repoussant ! Et Lou m'a raconté que tu ne faisais pas spécialement ta dégoûtée le jour où vous êtes arrivés tous les deux à l'infirmerie et qu'il s'est fait examiner par Keller ! T'étais comme les autres, t'en perdais pas une miette ! »
Coralie prit son air le plus indigné :
« N'importe quoi ! ! ! »
Son amie se contenta de sourire de plus belle en enfournant une énième poignée de pop-corn. Une scène du film attira son attention, et Coralie pensa le sujet clôt, mais Sioban n'entendait pas en rester là :
« D'ailleurs, comme on parle de lui, t'en as encore pour longtemps avec ton pari à la con ? »
Voyant à quoi l'Irlandaise faisait référence, la jeune femme répondit :
« C'est pas un pari, c'est une promesse.
- Bon, ta promesse à la con, si tu préfères ! Ça fait combien de temps que ça dure ?
- Un mois et une semaine. J'ai encore plus d'un mois et demi à tenir. » dit Coralie en grimaçant.
Jamais elle n'aurait pensé qu'éviter quelqu'un dans cette immense cité serait aussi problématique. Il ne se passait pas deux jours sans qu'elle ne tombe sur Ronon Dex au détour d'un couloir et qu'elle ne doive faire précipitamment marche arrière. Plus d'une fois elle fut contrainte de faire des détours alambiqués pour se rendre là où on l'attendait, s'attirant régulièrement les foudres du Dr McKay qui ne supportait pas le moindre retard.
Et le pire restait les repas. La jeune femme avait déserté le mess, et attendait ses amis dans sa chambre, comptant sur leur pitié pour lui ramener quelque chose à se mette sous la dent. A ce jour, seule Sioban jouait encore le jeu, et Coralie se dit qu'elle devrait peut-être songer à tenter de corrompre quelqu'un affecté aux repas pour lui mettre un bout de pain de côté avant que l'Irlandaise se lasse à son tour.
Si encore il allait manger à des heures régulières, je pourrais décaler mes repas !Mais le Pégasien pouvait se rendre au mess à n'importe quel moment du jour ou de la nuit, et, comble de malchance, SGA1 n'avait effectué qu'une seule et unique expédition extraplanétaire depuis la mission de sauvetage de Coralie.
Je devrais peut-être essayer de pirater le logiciel qui indique la position du personnel d'Atlantis… comme ça, je n'aurais plus qu'à surveiller où il se trouve pour l'éviter…
Ce n'était pas la première fois que cette option tentait la jeune femme, mais à l'idée que McKay découvre qu'elle avait encore mis son nez là où il ne fallait pas, son bon sens reprenait le dessus.
Allez, moins de deux mois à tenir…
Sur l'ordinateur, Julia Roberts se faisait gentiment envoyer sur les roses par Hugh Grant. Coralie jeta un œil sur l'heure et fit la grimace : elle n'allait pas pourvoir regarder la fin du film.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Sioban.
- Va falloir que j'y aille, répondit son amie sans faire mine de bouger.
- Ah, tes cours d'autodéfense ?
- Tout juste ! Mais je reste encore deux minutes, Teyla s'échauffera en m'attendant… »
Depuis sa mésaventure avec Apper, le Colonel Carter avait très vivement conseillé à Coralie de voir le psychiatre de la cité et d'apprendre à se battre. Les séances de psy s'étaient interrompues au bout de trois visites, à son grand soulagment, le docteur ayant décrété qu'elle gérait de façon satisfaisante le stress post traumatique de sa mésaventure. En revanche, depuis plus d'un mois, elle continuait de bénéficier des enseignements de l'Athosienne une ou deux fois par semaine. De l'avis de son élève, Teyla était un professeur enjoué et compétent. Ce qui au départ avait des allures de corvée était devenu un rendez-vous aussi utile qu'agréable, et Teyla paraissait satisfaite des progrès de la jeune femme. Et, comble d'ironie, la salle d'entraînement semblait réservée pour la Pégasienne et son élève, et Coralie n'y avait paradoxalement jamais croisé un autre natif de cette galaxie.
Sur l'ordinateur, le héros et ses amis s'entassaient comme ils pouvaient dans un break pour traverser Londres à la poursuite de Julia Roberts. Il restait à peine cinq minutes de film, mais Coralie n'osa pas faire attendre Teyla plus longtemps. Elle se leva du lit et fila dans la salle de bain se changer. Deux minutes plus tard, les cheveux noués en queue de cheval haute, vêtue d'un bas de jogging noir et d'un T-shirt gris sans manche qui la moulait comme une seconde peau – la jeune femme avait vite compris qu'il était dangereux de laisser à l'Athosienne la moindre opportunité d'une prise pour l'agripper -, Coralie se dirigea vers son amie toujours affalée sur le lit, chipa une poignée de pop corn dans le saladier que Sioban avait carrément posé sur son ventre et lui dit avant de les avaler :
« Tu éteins l'ordi avant de partir !
- Bien sûr… tu me rejoins dans ma chambre, après ? Nicky ne sera sûrement pas rentré…
- Ça marche. Juste le temps de prendre une douche. Et on se regardera « La Proposition », ça te dis ? Autant faire dans le girly jusqu'au bout… »
Avec un sourire, Sioban acquiesça, et Coralie attrapa sa bouteille d'eau au passage avant de la laisser seule profiter de la fin du film.
Ne voulant pas trop abuser de la patience de son professeur, la jeune femme pressa le pas jusqu'au téléporteur, puis trottina en direction de la salle d'entraînement. Elle s'apprêtait à se répandre en excuses à peine la porte franchit, mais elle se figea dans l'encadrement en blêmissant.
Ce n'était pas le bon Pégasien qui attendait.
Coralie sursauta comme une gamine prise en faute, fit rapidement demi-tour et prit ses jambes à son cou, comme si le fait de disparaître de la vue de Ronon Dex allait lui faire oublier qu'il l'avait aperçue la seconde précédente.
« Fox ! »
La jeune femme s'immobilisa.
Il a grogné, ou il m'a appelée, là ?
Avec circonspection, elle se rapprocha de l'entrée de la salle, mais resta cachée derrière le mur. Elle prit le bord de l'encadrement de sa main libre, et pencha la tête de façon à ce que seuls son front et ses yeux dépassent de l'ouverture, ridiculement soucieuse de ne pas enfreindre sa promesse.
« Vous êtes en retard. »
Coralie avala péniblement sa salive.
C'est quoi, c'te blague ?
« Heu... je devais rejoindre Teyla...
- Teyla a dû aller sur la Nouvelle Athos d'urgence. C'est moi qui doit vous entraîner. »
Ah non... non non non non non non !
Son rythme cardiaque s'emballa et c'est d'une petite voix couinante qu'elle protesta :
« Pas question! »
La réponse ne se fit pas attendre :
« Fox, ne m'obligez pas à venir vous chercher... »
Le ton était aussi aimable que le visage du Pégasien, qui, visiblement, commençait à perdre patience.
« Ecoutez, je vous ai fait une promesse », dit Coralie, tentant son va-tout, toujours en grande partie cachée derrière le mur. « Je me donne un mal fou à la tenir depuis plus d'un mois, alors je ne vais pas... »
Sa voix s'étrangla dans sa gorge quand Ronon Dex s'avança vers elle à grandes enjambées déterminées. La jeune femme quitta son abris relatif et s'avança précipitamment dans la salle en contournant largement le Satédien qui s'était immobilisé et la regardait longer les murs avec une expression indéchiffrable.
Coralie, quant à elle, ne pouvait rester en place, et c'est en arpentant nerveusement la pièce tout en triturant sa bouteille d'eau des deux mains qu'elle protesta :
« Bon, soyons sérieux deux minutes : je ne vais pas rester ici me faire ratatiner comme une crêpe !
- Ce n'est pas le but. Je dois juste vous apprendre à vous défendre, pas réellement me battre contre vous. Maintenant, je ne veux plus vous entendre : vous allez poser cette bouteille et commencer à vous échauffer.
- Non mais...
- Sérieusement, Fox, vous prononcez un mot de plus, et à la fin de cet entraînement vous sortirez de cette salle en rampant. » l'interrompit-il sur un ton inflexible.
Voyant à l'air effaré de Coralie, Ronon Dex précisa :
« Parce que je vais vous faire tellement travailler que vous n'aurez plus assez de souffle pour parler ! Arrêtez un peu de me regarder comme si j'allais vous étriper ! Et ne restez pas là la bouche ouverte, courrez autour de la salle pour l'échauffement. »
Refermant la bouche qu'elle tenait effectivement béante, la jeune femme alla poser sa bouteille contre un mur et s'exécuta en maugréant. Elle entreprit de courir en vastes cercles à petites foulées, pendant que son nouveau professeur se tenait au centre de la salle et se tournait vers elle au fur et à mesure de son déplacement. Cela lui rappela ses séances de dressage, dans le ranch de son grand-père dans le Wyoming. Elle avait débourré son premier poulain à l'âge de douze ans, et ce souvenir lui fit ressentir un mélange de nostalgie, mal du pays et vexation d'être cette fois à la place de l'animal qui répond à l'ordre du dresseur. Sans s'en rendre compte, elle ralentit son allure, et la réaction du Pégasien fut immédiate :
« Plus vite ! Même Zelenka ferait mieux ! »
Coralie lui lança un regard noir, autant à cause de sa remarque que parce qu'elle lui en voulait de dénigrer le Hongrois qu'elle appréciait. Mais elle accéléra comme il lui avait ordonné.
Il la laissa courir ainsi bien plus longtemps qu'elle ne l'aurait imaginé. Il lui demanda même de trottiner en reculant, et Coralie faillit perdre l'équilibre à deux reprises, et elle se rattrapa à chaque fois de justesse, ses joues rouges sous l'effort prenant une teinte encore plus soutenue. Son souffle s'était déjà fait plus laborieux quand il l'autorisa à s'arrêter, mais la jeune femme n'était pas au bout de ses peines. Si les échauffements de Teyla se faisaient tout en douceur, entre étirements, assouplissements et autres postures destinées à préparer progressivement ses muscles aux efforts qui allaient suivre, Ronon Dex était partisan d'une approche plus... « physique » du sujet. A la course d'échauffement se succédèrent tout un tas d'exercices où elle dut s'accroupir et se relever plusieurs fois, mettant ses cuisses au supplice, écarter les jambes et prendre appui sur chacune d'elles tour à tour en descendant jusqu'à toucher ses talons, ce qui ne les arrangea pas, et il lui imposa même une série de pompes dont elle ne parvint pas à faire la moitié avant de s'écrouler sur le ventre, les bras en croix.
Ronon Dex s'approcha d'elle et s'arrêta au niveau de son visage, qu'elle n'eut pas la force de soulever du sol. La joue droite collée contre la relative fraîcheur du tapis d'entraînement, elle tenta de lever son œil gauche à la rencontre de son bourreau, mais elle ne parvint pas à montrer au delà de ses cuisses. Il s'accroupit souplement au dessus d'elle, et la jeune femme put fixer son visage impassible.
« Je croyais que c'était seulement si je ne me taisais pas, que vous deviez me faire sortir de cette salle en rampant ! protesta-t-elle d'une voix heurtée par sa respiration haletante. Et je l'ai fermée, merde !
- … la leçon n'est pas finie. Elle n'a même pas commencé...
- … non mais vous croyez tout de même pas que je suis en état d'apprendre quoique ce soit, là ? »
Ronon Dex soupira :
« Vous avez le tonus musculaire d'un flan. »
Elle le fusilla à nouveau du regard, ou plutôt de l'œil, toujours affalée sur le sol.
« Allez, debout ! » dit-il en se redressant lui-même.
Coralie émit un son entre le soupir et le gémissement, et roula sur le dos avec la grâce du cachalot échoué. Son professeur lui tendit une main secourable, et elle l'attrapa en grimaçant. En une fraction de seconde, elle se retrouva sur ses pieds. Il ne la lâcha pas immédiatement, mais secoua un peu son bras comme s'il tenait une chose toute molle et flasque.
« Va falloir arranger ça, si vous voulez avoir une chance de mettre un jour quelqu'un au tapis ! »
La jeune femme s'arracha à son emprise avec un geste rageur :
« Teyla n'a pas l'air de votre avis ! Elle m'a dit qu'elle était très satisfaite de mes progrès !
- Teyla est trop gentille...
- ...ce qui ne risque pas de vous arriver...
- Non. »
Je te jure, si je ne me retenais pas, je...
Tu quoi ? Tu lui ferais des chatouilles ? Je dois te rappeler qui t'as en face de toi ? T'espères peut-être arriver à quelque chose contre lui ?
Le Pégasien interrompit son petit dialogue intérieur :
« Bon, voyons un peu ce que notre amie Teyla vous a appris : qu'est-ce que vous faites si on vous attaque ?
- Combo rond-triangle-croix-croix-rond. Et je vous promets que le gars en face, il fait moins le malin ! »
Voyant l'air impassible de son interlocuteur, Coralie s'excusa :
« Pardon ! Blague de geek, vous pouvez pas comprendre...
- Vous faites référence à une attaque sur un jeu vidéo de combat. »
Stupéfaite, la jeune femme le fixa, les yeux ronds :
« Comment vous savez ça ? »
A sa grande surprise, Ronon Dex eut un petit sourire, mais qui ne lui était pas destiné, plutôt comme s'il se souriait à lui-même. Ce qui n'empêcha pas la jeune femme de remarquer à quel point cela éclairait son visage.
« Sheppard., s'expliqua-t-il. C'est son unique opportunité de me battre. On fait des parties, parfois. Je suis obligé pour qu'il accepte encore de m'affronter en combat réel... »
Coralie ne put retenir un sourire à son tour, qu'elle effaça aussitôt. Manquerait plus qu'il se croit drôle.
Mais elle demanda, dévorée de curiosité :
« Sérieux ? Sheppard a quoi, comme jeu ?
- Un truc qui s'appelle Street Fighter, et un autre, aussi... Tekan...
- Tekken », corrigea-t-elle automatiquement.
Il haussa les épaules, et tapa des mains :
« Allez, Fox, montrez-moi si vous vous débrouillez mieux que Sheppard dans la vie réelle. »
Coralie hésita, ne sachant pas trop comment commencer.
« Alors ? S'impatienta-t-il. Bougez-vous ! »
Essayant de le prendre par surprise, elle lança son point droit, visant le plexus de son adversaire. Il esquiva facilement, agrippa le poignet de la jeune femme et la tira en avant, lui faisant perdre l'équilibre. Il la retint en entourant sa taille de son bras libre, et la remit d'aplomb d'une secousse.
« Je suis sûr que vous pouvez mieux faire. »
Elle attaqua de nouveau, cette fois en tentant un coup de pied dans le genou du Satédien. Elle ne l'effleura même pas, par contre sentit sa jambe d'appui se faire balayer par un brusque coup derrière son mollet, et elle tomba à la renverse, sans personne pour empêcher sa chute cette fois-ci. Elle se réceptionna lourdement sur le dos, le souffle coupé. Quand elle rouvrit les yeux, fixant la plafond, elle grogna :
« Je sens que ça va être loooooong... »
Mais elle se trompait.
Ses deux attaques avortées avaient semblait-il suffi à évaluer ses maigres compétences. Ronon Dex s'attela donc à lui enseigner des enchaînements de mouvements, et ce avec une patience dont elle ne l'aurait pas cru capable.
Consternée, elle se rendit compte que petit à petit, son appréhension fit place à un réel plaisir d'apprendre avec lui, comme ça avait été le cas avec Teyla. Et même si les relations avec cette dernière étaient plus détendues et cordiales, il était évident que loin de le rebuter, enseigner le meilleur moyen de mettre un adversaire au tapis plaisait au Satédien, en dépit du fait que son élève n'était pas vraiment la personne qu'il préférait dans cette cité.
Pour la première fois qu'ils se connaissaient, le ton de Ronon Dex n'était ni méprisant, ni colérique. Il s'exprimait avec un professionnalisme qui aurait pu paraître froid à d'autres, mais que Coralie jugea nettement préférable à ce qu'il avait pu lui accorder jusqu'alors.
Quand elle n'effectuait pas les mouvements demandés correctement, ce qui arrivaient immanquablement avant plusieurs essais, il la corrigeait sans une seule parole moqueuse, repliant son bras plus près de son corps, la faisant pivoter par une pression sur ses épaules, ou ajustant l'écartement de ses appuis en tapotant de son pied une des chevilles de la jeune femme jusqu'à ce qu'elle prenne une position qu'il estimait satisfaisante.
Obligatoirement, il se retrouva à de nombreuses reprises très près de Coralie. Et à son plus grand désarroi, elle sentit au bout d'un certain temps un étrange trouble lui nouer l'estomac, et une chaleur - qu'elle tentait avec toute la mauvaise foi qu'elle avait de disponible d'imputer à l'intensité des exercices physiques sans parvenir à se convaincre elle-même- se diffuser sournoisement dans son ventre. Quand le Pégasien se plaça derrière elle, qu'il se pencha en avant et qu'il lui saisit les hanches pour corriger sa position, elle sentit son souffle sur sa nuque humide de transpiration, et elle ferma les yeux tandis que la chair de poule se propageait dans son dos et le long de ses bras.
Priant silencieusement le ciel pour qu'il ne remarque rien, elle s'empressa d'effectuer l'enchaînement de coups de pieds et de poings qu'il lui avait demandé afin de se dégager au plus vite de sa proximité.
Jamais, plus jamais je ne regarderai un film à l'eau de rose avant de venir à un entraînement ! se promit-elle silencieusement. Puis, se remémorant sa conversation avec Sioban, elle se dit encore : c'est de sa faute, aussi ! Quelle idée de me rappeler que je n'ai personne dans ma vie et de me faire la liste des candidats possibles !
Son calvaire dura encore un bon quart d'heure, où la perspective d'une douche froide – non, glacée – lui parut de plus en plus inévitable. A sa fébrilité s'ajoutait l'épuisement qui la menaçait, et elle capitula avant que son exigeant professeur ne se décide à annoncer la fin des réjouissances.
Au terme d'un échange où elle donna tout ce qui lui restait dans le ventre, elle leva une main en signe de rédition et se pencha pour s'appuyer de l'autre sur une de ses jambes qu'elle tenait un peu repliées.
« On fatigue, Fox ? »
Elle se redressa en grimaçant, le fixa un instant, avant de rendre les armes. Elle se laissa tomber à terre dans un mouvement saccadé, en prenant maladroitement appui sur le sol à l'aide de ses deux mains, et s'allongea sur le dos, les bras légèrement écartés, les yeux fermés.
« J'en peux plus... souffla-t-elle. Amusez-vous tout seul, vous occupez pas de moi, je vais doucement mourir, là... »
Coralie crut l'entendre rire, mais n'eut pas la force de rouvrir les yeux pour vérifier si ce n'était pas une hallucination. Elle le sentit s'éloigner puis se rapprocher à nouveau. Un froissement de tissus lui fit soulever une paupière, et elle constata qu'il s'était assis à côté d'elle et lui tendait sa bouteille d'eau. Se soulevant péniblement sur un coude, elle l'accepta avec reconnaissance tout en s'asseyant à son tour. Elle dévissa le bouchon et but de longues gorgées bienfaisantes.
La jeune femme reposa la bouteille presque vide, et baissa les yeux sur le T-shirt où elle avait fait couler de l'eau dans son avidité à boire. Mais il était encore plus mouillé de sueur, et elle tira dessus, le décollant de sa peau avec une mimique dégoûtée. Jetant un œil sur son professeur, elle constata sans surprise qu'il paraissait frais comme un gardon.
« Je m'attendais à pire, dit-il en la fixant, une lueur moqueuse dans le regard.
- Ah..., fut tout ce que Coralie put articuler.
- Vous apprenez vite, poursuivit-il. Et vous êtes rapide. Vos réflexes sont supérieurs à la moyenne. Mais vous n'avez pas la moindre endurance, et comme je vous l'ai déjà dit, vous avez la force d'un enfant de cinq ans. Faudra travailler ça.
- Pas avec vous... pitié, dites-moi que Teyla va revenir vite ! »
Le visage du Satédien se ferma, et il se redressa un peu brusquement, faisant sursauter son élève.
« Je n'en sais rien. Elle prendra le temps qu'il lui faudra. » répondit-il d'une voix qui avait retrouvé toute la froideur qu'il lui manifestait habituellement.
Et il la planta là, assise sur le sol, sans se retourner, la laissant abasourdie par ce soudain changement d'attitude.
Je l'ai... vexé ?
Coralie n'en revenait pas. Ce type était décidément impossible.
Mais, à choisir, elle préférait nettement qu'il reste l'antipathique rustre qui lui donnait des envies de meurtres plutôt que ce nouveau visage qu'il lui avait montré l'heure précédente et qui avait fait naître en elle des émotions sur lesquelles elle ne souhaitait pas vraiment s'attarder.
Sioban a peut-être raison, finalement. Il doit être urgent d'interrompre ton célibat, si tu te mets à fantasmer sur n'importe qui...
Soupirant, elle assembla ce qu'elle put de courage et se releva en grimaçant.
Douche. Vite.
Mais pas glacée, finalement. Elle n'en avait plus besoin, loué soit le Satédien et son caractère de plantigrade à qui on aurait chipé un pot de miel.
