Quelques éléments de réponses apportés dans ce chapitre ! Et peut-être un petit retournement de situation aussi... étonnant ou non, cela dépend de vous !

J'ai encore une fois adoré vos reviews ! Certaines remarques ne sont pas mal du tout et je préfère vous laisser découvrir la vérité au fur et à mesure plutôt que de tout vous dire maintenant. Et puis, lire vos réactions, quand on connaît la vérité... :p

Dyshak : aaanwww merci *-*

DrWeaver : je suis bien d'accord, ce n'était pas un très beau geste. Ce n'est d'ailleurs pas dans les habitudes de Lexa.

aeden : ce passage n'était pas très joyeux à écrire mais on s'en remettra toutes les deux, ne t'en fais pas !

OoO_RED_OoO : Lexa n'est pas si effrayante qu'elle en a l'air haha. Pour ce qui est de Lincoln, il ne traîne pas avec la bande de Clarke. Ce qui va très bien à Clarke, d'ailleurs, car pour l'instant la situation est telle qu'ils risqueraient de s'attirer des ennuis l'un à l'autre.


Dernier jour de cours avant le week-end. Cette semaine semblait plus longue que les autres. Je n'avais pas vu Lexa. J'étais allée en cours, au travail, et c'était tout. Deux jours plus tôt, Octavia, Harper, Jasper, Monty et Bellamy étaient venus dans notre chambre. Je voulais leur parler à tous et je ne pensais pas être capable de répéter cinq fois les mêmes choses. J'avais résumé l'histoire depuis le début au cas où certains avaient loupé quelques chapitres. J'avais parlé de chacune de nos rencontres en retirant quelques – presque tous – détails à celles les plus tendues. Enfin, je leur avais montré les clés et demandé leur aide pour trouver ce qu'elles ouvraient.

- Difficile à savoir, avait répondu Bellamy. Heda a beau être très appréciée, on ne sait pas grand chose de sa vie personnelle. Les autres membres du bureau en savent certainement pas mal mais le Bureau est un cercle très restreint...

- Heda ? Tu as peur de l'appeler par son prénom ?

Octavia se moquait de lui car il était arrivé sur le campus la même année que Lexa et qu'il était donc censé en savoir plus sur elle que n'importe qui d'autre dans la pièce. Pourtant, il ne l'avait jamais appelée autrement que par « Présidente » ou « Heda », son nom de famille.

- J'avoue ne pas avoir fait attention, à l'époque. Je ne traînais pas avec les mêmes personnes qu'elle. Je ne sais pas ce qui s'est passé pour qu'elle devienne aussi appréciée en si peu de temps. Tout est allé très vite. Et il faut que j'admette aussi que je me suis moi-même laissé emballer... elle est devenue une sorte d'icône, voire meneuse, et notre université a tellement progressée depuis ! On s'est amélioré dans tous les domaines, remporté multiples compétitions. Même les conditions de vie sur le campus sont devenues plus agréables. L'ambiance, l'organisation, la nourriture, la qualité des cours... personne ne sait si la Présidente est à l'origine de tout ça. On sait juste que les choses se sont considérablement améliorées depuis qu'elle a pris la tête du Bureau des Elèves.

J'avais écouté avec attention mais certaines paroles m'avaient agacée.

- Améliorées ? Les choses ne se sont pas améliorées. Elles vont bien pour toi que si tu te fais discret et que tu supportes Lexa sans essayer d'entrer en contact avec elle. Tu trouves ça normal, toi ?

Il m'avait fixé, ses yeux ronds m'ayant indiqué qu'il avait été pris de court. Il avait fini par répondre, incertain.

- Il y a bien des personnes pour qui ça ne s'est pas bien passé mais là encore... tout est arrivé très vite. Même pour toi, Clarke, c'est arrivé du jour au lendemain. Avant ça, seuls les étudiants de ta promo te connaissaient et le lendemain, tout le campus parle de toi. Ce n'est pas normal, je le sais, mais je ne peux pas t'éclairer plus. Je peux juste te conseiller de faire très attention. Lexa est intouchable ici, la dernière personne à avoir essayé de se mesurer à elle n'a pas bien fini.

On lui avait demandé de nous expliquer ce dernier point mais il avait refusé. Il m'avait glissé plus tard, à l'abri de l'écoute des autres, que je ferais bien de questionner Lexa sur une certaine Costia. Je l'avais remercié pour l'information en promettant de n'en parler à personne. C'était une histoire que tout le campus, surtout l'administration et le Bureau, essayaient d'oublier. Bellamy avait dû partir, on avait continué la conversation sans lui, étions revenus sur ses propos.

- On peut poser des questions par-ci par-là pour essayer d'en découvrir plus sur la montée au pouvoir de Lexa, avait proposé Octavia.

- Non, avais-je répondu aussitôt. Vous savez ce qui arrive à ceux qui se mêlent des affaires du Bureau. Laissez-moi faire, Lexa finira bien par craquer.

- On se demande bien comment tu vas t'y prendre pour la faire craquer... hm ?

Raven. Encore une fois. Tout le monde avait ri, même moi. J'essayais de prendre tout ça avec humour. Après un long moment de dépression, il en fallait peu à mes nerfs pour lâcher, je riais aisément.

- Tu peux toujours nous donner les clés, avait proposé Monty, on peut essayer de trouver leur origine et le type de serrure qu'elles ouvrent.

Par « nous », il parlait évidemment de Jasper et lui. Ils étaient inséparables, mais ils étaient aussi les plus qualifiés d'entre nous pour ce genre de recherches. J'avais accepté et leur avais remis les clés après leur avoir fait jurer de n'en parler à personne.

Je traversai les couloirs en direction de la bibliothèque. J'avais besoin de certains livres pour mes devoirs. Je revoyais les images de mardi dernier sur chaque mur. Pour certaines personnes, je n'assumais pas mes sentiments pour Lexa et pour d'autres, je la manipulais dans le but de prendre sa place, et c'étaient pour ces raisons que j'avais reculé face à Lexa. En somme, ils me pensaient tous incapable d'aller plus loin. Certains devaient plutôt vouloir que j'aille plus loin. Avoir prouvé le fait que Lexa était attirée par nul autre que moi-même, celle qui « la harcelait depuis un peu plus d'un mois », n'était plus suffisant. Il me fallait montrer à tous que tout avait commencé par sa faute et son filet d'intérêt qui s'était refermé sur moi. J'avais une petite idée mais je devais auparavant m'assurer d'avoir l'information dont j'avais besoin.

- Oui, bien sûr, entre, me fit Jasper en se décalant.

J'entrai dans la chambre. Monty et lui travaillaient sur un projet. Je posai mes livres sur le bureau, je revenais de la bibliothèque.

- On a fait nos recherches hier. On voulait te prévenir mais on était pas mal occupé. On travaille sur la création d'un nouveau logiciel alors tu imagines bien...

- Pas de soucis, leur répondis-je.

Je voulais qu'ils en viennent au fait. J'avais cours dans un quart d'heure. Monty quitta son ordinateur et vint me remettre les clés.

- La clé du milieu ouvre une serrure assez atypique. Elle appartient à un modèle de porte blindée très solide. Je doute qu'on puisse ouvrir la porte sans avoir la clé...

- A moins de défoncer les murs autour, ajouta Jasper avec un rire.

- Cela expliquerait pourquoi elle m'a tant réclamé son trousseau...

Monty retourna à son bureau, fouilla sur le dessus, dans les tiroirs. Il alla même jusqu'à soulever l'écran de son ordinateur dont la tour avait grondé son mécontentement. J'attendais qu'il trouve ce qu'il cherchait, bougeant frénétiquement la jambe droite sous l'emprise de ce suspense insoutenable. Lorsqu'il revint vers nous, je fus déçue de découvrir une simple feuille. Il me la tendit et il dut voir mes yeux s'illuminer car il expliqua :

- On a pu retrouver la porte. Des comme ça il n'y en a pas des masses dans le coin...

Je ne demandai pas comment ils s'y étaient pris, ces gars-là étaient brillants. Je les pris un à un dans mes bras. Je discutai encore un peu avec eux avant de partir en cours. J'allais enfin découvrir ce que ces clés abritaient.

Dix-sept heures, fin des cours. J'avais attendu ce moment avec impatience. J'avais deux heures et demies devant moi avant de commencer mon service. J'avais le temps d'aller voir ce que renfermaient ces clés. Je rejoignis Raven et Octavia en ville, leur expliquai brièvement ce que Monty et Jasper avaient découvert. Elles ne voulaient pas me laisser y aller seule, c'était « trop dangereux » car avec Lexa, « on ne savait jamais ». Je leur proposai de venir mais elles ne pouvaient pas, elles devaient retourner au campus pour leur entraînement de judo. Octavia adorait ça et avait réussi à entraîner Raven avec elle. Je les aurais peut-être suivies si rien de tout ça n'était arrivé...

Elles appelèrent Harper, Jasper, puis Monty. Aucun ne pouvait m'accompagner. Ils étaient tous occupés. C'était compréhensible, un vendredi soir. Je leur affirmai que je pouvais y aller seule, que je ne risquais rien, mais elles m'avaient vu avec assez d'hématomes sur le corps pour me laisser m'aventurer sans protection en plein milieu de la forêt. Effectivement, le point sur la carte était en pleine forêt, celle séparant le campus de la ville, mais elle n'avait pas l'air aussi effrayante qu'un bois en plein centre du pays. C'était sûrement car elle était au bord de la mer et que de fait l'atmosphère y était différente. Octavia appela donc son frère qui accepta gentiment de m'accompagner. Enfin, gentiment, c'était beaucoup dire. Lui aussi avait des plans pour ce soir mais Octavia pouvait se montrer particulièrement convaincante avec son frère. Avantage : il avait une voiture. Il passa nous prendre et nous retournâmes au campus pour y déposer Raven et Octavia. Ensuite, je sortis la carte et nous partîmes à la recherche de l'endroit secret. Dit comme ça, ça laissait penser à une mission ultra secrète avec l'avenir de l'humanité en jeu. En réalité, nous écoutions la chaîne de radio locale et chantions toutes les chansons qui y passaient. Même celles que nous n'aimions pas. On s'amusait bêtement et ça faisait du bien de faire quelque chose d'inutile, sans aucune importance. Nous retrouvâmes notre sérieux lorsque la voiture s'arrêta, coupant la radio qui entonnait un air de Nirvana. Nous nous étions arrêtés au bord d'une petite route aménagée dans les sous-bois. Elle n'avait pas été simple à trouver mais Monty nous avait fourni une carte particulièrement précise. Nous marchâmes vers la silhouette d'une petite maison que nous avions pu brièvement apercevoir de la voiture. A une vingtaine de mètres, nous nous arrêtâmes, époustouflés. Une maison, aux murs blancs propres, s'élevait sur deux étages. En levant la tête, je découvris un petit balcon latéral. La façade frontale affichait quatre fenêtres, deux en bas et deux en haut, réparties à une distance proportionnelle les unes des autres. Ce n'était pas banal de trouver ce genre de chose en plein milieu d'une forêt et pourtant cette maison semblait banale. Une maison normale en apparence, mais le contexte la rendait très particulière. Je grimpai les quelques marches qui me séparaient de la porte d'entrée. Une porte noire, sans numéro, qui paraissait ancrée dans les murs, voire même dans le sol. Elle avait une allure imposante. J'étais impressionnée de voir une telle porte sur une petite maison blanche dont la location la rendait presque aussi inaccesible que l'intérieur de la maison face à une porte pareille. Bellamy me rejoignit, ébahi. J'en avais oublié sa présence tant cet endroit me donnait la sensation d'être seule au monde.

- Tu l'ouvres ?

Bellamy attendait que je me décide à sortir les clés. Je secouai la tête pour me prouver que cet endroit n'était pas une hallucination. Je récupérai les clés dans ma poche et glissai la clé du milieu, plus grosse que les autres, dans la serrure, avec une certaine appréhension. La porte s'ouvrit sous la pression de ma main. A mon grand étonnement, pas de grincement. Au moins, on avait pas les clichés de la maison hantée. Mon cœur avait assez des approches de Lexa, il n'avait pas besoin d'une atmosphère angoissante pour manquer de s'envoler loin de mon corps.

- Tu viens, Clarke ?

Bellamy était déjà entré. Encore une fois, je m'étais perdue dans mes pensées. Cette maison appartenait théoriquement à Lexa, alors forcément... je me posais des questions. Je passai le pas de la porte, la refermant derrière moi par réflexe. Première chose que je remarquai : tous les murs étaient blancs. A ma gauche, un long mur qui menait à un escalier dans le fond. A ma droite, un grand rectangle découpé dans le mur nous donnait accès à un salon. Je visitai cette pièce, une table en verre, des chaises en métal. Près d'une cheminée, un fauteuil et un sofa deux places noir.

- Clarke, viens par là !

Je rejoignis Bellamy dans l'entrée, à côté de la cage d'escalier. Une petite porte se découpait dans le mur. Un passage secret sous l'escalier ? Cliché, mais pas de film d'horreur. C'était là que se trouvait l'accès au sous-sol dans beaucoup de maisons.

- Elle est fermée à clé, m'indiqua Bellamy, tu dois l'avoir.

Je repris le trousseau et essayai l'une des deux autres clés. La première fut la bonne. Nous découvrîmes un petit escalier descendant dans une pièce qui s'éclaira aussitôt. Capteur ? Sympa. Ceci dit, cette maison devait s'éclairer aux énergies renouvelables car je n'avais vu aucun câble électrique dans cette forêt. Je m'engageai la première dans l'escalier, curieuse de voir ce que la cave pouvait cacher. La réponse fut simple : pas grand chose. Les murs étaient pareils à ceux du rez-de-chaussée : blancs. Ce qui attira mon attention fut les multiples cartons étalés un peu partout. J'en ouvris un. Un tas de papiers. Je pris le premier. Une photo abîmée. Elle devait dater d'au moins trois ans étant donné son état et le visage rajeuni de Lexa. Elle souriait, un sourire que je n'avais jamais vu aussi grand. Aussi honnête. Elle était vraisemblablement heureuse. Elle tenait une jeune femme dans ses bras, sur le perron que j'avais traversé pour entrer dans cette maison. La fille avait de longs cheveux châtains, des yeux noisettes rieurs. Elle semblait un peu plus âgée que Lexa.

- Costia... murmura Bellamy dont je remarquai la présence derrière moi.

Alors c'était elle, Costia ? Bellamy lui-même m'avait conseillé de questionner Lexa à son sujet.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

Je demandai cela à Bellamy car il me semblait évident, dans la manière dont étaient présentées les choses, que ça c'était mal terminé avec Costia. Bellamy hésita un instant. Il finit par se renfrogner.

- Ce n'est pas à moi de raconter cette histoire. En plus, je ne connais que les grandes lignes. Ce que tu devrais vraiment savoir, Lexa le sait. Demande-lui.

Encore une fois, il me renvoyait à Lexa. Mais celle-ci répondrait-elle à mes questions ? Elle ne me répondait jamais vraiment, elle donnait des réponses vagues ou changeait de sujet.

Nous remontâmes et quittèrent la maison. Pas besoin de terminer la visite. On avait déjà découvert quelques indices qui, pour être compris, avaient besoin d'explications. Pour les obtenir, je devais confronter Lexa.

Le lendemain, je profitai du premier match amical annuel de notre équipe de Lacrosse pour aller prendre ma revanche sur Lexa. Je n'avais toujours pas le droit d'y assister, c'est pourquoi j'avais revêtu une tenue de joueuse. J'attendis la mi-temps pour rejoindre le stade. Elle venait d'être sifflée quand j'entrai sur le terrain. Habillée comme je l'étais, tout le monde pensait que j'étais une joueuse remplaçante. Sauf peut-être les remplaçants qui regardaient la scène avec étonnement. Je me concentrai sur Lexa. Je l'avais rejointe rapidement pour ne pas donner le temps aux autres de me virer. Je m'arrêtai à sa hauteur, retirai mon casque. Elle avait dû penser que j'étais une joueuse venue la féliciter car son visage se décomposa à ma vue. Elle était figée, sûrement à cause du mélange fatigue plus surprise. Comme elle l'avait si bien fait pour moi, j'avais choisi pour elle le moment parfait pour aller sa rencontre. Je retirai les gants de gardien qui m'avaient permis de contenir les clés. Le trousseau dans ma main, j'attrapai délicatement celle de Lexa et déposai le trousseau en son creux. Son regard quitta le mien pour s'écraser sur les clés. Je vins la prendre chaleureusement dans mes bras, comme si nous nous étions rapprochées depuis notre dernière rencontre. Un bras autour de son cou, j'approchai ma tête pour glisser à son oreille :

- Très jolie maison... et elle était très jolie aussi...

Elle se raidit si brusquement que je l'aurais aperçu de l'autre bout du stade. Je sentis sa mâchoire se crisper contre ma joue. Les clés suffoquaient dans sa main qui s'était reserrée sur elles. Après un court silence, elle répondit par des murmures :

- Tu as osé y aller...

Elle ne parlait plus à voix haute maintenant, étrangement. On était timide, Lexa ? Cette fois, j'avais l'avantage.

- Tu as bien fouillé ma chambre. Contrairement à toi je n'ai rien volé.

Pas de réponse. Elle manquait d'assurance, cet après-midi. Evidemment, j'en profitais. Je me redressai, son visage en face du mien, je contemplai son maquillage.

- Tu n'as pas besoin de tout ça, Lexa. Je suis sûre que tout le monde ici te trouve déjà naturellement ravissante.

Son expression changea. Ses mâchoires se desserrèrent, ses yeux se plissèrent légèrement. Elle tentait certainement d'accepter la situation telle qu'elle était.

- Tout le monde ici, souligna-t-elle, a déjà remarqué au combien tu ne peux pas te passer de moi. La preuve, continua-t-elle en me prenant par la taille, tu reviens toujours.

Je lui offris un sourire signifiant « Vas-y, essaie toujours, c'est peine perdu pour toi. ». Elle ne tarda pas à reprendre la parole.

- Ta présence ici aujourd'hui signifierait-elle que tu es prête à assumer ce que tu ressens pour moi ?

Bizarrement, ça, elle l'avait dit plus fort. Forcément, elle voulait que tous les autres entendent. Mais pour le coup, moi aussi, j'utilisais les autres en témoins.

- Oh mais j'assume parfaitement, fis-je avec un sourire. J'ai en revanche des doutes pour toi.

- Je ne cache pas ce que je ressens. Il faudrait être aveugle pour ne pas te trouver très attirante. Mais du coup... ça ne te dérange pas si je me rapproche encore un peu, devant toutes ces personnes ?

Nous étions déjà collées, à l'exception de nos visages. Je voyais très bien ce qu'elle voulait dire par là. Le même scénario s'était produit l'autre jour. Je brûlais de lui répondre non, de la laisser m'embrasser longuement et... comme à chaque fois, en fait. Je m'empêchai de reluquer sans arrêt ses lèvres. J'avais une carte à jouer, ce soir, et ce n'était pas celle-là.

- Embrasser une fille devant tout le monde ne te dérange pas, mais tu caches des photos de toi à côté d'une fille dans une cave fermée à clé elle-même dans une maison scellée par une porte blindée ? Tu trouves toujours de nouveaux moyens de me surprendre.

Elle s'était raidie à nouveau. Son cœur pulsait sous son maillot, probablement plus vite que lorsqu'elle courait. Je décidai de jouer mon dernier coup pour cette manche. Je déposai un baiser au coin de ses lèvres. Sa peau brûlante me surprit. Elle venait de courir quelques dizaines de minutes en même temps... et nous étions très proches l'une de l'autre. Forcément, la température avait montée. Avant de la laisser plantée sur le terrain, je glissai à nouveau quelques mots à son oreille :

- Tu peux me parler de Costia toi-même, à moins que tu ne préfères que je me renseigne de mon côté.

Son regard était perdu dans le vide. Elle avait dû quitter cette planète au moment où mes lèvres étaient entrées en contact avec sa peau. Je m'étais moi-même empêchée de toucher complètement ses lèvres, de peur de me perdre et de ne jamais réussir à en venir au fait. Le fait en question s'appelait Costia et elle faisait apparemment partie d'un des mystères de ce campus. Fin de la manche. J'avais gagné. Ou presque. Je tombai à la renverse avant même d'être parvenue à sortir du terrain. Ce n'était pas un geste maladroit de ma part. On m'avait poussée. Une pluie de coups déferla sur moi. Je me recroquevillai, petite boule immobile sur le sol.

Tout s'était passé très vite. Raven m'avait dit que cela avait duré une minute. A peine le temps pour elle d'arriver jusqu'à moi. Ils n'avaient même pas prêté attention à elle car le sifflet de fin de mi-temps les avait renvoyé sur le terrain. Ils trouvaient que je prenais un peu trop mon aise avec Lexa. Ils l'avaient formulé par des insultes et marqué par les contusions réparties sur mon corps. Je m'étais pris quelques coups dans l'abdomen, je ne m'étais pas protégée assez rapidement. Je n'avais pas eu besoin de demander l'identité des auteurs de cette agression. J'avais reconnu l'agressivité d'Anya et de ses deux acolytes favoris. Les autres membres de l'équipe les avaient férocement encouragé du banc de touche. Sauf Lincoln, qui était parti voir Octavia dans les tribunes. D'après Octavia, il ne soutenait pas ce genre d'agressivité. Pourtant, il n'était jamais parvenu à changer le comportement de ses camarades du Bureau.

Je sortais du travail. Raven et Octavia avaient essayé de me retenir au campus. Je leur avais intimé de ne pas s'inquiéter. Je n'arrivais pas à dormir, cela n'était pas étonnant compte tenu des derniers événements. M'occuper des clients m'avait encore une fois permis de me changer les idées. Il faisait froid ce soir, j'avais laissé mon manteau dans ma chambre. Le ciel était encore bleu cet après-midi... mais la nuit était tombée entre temps, je le savais, mais le temps n'avait pas occupé mes pensées. Mon corps tremblait mais j'avais l'impression de bouillir. La colère, la frustration, et cette autre partie de moi qui me hurlait de me jeter une bonne fois pour toute sur Lexa. Très platonique, cette partie... ironie du soir qui avait pour but de me distraire. Ne pas penser au froid, ne pas penser à ton attirance pour Lexa. Détester Lexa. Pas compliqué, non ? Même si, en ce moment, je détestais surtout le froid.

Une voiture se fit entendre. Je n'attendis même pas qu'elle se gare pour m'arrêter. Je savais déjà qui pouvait bien traverser cette route à cette heure-là, à peine un quart d'heure après la fin de mon service. Lexa, au volant, pensait sûrement que j'allais monter sans plus attendre. Je préférais lui compliquer la tâche en me remettant à marcher à vive allure. Elle redémarra et s'arrêta un peu plus loin pour descendre du véhicule. Elle vint à moi, me saisit le poignet et me tira jusqu'à sa voiture. Je me laissai faire, par curiosité, et entrai dans la cinq-portes. Elle redémarra rapidement et ne s'arrêta que dans la forêt, sans m'avoir adressé un seul mot. Elle ne devait pas apprécier les discussions au volant. Je n'étais pas surprise de son initiative. Je l'avais questionnée sur cet endroit un moment, après tout. Seulement, ce ne fut pas dans la maison qu'elle m'emmena. Elle s'enfonça dans le sous-bois. Où allait-elle ainsi ? Je la suivis et m'arrêtai à sa suite. Nous avions marché ainsi un bon moment, peut-être un quart d'heure. J'essayai de distinguer le paysage mais il faisait très sombre. Je parvins à repérer la lune dans le ciel dégagé. Nous étions en bordure de forêt. La maison semblait pourtant au cœur de la forêt, mais je m'étais trompée. La carte me revint en mémoire et la partie bleue représentant l'océan m'avait semblée être à au moins trois quarts d'heure d'ici. Pourtant, j'étais sûre de l'apercevoir au loin, vraisemblablement à un quart d'heure de cet endroit. J'étais confuse. Je le fus plus encore quand Lexa me saisit, me tourna dos à l'horizon que j'observais plus tôt, et me fit reculer jusqu'à ce que mon pied creuse le vide. Je le reposai précipitamment sur le rebord. Lexa exerçait une pression sur mon buste du sien et la seule chose qui me retenait était son bras qui entourait ma taille.

- A quoi tu joues ?

Je doutais qu'elle veuille réellement mettre ma vie en danger, mais sa façon de me tenir, dénuée de douceur, n'était pas dans son habitude.

- Justement, je ne joue pas. Si je te lâchais ici tu aurais bien plus de chances de t'en sortir que si tu continuais de répliquer au campus.

Je retrouvais dans sa voix la colère mélangée à l'once de tristesse que j'avais déjà remarquée. Elle avait beau dire ça, elle m'avait bien lâchée cet après-midi quand certains de ses amis s'étaient mis à me battre.

- Tu as toujours répondu à mes provocations. Comment peux-tu prétendre vouloir que tout s'arrête ?

Son regard se perdait dans le mien. La lune se reflétait dans ses yeux. De quoi annihiler toutes mes tentatives de mépris. Mon cœur se serra. Pendant un court instant je souhaitai qu'elle me lâche. La tristesse dans son regard, celle qu'elle essayait de cacher mais que j'arrivais à faire remonter à la surface, me heurtait avec la force d'un tsunami. Cette fille passait pour un tyran, mais dans ces courts moments que je partageais avec Lexa et non la Présidente, je savais qu'elle n'avait rien de vil. Et si elle ne voulait rien me dire, quand bien même j'avais le droit de savoir face à tout ce qui m'était arrivée jusqu'ici sur le campus, je préférais encore qu'elle me laisse tomber aussi métaphoriquement que littéralement parlant. Si elle m'aidait, en me racontant la vérité, peut-être que je pourrais l'aider aussi. Elle avait été plusieurs fois si proche de moi et pourtant si loin. Cela me fendait le cœur. Je ne pensais pas que cette expression pusse avoir un sens littéral.

- J'ai peur que tout s'arrête, souffla-t-elle.

Lexa, admettre avoir peur ?

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Avec Costia ?

Ma remarque la fit reculer d'un pas. Elle me tenait toujours fermement. Elle recula encore de quelques pas, m'éloignant du précipice. Elle me lâcha et déclara en me tournant le dos :

- Elle est morte.

Un seau d'eau glacée versée au-dessus de moi, dégoulinante, s'infiltrant sous mes vêtements pour glacer chaque muscle. Voilà l'effet que sa déclaration me fit. Aucun son ne s'élevait de ma gorge, impossible de dire un mot.

- C'est allé trop loin, ajouta-t-elle. Ils me voulaient moi, mais pas elle.

De plus en plus d'interrogations germaient dans mon esprit. Je la laissai trouver les mots pour justifier ses propos. Je lui laissai le temps dont elle avait besoin.

- Ils savent que tu m'attires Clarke, depuis que tu m'as embrassée au réfectoire. Mais ils ne savent pas que je...

Nouvel arrêt. J'avais compris, mais je ne dis rien. Elle se rattrapa :

- Ils ne savent pas que je tiens à toi. Pas encore, pas tout à fait. Tes actions, cet après-midi, ont soulevé de nouveaux doutes. J'ai peur que ça recommence. J'ai peur pour toi, Clarke.

Après un seau d'eau glacée, une bombe venait d'exploser dans mon abdomen.

- Ils... parvins-je à souffler.

Mon visage devait afficher les mots lumineux « le Bureau » car elle hocha la tête. Alors je n'avais pas tort quand j'avais comparé mentalement la réputation de Lexa à un culte. Un peu différent, en revanche, car si le Bureau des Elèves était bel et bien le prédicateur de mon harcèlement, alors on pouvait plutôt parler de secte. Les autres membres du Bureau avaient tout de même réussi à enroller dans leurs idées la majorité du campus.

- Hors de question de les laisser faire, m'indignai-je soudainement. On va trouver un moyen.

Elle ne répondit pas. A nouveau tournée vers le bois, elle resta figée un instant avant de s'enfoncer dans l'obscurité. Je la suivis sans rien ajouter et aucune de nous ne reprîmes la parole de la soirée. Nous nous séparâmes au campus. Je n'avais pas osé la regarder en face pendant le trajet de retour. J'avais craint de recevoir ses émotions en pleine face. Son mutisme disait tout et rien à la fois. Sans avoir eu besoin de le dire, on savait toutes les deux qu'il nous fallait conserver les apparences. Attirance, rien de plus. Quitte à continuer notre petit jeu. On devait prouver qu'il n'y avait rien de plus. Je ne savais pas exactement comment un harcèlement scolaire avait pu prendre une si grande ampleur qu'il en avait conduit à la mort d'une étudiante. Je me demandais si Costia s'était suicidée, mais j'en doutais. Le visage d'Anya m'apparaissait à chaque fois que j'y pensais. Son agressivité, sa haine envers moi. La manière que le campus avait de soutenir le Bureau en mouvement de masse, sa haine s'écrasant en vague violente sur les murs de l'université. J'étais encore plus déterminée à découvrir ce qui était arrivé pour mettre un terme à cette oligarchie.

Cette détermination me conduisit le lendemain au réfectoire. Le lieu avait été le théâtre de plusieurs de mes scènes auparavant et je comptais l'utiliser encore une fois. La dernière ? Aucune idée, mais au moins encore une fois. Ce matin, j'avais découvert les hématomes sur mon corps. Une partie de mon passage à tabac avait été publiée sur le net. Ils avaient vu ça, ils en verraient le résultat aussi. Je traversai assurément la salle et montai sur la grande table du bureau, virant les plateaux des quatre personnes assises à la gauche de Lexa et retirai mon t-shirt, créant mon effet de surprise avant qu'ils ne pensent à une agression et ne m'attrapent pour recommencer leur coup de la veille.

- Vous êtes fières, je suppose ?

Ma voix ne tremblait pas. J'étais sûre de moi, aveuglée par l'indignation. La vue de mon torse leur cousirent les lèvres. Je ne portais plus qu'un soutien-gorge au-dessus de la ceinture et pourtant, ils étaient tous plus gênés que moi. Je leur affichai mes contusions, espérant faire réaliser aux autres étudiants que les actes de leurs membres du Bureau, ceux qui étaient censés donner l'exemple, avaient des conséquences désastreuses.

- Vous avez honte... pas moi.

Je laissai un temps de silence pendant lequel je restai debout à les regarder, puis je m'assis sur le rebord de la table, face à un acolyte d'Anya qui me regardait avec un air mauvais. Il allait se lever, prêt à défouler sa colère irraisonnée sur moi, quand Lexa se leva et posa une main sur son épaule. Il annula son plan d'action, intrigué. Lexa me dévisagea, son regard glissa vers le bas pour remonter jusqu'à mes yeux. Elle s'approcha doucement, tenant tout le monde – moi y compris – en suspens. Elle resta devant moi, à me regarder. Je ne savais pas quoi penser, son expression ne laissait filtrer aucune émotion. Personne, ni moi-même, ne pouvait prédire ce qu'elle allait faire. Ceci dit, j'aurais pu le rêver. Son visage s'approcha subitement du mien et ses lèvres se joignirent aux miennes. Je sentis son genou frôler ma hanche lorsqu'elle monta sur la table, mon dos repoussé contre la surface froide de la grande table par l'intensité de son baiser. Nos lèvres s'entremêlaient sans qu'aucune de nous deux ne les laissent se séparer. La main de Lexa se posa sur mes côtes, ma peau nue s'imprégnant de la chaleur de celle-ci. Mon cœur n'avait jamais battu si vite, pourtant il avait eu maintes occasions de s'emballer ainsi. Mais ce qui différenciait ce moment des autres était sa véracité. Aux yeux des autres, Lexa jouait peut-être. Avec moi, avec mon attirance. Ils savaient que je l'attirais aussi. Alors, ce baiser, ils devaient s'y attendre. En aucun cas il ne prouvait un quelconque amour entre nous deux. C'était l'attirance, qui nous avait tant provoquées jusqu'ici et qui nous torturerait probablement encore longtemps. Le souffle de Lexa sur mon visage me rappelait le temps qui s'écoulait. Ce moment n'était pas éternel. Pour preuve, Lexa s'arrêta. Elle descendit de la table et me tourna le dos pour permettre à son regard de rencontrer celui du gars qui voulait s'en prendre à moi un instant plus tôt.

- Tu vois, Gustus, j'ai bien plus de pouvoir sur elle que tu n'en auras jamais.

Le ton de sa voix était différent de celui qu'elle avait hier soir. Bien moins d'émotions. Je compris que c'était sa façon à elle de conserver les apparences. S'ils pensaient que ce n'était qu'un jeu, rien de mal ne m'arriverait. Je déduisis aussi que, pour crédibiliser Lexa et laisser croire aux autres qu'elle avait bien plus de pouvoir sur moi que je n'en avais sur elle, il me fallait accepter de perdre plus de manches qu'elle. Eh bien, pensai-je en repensant à ce qui venait de se produire sur cette table, si c'était ça perdre, je voulais bien perdre à chaque fois.