Chapitre 7 : La patience a ses limites

Plus tard, Cuddy avait conseillé à Allison de rentrer chez elle afin de se reposer. La jeune immunologiste acquiesça, priant de toutes ses forces pour que House puisse y parvenir aussi.

« Pourquoi pourrait-elle rentrer et pas moi ? demanda-t-il à Cuddy. »

L'air enfantin qu'il avait prit, son air Housessien parfaitement modéré, personne ne pouvait s'imaginer qu'il y avait en fait quelque de douteux dans ses paroles.

« Si je me mets subitement à pleurer, je pourrais rentrer chez moi ? insista-t-il.

La directrice soupira d'exaspération.

« Eh bien, tout le monde soupire en ma présence. Je suis si ennuyeux que ça ? pensa-t-il.

- House… Vous ne savez pas pleurer ! répondit Cuddy.

- Mais bien sûr que je peux pleurer ! Hum… A condition qu'il y ait des oignons… Ou de l'ail. Lequel c'est qui fait pleurer déjà ?

- Peu importe, retournez vous occuper de ce malheureux patient !

- Je ne bougerai pas si ce n'est dans le but de rentrer chez moi. »

Il se félicita lui-même d'avoir réussi à dire « chez moi », pour la simple et bonne raison qu'il focalisait assez sur l'idée de cohabiter avec Cameron. Suite à ses paroles, il s'assit sur le fauteuil qui trônait en face du bureau de la directrice. En effet, il était venu la déranger exprès pour avoir son autorisation. Malheureusement elle refusait catégoriquement de céder.

« House, allez bosser ! hurla-t-elle. »

Il sortit cette moue d'enfant qui faisait clairement comprendre qu'il ne le ferait pas, que sa raison soit sérieuse ou non.

« House… Vous m'exaspérer… siffla-t-elle en rageant.

- Oui, j'exaspère tout le monde. Il faudrait peut-être changer de refrain, non ? Genre « Oh House, vous êtes tellement séduisant qu'il faudrait que je vous laisse faire tout ce que vous voulez ! »

- Oh House, vous êtes tellement séduisant qu'il faudrait que je vous laisse faire toutes vos consultations.

- Vous avez un tout petit peu modifier les paroles, à quelques mots près… Mais vous pouvez recommencer jusqu'à y arriver si vous voulez ! »

Elle inhala une grande bouffée d'air.

« Pourquoi tenez vous tant à rentrer chez vous ? »

Il eut un certain frisson en entendant le « chez vous ».

« Mon but n'a point changé, gente dame.

- Je n'y crois pas. D'habitude, vous flemmardez sur votre fauteuil en regardant des soaps et…

- Il n'y a pas de diffusion aujourd'hui ! l'interrompit-il. Et mon patient ne présente pas assez de symptômes pour établir un diagnostic concret, ajouta-t-il en devinant les pensées de la directrice.

- Est-ce que le fait que Cameron soit rentrée est un lien quelconque à votre envie soudaine ?

- Pas si soudaine que ça voyez-vous.

- Vous n'avez jamais insisté ainsi pour rentrer chez vous.

- Mais bien sûr ! Vous voulez éperdument croire que j'ai envie d'aller chez Cameron pour la prendre dans mes bras et la consoler du calvaire que je ne connais même pas !

Et elle ne peut pas savoir à quel point c'est vrai ! pensa-t-il avec férocité. Bien sûr dans le sens où ledit point n'est pas très élevé !

- Cameron a besoin de repos…, souffla-t-elle.

Mais oui bien sûr ! Comme ça justifie tout…

- Et vous croyez qu'en me libérant elle ne se reposera pas ? D'une, je ne vois pas pourquoi j'irai la voir. De deux, même si c'était le cas, en quoi ne pourrait-elle pas se reposer ? Ah oui je sais, vous croyez que je veux profiter de sa faiblesse pour faire des choses…Beurk ! ironisa-t-il. »

Elle fit lourdement tombé son poing sur le bureau. La rage la dépassa.

« House ! C'est soit vos consultations, soit votre patient.

- Je peux très bien m'occuper de mon patient par voie… téléphonique. Non, non, j'allais bien dire téléphonique et rien d'autre, rassurez-vous.

- Pourquoi ne pas vous occuper de votre patient à l'hôpital, plutôt ?

- Si vous ne voyez pas de différence entre l'hôpital et une maison, je n'irai pas dormir chez vous !

- Votre série n'est pas diffusée donc vous ne serez pas devant votre téléviseur… Hum…

Mais pourquoi faut-il que je rende les femmes curieuses ? Je sais que c'est cruellement attirant d'être comme moi, mais 'faut pas abuser !

- Dites moi la vérité et je vous autorise à rentrer.

- C'est pas vraiment réglementaire de nous poser un ultimatum pareil !

- Hum… Intéressant.

- De quoi ?

- Votre magnifique manière d'employer le « nous ». Comme cela, Cameron est impliquée ?

- Non, en aucun cas. »

Malgré son mensonge, House gardait son calme comme il savait particulièrement bien le faire. Il redoutait bien qu'elle comprenne, mais en même temps ce n'était pas ses affaires et il pourrait toujours faire croire à Cameron qu'il n'y était pour rien.

« Bien… Je peux toujours appeler Cameron pour lui poser des questions, continua-t-elle, sûre d'elle.

- Je suis sourd d'une oreille, mais il me semble qu'il faut qu'elle se repose !

- Depuis quand le grand House se soucie de quelqu'un ?

- Je ne me soucie de personne. Je cite seulement ce que vous avez dit.

- Dans l'unique but de m'éviter de l'appeler, parce qu'elle peut en effet me donner une réponse.

- Non, pour vous éviter de faire n'importe quoi parce que vous êtes totalement dans l'erreur.

- Pourquoi elle travaille avec vous ?

Elle en a de ses manières de passer du coq à l'âne, dis donc… Enfin, heureusement que j'avais préparé ce superbe argument qui tient toujours la route ! Se dit-il.

- Parce qu'elle veut échapper à ces fichus consultations de malheur, répondit-il avec un le ton « de l'évidence incarnée ».

- Donc vous avez accepté son aide ? Parce que vous voulez qu'elle revienne ? Parce que sa présence vous manque peut-être ?

- Simplement parce que je compatis pour elle.

- Vous compatissez ?

- Je compatis pour chaque collègue confronté à des heures de consultations. Mais je les envie de ne pas avoir à faire tout un discours pour pouvoir rentrer chez eux.

- Elle était en larmes !

- Oui je le sais merci ! s'emporta-t-il. »

Il ne pouvait nier qu'une énorme colère transperçait sa voix quand il disait ces paroles.

« Je vois…

- Non vous ne voyez rien, dit-il, avec ce même ton d'agacement. »

Elle l'ignora. Elle prit le combiné de son téléphone et composa un numéro que House reconnut dès la troisième touche : elle appelait Cameron. Sans même lui laisser le temps de finir, House l'empêcha d'aller plus loin. Il posa sa canne sur le bureau de la directrice, à quelques centimètres de la main de celle-ci.

« Je vous interdis d'appeler Cameron. »

Le sourire de Cuddy s'élargit. Lui, ne voyait vraiment pas ce qu'il pouvait y avoir de drôle dans tout ça. L'humour du diagnosticien s'échappait en même temps qu'il pensait s'enfoncer dans le gouffre.

« Comment savez-vous que je comptais appeler le docteur Cameron ?

- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde, répondit-il du tac au tac.

- Ajouté à mes doutes le fait que vous refusez de répondre à mes questions.

- Je n'ai pas envie de m'endormir devant vos caprices. »

House perdait son calme. Il ne parvenait pas à s'habituer au fait que quelqu'un puisse lui résister.

« Vous avez reconnu le numéro de Cameron et vous m'avez empêché de l'appeler, conclut Cuddy rapidement.

- Waw, quel sens de la déduction. « Je vais appeler Cameron », j'ai entendu cette phrase au moins trois fois sortir de votre bouche, et quand je vous vois prendre le téléphone, je me demande bien qui est-ce que vous allez appelé !

- Ne faites pas l'idiot.

- Je vous retourne le compliment.

- Pourquoi connaissez-vous le numéro de Cameron ?

- C'était mon employée, j'avais son numéro et puis voilà !

- Deux choses vous trahissent. Premièrement, ce n'est pas votre genre de retenir un numéro. Deuxièmement, je composais le numéro de son domicile et elle a quitté son ancien logement en même temps que son job avec vous. »

House ne répliqua pas. Il n'aimait pas aborder le sujet de la démission de Cameron, surtout qu'il était totalement contre. Mais il avait en effet menti, et s'avoua pour une des premières fois qu'il avait eu tord. Il reconnaissait aussi avoir perdu, il s'était trompé de trop nombreuses fois pour pouvoir reculer.

« Mais pourquoi est-ce que j'ai voulu sortir de l'hôpital ? Si je n'avais pas fait ça je ne serais pas dans cette situation… pensa-t-il, haineux contre lui-même.

- Alors ? ajouta Cuddy, voyant qu'il était prêt à céder. »

Elle posa ses coudes sur le bureau et joignit ses mains pour poser son menton dessus. Son sourire narguait totalement House mais il décida de ne pas s'énerver. D'un regard furtif, il vérifia que personne à par eux ne pouvait entendre.

« Je… Hum…

Mince, comment je peux dire ça… Surtout qu'elle risque de mal interpréter le fait que je cohabite avec elle… Je fais appelle à mes dons pour me sortir de ce pétrin… »

Il ferma les yeux et fit semblant d'implorer ses talents de voyance pour prévoir comment il pourrait s'en sortir. Cuddy resta figé devant la nullité de la chose mais se tu. Quand il eut terminé, il la regarda droit dans les yeux.

« Ma manière de dire que j'en ai ras le bol de tout ça, avoua-t-il.

Parce que justement, c'est le cas de dire que j'en ai sérieusement ras le bol de devoir perdre une demi-heure de mon temps, ajouté à cela que je vais devoir avoué ce qui me « relit » à Cameron – de manière indirecte bien sûr – sans finalement être sûr qu'elle craquera…pensa-t-il en rageant mentalement.

- Je vous en prie. Du moment que vous ne faites pas usage de votre canne. Et du moment que vous vous décidez enfin à me donner des explications.

- Je n'ai pas grand-chose à dire.

- Pas grand-chose n'est quand même pas rien… Expliquez.

- J'ai perdu mes clefs. »

C'était la meilleure façon qu'il avait trouvé de lui dire cela. Elle plissa les yeux, n'ayant pas compris.

« Et ? insista-t-elle.

Quelle exigence quand même ! N'y a-t-il donc aucune place pour le théâtre dans sa vie ?

- Eh bien comme Wilson est en déménagement, que mes larbins sont infidèles et que je ne supporte pas Chase…

- Oh non !

- Eh si, souffla-t-il comme s'il s'agissait d'un lourd poids insupportable.

- Vous habitez avec Cameron ? s'étonna la directrice. »

Ses yeux s'agrandirent et sa bouche s'ouvrit ce qui marqua parfaitement son étonnement. Elle secoua la tête et ferma les yeux, imaginant probablement la scène… Une scène qu'elle n'arrivait justement pas à imaginer étant donné le caractère doucereux de la jeune femme et le sarcasme incontrôlable du diagnosticien.


- Aucun malentendu, j'ai fait ça par pur intérêt personnel et seulement parce que je n'avais aucune autre solution ! Et quand je dis aucune autre, c'est bien aucune autre.

- Depuis combien de jours ?

- Euh… J'ai passé deux nuits dans son appartement.

- Waw.

- Je n'ai pas couché avec elle, ajouta-t-il rapidement pour ne pas qu'elle s'imagine des choses – et aussi par fierté de n'avoir rien tenté.

- Ah…

- Mais aucune inquiétude, elle me sautera dessus à la première occasion. »

Cuddy sourit à cette remarque. Sa curiosité assouvie, House était ravi. Il aurait préféré garder le secret, mais d'une certaine manière il était fier que quelqu'un comprenne parfaitement qu'il n'y avait rien de concret dans tout ce bazar. Il espérait seulement que l'information ne circule pas à travers tout l'hôpital.

« Je peux y aller maintenant ? s'impatienta-t-il.

Elle inclina le visage pour dire « oui ». Sur ce, il sortit du bureau, puis de l'hôpital.

« En fin de compte… C'est bien moi qui fais des caprices. »