Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 7: Loyauté

Une intense colère – ainsi qu'un sentiment plus sombre, plus triste, qu'il se refusait de nommer – nouait le ventre de Ryûga. Et ça ne faisait qu'empirer depuis que Kyoya avait osé le balancer comme... comme un vulgaire bagage dans les bras d'Hélios. Heureusement, il n'était pas tombé. Son honneur et sa fierté ne s'en seraient pas remis sinon. À présent, son garde du corps et lui avançaient dans les rues de Scarline, mettant toujours davantage de distance entre eux et Kyoya. Il s'éloignait de la vie si riche en événement du gang pour retrouver son quotidien monotone. Et jamais il n'y retournerait. Il en était persuadé. Il le savait. Une telle chance ne se représentait jamais deux fois dans une vie. Surtout dans la sienne...

Il étouffa la tristesse et le regret avant même qu'ils ne se manifestent réellement dans son esprit. De toute façon, il n'avait aucune envie de rejoindre les Crocs Sanglants si leur chef était aussi cinglé que ça – il avait tenté de le tuer juste parce que ses paroles lui avaient déplu! Du moins... c'était ce dont il essayait à tout prix de se convaincre, ne laissant aucune place à la vérité. Il préférait attiser sa colère plutôt que d'affronter ce qu'il pouvait ressentir.

Il fut sorti de ses pensées quand il vit Hélios le dépasser pour lui ouvrir la portière d'une voiture noire qui les attendait devant un trottoir. Un profond mépris l'envahit soudainement. Qu'est-ce qu'il détestait le monde auquel il appartenait! Hélios le croyait incapable d'ouvrir une portière ou quoi? C'était rageant d'être constamment surprotégé alors qu'il n'en avait nullement besoin. Surtout que la propriété de sa famille ne se trouvait qu'à quelques rues de là: il pourrait parfaitement la rejoindre à pieds. Si Kyoya voyait ça, il se moquerait sûrement de lui...

Ses poings se crispèrent. Avec la crise que le vert avait faite tout à l'heure, il était mal placé pour se moquer de qui que ce soit. Il ne voulait plus rien avoir à faire avec lui, ni avec ses Crocs Sanglants. Si ces derniers étaient assez stupides pour suivre aveuglément ses délires, c'était leur problème. Ça ne le concernait en rien. L'unique et dernière chose qu'il ferait pour eux, c'était de ne donner aucune information sur leur groupe à ses parents et à Hensonn. Après tout, il préférait toujours le gang à eux.

Sans rien laisser paraître sur son expression, il se glissa dans le véhicule. Hélios ferma la porte pour lui. Il dut mordre sa lèvre pour s'empêcher de faire un commentaire déplacé et insultant qu'il répéterait sûrement à ses parents – ou, du moins, qui lui ferait douter de son équilibre émotionnel.

Ryûga ne put détacher son regard des quartiers sombres de Scarline. Il ne voulait pas l'admettre mais cette vie lui manquait déjà, même si elle n'avait duré que quelques jours. Surtout qu'il retournait à cette horrible mascarade qu'il avait toujours abhorré.

XXX

Les yeux de Kyoya étaient rivés sur le sol qui se trouvait à plusieurs mètres de lui. Il était assis en équilibre sur le rebord d'une fenêtre, adossé au cadran, une jambe pendant dans le vide, l'autre repliée contre lui. Il savait que c'était imprudent de rester ainsi à découvert avec tous les ennemis qu'il s'était fait mais il s'en moquait: Nile et lui quitteraient définitivement cet endroit dans moins d'une heure. Le temps que les ennemis en question découvrent où il se trouvait et essayent de prendre une décision, ils seraient déjà loin.

L'esprit embrumé, il ne pensait à rien de particulier et attendait simplement que le temps passe. Le jour déclinait rapidement, laissant place à un crépuscule qui teintait le ciel d'un rouge vif peu habituel, lui donnant un aspect sanglant. Mais cette couleur se dissipa rapidement, comme si elle appartenait à un mirage.

Des coups frappèrent à la porte, le sortant de sa rêverie. Il se tourna et riva ses yeux orage sur le battant qui s'ouvrait lentement. Nile apparut dans l'encadrement, l'air sûr de lui. Il le salua avec respect et politesse.

-Ça va bientôt être l'heure de la réunion des Crocs Sanglants, déclara-t-il.

-Je sais.

Kyoya quitta son perchoir. Il attrapa un sac qui contenait ses maigres possessions dont il n'aurait tout de même aucun mal à les remplacer. Peu de choses étaient irremplaçables ici-bas. Il passa fièrement devant son second qui tenait un sac similaire en plus de la mallette et dont les yeux émeraude scintillaient d'inquiétude. Il se crispa, détestant être le sujet de ce type d'émotion. Ce n'était bon que pour les faibles.

-Un problème? siffla-t-il sèchement.

Nile secoua la tête.

-Je n'en ai aucun, moi.

Ses paroles hérissèrent Kyoya.

-Qu'est-ce que tu insinues?!

-Que tu n'as pas l'air d'aller bien depuis tout à l'heure...

-Je ne te permet pas de me parler comme ça!

Les yeux d'émeraude se plissèrent, comme s'ils avaient un indice important à analyser.

-C'est de cette attitude que je parle, continua leur propriétaire calmement.

Kyoya sentit une douce fureur naître en lui.

-Nile, grogna-t-il, la voix lourde de menaces.

L'interpellé s'inclina. Malgré son rang, il savait qu'il y avait des limites qu'il ne devait pas dépasser. Et ses paroles les effleuraient dangereusement.

-Désolé, murmura-t-il doucement. Je n'aurais pas dû.

Le vert ne crut pas une seule seconde ses excuses: son ton ne dévoilait aucun signe de regrets et il le connaissait trop bien pour croire qu'il puisse s'excuser aussi facilement. Il hésita une seconde avant de continuer sa route, jaugeant que ça ne valait pas la peine de s'énerver contre lui pour ça. Nile lui emboîta le pas. Ils quittèrent une dernière fois leur appartement, sans ressentir quoi que ce soit de particulier.

Ils se faufilèrent dans les ruelles de plus en plus sombre de Scarline, habitués à l'obscurité dans laquelle ils se mouvaient aussi simplement que les citoyens honnêtes en plein jour. Ils les connaissaient par cœur et leurs yeux s'étaient depuis longtemps habitués au faible éclairage des lampadaires. En quelques minutes, ils atteignirent un hangar. Ils le contournèrent jusqu'à un angle particulièrement isolé. Personne ne semblait les attendre en embuscade – ce coin était l'idéal pour ce cas. Malgré leur apparente sécurité, ils ne baissèrent pas la garde quand ils traversèrent le bâtiment pour en rejoindre un autre, identique. Cette fois-ci, l'adolescent aux cicatrices ne fit aucune discrétion: il ouvrit la porte en grand et il entra avec fierté, tel le roi qu'il était.

Son assurance s'affaiblit. Cela dura un instant si infime qu'aucun membre de son gang ne put le remarquer. La critique que Ryûga lui avait faite résonnait clairement dans son esprit. Un instant plus infime encore, cela le fit souffrir sans raison particulière. Mais il reprit rapidement contenance: après tout, les paroles d'un inconnu ne valaient rien face à son statut. Il continua sa route et se posta devant les siens, oubliant tout échec et l'air plus fier que jamais. Son attitude encouragea les adolescents qui se turent, attendant les bonnes nouvelles.

Kyoya les observa: cinq groupes distincts lui faisaient face, avec chacun de ses lieutenants à leur tête. Sora, leur génie en électronique, accompagné de quelques geeks et de leurs protecteurs – deux d'entre eux étaient présents aujourd'hui – qui devaient s'assurer de leur sécurité pendant leurs missions. Benkei, un de ses plus anciens Crocs Sanglants avec Nile, et son quintet habituel qui s'occupaient des missions les plus importantes. Damure, leur stratège, avec un groupe réduit, dont la principale occupation était de récolter des informations – Rina faisait partie de leur équipe. Tobio, leur tireur d'élite, accompagné de Chris, son bras droit. Ces derniers s'occupaient aussi de l'armement et des missions de précision. Comme toujours, Nile se tenait en retrait, près de lui, semblant lui signifier qu'il n'était pas seul. Malgré tous ses mouvements d'humeur, il savait sa loyauté sans failles.

-L'enlèvement de l'Atsuka a été un succès, déclara-t-il, savourant sa victoire.

Ses Crocs Sanglants répondirent par des hochements de tête, les plus enthousiastes par des exclamations de joie. Aucun d'entre eux n'avaient eu le moindre doute quant au succès de cette mission: après tout, leur chef s'en était chargé personnellement.

Kyoya attendit que le calme revienne de lui-même: ils pouvaient bien profiter de cette victoire. Surtout que le projet final prenait place dès aujourd'hui...

Le silence revint, admirateur. Tous les regards étaient fixés sur lui.

-Nous y sommes presque, dit-il sans donner plus de précision – c'était inutile. Je ne tolérerai pas la défaite: notre objectif est trop proche pour qu'on se le permette!

De nouvelles acclamations s'élevèrent, plus puissantes, pour le célébrer comme le roi qu'il était.

Tout ça n'est qu'un vulgaire caprice.

Kyoya se retint de justesse de secouer la tête pour chasser cette pensée. Il ne devait sous aucun prétexte faire preuve de faiblesse. Encore moins en public. La faiblesse c'était l'humiliation... et la mort. Autant se suicider: au moins, une partie de sa fierté demeurerait intacte.

Nile s'avança de quelques millimètres – soit rien pour n'importe qui d'autre. Le vert, par contre, comprit qu'il avait remarqué. Nile le connaissait trop bien et, comme il l'avait promis si longtemps auparavant, il était devenu l'une des rares – sinon la seule – personne sur laquelle il comptait. Même s'il faisait de son mieux pour le dissimuler, il était certain que l'autre le savait. Difficile de cacher tous ses sentiments à une personne avec laquelle on vivait depuis près de dix ans.

Il se redressa fièrement. Cela n'avait pas dû faire une grande différence pour ses Crocs Sanglants mais ça lui donnait l'impression de redevenir maître de la situation.

-Lieutenants, restez ici: je dois vous parler. Les autres, vous pouvez disposer.

Les soldats concernés s'inclinèrent. Des 'bien chefs ' fusèrent d'un peu partout, témoignant du respect qu'ils avaient pour lui. Ils quittèrent le hangar. L'espace devint étrangement vide lorsqu'il ne resta plus que les quatre personnes demandées: Benkei, Damure, Sora et Tobio. Nile, bien évidemment, était lui aussi resté.

-Vous devez vous occuper d'améliorer notre matériel et notre armement, leur déclara-t-il.

Devant leurs airs interrogateurs, il esquissa un léger mouvement vers Nile qui s'avança, la mallette en équilibre sur le bras. Il l'ouvrit et leur distribua les parts qu'il avait déjà découpé pour chaque section. Ils acceptèrent, l'air ébahis, ne s'y attendant visiblement pas. Kyoya se demanda brièvement ce qu'ils pensaient qu'il ferait de l'argent de la rançon. Quel intérêt de demander autant si ce n'était pas pour les Crocs Sanglants?

Son second revint auprès de son lui alors qu'il croisait les bras.

-Vous vous souvenez de ce qui arrive aux traîtres? murmura-t-il, juste pour la forme.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus besoin de les menacer pour qu'ils lui obéissent. Mais, dans des cas exceptionnels comme celui-là, il valait mieux leur rappeler les risques qu'ils encourraient s'il leur venait à l'idée de le trahir. C'était définitif: aucune excuse, aucun pardon n'était accordé aux traîtres.

Bien que son ton soit bas, tout sembla se figer immédiatement. Les yeux étaient écarquillés et les bouches entrouvertes. Une certaine tension, due à la peur, envahit l'espace car tous savaient que ce n'était qu'une menace à peine déguisée. Une seule fois quelqu'un avait osé le trahir, à l'aube des Crocs Sanglants. Quelqu'un d'un peu trop ambitieux. Kyoya en avait fait un exemple dont tous se souvenaient. Même les adolescents qui n'étaient pas présents à l'époque savaient exactement ce qu'il s'était passé.

-On ne te trahira jamais! s'indigna Benkei, se moquant de la menace sous-jacente.

Les trois autres acquiescèrent en silence, soudainement graves.

-Il vaut mieux pour vous.

Benkei et Sora sourirent comme s'ils ne venaient pas de tout juste se faire menacer.

-Partez maintenant.

Ils s'exécutèrent après l'avoir salué respectueusement. Lorsqu'ils furent partis, il se tourna vers Nile. Sans avoir besoin de se concerter davantage, ils quittèrent le hangar à leur tour, passant par une autre porte. Les ruelles de Scarline s'entre-croisaient devant eux mais ils n'eurent pas la moindre hésitation quant au chemin à suivre. Ils marchèrent tranquillement sous la faible lumière artificielle des lampadaires. Bien qu'il sentait le regard de Nile sur lui, Kyoya n'en fit pas le moindre commentaire: il devait avant tout s'assurer que personne ne les suivait. Mais la vingtaine de minutes qui les séparait de leur logement furent calmes, si l'on exceptait le murmure inquiétant des bas-fonds de la ville. Il atteignirent l'appartement sans encombres. C'était un trois-pièces au deuxième étage d'un immeuble délabré mais ils s'en moquaient: il n'y resteraient pas indéfiniment de toute manière. Le point positif était le grand nombre d'issue qu'il leur offrait.

Lorsqu'ils furent dans la sécurité toute relative de leur nouveau domicile, Kyoya coula un regard vers Nile. Son inquiétude était de plus en plus tangible. Cela l'agaçait. Il faudrait qu'il trouve un moyen d'arranger ça.

Fin du chapitre 7