Chapitre 6 : Reconstruction
Lorsque je me réveille, je ne suis plus dans la cellule sombre ou j'étais enfermée depuis une semaine maintenant, je suis dans un lit douillet et dans une pièce aux murs blancs. Je me mets en position assise, et regarde autour de moi, à l'affût, puis je remarque qu'un tuyau est enfoncé dans mon poignet gauche. Je regarde par la fenêtre ou j'aperçois un timide soleil se lever. Je reconnais instantanément les buildings et la végétation et je peux identifier l'endroit dans lequel je me trouve : L'hôpital de Konoha. Je pousse un soupir de soulagement, mes nuits d'enfer sur le sol dur et froid entourée de psychopathes sont terminés. Je pleure presque de joie à cette idée.
Mais une infirmière vêtue de blanc elle aussi vient interrompre le cours de mes pensées en entrant dans la pièce comme une furie.
- Enfin réveillée ? Bonjour !
- Comment je suis arrivée ici ? –La questionnais-je immédiatement, sans m'encombrer des signes de politesse.
- En premier lieu, on va vérifier ton état de santé, ainsi que remplacer ta perfusion. Tu étais dans un sale état quand ils t'ont ramenée, fièvre et malnutrition.
- Qui m'a amenée ici ? Je suis là depuis combien de temps ?
Ma première pensée, c'est que j'espère sincèrement que personne ne s'est mis en danger pour me sauver, mon ventre se tord à cette idée.
- Ecoute, je suis juste une interne chargée de te soigner, je n'en sais pas vraiment plus... –S'excuse t'elle, en notant des informations sur son carnet et en changeant la poche de ma perfusion. –Mais je vais aller chercher quelqu'un qui saura sûrement et qui attends impatiemment ton réveil.
Les minutes sont longues quand je reste allongée à attendre son retour, me demandant ce qui a bien pu se passer pendant mon inconscience. Puis une tornade se rue vers moi et m'enlace si fort que j'ai l'impression d'être broyée.
- Mag'... J'ai eu tellement peur.
- Iru', je vais bien.
Mon frère se redresse, des larmes dans ses yeux d'onyx et des cernes qui pourraient en faire pâlir un certain ninja de l'Akatsuki. J'ai un rictus à cette pensée, je dois les effacer de ma mémoire.
- Qu'est ce qu'il s'est passé ?
Iruka emprunte le ton "grand frère protecteur" immédiatement en voyant mon visage confus et sûrement pas très beau à voir.
- Ecoute, je ne préfère pas en parler, c'est fini c'est tout ce qui compte... Je suis si contente d'être ici saine et sauve.
- Oui, tu as raison.
Je préfère éviter le sujet pour ne pas l'inquiéter d'avantage, connaissant son côté mère poule. Je vois à son expression qu'il est contrarié que je ne m'ouvre pas à lui, mais pour le moment je n'en ai pas envie, je préfère simplement laisser ce cauchemar derrière moi. Je frissonne contre ma volonté à mes souvenirs qui remontent dans mon esprit.
- Raconte-moi comment j'ai atterri ici, Iruka. –Je décide de changer de sujet.
- Le mieux est que tes coéquipiers s'en chargent, ils sont dans le couloir… –Me répondit-il avec un grand sourire.
A ces dires, Iruka sort de la pièce et quelques secondes plus tard, il revient suivi de : Kiba, Akamaru, Neiji et même Shino qui viennent me rendre visite. Après qu'Akamaru m'aies débarbouillé le visage et que Kiba me crie dessus pour les avoir assommés, ils me racontent alors toute l'histoire de mon sauvetage.
Quelques heures après que j'ai endormi Kiba et Akamaru, ils se sont réveillés et ont immédiatement cherché ma piste et celle de Rôshi. Fort heureusement, Neji et Shino qui avaient reçu notre message datant du village des poupées ont pu rejoindre Kiba et ils ont pu déterminer ensemble un plan d'attaque. Neji décida qu'ils n'étaient pas assez forts pour me sauver seuls, ils envoyèrent donc un insecte messager de Shino pour demander du renfort à Konoha, en attendant, ils ont surveillé les faits et gestes de mes ravisseurs pendant une semaine, et Neji vérifiait constamment mon état de santé à l'aide de ses Byakugans. Il s'avéra que mes ravisseurs n'étaient que deux, Kisame Hoshigaki et Itachi Uchiha, mes sauveurs notèrent le départ de ce dernier trois jours après mon arrivée, me laissant seule avec l'homme requin.
Le renfort arriva le septième jour, les deux éternels rivaux, Kakashi et Gai-sensei en personne. La tactique fût la suivante : envoyer une bombe somnifère à l'intérieur du vieux moulin (apparemment c'était le bâtiment ou j'étais) et simplement attendre que le nukenin soit hors d'état de nuire. Bien sur, rien ne se passa comme prévu, après avoir envoyé le fumigène, qui au passage expliqua mon évanouissement soudain, l'homme requin sortit enragé de sa planque, et pas endormi le moins du monde. Ce fût Kakashi et Gai-sensei et son terrible taijutsu qui parvinrent à le neutraliser et Neji à le paralyser en coupant ses canaux de chakra. Mais le combat fût rude et plus d'un en sorti blessé malgré les précautions.
Malheureusement, le soir même Kisame s'échappa alors que c'était le tour de garde de Kiba...
- Et voila toute l'histoire. –Me dit Kiba, visiblement contrarié.
Je pense qu'il doit terriblement s'en vouloir d'avoir manqué de vigilance, mais je ne lui en tiens pas rigueur bien évidement.
- Ne t'en fais pas. –Le rassurais-je. –Tu as fait de ton mieux, et vous m'avez tous sauvée. Merci les gars.
Il pèse alors une ambiance bizarre dans la petite chambre d'hôpital, et je mets ça sur le compte des deux taciturnes et d'un Kiba pris de remords. Puis Kiba et Shino m'informent qu'ils repartent en mission dès demain avec Kakashi-sensei, Naruto, Sakura, Saï, Yamato et Hinata afin de tenter de récupérer Sasuke.
Je leurs souhaite bonne chance et prétexte une certaine fatigue afin de me retrouver seule.
Je me fais une note mentale d'aller remercier Gai-sensei après avoir fait mon rapport à Tsunade dès que je pourrais sortir d'ici. Il faudra aussi que je remercie Kakashi à son retour. Je soupire d'avance des sermons auxquels je vais sans aucun doute avoir droit.
En repensant à ces évènements, je comprends que je ne suis pas à la hauteur de mon statut de ninja. Si je veux faire honneur au village caché dans les feuilles, je vais devoir me battre aussi dur que tous ces gamins de la promo de Naruto.
Ce soir-là je m'endors rapidement, épuisée avec pour seul bruit les gouttes qui tombent de ma perfusion.
OOO
Quelques jours plus tard, je suis enfin autorisée à sortir de l'hôpital et je vais sans plus attendre au palais de l'Hokage. Comme je m'y attendais, j'ai le droit à une leçon de morale sur mon inconscience, et ma désobéissance. Mais je n'écoute la Godaime que d'une oreille, voulant juste faire mon rapport et oublier cette mission le plus vite possible. Après mon rapport détaillé sur ce que j'ai vécu dans ce maudit taudis, à ma surprise, Tsunade me confie une mission de rang B. C'est une mission de collecte d'informations au nord du pays qui doit débuter dès demain matin. Je pensais pouvoir me reposer et profiter de mon frère quelques jours, j'accepte néanmoins la mission, sous les conseils de Tsunade qui me dit que cela me changera les idées. Pour une fois, je suis bien d'accord avec elle, me plonger dans mon activité de shinobi ne pourra m'être que bénéfique.
Je me muni donc du parchemin qui détaille ma prochaine mission et m'en vais en direction du gymnase, ou j'imagine pouvoir trouver la "bête verte de Konoha" comme mon sauveur aux gros sourcils se surnomme.
Une fois au gymnase, je suis étonnée de ne trouver personne mais me dit que Gai doit être en mission lui aussi, ce qui ne m'étonne pas vu la situation actuelle. Je me décide donc à retourner à l'appartement, pour manger un bout. J'ai envie de manger du gras, du sucre, des sucreries, bref, autre chose que du pain rassi ou des repas immondes de l'hôpital. Je rentre donc à notre appartement avec Iruka et décide de prendre un bon bain chaud en attendant le retour du travail de mon frère.
Le bain me fait le plus grand bien et me réchauffe, je m'enroule dans une serviette chaude et regarde mon reflet dans la glace. Des cernes trônent sous mes yeux, et j'ai des bleus impressionnants au niveau du cou. Je suis prise d'un frisson en me rappelant de la façon dont j'ai eu ces marques : l'attaque inexpliquée de mon ravisseur. Il a littéralement explosé de rage en entendant mon nom, mais je ne le connaissais absolument pas à par la fois ou je l'avais croisé dans un restaurant de Konoha, avec son acolyte... Je secoue la tête négativement et me passe de l'eau fraîche sur le visage pour chasser ses idées noires. Je ne veux plus jamais entendre parler de lui, ou de cette foutue Akatsuki, ou même de bouclier de chakra vert. J'aimerais n'avoir jamais vécu tout ça.
Je me pose enfin dans le canapé du salon et lis une bande dessinée en attendant le retour de mon frère.
- Je suis rentré.
La voix d'Iruka me tire de ma lecture passionnante, je n'ai pas vu l'heure passer.
- Tadaima, ni-san. Comment s'est passé ta journée ?
- Très bien, et comment vas-tu ? Je m'en veux de n'avoir pu passer te voir plus longtemps à l'hôpital hier et avant-hier, mais ces fichus copies que je devais corriger...
Je l'interromps en riant joyeusement.
- Ne t'en fais pas, Iru', tu fais simplement ton travail !
- Ce rire m'avait manqué.
Mon frère m'enlace et me tapote la tête affectueusement, comme il avait l'habitude de le faire quand j'étais gamine. Puis mon ventre gargouille de façon sonore et nous partons tout les deux dans un fou-rire.
- Nouilles instantanées ?! –Proposais-je gaiement.
- Ça m'aurait étonné que tu proposes autre chose, madame la grande cuisinière !
- Il me fallait bien au moins un défaut !
C'est donc dans un semblant de bonne humeur que je mets de l'eau à bouillir sur le feu alors qu'Iruka me raconte sa journée trépidante avec les garnements de l'académie. Je suis bien contente qu'il ne me pose pas de questions sur ma captivité, même si il doit en mourir d'envie, il me connaît bien et sait que je viendrais lui parler de moi-même quand j'en éprouverais le besoin. C'est pour ça que j'aime tant notre relation, nous n'avons pas besoin de mots pour nous comprendre.
Nous nous mettons à table puis je vois le regard de mon frère s'assombrir soudainement.
- Elles sont si mauvaises mes nouilles ? –Tentais-je de le sortir de sa torpeur. Voyant qu'il ne me répond pas, je commence à deviner son trouble. –Tu t'inquiètes pour Naruto, hein ?
- Oui, c'est ça... –Me répond-il, hésitant.
Je trouve son air étrange à ce moment-là, comme si il me cachait quelque chose. Mais je trouve cette idée ridicule et l'oublie instantanément, bien évidement qu'il est troublé parce que Naruto est parti à la recherche de Sasuke avec une grande partie de ses anciens élèves, qui ne le serait pas ?
- Ne t'en fais pas, ils iront tous bien, j'en suis certaine.
- J'ai peur que Sasuke soit définitivement devenu un criminel et qu'il ne revienne jamais au village. Et s'il faisait du mal à Naruto, et aux autres ?
- Naruto parviendra à faire revenir la lumière dans son cœur, et à le ramener au village. Après tout c'est son talent.
Finalement, la conversation dévie sur ma mission de demain, je lui explique que je ne sais pas quand je serais de retour et il me souhaite bonne chance et bonne route, en me spécifiant de bien faire attention à moi, comme à son habitude. Puis, après qu'on ait débarrassé la table, j'embarque mon livre et le parchemin qu'on m'a donné au bureau de Tsunade et file dans ma chambre, souhaitant bonne nuit à Iruka. Je prépare mes affaires pour mon périple de demain et ne tarde pas à aller au lit.
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Le lendemain, je prends la route très tôt alors qu'Iru' dort encore. Je ne suis pas vraiment matinale habituellement mais un cauchemar m'a réveillée et depuis impossible de me rendormir. Sur le chemin, je me ressasse les détails de la mission que j'ai lu hier soir avant de m'endormir.
C'est donc une mission de collecte d'informations sur un vigneron du pays du feu nommé Minoru dont les agissements paraissent louches à un de ses confrères. Selon notre employeur, Minoru prévoie de voler sa recette de fabrication de vin artisanal secrète et le coup est prévu pour dans deux jours.
Il est précisé sur le parchemin que notre employeur a déjà eu maintes querelles avec ce fameux Minoru. Ma mission consiste donc à surveiller les agissements du vigneron suspect et intervenir si besoin pour empêcher le vol de la recette ou quelconque forme d'espionnage. Mission somme toute banale et inintéressante au possible. Mais le quotidien des ninjas de Konoha ne se résume pas à se battre contre des nukenins, espionner des anbus et à escorter des hauts seigneurs.
Après avoir épié attentivement les agissements du seigneur Minoru et de ses employés pendant une semaine sans qu'aucune attaque ou forme d'espionnage ne se produise, je fais un rapide rapport sur un rouleau : rien d'anormal ou de louche dans les caves, ni dans les vignes de ce monsieur, même pas un travailleur illégal, et à priori ses papiers sont en règle. J'ai vraiment l'impression d'avoir perdu mon temps avec cette histoire de vigneron paranoïaque alors je décide de rentrer à Konoha sans tarder.
Le chemin du retour se déroule sans encombre et je rentre assez rapidement, alors que je prends la route du palais de l'Hokage, en pensant aux donuts rangés dans le placard de la cuisine, une voix bien familière interrompt le cours de mes pensées.
- Maguro !
C'est Kafuku Hatake, mon amie de toujours, et ancienne coéquipière.
- Kafuku, comment vas-tu ?
- C'est à toi qu'il faut demander ça... –Me dit-elle en grimaçant. Je suis désolée de ne pas être venue te chercher... J'étais en mission à ce moment-là.
- Tu n'as pas besoin de t'en vouloir, ton frère, Gai-sensei et mon équipe de mission m'ont sauvée. Tout va bien.
Non, je ne vais absolument pas bien et je sais que ce n'est pas bien de mentir, mais je n'ai pas envie de parler de cette histoire à qui que ce soit, j'ai juste envie de me goinfrer de donuts et d'oublier tout ça.
- Maguro, il s'est passé quoi ? –Elle insiste en croisant les bras sous sa poitrine.
- J'ai échoué ma mission, j'ai pas pu sauver la personne que j'étais censée aider, je me suis fait laminer en combat, capturer, puis séquestrer et affamer par un enfoiré de poisson débile ! ... Et puis les autres se sont mis en danger pour me sauver comme la personne inutile que je suis. Je crois que ça résume assez bien la situation, nan ?
Voilà ce qui arrive quand on me pousse à sortir de mon état de déni ! Elle l'a cherché aussi, moi je voulais juste rentrer et manger…
- On doit parler, Maguro.
- Quoi ? Tu t'es reconvertie en psychologue ou quoi ? Je viens de tout t'expliquer maintenant je ne veux plus en parler et oublier ça.
- Tu ne comprends pas, viens.
Mon amie m'attire alors dans une ruelle sombre en regardant de droite à gauche.
- Quoi à la fin ? Tu commences à me faire peur ! –M'exclamais-je.
- Tsunade voulait garder le secret, mais j'ai pensé que tu voulais le savoir. On a capturé un membre de l'Akatsuki. –Elle laisse sa phrase en suspens et j'ai peur de la réponse.
- Qui ?
- Hoshigaki Kisame.
Mon sang se glace à l'entente de ce nom que je n'espérais plus jamais réentendre et après un petit temps d'arrêt, j'explose de rage.
- Tu te fiches de moi ? Depuis combien de temps ? Pourquoi personne ne m'as rien dit !
- A vrai dire, ils l'ont attrapé quand ils sont allés te récupérer. Je le sais car j'ai entendu une conversation de mon frère qui disait à Gai-sensei de ne surtout rien te dire, et de te faire croire qu'il s'était échappé en chemin, sur ordre de Tsunade. Car ils craignaient que tu ailles l'éliminer en sachant ça et par la même occasion te mettre en danger. J'imagine que Tsunade t'as donné une mission tout de suite après ton rétablissement, n'est-ce pas ?
- Tsunade m'as dit que c'était pour me changer les idées...
- C'est pour ne pas que tu te rendes compte de ce qui se trame ! Mais je ne peux pas te mentir, ils comptent t'envoyer en mission le plus longtemps possible sans interruption pour te tenir éloignée du village.
- Ils m'ont TOUS menti ! Kiba, Neji, Shino, Tsunade, IRUKA ! Ils m'ont tous regardée dans les yeux et ils m'ont menti... –M'écriai-je folle de rage.
Tout s'explique, l'air bizarre de Kiba, Neji et Shino encore plus taciturnes que d'habitude, Gai-sensei introuvable, même au gymnase... Mais le pire, c'est Iruka qui prétexte se soucier de moi et de Naruto alors qu'il me ment allègrement, mon propre frère. Ils m'ont tous trahie et je ne leur pardonnerais jamais.
- Maguro, je comprends ta colère mais...
- Mais quoi ! Je suis l'idiote du village à qui on ne dit rien sous prétexte de "protection" hein ?
- Tu sais que c'est faux…
Je vois dans le regard d'onyx de mon amie que mes propos l'effraient, elle doit regretter de m'avoir révélé le pot aux roses.
- Écoutes, je te remercie d'avoir été honnête avec moi Kafuku, je vais te laisser. –Dis-je, la mine sombre.
- Je dois retourner en mission, l'Akatsuki s'agite en ce moment... Ne fais rien de stupide d'accord ?
Mon amie pose une main sur mon épaule et me lance un regard compatissant. Je me recule et m'en vais sans demander mon reste. Je la déteste à ce moment-là elle aussi, je ne veux pas de sa pitié. Je les déteste tous, sans exception. Si seulement Naruto avait été là et pas en cavale après cet abruti de Sasuke, ça ne serait pas passé comme ça, j'en suis certaine ! Il n'aurait jamais laissé faire un truc pareil.
De toute façon, ma décision est prise, je vais aller à la prison et en finir moi-même avec ce monstre. Quitte à être considérée comme une déserteuse, j'en ai rien à faire, je vais me venger, je dois me venger. De toute façon je ne veux pas rester dans un village où tout le monde me ment, même mon Hokage.
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