Rappel :
Fin du Chapitre 6 : Interlude de Snape
Le repas, qu'ils avaient pris ensemble, au chevet de Lucius, avait amené une autre série de questions dans l'esprit de Snape. Qu'est ce qui avait pu causer une telle augmentation de magie chez le morveux ? Ce n'était pas la Bataille finale. Il y a deux jours, dans les cachots, Severus aurait juré que Potter ne disposait pas d'une telle puissance magique. Il devait constamment lutter pour ne pas se perdre dans l'aura du jeune homme, ce qui expliquait sans doute qu'ils aient passé un dîner aussi agréable que dépourvu de remarques blessantes.
Le Maître des Potions avait adoré torturer le jeune homme avec son idée de doudou, consentant après une longue, très longue discussion, à laisser en possession de Lucius une des chemises qu'il avait déjà porté. Il promit même de la changer régulièrement, chaque fois qu'il reviendrait de Poudlard, pour qu'elle continue à garder son odeur.
Il passèrent également un long et inconfortable moment à discuter de leurs options concernant Draco et Narcissa. Severus ne fut que moyennement étonné d'apprendre que le morveux avait décidé de prévenir Draco au plus tard dès que Lucius reprendrait conscience. Il comprenait son raisonnement, mais il savait aussi que Lucius serait contre cette idée. Il ne supporterait pas que sa famille le voit ainsi diminué, le Maître des Potions en était certain.
Le débat animé des plans à exécuter en cas d'urgence comme celle de l'après-midi les occupa un long moment et ne fit rien pour calmer leur inquiétude mutuelle.
Vers 22 heures, constatant qu'ils n'arrivaient pas à ce mettre d'accord, les deux hommes se retirèrent dans leur chambre, plus inquiets qu'auparavant.
Allongé dans son lit, dans sa chambre, dans l'impénétrable Demeure des Black, Severus Snape se sentit fondre. Les douces et lourdes couvertures, le tissu soyeux de son luxueux pyjama, les craquements du feu qui réchauffait tranquillement la chambre, tout conspirait pour le plonger dans un état de transe.
Aaah, il y a probablement des années que je n'ai pas été aussi relaxé. Et je le dois à ce corniaud de Black et ce morveux de Potter. Quelle ironie !
Pour la première fois depuis son enfance, Severus Snape sombra dans un sommeil paisible, doucement bercé par une voix angélique fredonnant une mélodie apaisante qui résonnait faiblement dans tout l'étage.
Chapitre 7 : l'éducation de Harry
Harry avait été agréablement surpris par la soirée qu'il avait passé avec Snape, il y a de cela une semaine.
L'homme avait été presque charmant, ses remarques sarcastiques penchant plus vers l'humour caustique que vers l'émasculation verbale. Il s'inquiétait autant que lui pour Draco, ce qui était un autre point en sa faveur. Il l'avait traité en égal pour discuter leurs plans, n'avait pas rejeté d'office ses idées concernant les soins de Lucius et l'avait même taquiné !
Snape !
Le taquiner !
Mais ce qui avait sans doute le plus touché Harry, c'était l'air reposé et presque serein que le Maître des Potions avait arboré le lendemain matin. Le jeune homme était presque certain que personne n'avait jamais vu une telle expression sur le visage de Severus Snape.
Et... il l'avait trouvé beau. Ça lui avait fait plaisir de pouvoir offrir à Snape un refuge, un sanctuaire. Il lui devait la vie plusieurs fois après tout, alors, il pouvait bien lui offrir tout le confort et la sécurité à sa portée.
Il sourit en repensant aux potions de soin. Il avait dû en brasser de nouvelles pour la suite de Snape. Winky l'avait informé que le Directeur de Slytherin avait emporté les premières à Poudlard. Harry rougit de plaisir.
C'était un Maître des Potions, après tout. Il lui avait fait là beau compliment. Discret et subtil, mais franc. Tout à fait le style de Snape, finalement.
La semaine avait été chargée. Harry soupira et baissa les yeux. La lettre de Ragnock, qu'il tenait encore en main, allait l'obliger à s'aventurer à nouveau dans le monde sorcier. Il était plus que réticent. Cette semaine, mis à part quelques excursions du côté moldu, il n'était pas sorti de Grimaud Place. Pourtant, il n'était pas resté inactif, loin de là !
Entre les soins à Lucius et ses recherches personnelles, il n'avait pas vu le temps passer !
Snape revenait régulièrement, comme il l'avait promis. Harry était intérieurement convaincu qu'il passait toutes ses nuits à Grimaud, dans sa suite. Il n'avait pourtant aucune certitude, il avait promis de respecter son intimité dans la Demeure, et les devoirs du Directeur de Serpentard et du Maître des Potions de Poudlard étaient suffisamment pesants pour garantir de très longues journées et des horaires ahurissants.
Ils avaient dîné ensemble une fois, dans la chambre de Lucius, et déjeuné deux fois en compagnie des Elfes de Maison.
Snape était encore plus matinal que lui. Harry savait que l'homme rendait visite à Lucius tous les jours, même s'il ne pouvait prendre part directement aux soins. Il avait remarqué que le coin de la bouche de Severus frémissait systématiquement lorsqu'il apercevait sa chemise enroulée autour du cou de Lucius. Ses yeux s'adoucissaient puis un léger rictus moqueur flottait sur son visage avant qu'il ne reprenne son air impassible habituel.
Le jeune homme aurait aimé pouvoir observer ce genre d'émotion plus souvent. La moindre animation du visage de Snape le fascinait.
Harry ne recherchait pas sa compagnie, il avait décidé d'abandonner l'initiative au plus âgé.
Ce système semblait fonctionner à merveille : leurs discussions étaient plaisantes, quoique toujours assez vives. Néanmoins, leurs joutes oratoires avaient perdu de leur ancienne violence. Seules restaient l'excitation et l'adrénaline que suscitaient toujours en lui ses rencontres avec Snape. En somme, il le respectait et l'admirait toujours autant mais, à présent, il parvenait à s'en souvenir même en sa présence.
Harry avait continué les soins avec régularité et application. Fort de son expérience du premier jour, il évitait à présent de s'asseoir sur les hanches de Lucius pour le masser. Il ne pouvait s'empêcher de rougir dès qu'il y repensait, toutefois.
Il le baignait régulièrement. Il n'osait s'avouer que le rituel du bain était aussi régulier uniquement parce qu'il aimait le mini-sourire que le malade affichait toujours au contact de l'eau. Lucius avait l'air de plus en plus en forme, de plus en plus beau, mais il ne réveillait toujours pas.
D'après Severus, c'était normal. Celui-ci pensait que l'aristocrate ne se réveillerait que lorsque sa magie constaterait que le coma était un obstacle au reste de sa guérison, c'est-à-dire quand toutes ses blessures, à l'exception de sa paralysie, auraient disparues. À leur considérable soulagement, Lucius n'avait montré aucun autre signe d'agitation. Cela avait grandement rassuré les deux hommes, même s'ils continuaient à réfléchir à un plan efficace pour contacter Draco et Narcissa et les faire revenir sans les mettre en danger. Le Maître des Potions avait ajouté une autre étape à leur rituel quotidien. Lucius ne bougeait toujours pas, mais Harry lui faisait effectuer un certain nombre de mouvements pour optimiser l'action des potions reconstituant la masse musculaire du malade et entretenir ses articulations.
Harry avait continué à éprouver le besoin de chanter. Lucius semblait apprécier sa voix et Severus avait toujours l'air plus apaisé lorsqu'il avait passé un certain temps à baigner dans les mélodies que Harry tissait naturellement à présent.
C'était plus facile pour lui d'exprimer ses sentiments de cette façon. Le chant lui offrait un exutoire presque machinal et l'empêchait de se faire submerger par ses sentiments, qu'il continuait à ignorer avec une obstination toute Gryffondorienne.
Il avait été soulagé de ne constater aucun autre changement physique dans les 72 heures qui avaient suivies son «aventure» dans la Forêt Interdite. Son entraînement magique avait continué et il contrôlait un peu mieux sa magie, même s'il l'apprenait toujours.
Ses recherches magizoologiques sur les êtres magiques qui avaient participé au rituel ne l'avaient que peu aidé. Il savait désormais exactement de quelles compétences magiques ses êtres disposaient mais, à part le chant du phénix, il n'en avait identifiée aucune chez lui. Il savait que cela prendrait probablement du temps.
Il n'était pas pressé. Vraiment pas. Les quatre êtres magiques qui l'avaient influencé étaient tous extrêmement puissants. Leurs magies tournaient toutes autour de la vie et la mort. Ce qui expliquait sans doute le retour des Reliques des frères Peverell et leur détermination à rester avec lui.
Harry frissonna.
Il était fermement convaincu qu'aucun humain ne devrait disposer de tels pouvoirs. Lui n'en voulait pas. Il connaissait le proverbe «le pouvoir absolu corrompt absolument» et il se souvenait de Voldemort soulignant leurs ressemblances. Il ne voulait pas donner raison à la Gazette.
Et pourtant, il prévoyait bien une révolution du monde sorcier...
Ses potions avaient fonctionné au-delà de toutes ses espérances. Il pouvait voir la différence non seulement sur Lucius, mais aussi sur Severus : Les cheveux et la peau des deux hommes respiraient à présent la santé. Dans environ une semaine, il pourrait probablement commencer à enduire Lucius d'onguent de disparition pour gommer ses cicatrices. Harry lui-même n'avait pas perdu sa peur des miroirs et était donc incapable de s'apercevoir de sa transformation graduelle.
Pour la première fois depuis la mort de ses parents, il mangeait régulièrement, dormait au moins six heures par nuit et prenait soin de lui. Winky se faisait un plaisir de mettre en valeur le nouveau Maître Harry.
Ses cheveux caressaient à présent ses épaules. Leur longueur était toujours insuffisante pour les dompter réellement, mais ils avaient désormais l'aspect doux et brillant de la soie. Sa peau avait perdu sa couleur jaunâtre et ses crevasses. Il passait beaucoup de temps à lire et travailler sur la terrasse de Lucius. Il avait lu que le soleil était excellent pour les malades et les convalescents et profitait de l'été indien pour installer Lucius à l'extérieur, chaudement enroulé dans des couvertures et confortablement calé dans les moelleux coussins d'un transat.
Snape avait donné son accord. Les bains de soleil leur avait fait du bien à tous les deux. Lucius avait perdu sa blancheur cadavérique et Harry arborait une peau joliment dorée et veloutée. Il se sentait mieux et avait visiblement reprit du poids.
Il rougit en pensant au moment où il s'en était aperçu. Il y a trois jours, il s'était rendu compte que le premier ensemble que Winky lui avait confectionné le serrait inconfortablement au niveau de la taille. Il ricana en repensant à sa consternation d'alors.
Il avait grossi ! Il avait ensuite, dans un instant de panique totale (Il refusait de seulement considérer l'idée de ressembler un jour à Dudley, merci bien !) voulu fuir du côté moldu, à la recherche d'un gymnase, d'une piscine, d'un centre de fitness, n'importe quoi pour perdre ses kilos, même une salle de danse !
Il s'était heureusement calmé avant de sortir de Grimaud Place habillé comme un jeune Lord sorcier.
Mais il n'avait pas abandonné son idée, raisonnant qu'un sport lui ferait le plus grand bien. Il s'était donc inscrit dans un dojo. Vu le climat actuel du monde sorcier, il valait mieux mettre tous les avantages possibles à sa disposition !
Pendant une heure et demie, tous les jours depuis déjà quatre jours, il apprenait la self-défense, le tai-chi, l'aïkido et le karaté. Demain, il commençait l'aïkiryu.
Après tout, si l'épisode avec de la Chambre des Secrets lui avait appris quelque chose, c'était que, dans le monde magique, on ne sait jamais quand une épée va vous tomber dessus. Autant apprendre à s'en servir correctement, il n'aurait probablement pas de la chance deux fois de suite !
Les cours étaient éprouvant pour lui. Sa forme physique était misérable, même si ses excellents réflexes et la bonne coordination due au quidditch l'empêchaient de sombrer totalement. Il avait perdu tellement de masse musculaire depuis la Bataille Finale qu'il était aussi faible qu'un nouveau-né. Son instructeur l'avait prévenu : ces sports étaient des disciplines complexes, qui demandaient une pratique quotidienne et régulière sur de longues durées.
Ça ne dérangeait pas Harry outre mesure, au contraire. La rigueur et l'état d'esprit demandé lui rappelaient la concentration nécessaire à son propre entraînement magique. Il avait d'ailleurs constaté que celui-ci était devenu plus aisé depuis qu'il avait commencé son entraînement physique. Pour ne pas perdre trop de temps, il s'était résigné à brasser d'autres potions qui lui permettaient de retrouver ses muscles plus rapidement.
Après tout, si Lucius en bénéfiçiait, pourquoi pas lui ? Ils en avaient autant besoin l'un que l'autre.
Il aurait sans doute pu faire autre chose.
Le quidditch ne lui manquait pas tant que cela, mais son envie de voler ne l'avait pas quitté. Il s'était promis de partir en reconnaissance dans la Jungle des Black la semaine prochaine. Il valait probablement mieux l'affronter de haut ( On multipliait d'autant les possibilités de repli, après tout ! ) et en pleine possession de ses moyens.
Or, il ne se sentait actuellement pas la force de se pencher sur le jardinage. Il était fatigué.
Et la corvée de désherbage du jardin demanderait une préparation intensive et des renforts...et une armure...et probablement un médicomage en stand-by, au cas où...
Peut-être que je pourrai appeler Neville à la rescousse... Le jardin serait sans doute un paradis pour lui. Je sais qu'il apprécierait ce genre de défi...Reste à savoir s'il s'ennuie depuis la fin de la guerre...
Harry chassa ses réflexions fugaces de son esprit et se concentra sur ses souvenirs pour ignorer encore un peu la lettre de Gringotts.
Ses excursions hors du monde magique lui avaient également permis de se rendre compte à quel point il s'était déconnecté des progrès technologiques moldus et des nouvelles du monde en général. Il avait pris un abonnement dans une grande bibliothèque londonienne et s'était abonné à quelques magazines.
Il n'avait pas encore eu le temps de se pencher sur la question sérieusement toutefois, se contentant de feuilleter les magasines. Il faut dire que la dernière semaine avait été assez chargée.
Ses réflexions le ramenèrent à la lettre de Gringotts qu'il tenait toujours en main.
Il y avait exactement une semaine qu'il abritait une partie non négligeable des bibliothèques et des artefacts les plus rares de ses amis Serpentards.
Si Blaise, Théo, Pansy, Vincent et Grégory n'étaient pas assignés à résidence, comme Snape, ils savaient néanmoins que le Ministère les surveillait de près.
Officieusement.
Ils n'étaient accusés de rien, mais l'opinion publique compliquait voire interdisait, toute sortie prolongée dans le monde magique. Ils avaient déjà subi plusieurs descentes d'Aurors qui avaient saccagés leurs manoirs sous prétexte de fouilles. Une grande partie de leurs fortunes avaient été déclarées saisies par le Ministère en tant que réparations, puisque leurs parents étaient morts du mauvais côté lors de la Bataille Finale.
Ils n'avaient donc pas pu hériter de leurs biens. Ceux-ci avaient été officiellement saisis «pour réparation et financement de la reconstruction du Monde Magique.» En fait, la plupart des liquidités étaient bloquées à Gringotts, puisque, sans jugement rendu officiellement par le Wizengamot, rien ne pouvait pousser les Gobelins à passer outre un testament en bonne et due forme.
Il n'en restait pas moins que ces fonds étaient inaccessibles. Les Serpentards devaient donc s'occuper de leurs familles et prendre en charge l'éducation des plus jeunes et la vie quotidienne avec les ressources qu'ils leur restaient : leurs coffres personnels, dont ils ne pouvaient extraire trop de liquidités, sous peine de se les faire confisquer par le Ministère lors des raids d'Aurors.
La campagne de publicité mensongère orchestrée par le Ministère et l'attitude générale de la grande partie du monde sorcier constituaient deux obstacles insurmontables à une quelconque recherche d'emploi.
En lisant des nouvelles de ses amis, Harry avait été plus décidé que jamais.
Il allait monter ses fondations le plus tôt possible, et il allait embaucher ses amis. Après tout, s'il voulait révolutionner efficacement le monde sorcier, quoi de mieux que des Serpentards pour l'aider ?
Il n'avait donc pas perdu de temps, et s'était lancé à corps perdu dans l'étude des documents que Ragnock lui avait confiés. Évidemment, il s'était rapidement retrouvé submergé par le volume et la diversité des informations. Après avoir succombé au désespoir pendant quelques minutes, il s'était souvenu du rituel servant à rencontrer l'esprit des Ancêtres.
La lettre des Jumeaux Weasley le lui avait sorti de la tête et la visite de Snape avait achevé de le distraire, mais maintenant qu'il y réfléchissait, c'était la solution idéale ! Il avait désespérément besoin de quelqu'un pour lui expliquer le sens de tout ce charabia économico-légal et pour répondre à ses (nombreuses) questions !
Il avait fouillé la plupart des ouvrages de la bibliothèque des Black qui concernaient les rituels et les coutumes des familles. La maison avait été un peu réticente avant de lui accorder l'accès à certaines parties de la bibliothèque, mais son statut d'Héritier des Black et son obstination avaient fini par la faire céder. Il avait ainsi récolté pas mal d'informations intéressantes sur la magie des Sangs-Purs, sur celle des Black en particulier et sur les Rituels en général.
Il s'était d'ailleurs découvert une sorte de passion pour ces branches de la magie. Il commençait à envisager d'abandonner lorsqu'il eu enfin l'idée de consulter le Grimoire Familial des Potter. Il se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt lorsqu'il s'aperçut que les informations qu'il cherchait depuis quatre longues journées se trouvaient dans les premiers chapitres !
Le rituel était assez simple. Il demandait une offrande de sang et la participation active du chef de famille. Harry n'avait pas de souci à se faire pour la participation du chef de famille, mais il espérait que le rituel reconnaîtrait son sang. Il savait que celui-ci avait probablement bien changé depuis le Rituel d'Ancienne Magie.
Il espérait qu'il était encore un Potter, au moins. A défaut d'être totalement humain...
Le point délicat du rituel était le choix de l'esprit ancestral que l'on appelait. Il fallait connaître l'ancêtre appelé le mieux possible et penser au besoin qu'il devrait combler. Si la demande n'était pas claire ou le besoin suffisamment pressant, le rituel échouait, avec diverses conséquences désagréables pour le sorcier qui l'effectuait.
Harry comprit avec désappointement qu'il ne pourrait sans doute pas convoquer son père. Il avait besoin de quelqu'un au courant des affaires politiques et financières des Potter, mais il avait aussi besoin de quelqu'un qui puisse le guider dans son rôle de Lord et dans l'apprentissage des magies familiales des Potter. Son Père n'avait pas réellement eu le temps de tenir ces rôles lors de sa courte vie.
Il replongea courageusement dans les archives des Potter et s'immergea dans les autobiographies. Il commença par la plus récente, un compte rendu contemporain de ses parents, écrit de la main de son grand-père. James Potter, semblait-il, n'avait pas poursuivi la tradition. Il n'avait sûrement pas eu le temps, ce qui signifiait que Harry devrait probablement commencer son propre journal et documenter les années qui s'étendaient de la mort de son grand-père à la période contemporaine.
Encore du travail en perspective !
Il tenta plusieurs autres comptes-rendus, y compris le plus ancien qu'il pu trouver. Il apprit ainsi qu'il avait été nommé d'après le fondateur de la lignée, Harrison Potter. Il aurait aimé appeler le-dit Harrison, mais il n'était probablement pas le mieux placé pour répondre à ses questions. Mis à part celles qui l'assaillaient à chaque fois qu'il repensait à ce rituel d'Ancienne Magie.
C'était l'essentiel de la magie pratiquée à son époque, après tout.
Harry soupira. Il savait que le rituel qu'il souhaitait réaliser, comme toutes les magies de ce genre, avait une part de volonté propre. Le choix serait fait pour lui, en fin de compte. Si la Magie de ses Ancêtres ne le jugeait pas méritant, le ritual échouerait, tout pressant soit son besoin. L'important, c'était de se concentrer sur ce qui le poussait à entreprendre l'appel des Ancêtres.
Harry avait effectué le rituel la veille au soir, comme le Grimoire le recommandait.
Il s'était installé sur la terrasse de sa suite, avait soigneusement dessiné les formes et les runes qui serviraient de théâtre au rituel. Il espérait que ça fonctionnerait. Il avait été obligé de modifier une partie des cercles d'invocation. Ceux-ci devaient intégrer le blason familial, qui servait de lien entre l'anneau du chef de famille et le suppliant du rituel. Il était également censé représenter la continuité historique. Le problème, c'est que le blason figurant sur l'anneau avait changé quand Harry l'avait clamé. L'ancien blason incluait un gryffon dressé sur ses pattes arrières devant lequel une épée se tenait en équilibre sur la pointe.
Autant pour la continuité historique !
L'anneau de Harry incluait une chimère entourée d'un serpent qui se mordait la queue, un ouroboros. Entre ces modifications sauvages et les changements que son sang avait subi, le jeune homme était torturé par ses doutes.
Pourvu que ça marche !
Il avait prit place au centre des cercles, se déplaçant sur la pointe des pieds, soigneusement, pour ne rien effacer. Ses mains retenaient le bas de la simple robe verte qui était son seul habit, comme le rituel le demandait. Une fois en place, après quelques exercices destinés à renforcer son contrôle sur sa magie et ses nerfs, le jeune Lord des Potter avait tendu sa main gauche devant lui, au-dessus des blasons dessinés à la craie. Plaçant sa main droite au dessus de la gauche, il avait jeté un très faible sort de découpe sur la peau de sa paume, juste assez pour que le sang s'accumule dans le creux de sa main.
Relâchant sa magie, il se concentra sur les raisons qui le poussaient à appeler ses ancêtres, puis sur les ancêtres qu'il souhaitait contacter. Retournant sa main gauche de façon à faire couler son sang sur son annulaire et sur l'anneau, il attendit que deux gouttes aient maculé les blasons dessinés à la craie avant de prononcer le nom de son grand-père, puis celui de Harrison Potter.
Il y eut une énorme explosion, puis un tourbillon de magie, un cyclone dont l'œil était centré sur Harry.
Sa magie était arrachée sauvagement à son noyau, aspirée par le vortex qui se resserrait inexorablement autour de lui à un rythme infernal.
Le jeune homme continuait péniblement à se concentrer sur ses ancêtres et son besoin de réponses.
La magie qui l'encerclait était de plus en plus étouffante.
Sa robe se mit à battre ses jambes et ses bras violemment, prise dans les remous provoqués par le déchaînement de magie.
Le tourbillon grossissait toujours.
Et, soudain, il fut sur lui.
À la seconde où le flux furieux de magie toucha sa peau, le mouvement d'aspiration du vortex s'inversa et toute la magie qui lui avait été arrachée se rassembla au-dessus de sa tête.
En une vague immense, elle déferla sur lui, en lui, envahissant tout, examinant son esprit, sa magie, son sang, son être même...
...Avant de simplement disparaître, laissant derrière elle un jeune sorcier tremblant et hagard, nu sur une terrasse immaculée.
Harry tituba jusqu'à son lit et s'effondra entre ses draps, se recroquevillant pour tenter d'échapper au souvenir de la magie horriblement intrusive du rituel et à la douleur fantôme provoqué par le tourbillon mangeur de magie.
Il ne mit pas longtemps à sombrer dans un sommeil sans rêve.
Le jeune homme n'en eu jamais conscience, mais cette nuit-là, chacun des esprits de ses ancêtres visita son chevet, touchant son front de leurs doigts immatériels. Ils examinèrent la vie de leur descendant et les raisons qui l'avaient poussé à entreprendre ce rituel, pour la première fois depuis la naissance de la lignée des Potter.
Ses ancêtres passèrent jugement un par un, en commençant par Harrison, le plus ancien.
Il n'y avait qu'une seule règle, toujours la même lorsque l'Ancienne Magie était concernée. Elle réclamait systématiquement un échange équivalent. Pour compenser leur présence spirituelle en ce monde et leur manifestation, chacun des visiteurs devait laisser quelque chose derrière lui, dans l'esprit qu'ils examinaient. Un conseil, des connaissances, des histoires, de la musique, des images...
Enfin, l'aube approchant, il n'en resta plus que trois, les trois plus proches...
Lily Potter se pencha sur le front de son fils endormi, déposant ses lèvres contre sa pommette, en un baiser évanescent baigné de larmes. Elle lui fit don de ses souvenirs de lui, bébé, de l'amour qu'elle ressentait pour lui en le regardant à l'époque et de toutes les connaissances qu'elle avait acquises, moldues comme sorcières.
James Potter serra sa femme dans ses bras et se pencha à son tour pour embrasser son fils, lui faisant don du souvenir de ses blagues, de ses recherches et de ses sorts et surtout des souvenirs de leur bref temps ensemble. Il voulait être certain que son fils saurait toute la fierté qu'il éprouvait à son égard.
Les esprits s'évanouirent paisiblement, laissant Harold Potter veiller sur le sommeil et le subconscient de son petit-fils.
Le lendemain, Harry s'était réveillé à la même heure que d'habitude, c'est-à-dire aux aurores. Il se sentait encore fatigué et étrangement embrouillé et avait donc machinalement suivi sa routine matinale.
En sortant de la salle de bain, un quart d'heure plus tard, il tomba presque directement sur une forme fantômatique qui devait être, il l'espérait, l'esprit de son grand -père.
Harold Potter dévisagea son petit-fils. Des pieds à la tête, celui-ci était convenablement habillé pour un Lord et chef de clan. Une veste de velours bleu-vert rehaussée de broderies dorées lui arrivait en haut des cuisses, accentuant la finesse de ses formes. Les manches s'évasaient à partir du coude et révélaient une doublure métallique. L'ensemble recouvrait un pantalon à pince noire rentré dans des bottes en cuir de dragon fauve qui montaient à mi-mollet. Le léger pull col-roulé noir faisait ressortir le doré de sa peau et donnait des nuances de jade à ses yeux.
L'impression générale était celle d'une délicatesse et d'une fragilité trompeuse. Son petit-fils contrôlait sa magie à présent, mais cela n'empêchait pas l'esprit de percevoir clairement le pouvoir écrasant contenu dans son aura.
Il approuvait.
Malheureusement, l'esprit d'Harold Potter n'était qu'un faible écho de la personne qu'il avait été. Il conservait toutes ses connaissances et sa lucidité, mais sa personnalité et ses émotions n'étaient qu'une pâle copie de l'original. L'être fantômatique comprenait tout cela, intellectuellement, mais il était détaché de son ressenti.
C'était le prix à payer pour rester. Savoir qu'il devrait être heureux de pouvoir faire la connaissance de son petit-fils, mais être incapable d'éprouver une émotion quelconque et de la manifester à l'être assoiffé d'affection qui lui faisait face.
Il expliqua tout cela à son petit-fils, lui enjoignant de poursuivre sa routine, de s'occuper de son malade, puis de revenir dans sa chambre pour que son instruction puisse commencer. Celle-ci devait se dérouler à l'écart de membres étranger à la famille et cela incluait son malade, même inconscient.
Harry se remémorait son choc et son étonnement. Il avait effectué ses tâches habituelles comme un zombi, déçu de la réaction froide de son grand-père. Celui-ci s'était ensuite expliqué, mais le jeune Lord ne pouvait s'empêcher de regretter la distance qui se dressait entre eux. Il avait passé la matinée et une grande partie de l'après midi plongée dans une transe profonde qui le laissait explorer les cadeaux que ses ancêtres avaient déposés dans son esprit. Il lui faudrait sûrement des années d'études avant de comprendre et de maîtriser certaines des magies et des concepts qui flottaient dans sa mémoire, mais il était heureux de ces cadeaux inestimables.
Ses préférés étaient les souvenirs de ses parents et la chaleur qui l'envahissait à chaque fois qu'il se «souvenait» de l'amour de sa mère et de la fierté de son père. Ces deux sentiments étaient des expériences nouvelles pour lui.
L'un de ses ancêtres, musicien mélomane et joueur, lui avait laissé tous ses souvenirs musicaux, lui conseillant de varier son répertoire s'il continuait à pousser la chansonnette aussi souvent. Il avait ri.
Ses seules pauses avaient été consacrées aux soins de Lucius et à son entraînement physique.
Apparemment, Harold approuvait. Selon lui, le corps du sorcier devait être suffisamment résistant pour canaliser sa magie. L'utilisation de magie par des corps trop peu entraînés entraînait le vieillissement des sorciers. C'était la raison pour laquelle les dernières générations ne dépassaient pas les 200 ans.
Il avait ajouté que son petit-fils avait du travail devant lui. Sa magie était aussi puissante que son corps était affaibli. Il avait pris un repas rapide pendant que son grand-père lui expliquait le reste du programme : ses ancêtres lui avait donné suffisamment de connaissances pour combler ses lacunes. Il n'était là que pour expliquer et clarifier ce qu'il ne comprenait pas. Le lendemain serait consacré aux valeurs du clan, à son rôle de Lord, aux expériences de Harold et à la gestion et à l'histoire des possessions du clan Potter.
Harry n'avait pas eu le temps de parler de ses projets à son grand-père, mais celui-ci lui avait dit qu'il avait examiné ses souvenirs et que, s'il n'aurait jamais eu cette idée lui-même, il comprenait et respectait la décision de son descendant. Il pensait que ses fondations pourraient faire grand bien au monde magique.
C'était à ce moment-là que la lettre de Ragnock était arrivée, lui demandant de fixer une date pour leur rendez-vous dans les deux prochains jours. Harry s'était donné le maximum de temps pour profiter des enseignements de son grand-père avant de retourner à Gringotts. Il n'avait aucune envie de remettre les pieds dans le monde sorcier.
Ça avait peut-être joué un peu.
Harold racla sa gorge fantômatique et Harry se secoua, replongeant dans sa transe.
Il était mentalement épuisé quand il avait enfin pu s'effondrer sur son lit. Trente minutes plus tard, le jeune sorcier était exaspéré. Il n'arrivait pas à dormir ! Rejetant rageusement ses couvertures, il traversa sa chambre jusqu'à la bibliothèque de sa suite et se mit à la recherche d'un ouvrage capable de l'apaiser.
Il parcourut avec désespoir les titres qui déclinaient tous une quelconque variation de «Comment devenir le parfait Héritier/Héritière/Sang-Pur».
Il voulait de la lecture récréative, que diable ! Pas un autre outil de torture !
Il tomba finalement sur l'Histoire de Poudlard qu'il avait extrait de la Bibliothèque des Black il y avait déjà deux semaines de cela. Le volume était visiblement plus qu'ancien.
Probablement une des premières éditions, se dit-il. Ce qui expliquerait aussi pourquoi il est si peu épais.
Hermione lui avait donné suffisamment de coups avec son exemplaire personnel, et il se le rappelait sensiblement plus...percutant.
Il ricana en s'installant confortablement contre ses oreillers. Sa scolarité avait été chaotique, mais il en restait quand même quelques bons souvenirs. C'est avec un petit sourire attendri que le jeune homme plongea dans sa lecture.
À minuit, Harry était toujours prisonnier de sa lecture.
C'était passionnant !
Il comprenait mieux la passion d'Hermione pour ce bouquin ! Il n'aurait jamais deviné que les protections de Poudlard étaient l'œuvre de Helga Poufsouffle ! Il se demanda distraitement pourquoi les membres de sa Maison n'étaient pas plus fier de ce fait. Son respect pour la fondatrice avait grandi. Tout le monde l'imaginait comme une faible femme qui maternait ses élèves. La réalité ressemblait plus à Molly Weasley. Le souvenir de sa bataille avec Bellatrix Lestrange lui revint en mémoire brièvement.
Aucune trace de figure maternelle, à ce moment, elle ressemblait à une Walkyrie, une incarnation de la sauvagerie guerrière, sans pitié, sans remord.
Helga avait tout conçu : des protections magiques aux remparts naturels que constituaient la Forêt interdite et le lac. Elle avait demandé l'aide de Rowena pour peupler les alentours du châteaux de gardes féroces, dont le Calmar Géant n'était qu'un exemple.
C'était Godric et Salazar qui avaient conçu la majorité des plans intérieurs, enchantant les escaliers, dissimulant les passages secrets et ensorcelant les portes. L'image avait fait rire Harry : le courageux Godric Gryffondor et le retors Salazar Serpentard, décorateurs d'intérieur !
Rowena, quant-à elle, était une présence discrète mais omniprésente : elle était à l'origine de l'école. C'était autour de son idée que les fondateurs s'était réunis. Elle avait choisi l'emplacement et avait assisté tous les autres. Son empreinte était partout et Harry se demanda un instant si elle ne possédait pas le véritable don de Double-Vue.
La réalisation majeure de Rowena avait été l'accouchement de l'école. Elle avait tout prévu pour que Poudlard développe au cours des années une conscience qui garantirait la survie de son idéal. L'ouvrage ne détaillait pas le rituel employé, mais parlait des conversations que chacun des fondateurs avait eu avec la Maîtresse avant leur mort. C'était ainsi qu'ils désignaient l'école.
L'origine de son nom de Poudlard et de sa devise s'était déjà perdu lorsque la première Histoire de Poudlard avait été rédigée, mais un certain nombre de légendes avaient survécus.
Dont celle de l'Héritier.
Elle était conservée sous forme de conte allégorique et Harry frissonna en la lisant.
Elle ressemblait beaucoup trop à une prophétie pour sa tranquillité d'esprit.
«Les siècles s'écouleront lentement et la Maîtresse s'engourdira, laissant la bride libre à l'Intendant sous la surveillance constante du Gardien.
Et les siècles couleront, entraînant le sommeil de la Maîtresse, laissant l'Intendant dériver.
Le spectre sanglant de la guerre reviendra à chaque tour de roue, et la Maîtresse pleurera dans son sommeil en voyant ses enfants faire couler le sang des leurs et s'entredéchirer.
Alors l'Héritier viendra.
L'Héritier viendra sous l'aile de la Maîtresse, pleurant, incomplet, terrifié.
L'Héritier luttera contre le filet qui l'enserre et offrira ses Douleurs et sa Vie, versera son Sang et ses Larmes pour les enfants de la Maîtresse. Et il vaincra son Ombre.
Mais le repos de l'Héritier le consummera, sa Magie inquiète se dévorera elle-même.
Alors le Gardien emportera l'Héritier dans un vent de flamme et lui offrira la Mort et la Vie : un Rituel de Guérison pour qu'il renaisse complet grâce aux Quatre Protecteurs. La Maîtresse récompensera ainsi les Douleurs, le Sang et les Larmes versés en son nom.
Et l'Héritier accomplira son destin. La Maîtresse se réveillera. La Maîtresse règnera à nouveau.
L'Héritier soignera le poison et apportera Renaissance, Pureté, Vérité et Respect. Le cœur de la Maîtresse battra à nouveau au rythme de son temps. Et l'Intendant lui parlera à nouveau pour que ses enfants prospèrent.
Ainsi sera-t-il.»
Il s'endormit troublé, les paroles de Yoda résonnant à ses oreilles et se mêlant à légende.
