Note d'auteur : Voici le septième chapitre ! Un grand, grand merci à tous mes revieweurs pour leurs adorables petits mots, vous êtes des anges ! J'espère que cette suite vous plaira, et on se retrouve en bas ! ;)


Septembre 1977

Le voyage touchait à sa fin. Ils seraient à Poudlard dans quelques minutes. Habillés de leurs uniformes, les Maraudeurs regardaient en silence le paysage sauvage défiler par la fenêtre. L'ambiance avait été anormalement pesante ces dernières heures.

Regulus n'était pas revenu à Poudlard cette année. Sirius avait appris qu'il s'était joint aux Mangemorts en épiant la conversation d'un groupe de Serpentard. Il était depuis plongé dans un profond mutisme, le visage sombre.

Peter ne parvenait pas à se départir de son expression apeurée. Durant l'été, la guerre qui se préparait était beaucoup plus difficile à occulter que lorsqu'on se retrouvait enfermé à Poudlard. En montant à bord du train, il avait entendu plusieurs de ses camarades se lamenter des pertes qu'ils avaient subies. Dorcas Meadows avait perdu son cousin, Marlene McKinnon sa tante. Et lui était tenaillé par la peur. La peur de rentrer et de trouver ses parents assassinés.

James restait lui aussi étrangement silencieux. L'insigne qui brillait subtilement sur sa poitrine n'y était pas étranger. Savoir que Dumbledore lui faisait suffisamment confiance pour être préfet-en-chef semblait l'avoir fait réfléchir. Comme s'il avait décidé de s'assagir. Ils se doutaient tous que cela avait aussi rapport avec sa précieuse Lily. Dans tous les cas, quelle que soit la raison, pas une blague puérile n'avait franchi ses lèvres depuis le départ.

Remus était fatigué et irrité. La pleine lune était dans à peine quelques jours, et il commençait déjà à en ressentir les effets. Il ne pouvait s'empêcher d'être à cran, agacé de tout. Des sourcils froncés de Sirius, de l'expression inhabituellement sérieuse de James, des ongles rongés de Peter. Les lèvres pincées, il préférait se taire que dire des choses qu'il regretterait.

— On arrive, dit inutilement James, rompant le silence.

Le train entrait effectivement en gare. Sans prononcer un mot, les quatre amis se levèrent et se saisirent de leurs bagages. Remus fut le dernier à quitter le compartiment pour gagner le couloir bondé d'élèves pressés.

Lorsqu'il referma la porte, son regard s'attarda sur un pan de cloison, près de la fenêtre, là où Sirius avait gravé leurs initiales, en un temps plus heureux, plus facile. Les huit lettres étaient toujours là. Avec un serrement au cœur, Remus ne put s'empêcher de penser que lorsque la guerre serait finie, ils ne seraient peut-être plus là pour expliquer leur signification. Il n'y aurait peut-être plus personne pour s'asseoir dans ce compartiment.

Savoir qu'ils avaient tout de même laissé une trace de leur passage le rassura. Un petit peu.

Juin 1978

— Je ne vous pensais pas aussi sentimentaux, les railla Lily.

Elle effleura du bout des doigts les entailles maladroites faites par Sirius quelques années plus tôt. Elle avait beau se moquer, elle semblait bizarrement émue. James la couvait du regard, les yeux brillants d'un amour insensé. Lorsqu'il se pencha pour l'embrasser tendrement, Sirius leva les yeux au ciel. Par pudeur, Remus concentra son attention sur ses mains croisées. Il vit du coin de l'œil que Peter se passionnait soudain pour le bout de ses chaussures. Il ne savait pas exactement ce qu'il préférait, entre le James amoureux et celui qui courait avec ferveur après Lily. Les deux avaient des côtés plutôt agaçants. Il devait toutefois avouer que la présence de la jeune Gryffondor avait permis à leur ami de mûrir un peu. C'était déjà ça.

— Epargnez-nous ce spectacle, se plaignit Sirius tandis que le baiser se prolongeait.

James se contenta de lui répondre d'un sourire resplendissant, faisant grogner son ami. Quelques mois plus tôt, il aurait sauté sur l'occasion pour lui lancer tout un tas de piques, ce qui n'était plus le cas maintenant. Cela frustrait Sirius, bien plus qu'il ne voulait l'avouer.

— Tout va bien Queudver ? demanda Remus, dans l'espoir de détourner l'attention de Sirius.

Peter, silencieux depuis le début du voyage, semblait renfermé sur lui-même. Quelques semaines plus tôt, son voisin de classe en Potions, Sean Bownell, avait perdu son père aux mains des Mangemorts. Sa mère avait exigé son retour immédiat, et le jeune homme avait été contraint de quitter Poudlard avant d'avoir pu passer ses ASPIC. Cela avait ébranlé Peter. Il craignait pour sa vie, pour sa famille, pour ses amis. Les autres aussi avaient peur, bien sûr. Ils étaient juste plus doués pour le cacher.

— Je vais bien, assura Peter d'une voix atone.

Il hocha brusquement la tête, puis tenta une ébauche de sourire. Remus le lui rendit, la gorge serrée. Malgré l'ambiance plutôt détendue dans leur compartiment, la guerre rôdait. Elle était partout. Ils savaient que bientôt, ils n'auraient plus le choix. Ils allaient devoir se battre. Quitter Poudlard signifiait quitter son cocon protecteur et être projeté dans ce monde d'insécurité qui s'était formé depuis la montée en puissance de Voldemort.

— Nous devrions nous changer, intervint Lily. Nous n'allons pas tarder à arriver.

Ils ôtèrent leurs robes de sorciers tout en discutant d'un ton léger de leurs résultats aux examens. Pourtant, ce n'était pas comme si les ASPIC étaient importants, par les temps qui courent. Personne ne le dit, mais tous le pensaient. Envisager la poursuite de leurs études, un avenir, était folie.

— James veut me présenter à ses parents cet été, dit soudain Lily. Vous devriez nous rejoindre chez lui.

Habillés en Moldus, ils s'étaient rassis. Remus ne pouvait s'empêcher de détacher ses yeux des mains jointes des deux amoureux. Cette vision lui était encore étrange. Il lui faudrait un peu de temps pour s'y habituer.

— Je ne pourrais pas, répondit Peter en évitant leurs regards. Ma mère ne supporte pas que je sois éloigné... en ce moment.

Il n'eut pas besoin de développer. Ils comprirent.

— Je ne sais pas, dit bêtement Remus sous les yeux insistants de Lily. Avec mon... problème, je ne peux pas m'absenter trop longtemps de chez moi.

Avouer sa faiblesse à voix haute le gêna. Il détourna le regard, mais il vit du coin de l'oeil Lily donner un coup de coude à James. Celui-ci s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole.

— J'insiste, Lunard. Au moins deux semaines. Pour te changer les idées.

— Surtout qu'il y aura plus de place, ajouta Sirius. Maintenant que je peux avoir mon propre chez moi. Vous ne vous marcherez pas dessus.

A la mention du déménagement proche de son ami, James se renfrogna. Il était heureux pour lui, mais n'arrivait pas à masquer sa déception de le voir partir.

— Heureusement que ton oncle Alphard est de meilleur tempérament que ta chère mère, blagua Lily dans l'espoir de détendre l'atmosphère.

Remus esquissa un sourire. Il ne pouvait prétendre que la jeune femme était désagréable, bien au contraire. Sa présence chaleureuse le détendait.

— Patmol, passe-moi ton couteau, dit-il soudainement, pris d'une brusque inspiration.

Intrigué, les sourcils froncés, Sirius obtempéra. Il tendit le canif à Remus, qui saisit l'objet par le manche. Pris d'une soudaine euphorie par ce qu'il s'apprêtait à faire, il se redressa et tendit le bras vers l'endroit où s'étalaient leurs initiales. Ils avaient tous grandi à présent, et il pouvait l'atteindre sans effort.

Avec difficulté, Remus grava deux autres lettres dans le bois, à côté des initiales de James. LE. Puis au-dessus, difficilement, il tailla un autre mot. Il sentait le poids du regard des autres dans son dos. Il les ignora, se concentrant sur sa tâche. Il eut du mal à tracer le D. Les U lui donnèrent également du fil à retordre. Lorsque le S fut enfin gravé dans le bois, il balaya les éclats et se recula pour admirer le résultat.

D'une écriture saccadée, écorchée et légèrement bancale, s'étalait le mot "Maraudeurs". Bizarrement, il sentit l'émotion lui tordre la gorge. Lorsqu'il jeta un oeil autour de lui, il vit se refléter sur le visage des autres ce qu'il ressentait. Un mélange de joie, de tristesse, d'excitation et de finitude.

— C'est la dernière fois que nous faisons le voyage tous ensemble, énonça Remus d'une voix contrôlée, englobant volontairement Lily dans son discours — parce que, qu'elle le veuille ou non, elle faisait partie intégrante de leur groupe maintenant —. Je me suis dit que...

Il n'eut pas besoin d'achever sa phrase. Ils comprirent. Sirius lui tapota l'épaule avant de reprendre son couteau, un air étrangement admiratif sur le visage, alors que le train entrait en gare. Les Maraudeurs quittèrent alors pour la dernière fois le compartiment 10.

Avant de partir, Remus ne put s'empêcher de se dire que ce numéro lui avait porté chance. Il espérait sincèrement que d'autres groupes inséparables se formeraient dans ce minuscule espace. Il finit par quitter le Poudlard Express avec un pincement au coeur, persuadé de ne jamais revenir. Il n'aurait pu se tromper davantage.


Note de fin : Et voilà, il ne reste plus qu'un chapitre avant la fin ! Ce dernier paraîtra dès que ma bêta l'aura corrigé. ^^ Merci à tous pour votre lecture, n'oubliez pas que les reviews font toujours extrêmement plaisir et que j'adore vous répondre, donc n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, que ce soit du positif ou du négatif, ça fait progresser ! ;)