Chapitre 7 : Bal masqué.
-Mr Potter, puis-je vous proposer une loupe ? demanda sèchement McGonagall.
James reporta aussitôt son attention sur le tableau, même s'il savait que son regard se redirigerait bientôt vers le furoncle qu'Amycus Carrow avait dans le cou. En plein dans son champ de vision, ce ne serait pas les vociférations du professeur qui allaient l'empêcher d'être dégoûté par cette vision. Le pire était sans doute que ce furoncle –ou pustule, comme préférait dire Sirius– était cent pour cent naturel. Souvent, quand un Serpentard se retrouvait affublé d'énormes boutons, les Maraudeurs y étaient pour quelque chose, mais là, non, même pas. Le spectacle était vraiment répugnant…
-Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire, Potter ?
James interrogea Remus du regard. En général, c'était celui qui écoutait le plus en classe et il était rare qu'il ne sache pas répéter les paroles des professeurs. Alors souvent, dans de telles situations, il lui soufflait ce qu'il fallait répéter quand il en était incapable, et James pouvait ainsi éviter de faire perdre des points à Gryffondor. Mais il fallait croire que McGonagall faisait bien plus attention à ce genre de détails, car elle le fixait et l'empêchait de détourner les yeux.
-Euh… Désolé, mais non, répondit-il sans la moindre gêne.
-Mon cours vous ennuie-t-il à ce point pour que ne soyez pas fichu capable d'écouter ne serait-ce que trois minutes ? s'énerva McGonagall. Je retire dix points à Gryffondor. Et vous me recopierez la page quatre-vingt-deux de votre manuel pour demain.
James leva les yeux au plafond.
-Et ne me faites pas ce regard là ou j'ajoute la page suivante ! prévint McGonagall. Il serait largement temps de vous mettre au travail, Potter ! Vos résultats sont certes excellents, mais si vous vous remuiez vous seriez sans doute déjà animagus !
James toussa en même temps que Sirius et Peter, à la fois pour masquer un rire et pour la faire enrager. Si elle avait su qu'il était déjà animagus depuis le début de l'été…
-Oui, Potter, vous le seriez ! insista McGonagall, prenant sa toux pour de l'incrédulité. Vous en avez les capacités, croyez-moi ! Alors puissez-vous tirer profit de ces conseils, et mettez-vous au travail une bonne fois pour toutes, bon sang ! Livre page soixante-dix-neuf, tous. Les lois de la métamorphose chez l'Homme.
James vit Rogue le fixer un peu intensément pour que ce soit normal. Qu'était-il entrain de manigancer, encore ? Un nouveau plan pour atteindre Lily ou un autre enfant de moldu ? Ou bien un nouveau plan pour le supprimer et éviter qu'il ne révèle ce qu'il savait à quelqu'un… Il y avait tellement d'idées malsaines qui pouvaient naître dans la tête de cet ignoble Serpentard puant…
-Eh, Sirius, tu crois qu'il prépare quelque chose ? murmura-t-il à l'adresse de son meilleur ami, à sa droite, en désignant Rogue de la tête.
Le Serpentard, se sentant repéré, se retourna vers le tableau et se pencha sur son livre.
-De toute façon, le jour où il ne fourra pas son nez gras un peu partout, celui-là ! bougonna Sirius.
-Mais tu sais ce qu'on a entendu, insista James.
-Je ne suis pas prêt d'oublier avec qui mon petit frère fait ses manigances, assura Sirius, mais que veux-tu qu'on fasse pour le moment ? On ne sait rien sur ce qu'ils vont faire : ni quand ça sera, ni où, ni sur qui, et encore moins commandé par qui.
-Mais tu reconnais qu'ils vont faire quelque chose de pas net ! persévéra James. Hein ? Tu sais comme moi qu'ils font recommencer à faire des… des…
-Des conneries, souffla Remus, de l'autre côté de Sirius.
Les garçons lui avaient tout raconté dès sa sortie de l'infirmerie. Il avait dû être celui qui avait pris la nouvelle avec le plus grand calme. Comme toujours, puisqu'il semblait ne jamais perdre le contrôle de ses nerfs. James s'était demandé, au début de leur première année, s'il était vraiment normal. A cette époque, il lui avait semblé impossible d'être si sage, sans jamais s'énerver. Mais c'était dans le caractère de Remus. Toujours très discret, aussi. Son petit problème de fourrure jouait beaucoup : il n'avait pas envie d'être sous les feux des projecteurs, de peur que quelqu'un ne découvre son secret. C'était tout à fait compréhensible, bien que James ne cessait de songer à l'ennui que devait être sa vie, toujours dans la tranquillité et avec le moins d'embrouilles possible. C'était vrai, après tout ! Avoir des ennuis, ça pouvait être amusant ! Chercher les faiblesses des gens et s'en servir contre eux pour les mettre hors d'eux, tenter d'être toujours là où il ne fallait pas, ou bien s'arranger pour être en plein cœur de toutes les histoires quotidiennes qu'on pouvait trouver au château… S'imposer entre un tel et un tel, pour finalement se retrouver engagé dans la bataille, ou prendre le parti de quelqu'un tentant de s'expliquer avec quelqu'un d'autre et tout faire pour ne pas que cette réconciliation se fasse… C'était drôle de penser qu'il était si apprécié, d'ailleurs. Il devait vraiment être exécrable, parfois ! Mais c'était tellement amusant ! Avec Sirius, ils riaient tellement, dans ces moments-là ! Et puis il y avait aussi parfois des fois c'était l'effet inverse : c'étaient eux qui calmaient les jeux, ou qui empêchaient deux élèves de se taper dessus, et cela leur donnait un petit côté héroïque. Rebelles, intrépides, drôles… Trois mots qui les caractérisaient bien selon la plupart des élèves de Poudlard, et qui faisaient leur popularité. Remus et Peter, moins connus, étaient dits sages et plus timides. En réalité, si on lui avait demandé son avis, James aurait plutôt dit que Peter était le plus réservé de la bande, et Remus le plus responsable. Dans sa tête, il ne faisait pas adolescent, mais déjà adulte. Quand quelqu'un prédisait l'échec d'un de leurs plans, c'était Remus. Quand quelqu'un devait défendre leur cause devant des adultes, c'était Remus qui le faisait. Et quand quelqu'un parvenait à les empêcher de foncer tête baissée dans une bêtise, c'était encore Remus. Si les Maraudeurs avaient été dans la même famille, Remus aurait été le grand frère des trois autres. Peter, sans doute, le petit frère, sur lequel on devait toujours veiller. Et James et Sirius, deux jumeaux. C'était Remus lui-même qui avait proposé cette théorie. Comme toujours, de toute manière. Remus, le sage, le philosophe, l'intellectuel.
-Potter, avez-vous déjà fini de lire ? demanda McGonagall du fond de sa classe.
-Non.
-Alors cessez de bavarder.
James ne songea même pas à lui demander pourquoi c'était à lui qu'il faisait la remarque, même quand ils étaient trois, voire quatre, à parler ensemble. Elle lui déballerait sans doute une beau paquet d'imbécillités, à propos de ses capacités en métamorphose, nettement supérieures à ses résultats… C'était toujours la même rengaine, avec elle.
-N'empêche, je n'aime pas cette situation… murmura tout de même James, en articulant à peine.
-Quelle situation ? questionna Sirius sur le même ton.
-D'être là, de savoir qu'il va se passer quelque chose et d'être dans l'incapacité d'agir !
-On agira, mais en temps voulu, promit Remus. Ce n'est pas le moment d'aller faire tout gâcher. Nous savons que Rogue prépare quelque chose, et lui ne sait pas que nous le savons. Alors profitons-en pour essayer d'en découvrir plus. Quand le moment sera venu, nous agirons, mais pas avant. Sinon, je l'ai dit, tout sera fichu et cette fois, on ne pourra peut-être pas faire en sorte que la cible s'en sorte indemne…
-Même l'autre fois, la cible ne s'en est pas sortie indemne, de toute façon, lança James en posant ses yeux sur la longue chevelure rousse de Lily.
La jeune fille lisait la page soixante-dix-neuf et semblait passionnée par son contenu.
-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? chuchota Peter, intervenant pour la première fois.
-Que Lily est perdu la tête… Déjà qu'avant, elle n'était pas très saine d'esprit, mais là… Ca doit être lors de sa chute par terre, son crâne a heurté le sol et elle a perdu tous ses neurones…
Sirius et Peter pouffèrent de rire, mais Remus se contenta de sourire.
-Lily m'a expliqué en étude de runes que tu lui avais dit que tu avais entendu Servilo, dit-il. C'est vrai ?
-Ouais, et c'est à ce moment que j'ai réalisé qu'elle était folle, bougonna James. On était sur le point de se réconcilier –oui bon, disons qu'on se parlait normalement, rectifia James après la toux forcée de Sirius. Et là, tout d'un coup, elle est repartie dans son délire comme quoi on n'était vraiment pas sur la même longueur d'ondes et que ma méthode de séduction n'était pas bonne. Alors que moi, je n'avais rien demandé, hein ! C'est elle, qui a posé tout plein de questions ! Et moi, je lui ai donné les réponses, un point c'est tout !
-Elle est persuadée que tu veux te rendre intéressant tout en montant les gens contre Rogue, expliqua Remus. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais elle a vraiment une dent contre toi.
-Ca j'avais remarqué ! grogna James.
-Bien, j'imagine que vous avez eu assez de temps pour lire, voire pour relire, les lois de la métamorphose chez l'Homme, lança McGonagall. Potter, qu'avez-vous retenu de ce texte ?
Mais James réalisa qu'une fois encore, il ne pourrait échapper à la punition, car il n'avait même pas posé les yeux sur son livre.
-Elle le fait exprès à chaque fois, marmonna-t-il en prenant la direction des serres. Elle aurait pu interroger n'importe qui, mais évidemment, c'est moi qu'elle a choisi !
-Je crois qu'en effet, elle le fait exprès, dit Remus.
-Faut dire qu'à chaque fois, tu te fais avoir, fit remarquer Gwenog. Sauf à l'approche des matchs.
-Ouais, parce qu'elle m'aime bien mais que quand ça l'arrange, grogna James.
-En même temps je la comprends, rétorqua Lily. Si j'étais elle, je te giflerait pour ton comportement.
-Mais tu n'es pas McGonagall, Evans, lança sèchement Sirius. Alors tu gardes ton avis pour toi et tu te contentes de regarder, comme les autres. A la limite, si tu pouvais en même temps arrêter d'envoyer bouler James à chaque fois qu'il ouvre la bouche, ça serait bien, parce que je commence à en avoir marre de voir mon copain se faire traiter ainsi par la fille pour qui il a le béguin.
La réplique de Sirius arriva comme une claque aux oreilles de Lily, qui lui lança un regard noir et respira profondément.
-Ok, dit-elle. Ok, je me tais. Mais ne te fais pas d'illusions, Black. Si ce n'est pas moi qui le ferai redescendre sur terre, ça sera quelqu'un d'autre. Et pas forcément de la même façon.
-C'est sûr que tout le monde ne lui hurlera pas dessus à chaque seconde, admit Sirius.
-Encore une fois tu n'as rien compris à ce que je voulais dire, rétorqua Lily avec fureur. Comme toujours ! Je ne parlais pas d'un quelconque élève ou professeur de ce château, je parlais de ces sorciers vêtus de noirs et encagoulés qui sillonnent les rues et tuent tout sur leur passage !
-Ah parce que tu crois que James tombera sur l'un d'eux, et qu'alors le mangemort lui dira : James, tu devrais te taire, ça énerve Evans ?
Il éclata de rire.
-Sirius, on ne plaisante pas avec ces sujets-là, reprocha James.
-Mais elle est cinglée, ta copine, Cornedrue !
-Non, elle n'a pas cinglée du tout, elle a raison, intervint Remus. Il ne faut pas se croire plus forts que tout. A vous regarder, on dirait que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais est-il encore utile de vous rappeler ce qui nous attend dehors ? Faut arrêter de croire que rien ne peut nous arriver.
-Merci de ton soutien, grogna James. Et merci pour ce petit passage de parano. Maintenant, je vous laisse, parce que franchement, vous êtes lourds, là ! On croirait entendre parler Dumbledore ! Peter, viens avec nous !
Sirius l'approuva et, prenant Peter par le bras, s'en alla avec lui. James n'était pas réellement en colère contre Remus. Il n'avait juste pas envie qu'il lui dise ce qui –et il le savait parfaitement– était la stricte vérité. Pour le moment, il était en sécurité à Poudlard, et il pouvait se permettre de se considérer comme le plus fort, mais le temps passait vite. Halloween arrivait à grands pas, et pourtant il avait l'impression qu'il n'était là que depuis quelques semaines. Et dans deux ans, il serait lâché dans la nature et il devrait faire face à la dure réalité : la guerre faisait rage, et bientôt il ne serait plus protégé par les murs du château. Il serait un petit point dans ce grand monde qui se transformait en boucherie. Et comme il se l'était promis, il devrait se battre. Passer les trois années de formation au métier d'auror, puis rejoindre ces gens qui passaient leur vie à lutter contre le mal pour que subsiste le bien. Mais il n'avait pas envie de grandir. Il voulait rester jeune et insouciant, bien à l'abri et couvé par ses parents. Chose assez paradoxale, puisqu'il passait son temps à se faire passer pour un jeune homme sûr de lui et de l'avenir. Peut-être était-ce un moyen de défense : il se cachait derrière des apparences. Ou peut-être était-ce qu'au fond, c'était beaucoup plus simple de se dire que tout allait bien et que rien ne pouvait lui arriver.
Là encore, la maturité de Remus se faisait sentir. Il était celui qui aurait l'avenir le plus incertain, et c'était celui qui en parlait le plus. Il n'était pas comme James et Sirius, toujours dans leur petit monde parfait. C'était sans doute sa condition de loup-garou qui le faisait si souvent se projeter dix ans plus tard. Un moyen de se rassurer, pour lui qui trimerait toute sa vie pour obtenir ne serait-ce que le plus précaire des métiers. Il s'imaginait entrain de chercher et de se battre encore et toujours pour vivre normalement, et ne pouvait s'empêcher de se voir triomphant. Mais une dénommée Dolorès Ombrage, employée au Ministère depuis quelques années, envisageait de faire passer quelques décrets sur les hybrides –elle avait plus particulièrement l'intention de leur supprimer de nombreux droits, pour « assurer une meilleure protection des gens normaux », comme elle l'avait si bien dit dans son dernier discours. Et James ne se faisait pas trop d'illusions quant à l'avenir de son ami : il avait beau regarder sous tous les angles, si Ombrage faisait passer ses décrets, Remus ne pourrait jamais vivre normalement et ne serait jamais considéré comme un véritable être-humain.
Ce fut un James songeur qui poussa la porte de la serre numéro six. Les Serpentard étaient déjà là, et Ciaran semblait un peu plus réveillé que d'habitude, mais c'était peut-être un effet de lumière qui lui donnait cet air tonique qui ne le caractérisait pas. Quand James s'assit, il eut même le droit à un regard de sa part. Cela n'empêchait cependant pas les Serpentard de discuter vivement et de rire bêtement, comme ils le faisaient souvent dès que les Gryffondor faisaient irruption dans la même pièce qu'eux. Il y avait longtemps que James avait renoncé à tenter de les comprendre. A vrai dire, il était venu à la conclusion qu'il leur manquait tout simplement une moitié de cerveau, et que donc il était impossible de raisonner comme eux.
Quand Hestia Jones eut refermé la porte derrière elle et que tout le monde se fut assis, Ciaran s'éclaircit la voix et se leva de sa chaise. James nota que ç'avait été trop beau pour être vrai : quand le professeur parla, ce fut de cette même voix triste et ennuyante que d'habitude.
-Bonjour à tous. J'ai une nouvelle à vous annoncer.
-Sa mandragore est morte ? railla une fille de Serpentard que James ne pouvait pas supporter.
-Non.
La jeune fille devint rouge en se rendant compte qu'elle avait parlé trop fort.
-J'ai eu l'autorisation de Dumbledore pour ouvrir un nouveau club. Ce club ne pourra malheureusement pas tous vous accueillir.
-Quel dommage, railla James assez fort pour que tout le monde l'entende.
Certains sourirent à sa remarque.
-Ce club ne pourra accueillir que les élèves nés de parents moldus, reprit Ciaran, comme s'il n'avait pas entendu (et James n'était même pas certain qu'il ait réellement compris ce qu'il venait de dire).
-Donc il ne servira à rien, votre club, rétorqua Avery.
-Si, à faire découvrir des choses à ces élèves, qui n'en savent pas autant que les autres sur le monde dans lequel ils vivent.
-En bref, votre club sera une sorte de cours durant lesquels les élèves n'étudieront pas les moldus, mais les sorciers ? demanda Lily.
-Exactement.
-Je ne vois pas vraiment l'intérêt d'un tel club, avoua-t-elle. Je suis moi-même fille de moldus et j'en connais autant que les autres sur la communauté magique.
-Vous êtes Miss Evans, c'est ça ? demanda Ciaran.
C'était l'un des critères qui faisaient de lui un professeur des plus pitoyables : après plus d'un mois d'enseignement, il ne connaissait toujours pas les noms des élèves qu'il voyait au moins trois fois par semaine.
-Oui, répondit Lily.
-J'ai entendu parler de vous. En bien. Et de votre intelligence, aussi. Le professeur Slughorn est persuadé que vous avez toutes les aptitudes nécessaires pour être Ministre de la Magie.
Lily rougit.
-Mais tous les élèves ne sont pas brillants comme vous, et je suis certain que mon club en intéressa plus d'un !
-Ca dépend de quel côté on se place, murmura Rogue assez fort pour être entendu par le professeur.
James se serait attendu à une marque d'agacement de sa part, mais au contraire, Ciaran sourit.
-Vous avez raison, Mr Rogue. Ca dépend de quel côté on se place…
James et Sirius se jetèrent un regard du coin de l'œil. Ce n'était pas la réponse qu'ils se seraient attendus à avoir. Mais quand Ciaran avait-il été normal ? Jamais, aussi ne cherchèrent-ils pas à savoir ce que cela signifiait. Tout ce qui était sûr, c'était que les futurs membres du club risquaient de s'ennuyer ferme avec un professeur comme lui, et n'allaient pas apprendre grand-chose de sa bouche.
-Tu vas t'inscrire au club, Lily ? demanda Gwenog à la fin du cours.
-Non. Pas besoin. Je doute que Ciaran leur parle des mangemorts et de tout ça, or c'est à ce sujet que j'aimerais en savoir plus. Comme je l'ai dit, je pense que ce club est sans utilité.
-Moi j'en connais pas mal, niveau mangemorts, assura James. Si tu veux, je peux te donner des listes et des listes de noms, ainsi que leurs méthodes de tueries !
-Merci mais ça ira, dit sèchement Lily. Je n'ai aucune envie que tu t'attribues les mérites de tes parents pour pouvoir de mettre en valeur à mes yeux.
-Ah bah je vois que tu m'aimes beaucoup, marmonna James. Et après tu vas dire que tu ne fais pas la guerre…
-Si tu continues comme ça, je vais vraiment finir par te la faire, ta guerre, Potter ! Tu m'énerves, ok ?
Elle accéléra l'allure pour s'éloigner de lui. Mais personne ne la suivit, pas même Hestia et Alice qui ouvrirent de grands yeux ronds.
-Qu'est-ce qui lui prend ? s'enquit Franck. Pour une fois que tu voulais lui rendre service !
-Je crois tout simplement qu'elle est malade, cette fille ! pesta james. Non mais c'est vrai, qu'est-ce que j'ai dit de mal ?
-Rien, comme d'habitude, soupira Sirius. Comme tu dis, elle est cinglée.
Mais leur discussion fut interrompue par une groupe de filles en folie qui accoururent vers eux et s'arrêtèrent à quelques mètres derrière Peter, un peu à la traîne. S'ensuivirent les habituels gloussements que James détestait tant. Pourquoi les filles étaient-elles si pénibles ? Et pourquoi les fixaient-elles, lui, Sirius et Remus ?
-On file ? chuchota James.
Le petit groupe hocha la tête.
Redoutant un nouveau coup peu désirable, et ayant l'habitude de ce genre de situation, il accéléra donc l'allure pour tenter de semer ces intruses, mais elles ne lâchèrent pas le morceau et les suivirent. Au bout de quelques minutes, Sirius n'y tint plus et s'arrêta brusquement.
-Bon, ça va, vous voulez quoi, au juste ? demanda-t-il aux filles qui gloussèrent de plus belle.
Enervé, ses yeux lançaient des éclairs, mais cela ne fit pas peur à l'une des filles du groupe, qui venait de Serdaigle. Prenant une profonde inspiration et passant une main dans ses cheveux roux, elle lui décocha son regard le plus charmeur.
-A vrai dire, nous n'avons pas de cavaliers pour le bal d'Halloween, et on se demandait si… vous et nous… enfin, vous avez compris !
Elle sourit timidement alors que Sirius faisait la grimace.
-Le bal d'Halloween ? répéta-t-il, les sourcils froncés. C'est quoi, encore, ces conneries ?
La jeune fille perdit toute son assurance.
-Vous n'êtes pas au courant ? demanda-t-elle, les joues rouges.
-Non, on n'est pas au courant ! lança Sirius sèchement.
-Mortensen a demandé à Dumbledore si elle pouvait organiser un bal le soir d'Halloween, expliqua une seconde jeune fille, qui gardait les yeux rivés sur James. Elle nous l'a dit il y a quelques minutes. Mais nous pensions que vous étiez au courant…
-Et on ne l'était pas, bougonna James en reprenant son chemin, bientôt suivi par les autres.
-Mais maintenant vous l'êtes ! lança une autre fille. Vous pouvez venir avec nous, non ?
-Non ! répondirent simultanément James et Sirius.
L'information fut rendue officielle le lendemain : il allait bel et bien y avoir un bal à l'occasion d'Halloween. Il s'avéra qu'en plus, le bal serait masqué qu'il serait interdit de rentrer dans la Grande Salle sans un masque au visage. Les réactions furent diverses : certains (et c'était surtout le cas des filles) se montrèrent très enthousiastes à l'idée de pouvoir danser toute la nuit. D'autres, et c'était le cas de James, maudirent Mortensen d'avoir eu une envie aussi stupide. Ce n'était pas qu'il ne savait pas danser (ses parents lui avaient donné des cours quand il était petit), mais s'il y avait quelqu'un avec qui il voulait danser, c'était avec Lily, et elle se montrait plus détestable avec lui à mesure que les jours passaient. Il était donc inconcevable de l'inviter, et pourtant il ne pouvait se résoudre à inviter quelqu'un d'autre. Les autres filles lui paraissaient trop simples, et toutes semblables. Il s'était promis d'accepter la compagnie de Gwenog, si elle le lui demandait, à la fois pour ne pas se retrouver seul au bal (ç'aurait été une insulte à sa réputation) mais aussi pour éviter d'avoir à supporter le défilé de filles qui espéraient recevoir un « oui » de sa part. Dans la semaine qui suivit, il dut briser le cœur d'une bonne vingtaine d'entre elles, dont certaines pour la seconde, voire troisième fois. Sirius et même Remus subissaient le même calvaire. Pour Sirius, c'était normal : la routine, comme il disait. Regulus vivait la même chose, et la beauté des Black faisait encore des ravages. En revanche, Remus n'en croyait pas ses yeux. Il lui avait toujours été invraisemblable de penser qu'un jour, il aurait du succès auprès des filles. Ces cernes et son air toujours fatigué l'avaient toujours fait douter, tout comme l'ombre provoquée par James et Sirius. Tout comme Peter, il se contentait généralement de regarder les filles passer et s'intéresser à ses deux amis plutôt qu'à lui. Mais le bal était pour lui la preuve qu'on pouvait être un loup-garou et avoir tout de même du succès auprès de la gente féminine (même si, comme il le fit remarquer, la gente féminine ignorait tout de son statut lors des nuits de pleine lune). Et au moins, les filles qui venaient l'aborder n'étaient pas ces midinettes à deux noises qui harcelaient James et Sirius. Généralement, elles étaient comme lui : calmes et simples, naturelles et un peu timides. Et pour la première fois de sa vie, James le jalousa : il eut le droit à l'invitation de Lily en personne. Mais il s'estima néanmoins chanceux qu'elle se soit tournée vers Remus plutôt que vers son Evan McCartee. Il garda alors sa jalousie pour lui, car il n'avait aucune envie de se disputer avec lui pour Lily. Certes, son cœur se serrait à chaque fois qu'il les imaginait tous les deux, mais il savait que Remus ne le trahirait pas, même s'il n'avait pas encore donné de réponse. Maraudeurs un jour et pour toujours… Il ne fallait pas qu'il laisse quelqu'un (même si ce quelqu'un était Lily) lui faire oublier cela, car dans le cas contraire, il savait qu'il perdrait tout contrôle de lui, tout comme il aurait perdu le contrôle de lui s'il l'avait vue dans les bras de cet Evan McCartee.
Peter, quant à lui, trouva son bonheur en cherchant chez les Poufsouffle. La jolie cinquième année sur laquelle ses pensées s'étaient tournées accepta d'être sa cavalière pour le bal. Il n'eut aucune invitation, mais ça lui suffisait, et il fut d'une excellente humeur tout au long de la semaine.
Sirius décida finalement de se rendre au bal en bon célibataire. Tout à fait son genre. Depuis six ans qu'il était le garçon le plus courtisé de Poudlard, il n'était jamais sorti avec une fille plus de quelques jours, perdant toujours patience après ce délai. Il avait avoué à James qu'il avait l'intention d'aviser sur place, invitant au hasard les premières filles qu'il croiserait. Au pire des cas, elles seraient masquées, et il ne verrait donc pas leur visage. James l'avait alerté contre ce plan qu'il trouvait un peu risqué : son ami allait avoir de mauvaises surprises, le lendemain du bal, quand les filles avec qui il avait dansé viendraient le voir pour savoir si leur relation pourrait aller plus loin. Mais Sirius était Sirius : il assumerait ses actes, peu importent les conséquences.
Le temps passa et Halloween fut bientôt à une poignée d'heures. Les préparatifs furent hâtifs : jamais James n'avait vu autant de monde se précipiter à Pré-au-Lard en un week-end. Les tenues de soirée devenues indispensables, une masse d'élèves s'était hâtée vers le magasin de prêt à porter nommé « De fil en aiguilles » au bout de la rue principale du village, si bien que la file d'attente atteignit presque HoneyDukes, à l'autre extrémité. Peu désireux d'attendre pendant des heures leur tour, les Maraudeurs optèrent pour une des méthodes auxquelles ils avaient souvent recours : connaissait à peu près tout le monde, ils firent semblant de rejoindre un groupe d'amis bien placés dans la file et d'entamer la discussion, l'air de rien, sans se soucier des protestations de ceux de derrière. Aussi rentrèrent-ils assez rapidement dans le magasin et eurent-ils un vaste choix de masques et de robes. James avait décidé qu'il garderait celle que sa mère lui avait envoyée. Il avait eu la preuve qu'avec ça, les regards se tournaient vers lui, et il ne voyait pas pourquoi il opterait pour une autre tenue, qui ne lui irait peut-être pas aussi bien. Il se dirigea donc aussitôt au rayon des masques. D'après ce qu'on racontait, la propriétaire de la boutique n'en avait commandé que spécialement pour l'occasion, et n'avait donc qu'un stock assez réduit.
Il bénit Gerry Bones d'avoir été si vite et de lui avoir permis de dépasser tout le monde dans la file d'attente, puis se mit à la recherche de la perle rare. Du coin de l'œil, il vit Lily s'approcher du même rayon que lui puis repartir dès qu'elle le vit. Son comportement était tout de même étrange. Elle ne l'avait jamais porté dans son cœur, mais se contentait d'ordinaire de faire comme s'il n'existait pas. Gwenog avait suggéré le refus de l'amitié qui se tissait entre leur deux groupes : il était vrai que les garçons s'entendaient de mieux en mieux avec les filles (Lily non prise en compte). Ils sortaient des cours ensemble, passaient souvent leurs soirées à faire leurs devoirs ensemble (sauf quand les garçons décidaient d'avancer dans le perfectionnement de leur carte, et dans ce cas-là ils s'enfermaient dans leur dortoir en profitant des longues absences de Franck, souvent occupé à embrasser Alice en long, en large et en travers), ou bien encore dînaient ensemble de temps en temps. Mais avec du recul, James ne comprenait pas vraiment pourquoi Lily refuserait de se faire de nouveaux amis. A moins qu'elle ne refuse tout simplement que lui, soit son ami… Et pourtant là encore, il ne comprenait pas. N'avait-il pas fait des efforts pour ne pas être désagréable avec elle ? Si Lily refusait de le voir par fierté, alors elle ne valait pas mieux que ce qu'elle pensait qu'il valait. Et il était triste d'en être arrivé à penser ça.
-Je peux vous aider, Mr Potter ? demanda gaiement une des vendeuses. Votre mère m'a dit que vous aviez déjà une robe et qu'au cas où vous auriez eu l'envie d'acheter une nouvelle tenue, il aurait été de mon devoir de refuser votre achat…
-Ma mère a encore une fois pensé à tout, répondit James, à la fois agacé et rassuré par le comportement de sa mère. Mais je n'avais de toute façon aucune envie d'acheter une nouvelle robe. Celle que j'ai me convient parfaitement. Je veux juste un masque.
-Elle est déjà venue le réserver, annonça la vendeuse. Avant-hier, je crois.
James fronça les sourcils.
-Elle est passée à Pré-au-Lard mais n'est même pas venue faire un tour à Poudlard ? questionna-t-il, déçu.
-Oh, si, mais il était tard, quand elle a quitté le village. Elle avait rendez-vous avec Dumbledore tard dans la soirée. Vers vingt-deux heures, je crois.
James fit semblant d'être apaisé par ses paroles, mais son inquiétude fut encore plus grande : cela faisait plusieurs fois que ses parents passaient rendre visite à Dumbledore, tard la nuit. Y avait-il un problème avec l'Ordre du Phénix ? Et pourquoi ne venaient-ils pas le voir ? Jusqu'à nouvel ordre, c'était la guerre, et ils étaient en plein dans la ligne de mire. Pourquoi ne venaient-ils pas juste serrer leur fils dans leurs bras, pour lui assurer que tout allait bien et qu'il ne devait surtout pas s'inquiéter s'ils passaient à Poudlard ?
Il y avait des choses qu'ils voulaient sûrement lui cacher. Et il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas que ses parents n'aient pas assez confiance en lui pour lui confier leurs doutes. Ils l'avaient souvent laissé en dehors de leurs missions secrètes pour le Ministère, mais ne l'avaient jamais laissé là, sans nouvelle, quand tout allait mal autour d'eux. Que pouvait-il bien se passer, bon sang ?
-Je peux vous apporter le masque qu'elle vous a réservé, si vous voulez, Mr Potter, proposa gentiment la vendeuse. Il est déjà payé. Votre mère prend bien soin de vous, à ce que je vois !
James se força à sourire et la laissa s'en aller à petits pas feutrés vers le comptoir. Au moins c'était sûr, Rosanna pensait à lui quand même, mais il aurait préféré qu'elle passe le voir, ne serait-ce que quelques minutes… Ses parents lui manquaient tellement… Mais pour rien au monde il ne l'aurait avoué : ç'aurait été trahir les valeurs des Potter, censés être toujours forts.
-Admirez le joli model qu'elle vous a pris ! s'exclama la sorcière en revenant, tenant dans ses mains une chose colorée que James ne reconnut pas tout de suite comme un masque.
Mais au moment où il réalisa la beauté de l'objet, il ne put s'empêcher d'ouvrir de grands yeux ronds.
-Il est magnifique, n'est-ce pas ? commenta la vendeuse. C'était mon préféré, et je m'étais dit que si personne ne l'achetait, je le ferais, mais bon, je suis certaine qu'il vous ira à merveille !
Elle tendit le masque à James qui le prit avec mille précautions. Le simple fait de poser ses doigts sur les paillettes autour des cavités creusées pour les yeux lui semblait être un acte de vandalisme. Des mêmes tons marron et beiges que sa robe, le masque, de style vénitien décrivait une courbe parfaite. D'un geste mal assuré, il le posa contre son visage et se rendit compte qu'il épousait parfaitement la forme de sa propre tête.
-Il est magique, expliqua la vendeuse devant son air un peu surpris. Il s'adapte à toutes les formes de visages.
James déplaça ses doigts vers le dessus du masque, composé non pas d'une chevelure mais de plumes colorées comme un arc-en-ciel, partant dans tous les sens, un peu à la manière de sa tignasse noire.
-Comment ça s'attache ? demanda James sans cesser d'admirer son nouvel accessoire.
-Il tient tout seul. Essayez, et vous verrez !
James s'exécuta et remit le masque en place. Il hésita une fraction de seconde à le lâcher, de peur qu'il ne tombe et ne se brise, mais le regard assuré de la vendeuse acheva de le convaincre. Il lâcha tout et nota qu'en effet, il tenait parfaitement en place. Il eut beau remuer la tête dans tous les sens, il ne bougea pas d'un pouce.
-Alors, vous le prenez ?
-Bien sûr, que je le prends ! s'exclama James, retrouvant le sourire. C'était exactement ce qu'il me fallait !
Il vit Sirius s'approcher d'eux avec dans les bras une longue robe noire et pourpre. Derrière lui suivait Peter, mais visiblement, Remus n'avait pas encore choisi sa tenue. James fut amusé de penser qu'il était aussi long à choisir ses vêtements que sa cavalière de bal : il hésitait toujours entre Lily et une jeune fille de Serdaigle et d'origine asiatique, nommée Xi Hongyan. James avait toujours trouvé cette fille jolie. Même belle. Mais pas autant que Lily. En revanche, Remus avait toujours eu un petit faible pour elle, assise devant lui en cours d'étude des runes. C'était étrange qu'il n'ait pas encore choisi de l'accompagner au bal, puisque Lily n'était pour lui qu'une amie. Mais en y réfléchissant bien, c'était peut-être justement parce qu'elle était son amie qu'il hésitait encore. Etre loup-garou le faisait tellement douter de lui…
-Wow, Cornedrue, la classe ! lança Sirius en le voyant.
-Comment tu sais que c'est moi ? s'enquit James.
Il avait espéré le temps d'une ou deux secondes que s'il était méconnaissable, Lily accepterait peut-être de danser avec lui, sans savoir qui il était.
-Tes cheveux sont trop touffus pour être masqués en totalité par les plumes, expliqua Sirius. Mais sinon, il est parfait, ton masque ! Je peux en avoir un pareil, mais assorti à cette robe ? demanda-t-il à la vendeuse.
-Je vais voir ce que je peux faire pour vous…
-Et pour moi, aussi ! lança Peter.
La vendeuse sourit et les laissa seuls.
-Remus est encore dans les cabines ? interrogea James.
-Mouais. Si tu veux mon avis, il va aller au bal avec sa petite chinoise, répondit Peter. Sinon il ne mettrait pas autant de temps à choisir sa robe.
-Et Lily va avec qui, du coup ?
James était soudain très intéressé par la tournure des choses, même s'il redoutait déjà la réponse.
-Evan McCartee, maugréa Sirius. Encore et toujours. Je ne sais pas si elle sort avec lui ou si elle s'amuse juste à le faire espérer, mais elle y tient, à ce crétin.
-Et moi qui pensais que quand elle saurait ce qui s'est réellement passé au début de l'année, elle le laisserait tomber pour sa lâcheté… soupira James. Enfin bon, j'espère que Gwenog se fera belle, au moins ça me consolera…
-Pourquoi tu y vas avec elle alors qu'il y a des dizaines de filles qui aimeraient être à sa place ? dit Sirius. Tu sais très bien qu'elle va faire plein de sous-entendus, et à tous les coups, elle va tenter quelque chose avec toi, et tout sera gâché !
-Patmol, tu crois vraiment que j'ai envie de danser toute la soirée avec une chochotte qui passera son temps à me regarder avec un filet de bave à la bouche ?
Peter pouffa de rire.
-C'est clair que là-dessus, il n'a pas tort, admit-il. Gwenog est peut-être tombée amoureuse de lui, mais au moins elle pourra faire semblant de ne pas l'être. Je doute que les autres en soient capables.
-Mais quand même, bougonna Sirius. Ou alors tu aurais pu faire comme moi, venir en bon c…
-En bon célibataire, oui je sais, coupa James. Mais là, tu rêves. Tu vas t'attirer plus d'embrouilles qu'autre chose.
-Au pire des cas, moi aussi je serai masqué, alors elles ne me reconnaîtront peut-être pas !
-Ton aura masculine et sensuelle prendra le dessus sur ton masque, plaisanta Peter. Non, sérieusement, elles te reconnaîtront, il ne faut pas te faire de souci pour ça.
-Et bah tant pis, dit fermement Sirius, je maintiens ma position. De toute façon, c'est trop tard pour trouver une cavalière, maintenant.
-Pas sûr, répondit James.
-Tu ne me feras pas changer d'avis, Cornedrue.
-Oh que si !
-Oh que non !
-Si !
-Non !
Tous deux éclatèrent de rire.
-On peut savoir ce qui vous fait rire ? demanda Remus en les rejoignant, sa propre robe en main.
-Ah, te voilà ! dit gaiement Peter.
-Tu as essayé les trois cents robes que tu avais emmenées dans ta cabine d'essayage, Lunard ? se moqua Sirius.
Rumus secoua la tête en soupirant.
-Incorrigible, comme toujours ! marmonna-t-il. Pour ta gouverne, j'avais seulement onze robes, et oui, je les ai toutes essayées. Ca te va ?
-Fais gaffe, Cornedrue, tu vas finir par perdre ta réputation de grand coquet du groupe, ricana Sirius. Hein Queudver ?
-Ouais comme tu dis, mon ami !
-Bon alors, Lunard, raconte-moi tout : avec qui tu vas au bal, finalement ? demanda James sans prêter attention aux autres qui continuaient de délirer et de se moquer de lui.
-Xi Hongyan.
-Une fois ?
-Deux fois, trois fois, gros nigaud ! s'exclama Remus. Je ne pouvais pas laisser passer une occasion pareille.
James lui arracha sa robe des mains et la déplia devant ses yeux. Il siffla d'admiration en découvrant la merveille qu'il avait dénichée.
-Avec ça, elle va tomber raide dingue de toi, assura-t-il.
-Si tu le dis…
-Oh, allez, Lunard, tu vas tenter ta chance, ce soir, non ? intervint Sirius, mort de rire avec Peter.
Remus haussa les épaules.
-Seulement si elle le veut aussi, répondit-il simplement. Je ne vais pas la forcer…
-Oh, mais allez, ne fais pas le coincé ! insista James. Avec ça, tu vas être le plus beau de la salle !
-Bien sûr, oui, plus beau que vous, Franck, Amos Diggory, Evan McCartee…
La mâchoire de James se crispa quand il prononça ce nom.
-Ouais, tu seras plus beau que McCartee ! répliqua-t-il. Et je t'interdis d'en douter ! Tu doutes trop, mon vieux, et c'est pour ça que Sirius et moi, on a plus de succès chez les filles que toi. C'est pas que nous sommes plus beaux, c'est juste que les filles aiment les gars sûrs d'eux ! Ca les rassure, d'avoir un homme fort près d'elles !
Il se rendit compte de la bêtise qu'il venait de dire quand il entendit quelqu'un éclater de rire derrière eux. Et il se maudit intérieurement en réalisant que c'était Evans.
-Non mais tu te rends compte de ce que tu viens de dire, là ? gronda-t-elle. Non, sérieusement, tu réalises ? Style tu es un homme fort !
-Je suis le meilleur en défense, je te rappelle, se défendit James.
-Et dans la stupidité, aussi, t'es le meilleur ! rétorqua Lily.
James refusa d'en entendre plus. Il reprit son masque des mains de Peter et s'en alla sans demander son reste. Il n'avait pas l'intention de supporter les sautes d'humeur de Lily, même s'il avait très envie de savoir ce qui la mettait dans un état pareil.
James regarda sa montre pour la énième fois et cessa de faire les cent pas. Bon sang, mais qu'est-ce qu'elle faisait ? Ce n'était pas du tout le genre de Gwenog, d'arriver en retard à un rendez-vous galant. Et surtout quand il était son cavalier. Bon, d'accord, elle n'était pas encore en retard, puisqu'elle ne le serait que dans cinq minutes, mais voir tous ces couples heureux autour de lui l'énervait au plus haut point. Pourquoi n'avait-il pas le droit d'être heureux avec celle qui l'aimait, lui aussi, hein ? Pourquoi Lily ne tombait-elle pas amoureuse de lui, comme toutes les autres ? Gideon Prewett semblait beaucoup apprécier la compagnie de la petite blonde qu'il avait dénichée. Un joli petit nez, et une bouche toujours souriante. C'était un vrai rayon de soleil qu'il tenait dans ses bras et qu'il embrassait tendrement dans le cou. Bien sûr, il pourrait faire pareil avec n'importe qui (même avec Gwenog, qui n'aurait certainement pas renoncé à s'acheter une magnifique robe bien décolletée, la connaissant), mais avec Lily, ç'aurait été mieux, non ?
Pestant contre sa rousse préférée, il regarda à nouveau sa montre, tant pour vérifier l'heure que pour détourner les yeux de Gideon qui semblait collé à sa partenaire par les lèvres. Ca, c'était un baiser…
Puis son regard fut attiré par deux élèves qui descendirent l'escalier et s'avancèrent vers lui. James eut d'abord du mal à les reconnaître, et resta interloqué quand il reconnut Remus au bras de Xi Hongyan. Comme toujours, elle était ravissante. Mince, avec des yeux typiquement asiatiques savamment maquillés (James avait toujours été impressionné par la perfection de son maquillage. Il s'était même demandé si elle ne se servait pas sa baguette pour se faire belle le matin), de longs cheveux noirs qu'elle avait bouclés il ne savait comment, et une belle robe rose pâle. James ne put s'empêcher de constater qu'elle avait elle aussi opté pour un décolleté assez profond, et en vint à se demander si toutes les filles s'étaient faites passer le mot comme quoi il fallait acheter une robe la plus échancrée possible. Il ressentit tout de même un élan d'enthousiasme en imaginant ce que donnerait une telle robe sur Lily –avant de se rappeler que celui qui pourrait profiter de cette échancrure ne serait autre que ce blaireau d'Evan McCartee. Il se jura cependant de tenter sa chance. Peut-être qu'elle ne le reconnaîtrait pas, avec son masque…
-Hey, James, qu'est-ce que tu fais tout seul ? demanda Remus.
James ne savait pas réellement ce qui l'avait le plus frappé quand il avait vu son ami entre la disparition de ces cernes, sa coiffure qui, il fallait le dire, avait la classe, ou bien sa robe qui le mettait vraiment en valeur et qui lui donnait l'impression d'être en face d'un tout nouveau Remus, tout beau. Il ne put pas s'empêcher d'être heureux pour lui. Si avec ça, Xi ne craquait pas sur lui avant la fin de la soirée… Et lui, qui ne parvenait toujours pas à aligner trois mots avec Lily… C'était désespérant.
-J'attends ma cavalière, marmonna-t-il en guise de réponse. Et d'ailleurs j'en ai marre, de l'attendre. Si dans deux minutes elle n'est pas là, je file avec quelqu'un d'autre. Tout en mettant mon poing dans la tronche à McCartee, pour lui rappeler qui est le chef, ici ! Non mais tu te rends compte que ce crétin va danser toute la soirée avec Lily, les yeux plongés dans son décolleté ?
-Ca fait au moins douze fois que tu le dis plus ou moins clairement depuis que tu sais qu'il ira au bal avec elle, oui, répondit Remus. Mais de toute façon, je ne sais pas si Lily ira danser, ce soir.
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas, mais j'ai entendu Alice dire à Franck que Lily était en pleurs et qu'elle allait donc arriver un peu en retard au bal. Franck était déçu, mais n'a pas cherché à en savoir plus.
-Quel idiot ! pesta James. Et comment on fait pour savoir ce qu'elle a, maintenant, hein ?
-Je ne crois pas que ça te regarde, et même si c'était le cas, je ne suis pas certain que Lily aurait voulu que tu sois au courant de tout ce qui se passe dans sa vie, déclara Remus. Enfin, Gwenog a dit à Alice qu'elle serait à l'heure, donc normalement tu n'as pas de souci à te faire, Cornedrue.
-La voilà, ajouta Xi en désignant quelqu'un derrière James.
Le jeune homme se retourna et fit face à sa partenaire. Quand il réalisa à quel point elle s'était faite belle pour lui, il ne put s'empêcher de sourire. Souriant en retour, elle lui tendit la main avec beaucoup de grâce. James la saisit et l'emmena près de lui pour lui présenter Xi, mais il se rendit compte que Remus et la jeune fille s'en étaient déjà allés. Et il perçut un quart de seconde plus tard le clin d'œil de son ami, quelques mètres plus loin.
-Et bah on est de nouveau seul, murmura-t-il. Tu es très belle, ce soir…
Et pour une fois, c'était sincère. Gwenog était vraiment très jolie –bien plus que toutes ces filles qui ne cessaient lui jeter des regards du coin des yeux. Et elle ne faisait pas exception à la règle : son décolleté à elle avait quelque chose qui lui plaisait bien (peut-être les paillettes sur sa gorge, ou le pendentif argenté qui pendait de son cou, ou encore tout simplement son tour de poitrine). Sa robe rouge était aussi très bien taillée, même s'il la trouva un peu moins élégante que celle de Xi. Elle était néanmoins beaucoup plus assortie à la sienne, et au fond, il n'aimait pas vraiment l'élégance. Il préférait les vêtements rebelles, pour aller avec son propre côté « mauvais garçon », comme le disait si bien sa mère…
-Toi aussi, tu es très bien, assura Gwenog. Cette robe te va aussi bien ce soir que lors de la petite fête de Slughorn !
-J'espère seulement qu'elle ne portera pas encore la poisse, marmonna James. Il paraît que Lily ne viendra pas ?
-Si tu pouvais arrêter de parler tout le temps d'elle, dit Gwenog sur un ton de reproche. J'ai beau passer des heures à me préparer, tu n'as qu'un mot à la bouche : Lily !
-Excuse-moi…
James se sentit gêné par les réprimandes de son amie. C'était vrai qu'il était censé passer tout le bal avec elle, et que pour elle ce ne serait pas facile, s'il se mettait à ne parler que d'elle…
-Elle ne va pas très bien, en ce moment, dit tout de même Gwenog. Tu l'as sans doute remarqué…
-J'ai surtout remarqué qu'il valait mieux que je me taise en sa présence, rétorqua James.
-Oui, bah c'est parce qu'en fait, elle a reçu des lettres de ses parents, ces derniers temps, expliqua Gwenog. Des lettres qui l'ont… comment dire ? Fait beaucoup de peine. Oui, c'est ça, elles lui ont fait énormément de peine.
-Pourquoi ça ?
-Tu sais peut-être qu'elle s'entend très mal avec sa sœur, non ?
James fit oui de la tête.
-Et bah là, Pétunia a franchi le niveau supérieur. Je ne l'ai su que tout à l'heure, car Lily a craqué, mais Pétunia s'est trouvé un petit ami et elle l'a invité à passer les vacances de Noël chez elle.
-Et ?
-Et Pétunia déteste la magie…
-Et ?
-Et elle a insisté pour que Lily ne puisse pas passer ses vacances de Noël à la maison, acheva Gwenog. En d'autres termes, elle a piqué sa crise pour que Lily passe les fêtes de fin d'année toute seule…
James ouvrit la bouche de dégoût.
-Elle a fait ça ? demanda-t-il, ne pouvant y croire.
-Ouais. Et ses parents ont fini par céder. Alors tu comprends que ça ne va pas très bien, en ce moment…
James hocha la tête.
-Mais elle ne va pas rester toute seule à Poudlard, quand même ? s'enquit-il. Au pire des cas, elle peut venir chez moi –enfin, si elle le veut bien, évidemment ! Il y a de la place, au manoir, et mes parents seraient ravis de faire sa connaissance !
Gwenog sourit.
-Je crois qu'il vaut mieux qu'elle aille chez moi, tout simplement, assura-t-elle. Ca évitera pas mal de complications.
-Mouais, c'est vrai… Mais tout de m…
-Chut, la voilà qui arrive !
James se retourna si vivement qu'il s'en fit mal à la nuque. Lily portait déjà son masque, sans doute pour masquer ses yeux qu'on devinait rougis. Et comme toujours, elle était ravissante, même sans son visage. Un instant, il eut envie de courir vers elle et de la prendre dans ses bras, pour la consoler et pour qu'elle voie qu'il était quelqu'un sur qui elle pouvait compter. Mais ce qui devait arriver arriva, et McCartee fit lui aussi irruption. James le trouva tout ce qu'il y avait de plus banal, dans sa robe noire très simple. Mais pour rien au monde il n'en aurait été peiné. C'était tant mieux pour lui…
-On devrait y aller, murmura-t-il à Gwenog en la prenant par la main pour l'emmener vers les portes de la Grande Salle qui s'ouvrirent au moment précis où au loin, une horloge sonna le premier coup de vingt heures.
Jamais James n'avait vu la salle si bien décorée pour une occasion autre que Noël. Bien sûr, elle était chaque année colorée pour Halloween, mais jamais encore il n'avait eu l'opportunité de voir des citrouilles si énormes voler dans les airs, ni ces épouvantails ensorcelés qui servaient une substance chaude dans une grande marmite bouillonnante, ni ces squelettes porter des instruments de musique en bandoulière, et il n'avait pas non plus eu l'opportunité de se faire souhaiter la bienvenue par un œil ensanglanté et à l'apparence gluante.
-C'est un peu crassoux, toute cette mise en scène, fit remarquer Gwenog en passant devant les chandeliers qui s'étaient transformés en des croix semblables à ceux qu'on pouvait trouver dans les cimetières. J'ai l'impression de rentrer dans un tombeau, ou dans le monde des morts…
-C'était le but, je crois, dit James. Moi je trouve ça plutôt cool. C'est bizarre, ils n'ont pas mis de loups-garous…
Il chercha furtivement du regard l'un de ses amis, mais à peu près tout le monde avait rabattu son masque et dans la masse de couleurs, il ne reconnut personne en particulier –hormis Lily, non loin de lui, mais c'était à prévoir.
La première danse commença très rapidement, et s'acheva tout aussi vite. James et Gwenog n'en n'étaient pas à leur première valse ensemble, et furent soulagés de constater que cette fois, rien ne vint la perturber à part une fausse note jouée par un des squelettes qui éclata d'un rire grossier. James comprit plus tard que la cause de cet éclat de rire n'était autre que Dumbledore (ou du moins il supposa que le grand homme mince à la longue barbe argentée se cachant derrière un masque coloré était le directeur), qui avait invité McGonagall à danser et qui était parti dans une chorégraphie effrénée. Il dut avouer que le spectacle était très risible, et que s'il l'avait pu, il aurait immortalisé cet instant en prenant les deux professeurs en photo. Mais un second morceau fut joué, et tous les couples repartirent de plus bel.
-Il fait chaud ! s'exclama gaiement Gwenog à la fin de leur troisième danse, particulièrement dynamique.
Légèrement essoufflée mais riant de bon cœur dans les bras de James, elle jeta des regards un peu partout dans la salle, tentant de reconnaître ses amies.
-Je croyais qu'il fallait profiter qu'on soit ensemble ? rappela James en souriant.
Il trouvait la compagnie de Gwenog de plus en plus agréable. Non seulement elle était vraiment très belle, mais en plus elle ne se prenait absolument pas la tête, comme il l'aurait imaginé : jamais encore elle n'avait fait d'allusion à ce qu'elle lui avait dit avant le match, et il avait retrouvé la bonne copine qu'il aimait tant.
-Mr Potter aurait-il renoncé à sa bien-aimée Lily Evans ? demanda Gwenog en replongeant son regard dans le sien.
-Disons que quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce qu'on a ! répliqua James.
Quelques notes retentirent et ils se reprirent les mains, prêts à repartir dans autant de tourbillons qui s'offriraient à eux.
-Je suis censée le prendre comment ?
-Comme tu veux, du moment que tu restes avec moi toute la soirée ! répondit James.
-Et pourquoi resterais-je, hein ?
James hésita, puis finalement se décida à remettre le sujet sur le tapis.
-Parce que tu es une fille normale, comme tu l'as toi-même dit, et que les filles normales sont toutes raides dingues soit de moi, soit de Sirius…
Gwenog sembla réfléchir.
-Mouais… Mais tu m'as quand même bien cassée, l'autre jour, avant le match !
-Tu as l'air de t'en être bien remise, si j'en crois le grand sourire qui m'est adressé, se moqua James.
-Ouais, je pardonne toujours tout à mon poursuiveur en chef ! Et puis de toute façon, comment tu fais pour savoir que je souris, hein ? Tu ne vois pas à travers mon masque, j'imagine ?
-Mais je vois à travers tes yeux, ce qui est bien plus agréable, lança poétiquement James.
Gwenog éclata de rire.
-Tu t'entraînes à la drague, là ?
-Peut-être bien !
-Si tu sors ça à Lily, je te jure que tu vas te prendre un de ces râteaux…
-Un de plus, ou de moins, je ne suis plus à ça près ! marmonna James. Et puis j'ai jamais dit que je m'entraînais pour Lily !
-Je ne vois pas trop qui ça pourrait être d'aut…
Mais elle se tut car sa phrase fut interrompue par un cri strident que James aurait reconnu entre mille. La musique s'arrêta, et les couples cessèrent de tournoyer gracieusement pour se retourner tous vers un même endroit, non loin des portes de la Grande Salle. La citrouille qui volait dans les airs juste au-dessus de leurs têtes (et James sut immédiatement au-dessus de quelles têtes elle volait le plus) s'était effondrée et avait explosé.
-Oh non… s'exclama Gwenog en suivant le regard de James.
Comme lui, elle avait compris qu'encore une fois, c'était sur Lily que tout était tombé. A genoux à terre, à moitié assommée et complètement recouverte de liquide visqueux de couleur orange, elle tentait de reprendre ses esprits et de se relever malgré le sol glissant autour d'elle. Evan McCartee, à ses côtés, avaient les yeux exorbités et semblait incapable de prononcer le moindre mot –ni d'esquisser le moindre geste, sinon il y aurait longtemps qu'il se serait précipité pour aider sa cavalière.
Il y eut quelques rires qui provinrent des Serpentard (James n'eut pas besoin de retirer les masques pour le savoir) et un attroupement autour de Lily, alors que les professeur accouraient pour voir de plus près ce qui se passait. James sentit aussitôt les yeux de Slughorn se poser sur lui et son cœur doubla de vitesse. On n'allait pas encore l'accuser, tout de même ?
-C'est pas moi… bredouilla-t-il comme s'il espérait que le professeur l'entende. J'ai rien fait…
-Qu'est-ce que tu racontes ? chuchota Gwenog.
-J'ai rien fait ! répéta James. C'est pas moi !
-Je le sais !
-Pas eux…
James désigna de la tête à la fois Dumbledore, McGonagall, Slughorn et tous ceux qui s'étaient tournés vers lui pour le dévisager et le sonder.
-Ce n'est pas lui… dit faiblement Lily en se remettant sur pieds.
Toutes les têtes se redirigèrent vers elle.
-Qu'avez-vous dit, Lily ? demanda doucement Slughorn, comme s'il s'adressait à une petite fille qu'il fallait à tout prix chouchouter.
-Ce n'est pas Potter qui a fait ça, assura Lily en toussant.
Elle passa une main dans ses cheveux, retira le morceau de masque qui couvrait encore son visage et observa la salle tout autour d'elle, à la recherche de la personne qui aurait pu lui faire ce coup-là.
-Je crois que vous êtes encore secouée, Lily, dit Slughorn.
-Ce n'est pas Potter ! répéta Lily lourdement. Je le sais, tout comme je sais que celui qui a fait ça est le même que la dernière fois !
Sa voix trembla, puis se transforma en un sanglot qu'elle tenta vainement d'étouffer. James sentit son cœur se serrer en voyant ses larmes couler sur ses joues, tout comme il fusilla McCartee du regard pour ne pas avoir su empêcher cela. Il fut tout de même soulagé de constater qu'elle était désormais sûre qu'il n'était pas plus coupable cette fois-ci que la précédente.
-Que personne ne sorte de cette salle, ordonna Dumbledore.
-Professeur, s'il vous plait… demanda James quand Lily sortit en courant de la pièce, le visage caché derrière ses mains.
-Personne, nous avons dit ! rugit Slughorn en le tuant des yeux.
Mais Dumbledore posa une main apaisante sur l'épaule de son collègue, et hocha la tête en direction de James.
-Allez-y, Mr Potter. Elle a besoin de quelqu'un auprès d'elle.
-Mais…intervint Slughorn, mais il fut coupé par un geste sec de la part du directeur.
-Assez d'injustice envers ce garçon, Horace. Cette fois, c'est du vrai coupable, dont nous avons besoin. Que personne hormis ce jeune homme ne sorte.
James ne se le fit pas redire. Il lâcha la main de Gwenog et se fraya un chemin entre les couples, en tentant d'ignorer les regards perçants qui le toisaient, et sortit en trombe de la Grande Salle. Les couloirs étaient plus déserts que jamais, puisque toute l'école était réunie derrière les portes qu'il claqua. Il y avait seulement Lily, quelque part dans le château, en pleurs et humiliée. A cette pensée, il eut envie de fracasser un mur, mais se retint en entendant au loin un sanglot et des bruits de pas. Vers la tour de Gryffondor... Sans hésiter, il suivit son instinct qui lui disait que c'était le bon chemin, et se mit à courir.
Il ne s'arrêta que devant l'escalier menant au dortoir des filles. Il avait essayé de nombreuses fois d'y monter, tantôt avec Sirius, tantôt avec Peter, tantôt avec Remus, et leur expérience leur avait appris que les fondateurs ne Poudlard n'avaient pas grande confiance en leurs élèves masculins. Ainsi, ils avaient ensorcelé tous les escaliers menant aux dortoirs des filles, et ce dans toutes les maisons.
Hésitant à monter (ses fesses gardaient un souvenir douloureux de leur dernière tentative), il posa tout d'abord un pied sur la première marche. Ce qui se passa ensuite fut ce qui s'était déjà passé avant : l'escalier se transforma en un véritable toboggan. Pestant contre Gryffondor, Serpentard et les autres, il fit rapidement le tour des possibilités restantes : soit il attendait que Lily sorte de sa chambre, soit il repartait dans la Grande Salle, soit il retentait sa chance tout en sachant parfaitement que réussir était impossible ou presque. Mais impossible n'était pas Potter…
Il attendit quelques secondes que l'escalier reprenne sa forme initiale puis vérifia qu'il était bien seul dans la salle commune. Il savait que ce qu'il allait faire était risqué. Il suffisait que n'importe qui le voie et il aurait de sérieux ennuis. Mais n'était-il pas prêt à tout risquer pour Lily ? Une heure de colle, ce n'était rien comparé à elle. Etre renvoyé, au fond, ça ne l'ennuyait pas du moment qu'elle était avec lui. Et s'il voulait qu'un jour, ça arrive, il fallait qu'il grimpe ces quelques marches qui les séparaient…
Alors il se décida en un quart de seconde. L'homme se transforma en cerf qui bondit et atteignit le palier le plus aisément possible. Puis le cerf se retransforma en l'homme qui chercha du regard l'écriteau qu'il désirait trouver.
-Sixième année, lut-il.
C'était là. Doucement, il plaqua l'oreille contre la porte. Il entendait bel et bien des pleurs, à l'intérieur. Sa main se dirigea vers la poignée avant qu'il ne puisse la retenir. Décidé, il la tourna et ouvrit en grand la porte. Il mit alors du temps avant de comprendre ce qui se passait : lui qui s'attendait à trouver Lily étendue sur son lit, pleurant toutes les larmes de son corps, la trouva en sous-vêtements entrain de se débattre avec sa tenue tâchée.
-POTTER ! rugit-elle.
Elle le gifla violemment avant qu'il n'ait eu le temps de réagir.
-Espèce de sale petit vicieux !
Elle saisit le premier vêtement qui lui tomba sous la main et l'enfila en un temps record. James, hypnotisé par ce qu'il venait de voir, ne put que bredouiller des paroles d'excuse incompréhensibles.
-Sors de là ! ordonna-t-elle. Ou je te jette un sort !
-Eh, tout doux ! la calma James. Ne t'énerve pas !
-J'ai largement de quoi m'énerver ! Sors !
James se dirigea vers la sortie, un air buté au visage. Mais quand il referma la porte derrière lui, il l'entendit le rappeler.
-Potter !
-Quoi ? demanda-t-il avec agressivité en rouvrant la porte et en passant la tête par l'entrebâillement.
-Comment t'as fait pour monter jusqu'ici ?
Elle semblait plutôt impressionnée.
-Ca ne te regarde strictement pas, bougonna James. Et maintenant que tu me le dis, j'aurais dû rester en bas. Quand je pense au risque que j'ai pris pour monter te consoler, et que tout ce que j'ai eu, c'était une baffe, franchement…
Lily soupira.
-Excuse-moi, dit-elle doucement. Je n'aurais pas dû te gifler. Mais tu m'as quand même vue presque nue, alors tu comprends bien que j'étais en colère…
-Comme si tu ne l'étais plus… marmonna James.
-Je t'ai demandé de m'excuser, répéta Lily. Pardon. Je regrette de t'avoir giflé. Ca te va ?
James haussa les épaules.
-Ca me touche beaucoup que tu aies pris des risques pour venir me voir –même si tu es arrivé au mauvais moment, je l'admets, continua Lily.
-Tu as une drôle façon de le montrer.
-Parce que j'étais entrain de me déshabiller ! répliqua Lily avec impatience. Comment est-ce que tu aurais réagis, toi, à ma place, hein ?
-Moi je ne gifle pas toutes les filles qui me voient torse-nu, bougonna James, buté mais touché par les efforts qu'elle faisait pour paraître aimable.
-Ouais, parce que toi, ce n'est pas comme si ça te gênait, lança Lily, mi-coléreuse, mi-souriante. Ca te fais une occasion en plus de montrer tes muscles…
-Qu'est-ce que tu en sais ? rétorqua James. Tu ne m'as jamais vu torse-nu, alors je ne vois pas comment tu peux dire ça…
Lily sourit carrément et baissa légèrement les yeux.
-Disons que j'ai eu des échos venant de Gwenog, avoua-t-elle. Tu devrais faire attention quand tu te changes : elle ne rate jamais une occasion de te dévorer des yeux et de tout nous rapporter le soir…
James ouvrit la bouche de stupéfaction. Gwenog faisait ça ? Sa petite Gwenog faisait ça ?
Oubliant toute sa colère, il sourit à son tour.
-Et elle dit quoi sur moi, le soir, alors ? demanda-t-il.
-Elle ne fait que des éloges sur toutes tes qualités, assura Lily. En omettant accidentellement de parler de tes défauts, bien sûr…
Le sourire de James s'évanouit. Et voilà, ils allaient repartir… Elle allait le traiter de petit imbécile arrogant, et il répondrait à ses insultes, et ils se feraient la guerre pendant des mois et des mois… C'était comme ça à chaque fois. Ils ne pouvaient pas parler normalement trop longtemps, car il y avait toujours un moment où l'un d'eux remettait leurs querelles passées sur le tapis. Et souvent, c'était Lily qui s'en chargeait, quand elle sentait que James prenait trop confiance en lui.
Sans doute parce qu'elle vit l'ombre passer sur son visage, Lily parut gênée. Un silence pesant s'installa entre eux.
-Euh… J'ai remarqué ces derniers temps, bredouilla Lily pour rompre cet malaise entre eux deux, que… enfin, que tu avais fait pas mal d'efforts pour te tenir à carreau et ne pas ouvrir tout le temps la bouche pour vanter tes mérites.
-Ah, tu l'avais remarqué ? s'étonna James, à nouveau dur. J'avais pensé le contraire, à ta façon de m'envoyer bouler à chaque fois que je disais le moindre mot…
-Je suis désolée, Pott… euh, James. J'aurais dû être plus aimable avec toi, mais j'avais d'autres problèmes et je me suis un peu laissée aller…
-Sur moi, évidemment…
Lily eut un petit sourire gêné.
-Depuis qu'on se connaît, c'est toujours sur toi que je fais passer ma colère, admit-elle. D'habitude, je ne m'en veux pas, mais cette fois, je regrette, parce que tu avais vraiment fais des efforts… Et j'aurai voulu en profiter pour essayer de découvrir par moi-même toutes ces qualités dont Gwenog me fait la liste presque chaque soir… Mais voilà, il se trouve que j'avais autre chose en tête, et je suis sincèrement désolée pour ces journées horribles que j'ai dû te faire passer alors que pour une fois, tu ne le méritais pas…
-Pour une fois ? répéta James. Je ne sais pas comment je suis censé le prendre…
-Comme un encouragement à continuer dans cette voie, répondit Lily. Tu vois, là, en ce moment, j'ai presque oublié que le « James qui est venu me consoler » et le « Potter qui me tape sur les nerfs depuis des années » ne font qu'un.
-Je ne sais toujours pas comment le prendre, admit James.
Lily soupira.
-Considère mes paroles comme un nouveau point de départ. On efface tout ce qui s'est passé depuis le début de l'année, Ok ? Et on repart sur de bonnes bases, ça vaudra mieux…
James haussa les sourcils.
-C'est toi qui me demande ça ? s'étonna-t-il. Alors que moi, ça fais des années que je le réclame et que tu refuses ?
Il réfléchit un instant.
-Mouais, ça me va. On efface tout.
Lily eut un petit sourire.
-Mais tu me promets que tu resteras celui que tu as été ces derniers jours, et non pas le petit arrogant d'avant ?
James hocha la tête.
-A condition que tu me fasses confiance, la prochaine fois, dit-il. Parce que si tu m'avais écouté, peut-être que cette citrouille, elle ne te serait pas tombée dessus…
-Alors tu penses toujours que Rogue est le coupable ? demanda Lily.
-Hm.
Lily baissa les yeux.
-Tu me le jure ?
-Je ne prendrais pas le risque de te mentir juste après qu'on se soit réconcilié, tu peux me croire, répondit James. J'ai entendu Rogue dire à Regulus qu'ils allaient recommencer, et ils ont recommencé. Alors fais gaffe, maintenant. Même si pour cela tu dois faire confiance au petit Potter arrogant.
-Je suis désolée, dit une nouvelle fois Lily. J'ai été injuste.
-Ca va, on oublie. A partir de maintenant, on repart à zéro. Je ne t'oblige pas forcément à être une super amie, mais juste à être une camarade sympathique. Tu peux faire ça ?
Il lui tendit la main et espéra de toutes ses forces qu'elle allait la serrer.
-Ouais, je peux faire ça, assura-t-elle.
Tous deux échangèrent une poignée de main et se sourirent. James, estimant que c'était le bon moment pour s'en aller, s'avança vers la porte. Mieux valait laisser Lily se changer, ou se mettre au lit, désormais. Il en avait assez fait pour aujourd'hui, et était même ravi de la nouvelle tournure de leur relation.
-James…
Il se retourna une dernière fois.
-Comment tu as fait pour monter ?
Il sourit.
-N'est pas maraudeur qui veut, dit-il seulement. Un jour tu comprendras…
Il referma la porte doucement derrière lui et fila directement dans son propre dortoir. Il en aurait, des choses à raconter à ses amis à leur retour ! Lui, nouvel ami de Lily… Qui aurait pu le croire, surtout après qu'il l'ait surprise entrain de se changer ? Elle aurait dû le massacrer, mais non, elle lui avait pardonné…
Alors, même si la menace de nouvelles agressions planait au-dessus d'eux, il parvint à se dire que c'était une merveilleuse journée…
Voilà un nouveau chapitre de fini. J'espère qu'il ne vous décevra pas! Comme certains le remarqueront, ce bal perpétue ma tradition: il se passe encore quelque chose...
Je voulais remercier Maelstrom pour les 6 reviews consécutives qu'il m'a envoyées, et tous les autres, évidemment. Ca me fait toujours très plaisir de vous lire!
Le prochain chapitre (posté le week-end prochain, sûrement) sera Dans le Sang et la Poussière. Je ne vous en dis pas plus...
Bisous et bonne lecture à tout le monde!
