Bonjour/ Bonsoir à tous ! Je suis encore à l'heure, je me surprends moi même ! Bon j'avoue, j'ai un peu moins d'avance mais je vais essayer de tenir le rythme aha ! La fic avance bien, j'en vois progressivement la fin mais je vous tiens bien évidemment au courant ! Comme toujours, je vous donne mes suggestions musicales, n'hésitez pas à en faire de même ! J'écoute de la musique quand j'écris mais quel style de musique écoutez vous quand vous lisez ? Je réponds aux reviews anonymes (enfin plutôt la aujourd'hui :') ) pour lesquelles je ne peux pas répondre par mp et on y va ! ririte : Ah oui à ce point ? Hé bien merci alors ! Hope you like it !
- Dollhouse, Melanie Martinez
- Till Death Do Us Part, Apocalyptica
Merci j'essaie de ne pas trop vous faire attendre ;) tu es définitivement une personne trop gentille !
Le prochain chapitre est là tadam !
Chapitre 7
Bilbo s'étira longuement et souffla longuement comme s'il avait été en apnée pendant une durée bien trop importante pour ses poumons. Il fixa avec fierté l'écran de son ordinateur. Il y était enfin arrivé. Au bout d'un bon mois de travail acharné, son but avait été atteint.
Chaque partie avait était décodée, certaines avec plus de mal que d'autres mais il ne fallait jamais sous-estimer le talent et la patience de Bilbo Baggins.
Malheureusement, dans aucun des documents qu'il avait réussi à récupérer, on ne spécifiait le trafic d'armes de Mordor et c'était clairement ce qui aurait été le plus convaincant au tribunal. Qu'importe, le reste suffirait assez largement. Bilbo se contenterait de montrer tous les détournements de fonds, les contrats arnaquant totalement les entreprises s'associant à Sauron ou les pressions exercées sur les concurrents. Les preuves ne manquaient pas.
Les documents n'étaient pas si compromettants en soit mais en les arrangeant un peu et en explicitant certaines expressions, on pouvait révéler la sombre secret que Sauron et Smaug dissimulaient depuis beaucoup trop de temps déjà.
Et Bilbo allait se faire une joie de faire éclater la vérité au grand jour, comme il l'avait fait de nombreuses fois déjà pour d'autres organisations. En voilà une qui s'ajouterait à son palmarès.
L'espion relit très rapidement le dossier qu'il venait de constituer grâce à toutes ces informations, regardant avec satisfaction toutes ces pages remplies défiler. Ça n'avait pas été une mince affaire, c'était certain mais il n'en n'était que plus fier.
Il enregistra son travail et l'envoya directement à Gandalf. Un onglet de téléchargement s'afficha et l'espion, qui allait donc encore attendre, se réinstalla plus confortablement dans le canapé.
Il passa sa main dans ses cheveux clairs. Ils avaient repoussés mais restait encore trop court au goût de l'espion qui regrettait énormément ses longues boucles. Il avait toujours du mal à se couper les cheveux. Peut être parce que sa mère adorait y glisser ses doigts, répétant sans cesse qu'il avait des mèches magnifiques. À chaque fois Bilbo répondait inévitablement qu'il les avait hérité de quelqu'un qui avait des cheveux encore plus beaux que lui et sa mère souriait comme si elle était la plus heureuse au monde. Elle lui embrassait le haut du crâne en murmurant un « brave petit » et retournait à ses occupations en sifflotant. La plupart du temps son père était présent et, ayant assisté à toute la scène, celui-ci affichait un air tendre, volait un baiser à sa femme et adressait un clin d'oeil à son fils. Ces moments de quiétude et de paix semblaient tellement lointains maintenant...
Bilbo eut un pincement au cœur et il le chassa du mieux qu'il pût. L'arrivée de Thorin, qui avait le don de toujours avoir un timing parfait, dans le salon lui permit de penser à autre chose. Le brun avait, pour ne pas changer, une tasse de café dans les mains et il prit la parole entre deux gorgées :
- Toujours aussi matinal ?
Bilbo jeta un coup d'oeil vers l'heure. 8h10. En sachant qu'il était debout depuis environ une heure, c'était presque une grasse matinée qu'il venait de faire. Il haussa ses épaules et l'expression de Thorin s'adoucit.
- Je suppose que, comme d'habitude, tu n'as pas déjeuné. Thé ?
Le plus jeune sourit et hocha sa tête pour confirmer.
- Thé.
Thorin fit comme s'il notait la commande dans un calepin invisible et reprit la parole :
- Je reviens.
Bilbo le regarda s'éloigner, se demandant à quel moment leur relation avait évolué de la sorte. C'était comme s'il s'était réveillé un beau jour avec Thorin lui préparant son petit-déjeuner et Bilbo lui rendant la pareille sans que cela ne choque l'un ou l'autre.
Ils avaient débuté sur de mauvaises bases, Bilbo sachant pertinemment que c'était essentiellement de sa faute, mais progressivement tout ceci avait évolué.
Quand ils restaient ensemble dans la même pièce des heures et des heures durant, ils ne passaient plus leur temps à s'ignorer. Ils sortaient de leur bulle de silence et s'échangeaient des phrases, Bilbo tenait même Thorin au courant de ce qu'il apprenait sur le société Mordor. Avant quand les deux hommes étaient au salon, ils se tenaient à l'opposée l'un de l'autre. Maintenant ils partageaient le même canapé. Quand la nuit s'installait, Bilbo ne disparaissait plus dans sa chambre, il restait et Thorin ressortait sa guitare pour jouer quelques morceaux lui passant par la tête. Il s'asseyait la plupart du temps à même le sol et l'espion l'imitait, se mettant en tailleur. La musique les berçait ainsi et un calme apaisant s'installait. Ils finissaient par se quitter quand l'heure devenait tardive, se dirigeant chacun dans leurs chambres respectives pour dormir. Bilbo faisait beaucoup moins de cauchemars ces derniers temps.
Et ce petit rituel perpétuait et se répétait les jours suivants, la proximité entre les deux hommes s'accentuant d'autant plus au fil du temps.
Avant ils n'étaient que des étrangers mais maintenant ils étaient... Amis ? L'idée paraissait plaisante. Bilbo aimait bien cette association.
Il souriait donc quand Thorin revint avec une tasse de thé en plus. Ce dernier s'assit à côté de lui sur le canapé et regarda l'ordinateur que Bilbo avait calé sur ses jambes. Il lui tendit son thé et l'espion le récupéra, appréciant la chaleur qui réchauffa directement ses mains glacées.
Il avait en temps normal les mains toujours froides mais avec l'hiver qui s'approchait et s'installait sans crier gare, Bilbo se sentait devenir un glaçon. Ce n'était pas comme Thorin qui avait toujours la peau agréablement chaude... Comment il le savait ? Oh euh... Il l'avait remarqué par hasard ? Bref. La tasse de thé réchauffait ses mains mais ce n'était pas pour autant que Bilbo devait laisser ses pensées dériver de la sorte. Un peu de tenue nom de dieu.
Thorin but une gorgée de café et désigna l'écran du menton.
- Alors ? Tu as avancé depuis hier ?
L'espion se redressa fièrement et afficha un grand sourire.
- J'ai terminé ! fanfaronna-t-il
Thorin émit un sifflement impressionné et l'applaudit. S'il devait bien reconnaître une chose, Bilbo était sacrément persévérant.
- Vraiment ? Si j'avais su, j'aurais plutôt apporté le champagne alors ! déclara-t-il finalement
Un rire échappa à Bilbo qui lui jeta un regard amusé.
- Tu échangerais ta tasse de café matinale contre une coupe de champagne ? demanda-t-il
- Pour rien au monde.
Bilbo rit d'autant plus et il dût poser son thé au risque d'en renverser partout tellement son fou rire devenait incontrôlable. Thorin affichait un sourire lumineux, affecté par l'état si joyeux de son colocataire. Il n'avait pas l'habitude de voir Bilbo ainsi alors il n'arrivait pas à détourner ses yeux de ce dernier. Il ne pouvait juste pas, c'était comme si quelque chose le fascinait dans cette attitude totalement spontanée. Cette joie allait tellement bien à Bilbo que Thorin se demanda pourquoi le plus jeune ne riait pas plus souvent. Il se surprit ensuite à le trouver magnifique et cette pensée le troubla.
Il n'en laissa cependant rien paraître et sourit franchement quand Bilbo lui adressa un regard, un peu calmé. L'espion, ayant retrouvé ses esprits, reprit sa tasse et en but doucement le contenu.
- Et du coup il se passe quoi maintenant ? demanda Thorin, revenant au sujet d'origine
Redevenu sérieux, Bilbo haussa ses épaules et répondit presque immédiatement :
- J'ai envoyé mon rapport à Gandalf, le reste n'est plus de mon ressort.
- C'est de l'affaire de la justice c'est ça ?
Bilbo hocha sa tête.
- Gandalf va contacter un ami à lui qui est juge, espérons qu'ils réussissent tous les deux à mener le procès contre Mordor jusqu'à la fin.
Et surtout que l'influence de Sauron ne leur joue pas de mauvais tours. Celui-ci avait des alliés partout et Gandalf allait devoir s'occuper de cette partie. Mais Bilbo avait confiance en Gandalf, il l'avait vu plusieurs fois à l'oeuvre et ne doutait pas de son talent. Il arrivait toujours à se faire entendre.
Thorin, qui regardait de nouveau l'ordinateur, lut quelques lignes et croisa ses bras.
- Avec toutes les preuves que tu as récoltées, je pense que tu as mis toutes les chances de son côté. Il va y arriver.
- J'en suis même persuadé.
- Tu n'as pas eu de nouvelles directives ? On reste encore ici même si ton boulot est terminé ?
Bilbo se pinça les lèvres. Il n'en savait rien, il n'avait pas eu de messages de Gandalf récemment et encore moins de son ami Bard. Ce n'était pourtant pas faute de l'avoir appelé des dizaines et des dizaines de fois malgré le répondeur qui revenait sans cesse. Bilbo était inquiet, ce comportement n'était clairement pas habituel, Bard était bien la première personne à toujours se manifester quand on le contactait. Quelque chose s'était passé, il en était sûr. Il espérait juste que le pire ne se soit pas produit.
L'espion soupira et posa sa tasse maintenant vide à côté de son ordinateur.
- Je n'ai pas d'ordre. Il va peut être nous faire changer de planque mais je ne peux rien t'annoncer. Tant que les lieux sont sûrs, il n'a pas de raison de nous faire déménager.
Thorin approuva d'un mouvement de tête.
- C'est même mieux de ne pas trop bouger si l'on ne veut pas se faire remarquer. À mon avis Smaug ne t'a pas oublié et il guette juste la moindre erreur de ta part.
Bilbo grimaça. Merci de lui rappeler cette information, il avait presque oublié que sa vie était menacée par un psychopathe à l'intelligence inhumaine. Rien de grave donc n'est-ce pas ? C'était parfaitement habituel comme situation.
Il regarda son colocataire et haussa ensuite ses épaules, faisant comme s'il n'était absolument pas préoccupé par cela. Alors qu'en vérité, il n'avait pas du tout envie de recroiser le chemin de Sauron ou de Smaug. Il avait passé déjà bien trop de temps avec eux pour une vie. Feignant le détachement, il répondit :
- C'est pour ça que je suis les instructions de Gandalf. Si quelqu'un connait les mouvements de Smaug c'est bien lui. S'il juge que je dois rester là, alors je ne bougerai pas.
Bilbo obéissait toujours à Gandalf de toute façon.
Ok, il lui arrivait parfois de contester ses décisions, avec plus ou moins d'énergie d'ailleurs mais l'espion finissait par s'incliner d'une manière ou d'une autre. Il était difficile voire même impossible de se mesurer à l'autorité de son employeur. La lutte cessait rapidement et ce n'était jamais Gandalf qui abandonnait en premier. Ce dernier avait toujours ce qu'il désirait. Il faisait preuve d'une prestance assez incroyable, il fallait bien être honnête.
Et puis, même si la fierté de Bilbo en prenait un coup, il était obligé d'avouer que les décisions de Gandalf étaient toujours bonnes. Même lorsqu'il s'agissait de lui attribuer un garde du corps... Thorin n'avait pas eu l'occasion d'exercer sa fonction jusque là mais au moins il lui avait tenu compagnie durant ces dernières semaines.
Bilbo restait quand même persuadé qu'il n'avait pas besoin de protection. Enfin, sa détermination flanchait un peu mais ça il ne l'avouerait jamais, question d'ego.
Le garde du corps en question finit son café et hocha sa tête pour montrer que, malgré son silence, il était toujours attentif. Il ne regardait plus l'espion, comme s'il avait peur de retomber dans le même état que précédemment et faisait mine de lire les lignes tapées sur l'ordinateur.
- Qu'est ce que tu comptes faire, quand tout ceci sera terminé ?
La question surprit Thorin qui se redressa un peu avant de sourire doucement.
- Pour l'instant rien n'est terminé, ne crions pas victoire trop vite.
Bilbo pinça ses lèvres et haussa encore une fois ses épaules, ce geste devenant presque comme un tic à force.
- Je sais bien. Tu retourneras voir ta famille ?
- Je suppose. Ma sœur meurt d'envie de me revoir, ses fils ont dû bien grandir depuis la dernière fois. Et toi ?
L'espion réfléchit quelque peu et laissa son regard dériver en direction de la fenêtre.
- Je n'ai rien qui me retient alors... Je vais sûrement me trouver un autre boulot.
- Tu ne t'arrêtes jamais en fait toi.
Bilbo crut d'abord que c'était un reproche mais quand il se tourna vers Thorin, il remarqua que celui-ci souriait alors il se détendit.
- Non. J'aime rentabiliser mon temps.
- Tu en auras des choses à raconter à tes petits-enfants, plaisanta son interlocuteur et l'idée amusa Bilbo.
- Pas sûr que j'ai le droit de tout dévoiler. Disons que je ne manquerai pas d'imagination pour leurs histoires du soir.
- Bilbo, le grand conteur pour enfants.
L'intéressé eut à son tour un petit sourire en coin.
- Ça sonne presque bien en fait !
- Merci, je me suis donné beaucoup de peine.
Bilbo roula des yeux et l'autre se mit alors à rire doucement. L'espion ne sut pas pourquoi mais, subitement il se rappela d'un détail. L'occasion semblait rêvée pour questionner Thorin à ce sujet alors Bilbo en profita :
- Au fait, qui est Dwalin ? demanda-t-il innocemment -ou pas-
Thorin eut un sourire moqueur qu'il ne tenta même pas de dissimuler.
- Tu en as mis du temps avant de poser la question.
Surpris, Bilbo fixa son ainé sans comprendre.
- Comment ça ?
- Curieux comme tu es, c'est surprenant que tu ai attendu autant.
Les joues de l'espion s'enflammèrent et il marmonna des phrases inaudibles. Il n'était pas curieux. Juste intrigué. Et puis, ce n'était pas sa faute s'il n'avait pas osé demander avant. Ils n'étaient pas vraiment en excellents termes quand Bard avait parlé d'un certain Dwalin connaissant Thorin et que Thorin pouvait contacter. Bilbo se voyait mal l'harceler comme une petite amie un peu trop jalouse.
Attendez. Pourquoi sortait-il cette comparaison tout d'un coup ? C'était ridicule.
Heureusement pour lui, il pût penser rapidement à autre chose grâce à Thorin qui reprit la parole, se lançant dans des explications :
- Dwalin travaillait pour Gandalf. J'ai logé chez lui quand je cherchais une planque et depuis nous sommes restés amis. Je sais que si j'ai besoin de quoique ce soit il sera là pour m'aider.
Bilbo hocha sa tête, cette réponse le contentant amplement. C'était simple mais efficace. Il n'avait pas besoin de demander plus de détails, si Thorin ne les évoquait pas c'était sûrement qu'il ne les jugeait pas nécessaire.
Trois coups cogné contre la porte se fit entendre. Bilbo se redressa.
- Ça doit être Bofur.
Bofur aussi venait plus souvent, il leur accordait une heure ou deux dans la journée, lorsqu'il venait leur donner les journaux, en profitant pour discuter avec eux. Généralement il passait dans la matinée. Bilbo était toujours ravi de passer un peu de temps avec lui, Thorin aussi même s'il était clairement moins bavard.
Bofur apportait toujours de la joie dans la journée quand il se montrait et il était donc toujours agréable d'être en sa compagnie. Il semblait toujours optimiste.
Pourtant, ce ne fut absolument pas le cas ce jour-ci. En effet, leur ami à chapeau avait la mine bien sombre quand il entra, ce qui contrastait totalement avec sa bonne humeur habituelle et Bilbo s'en aperçut immédiatement.
Il fronça ses sourcils et quitta sa place du canapé pour le rejoindre. Il demanda alors, plutôt soucieux :
- Qu'est ce qu'il t'arrive ?
Bofur se tourna vers lui, paraissant hésitant. Il semblait vouloir annoncer quelque chose sans savoir comment le faire malgré tout. Après un moment de silence, il finit par se lancer :
- Je suppose que tu t'en doutes mais... Je travaille au service de Gandalf. Il ne peut pas te joindre directement alors je suis censé être l'intermédiaire entre toi et lui.
Bilbo hocha lentement la tête, ne comprenant pas ce qui clochait. Parce que quelque chose clochait, c'était évident.
- Où est le problème ?
- Ce que j'ai à t'annoncer n'est pas agréable à entendre.
L'air grave ne plut pas du tout à l'espion qui se sentit fortement mal à l'aise. D'un coup, Bilbo réalisa qu'il n'avait peut être pas envie de savoir. Il ne voulait pas apprendre cette nouvelle qui paraissait si terrible. Il prit son courage à deux mains et osa poser la question fatidique :
- Qu'est-ce qui se passe ?
Bofur posa gentiment sa main sur l'épaule de son interlocuteur pour lui insuffler un peu de force. Thorin, lui, se tenait en retrait, préférant ne pas intervenir car il ne se sentait pas concerné. Néanmoins, il écoutait d'une oreille attentive, les affaires de Gandalf et de Bilbo faisant parties de son quotidien.
Après un silence insupportable qui sembla durer une éternité , Bofur plongea son regard particulièrement sérieux dans celui de l'espion et déclara :
- Bilbo, Mathilde est morte.
Ce fut tellement soudain que Bilbo en perdit sa voix. Bofur ne l'avait pas appelé John comme il l'aurait dû. Mais le choc était tellement grand qu'il fit oublier au plus jeune que Bofur connaissait son véritable prénom et qu'il venait de le prononcer.
Il s'assit sur la première chaise à sa portée, ayant besoin d'un moment pour digérer l'information. Cela ne pouvait être vrai.
- M... Morte ? murmura-t-il, presque hébété
Il avait connu Mathilde. C'était une femme formidable, toujours joyeuse et aimable, avec une once d'optimisme persistante. Bilbo avait toujours pensé qu'elle était une femme forte mais malheureusement, peut être pas assez forte pour vaincre ce qu'il existait de plus fourbe et de puissant à la fois : la maladie.
Bilbo n'arrivait pas à y croire.
Bard devait être effondré. Bard aimait plus que tout Mathilde, il aurait tout fait pour la garder auprès de lui jusqu'à sa mort. Il avait toujours cru que rien ne les séparerait. Dans quel état pouvait-il être maintenant, alors que l'être qu'il aimait le plus au monde venait de disparaître sans qu'il n'ait pu faire quoique ce soit pour l'en empêcher ? Il ne devait pas sauter de joie, c'était certain.
Bard.
Alors qu'il avait été muet un laps de temps assez conséquent, Bilbo se releva subitement, surprenant Thorin qui ne s'y était pas attendu. L'espion se tourna directement vers Bofur, ayant réalisé quelque chose.
- C'est pour ça que Bard ne me répond pas ?
Bofur esquissa une grimace et Bilbo se leva, comprenant que l'homme à la chapka savait en effet pas mal de choses.
- Pourquoi Bard ne me répond pas ?
Sentant que l'espion n'allait pas abandonner tant qu'il n'aurait pas eu de réponse, Bofur finit par avouer la vérité même s'il savait d'avance que Bilbo n'allait pas être ravi.
- Smaug avait fait le lien entre lui et toi. Il a été obligé de fuir.
L'expression de Bilbo changea brusquement, dévoilant à quel point il était énervé. Énervé parce que la vie de son si cher ami était en danger mais également parce que personne n'avait eu la merveilleuse idée de l'en informer. C'aurait été trop compliqué de le prévenir ? Une phrase, c'est tout ce que ça aurait pris pour résumer la situation. Bilbo en avait marre d'être laissé à l'écart, loin de tout tracas.
Il s'était fait un sang d'encre pour Bard, il s'était imaginé les pires scénarios possibles et imaginables parce qu'il n'avait pas eu de nouvelles. Certes, il n'était pas forcément plus rassuré maintenant mais au moins, il aurait compris pourquoi Bard demeurait si silencieux.
- Et pourquoi on ne me l'a pas dit ? s'emporta-t-il
Bofur fronça ses sourcils et croisa ses bras sur sa poitrine, n'appréciant pas cette attitude que Bilbo avait envers lui .
- Ça ne sert à rien de t'acharner sur moi, je ne prends pas les décisions, je les applique juste, déclara-t-il.
L'espion se rendit compte de son comportement et il se sentit alors honteux. Bofur n'avait pas à supporter ses humeurs, le pauvre homme faisait déjà beaucoup pour lui et Thorin. Bilbo s'excusa donc. Il s'énervait en effet sur la mauvaise cible, le responsable était Gandalf. Décidément Bilbo en aurait des choses à lui dire.
Gandalf pensait sûrement bien faire, comme toujours mais il y avait des choses qui méritaient d'être dites le plus tôt possible.
Bilbo poussa un long soupir fatigué et ce fut alors Thorin qui prit la parole :
- Est-ce que Gandalf a donné des directives à suivre ?
Bofur secoua directement sa tête.
- Non, hormis de rester discret comme vous le faites actuellement. Le jeu de Sauron n'est pas très clair en ce moment, lui aussi ne fait pas beaucoup de bruit.
Il était difficile de dire si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Soit Sauron prévoyait quelque chose de son côté, soit il attendait de voir quel serait le prochain mouvement de son ennemi. Impossible de savoir.
Avec un peu de chance, tout ceci serait vite réglé et l'entreprise Mordor payerait enfin les dommages collatéraux.
Il n'y avait plus qu'à espérer que cette partie de plan se déroule au moins aussi bien que toutes les étapes précédentes.
Gandalf attendait, étant assis dans un bureau qui n'était pas le sien parce que, pour une fois, il avait besoin d'un soutien extérieur. Bilbo avait fait un travail admirable mais maintenant, il fallait rendre publique toutes ces preuves. Et ce ne serait pas chose aisée. De l'aide ne serait pas donc de refus. Et celle de Saroumane tomberait à point nommé.
Saroumane était un grand juge assez réputé, si quelqu'un pouvait faire entendre sa voix c'était bien lui. En plus, c'était également un ami pour Gandalf, les deux hommes ayant déjà collaboré dans le passé.
Quand Gandalf avait donc eu à chercher quelqu'un à qui confier l'affaire Mordor pour la présenter devant un tribunal, il n'avait pas hésité longuement. Saroumane avait une grande influence, il serait parfait dans ce rôle.
La porte s'ouvrit, dévoilant un grand homme avec de longs cheveux blancs qui sourit en remarquant la présence de Gandalf.
- Toujours ponctuel, comme d'habitude.
Gandalf se leva et vint serrer la main de son vieil ami qui reprit directement la parole après avoir verrouillé derrière lui.
- Alors ça y est ?
Gandalf hocha sa tête et Saroumane l'invita à s'assoir de nouveau, prenant la place juste en face de lui.
- Je peux voir les documents ?
- Bien évidemment.
C'était pour cela qu'il était venu après tout. Il avait reçu les travaux de Bilbo la veille seulement mais il avait voulu régler vite cette affaire et avait donc immédiatement pris rendez-vous avec le juge.
Gandalf tendit une clé usb que l'autre examina avant de regarder son contenu. Il parcourut quelques pages en silence, hochant seulement la tête à intervalle régulier pour montrer qu'il lisait des éléments intéressants.
- Ça me semble très prometteur tout ceci. C'est ton petit protégé qui a fait tout ça ?
Gandalf plissa ses yeux, sentant que la question sonnait faux. Ce n'était pas une innocente curiosité qui poussait son ami à l'interroger, Gandalf en était intimement persuadé. Il agit cependant comme s'il ne s'en rendait pas compte.
- Oui, il est très doué, dit-il simplement.
Il n'avait jamais dévoilé l'identité de Bilbo, c'avait été peut être un bon choix finalement.
- J'ai hâte de rencontrer ce prodige dans ce cas.
- Quand il ne risquera plus rien alors.
Saroumane eut un petit sourire qui se voulut amical mais qui ne le parut pas du tout. L'hypocrisie se voyait à des kilomètres à la ronde et elle se fit d'autant plus ressentir lorsque le juge prit la parole :
- Évidemment, prendre des risques maintenant serait de la folie.
- Exactement, répliqua Gandalf d'une voix neutre pour ne pas trahir ses pensées.
Les deux hommes s'échangèrent un regard et l'ambiance, qui avait été en premier lieu assez légère, s'alourdit progressivement. Quelque chose clochait définitivement dans la scène qui se déroulait et Gandalf n'était pas certain d'en apprécier le dénouement.
Il suivit des yeux les gestes de Saroumane, tout lui semblant louche dorénavant.
Au bout d'un long moment de tension, le juge brisa le silence et demanda :
- Où est parti Bard maintenant qu'il a été repéré ?
À cet instant, Gandalf, qui était pourtant plutôt immobile, stoppa tout mouvement. Il fixait juste Saroumane histoire d'être sûr d'avoir bien entendu. Lentement, il se redressa dans son siège.
- Je ne t'ai pas parlé de ça.
Sa voix sonna comme une accusation mais Saroumane feignit l'innocence avec un jeu d'acteur des plus remarquables.
- Ah vraiment ?
Le doute s'insinua doucement en Gandalf qui ne cacha pas sa suspicion. Il croisa ses bras sur sa poitrine et recula un peu son siège.
- Oui. Je n'ai jamais évoqué la situation de Bard. En fait je ne t'ai parlé de lui que par erreur, quand j'ai malencontreusement glissé son nom dans une conversation. Je pense que je n'aurai jamais dû d'ailleurs.
Saroumane fit mine de ne pas comprendre l'insinuation et il garda son sourire aux lèvres, ce qui rendit Gandalf d'autant plus mal à l'aise. Tout paraissait définitivement et terriblement faux. Le juge prit la parole comme si de rien n'était :
- Pourquoi donc ? Tu n'as pas confiance en moi ?
L'air de Gandalf s'assombrit.
- Le Saroumane que j'ai en face de moi n'est pas celui en qui j'ai placé ma confiance.
Gandalf se leva, toisant de sa hauteur son vis-à-vis.
- J'ai presque peur de te demander quelle bêtise t'a prise et ce que tu as fait quand j'avais le dos tourné.
Saroumane imita son interlocuteur et quitta également son siège pour mieux faire face à l'employeur de Bilbo.
- J'ai juste reconsidéré les propositions qui s'offraient à moi.
Le sourire qu'il afficha alors ne fut pas hypocrite cette fois. Juste carnassier.
Gandalf pâlit quelque peu, son assurance vacillant pendant un instant. Il murmura, plus pour lui-même :
- Ne me dis pas que tu as fait ça...
Il sembla subitement en colère et, reprenant son visage autoritaire, il serra ses dents. Il n'arrivait pas à y croire.
- Qu'est ce qu'il t'a proposé ?
- Beaucoup de choses, répondit évasivement Saroumane en haussant ses épaules.
Ce dernier contourna son bureau pour rejoindre Gandalf.
- Il m'a surtout fait comprendre que ton plan n'était que folie.
- Tiens, c'est drôle que tu évoques la folie, siffla Gandalf en lui adressant un regard tout sauf amical.
Saroumane agit comme s'il n'avait pas envie cette remarque et il sourit presque gentiment. Presque.
- Abandonne mon ami, ce but que tu poursuis est vain.
Directement, Gandalf se braqua.
- Je t'interdis de m'appeler « ami ».
Comme à son habitude, il ne haussa pas le ton mais sa colère était largement perceptible dans sa voix. Saroumane fit mine d'être blessé par ces propos.
- C'est pourtant par simple amitié que je te préviens.
Comme c'était aimable et bienveillant de sa part...
Gandalf fronça ses sourcils. Il avait tant estimé Saroumane dans le passé, la chute qui le ramenait à la réalité était dure à encaisser. Pourtant il n'avait clairement pas l'intention de suivre cet avertissement.
Quoique Saroumane en dise, ce n'était clairement pas de pures intentions qui poussait ce dernier à agir de la sorte. Plutôt une belle somme d'argent. Pas besoin d'être un génie pour le deviner.
Et cela dégoutait Gandalf qui avait toujours pensé que son « ami » était au dessus de toutes ces valeurs matérielles. Cela le dégoutait et le décevait en même temps. Le grand Saroumane était tombé bien bas.
Gandalf réalisa alors qu'il n'avait plus rien à faire ici. Cette rencontre avait été inutile, il aurait mieux fait de ne pas se déplacer.
Il s'éloigna de Saroumane et se dirigea vers la porte de sortie. Le juge laissa échapper un soupir faussement dépité.
- Je suppose que je dois prendre ceci pour un non ?
- Très juste, répondit l'autre, encore plus agacé.
Saroumane haussa ses épaules et lança innocemment :
- Tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu...
Gandalf, qui allait partir, se stoppa. Quelque chose clochait dans cette phrase à peine murmurée . Il se tourna à demi vers Saroumane et vit que celui-ci souriait comme si tout se déroulait à la perfection.
- Quand ton petit protégé tombera et que tu ne pourras pas le sauver, tu regretteras ton choix, crois moi.
Cette fois-ci, la menace eut totalement l'effet escompté. Gandalf perdit ses couleurs et pour la première fois depuis le début de la discussion, il s'inquiéta. Il partit rapidement, entendant le rire de Saroumane dans son dos.
N'hésitez pas à commenter et je vous dis à la semaine prochaine !
