Chapitre 7 : Jusqu'au bout du monde

- KANKURO, ETEINS CETTE TELE, ON S'ENTEND PLUS ICI !

Kankuro pesta en éteignant en un piuuuuuuu sec l'écran.

Temari passa la tête hors de la cuisine, lui lançant un regard mauvais;

- Tu disais quelque chose, Kanku-kun ?

- nan, nan, rien du tout Tem ! s'empressa de répondre le brun.

La porte du garage s'ouvrit et Naruto entra titubant sous la charge d'un lourd escabeau. Kankuro s'avança vers le blond;

- Laisse, je le prends. Où est Gaara ?

- Il suit, il a le projecteur.

Kankuro chargea l'escabeau sur son épaule et le mena au centre du salon sans grand effort. Il avait beau être plutôt paresseux, il n'en était pas moins costaud. Naruto se retourna pour aider Gaara à transporter le projecteur, qu'ils placèrent sur l'escabeau, face au mur où trônait jadis une immense photo de famille, que Temari avait depuis retirée car elle comportait les figures désagréables de leur grand-père paternel et de leur père, et celles, plus chargées de peines, de Yashamaru et de leur mère, alors enceinte de Gaara et enlaçant tendrement Temari et Kankuro.

Matsuri était perchée sur le canapé, et tirait l'écran blanc sur lequel les Sabaku projetaient films et diapositives. Sa jupe, un peu courte, remontait en même temps qu'elle s'étirait, et n'aurait été son épais collant d'hiver, les mâles de la maisonnée auraient bénéficié d'une splendide vue…Gaara détourna les yeux, gêné, tandis que Kankuro avançait la tête dans l'espoir d'en apercevoir un peu plus, ce qui lui valut un bon coup de coude de la part de Naruto.

- Oh-hey, Kankuro, tu viens chercher des chaises ? fit le blond.

Ils sortirent tous deux, laissant Gaara seul avec la jeune fille. Matsuri fixa l'écran et sauta à bas du canapé. Etant en collant, elle glissa sur le parquet et tomba assise sur le canapé.

- Oww ! s'écria t-elle.

Gaara la considéra en silence, surpris de sentir quelque chose remonter irrésistiblement le long de sa poitrine et de sa gorge; il couvrit brusquement sa bouche pour étouffer un pouffement.

- Gaara-sensei ! Vous n'êtes pas gentil de vous moquer de moi ! protesta Matsuri.

Elle ne devait pas se rendre compte d'une chose; c'était que Gaara ne riait que très rarement, et déconcerté par cet imprévu, il fuit dans la cuisine, la laissant remettre ses bottines.

Dans la cuisine, Chouji aidait Temari à cuire les pizzas qu'ils avaient mis toute la matinée à confectionner. Shikamaru rassemblait les assiettes et les couverts.

- Eh, Gaara tu tombes à pic, je dois mettre la table et c'est galère. Tu m'aides ?

Gaara hocha la tête, et prit une pile d'assiettes. Ils retournèrent dans le salon et les déposèrent sur la grande table dressée auparavant par Kankuro et Shikamaru. Matsuri venait d'y mettre la nappe préférée de Gaara; d'une couleur de sable rougeoyant, elle était couverte d'étranges motifs. Kankuro et Naruto avaient à peine achevé de disposer les chaises qu'un horrible crissement de pneus retentit.

- Ça, c'est Ino, fit Shikamaru.

Naruto se rua au-dehors.

- Bonjour tout le monde ! Grouillez-vous, j'ai faim !

Sakura lui sauta au cou. Neji tirait sa cousine apeurée de la petite voiture blanche en interdisant Ino de conduire de la sorte en ayant Hinata comme passagère, et Tenten cachait sa veste sous le siège du conducteur. Tout ce beau monde se hâta d'entrer dans la maison des Sabaku et de se mettre à table. Il va sans dire que certains parlèrent peu, trop occupés à engloutir le contenu de leur assiette. Il était même plutôt surprenant que Chouji se soit contenu toute une matinée !

Enfin, tandis que les filles aidaient Temari à débarrasser la table, les hommes allèrent se vautrer dans le canapé et les deux fauteuils. Shikamaru semblait prêt à entamer une bonne sieste, Gaara, seul debout, vérifiait le projecteur, tandis que Naruto, Kankuro et Chouji discutaient joyeusement. Neji s'était assis entre Shikamaru et Naruto, et, la tête appuyée contre le dossier, fermait les yeux pour un instant de calme.

- hep, Neji ! appela Naruto, t'as des nouvelles de Gros sourcils ?

- hn, il fait du surf avec Gai-sensei.

- Ouah ! Ça doit coûter bonbon !

- C'est leur travail, Naruto, lui fit remarquer Neji en ouvrant les yeux.

La gente féminine rentra et protesta :

- Et nous, où est-ce qu'on s'assoit ?

- Z'avez des poufs, là, fit Kankuro. Mais vous pouvez vous asseoir sur mes genoux si vous voulez, ajouta t-il avec un clin d'œil.

- Quelle bonne idée, Kanku-kun ! s'écria Temari en se laissant tomber sur Shikamaru.

- pff, t'es lourde, fille galère, soupira celui-ci.

Elle cala sa tête contre son épaule et il l'enlaça doucement.

- Hinata-sama, je vous laisse ma place, je vais prendre une chaise, dit alors Neji en se levant.

Hinata balbutia quelque chose d'incompréhensible en rougissant, car Naruto était affalé près d'elle. Matsuri et Ino bondirent dans les deux poufs et Sakura se trouva seule debout avec Tenten. Neji leur tendit une chaise;

- Tenez, ne restez pas plantées là !

Il s'assit tranquillement à côté de Sakura. Tenten hésita un instant, regarda successivement les chaises autour de la table et Neji, avant de se décider brusquement.

- Vu le manque de place, je m'assoies sur tes genoux, Neji, dit-elle sans lui laisser le temps de répondre.

Il ne put protester, car Gaara éteignit la lumière et lança la première diapositive. S'afficha alors sur le mur le quai et le bateau du départ. Réduits à la taille de legos, Sakura, Temari et Shikamaru leur adressaient de grands signes. La camionnette des Sabaku était garée derrière eux.

- Yeah, le départ ! Eh, Sakura-chan, t'avais encore les cheveux longs !

- T'étais vraiment gnangnan comme ça, Gros front, ricana Ino.

Gaara anticipa la réaction de Sakura en passant à la seconde diapositive, et le bruit du mécanisme couvrit la réponse de la rosette.

- Ah ça c'est l'océan ! s'écria Naruto.

- Ouah…franchement Naruto, on n'aurait vraiment pas deviné ! répliqua Kankuro, sarcastique.

- Qu'est-ce que c'est, cette masse sombre, là ? Une baleine ?

- Tout à fait, Temari, répondit Gaara.

Chouji se lécha les babines, aussi le rouquin passa t-il rapidement à la diapo suivante. Elle représentait le port d'arrivée, et Naruto en train de fixer deux énormes sacs sur sa moto.

Gaara enchaîna rapidement les diapos suivantes, qui représentaient la ville.

- Eeeehhhh, Gaara t'as passé le magasin de ramens qu'y avait ! protesta Naruto.

Gaara l'ignora et ne ralentit la cadence qu'arrivé à l'entrée d'un canyon d'une remarquable beauté. Le soleil couchant donnait à la roche un éclat rose qui enchanta Sakura, Ino, Hinata et Matsuri.

- Oh c'est vraiment beau ! Il faut que j'aille là-bas pour ma lune de miel ! s'écria Ino.

Les diapos qui suivirent rivalisaient toutes de beauté. Le canyon n'avait pas usurpé sa réputation. Cependant les deux voyageurs y étaient arrivés au soir, et avaient dû y passer la nuit; une diapo de Naruto en train de lutter contre le vent pour planter sa tente fit beaucoup rire les spectateurs.

- Gaara ! Je t'avais dis de pas mettre celle-là ! hurla Naruto au désespoir lorsque Gaara passa à la diapo suivante.

Elle montrait Naruto en train de courir après sa tente envolée.

- Et voici comment Naruto et moi fûmes condamnés à partager la même tente jusqu'à la fin du voyage, dit Gaara d'une voix d'outre-tombe.

Il y eut un éclat de rire général, même Neji esquissa un sourire. Tenten s'agitait tellement qu'il entoura sa taille de ses bras, geste qui fit rougir la jeune fille. A côté de Naruto, Hinata se faisait toute petite et pouffait dans ses mains. Le blond se pencha vers elle;

- Aaaah, Hinata-chan, toi aussi tu te moques de moi ? se plaignit-il en faisant une mine de chien battu.

- Ecarte-toi de Hinata-sama, Naruto, prévint aussitôt Neji, et il lâcha Tenten au grand dépit de celle-ci.

- Et voici le désert que nous avons traversé à pied parce que Naruto n'avait plus d'essence et avait tenté de siphonner une partie de la mienne, dit Gaara.

- Gaara ! protesta encore Naruto.

Mais c'était peine perdue, toutes ses bourdes s'enchaînaient les unes après les autres, lui attirant d'impitoyables moqueries, jusqu'à ce que Gaara tombe sur une diapo que Naruto avait prit soin de remettre dans le tas trié, d'où le rouquin l'avait soigneusement exclue. La photo eut à peine le temps de s'afficher que Gaara dans un réflexe foudroyant passa à la suivante; mais Temari et Kankuro avaient bondi et Naruto s'époumonait;

- Na, na, Gaara, à ton tour !

- Gaara, remets cette diapo ! hurlait Temari

Kankuro tentait d'arracher la télécommande des mains de son jeune frère, Sakura en profita pour prendre sa place sur le canapé, et s'afficha à nouveau sur l'écran la pièce à conviction; devant une pauvre maison en terre cuite, Gaara réparait sa moto; il avait plein de cambouis sur les mains, mais ce n'était pas là le pire : il était tout bonnement torse nu, et une jolie jeune fille brune et bronzée lui tendait des outils, un grand sourire sur ses lèvres pulpeuses.

- Hahahaaaaaaa ! beugla Kankuro en se pliant en deux, mon 'tit frère avec une nana, et en caleçon encore !

- Vraiment, mon Gaaraninouchet, fit Temari en ricanant, tu devrais plus souvent te balader comme ça, tu serais moins fromage blanc à la longue !

Rouge pivoine, Gaara arracha la télécommande à Kankuro, et, fusillant Naruto du regard, passa à la diapo suivante.


L'après-midi se passa ainsi agréablement. A dix-sept heures ils se gavèrent de cookies, et à vingt-deux heures passées il fallut se décider à se séparer.

Matsuri fut la première à devoir partir, car elle n'était pas encore majeure. Elle salua tout le monde, fit la bise à Temari et Kankuro, et hésita un instant devant Gaara avant de simplement s'incliner etde lui adresser un « au revoir, Gaara-sensei ! » bien sonnant. Ino partit ensuite avec Tenten, Neji et Hinata. Sakura, qui voulait parler à Gaara, rentrerait chez elle avec Naruto, Chouji et Shikamaru. En effet, Shikamaru avait promis à sa mère de passer la voir, aussi pouvait-il les emmener, elle, Naruto et Chouji.

Ino commença par ramener Tenten à Oto. Les rues d'Oto étaient sales et délabrées, il n'y avait pas une seule décoration de Noël, ce qui rendait l'ambiance sinistre. Tenten frissonna malgré elle et se blottit contre Neji. Celui-ci baissa des yeux surpris sur elle, et, voyant sa tristesse, l'entoura affectueusement d'un bras.

- Ma pompoko ne va pas bien ? lui souffla t-il tout bas.

- La pompoko est fatiguée, et n'a pas envie de rentrer chez elle, répondit-elle sur le même ton.

Elle glissa sa tête dans le creux de l'épaule de Neji et ferma les yeux. Comme Ino conduisait plus sagement qu'à l'allée, Tenten ne tarda pas à s'endormir, bercée par le doux tangage de la voiture et le ronronnement du moteur. Ino freina devant l'appartement de Tenten et se rangea sur le trottoir.

- Voila ! T'es arrivée Tenten ! Eh, elle dort ? C'est mignon ! s'écria Ino en jetant un coup d'œil à l'arrière.

A son côté, Hinata dormait également. Neji sourit et, sans réveiller son amie, ouvrit la portière et souleva la jeune fille. Dans son sommeil, Tenten s'agrippa à son kimono en murmurant quelque chose d'incompréhensible. Neji la porta chez elle, gravit l'escalier en pestant contre la fatalité qui faisait que, une fois de plus, le satané panneau 'en réparation' était collé sur l'ascenseur. Arrivé au premier étage, il eut la surprise de se retrouver nez à nez avec une rouquine en top et mini short respectivement rose bonbon et vert pomme, les cheveux ébouriffés comme si elle sortait du lit. Tayuya tenait un trousseau de clefs à la main, et elle se hâta d'ouvrir la porte de Tenten en baillant.

- Vous y avez mis le temps, franchement ! Je désespérais de vous voir revenir !

- Pourquoi avais-tu ses clefs ?

- J'l'avais mise à la porte pour qu'elle te courre après, minet. Ça a marché, non ?

Neji lui lança un regard froid et transporta Tenten dans sa chambre, où il la déposa sur son lit. Il resta un moment penché sur elle, une main toujours sur son épaule, à vérifier qu'elle allait bien.

- Voila, je te la laisse. Si tu pouvais la mettre en pyjama sans la réveiller ce serait parfait.

- Si tu pouvais la réveiller doucement et lui faire l'amour ça s'rait encore mieux, répondit Tayuya, moqueuse.

Neji se redressa et la toisa, écrasant la rouquine de toute sa hauteur, avant de sortir de la chambre sans un mot. Tayuya haussa les épaules et le suivit dans l'entrée.

- T'as pas de couilles, lui lança t-elle alors qu'il franchissait le palier.

Neji se retourna avec brusquerie. Ses yeux couleur de lavande s'étaient obscurcis dangereusement, ses sourcils froncés lui donnaient un air des plus durs.

- Et toi, murmura t-il, la voix grave et emplie de menaces, je t'interdis…

Tayuya frémit, se sentit flancher. Les lèvres de Neji s'étirèrent en un sourire moqueur et il acheva;

- Je t'interdis de lui prêter à nouveau des vêtements aussi ignobles !

Il laissa Tayuya plantée sur place, stupéfaite et ahurie, et descendit rejoindre Ino qui baillait à s'en décrocher la mâchoire.

- On peut y aller, Ino-chan, dit-il en fermant la portière.

Ino fit tourner la clef de contact. Heureusement, les rues de Konoha étaient bien plus joyeuses que celles d'Oto. Réveillée, Hinata poussait des exclamations d'admiration en voyant les décorations de Noël qui illuminaient le quartier. Neji s'était enfermé dans ses pensées, ressassait les paroles de la vulgaire voisine de Tenten. Secouant alors la tête, il décida de ne pas y accorder d'importance.


Ino s'arrêta devant le portail des Hyuuga, et les deux cousins descendirent. Hinata et Ino s'embrassèrent et se souhaitèrent bonne nuit, et Neji snoba Ino. Vexée, celle-ci démarra en trombe. Elle s'engagea rapidement dans les quartiers moins riches de Konoha, passa devant chez Ichiraku et enfin se gara devant la jardinerie Yamanaka. Fermant à clef sa voiture, elle gravit les quelques marches de son perron, frissonnant de froid malgré son manteau, et ouvrit sa porte, jetant un coup d'œil distrait à sa boite aux lettres. Elle remarqua qu'une lettre l'y attendait, et par habitude ouvrit la boite pour s'en emparer.

Mlle Yamanaka Ino

Pas d'adresse, ni de timbre. On avait déposé cette lettre chez elle en passant. Ino entra, tournant et retournant l'enveloppe dans ses doigts d'un air songeur. Elle rangea ses bottes près du paillasson, pendit son manteau à la paterne, et monta directement dans sa chambre.

Elle jeta la lettre sur son lit. Tirant les volets et les rideaux, elle se déshabilla rapidement, enfila une nuisette bleu ciel, régla son réveil pour sept heures, éteignit la lumière et se laissa tomber sur son lit.

Scritch, fit la lettre. Ino sursauta, tira de sous ses fesses l'enveloppe froissée qu'elle avait carrément oubliée. La déchirant, elle tendit la main vers sa lampe de chevet pour l'allumer, puis déplia le papier d'un bleu pastel.

Une élégante écriture s'y étalait.

Je vous dois un aveu.

Venez au parc de la fac de médecine, à Oto, demain à 14 heures.

Je vous attendrai au bord de l'étang.

Vôtre,

Kaguya Kimimaro

Pendant que Temari discutait avec Shikamaru et que Kankuro et Naruto rangeaient chaises, projecteur et escabeau, Sakura vint trouver Gaara dans la cuisine. Il rangeait les assiettes sorties du lave-vaisselle.

- Qu'y a-t-il, Sakura-chan ? demanda t-il aussitôt.

Elle s'agita, mal à l'aise.

- Hum…j'ai rencontré quelqu'un et…

Il haussa un sourcil inexistant.

- C'est juste une connaissance ! protesta t-elle en rougissant. Mais il m'intrigue et je pensais que tu pouvais me renseigner.

- Qui est-ce ? répondit-il, impassible.

- Il s'appelle Sasori, Akasuna no Sasori, il habite non loin d'ici.

Gaara se retourna et posa sur elle un regard dur, assombri par ses profonds cernes noirs. Grave tout à coup, il l'invita à s'asseoir et s'installa en face d'elle, posant son menton sur ses mains jointes.

- Je t'écoute.

- C'est tout, vraiment, il n'y a pas grand-chose à dire, Gaara-san.

- Comment l'as-tu rencontré ?

- Sasori-san avait besoin d'un modèle, et c'est Hinata qui m'a filé l'annonce. On s'entend très bien, lui et moi, il est très gentil. Mais il m'intrigue, il est très secret, très éthéré…

- Et alors ? Que veux-tu savoir ?

Le ton de Gaara était presque agressif. Sakura se sentait mal à l'aise devant son regard sombre. Gaara reprit, à peine plus doucement;

- Si ce n'est qu'une connaissance, que veux-tu savoir qu'il ne t'ait dit déjà ?

Le cœur de Sakura manqua un battement. Le regard de Gaara se fit accusateur.

- Tu l'aimes.

- Quoi ? Non, pas du tout, je-

- Ce n'était pas une question, la coupa Gaara.

- Je m'intéresse juste un peu à sa personne, il est tellement étrange, il m'intrigue, c'est tout, expliqua t-elle.

Son cœur battait la chamade maintenant, et elle en venait à douter de ses propres paroles.

- Ne t'intéresse pas à lui, Sakura.

- Pourquoi ? Sasori-san est quelqu'un de très bien, vraiment, je t'assure, il a été très correct avec moi !

- Tu n'en sais rien.

- Quoi ? Qu'est-ce que je ne sais pas ? Gaara, c'est justement ce que je te demande, dis-moi !

- Si tu ne l'aime pas, alors ce que je peux te dire ne te concerne pas, rétorqua Gaara. Ne t'intéresse pas à lui, c'est tout. Tu ne peux pas savoir si Akasuna est ou non quelqu'un de bien, comme tu dis.

Gaara l'irritait. Elle sentait qu'il ne voulait que la protéger, mais il s'y prenait mal.

- Très bien, Sasori m'intéresse, lança t-elle d'un ton de défi, et elle ressentit comme un grand soulagement à prononcer ces paroles. Donne-moi une seule raison pour que je garde mes distances avec lui !

Gaara resta silencieux pendant un moment. Puis, baissant les yeux;

- Est-ce que tu sais seulement quels souvenirs tu me demandes ?

Sakura avala nerveusement. Il releva les yeux et les planta dans les siens, accusateur.

- Très bien. Alors considère juste ceci, Sakura : Akasuna no Sasori est dans l'Akatsuki.

- Deidara-san y est aussi, et il est vraiment sympa, Gaara.

- Vraiment, oui. Deidara-san est celui qui a balancé un cocktail Molotov dans le théâtre Shukaku. Et c'est resté sans suites parce que l'Akatsuki l'a couvert.

Sakura ouvrit la bouche, stupéfaite, et la referma sans un mot.

- Akasuna no Sasori a un casier judiciaire, lui aussi, reprit Gaara, il était interdit de séjour à Suna. Mais lorsque mon père est mort, il a graissé la patte au député Yuura et s'est installé avec Deidara-san dans l'avenue du Kazekage. Une sacrée ironie, quand on pense que c'est précisément lui qui a causé la mort du kazekage troisième !

- Quoi ?

- Là aussi, l'Akatsuki a tout réglé, et il parait que c'est un accident. Mais beaucoup, à Suna, pensent à un assassinat. Le kazekage troisième a été tué par une arme blanche, et qui pourrait parler d'un accident dans ces conditions ?

Sakura fut secouée d'un grand frisson. Elle revoyait, sur les murs de l'atelier, les katanas et les lames acérées que Deidara lui avait dit détester, parce qu'il coupait ses belles mains d'artistes avec. Si Deidara ne les touchait pas, alors, elle aurait dû s'en douter, c'était bien Sasori qui devait les manier…elle pensa aux deux années d'errance dont il lui avait parlé; était-ce à ce moment-là qu'il avait…? Non, il ne pouvait être un criminel, elle revoyait son visage, ses yeux noisette aux longs cils, son sourire paisible et compréhensif, et elle ne pouvait y croire. Elle secoua la tête;

- C'était certainement un accident, Sasori-san n'est pas un assassin, Gaara. J'en suis certaine, il parait bien trop…fragile…

- L'un n'empêche pas l'autre, remarqua Gaara en posant doucement la main sur son bras.

Sakura se rendit alors compte qu'elle tremblait. Elle secoua la tête, les larmes n'étaient pas loin.

- Il est trop délicat pour…

- Akasuna no Sasori a des problèmes de santé, lui répondit Gaara.

Elle releva vivement les yeux, lui jetant un regard horrifié;

- Qu'est-ce qu'il a ?

- Je ne sais pas. Je le sais parce qu'il était souvent à l'hôpital lorsque…lorsque je devais y aller.

- Il y était en tant que patient ? demanda t-elle, incrédule.

- Oui, en tant que patient, répéta Gaara, sans s'étonner de sa question.

Elle eut soudain en mémoire le teint cireux de Sasori, en ce jour de tempête où il l'avait laissée dormir. Ce jour-là, il s'était bel et bien senti mal.

- Te voilà songeuse. Ne le prend pas en pitié, Sakura, et pense plutôt à t'éloigner de lui. Crois-moi, cela vaudrait bien mieux.

Elle fronça les sourcils.

- Et c'est toi qui dit ça, après tout ce que tu nous dois !

- Il y a grande différence entre Akasuna no Sasori et moi, Sakura-chan, même si tu nous trouves de destins similaires. C'est que j'étais…plutôt…instable, alors que Akasuna a toujours été parfaitement lucide et remarquablement intelligent. Je ne voudrais pas que tu l'apprennes à tes dépends, alors je t'en prie, Sakura, éloigne-toi de lui.

Elle baissa la tête, avala sa salive. Elle avait l'impression d'avoir perdu quelque chose de cher, et il lui était difficile d'accepter ce qu'il lui disait. La porte s'ouvrit alors, et Temari appela joyeusement;

- Sakura ! Shika et Naruto t'attendent dans le garage !

Elle se leva brusquement, empoigna son sac à main;

- Oui, j'arrive tout de suite. Merci Gaara, à une prochaine !

Elle allait franchir la porte lorsque Gaara, s'étant levé à la hâte, la saisit par le poignet;

- Jure-le moi, siffla t-il.

Temari les regarda avec surprise. Sakura se tortilla, torturée.

- Sakura ! s'écria Gaara en la secouant.

- Je te le jure, j'essaierai, j'essaierai ! cria t-elle.

Il la lâcha, et elle s'enfuit.

Silencieux fut le trajet du retour. Shikamaru se concentrait sur sa route, Chouji ronflait et Naruto se heurtait à un mur. Malgré son inquiétude et ses paroles pressantes, Sakura ne lui dit rien. Elle rassemblait ce qui lui restait comme force pour se décider à donner sa démission aux deux artistes.

à suivre...