Aimes-tu le hockey autant que moi ?
Chapitre 7 : Pour quelqu'un de spécial
Oh my ! Je suis dans la merde. Je n'ai toujours pas trouvé le cadeau pour Hermione et son anniversaire est mardi. Fais chier ! Si au moins on avait un entraînement qui permettrait de repousser jusqu'à samedi ou vendredi. J'ai bien essayé le coup de la liste, mais je n'ai pu écrire que dix fois livre pour le raturer dix fois. Si au moins cette fille avait besoin de quelque chose. Là où j'en suis, je vais finir par lui donner les sels de bain de ma mère aromatisés à la lavande.
—Harry ! Descends !
Je mets le PC de mon père en état de veille et prends l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée où ma mère m'attend. Elle est mon père s'en vont chez Remus et Tonks, pour parler du mariage, j'étais invité, mais ma pénitence s'étends jusqu'aux réunions "familiales".
—On y va, elle m'avertit.
—O.K., à tout à l'heure, donc.
—Ne faîtes pas de bêtises, elle m'ordonne en brandissant son doigt menaçant– l'index, je ne vous fais pas de dessin. Travaillez sérieusement. Tu es supposé être cloîtré au pain sec et à l'eau.
—Mais oui, M'man.
Comme si j'allais me mettre à faire les quatre cent coups avec Malefoy, moi, de toute façon. Rien que l'idée de m'amuser avec lui semble stupide et utopique.
Mon père, dans la voiture, klaxonne deux fois pour signifier à ma mère qu'il l'attend – deux fois, c'est relativement peu à comparer à d'habitude, quand on l'attend. Elle dépose ses lèvres sur ma tempe en s'excusant, j'ai réussi à la faire culpabiliser de me priver d'entraînement, mais pas assez pour qu'elle revienne sur sa décision.
Finalement, elle s'en va, me laissant seul face à moi-même et je vais dans la cuisine, voir qu'elle heure affiche la minuterie du four. Malefoy devrait arriver d'une minute à l'autre. Il est deux heures moins quart, mes parents allaient rendre visite à Remus et Tonks à deux heures. Ils espéraient voir Malefoy arriver – surtout ma mère après la description très avantageuse que mon père à faite de lui, elle ne l'ayant qu'aperçu au Charleston Home&Garden – et pour une fois j'étais bien content qu'il veuille faire une «arrivé tardive tendance ». Quels faux «branchés», mes parents, quand même !
La sonnette retentit et je me dépêche d'aller ouvrir. Je peux le voir, de l'autre côté de la porte, en train de scanner les alentours. C'est tellement propre à lui, cette façon de prendre connaissance de tout ce qui l'entoure, pour s'en désintéresser presque immédiatement. Je lui ouvre enfin et tout ce qu'il trouve à faire s'est m'adresser une grimace ironique.
—Je crois avoir croisé tes parents en chemin, m'informe-t-il d'une voix traînarde.
—Ah ouais ?
—Oui, ton père m'a fait de grands signes, en me klaxonnant.
—Possible, c'est tout à fait son genre, je rigole, gêné.
Il ricane et descend la fermeture éclaire de sa veste noire en coton, qu'il me tend comme si j'étais un portier ou un domestique. Je la prends et, ne sachant pas quoi en faire, l'accroche négligemment à la poignée de la penderie. Il me regarde faire et un petit sourire moqueur s'immisce sur ses lèvres. Qu'il aille se faire foutre ! Combien on parie qu'il n'en a jamais fait autant de sa vie, chez lui ?
—Jolie maison.
—…Hein ?
Pris de court, je n'arrive qu'à le dévisager.
—J'ai dit : Jolie maison. La plus belle du voisinage, à ce que j'ai pu voir.
—Vraiment ?
—Oui.
—Oh !
Je reste planté en face de lui sans amorcer le moindre geste, toujours aussi sur le cul après cet espèce de…compliment ?
—Merci, je m'exclame à toute vitesse, le faisant sourire encore. C'est loin d'être chez toi…mais… Tu comprends !
—Je comprends. On s'y met ?
Je hoche la tête avec frénésie. Tout plutôt que de continuer à faire la carpe devant lui. Je lui propose à boire et à manger, mais il ne veut rien, alors je l'entraîne dans le bureau de mon père et l'installe sur la table de travail en face de moi.
Il ouvre son sac et en sort plusieurs exemplaires des livres dans lesquels il a annoté des pages et fait des recherches. Il doit y avoir une soixantaine de post-it fluorescents de collés aux feuilles qui sont numérotés et classés par couleurs. S'il n'est pas maniaque !
—Où est ta partie ? il me demande, voyant que je ne me bouge pas.
—Euh… Ma partie ?
—Oui, ta part de travail. Ce que tu as fait pendant la semaine pour le projet ! Potter, ne me dit pas que tu n'as rien fait !
—Je n'ai pas vraiment eu le temps, je me défends pitoyablement. Puis tu ne me l'avais pas dit…
—Bon sang ! A quoi tu t'attendais ? Tu n'as pas dix ans, merde, je ne devrais pas avoir à te dire qu'il faut que tu fasses une part du travail qu'on fait en équipe, non ? Qu'est-ce que tu fous avec Granger d'habitude, bordel ? Vous vous bécotez ?
—Hé ! C'est de la copine de Ron que tu parles, là, Malefoy !
Il expire bruyamment en se pinçant les sinus pour ne pas exploser et se laisse tomber dans sa chaise. J'en fais de même de l'autre côté de la table de travail et essaye à grande peine de ne pas me laisser gagner par mon air coupable, bien que ce soit très dur. J'aurais pris la peine de chercher un peu, avoir su, mais je ne me doutais vraiment pas qu'il aurait bossé pour ce projet. Hermione ne fait pas tout le travail, d'habitude, mais elle passe son temps à m'aiguiller et à me diriger dans mes recherches. Ce que Malefoy ne fait pas et ne ferra sans doute jamais.
Quand je relève la tête vers lui, il est en train d'écrire je ne sais trop quoi sur son pad et de coller des post-it au hasard. Au bout d'un moment, il me jette un regard polaire et se remet à écrire. J'essaie d'avoir l'air le plus occupé possible et surfe sur le web à la recherche de lampes au néon ou d'images quelconques qui pourraient être utiles.
—Tu es bon en rédaction, Potter ?
Je sursaute comme il m'adresse la parole et sans vraiment réfléchir, j'opine du chef.
—Tu serais capable de faire la disserte, alors.
Je fronce les sourcils, hausse les épaules et fait encore oui de la tête. Il sourit sournoisement et c'est là que la lumière d'alarme rouge s'allume dans ma tête.
—Mais…
—Les post-its roses sons pour l'intro, les jaunes pour le développement explicatif – tu peux le faire en plusieurs étapes – et les verts pour la conclusion. Tu peux peaufiner un texte avec ça. Des questions ?
—Je suis daltonien, je grince.
Il me regarde avec exaspération et je soupire en retournant les livres vers moi. Je n'ai pas encore commencé et je sais que je vais passer l'après-midi là-dessus – et je n'aurai sûrement pas terminé, en plus.
—Cite bien tes sources, ajoute Malefoy. Il ne me manquerait plus qu'un zéro pour plagiat.
—Je sais, je le coupe avec mordant. Mais toi, qu'est-ce que tu vas faire ?
—Oh mais ne t'inquiète pas pour moi, je vais bien trouver de quoi m'occuper.
Sur ce, il fait rouler sa chaise sur le côté – parce que oui, elle a des roulettes – et glisse jusqu'à la fenêtre d'où il regarde les piétons prendre l'air, promener leur chien ou gambader joyeusement.
De temps en temps, sa chaise roule, parce qu'il se replace pour être plus confortable et je le regarde quelques secondes avant de me remettre à la retranscription. Et quand ça fait trop longtemps que je n'ai rien entendu dans sa direction, je regarde juste pour le plaisir des yeux – et aussi pour être sur qu'il ne s'est pas étranglé avec les rideaux étant donné qu'il les tripote depuis une demi-heure. C'est ainsi que je le surprends, endormi en train de prendre un bain de soleil.
Il fait tellement chier, alors que je suis forcé de me taper tout le sale boulot ! Et c'est là que je me dis qu'il est peut-être crevé parce qu'il n'a pas dormi pour lire tous ces bouquins…et je me replonge dans mon dur labeur.
C'est pas moi qui vais prendre physique-chimie l'an prochain.
O
On sonne à la porte. Je regarde Malefoy qui dort encore et me demande, l'espace d'un instant si je n'ai pas eu une illusion auditive. Peut-être que je me suis flinguer le cerveau à force de trop travailler. Il y a plein de chercheurs qui sont devenus fous à force de toujours penser en scientifiques.
Ah non ! Je ne suis pas fou. J'entends encore la sonnette.
Je me lève en faisant le moins de bruits possible et descends, sur la pointe des pieds, l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée. J'ai la surprise de voir Olivier dans le cadre qui me fait un large sourire, les mains profondément enfoncées dans ses poches de jeans. J'ai un léger ralentissement en le voyant, mais fini par lui ouvrir la porte.
—Olivier ?
—Lui-même. Ça va bien ?
—Oui, oui. Qu'est-ce que tu fais ici ?
—Eh bien, il y a un moment que je ne t'ai pas vu.
L'éclat de son sourire à ce moment-là me fait fondre le cœur, mais je ne sais que trop bien qu'il ne pense pas ce qu'il dit.
Je ne sais pas trop quand cette espèce de pessimisme envers lui m'est venu, mais maintenant que j'y pense, chaque fois qu'il me sourit ou m'envoie de belles paroles, j'ai du mal à le croire sincère. L'année dernière, il m'aurait simplement regardé que j'aurais pu m'imaginer une relation secrète et tumultueuse entre nous alors que maintenant qu'il pose les gestes qu'il faut au moment où il faut, ça sonne creux.
Enfin ! J'ai beau avoir retrouvé raison en face de lui, ça ne l'empêche pas de me faire de l'effet. Loin de là.
—Je suis venu chercher ma veste en cuir, il confesse, penaud, après avoir gaspillé plusieurs excuses bidons.
—Ah ! Oui ! Il suffisait de le dire, je m'exclame. Entre, mais attends là, une minute.
Je remonte les escaliers en courant.
—Tes parents sont encore partis ? il crie, d'en-bas.
—Oui !
—Et la voiture dans l'allée ?
—La… ?
Je ne vois pas trop de quoi il parle, puis je me souviens de Drago. Il a du venir avec sa voiture.
—C'est à un…ami, je me récrie en empoignant sa veste, toujours sur ma chaise.
Je sors de ma chambre et tombe face à face avec Malefoy qui semble s'être réveillé durant mon absence. Il me regarde, un peu déconcerté. Je passe devant lui et redescends les marches.
—C'est qui ? il me souffle.
—Olivier Dubois.
—Quoi ? demande Olivier.
—Non rien. Tiens.
Je lui donne son blouson de cuir et il sourit.
—Tu te joins à moi pour une balade ?
—Je suis avec quelqu'un, je dis avec un sourire contrit.
—Et alors ?
Son petit air arrogant et hautain me tire une grimace et, pour tout dire, m'énerve un peu.
—J'ai du boulot. Une autre fois, peut-être.
—Oh allez ! Harry ! Une heure ou deux.
—Non.
Il grogne et s'en va, l'air mécontent. Il a l'air d'un gosse pourri gâté à qui l'on vient de dire non pour la première fois. C'est pour un morveux pareil que je bande depuis un an, merde ? On est loin du temps où je me serais arraché les vêtements que j'avais sur le dos en lui gueulant «Prends-moi ! Prends-moi ! ».
Il remonte dans sa Sunfire dont il n'avait même pas pris la peine de couper le contact et s'en va en grande trombe. Je ferme la porte et remonte à l'étage.
O
—J'ai soif.
Je lève les yeux sans bouger d'un poil et observe Malefoy par-dessus mes lunettes.
—La cuisine est au rez-de-chaussée, je lui indique en relisant la phrase pour la taper. Sers-toi ce que tu veux.
Je copie deux paragraphes, puis, ne le voyant toujours pas bouger, lâche l'affaire pour planter mon regard dans le sien.
—Qu'est-ce qu'il y a, maintenant, Malefoy ?
—Je ne vais pas y aller, il fait froidement.
—Oui bien tu sècheras, alors ! Je ne suis pas ton serviteur, non plus !
Fâché, je baisse la tête, mais avec toute la bonne volonté, je n'arrive pas à lire un mot. Je soupire.
—T'es trop stupide, marmonne Malefoy.
—Va te faire foutre !
Il y a un instant de silence. Il soupire.
—Je suis mal à l'alaise de me promener chez quelqu'un que je ne connais pas, aucun rapport avec ta servilité.
Il rougit furieusement. C'est vrai que dans cette optique, il n'y a vraiment aucun rapport.
—Il ne faut pas être gêné, je fais doucement, presque caressant. Je te dis que tu peux te servir.
—Je n'ai pas envie, il fait un zeste plus fort. Je n'aime pas ça.
Avant qu'il n'y ait vraiment une trop mauvaise ambiance, je me décide à aller lui chercher quelque chose qu'il puisse se mettre dans la bouche, s'enfoncer dans la gorge et en crever d'asphyxie. Si au moins il pouvait ne pas tout prendre pour acquis et se montrer poli.
—Merci, il marmonne quand je passe à côté de lui.
Je bégaie un «de rien » enroué.
C'est con, mais ça m'enrage. Chaque fois que j'ai quelque chose à lui reprocher, il s'empresse de foutre en l'air mon opinion et se montre tout ce qu'il y a de plus humain, courtois, civilisé,…. Non mais, il a quand même complimenté l'architecture de ma maison, je vous rappelle. Je n'en reviens pas ! J'ai vraiment été un sal couillon quand je me suis pointé chez lui. En même temps vu le père qu'il a, il a été élevé dans un univers complètement différent. Un monde de séduction et de faux-semblants. Peut-être qu'il se fout éperdument de moi et qu'il fait ça plus par conditionnement.
Comme je ne sais pas trop ce qu'il boit et qu'il faudra me droguer pour que je serve un jour le thé à un mec de mon âge, je lui prends une canette de limonade rose. C'est loin d'avoir la classe du service auquel j'ai eu droit, mais la canette est assez grosse pour qu'elle reste coincée dans sa gorge. Au cas ou…
Quand je reviens dans le bureau, je le surprends en train d'éplucher un bloc-notes. Mon bloc-notes !
—Hé ! Qu'est-ce que tu fais ?
Il sursaute et lâche le pad aussitôt.
—Je pensais que c'était pour notre devoir.
—Tu fouinais ?
Il se renfrogne et grogne alors que je laisse fleurir un sourire. Bien entendu, le verbe "fouiner" n'est pas employé au hasard dans le cas présent.
—Gros indiscret prit en flagrant délit ! Ce n'est pas beau, Malefoy, la curiosité !
—C'est bon, arrête. On a compris.
Goguenard, je lui tends sa boisson. Il tire la languette et s'empresse d'en prendre une gorgée en détournant les yeux. Il se lève et fait le tour du bureau pour retourner à sa place, j'en fais autant. Je me marre intérieurement en recommençant mon travail.
—C'est une liste de quoi ?
Je lève un sourcil en circonflexe. Il pointe le bloc qu'il lisait. C'est les cadeaux d'Hermione.
—Des cadeaux d'anniversaire.
—Pour l'intello ?
—Hermione, je corrige, même si je sais qu'il va l'appeler l'intello encore longtemps.
—Et tu n'as rien trouvé de mieux pour ta meilleure amie ?
Je lève une main du clavier et lui adresse le doigt du milieu comme seule et unique réponse. Qu'il est chiant, ce petit con !
Il prend une autre gorgée de limonade et se rapproche du bureau, à califourchon sur sa chaise.
—Elle va avoir quel âge ?
—C'est vraiment le meilleur moment, tu penses, pour en parler ? je cingle en lui pointant les cinq bouquins qu'il y a d'ouverts devant moi.
—Ne prends pas ce ton là, il éructe. C'est que je suis un peu en train de me faire chier depuis pas loin de deux heures.
—Tu as dormi pas loin d'une heure sur les deux, je dis avec mimétisme, alors tu peux bien attendre encore et la fermer.
—Excuse-moi, mais ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire, non plus !
—Alors rendors-toi, au moins là tu ne faisais pas chier étant donné que tu fermais ta gueule !
Il me fait un sourire suffisant.
—Quoi ? je demande avec agressivité.
—Tu es trop occupé pour avoir une conversation un semblant civilisé avec moi, mais dès qu'il faut me dire que je suis un connard et que je ferais mieux de me fermer la gueule, là tu peux bien prendre un petit dix minutes.
—T'es en train de faire une petite crise, là ?
—Ferme donc ta gueule quand j'ai raison, il vocifère.
Je lui fais un regard insolent et me replonge dans mes bouquins, signe que la conversation est close. Je le vois croiser bras et jambes, puis prendre une énième gorgée de limonade rose.
—Dix-sept ans, mardi.
Malefoy se tourne vers moi, surpris, je rigole. Je le sens me regarder un moment puis :
—Ne lui achète pas de livres, il lâche d'un ton égal. Offre-lui un cadeau plus «mature » qui ferait un peu plus adulte.
—Tu ne connais même pas Hermione.
—Non, mais je connais les filles en général.
Il me fait un sourire de séducteur et mon ventre émet un drôle de gargouillis. Toutes les filles lui courent après depuis…Bah ! Au moins la nuit des temps. Il avait déjà onze promesses de mariage à la pré-maternelle alors qu'il n'y avait que dix filles dans le groupe – la dame qui nous surveillait était la onzième, mais avec le recul, je pense qu'elle n'était pas sérieuse.
En fait, Malefoy a souvent juste à se pointer avec son regard suffisant et son petit air «je me fous de vous toutes » et elles deviennent raides dingues de lui. En plus, c'est qu'il est un morceau de premier choix. Il n'a pas seulement du charme, comme celui que l'on accorde aux personnes pas vraiment attirantes mais pour qui on a un petit pincement, il est vraiment à tomber. Je ne veux pas faire ma grosse tapette, mais les types comme lui on les mangerait.
Et il connaît les filles. Quelle poisse !
—A cet âge-là, quelles que soient leurs passions, elles préfèreront toujours quelque chose de plus féminin et de plus mûrs. Il faut que sa sonne presque majeur.
—Ouais, mais elle a dix-sept ans, elle n'est pas majeure.
—D'où le presque, tocard !
—Hé !
Non, mais qui emploie encore «tocard » comme insulte ?
Malefoy commence à énumérer des exemples de trucs qui seraient supposé plaire à Hermione. Tout coûte un bras, une jambe et une grand-mère. Rien que je n'ai à donner, malheureusement.
—Hermione n'est pas comme ça, Malefoy, je l'interromps après le mot «croisière ». Les cadeaux chers, elle, ça ne l'intéresse pas.
—Ça n'a pas à être très cher. En cherchant sur Internet, tu peux trouver des cures à prix modique, surtout en cette saison. Si tu peux embarquer la belette aussi, ce serait romantique et raffiné. N'importe quelle fille serait contente.
—Une cure ? Pour Hermione ? C'est de l'intello dont on parle là, tu sais ?
—Bon ! Laisse tomber, t'es vraiment trop bouché. Recommence à travailler, à la place.
Je le regarde abasourdi et il me pointe ses grosses encyclopédies, l'air très, très agacé. Il est insulté à un rien, ce pauvre enfant.
O
Je n'ai pas vu le temps passer. Parfois, la tension palpable semblait faire rallonger les minutes en heure et la présence de Malefoy était dérangeante. D'autre fois, étrangement, notre conversation était plutôt agréable.
Enfin, il est l'heure, Malefoy est prêt à mettre les voiles. Il a accepté de me laisser ses livres de sciences pour que je finisse le texte et je dois lui en apporter une copie samedi prochain, chez lui, pour notre dernier rendez-vous avant la date de remise.
Dans l'entrée, il remet ses chaussures, je n'avais même pas remarqué qu'il les avait enlevées, et je lui tends sa veste.
—N'oublie pas la semaine prochaine, il me rappelle pour la troisième fois.
—Non, Malefoy.
—Et sois sage, ne t'arrange pas pour te faire encore punir ou je te fais passer une ampoule au néon à travers tout le système digestif.
Je grimace vertement en faisant un oui de la tête.
On sort, en même temps, mon père arrive et gare son 4X4 juste derrière la voiture de Drago l'empêchant de sortir de l'allée. Il me regarde en levant un sourcil, il doit déjà commencer à penser que mon père est fêlé, ça n'aura pas pris de temps, dans son cas. Mon père ouvre grand le coffre et prends plusieurs sacs d'épicerie.
—Salut, les gars !
—Bonjours, répond Malefoy.
Je m'abstiens en préférant le dévisager.
—Ta mère est restée avec Tonks alors moi et 'Mus, on a décidé de se faire un petit pique-nique dans le salon.
Remus apparaît alors, les bras charger également de sac en plastique blanc prêts à se fendre en deux. Il s'empourpre en voyant Malefoy. Il m'a déjà confié détester croiser des élèves en dehors du cadre scolaire. Il a toujours peur de faire mauvaise impression ou d'être pris en train de faire des choses peu communes – surtout quand il est avec mon père et Sirius.
—Bonjour professeur Lupin, fait Malefoy poliment.
—Bonjour, Drago.
Remus entre, enlève ses souliers et va porter ses sacs sur l'îlot, rapidement. Aussi bien dire qu'il est parti se cacher.
—P'pa ! je m'égosille. Malefoy s'en va.
—Ah ? Tu ne restes pas manger, Drago ?
Moi et Malefoy avons un hoquet en l'entendant l'appeler par son prénom —non mais il a pas élevé les cochons avec que je sache. D'ailleurs, je ne savais même pas qu'il connaissait son prénom.
—Non, il rétorque.
—Tes parents ne viennent pas te chercher ? Tu veux que je te raccompagne ?
—Non, j'ai ma voiture.
—Ah oui ! C'est vrai. Belle voiture. Quelle année ?
—Euh…
Je dévisage mon père qui semble tout à fait ravi de voir Malefoy. Il a ressortit un de ses vieux joints et l'a fumé discrètement avec Remus en venant ou quoi ?
Malefoy commence à donner quelques détails sur son auto, mais avoue bien vite ne pas y connaître grand chose. Mon père appelle Remus à grand cri pour qu'il vienne voir «le bel engin qu'il a eu dans son allée toute la journée », mais Rem' n'est pas très chaud – je suis sûr que c'est parce que Malefoy est là – et il se fout carrément des voitures en général…comme mon père, à vrai dire.
—Allez, 'Mus ! Ne fais pas ton timide. T'es plus son prof, maintenant, de toute façon ! Tout le monde s'en fou, hein, Drago ?
—Euh…Oui. Bien sûr. Enfin !… Je ne me fous pas du professeur Lupin…Je veux dire !
—Appelle-le Remus, ça va lui faire plaisir.
—Papa, je fais en le tirant vers moi. T'as fumé ou quoi ?
Il ouvre grand les yeux et la bouche en me repoussant, outré.
—N'écoute pas ce qu'il dit, Drago, il est juste très coincé !
Malefoy pouffe et moi je suis tout bonnement scandalisé. Mon père est vraiment un trou de cul ! Je les lâche puisqu'ils semblent tellement s'apprécier. Je rentre et claque la porte derrière moi pour rejoindre Rem' qui est planqué dans la cuisine.
—Malefoy va t'appeler Remus, maintenant et si tu ne l'en empêche pas, je renifle, dédaigneux, il va sûrement passer 'Mus !
—Merde ! marmonne Remus. Il mérite l'ablation des couilles à froid.
Je souris et Rem' m'attrape par le collet pour me faire un câlin et me dire bonjour en bonne et due forme. Nous commençons à défaire les paquets et à ranger ce que nous n'utiliserons pas. Nous avons presque terminé quand mon père nous rejoint enfin – il arrive toujours quand le boulot est fini, exploiteur.
—On va pouvoir commencer. Je dois juste ranger ça, il fait dramatique en levant son pauvre et unique sac merdeux.
Je grince des dents et m'en vais à l'étage.
—Appelez-moi quand c'est prêt, je vais ramasser mes affaires.
J'entends mon père qui veut me retenir, mais Remus le coupe et lui ordonne de se bouger. J'adore Remus !
Je me dépêche de transférer tout le bordel qu'il y a dans le bureau de mon père dans ma chambre et retourne sur Internet. Sans le dire à Malefoy, j'avais commencé à regarder pour des centres de Beauté à Londres. C'est vrai que c'est relativement bon marché et si je prenais une formule double, le prix baisserait encore un peu. Hermione n'est pas vraiment du style à se bichonner, mais c'est vrai que c'est une bonne idée de cadeau pour ses dix-sept ans. En quatrième année, elle s'est maquillée et apprêtée pour la première fois de notre jeune vie, à l'occasion de la réception de Noël, et elle était l'une des plus belles à attendre le bal.
O
Quand ils m'appellent enfin – mon estomac étant en train de s'auto-digéré en émettant des cris de ventre mort – je suis encore en train de me taper le même sale boulot que durant tout l'après-midi.
Remus et mon père sont assis par terre dans le salon, en face de la télé. Ils ont mis un drap rouge vin sur la table basse et des napperons pour faire un peu "souper", un peu "pique-nique". Je les rejoins, empoigne la table à deux mains et la traîne plus près du sofa pour que je puisse m'avachir.
—Hé ! Mon plancher ! s'écrie mon père. Pose tes fesses par terre comme les autres, gamins ! Les tiennes sont encore bien assez fermes pour supporter ça.
Je lui jette un regard moqueur en lorgnant son vieux cul et il m'agrippe par le col pour me jeter contre le plancher. Il me plaque au sol en me maintenant sous son poids.
—Qu'est-ce qu'il veut dire, ce regard ?
—Tu le sais très bien ! Pousse tes vieilles miches, maintenant !
—Elles sont peut-être vieilles, mais elles ont plus de tenue que tu n'en auras jamais, flan mou !
Il commence à me botter le cul avec son genou et je pousse des hurlements de douleur et de rire. Je me tortille dans l'étau de ses bras, la gorge trop tendue pour rire normalement, tandis qu'il essaie encore de libérer une de ses mains pour me donner une fessée.
A côté, Remus tente de sauver les meubles et la nourriture, il repousse la table en prenant soin des verres encore pleins qui y trônent. Il a retenu son souffle les deux fois où mon pied a heurté la surface de verre qui s'est presque renversée.
—Arrêtez ! Vous allez tout briser.
Par je ne sais quelle magie, mon père m'étale au sol d'un seul bras et se met à cheval sur mes reins, sa poigne serrée retenant mes mains dans mon dos. Il rit, triomphant, en tapant la mesure sur mon postérieur. Encore hilare, j'essaie de le virer en alternant dos rond et coups de pied.
—James, descends, tu vas lui faire mal !
—Mais non, 'Mus, Harry n'est pas une femmelette. Si ?
Je sers les dents en essayant encore de le renverser et il ne s'en sent qu'encouragé. Remus soupire.
—Rends-moi mes mains, au moins, je demande à mon père, à bout de souffle.
—Compte là-dessus, fiston !
Il resserre ses doigts pour être sûr de ne pas m'échapper et je geins en dénonçant son manque de fair-play et en l'accusant de tricherie. Je lui balance un coup de hanche vengeur et, à ma grande surprise, il me lâche pour s'accrocher à mes fesses. A deux mains !
—Hé ! je m'écrie. Pervers !
—Sournois ! Tu as bien failli blesser ton pauvre père!
Je me retourne vivement et il se retrouve propulser en vrac contre le plancher. Il vient pour me sauter dessus, mais je l'en empêche avec mes mains.
—Ça suffit, maintenant, bande d'idiots ! Venez manger ! se fâche Rem'.
—Attends, je fais, presque vainqueur.
—Non ! Vous avez tous les deux de jolies…euh…fesses. D'accord ?
—Oui, mais qui à les plus "jolies"?
Oh mon Dieu ! C'est trop enfantin comme motif de bagarre ! On dirait deux gamines qui demandent à leurs parents laquelle des deux dessinent le mieux. Je lâche mon père et m'éloigne rapidement à genoux.
—C'est bon, je fais en levant les paumes en signe de trêve.
Mon père et Remus se tournent vers moi, étonnés.
—C'est toi, je lance à mon père à lui saisissant fermement une fesse.
Il glapit en sursautant.
Il continue de fêter le fait que j'ai déclaré forfait, un peu trop longuement à mon goût, alors je préfère m'en aller dans ma chambre, avec mon souper, cela va de soi. Avant de partir, je salue Remus qui me fait promettre d'aller lui rendre une petite visite bientôt, à Tonks aussi. On se voit souvent, mais c'est différent quand Sirius et mon père ne sont pas là. Plus calme en général.
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O
Aujourd'hui, Trelawney nous apprend comment masser nous-mêmes notre visage pour être plus détendu. Je ne sais pas ce qu'il y a comme rapport entre la sexologie et le massage facial ou la philosophie – le cours auquel je suis supposé assister – et la détente, mais il semblerait que ça ne dérange que moi.
Bien entendu, pour faire plus "méditation", elle à conseiller de fermer les yeux – et l'a elle-même fait – donc tout le monde se divertit à voix basse tandis qu'elle explique que le patchouli est une herbe thérapeutique – ce qui expliquerait pourquoi elle se baigne à l'huile de cette plante tous les matins. Il y a bien un ou deux élèves qui trouvent intéressant de savoir se masser le double menton. Personnellement, dès qu'elle a baissé les paupières, j'ai fermé les miennes et me suis endormi. Enfin! J'ai essayé. Si elle pouvait juste encore se fermer le clapet que je n'ai pas à supporter sa voix nasillard, ce serait le bonheur.
Je somnole quand quelqu'un tape tout à coup sur mon épaule et je redresse la tête, les cheveux étampés sur mon front. La fille à ma gauche me passe une feuille pleine de signatures.
—Qu'est-ce que c'est? je chuchote, du bout des lèvres.
—Une pétition, elle gargouille en virant au rouge tomate.
Je hoche la tête en détournant les yeux. Elle est bizarre ! Elle perd tous ses moyens à chaque fois que je lui adresse la parole. C'est dingue! Et encore, je ne suis même pas gentil avec elle – encore heureux, qu'est-ce que ça serait ? – c'est tout juste si je ne suis pas sec et laconique.
La pétition porte sur un projet de récupération des déchets dans l'école. Le programme éco-science demande des installations de recyclage dans la cafétéria, comme si les élèves ne se foutaient pas déjà assez du recyclage des feuilles de papier dans les classes. Je signe, bien entendu, pour la forme, sachant que la direction ne fera rien, et passe la feuille à mon voisin.
Il a les yeux clos et masse ses joues flasques du bout des doigts, la bouche entrouverte. Je roule des yeux et lui colle un coup dans les côtes qui le fait éclater de rire. Trelawney rouvre les yeux et regarde dans notre direction. Mon voisin me fusille du regard.
—Il y a un problème?
—Je voulais juste lui passer la pétition…
Elle s'approche, la tête penchée sur le côté, l'œil larmoyant, comme si elle me prédisait la pire journée qui soit – ce qui peut s'avérer possible vu la direction que prennent les choses. Elle prend la feuille que je tendais à l'Enfoiré et pose sa paume fripée sur ma main tandis qu'elle lit. Je me tasse dans ma chaise pour essayer d'échapper aux effluves étouffants de son parfum et en profite pour virer ma main de là avant que ça ne devienne franchement bizarre.
Tout à coup, elle plaque sa main sur son cœur, nous faisant tous sursauter et commence à renifler bruyamment. Elle me regarde par-dessus la pétition, ses larmes agrandies par ses lunettes en cul de bouteille.
—C'est si noble à toi, Harry, de prendre part à une cause environnementale. C'est si bon pour toi d'entreprendre des actions communautaires, la réalisation et l'atteinte de but sont salvatrices pour les êtres n'ayant pas d'estime d'eux-mêmes.
Ses doigts maigrelets tripotent ses colliers à grosses billes de bois, sa voix se casse, elle chuchote et, franchement, elle a l'air carrément dérangée. Cette bonne femme est une malade mentale. Ce travail doit être un cas de réinsertion sociale, je ne vois pas d'autres possibilités.
Je roule des yeux, les bras croisé sur mon torse, pendant qu'elle continue de dégueuler ses conneries. Les mêmes idiotes qui se massaient le visage tout à l'heure l'écoute attentivement en me lorgnant sans trop de discrétion. J'aime à croire qu'elle feigne pour trouver des excuses et me regarder tout à leurs aises. Ce qui est vraiment le cas de la fille à gauche, je pense. D'ailleurs, j'espère qu'elle ne me prend pas en pitié, il ne manquerait plus que ça, qu'elle me materne aussi.
Le reste du cours s'est passé encore plus lentement que le début. Trelawney a fait passer la pétition dans les rangs en ordonnant à tout le monde de la signer – retirant des points aux récalcitrants – pour m'encourager. What a pedagogue! J'étais tellement gêné que quand la cloche a sonné, je me suis barré en courant, sans regarder les autres. La prof m'a appelé pour que je récupère la pétition – je ne sais même pas à qui elle est – mais j'étais déjà assez loin pour lui faire croire que je ne l'entendais pas, au cas ou…
Heureusement, en arrivant à mon casier, j'ai droit à la plus belle image de réconfort qui soit. Indy est accroupi, à la recherche de quelque chose dans le bas de la case, son t-shirt – enlevé! – coincé entre son jeans et sa ceinture. Il a un teint mat naturel – du moins c'est ce que je crois en ne voyant pas l'ombre d'une démarcation – et les muscles déliés de son dos sont facilement observables vu la position dans laquelle il se trouve.
—Ce serait charitable de prendre une photo, je lance en m'avançant, une fois rassasié.
—Hein?
Je hausse les sourcils, suggestif, et il rigole en prenant la pose.
—Je reviens d'éducation physique, il s'explique en se relevant. Le bâtard de Malefoy m'a mis la pâté.
—Tu es avec Malefoy?
—Ouais. C'est lui qui m'a convaincu de me pointé en cours au lieu d'aller me chercher un café en ville. On a fait du step, il continu en grimaçant.
J'acquiesce en me souvenant de mon propre cours.
—Et Malefoy t'a planté en step?
—Non, après on a fait du basket-ball de vestiaire.
J'éclate de rire. Et il hausse les épaules en ricanant aussi. Il me montre son t-shirt qui a servi de ballon, mouillé, étiré et, à vie, défiguré. Il cherche quelque chose à se mettre sur le dos, en l'occurrence mes habits de sport. Dire que même Ron, mon meilleur ami d'enfance, m'aurait demandé la permission avant et que lui se sert tout bonnement. Ça me dépasse.
Je lui passe mon chandail col roulé que je mets au hockey, en dessous de mon maillot comme il fait froid à l'aréna et que je suis une petite nature. Ce n'est absolument pas assorti avec son pantalon d'uniforme noir, il a l'air d'un adorateur de Satan qui s'habille dans les poubelles, mais il prend quand même la peine de me remercier.
Il me laisse en me disant qu'il allait chercher son café au Café Populaire à Londres puisque Malefoy n'était pas avec lui dans son prochain cours. Je m'amuse à lui faire la morale avant d'aller rejoindre mes propres amis à la cafétéria.
—Alors, ce cours? me demande Seamus qui m'a entendu geindre ce matin dans l'autobus à cause de la philo.
—Pire, je crache, le sourire aux lèvres. Elle a fait un Harry-o-thon…
—C'est quoi ça? Une sorte de sandwich?
—Non! Rien à voir avec le poisson. Elle a fait circuler une pétition stupide pour qu'on mette du recyclage dans la cafét', en mon nom.
Seamus sourit sadiquement.
—Ce n'est pas stupide, me reprends Hermione.
—Arrête! je l'implore. Tu n'es pas membre de l'éco-science, si?
—Non, mais il n'empêche que je me sens concerné par le sort de cette planète, elle cingle en se levant.
—Quelle parole pleine de sagesse! C'est digne d'une fille qui va atteindre l'âge de raison.
Elle se retourne, les yeux plissés de mise en garde, la bouche faisant un pli colérique. Si Hermione était un zeste vulgaire, elle m'aurait envoyé chier en beauté. Quand j'y pense, elle est tellement brillante que si elle était une "langue sale", elle serait de la trempe de Malefoy. Au moins. J'en suis sûr.
—Attends! On a cours ensemble! je m'écrie en bondissant du banc.
Lavande se lève en grande presse, elle aussi, et nous courons après Hermione qui reste froide à nos appels. Je finis par me faire pardonné en disant que j'ai bien signé le stupide papier et que je vais jeter mes quatre – on a fait le juste milieu entre trois et cinq – prochaines feuilles dans un back à recyclage.
On entre dans la classe et Pascal nous gratifie d'un sourire plein de joie. Il me fait parfois penser à un pédophile, quand il nous regarde comme ça, mais c'est juste une impression. Après un petit sondage au sein de mes proches, je me suis rendu compte que j'étais le seul qui le voyais de cette façon. Surtout qu'Hermione le trouve sympathique, concerné et plutôt mignon, avec l'approbation de Lavande. D'ailleurs, j'admets qu'il n'est pas laid à se faire brûler les yeux – contrairement à d'autres profs de l'école…Rogue – mais alors franchement pas mon type, au contraire.
Je vais m'asseoir à côté de Malefoy. Il a les cheveux plaqués en arrière, sûrement de l'eau, et gribouille sur son cahier de note, des arabesques sans queues ni têtes. Il a une jambe repliée et appuie son bras dessus pour dessiner. Si je faisais du dessin, je serais vert de le voir faire de si belles choses avec tant de désinvolture. Mais je ne fais pas de dessin alors je m'en moque!
Les derniers élèves prennent places et Pascal se racle la gorge, signe que le cours va commencer.
—Tout d'abord, le professeur Trelawney a fait parvenir une pétition dans toutes les classes. C'est un programme d'éco-action, il explique en lisant la feuille en même temps. Je vais la faire passer, il suffit de signer. Pour aider votre camarade, Harry Potter.
Toutes les têtes se tournent vers moi et je sursaute.
—Quoi? je m'écrie. C'est faux!
—Ah bon?
Il relit l'en-tête avec attention.
—C'est ce qu'a écrit Sibylle.
—Oui, mais non, je m'exclame. Je ne suis même pas dans le comité, ça n'a rien à voir avec moi.
—Ne signer pas ce truc, Potter va essayer de vous entrer dans sa secte, lance Malefoy, goguenard.
Gloussement dans la classe. Je le fusille du regard et il sourit en haussant les épaules.
—Mr Malefoy, calmez-vous, ordonne Pascal, sévère.
Blondie se tourne vers lui avec un air torve et recommence arrogamment à gribouiller sur son cahier.
—Quoiqu'il en soit, reprends Pascal, je fais passer la pétition.
Il enchaîne sur le contrôle qui aura lieu le jeudi qui vient, sur les lois des exposants et la parabole. Les deux cours de demain seront entièrement consacrés au cahier d'exercice qu'il nous a distribué alors il faut en prendre connaissance pour pouvoir lui poser des questions ciblées avant l'examen.
J'ai pratiquement fini le mien et je n'ai pas vraiment de problèmes. Il fallait juste que je me remette dans le bain.
Je regarde ce que fait Malefoy. Son cahier de théorie repose sur le coin de son bureau. Son dessin est terminé et, finalement, ses lignes bizarres sont devenues deux lys. Ça me donne des frissons. On les dirait sorti d'un film de Tim Burton, longs, secs et maigres. Ce n'est pas réaliste, mais j'aime bien le style.
Il jette la pétition sur mon bureau et retourne violement son cahier, soupirant, exaspéré. C'est vrai que j'ai l'air de faire une fixation sur tout ce qu'il touche, à la longue.
En regardant la liste de signature, je vois la sienne, large et ronde, mais pour le moins original.
—Je pensais que tu ne voulais pas faire parti de ma secte, je lui chuchote.
Il m'ignore en continuant de faire ses exercices. Je passe la feuille en avant de moi.
—Qui a dit ça? il souffle tout à coup.
—Toi-même.
—Pas du tout. J'ai dit aux autres de ne pas signer.
Il lève les yeux vers moi et me snobe superbement.
—C'est un rêve d'enfance d'appartenir au même ordre que toi, il continue.
Je lui fais un doigt d'honneur et il sourit narquoisement en se replongeant dans son polycopié. Des fois, je le méprise presque.
Je m'y mets aussi parce que si Pascal me voit ne rien faire, il va vouloir venir m'aider et je suis loin d'en avoir envie. Je me rends alors compte que je suis incapable de me concentrer. Si bien qu'au bout d'une heure, je n'ai réussi qu'à m'avancer de deux exercices – et pas des plus difficiles – et lire au moins quinze fois chaque énoncé. Malefoy, lui, en est déjà à corriger tout le feuillet.
Je n'ai pas arrêté de lui jeter des œillades insistantes. Je suis absolument pathétique. Le pire – enfin si l'on veut – c'est qu'il ne s'en est même pas rendu compte. Dans un sens, ça me rassure parce qu'il ne manquerait plus qu'il se rende compte que je le fixe tout le temps…mais d'un autre côté, il ne m'accorde pas la moindre seconde d'attention. C'est un peu offensant.
Non. En fait, c'est normal, pourquoi m'en accorderait-il? Il n'est pas homo, non plus. Et puis, je n'ai pas vraiment envie qu'on devienne ami. Il est beaucoup trop beau pour que je puisse être son ami. Ou alors, le genre d'ami avec qui il voudrait vérifier sa sexualité. Quoique je pense qu'il a plus d'un ami autour de lui qui serait prêt à ce genre de "sacrifice".
Quand la cloche sonne, je me lève, ramasse mes affaires et me précipite au bureau de Hermione. Elle est en train d'expliquer à Lavande comment résoudre une équation fractionnaire.
—Vas-y en avance, Harry, elle me dit. On va aller voir Pascal, pour Lavande.
—Je peux vous attendre, ça ne me dérange pas.
—Non, non, vas-y. Tu dois ramasser les déchets dans la cafétéria, de toute façon.
Lavande pouffe de rire. Je lui fais une grimace mécontente avant de partir et elle s'excuse entre deux éclats. Amie pourrie!
O
J'aurais dû savoir, quand Ron m'avait dit qu'il m'aiderait à faire ma punition qu'il parlait de support morale plus que de réel coup de pouce. Il est tellement con ! Chaque fois que je passe d'une rangée de tables à une autre, il me hurle le nombre qu'il m'en reste, avec encouragement. Tout le monde lève les yeux à chaque fois qu'il ouvre la bouche et se moque doucement en chuchotant et en me pointant du doigt. Les gens n'ont vraiment pas de respect. Il n'y a pas de sot métier!
En plus, il pleut aujourd'hui et tout le monde est resté à l'intérieur. Tu parles d'une malchance.
J'arrive finalement dans le coin de Malefoy. Il s'assoit toujours au même endroit avec ses amis, au milieu de la cafét', table du centre. En général, les autres Cardwellois s'assoient aux alentours, sauf s'ils sont nouveaux ou peu apprécié de sa Sainteté Drago Malefoy. À Valleyfield Park, on est bien moins snobes, on s'assoit là où il y a de la place, point barre.
Bref, dès qu'ils me voient approcher – et croyez moi, ils m'ont vite reconnu –, les amis de Malefoy se mettent à sourire et à se moquer.
—Pourquoi tu fais ça, Potter? Tu as lancé un citron? m'interroge Blaise Zabini.
Je lève un sourcil en circonflexe. Je ne vois pas où il veut en venir, mais on dirait que sa bande à compris parce qu'ils éclatent tous de rire. Exaspéré, je secoue le sac de poubelle devant eux pour qu'ils puissent y jeter leurs saletés. Ils se mettent tous à lancer en même temps, des berlingots de lait à moitié entamés, des sandwichs pas finis, des ustensiles en plastique, des assiettes,… Je reçois quelques gouttes – putain de bordel de merde – et suis obligé de ramasser les projectiles qui n'ont pas atterris dans le sac, mais par terre. Je suis à trente centimètres, ce n'est pourtant pas si difficile de viser le milieu du trou béant.
Malefoy attrape un pan du sac et l'étire pour y verser proprement tout le contenu de son plateau-repas.
—Tu peux le ramener pour moi? il me demande ensuite en me le tendant.
—Ouais, je siffle. Donne !
—Merci.
Quand je m'en vais, tous ses amis sont estomaqués et le regarde, la bouche en "O". J'avoue qu'il a été plutôt gentil – si on oublie le côté bonniche du "tu peux le ramener pour moi". Moi qui pensais qu'il n'était civilisé que quand nous étions deux… Il faut croire qu'il n'est pas non plus aussi hypocrite que je le pensais.
Je m'éloigne un peu requinqué et m'empresse de finir cette corvée, sous l'œil attentif de Rusard. Voir que je pourrais faire une boulette… Franchement ! Tu es concierge, mon vieux ! Tu n'envoies pas de satellite en orbite !
O
François est toujours stagiaire en français. Flitwick est venu faire un petit tour au début du cours pour voir comment il se débrouillait alors François a sauté sur Seamus – qui est bilingue, c'est quand même de la triche – pour l'exemple. Notre imbécile de prof les a félicités et est reparti, sereinement.
—Merci, mec, remercie François.
—De rien, rétorque Seamus, tout sourire. J'espère seulement avoir de bonnes notes.
Je le dévisage avec aberration. Non, mais c'est qu'il parle foutrement bien le français, cet enfoiré. Il se tourne vers moi et me fait un clin d'œil en tirant la langue.
—Donc ! fait François en se raclant la gorge. Aujourd'hui, nous regarderons un film français.
Seamus tire la langue et grimace à mort. Je rigole et François me fusille du regard.
—Et si je n'aime pas les films français? demande Seamus.
—Ce n'est pas vraiment un film français, seulement une traduction.
—Super !
On pousse les bureaux, François met le film dans le lecteur vidéo et s'en va éteindre les lumières.
—Gardez vos mains sur vos pupitres, il dit en rigolant.
Les lumières se ferment, j'entends des bruits de pas précipités et je sens quelque chose de lourd me tomber sur les genoux. J'étouffe un cri et un soupir étouffé. Je réalise ce qui se passe quand je prends connaissance de la forme de la "chose" sur mes genoux, qui n'est nul autre que ce grand branleur de Seamus. Il gigote, à cheval sur mes cuisses, en gémissant mon nom et en mimant l'acte sexuel. J'éclate de rire en lui claquant fermement une fesse et il couine comme une fille.
François rallume les lumières et croise ses bras en nous regardant, ennuyé.
—Arrêtez d'être de si petits cons!
Seamus se relève, l'air penaud alors qu'il se mord les lèvres pour ne pas exploser de rire, et je lui claque les fesses quand il passe à côté de moi. Toute la classe est écroulée de rire et François essaie de les calmer, dardant sur moi et Seamus un petit regard rancunier.
Une fois qu'on est calmé, le stagiaire part le film et va s'asseoir au premier rang. Seamus se rapproche de moi et, par intermittent, rit durant la projection. Ron en profite pour piquer un somme et Dean s'en fout complètement, il remplit un tableau pour son cours de choix de carrière.
O
L'entraînement commence à sept heures. J'ai mangé 350 ml de yogourt à la vanille pour souper – mes parents ne sont toujours pas là – et je crois que tout le lactose de cette merde s'est plaqué sur les parois de mon œsophage. Je déglutie et c'est comme si j'avais des grumeaux dans la gorge.
Il a enfin arrêté de pleuvoir et ça sent dégueu dehors. Les feuilles mouillées, la terre gorgée d'eau et les MILLIER de vers de terre dégueulasses qui s'amoncèlent dans les rues.
Je sors finalement, pauvrement couvert, il ne fait pas vraiment froid encore, et me précipite sur le trottoir pour échapper aux voitures.
Percy est un fumier! Si les jumeaux avaient eu l'auto, ils nous auraient amenés, moi et Ron, à la patinoire et je n'aurais pas eu à marcher. C'est fou de voir que dans toute la famille Weasley, ils y aient autant de grands cœurs, et Percy…
Quand j'arrive – enfin ! –, il n'y a que deux ou trois autres joueurs, dont Justin Finch-Fletchey et Peter Pettigrew – car oui, finalement, il s'est fait prendre. Je m'assieds loin d'eux, qui de toute façon ne me regardent pas avec les yeux de l'amour, et m'empresse de me changer, histoire de patiner un peu avant de commencer.
Dans le corridor vers la glace, je croise le Coach, lui-même, alors qu'il barbouille sur son calepin. Je ralentis sensiblement, je ne sais pas exactement à quoi m'attendre, mais j'ai la vague impression que je vais en prendre pour mon grade.
—Coach ?
Il lève les yeux vers moi, puis fronce les sourcils avec sévérité. Il me rend nerveux. Je le rejoins – parce que c'est ce que son body langage semble me dire – de ma démarche saccadée et il ne fait pas un pas dans ma direction pour m'aider. C'est vrai, quand même, qu'en temps que capitaine je l'affiche mal de manquer un entraînement.
—Ron m'a tout conté, soupire Adams. Ce n'est pas toi, Harry, de faire des choses comme celles-là. Tu étais l'un de mes meilleurs, mon modèle, mon exemple, du savoir-faire, du savoir-vivre, de la prestance, du fair-play !
—Ça ne se reproduira plus, je réponds sincèrement.
—Non ! Non, fiston, ça ne se reproduira plus, gronde Adams en levant le ton. Tu es out si tu recommences, c'est clair ?
—Out ? Coach, vous êtes sérieux ?
—Je me contrefous de vos putains de notes, que vous soyez polis ou que vous vous habilliez bien, tant que vous restez clean et que vous respectez le sport. Et je n'appelle pas ça respecter le sport de manquer l'entraînement.
Je sers les poings dans mes gants et les dents dans ma bouche pour éviter de faire ou de dire une connerie. Je hoche la tête et Adams, rouge d'avoir gueulé, se retourne vers le vestiaire d'où commence à émerger les gars. L'équipe forme un cercle autour de lui dans les gradins et il commence à faire le point sur les formations jusqu'à présent, la mise en jeu – le retard quasi-quotidien de Ron –, les mises en échec, les nouvelles techniques, les points forts, les points faibles… il fait le tour.
O
O
Il est…euhm ! C'est dur à dire.
Seamus vient m'agripper, complètement saoul, pour faire pareil à d'habitude, et se met à chanter "Joyeux anniversaire Hermione" en chancelant.
—Non Seam', pas encore.
Je lui mets une bière entre les mains et il m'embrasse la tempe avant de retourner la téter plus loin. Les filles, qu'il faisait chier avant de venir me quêter, ont réussi à foutre le camp, mais il en a déjà deux autres dans le collimateur qu'il interpelle bruyamment. En l'entendant, Dean lève les yeux de la rouquine avec qui il parle depuis pas loin de deux heures et sourie en le pointant du doigt. La fille glousse et prend une gorgée de bière. Leur petit jeu est flagrant, c'est comme recevoir un 4X4 dans le cul. Dean fait genre : "non, mais tu as vu l'autre – que je ne connais pas le moins du monde bien sûr – comme il a bu et comme il est loin d'avoir ma classe". Et elle : "ah ah ! Oui tu as raison ! Maintenant je vais boire ma bière cul sec pour pouvoir faire semblant d'être trop chaude pour m'en rendre compte et me pardonner de coucher avec toi le premier soir". Ah ! L'amour !
On est au House, un bar pas très sélect de Londres. Hermione nous a toujours dit qu'elle ne sortirait pas avant d'avoir l'âge, bien sûr, dix-sept ans, ce n'est pas l'âge à laquelle on peut sortir, mais le cadeau de Lavande, Pavarti et Padma était une fausse carte. Elles ont promis à Hermione de l'en débarrasser dès le lendemain, mais elles se sont données tellement de mal pour l'avoir avec sa date d'anniversaire qu'Hermione s'est laissée convaincre de sortir. De toute façon, l'un des doormen joue au hockey pour la ville. En nous voyant arriver, il s'est mis à rigoler et nous a ouvert grand la porte.
—Tu vas danser ? me demande Padma, en venant s'asseoir avec moi à la table.
—C'est toi qui me demandes ça ? Après m'avoir gueulé en partant : "Harry! Tu garde les sacs !"
—Oh tu sais…Quand je parle, il faut en prendre et en laisser.
Elle rosit légèrement et je lève les yeux au ciel. Elle prend son sac à main et se regarde dans son miroir de poche : les cheveux, les sourcils, les yeux, le rouge à lèvre, puis les dents. Je suis bien content d'être homo et pas Drag Queen.
—Viens danser avec moi.
—Pourquoi ? Il y a un bel éphèbe que tu veux rendre jaloux sur la piste ?
—Non. Puis s'il y en avait un, je ne te demanderais pas de venir danser, tu l'intimiderais trop.
Si elle y va de la flatterie, c'est qu'il doit vraiment y avoir quelque chose…mais je ne sais pas quoi. Si ce n'est pas un garçon…
Je regarde sur la piste. Vraiment pas de quoi s'énerver pourtant.
—Arrête avec ton scepticisme ! C'est énervant ! Viens !
Elle me prend le bras et me tire sur le plancher de danse. Elle se trémousse tout contre moi – sans se frotter, je ne suis tout de même qu'un ami – et je la suis au mieux en essayant d'avoir l'air un peu mal à l'aise parce que danser à la Flashdance ce n'est pas très viril, du point de vu hétéro. En fin de compte, je fais teeeellement pitié qu'elle ralentit et s'abaisse à mon niveau – c'est si galant de sa part.
Non, en fait je me plains énormément, mais je ne suis pas un Dieu de la danse, loin de là. Et j'en suis très reconnaissant à Padma de danser avec moi, parce que ça empêcherait une fille possiblement intéressée de s'échiner à me faire des avances et à moi de la repousser, mal à l'aise pour en crever.
Jusqu'à ce que je le voie venir. LE gars ! Il doit faire ma taille, deux fois mon gabarit, une pièce d'athlète, du genre "pousser vous avant qu'il ne vous pousse". Peut-être un peu trop fier de lui, mais c'est le genre d'hétéro qui plaît aux filles.
Moi et Padma arrêtons de danser et il la regarde de haut en bas, l'œil critique. Elle frisonne. Je roule des yeux. Finalement, grand seigneur qu'il est, il daigne acquiescer et sourire : elle fond.
—Harry ? elle me demande.
Comme si j'avais quelque chose à redire. Je hausse les épaules et il l'attrape par le bras pour l'amener danser au centre de la piste. Je reste planté là, interdit, pris de cours, surpris, étonné, scandalisé…bref ! j'ai l'air du sale con. Je me fais aller le postérieur, un peu, juste pour voir si je n'ai pas autant l'air du gars qui s'est fait largué, mais les trois petits rires dans mon dos me signale que même ça, ça ne fonctionne pas.
Pourtant, en chemin vers notre table, je me fais pincer une fesse et – comble du comble ! – la fille qui m'a…EMPOIGNÉ vient me parler.
—Comment ça va ?
Je plisse les yeux. Tu viens de m'arracher un bout du cul…Comment tu penses que ça va ?
Je ne sais pas si elle lit dans les esprits, mais elle rigole et se rapproche de moi – on rentre le ventre et on ressort ses seins, que l'on dandine de droite à gauche en parlant.
—Tu es seul ?
À sa façon de le demander, j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle ne parle pas seulement de la compagnie que j'ai ce soir.
—Non avec des amis…
—Oui, j'ai vu…
Elle jette un regard en direction de Parvati – oui quand on ne sait pas qu'elles sont jumelles, on confond – qui danse et revient vers moi.
Si elle pouvait au moins arrêter de coller sa poitrine sur moi…
—Tu danses ?
—Je ne peux pas, je marmonne. Désolé.
—Pourquoi ? elle fait la moue et baisse les yeux sur son décolleté – je parie qu'elle fait sauter un bouton avant la fin de la conversation.
—Je suis avec quelqu'un.
—Ah vraiment ?
Elle a un sourire qui en dit long… Les filles peuvent être parfois tellement… Pour m'en sortir, j'aurais mieux fait de dire que j'avais la syphilis.
—Hé ! Bel enfant !
J'ai juste le temps d'entendre Seamus qu'il me met une main aux fesses et qu'il m'embrasse sur la tempe. Les relents d'alcool qu'il dégage me feraient presque monter les larmes aux yeux, mais c'est pour la bonne cause alors je le prends dans mes bras.
—Hé ! je bredouille comme toute réponse.
—Tu danses avec Padma et pas avec moi, mon coquin !
—Je…
La fille nous regarde et je dois avouer que, finalement, se faire draguer c'est une mince affaire à côté de passer pour le copain…que dis-je l'amoureux de l'Irlandais fond de tonneau.
—On y va, mon amour(1).
—Oui…c'est ça. C'est l'heure de prendre ta trithérapie.
Je fais un signe de main à la fille qui ne bronche pas et qui me salue…avant de partir en courant aux toilettes.
On s'éloigne avec Seam', vers la piste de danse.
—Seam' ! C'est bon ! Lâche-moi…
Il se retourne subitement et me met une claque en pleine face. Je reste estomaqué et, au bout d'un ou deux secondes, je le vois exploser de son rire tonitruant.
—Ça t'apprendra à penser que les homos sont des sidéens ! Macho ! Trithérapie mon cul ! D'ailleurs, la prochaine fois, tu feras le pas propre qui ne met pas de condom !
Je le dévisage, puis il commence à danser la gigue irlandaise et à sauter partout.
—Ah mon Harry ! Toi avec les filles, toujours un poisson dans l'eau…
Dean me tapote l'épaule. Sa rouquine a mis les voiles avec un autre rouquin…qui semble s'être fait casser la figure…
—Son frère. Très protecteur. Il a voulu "me péter la gueule" parce que j'avais touché à sa sœur.
—Oh ! Est-ce que ça veut dire que tu vas faire l'amour tout seul ce soir ? je demande avec une petite voix en faisant bouger les doigts de ma main droite.
—Oh ! Mais c'est qu'il m'exciterait le salaud avec sa main cochonne !
Dean me prend le poignet et je continu de faire la danse des doigts.
On retourne finalement s'asseoir autour de notre table et Seamus décide de se resoûler : puisqu'il n'y a que ça à faire et il nous invite, Dean et moi, en nous payant les trois premières bières – c'est un miracle que cet enfant-là n'ait jamais ne serait-ce que frôler le coma éthylique…encore plus un miracle qu'il ait encore de l'argent.
O
À deux heures, parce qu'il est presque temps que ça ferme, Ron appelle les jumeaux pour qu'ils viennent nous chercher dans le Stationwagen de la honte. Dean a réussi à conquérir l'âme pure d'une petite brunette bien imbibée qui l'a traîné – ou qu'il a dû traîner, tout est dans la façon de concevoir les choses – chez elle. Les jumelles et Lavande sont parties en taxi avec Hermione qui ne cessaient de leur redire qu'elle avait passé une très belle soirée – ce qui est en mettre un peu trop…elle avait passé la soirée serait plus juste – bien qu'elle n'ait dansé avec aucun Apollon du bar – ce qui aurait déplut à Ron, mais qui aurait fait siiiiiiii plaisir aux filles. Les autres n'étant pas mes amis, je me fiche de ce qui a bien pu advenir d'eux.
Quand notre limousine arrive enfin – à quelques coins de rue – c'est sans peine qu'on y fait monter Seamus – toujours contre la fenêtre pour qu'il puisse l'ouvrir et… vous voyez ! –, moi ensuite et Ron en dernier qui, extatique, se met à faire un compte rendu de la soirée – en plus des fins de nuits de Ceux-qui-ne-sont-pas-mes-amis-et-dont-je-me-fous – à ses frères.
Je m'appuis sur l'épaule de Seamus – complètement vidé, moi – avec le caquetage de Ronny Boy en bruit de fond. Je suis à un cheveu de m'endormir quand je sens Seamus gigoter.
—Tu vas pas te mettre à me dégueuler dessus, je gronde.
—J'ai plus de sang dans le bras, il marmonne, sa bouche molle collée contre la fenêtre. Attends.
Il lève son bras et m'entoure avec pour me faire une place un peu confortable. J'hésite, puis dit en me couchant sur son flanc, juste pour la forme :
—On dirait un vieux couple.
Ce à quoi il répond, pour la forme :
—Pas ce soir, j'ai mal à la tête.
Je souris et Ron continue de conter à ses frères de quelle façon phénoménale Dean a emballé la brune de justesse avant de partir. Non, mais ç'aurait pu être inquiétant notre petit Dean national de dormir tout seul un soir de fête.
À suivre...
(1) En français dans le texte. Je sais que c'est bizarre de lire ce genre de note en bas de page, étant donné que cette histoire n'est pas une traduction, mais je tiens à ce que ce soit clair, bon :P
STH
