Relecture Brynamon
Comme promis ce chapitre posté à la suite de l'autre.
Merci de continuer à suivre. Bonne lecture. Clarisse.
Playlist : «You failed me Finn» et «Journey To Fenland» de la bande originale de BNELC. Oui la vraie musique!
7
Dans notre folie
Nous brûlâmes une centaine de jours
Le temps prit le temps de passer
Et je détenais encore quelques cendres pour moi
D'un rêve occasionnel
J'ai rêvé de mon père.
J'ai rêvé que j'étais jeune et que je regardais près de la porte d'entrée dans sa chambre.
Un couteau sortait de son corps rigide. Du sang écarlate et épais s'étalait et s'infiltrait dans les draps. Mais ses yeux étaient encore ouverts et si grotesquement écarquillés comme s'il regardait quelque chose avec une indicible horreur, mais je ne pouvais pas le voir.
« You failed me Finn »
Je chancelai en arrière, jusqu'à ce que je réalise que quelqu'un était debout dans le couloir non loin de moi, dans l'ombre.
Une femme. Une femme adulte dans des vêtements somptueux, des vêtements aussi rouge que le lit de mon père couvert de sang.
Mes yeux furent attirés, même si je ne voulus pas la regarder.
Je ne pouvais pas m'en empêcher. Je tombai contre le mur et ma bouche s'ouvrit aussi large et profonde que le gouffre de terreur qui me consumait, et du gouffre vint le plus terrible, le plus monstrueux : un cri à glacer le sang. C'était comme si je mourais.
Et puis, tout à coup, je regardai vers le plafond dont la teinte dorée brillante annonçait le matin - mais les cris ne cessèrent point.
« Princesse »
Une poigne de fer s'enroula autour de mes avant-bras ballants, un poids douloureux me compressait tant que je convulsai où j'étais allongée.
« Princesse »
Puis l'air bondit dans mes poumons comme j'haletai follement, et je hurlai de nouveau, fortement, en continu et d'une manière perçante. Ma tête explosait, dans mes veines courut un froid glacial, mon cœur martelait et ma poitrine se contracta jusqu'à l'écœurement. L'horreur absolue et non diluée du moment remplit ma vision, mes poumons, mon sang, mes pensées, mes muscles. Images qui s'embrouillaient faites d'un complet non-sens, un non-sens qui prenait un sens effrayant maintenant. Le sens des cauchemars.
C'était impossible, mais c'était vrai, pour moi, en ce moment.
« Blanche-Neige. »
Comme j'arrêtai de me débattre, la pression se retira de mes poignets, et à la place une chaleur effleura ma joue, tendre et rugueuse comme seul le toucher d'un homme devrait toujours être.
Je me concentrai sur ma respiration et sans crier entre les deux. Dur, douloureux au début, mais cette main douce, glissant sur mon front et lissant mes cheveux me faisait commencer à me sentir à nouveau stable.
Quand j'obtins enfin le contrôle de moi-même, je sentis que je pouvais supporter de reconnaître la personne qui venait de voir mon hystérie, je laissai lentement glisser mon regard fixé résolument sur le plafond vers mon chevet.
« Bonjour… par ici » Dit-il d'une voix profonde comme le ronronnement d'un lion.
« Bonjour. » Croassai-je.
«En avez-vous fini avec ces cauchemars ? »
« A l'instant. »
« Voulez-vous me raconter ? »
Quelque part, je pensais que je devais être encore en train de rêver. Les événements d'hier rampaient dans le fond de ma mémoire. Tout semblait très surréaliste. Très soudain.
Et il était là, et nous n'étions pas au milieu de la forêt, et il n'était pas dans les vêtements qu'il devrait être, et la couverture était trop lourde et trop chaude, et l'air était trop étouffant et ne sentait rien.
«La nuit où mon père est mort. » Lui répondis-je catégoriquement, les mots trempant mon corps inerte et provoquant des frissons à nouveau.
Il hocha la tête, mais ne dit rien. Il savait qu'il n'y avait rien à dire.
« Et plus encore. » Me retrouvai-je à lui avouer, mais sans vouloir le dire à haute voix, je ne voulais pas admettre la vérité déchirante de ce que j'avais vu.
« Aïe. »
« Cette nuit-là », ma gorge était sèche et ma voix était pathétique, « quand j'ai vu mon père, je me suis tournée et je l'ai vue me regarder. Et j'ai couru. Mais là, c'était différent. »
Je ne pouvais pas le dire.
Comme je serrais mes paupières fermées, en essayant de noircir les bas-fonds de l'image, il a bougé. Un bras robuste se glissa entre mes épaules et le matelas. Il s'enroula autour de moi et me souleva rapidement, ma tête roula contre son épaule.
Tout à coup, j'étais assise dans le berceau chauffé de son étreinte, pressée contre son large torse, me protégeant avec son bras libre qui faisait un cercle autour de moi. Le tissu velouté de la cotte de mon père a pris l'humidité de ma joue. Il sentait la maison, les années passées, mais il sentait aussi comme un tout nouvel univers. L'univers d'un homme.
Sa paume calleuse se posa sur mon cou tandis que son pouce traçait la ligne de ma mâchoire avec une douceur infinie.
« Vous n'allez pas être ce genre de reine. » Murmura-t-il, son souffle agité contre mon crâne. « Ne vous tracassez pas à ce sujet, ne soyez pas sotte jeune fille. »
«Journey To Fenland. »
« Mais c'était moi. »
J'osai ouvrir les yeux et des larmes s'échappèrent au hasard, mais maintenant, je pouvais voir les brins fauves de ses cheveux qui pendaient, et la ligne ferme de son épaule, et le renflement de son bras musclé autour de moi, et la vue était plus que réconfortante.
« J'avais le sang de mon père sur ma robe. Sa robe. »
« C'est juste votre esprit vous joue des tours. » Il pouvait parler d'une manière douce quand il le voulait, comme une ondulation de l'eau sur des pierres lisses, fraîche et accueillante, « Et rien d'étonnant. Votre esprit a beaucoup d'endroits sombres où vous emmener. Mais pas pour longtemps. »
Il a courbé ses bras serré autour de mes épaules, penchant sa tête sur moi, me protégeant du monde entier. Cette pression supplémentaire sembla me raccommoder, comme s'il façonnait ma poitrine cassée pour la remettre en place.
Comment savait-il ce que j'ai vu?
Cela avait-il encore de l'importance? J'avais plus à accomplir aujourd'hui que j'en avais eu de toute mon aventure jusqu'ici.
Je ne saurais me préoccuper de choses comme la télépathie étrange entre nous alors que j'aurais bientôt à lire dans les pensées de tout le royaume lui-même, et en quelque sorte trouver les réponses à tous leurs problèmes.
Il était incroyablement agréable d'être ici dans le sanctuaire de l'étreinte de mon ami.
Je voulais que ça dure un peu plus longtemps.
Cependant, des pas firent écho dans le couloir, et la tête du Chasseur se leva de la mienne. Ses bras se retirèrent, et il se redressa dans son fauteuil de garde, son expression tombant dans la fadeur.
Une chose heureuse car à ce moment là, la porte s'ouvrit, et William jaillit à travers elle comme un chien frénétique, les bras levés raides comme il tendit son arc chargé. La flèche pointa immédiatement vers la seule autre personne dans la salle qui n'était pas moi : Le Chasseur.
« Non! » M'écriai-je, en me jetant vers l'avant jusqu'à ce que je sois près de tomber sur la chaise sur laquelle il était assis.
Il fallut quelques instants pour que William décida de ne pas tirer. Clairement, l'idée que j'avais été violée faisait rage dans son esprit - il n'avait jamais beaucoup aimé mon ami aux manières abruptes et lui faisait encore moins confiance. Maintenant il le montrait ouvertement et incontestablement. Je pouvais sentir le Chasseur lui retourner son air le plus renfrogné par-dessus mon épaule.
Comme je me redressai, William finalement abaissa son arme, et se racla la gorge maladroitement. Il détourna les yeux de mes sous-vêtements (choix d'un respect distancié) vers le pied du lit sur lequel il se concentra.
« Tu vas bien ? Pourquoi criais-tu? » Demanda-t-il, d'un ton indifférent émoussé qui ne correspond pas au rougissement féroce de ses joues.
Cela faisait mal. Après les épreuves que nous avions à peine vécues - après m'avoir vue marchant, sale et éreintée, à travers le pays, vêtue comme un homme, en sueur et vidée de la bataille finale - il ne pouvait me regarder sans gêne dans mes vêtements de nuit.
Mon cœur bondit pour lui, cependant, sachant que cela ne pouvait être que par respect pour ma vertu. Bientôt ce ne serait pas une barrière entre nous.
«J'ai eu un mauvais rêve. Viens t'asseoir. » Insistai-je, me recouchant dans le lit pour que je puisse jeter les couvertures sur mon indécence, et soulager son inconfort. Il me regarda comme s'il allait me le refuser, ses yeux vrillant momentanément le Chasseur - quelque chose se passa entre eux que je ne reconnus pas - mais alors il marcha vers moi et s'effondra sur le bord du matelas.
Je pouvais voir le soulagement sur son visage et ses jambes se détendirent, libérées de son poids.
« Tu n'as pas été debout toute la nuit, n'est-ce pas ? » M'inquiétai-je.
« En grande partie »
« Tu ne devrais pas. Tu as besoin de repos. »
« Tout le monde a besoin de repos, mais le devoir passe avant tout. »
Devoir, voulait dire : ma protection. Je me sentis terriblement coupable, mais il remarqua ma consternation et il tenta de tirer vers le haut un coin de sa bouche dans un sourire.
« Je préfère que tu sois en sécurité, Perce-neige. » Il a dit le dernier mot avec une intonation merveilleusement sarcastique. Un horrible nom pour moi quand nous étions enfants. J'avais l'habitude de le frapper très fort quand il m'appelait ainsi, me faisant me sentir comme une fille pathétique.
Je lui avais donné tort enfin hier, à cheval dans la guerre. Mais je grimaçai quand même plus que je ne ris, et jetai un petit coussin rond sur lui pour faire bonne mesure.
« Quand je serai Reine, je vais devoir te battre pour m'avoir appelée ainsi. »
«Je crois que tu m'as battu assez de fois au fil des ans. J'ai eu ma punition. S'il y a quelque chose que je mérite ce sont quelques tours de plus. »
Un autre coussin navigua à travers l'air pour ricocher sur sa tête. Il rit, ses pauvres traits épuisés s'illuminèrent pour devenir beau. Le cauchemar semblait être une pensée bien lointaine maintenant. Une chose inoffensive chassée par le son de sa brève joie.
« Tu dois être horriblement fatigué. » Sympathisai-je.
Son sourire disparu.
« Nous avons beaucoup à faire aujourd'hui. »
« Nous avons beaucoup de repos à faire en premier. »
« Mais Père dit… »
« Je sais ! Je vais lui parler » Pacifiai-je, «Notre priorité aujourd'hui n'est-elle pas le repos ? Et d'aider les blessés ? Ils n'auront pas guéri du jour au lendemain. »
« Non. Ni le royaume. »
« Eh bien. Je suis sûre que je peux vous octroyer quelques heures de sommeil avant les discussions. »
Je me retournai pour regarder le Chasseur, que j'avais complètement oublié pendant un moment.
« Et vous. Vous avez certainement besoin de repos. Sauf si vous avez furtivement pris un peu de sommeil durant votre garde la nuit dernière. »
Je souris. Son regard en retour était dépourvu d'humour. Il ne s'embêta pas avec une réponse. Il voyait ma culpabilité, je l'étais juste en le regardant.
« Vous avez besoin de repos. » Répétai-je faiblement, « William, tu vas aller appeler les filles pour préparer des chambres. Je ne peux pas vous laisser dormir dans les couloirs. »
« Bien sûr. » Murmura-t-il.
Ses halos gris foncé glissèrent piquantes, comme sa flèche l'avait été, sur le Chasseur. Mon ami, d'autre part, fixait résolument les dalles de pierre sous ses pieds, front plissé, les mains tendues sur les bras du fauteuil.
Toutes les insouciances dont j'avais fugitivement pu me distraire avec été atténuée sous le poids de leurs regards froids.
William se leva lentement, à contrecœur.
« Je vais envoyer une des servantes pour t'aider à t'habiller, Princesse. » Commenta-t-il, et cela me toucha un peu, sachant qu'il visait un sens plus profond en dessous.
Puis il tourna sur ses talons et se traîna dehors, avec un regard usé et fragile en arrière.
« Eh bien… » Mon ami grogna avec énervement : «…Nous avons une rude journée devant nous. »
Et, comme toujours, il avait raison.
La suite Bientôt. Clarisse.
