Le mois de novembre passa lentement mais sûrement, avec son lot de tristesse. Je n'avais pas une vie facile car j'étais déjà totalement ignorée par les autres Gryffonds, qui ne me trouvaient pas assez douée et courageuse pour eux. Malgré ça, j'avais encore peur d'être traquée par les Maraudeurs, qui au final n'avaient rien tenté en un mois, preuve qu'ils respectaient notre pacte passé avec Remus. Mais le pire de l'histoire était que j'avais perdu mon meilleur ami.
John riait un peu plus loin, entouré par une bande d'amis, tous des garçons plus jeunes que lui. Je les avais appelés sa petite cour d'admirateurs. Tout ça parce que c'était un blagueur né, qu'il avait lancé deux-trois vannes pourries et les gosses s'étaient entichés de lui, le surnommant le roi de la blague. Super la trouvaille ! Mais de le voir ainsi, heureux sans moi, faire sa vie loin de moi me rendait triste et nostalgique. John avait beau être un garçon nonchalant, qui n'écoutait jamais en cours, il était une présence. Il avait beau me critiquer ou se moquer de moi, il avait toujours le mot juste, soit pour me faire rire ou me consoler. Bref, c'était l'ami parfait… Mais pour une stupide histoire avec ces Maraudeurs débiles, je m'étais brouillée avec lui. Une larme perla de mon œil, coulant lentement sur ma joue. Quand je repensais à tout ça, quand je repensais à la dernière humiliation subie. Mes souvenirs m'emportèrent, au moment où nous avons complètement cessé de nous parler John et moi, il y a maintenant un mois…
Le lendemain de notre dispute, j'étais descendue prendre mon petit déjeuner dans la Grande Salle. Sans même me poser la question, je m'étais assise à côté de lui. Mes fesses avaient à peine touché le banc qu'il se leva comme un ressort et partit chercher une place plus loin de moi. Il avait mangé à la va-vite, puis avait quitté la Salle sans même lâcher un mot. Je l'avais suivi en laissant mon petit-déjeuner à peine entamé. Je le rattrapai dans le même couloir qui avait vu ma première rencontre avec les Maraudeurs. Mais cette fois, c'était beaucoup plus important pour moi. Il s'agissait de John.
- Attends !
Il s'arrêta, dos à moi, les épaules s'abaissant comme s'il soupirait. Je n'osai pas approcher de peur qu'il fuie une nouvelle fois. Il était comme une licorne que j'essayais d'approcher pour le toucher. J'osais à peine respirer, de peur qu'il ne me réponde même pas. Pourtant, sa voix dure et tranchante telle une lame de couteau fut pire que le silence qu'il venait de créer :
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Je… je suis désolée John ! essayai-je misérablement en essayant d'oublier sa voix terriblement froide.
- Tss, tu n'en crois pas un mot ! Laisse-moi et continue de baver sur ton Sirius !
- Arrête avec ça, c'est faux ! Crois-moi ! plaidai-je.
Il se retourna d'un bond, furieux. Ses yeux lançaient des éclairs et sa bouche était tordue en un rictus monstrueux. Ces mêmes yeux doux qui étaient si rieurs d'habitude, cette même bouche qui proférait ânerie sur bêtise pour me faire rire. Je ne le reconnaissais pas du tout et j'eus plus peur qu'avec les Maraudeurs. Il chuchota alors qu'il était face à moi, à deux centimètres de mon visage, me dominant de toute sa hauteur :
- Ne me mens pas Marie. Je te connais trop bien. Tu es encore amoureuse de cet imbécile, tu me caches des choses, tu parles à ce Remus. C'en est trop pour moi ! Tu veux faire mumuse avec eux pour te rapprocher de Black, eh bien vas-y ! Je te laisse le champ libre. Va !
Ses paroles s'enfoncèrent dans mon cœur aussi sûrement qu'une flèche. Le fait qu'il murmure était encore plus impressionnant que s'il avait crié. Déstabilisée, je ne pus que remuer mes lèvres pitoyablement tandis que mes yeux se remplirent de larmes. Il ricana méchamment et poursuivit :
- Tu vois, j'avais bien compris ! Le fait que tu ne démentes même pas me donne raison. Je n'ai plus rien à faire avec toi. Va avec tes nouveaux amis.
- John, s'il te plaît, ce ne sont pas mes amis, crois-moi, je t'en prie ! le suppliai-je entre deux sanglots.
- Et moi non plus, je ne suis pas ton ami, lâcha-t-il en tournant les talons.
Je voulus le rattraper, le supplier d'oublier ce que je lui avais caché, je voulais me mettre à genoux devant lui et lui dévoiler tous les secrets que j'avais découverts malgré moi. Pourtant, je restai là, paralysée par le choc d'avoir perdu mon ami de toujours pour une bêtise de ma part. Je titubai un instant et rencontrai le mur. Je me laissai glisser le long des briques froides et un nouveau sanglot éclata dans ma gorge. Je n'arrivais pas à m'arrêter de pleurer. La tristesse me submergeait tel un raz-de-marée. Et je ne faisais aucun effort pour me retenir, laissant libre cours à mon chagrin. Et tandis que l'horrible vérité prenait réellement sa place dans ma tête, le désespoir me broya le cœur.
Peu à peu, ma culpabilité fut un peu plus légère. En effet, j'associais les Maraudeurs à ce violent échec et ma tristesse se transforma en rage contre eux. C'était de leur faute, et uniquement de leur faute si j'en étais arrivée là ! S'il ne m'avait pas volé mon livre, je n'aurais pas fait tout ça pour le récupérer et je n'aurais pas été obligée de mentir à John ! Oui, c'était tellement plus simple de faire porter le chapeau à Sirius et à sa bande. Tellement plus simple de se voiler la face pour avoir la force de se relever du dallage froid. Parce que le désespoir me faisait sombrer dans le néant et le chaos mais la rage et la colère, elles, me faisaient tenir, comme des étincelles dans une nuit noire. Il fallait qu'ils paient pour ça. Maintenant que j'avais commencé à découvrir leur secret, je n'allais certainement pas m'arrêter en si bon chemin. J'allais devoir enquêter un peu plus profondément pour découvrir ce que je cherchais et ce qu'ils cachaient aussi farouchement. J'avais repris le chemin des cours le visage fermé.
Voilà où j'en étais. Décembre avait apporté la neige et le froid mais la vision des vacances en fin de mois me faisait tenir le choc. Je me surchargeais de travail, bossant jusqu'à pas d'heure et dès que j'avais un moment de libre pour oublier ma solitude. C'est ainsi que j'avais traversé novembre et je ferais pareil pour décembre ! En pensant aux vacances, une nostalgie profonde me submergea : d'habitude, je les passais avec John à Poudlard, mais cette année serait tout à fait différente. Peut-être que pour cette fois, je rentrerais chez moi ? Ça ferait plaisir à mes parents en plus, qui se lamentent tous les ans que je préfère rester entre les briques froides de Poudlard plutôt qu'auprès d'un feu bien chaud chez eux. Mais faire toutes ces bêtises avec John, rire aux éclats dans une Salle Commune dépeuplée était tout simplement magique. C'étaient les meilleurs souvenirs que j'avais de cette école.
Noël arrivait à grands pas et le château avait été entièrement décoré pour le nouveau thème. De magnifiques sapins, hauts d'une douzaine de mètres, parsemaient la Grande Salle, avec à leurs sommets, des étoiles dorées gigantesques. Quand on levait les yeux, de faux flocons tombaient du plafond magique, mais l'air n'était pas du tout frais. C'était irréel mais à Poudlard, il ne fallait s'étonner de rien. Je crois qu'ils se sont surpassés cette année pour la décoration. Ou alors c'est moi qui ne faisais pas attention à ce qui m'entourait. Partout, ce n'était que guirlandes multicolores et boules de Noël.
Je sortis de la Grande Salle et tournai dans un couloir où les armures étaient toutes décorées par des guirlandes multicolores et des bougies qui projetaient des ombres dans tous le couloir. Lorsque je passai devant la première armure, une horrible voix criarde commença une comptine. Je reconnus à grand-peine Vive le vent d'hiver, tellement c'était chanté faux. Je m'arrêtai, de peur d'entendre les autres se déclencher si je passais devant elles. Enfin la chanson s'arrêta et le silence envahit les lieux à nouveau. Les couleurs avaient beau être superbes, les élèves avaient beau être joyeux à l'approche de cette fête, j'étais toujours aussi fermée au reste du monde. J'étais dans un abîme de silence et mon air maussade n'encourageait pas du tout les autres élèves à se lier avec moi. Une petite de première année avait bien essayé de me sortir de ma monotonie. Elle était bien gentille, mais je ne lui avais même pas répondu, cloîtrée dans mon obsession qui me permettait de me lever chaque matin. J'avais décidé malgré tout de rester ici pendant les vacances, même si j'étais seule. Car j'avais eu vent que les Maraudeurs resteraient aussi. Je pourrais enquêter beaucoup plus tranquillement sur eux. Même si cela me broyait le cœur de voir John repartir chez ses parents, alors que d'habitude, nous passions ces vacances ensemble. C'étaient de magnifiques souvenirs que les vacances de Noël. Dans une Salle Commune presque vide, nous pouvions faire tout ce que nous voulions ou presque. Mais cette fois, tout serait différent. J'avais une mission à accomplir et j'étais décidée à aller jusqu'au bout cette fois. Je mériterais ma place parmi ma Maison.
- Qu'est-ce que t'attends ?
La voix, surgissant de nulle part, me fit sursauter. Il était vrai que, plongée dans mes pensées, je n'avais pas remarqué que j'étais plantée là depuis quelques minutes. Je me tournai vers celui qui m'avait apostrophée ainsi. J'eus un mouvement de recul qui déclencha une nouvelle comptine de la part d'une nouvelle armure. Cette fois, c'était Petit Papa Noël. C'était chanté tellement fort que nous nous bouchâmes les oreilles en grimaçant. Enfin, l'armure cessa sa cacophonie et nous pûmes enlever nos mains de nos oreilles. Nous nous regardâmes et je lui répondis d'un ton enjoué :
- Tu comprends pourquoi je ne bouge plus ?
- Oui oui, je comprends tout à fait. Ce n'était pas leur meilleure trouvaille de faire chanter les armures.
- Non. effectivement.
- Tu sais que nous avons cours de Potions là ? Et qu'il faut obligatoirement passer par là pour y aller ?
- Oui je sais. Même si ça ne m'enchante pas d'entendre les autres se mettre à chanter. Surtout si elles le font toutes en même temps ! soupirai-je dramatiquement.
- Peut-être qu'en courant et en se bouchant les oreilles nous pourrions y arriver ? me répondit-il avec un sourire.
Je hochai la tête et je remarquai qu'il avait exactement le même sourire que son frère. Regulus Black mit ses mains de chaque côté de sa tête et je l'imitai. Enfin, nous courûmes à travers le couloir en rigolant comme des fous tandis que toutes les armures entonnèrent chacune une chanson différente, toutes plus fausses les unes que les autres. Enfin, nous arrivâmes au bout du couloir et nous attendîmes que les dernières notes se fussent tues pour pouvoir reprendre notre conversation. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant ri !
- Eh bien, quelle traversée ! Pire que si nous avions dû nous battre contre un dragon, se vanta-t-il.
- En effet ! répondis-je en continuant de rire.
- Tu as des problèmes ?
Je m'arrêtai d'un coup. Fronçant les sourcils, je le détaillai. En quoi un Serpentard s'intéressait à une Gryffondor ? Nous avions quelques cours communs ensemble bien sûr, c'est pour ça que je le connaissais, comme le cours de Potions qui n'allait pas tarder à commencer. Ce que je lui fis remarquer en tournant les talons. Il me rattrapa et continua :
- Je le vois bien. Tu es toujours toute seule en classe alors que d'habitude, tu es avec ce gros benêt de John.
- Laisse-le en dehors de cette histoire. Tu ne sais rien de moi ou de lui. Occupe-toi de tes affaires.
- Ça te gêne que je puisse m'intéresser à quelque chose d'autre qu'à moi ?
- Non, mais ça me gêne quand quelqu'un fouille dans les affaires d'autrui.
- Hey, je ne dis rien de méchant.
Comme nous étions arrivés, cela me dispensa de répondre. J'allai m'asseoir au fond de la classe tandis que Regulus allait rejoindre ses camarades de Serpentard. En arrivant, il leur glissa quelques mots et ils tournèrent la tête vers moi. Me sentant rougir, je sortis mes affaires comme si de rien n'était. Je vis par contre que John me fixait intensément et je crus un instant qu'il allait me reparler. Mais il se détourna bien vite de moi. J'espérai alors fermement qu'il n'avait pas remarqué que j'étais arrivée avec Regulus Black. Sinon, il allait encore mal l'interpréter. Je soupirai en laissant tomber mon livre de Potions sur la table. Le cours commença, mais je n'étais pas du tout concentrée.
Mais pourquoi fallait-il toujours que ça empire, bon sang ?
