Bonjour, voilà la suite! Merci à mes lecteurs, surtout à ceux qui reviewent, mais j'aime bien les autres aussi, surtout s'ils sont arrivés si loin sans renoncer. :-)
Après ce chapitre-là, il en restera encore deux... on peut donc dire que c'est bientôt fini, je pense. J'essaierai de les écrire le plus vite possible, pour ne pas trop vous laisser sur votre faim (encore que la fin de celui-là, hum... vous verrez bien).
Bye, baby bunting,
Daddy's gone a-hunting,
Gone to get a rabbit skin
To wrap the baby bunting in
Cain couvrit rapidement la torche, pour qu'ils ne se fassent pas remarquer. Leurs yeux s'habituèrent alors peu à peu à l'obscurité.
Dans une zone loin en contrebas de l'immense grotte naturelle se trouvait une grande cage, que des torches plantées tout autour, au bout de piques, éclairaient de lueurs mouvantes et cauchemardesques.
Les hurlements provenaient de l'intérieur de la cage. Les hommes-loups vêtus de fourrures tachaient de se rouler en boule les uns contre les autres pour se protéger mutuellement des coups. Mais, avec une grande précision, la fouet les frappait tour à tour, les faisant crier de douleur. C'était bien John qui maniait le fouet. Du moins, une personne qui avait sa frêle stature et ses cheveux argentés. Ils ne le voyaient que de loin et de profil, et lui ne les avait apparemment pas vus. Il ne s'était pas tourné vers eux, continuant à frapper méthodiquement les créatures.
Cain fit avancer le petit groupe sur la corniche, pour se rapprocher de John en même temps qu'ils passaient derrière son dos. De plus, la corniche avait un rebord qui permettrait de se dissimuler aux yeux du jeune homme, s'il venait à se retourner.
Les bruits de leur marche étaient entièrement couverts par les claquements du fouet et les hurlements, et ce plan se passa sans encombre. Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient, ils distinguaient mieux la tension sur le visage de John, ils entendaient ses propres cris qui se mêlaient à ceux des loups, et qui trahissaient beaucoup de douleur, peut-être même de la folie.
"Je ne pensais pas devoir dire ça, mais... pauvres bêtes." murmura Mary à son frère.
"Mary." dit Cain, "pourquoi penses-tu que ce sont des animaux?"
"Mais..." elle était surprise, mais se contraignait à chuchoter. "C'est ce que tout le monde dit! Et puis ils ne marchent pas comme des gens, ils ne crient pas comme des gens qui crient, et ils vont chasser les troupeaux la nuit, et..." elle se tut. Elle venait de se rendre compte que, malgré leurs cheveux longs et en désordre, leur peau velue, sombre et déchirée de cicatrices, leur taille immense, leur habillement primitif, elle ne pouvait rien trouver qui les différenciât des humains.
"On ne voit que ce qu'on s'attend à voir, je pense." murmura-t-il, semi-ironique. "Alors? Que pensez-vous de notre interrogation de tout à l'heure? Est-ce bien John qui se trouve ici, ou juste quelqu'un qui lui ressemble, coiffé de faux cheveux - il est bien prudent, pour conserver son déguisement même dans cette cave secrète." Tous étaient surpris par son détachement.
"Je me moque de qui il est!" s'exclama Daniel.
Il sortit de sa poche un vieux pistolet.
"Quand avez-vous...?" demanda Cain.
"Pendant que vous examiniez la frise, je suis passé dans ma chambre." interrompit Daniel. "Même si cela ne doit me servir que de menace, je ne sortirai pas d'ici sans avoir mis hors d'état de nuire l'assassin de mon frère.
"Et de Jack." rajouta Mary.
Cain voulut l'arrêter, hésita, haussa les épaules.
"Faites attention à son fouet." se contenta-t-il de conseiller, observant alternativement Daniel et Mary.
Daniel acquiesça, et descendit silencieusement, après avoir terminé le tour de la corniche et être arrivé à un endroit où le saut était facile.
S'étonnant à tout instant de ne pas être repéré par John, il s'avança lentement dans son dos, son pistolet pointé sur lui.
Il entendait de plus en plus clairement les cris de John.
"Créatures répugnantes! Vous paierez encore et encore, pour avoir volé ma vie et celle de Virginia! Tant que je serai là, vous ne cesserez jamais de payer!"
Il distingua aussi plus clairement ce qui se passait dans la cage. Une de ces créatures, femelle, protégeait en la serrant dans ses bras une toute petite fille aux cheveux sales et aux yeux égarés, qui ne criait pas comme les autres, mais grognait indistinctement.
Plus il s'avançait, plus il ressentait lui aussi de la sympathie pour les hommes-loups et de la répulsion pour John. Il finit par crier de toute sa force.
"Retourne-toi, ordure! Lentement!"
Malgré les hurlements des loups et les siens propres, John l'entendit. Mais au lieu d'obtempérer, il se retourna avec une rapidité surprenante, tout en bondissant en avant, le fouet à la main. La lanière cingla la main de Daniel, le pistolet lui échappa bondit en arrière, sur la droite.
"Qui êtes-vous?" demanda-t-il. "Que venez-vous faire ici?"
Puis sa voix sembla s'éclaircir, et c'est d'un air de surprise qu'il s'exclama "Daniel Sullivan?" Et c'était bien le visage de John, au moindre trait près, avec sa cicatrice sous l'oeil.
Daniel essayait de reculer pour se rapprocher du pistolet, mais brandissant son fouet, John s'exclama d'un air menaçant "Eloignez-vous de cette arme! Et répondez à ma question! Comment êtes-vous arrivé ici? Et pour quelle raison?"
Daniel obtempéra rapidement, humilié. Il recula jusqu'à faire un demi-tour autour de John, en restant à distance respectable de ce dernier et de la cage. Les hommes-loups avaient cessé de hurler.
"Je suis venu par un passage secret depuis chez moi."
"Quoi!" s'exclama John.
"Je sais que c'est vous qui contrôlez ces loups qui sèment la panique!"
"Et alors?" demanda John. "Vous venez me faire chanter, c'est ça?"
"Cet air hautain vous va mal!" s'exclama Daniel, fou de rage. Je viens pour venger mon frère, et votre domestique Jack, et pour vous demander des comptes sur la façon dont vous traitez votre soeur!"
"Qu'est-ce que...?" John fut surpris, l'espace d'un instant, et Daniel lui fonça dessus, sans armes, espérant profiter de son hésitation.
"Vous êtes plus monstrueux que les loups que vous menez!" criait-il. John leva son fouet, prêt à se défendre.
Mais à ce moment, un coup de feu retentit, et John, blessé à la main, lacha son fouet. Il se retourna, pour voir Riff, qui avait ramassé le pistolet et lui avait tiré dessus.
"Merci d'avoir détourné son attention." dit Cain avec un sourire à Daniel, sortant de derrière la corniche naturelle, tenant la main de Mary, "même si je ne sais pas si c'était entièrement volontaire."
Daniel s'était précipité sur le fouet. Il ne savait pas s'en servir, mais il le serrait très fort entre ses mains, comme s'il craignait que John ne le lui arrache à nouveau par quelque moyen dont il avait le secret.
"Pas entièrement, non." reconnut-il. "Merci."
John observait alternativement les quatre visages autour de lui, en même temps que, presque machinalement, il déchirait de ses ongles un morceau de son vêtement pour faire cesser l'hémorragie de sa main. La balle était déjà ressortie. Il semblait, bizarrement, plus calme que quand il était seul avec les loups, quelques minutes auparavant.
"Je crains de ne pas comprendre ce dont vous parlez." dit-il à Daniel.
"Je vous ai vu mener les loups sous la lune! J'étais avec Jack!" John la regarda avec surprise et murmura pour lui-même "Alors, il y a plus de petits espions que je ne le pensais." Cain se mit devant elle, craignant un geste brusque de John.
"Nous ne savons pas forcément tout" dit Cain avec mépris, "mais il est justement temps que nous héritions de la partie que vous connaissez. Vous êtes en situation de faiblesse maintenant. A vous de raconter. D'où viennnent ces hommes-loups, comme les gens du village les appellent, ou plutôt ces hommes? J'en sais plus que ce que vous pensez, je peux reconnaître les mensonges."
"Savez-vous que si je vous raconte cela, je devrais nécessairement vous tuer ou vous faire jurer le secret?" demanda John fièrement, puis il soupira, perdant sa superbe. "En fait, c'est déjà le cas, je le crains. Allons, que je vous explique au moins pourquoi je suis ici et en quoi vous vous trompez."
Il s'assit. Cain le regarda d'un air soupçonneux. Il observa du coin de l'oeil les hommes-loups qui léchaient leurs blessures, et il eut un haut-de-coeur. Riff, l'air inquiet, rechargea le pistolet pendant que Daniel et Cain surveillaient John. Daniel, pris d'une soudaine idée, s'approcha de lui et lui tira les cheveux tandit que Riff le tenait en joue. Ce n'était pas une perruque. John lui adressa un regard haineux, mais ne l'attaqua pas physiquement, comprenant très bien qu'il était en situation de faiblesse.
"Ce que je vais vous raconter est un secret de famille, que je tiens de mon grand-père. Peu de personnes vivantes sont au courant." commença-t-il. "Mon arrière-grand-mère, celle qui avait une réputation de sorcière parce qu'elle savait faire des potions avec des herbes, trompait régulièrement son époux avec des villageois jeunes, forts et stupides, pendant son absence. Mais un jour, il revint des Indes. Il ramenait avec lui une curiosité, une sorte d'homme sauvage, à la peau sombre. Mais ma luxurieuse arrière-grand-mère s'éprit de la violence et de la stupidité de cet homme, et elle s'accoupla avec lui. Son mari la surprit, malgré ses précautions, et il tua l'amant de sa femme, qui pourtant n'avait rien demandé, mais il ne se contrôlait plus. L'histoire se serait arrêtée là, dans la méfiance d'un couple brisé, si mon arrière-grand-mère ne s'était retrouvée enceinte de deux jumeaux, issus de cet accouplement monstrueux. Mon arrière-grand-père n'osa pas les tuer, car ils étaient du sang de celle qu'il avait tant aimée. Il les fit garder dans un des recoins les plus secrets des notre château. Et c'est alors que commença notre malédiction..."
Il s'interrompit, regardant autour de lui. Cain avait encore l'air méfiant, mais les autres commençaient à le croire.
"Mais ces enfants n'étaient pas des humains, c'étaient des monstres! Ils étaient violents et sans intelligence, comme leur père. On dut les enfermer dans une cage... Vous comprenez, ils sont la marque du péché de notre grand-mère! De la même façon que dans la légende Pasiphae, en s'unissant au taureau de Crète, donna naissance au Minotaure qui dévorait des adolescents, de la même façon son péché est notre honte, la faille qui marque à jamais notre famille. Bien qu'ils soient devenus encore plus abêtis à force de se repoduire entre eux, ils restent trop humains, et de notre sang, pour que nous puissions les tuer. Et notre pénitence, pour la faute de notre ancêtre, est de les surveiller, de les tenir secret, et de les nourrir, aussi longtemps que notre famille durera, nos cousins non humains de l'obscurité! Et pourtant je les déteste, je déteste leur bestialité, qui est de mon sang, mais le destin de ma famille doit rester un, ma branche avec la leur. Et je leur en veux pour cela aussi."
"Si on voit quelqu'un comme n'étant pas humain, il ne peut pas le devenir." dit Cain "Il en est de même pour le sauvage que votre ancêtre ramena en cage."
John sembla se débattre contre un souvenir douloureux.
"Vous êtes encore trop idéalistes!" Il s'adressait à tous. "J'ai cru la même chose, autrefois. J'étais encore enfant quand mon grand-père m'a enseigné tout cela et m'a appris que je serais le nouveau chef de famille. Il laissait ces monstres sortir et tuer les paysans qu'ils rencontraient, en disant qu'ils ne devaient pas trahir le secret de la famille, de toute façon. J'en ai encore le goût amer dans la bouche ; cela s'est répété pendant des nuits et des nuits. Même si j'essayais de les emmener sur des pistes où ils trouveraient plutôt des bêtes que des paysans, et que je m'y suis tenu après sa mort."
"Je ne vois pas le rapport!" s'exclama Daniel. "Et puis, je ne sais pas si ce sont les loups ou vous, mais mon frère est mort quand même!"
"Ce n'est pas eux!" s'exclama John. "Le corps était déjà inerte quand l'odeur de sang les a attirés, ils ont commencé à le dévorer, et je les ai empêchés de continuer, pour qu'il puisse avoir un enterrement chrétien! Ils n'ont pu donner que quelques coups de dents, et je les ai fait fuir à coup de fouet!"
"Et les traces de dents de loups?" demanda Cain.
"Ca aussi, je le tiens de mon grand-père." dit John d'un air hésitant. "Il l'utilisait pour faire croire à des attaques des loups ; c'est un crâne en argent qui a la forme de leurs dents, et on peut ainsi imiter leurs morsures."
"Vous vouliez protéger le coupable!" s'exclama Daniel. "Vous devez être son complice."
"Je voulais surtout que personne ne vienne sur mon domaine enquêter, et peut-être découvrir notre secret!" lui répondit John. "Ce qui concerne les lousp est rapidement oublié par la police locale, ils ont peur. Helas, cela ne vous a pas arrêtés."
"Vous nous perdez dans vos explications, John Dawnshill." dit Cain. "Vous ne nous avez toujours pas dit comment vous avez cessé de croire que ces créatures sont des humains."
"Ce sont peut-être des humains, mais la faute de mon ancêtre les a irrévocablement maudits!" s'exclama John. "Peu de temps après la mort de mon grand-père, l'une d'entre eux a eu une petite fille. Il m'est venu à l'esprit de l'élever comme une enfant normale, avec nous ; justement parce que je pensais qu'en la traitant comme une humaine elle pouvait devenir humaine. Toujours en secret, nous avons engagé une domestique pour elle, hors du village. Virginia adorait cette enfant, elle jouait toujours avec elle. Mais cela n'a pas duré. Elle n'apprenait pas à parler, malgré nos efforts. Elle avait, de plus en plus souvent, des accès de colère. Elle déchirait alors tout ce qu'elle avait sur elle et se mettait à hurler. Une fois, elle a tué un chat en lui brisant la nuque. Mais le pire a été quand elle a mordu la femme qui s'en occupait. Elle refusait de la lacher, elle l'a fait saigner. Peu de temps après, cette domestique est devenue folle, elle avait des moments d'égarement, et finalement, elle s'est suicidée. Alors, j'ai compris que l'enfant ne pourrait jamais, au grand jamais, devenir une humaine. Que la malédiction qui pèse sur notre famille en avait fait une bête, pire, un monstre, comme les loups-garous des légendes, malgré son joli visage. Alors je l'ai rendue à sa mère." Il grinça des dents. "Et je ne suis même pas sûre qu'elle y soit moins heureuse."
Daniel fixa la cage. Il venait juste de faire le rapprochement entre la cousine dont Virginia lui avait parlé en l'enfant-louve qui l'avait tant apitoyé il y a quelques minutes.
"Quelle explication ingénieuse!" s'exclama Cain d'un air condescendant. "Qui a parlé de malédiction en premier?"
John le regarda d'un oeil noir.
"Avez-vous une meilleure explication, vous qui faites tant le fier? C'est mon grand-père qui m'a parlé de cette malédiction ancestrale. J'ai entendu aussi, deux fois, soeur Helen le mentionner. Elle est dans le secret, et fait partie des gens qui ont juré le silence, à l'époque où je n'étais pas dans le secret. Elle baptise tous ceux qui naissent ici. Elle dit que ce sont des humains, et que sinon, ils ne connaitront pas le paradis."
Il soupira.
"Pour ma part, je trouve que c'est une absurdité. Peuvent-ils seulement connaître le paradis? Même mon grand-père, qui se targuait tant de sa rigueur chrétienne... Je pense qu'au fond, il pensait qu'ils resteraient des animaux si on ne les baptisait pas, et qu'ils ne pourraient pas connaître l'enfer, et que ce serait injuste, vu les tourments qu'ils nous font subir." Il ricana. "Ou peut-être est-ce ce que je pense moi. Mais dans tous les cas, je ne comprends pas comment quelqu'un de miséricordieux comme soeur Helen a pu être amenée à jouer une pareille mascarade. Cela ne lui va pas. Je me demande si ce n'est pas ça qui est en train de la rendre folle."
Il fit une pause, et rajouta.
"C'est bien en train de me rendre fou, moi."
"Pour répondre à votre question de tout à l'heure" dit Cain, qui contrairement à Mary ou Daniel ne semblait pas ému le moins du monde par le récit de John, "j'ai une autre explication."
John eut un mouvement de surprise. Cain continua. "Il se trouve que j'ai eu l'occasion de faire des analyses sur leur salive, que Riff a confirmées. J'y ai trouvé une toxine, qui caractérise la présence d'un germe bien particulier. Il ne tue pas son porteur, mais le rend petit à petit fou et violent..."
"Ce n'est pas vrai!", interrompit John. Il semblait extrêmement troublé.
"J'ai cru au début que c'était vous qui aviez créé les loups et que vous le saviez," dit Cain, "mais j'accepte de croire à votre version. Ils doivent attraper ce germe très jeunes, par les fréquentes morsures qu'ils se font entre eux, en tant que pratiques sociales."
"Mais la petite!" gémit John. "Quand nous l'avons trouvée, elle n'était pas née depuis plus de quelques heures, et personne ne l'avait mordue!"
"Peut-être avait-elle déjà bu le lait de sa mère, et des germes s'y étaient-ils trouvés. Même si la possibilité n'est pas très grande, c'est un moyen d'attraper cette maladie."
John se mit alors à crier, plus fort encore que les hommes-loups n'avaient crié quand il les frappait.
"Que devais-je faire, alors? Que devais-je faire?" se mit-il à gémir quand-il eut fini. "Comment pouvais-je le savoir? Fallait-il donc que je leur donne mon lait? Ou Virginia, peut-être?" A ces dernières suggestions, il éclata d'un rire hystérique et douloureux. Cain leva un sourcil interrogateur, se demandait si John était définitivement en train de devenir fou.
"Ca va aller, monsieur?" demanda Mary, se penchant vers lui.
John cessa de rire, et la regarda dans les yeux. Le trouble de son regard disparut peu à peu, et ce fut d'une voix normale qu'il parla. "Je le pense. Du moins, je vais pouvoir continuer. C'est bizarre, petite fille, tu me rappelles cette enfant avant que nous ne sachions qu'elle ne pourrait jamais devenir humaine, mais tu me rappelles aussi Virginia ; même si ton frère aussi lui ressemble."
Cain avait eu très peur de voir Mary aussi proche de John, redoutant un geste de folie ou de désespoir, mais rien ne s'était passé. Il la prit par la main, et la maintint solidement derrière lui.
John se releva. "Que comptez-vous faire maintenant?" demanda-t-il à Daniel, à Cain et à Riff.
"Persistez-vous à nier votre participation aux meurtres de Jack et de Thomas Sullivan?" demanda Cain.
"Certainement! Mes loups les ont trouvés déjà morts, je vous l'ai dit!"
"Peut-être pourrais-je vous croire." murmura Cain. "Mais direz-vous aussi que vous n'avez aucune idée de qui les a tués?"
"Absolument aucune!" s'exclama John. Cain le regarda d'un air soupçonneux.
C'est alors qu'ils entendirent un bruit. Il commença par un coup sec, puis gronda comme un coup de tonnerre.
Tous regardèrent d'un air inquiet dans la direction d'où venait le bruit ; et alors Cain, Riff, Daniel et Mary découvrirent une ouverture dans la muraille qu'ils n'avaient pas encore remarquée, dans la direction opposée de celle par laquelle ils étaient venus.
"Encore un couloir!" s'exclama Mary.
John hocha la tête. "Je ne sais pas d'où viennent ces chemins secrets, apparemment ils sont encore beaucoup plus anciens que les loups. C'est un vrai labyrinthe, et mon grand-père n'a pas pu m'enseigner tous les passages. Il ne les connaissait pas lui-même.
"Quel est ce bruit?" lui demanda sèchement Cain.
"Je n'en sais pas plus que vous." répondit John. "Je pensais qu'ils devaient être de vos amis, en fait. Qui d'autre pourrait être ici? Si vous me laissez sortir ma meute, j'irai à la rencontre de ce danger."
"Nous n'avons confiance ni en eux ni en vous!" s'exclama Daniel.
"Je ne pense pas non plus que nous allons vous laisser partir." dit Cain. Mais je voudrais bien aller voir quelle est l'origine de ce bruit. Si vraiment vous n'êtes pas l'assassin de Thomas et de Jack - ce que je vais admettre au moins temporairement - il se pourrait très bien que nous le trouvions ici, lui aussi."
"Nos intérêts coïncident donc." dit John. "Allons-y, je vous mènerai."
"Nous allons vous attacher les mains." dit Cain, et Riff entreprit de le faire. "Il me semble que vous êtes bien calme, John Dawnshill."
"J'ai encore des choses à vous demander." dit John. "Si vous trouvez le meurtrier, ou que d'une manière ou d'une autre, je réussis à vous convaincre que ce n'est pas moi, accepterez-vous de promettre le secret et de nous laisser en paix?"
"Croyez-vous que vous êtes en mesure de nous demander cela?" répondit Cain. Ils avançaient maintenant en direction du troisième couloir, laissant les loups dans la pièce. D'un signe de tête, John leur fit signe de prendre des torches, ce que firent Riff et Daniel, qui éteignirent ensuite les autres.
"C'est la tâche qui m'a été assignée." dit John. "Peut-être ne pouvez-vous pas comprendre une telle charge. J'y ai consacré ma vie, elle n'aurait plus vraiment de sens si j'échouais. De plus, si vous me faites une telle promesse, je vous aiderai d'autant plus."
"Nous n'avons pas besoin de votre aide!" s'exclama Daniel. "Je n'aime pas du tout la façon dont vous traitez ces... ces gens! Vous vous complaisez dans cette histoire de malédiction!"
"C'est une autre des choses que je voulais demander." dit John, alors qu'ils commençaient à s'engager dans le couloir d'où était venu le bruit. "Vous avez parlé de maladies, de germes. Je ne m'y connais pas du tout, mais... y aurait-il un moyen de les guérir?"
Il y eut un long silence embarrassé, puis Riff répondit.
"Pas de guérir ceux qui sont déjà contaminés, à ma connaissance. Mais j'ai entendu parler de recherches... peut-être serait-il possible de prémunir ceux qui vont naître, à l'avance, contre la maladie."
"Dieu merci!" s'exclama John.
Daniel fut surpris par cette effusion, et il fit une grimace interrogative, semblant en mettre en doute la sincérité.
"Je devrai toujours m'en occuper, mais si c'est possible, peut-être la famille Dawnshill ne disparaîtra-t-elle pas."
"Pourquoi ne se prolongerait-elle pas avec vos descendants?" demanda Cain. "Vous êtes encore jeune."
"Je ne me marierai pas." dit John, "et Virginia non plus." Ils continuaient à avancer dans le tunnel, mais il n'y avait pas eu de nouveaux bruits. "Nous allons bientôt arriver à une bifurcation." dit-il encore. "L'un de ces chemins mène au château, et l'autre à l'extérieur. c'est par-là que je les fais sortir."
"Mariez-vous ou ne vous mariez pas, comme vous voudrez!" s'exclama Daniel, "mais pourquoi imposer ce destin à Virginia aussi?"
"Ce n'est pas moi qui l'impose." répondit John.
Cain le fixa, et Daniel rougit, mais il continua sa tirade semi-intéressée, semi-idéaliste.
"Mais c'est quand même de votre faute! Parce qu'elle se sent responsable de vous! Vous devriez la laisser partir, si vous voulez vraiment son bonheur! Lui dire que vous n'exigez pas sa présence!"
John le fixa. "Vous êtes amoureux de Virginia."
Daniel rougit encore, balbutia quelques mots "Je sais bien que... elle n'est pas de mon rang..."
"Oubliez cela." répondit John. "Ce n'est pas qu'une question de rang. Vous ne pourrez jamais épouser Virginia."
Les yeux de John s'emplirent de fureur, et il était en train de chercher une réplique cinglante, quand il y eut un fort courant d'air ; et toutes les torches s'éteignirent.
Ils se trouvaient dans le noir total, ne pouvant que fixer les braises survivantes, qui n'éclairaient rien. Il y eu des bruits. Mary cria qu'elle venait de se cogner le genou.
Riff souffla sur sa torche pour tenter de la raviver. Il y réussit, et au bout de même pas une minute, il y avait à nouveau une flamme qui éclairait le couloir.
C'est alors que John, Daniel, Mary et Riff se rendirent compte que Cain avait disparu.
