J'ai toujours adoré la manière dont Roy et Riza parvenaient à communiquer : un simple regard, quelques mots, un message dissimulé... J'avais envie d'exploiter les souvenirs évoqués dans le tome 19. En quelque sorte, cette histoire cherche à retranscrire les passages entre les lignes du manga.

Cette fois, j'ai plusieurs choses à dire : tout d'abord, merci pour vos commentaires, c'est très gentil de votre part d'avoir réagi à mes réclamations (Qui peut s'en empêcher ? :D). Ensuite... Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que les descriptions des paysages enneigés sont vraiment plaisantes à faire. Et j'aime beaucoup écouter Snow Patrol en hiver, c'est comme si ses chansons s'accordaient parfaitement avec cette atmosphère. Je viens seulement de me rendre compte que dans ce chapitre, Roy utilise son alchimie alors qu'il neige. Je ne suis pas sûre que cela soit physiquement possible.

A part cela, j'ai découvert hier une chose extraordinaire (Mon coeur est encore en émoi ! Attention SPOIL) : ouvrez grand vos mirettes, le Royai est officiel. L'auteur a commenté dans le troisième artbook une illustration de Roy et Riza en indiquant que si ces deux derniers ne se mariaient pas, c'était effectivement à cause de la réglementation militaire. En d'autres termes, cela signifie qu'ils l'auraient fait en d'autres circonstances ! N'est-ce pas génialissimement merveilleux ?

The Lightning Strike (What If The Storm Ends ?), Run - Snow Patrol.


Les montagnes de Briggs s'étendaient jusqu'à la ligne d'horizon, surplombant le paysage septentrional recouvert par un manteau de neige intacte. Des flocons tombaient incessamment, virevoltant indistinctement avec le souffle du vent glacial. Ils vinrent s'écraser avec douceur sur les joues de Riza qui levait les yeux vers le ciel pâli par les nuages blafards.

C'était la première fois qu'elle apercevait autant de neige d'un seul coup. Elle habillait littéralement tout le décor, parant les branches des arbres dépourvus de feuilles et les toits des nombreuses habitations de la cité, emprisonnant ainsi la région nordique dans un hiver éternel. La froideur de l'air rougissait son visage accoutumé aux tièdes températures de l'Est. Instinctivement, elle restait immobile et cherchait péniblement à capturer de la chaleur, quelle que fût son origine.

Frémissante, Riza resserra contre elle son uniforme spécialement conçu pour le Nord, censé la protéger du froid. Même sa capuche étoffée de fourrure n'était pas suffisante. Elle n'aurait pas imaginé qu'il pût faire aussi froid alors qu'il faisait si bon dans le reste du pays. Elle respira un grand coup d'air glacé et tenta de s'acclimater du mieux qu'elle le pouvait. Si elle devait rester ici plusieurs semaines, autant commencer tout de suite.

« Pas trop froid, sous-lieutenant ? » demanda la voix rauque de Mustang.

« Ça peut aller. » mentit-elle, sachant pertinemment que son corps tremblotant la trahissait.

Roy se mit à rire en dévoilant les efforts qu'elle déployait pour à la fois ne pas se faire engourdir par le froid et nier son affaiblissement quoi que naturel à son supérieur. Elle fit une grimace et envoya paître le lieutenant-colonel, avant de se borner à contempler silencieusement l'immense chaîne de montagnes lointaines.

« Le départ pour Briggs sera pour bientôt. » informa-t-il, un sourire toujours dessiné sur ses lèvres.

« Bien, monsieur. » répondit-elle.

Elle embrassait du regard le paysage escarpé, confondu entre la blancheur immaculée de la neige abondante et d'autres teintes grisâtres plus ou moins sombres. Au bout d'un moment, elle remarqua que Roy n'était plus à côté d'elle. Elle chercha des yeux le reste de l'équipe militaire et les aperçut à quelques mètres de là, abrités sous le toit de la gare. Hawkeye les rejoignit sans attendre.

« Dépêchez-vous, sous-lieutenant ! » s'impatienta faussement Breda, avant d'ajouter, ironique : « Nos carrosses sont arrivés... »

Riza haussa un sourcil et jeta un bref coup d'œil en direction des carrosses en question. En effet, de nouvelles carrioles, légèrement plus sophistiquées que celles des confins de l'Est, les attendaient. Toutefois, elles lui parurent bien peu adaptées au climat.

« Il n'y avait pas une route jusqu'à la forteresse de Briggs ? interrogea Fuery, également perplexe devant le mode de transport. Pourquoi ne l'empruntons-nous pas ? »

« Vous avez raison, sergent, affirma Falman. Je suppose que cela fait partie de l'entraînement... De toute manière, nous reviendrons bientôt au Q.G. du Nord. »

« J'espère... » soupirèrent en chœur Breda et Fuery.

« Qu'est-ce que vous attendez ? fit la voix empressée du lieutenant-colonel Mustang depuis les carrioles. On doit y aller. »

« Il se moque de nous ou... »

« Venez. » ordonna Hawkeye pour couper court à toute protestation.

Les militaires se turent et grimpèrent sur les constructions mobiles douteuses destinées à les acheminer au cœur des montagnes.


Le voyage s'avéra, à leur grand étonnement, court et aisé. Cependant, il ne les conduisit pas directement jusqu'à la forteresse comme ils le croyaient. Les carrioles s'arrêtèrent devant l'ouverture d'un chemin qu'ils durent emprunter à pied. Les douces chutes de neige se muèrent brusquement en tempête alors qu'ils n'étaient qu'à la moitié du trajet.

Immédiatement, l'avancée devint rude à travers le souffle féroce de la bise. Ils réussirent tout de même avec acharnement à gagner le mur de Briggs. Des soldats du Nord les avait interpellés, juste avant qu'ils ne l'eussent atteint. Ces militaires s'étaient montrés incroyablement méfiants et allèrent même jusqu'à les menacer. Recrus de fatigue, les équipes de l'Est arrivèrent enfin à la muraille.

Gigantesque, elle s'étendait sur tout l'espace où ne s'élevaient pas les pics montagneux qui délimitaient les frontières entre Amestris et le pays voisin. Jamais ils n'avaient vu un édifice aussi imposant. Ils découvrirent avec stupéfaction que le reste de leurs troupes était déjà arrivé depuis longtemps. En réalité, ils ne les avaient pas suivis mais avaient fait le voyage en voiture, grâce à la route dont ils avaient parlé plus tôt.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » s'indignèrent-ils, une fois rentrés dans l'énorme bâtiment après avoir subi les multiples inspections visuelles des soldats nordiques qui se méfiaient de tout.

« Dans le monde, il y a des forts et des faibles. Des chanceux et des malchanceux. Si vous êtes venus ici pour vous plaindre, repartez tout de suite. »

La femme qui avait prononcé avec sécheresse ces paroles n'était autre que le général de division Armstrong, chargée de superviser à l'aide des hauts gradés orientaux les manœuvres conjointes des deux régions. Elle avait de très longs cheveux d'un blond éclatant et son visage où brillaient de vivacité et d'intelligence deux yeux d'un bleu océanique exprimait la dureté et l'implacabilité. Ses lèvres proéminentes étaient tordues en une moue colérique de mauvaise augure.

« Le fort de Briggs n'accepte pas les mauviettes, rugit-elle. Alors montrez-moi de quoi les soldats de l'Est sont capables et je vous respecterai. »

Fuery, posté au milieu des troupes, échangea un regard subreptice avec ses camarades et ils déglutirent. Située juste devant eux, Riza entendit et, fixant le général avec détermination, approuva intérieurement leurs chuchotements.

« Ça promet... »


Les militaires ne s'attardèrent pas à l'intérieur de la forteresse. Le plus tôt possible, ils furent envoyés en plein milieu de la montagne afin d'inaugurer les exercices pratiques dans la nature enneigée. Deux camps s'étaient formés : inévitablement, celui de Briggs et celui de l'Est. La bataille serait engagée d'ici peu. Riza arpentait le grand chalet dans lequel ils s'étaient établis. Ce n'était malheureusement pas assez spacieux pour des troupes entières, même s'il y avait plusieurs demeures. Elles n'étaient pas non plus très bien équipées et ne disposaient pas de qualités particulières. Ils avaient au moins un endroit où se poser, parce que les exercices seraient certainement harassants et de plus, ils n'allaient pas rester tout le temps au même endroit. Il faudrait faire avec.

Le soir venait à peine de tomber. Ils avaient appris que les échauffourées commenceraient le lendemain matin à l'aube. Riza rejoignit la chambre qu'elle partageait avec d'autres femmes militaires. En vérité, elles étaient largement minimes par rapport aux effectifs masculins et bénéficiaient donc d'une chambre homogène.

« Alors, quoi de beau, sous-lieutenant Hawkeye ? Le palace est à votre goût ? »

Riza se tourna vers son amie qui était assise tranquillement sur son matelas, en attendant la réunion stratégique qui aurait lieu un peu plus tard. Les autres occupantes n'étaient pas encore arrivées.

« Je crois que j'ai compris le message, Rebecca... » déclara-t-elle en secouant la tête, blasée. « Et je te signale que, contrairement à d'autres, nous avons traversé la montagne à pied. » rajouta-t-elle en insistant sur le dernier mot.

« Le hasard fait bien les choses. » énonça sa camarade en riant de façon guillerette.

Hawkeye vint s'asseoir en face d'elle, sur sa propre couchette.

« Je sens que la semaine ne va pas être de tout repos, en tout cas. »

« En effet. Mais de toute façon... Oh, tiens, salut, Nora. »

Une militaire était entrée dans la pièce. Elle leur adressa un hochement de tête pour les saluer et prit place à leurs côtés.

« Pardon de vous interrompre. La réunion est dans quelques instants, il ne faudra pas traîner. » annonça-t-elle.

Elles acquiescèrent et la remercièrent. Pendant qu'elles continuaient de converser, Hawkeye remarqua que Nora l'observait étrangement du coin de l'œil. Elle choisit de ne pas réagir, ne voulant pas s'attirer d'ennuis. Rebecca, au contraire, qui avait également noté ce détail, interrompit son discours et intervint.

« Un problème, mesdames les snipers d'élite ? » railla-t-elle sans méchanceté.

Nora rougit et se détourna promptement.

« Aucun. » prétendit-elle froidement. Et elle se rembrunit.

Riza ne s'était pas mêlée à la discussion, mais n'en pensait pas moins.

« La semaine ne sera pas de tout repos... » se répéta-t-elle en elle-même.


« Ça va ? »

Roy s'était approché de la fenêtre où se trouvait sa subordonnée, dans le hall parmi les autres soldats, observant la neige tomber nuitamment à travers les carreaux. Hawkeye hocha la tête, sans rien dire. La fraîcheur avait fait apparaître une buée sur la vitre qui devenait de plus en plus opaque au fur et à mesure que la nuit et le froid avançaient.

« Je me demande si nos troupes arriveront à combattre celles de Briggs, finit-elle par reconnaître. Nous ne sommes clairement pas habitués à ce climat. »

« Voyons, Hawkeye. Avec l'alchimiste de flamme dans nos rangs, nous ne craignons rien. » assura-t-il avec un sourire confiant.

« Sauf votre respect, je vous trouve un peu orgueilleux, monsieur. »

« Mais non, pas du tout, sous-lieutenant. » rit-il, conscient d'amuser sa subalterne, même si elle paraissait exaspérée par ses prétentions. Puis il ajouta avec une pointe de sérieux : « Ne vous inquiétez pas. Nous avons une bonne capacité d'adaptation. Au pire, nous mourrons tous congelés et servirons de repas aux ours. »

« ... » fut la réponse de Riza.

Roy réprima un éclat de rire en voyant l'expression qu'elle tirait et voulut continuer de la taquiner, mais des regards étaient sans doute tournés vers eux et il ne devait pas paraître trop familier avec elle. Cette fois, il adopta un ton posé.

« Je vous fais confiance pour la suite. Nous agirons peut-être séparément jusqu'au bout. »

Elle opina de nouveau. Le lieutenant-colonel reconnut sa volonté implicite de chercher à se montrer digne de la confiance qu'il lui vouait. Il se promit d'accomplir sans faute ce qu'il devait faire et s'éloigna.


Le froid était encore plus rude qu'il ne l'avait imaginé. Son escouade et lui-même attendaient dans les tranchées creusées de manière précaire. Il ne neigeait pas plus que d'habitude, mais le blizzard était intense. Si les flocons ne cessaient pas de tomber, ou si un coup de vent trop intense se manifestait, il risquait de balayer leurs ambitions et de submerger entièrement les tranchées en provoquant des chutes de neige. Roy cria à son équipe de se hâter et ils parcoururent avec difficulté le chemin que traçaient les canaux. Ils arrivèrent à un point repère où un renfoncement dans la neige avait été aménagé pour se protéger de la tempête.

« Nous n'allons pas rester éternellement ici, décréta-t-il. Je vais construire un nouveau boyau, mais ce ne sera pas discret et probablement dangereux, alors préparez-vous. »

Les soldats obéirent et reculèrent pour laisser la place à leur supérieur. L'alchimiste claqua des doigts et une explosion mesurée retentit, créant ainsi un nouveau tunnel qui les conduisit un peu plus loin. Ils atteignirent une nouvelle tranchée qui semblait s'étirer perpétuellement dans le paysage.

« Lieutenant-colonel, prévint soudain Havoc qui faisait partie de son équipe, l'autre escouade est là-bas. Regardez. »

Mustang plissa des yeux dans le but de porter son regard plus loin et examina les silhouettes basses des individus qui se tenaient à l'autre bout de la tranchée. Ils les rejoignirent hâtivement. Sous le coup de la surprise, le chef de leur équipe ordonna à ses subalternes de pointer leurs armes vers eux. Roy se stoppa net et leva les mains en l'air en signe de retraite.

« Mais qu'est-ce que vous faites ici ? » s'écria Ouny, à la tête de l'escouade.

« J'ai créé un passage à l'aide de l'alchimie, informa-t-il. Nous ne pouvons pas attendre que les soldats de Briggs nous attaquent. Il faut changer de stratégie. »

Ouny n'avait pas l'air enchanté de cette modification imprévue. Il s'insurgea :

« Ce n'est pas le moment de divaguer, Mustang. Nous devons suivre le protocole. »

« Si tu agis sans réfléchir en temps de guerre, rétorqua l'alchimiste de flamme, tu perdras tous tes hommes. Nous n'avons pas le temps d'attendre davantage. Briggs a le dessus en termes de puissance et d'habitude. Ils connaissent le terrain. »

Le militaire grimaça, irrité, mais n'avait rien à répliquer.

« Et que comptes-tu faire dans ce cas ? »

Roy sourit malicieusement.

« Ils connaissent le terrain, mais nous, nous pouvons le changer. »


Un quart d'heure plus tard, une myriade d'explosions fumantes déchiraient l'atmosphère. Au milieu de toutes ces détonations, subrepticement, Roy et son équipe s'infiltraient à travers les boyaux qu'ils construisaient. Ils devaient diminuer la distance qui les séparait des soldats de Briggs, peu importe les risques encourus. Néanmoins, ils s'immobilisèrent quelques instants le temps de se poser et de modérer leurs futures actions. De l'autre côté, la troupe d'Ouny se positionnait, dissimulée par la fumée, afin d'assaillir prochainement les ennemis de rafales de tirs. Nora, la sniper expérimentée de son équipe, avait intégré provisoirement l'escouade de Mustang.

« Il va falloir que vous restiez à l'écart, commandait Roy. Normalement, vous auriez dû rester avec les autres, mais plus vous serez près et mieux vous tirerez. Pour l'instant ils ne vont rien voir avec toute cette fumée. »

L'équipe s'avançait prudemment. Ils suspendirent leur progression dans un espace circulaire engendré par alchimie. Havoc trépignait d'impatience à l'idée d'engager enfin la véritable bataille. S'ils n'avaient pas bougé, le froid les aurait certainement paralysés jusqu'aux os. Ils prirent position et vérifièrent les derniers détails du plan d'attaque. Quand cela fut terminé, Roy s'adressa de nouveau à Nora.

« Ne les tue pas, quand même. » dit-il, plaisantant à moitié.

« Merci, je sais ce que je fais. » répliqua-t-elle sèchement.

Roy n'ajouta rien et regretta que la sniper d'élite de leur équipe provisoire n'eût pas été Hawkeye. Nora se rendit compte de sa rudesse et voulut s'excuser, mais au même instant, les simulations d'hostilité s'étaient déclenchées. Des tirs de Briggs pourfendirent l'air en direction de leurs tranchées, et les réponses ne tardèrent pas à venir. Ulrich, un soldat de l'équipe, en vint à demander, dubitatif :

« Ce n'était pas censé être un entraînement ? Je trouve qu'ils y vont un peu fort. »

« Eh bien, se réjouit Mustang, notre riposte sera à la hauteur de leurs attentes. »

Et, disant cela, il lança les opérations avec zèle. Une énorme explosion, bien plus puissante que les précédentes, détonna en brisant et faisant fondre les couches de neige au passage. Des cris de surprise en provenance de la première tranchée de Briggs parvinrent à leurs oreilles. Roy et son équipe s'enfoncèrent dans les galeries et rattrapèrent bien vite le territoire ennemi. L'alchimiste de flamme était en tête, pulvérisant les tranchées en prenant soin à ce que la neige ne s'effondrât pas sur eux. Ils reçurent des tirs confus en guise de réponse et d'autres tentèrent de s'approcher pour les capturer ; cependant, au bout d'un moment, Roy perdit patience et se mit à détruire toute la zone afin de mettre à nu le territoire ennemi.

La bataille qui s'ensuivit fut très chaotique, étant donné qu'il ne s'agissait plus du tout d'un combat à distance, mais d'une escarmouche directe. Plus tard, les exploits ostentatoires des deux équipes de l'Est au cours de l'exercice militaire et particulièrement celle de Mustang seraient louangés de tous les soldats... Ou peut-être jugés inconvenants et admonestés. Quitte ou double, pensa Roy en faisant valser avec entrain la neige devant ses yeux.


Les jours passèrent lentement. L'entraînement dans les montagnes de Briggs devint de plus en plus ardu, principalement à cause des tempêtes violentes et impromptues qui s'abattaient sur le territoire au moment où ils s'y attendaient le moins. S'ajoutaient à cela la hargne et la combattivité féroce des troupes du Nord, toujours prêtes à les affronter puis à les rabaisser plus bas qu'ils ne le pouvaient. Ils avaient incontestablement l'avantage sur l'armée de l'Est, même si cela n'empêchait pas certains militaires de briller de par leur force, leur efficacité ou bien leur capacité stratégique.

L'alchimiste de flamme avait pris soin de se démarquer de cette façon, démarquage qui par ailleurs n'était pas passé inaperçu après les premières rixes qui s'étaient déroulées dans les tranchées. Pourtant, Olivia Mira Armstrong ne semblait pas le porter dans son cœur, en dépit des performances relativement audacieuses qu'il avait réalisées avec son équipe. Il n'eut le droit à aucune félicitation.

Hawkeye, par contre, ainsi que de nombreux autres soldats, furent grandement encouragés par le général de division au cours des manœuvres. Parallèlement à cela, les formations furent modifiées et certains comme Ouny ou Nora partirent dans d'autres sections. La tactique consistait à tester toutes les compositions d'équipes possibles afin de voir laquelle était la meilleure. Ce fut donc ainsi que Riza se retrouva de nouveau au sein de l'escouade de Mustang. Union ingénieuse, puisqu'ils avaient pratiqué suffisamment d'exercices en temps réel ensemble pour qu'ils sussent sans problème comment organiser les rôles entre eux.

Ils gravissaient les pentes neigeuses de la montagne, avançant laborieusement à travers l'averse de flocons qui leur fouettait le visage et les étourdissait. L'objectif de cette mission était de récupérer une carte enfouie au fin fond de la région et de la ramener. Leur équipe était composée de huit individus seulement. Ils n'avaient pas obtenu de nombreuses informations avant de partir, aussi peinaient-ils à anticiper le chemin qu'ils devaient prendre. Le climat drastique les obligeait à trouver de nouvelles méthodes d'adaptation pour survivre dans le froid.

Mais à ce moment-là, le pire n'était pas encore arrivé. Ils ne se doutaient pas qu'un événement d'une telle ampleur pût se produire. Ils avaient tout de même été prévenus de ne pas rester seuls dans les montagnes, auquel cas ils seraient livrés à eux-mêmes, à des kilomètres plus loin du fort de Briggs, et risquaient fort de succomber. Ce fut exactement ce qui se produisit.

Un violent blizzard soufflait sur l'immense plaine blanche que l'équipe de Mustang franchissait, tandis que les rares pins au lointain se courbaient sous l'intensité de cette bise impitoyable. Les cieux s'assombrissaient de plus en plus, malgré la nébulosité grisâtre qui en recouvrait infiniment l'étendue, annonçant le commencement prochain d'un cycle nocturne glacial. Les soldats étaient aveuglés par la blancheur qui les envahissait de toute part.

Des coups retentirent soudainement dans l'atmosphère et ils stoppèrent leur marche aussitôt, écarquillant les yeux de stupéfaction. Au loin, ils discernèrent les silhouettes d'une troupe d'hommes qui semblaient foncer vers eux. De nouveaux tirs fusèrent en leur direction.

« Qu'est-ce que c'est...? » s'alarma un des soldats de la troupe, sa voix se perdant dans les bourrasques de vent.

Fronçant les sourcils, Roy sembla réfléchir un instant. Puis il se rendit compte de tout. Trop loin. Ils étaient allés trop loin dans les montagnes.

« Tous à couvert ! » hurla-t-il brusquement.

Les hommes de son équipe paniquèrent et ils s'empressèrent de se jeter par terre ou de se disperser. Au même moment, une énorme explosion ébranla le paysage, provoquant des jets cinglants de neige aux alentours. Ce n'était pas l'œuvre de Roy. La mission était en train de prendre des dimensions qui n'étaient pas prévues du tout.

« Ce sont des soldats de Drachma ! s'époumona Mustang de toutes ses forces. Dépêchez-vous de partir, et vite ! »

Il créa une déflagration alchimique pour répondre à l'ennemi et, faisant ainsi diversion, les soldats se précipitèrent à travers la neige virevoltant dans tous les sens afin de s'éloigner le plus loin possible. Roy avait empoigné vigoureusement le bras de Hawkeye, totalement sidérée, et l'avait entraînée dans sa course frénétique. Leurs pieds s'enfonçaient profondément dans la neige, rendant immanquablement leurs déplacements pénibles et maladroits. Derrière eux, l'avalanche de neige engendrée par les explosions était en train de tout recouvrir. Il fallait se presser. Ne pas regarder en arrière. S'ils ralentissaient, ils se feraient engloutir par les tonnes de neige blanchâtre.

Roy trébucha tout à coup et tomba, entraînant Riza dans sa chute. Sa figure s'écrasa dans la neige et il sentit le froid et l'humidité engourdir tout son corps. Il tenta de se relever, mais il n'en pouvait plus. Il se sentait enveloppé dans une coquille de froideur qui le paralysait littéralement. Il allait mourir ici s'il ne se mouvait pas.

« Lieutenant-colonel ! s'écria Riza avec véhémence, tentant de le relever. Levez-vous, il faut partir...! »

Elle le secouait vainement, puis s'efforça de le tirer en arrière. Mustang parvint enfin à s'extirper de la crevasse et à se rasseoir. Il toussa rauquement, crachant toute la neige qu'il avait avalée, et inspira une bouffée d'air glacé.

« Bon sang, articula-t-il en soufflant bruyamment, vous m'avez sauvé. »

« Il faut partir ! » répéta Riza en plaquant précipitamment ses mains sur les joues de son supérieur pour réchauffer son visage trempé.

Encore estomaqué par ce qu'il venait de se passer, Roy hocha la tête et ils se relevèrent, jetant un coup d'œil en arrière. La neige s'était entièrement déversée là-bas, mais il ne fallait surtout pas qu'ils s'attardassent dans les environs. Ils avaient perdu les autres. Tant pis.

Ils se remirent à courir fiévreusement à travers la neige, la tempête, les arbres, le blizzard. Tout le reste importait peu. Ils devaient s'éloigner, s'éloigner encore, s'éloigner le plus vite possible. Ils n'étaient pas en sécurité ici. Si le pays voisin entrait en conflit direct avec eux et qu'ils répondaient, ce serait la guerre dans toute la région nordique du pays et ça, ils ne pouvaient pas l'accepter. Il valait mieux s'éloigner. Envers et contre tout. Il était hors de question pour eux de mourir aussi facilement.


À la tombée de la nuit, le blizzard s'était estompé. Les flocons tombaient tout de même en abondance et les frimas hivernaux brouillaient l'air. Mustang et Hawkeye trouvèrent refuge dans une sorte de cabane abandonnée au creux de la forêt. Ils ne savaient absolument pas où ils se trouvaient et ils s'étaient sans aucun doute complètement détournés de leur itinéraire de départ. Ils se dépêchèrent de rentrer à l'intérieur du minuscule chalet et de se mettre à l'abri.

Il n'y avait qu'une seule pièce, mais ce serait largement suffisant. Roy avisa une cheminée au fond de la cabane où se trouvaient des vieux morceaux de bois décrépis et humides. Il claqua des doigts et fit apparaître une gerbe de flamme qui embrasa les bûches. D'autres rameaux et brindilles inutilisés se trouvaient encore à côté de l'âtre. Les mains tremblantes, il s'en empara et les jeta dans le feu qui s'intensifia aussitôt.

Les deux militaires s'assirent devant la cheminée, laissant la chaleur réconfortante des flammes s'emparer d'eux. Ils avaient tellement froid qu'ils eussent voulu toucher les braises s'ils l'avaient supporté. Riza se blottit contre l'épaule de Mustang, cherchant à capter la propre chaleur de son corps. Il soupira et déposa légèrement sa tête sur la sienne.

« Ce n'est pas gagné d'avance, dit-il doucement. Il faudra retrouver les autres demain, et nous ne savons pas où nous sommes... »

Riza acquiesça faiblement et ferma ses paupières lourdes de fatigue. Elle se sentait emportée par le sommeil, épuisée par le froid, la course, les multiples péripéties. Roy se leva, faisant basculer sa subordonnée qui faillit perdre l'équilibre.

« Venez. » fit-il en indiquant le lit qui se situait dans un coin de la pièce.

Elle se mit debout à son tour et le rejoignit. Les draps étaient désagréables et humides. Ils fouillèrent un peu la cabane et dénichèrent dans une armoire quelques couvertures dont ils s'emparèrent, s'installant confortablement dans le lit. Elles étaient déjà beaucoup plus chaudes. Riza accrocha ses mains à l'uniforme de Mustang et se serra contre lui, frissonnante.

« Vos vêtements sont encore humides. » constata Roy lorsqu'il passa son bras autour d'elle.

Elle ne répondit pas. Il replaça une mèche de ses cheveux blonds qui effleurait son visage et descendit jusqu'aux attaches de son uniforme qu'il défit lentement. Quand il eut retiré sa veste, il glissa ses mains sous son haut pour l'ôter délicatement. Riza sursauta en sentant la froideur de sa peau entrer en contact avec elle, sur son ventre. Il finit de la déshabiller, la laissant en sous-vêtements, et fit de même avec lui. Elle frémissait de froid mais se sentait de plus en plus gagnée par le sommeil, bercée par les caresses de son supérieur qui l'avait dévêtue avec douceur.

Roy se plaça au-dessus d'elle en faisant attention de ne pas l'écraser puis s'allongea légèrement sur elle, recouvrant son corps du sien. Sa peau était glaciale. Riza se calma en sentant la chaleur corporelle de Roy grimper progressivement jusqu'à irradier de partout. Ils se transmirent peu à peu leurs chaleurs respectives. Hawkeye soupira de contentement, enfin préservée du froid.

« Ça va mieux... murmura-t-elle. Merci. »

Il sourit et se replaça sur le côté.

« Je vous l'avais dit que vous ne risquiez rien avec l'alchimiste de flamme. »

Riza rit doucement et se blottit de nouveau contre lui, avant de sombrer rapidement dans le sommeil.


Les rayons diurnes du soleil levant s'infiltrèrent à travers les interstices des rondins de bois qui formaient la petite cabane esseulée au cœur des montagnes forestières, ensevelies sous une neige éblouissante. Riza s'éveilla aux premiers effleurements de l'aube qui vinrent chatouiller son visage teinté d'un vif incarnat dû à la température avoisinant nettement les chiffres négatifs.

Sa réaction instinctive fut de se recroqueviller sur elle-même, cherchant les dernières émanations de chaleur, et elle se pelotonna sous les couvertures bizarrement rêches. Puis elle se rappela ce qui s'était passé la veille, ce qu'elle était censée faire, et au prix d'un effort douloureux, elle s'arracha du lit. Mustang n'était pas là. Elle se hâta de remettre ses vêtements, sentant le froid picoter sa peau, et sortit du cabanon.

Cette fois, il ne neigeait plus. Le ciel affichait un impeccable bleu céruléen où poignait l'éclat du soleil brûlant. Elle embrassa le paysage du regard, scrutant parmi les arbres bruns où cheminait peut-être son supérieur. Cependant, elle n'aperçut pas le moindre signe de vie humaine. La forêt, après avoir pâti des virulentes tempêtes, semblait plongée dans une quiétude silencieuse. Riza s'étira et préféra rentrer à l'intérieur en attendant qu'il revînt. Elle avait bien envie d'explorer les environs, mais s'il reparaissait alors qu'elle n'était plus là, cela n'allait pas arranger la situation.

Roy ne tarda pas à regagner le petit havre précaire. Un nuage de buée franchissait ses lèvres à chaque respiration, s'éteignant ensuite dans l'air ambiant. Le feu crépitait encore dans la cheminée, ses dernières flammes faiblissant à vue d'œil. Il trouva sa subalterne en train d'examiner minutieusement l'habitation et ce qu'elle contenait.

« Vous êtes réveillée, Hawkeye, remarqua-t-il en entrant. Je ne voulais pas trop m'éloigner au cas où, j'ai bien fait. »

Riza abandonna son inspection et le rejoignit.

« Des nouvelles ? » s'enquit-elle.

« Plus ou moins. Je crois que nous pouvons rattraper un chemin si nous continuons à cinq heures. Mais j'espère qu'il n'y aura pas d'obstacles. Apparemment, il n'y a rien aux alentours. Allez savoir comment nous avons atterri ici... »

Elle esquissa un sourire moqueur.

« Coup de chance inouï. Ou bien vous nous avez encore emmenés on ne sait où. » présuma-t-elle malicieusement devant sa figure embarrassée, puis elle ajouta avec plus de sérieux : « Il n'y a pas de temps à perdre, monsieur. »

Mustang était du même avis. Ils s'arrangèrent pour remettre en place tout ce qu'ils avaient touché, éteignirent le feu et quittèrent le gîte, disparaissant dans la forêt.


« Où étiez-vous ? » s'affola Fuery en se pressant autour du lieutenant-colonel et de sa subordonnée, avec une insistance désarmante.

« Nulle part. » répondit Roy, agacé.

Riza lui donna un coup de coude discret mais bien senti dans la hanche. Il retint un grognement surpris et s'apprêtait à protester, mais elle fut plus prompte que lui.

« Nous nous sommes perdus dans les montagnes et nous avons perdu la trace de nos compagnons suite à une attaque imprévue de Drachma, expliqua-t-elle en abaissant la voix pour ne pas répandre l'information. Par contre, nous avons trouvé ça sur le chemin du retour. »

Elle désignait un rouleau détrempé par la neige qu'elle déroula avec précaution. C'était la carte qu'ils étaient chargés de ramener. Fuery poussa un « Oooh » d'admiration qui fit grimacer Roy, car les soldats du camp se retournèrent vers eux.

« Votre équipe est déjà arrivée, dit le sergent. Mais personne n'a rien trouvé et les autres escouades non plus. Vous êtes les premiers à ramener une carte. »

« Quoi...? s'étonna Mustang, déconcerté. Tu veux dire qu'aucun d'entre vous n'a trouvé une de ces fichues cartes ? »

« Hé, ils en ont une ! s'exclama un soldat de l'Est, attiré par le bruit. Venez voir. »

« Qui ça ? »

« L'Oeil de Faucon ! »

Les troupes commençaient à s'agglutiner autour d'eux et leur posaient tout plein de questions.

« Mais dans quoi est-ce que je me suis fourré... » se plaignit Roy, cherchant désespérément à ne pas se faire compresser par les militaires.

« Qu'est-ce que c'est que ce vacarme ? » s'écria soudain une voix puissante, qui interrompit aussitôt toute discussion. C'était le général de division Armstrong. Elle avança parmi les soldats et s'arrêta devant eux.

Roy sourit victorieusement et indiqua d'un signe de la main la carte que détenait son sous-lieutenant. Le visage d'Olivia se contracta sous l'effet de l'irritation.

« Vous êtes derniers. Et vous n'êtes pas restés avec votre équipe. » accusa-t-elle froidement.

Avant que son supérieur n'eût pu émettre la moindre protestation, Riza prit les devants et s'inclina humblement.

« Toutes nos excuses, général. Cela ne se reproduira plus. »

« J'espère bien... »

Elle était néanmoins satisfaite qu'ils eussent ramené la carte. L'attention d'Olivia fut attirée par le comportement de Hawkeye, qui effectua le salut militaire et la fixa droit dans les yeux.

« Si vous le permettez, j'ai à vous parler. »

Le général de division l'interrogea du regard.

« De Drachma. » ajouta-t-elle.

« ... Suivez-moi. » intima Olivia après un temps de silence.