Parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur…

« Là-bas » : J-J Goldman

Message pour Skarine : Passe de bonnes vacances! Moi, le sud, c'était en juin! Snif, c'est fini! Ne t'inquiète pas, je publierai de manière régulière pour que tu aies de quoi lire à ton retour... pour tes longues soirées d'été. A+

Chapitre 17 : Hélène…

Je m'engageai dans le couloir et entrai dans la chambre du docteur. Hélène n'y était pas, déjà une bonne nouvelle ! Je retirai le drap plein de sang, les menottes, la corde et ramassai mes vêtements éparpillés. Je les remettrais plus tard. Je retrouvai mes chaussettes, mon caleçon, ma veste, mon manteau, mes gants et mon gilet mais pas de trace de ma chemise ! Tant pis, ce serait pour plus tard.

Je fis un tas avec les draps souillés près de la porte pour les emmener tout à l'heure et, mes habits dans les bras, je me dirigeai vers sa chambre. Vu qu'il y avait du feu dans la cheminée je supposais que c'était là qu'elle s'était réfugiée. Par mesure de précaution je vérifiai quand même qu'elle n'était pas dans celle de sa sœur. N'y étant pas, il ne me restait plus que ça chambre.

Je frappai doucement à la porte tout en signalant que c'était moi. N'obtenant pas de réponse je poussai la porte. A ma grande surprise, elle s'ouvrit ! Elle n'avait pas verrouillé sa porte derrière elle ? Une sourde angoisse m'étreignait : pourvu qu'elle n'ait pas commis l'irréparable !

Un coup d'œil rapide en entrant m'indiqua que non. Elle était accroupie, presque roulée en boule dans le coin, pas loin de la fenêtre, le dos tourné à la porte.

Elle devait être dans cet état au-delà de la, peur où quoi que l'on fasse ou qu'on dise n'a pas la moindre importance puisque le pire est déjà arrivé et que l'on ne peut rien y faire.

Plus besoin de chercher ma chemise, elle la portait sur elle. Dans l'âtre, le feu se mourrait et de ce fait il faisait froid dans la pièce. En passant devant la cheminée, je tisonnai les braises et remis des bûches.

- Hélène ? fis-je doucement en m'approchant du coin où elle se trouvait. Je suis là… Tout va bien… Il ne vous fera plus jamais de mal…

Il n'y eu aucune réponse de sa part. Elle était prostrée dans un coin, tremblait de tous ses membres et son visage était baigné de larmes. Ses poignets portaient les marques des menottes et de la corde. Je m'étais débarrassé de mes affaires en les posant sur une chaise. Il fallait que je l'approche en douceur. J'avais utilisé son prénom pour faire moins « distant », moins « impersonnel ».

- Tout va bien ? me répondit-elle enfin avec hargne. On voit bien que ce n'est pas vous qui avez été…

Les sanglots l'empêchèrent de continuer sa phrase. J'avais bien démarré mon entrée en matière moi ! Ensuite, elle replongea dans son mutisme.

Au bout de quelques minutes de ce silence pesant, je ne savais plus quoi faire. Si elle m'avait engueulé, j'aurais compris. Mais là, pas un mot, pas un regard. Je ne voulais pas qu'elle s'enfonce dans la folie. Certaines femmes, après un viol s'étaient plongées dans le monde du silence, ou dans la folie… Je ne voulais pas que cela lui arrive.

- Si j'avais su Hélène… lui dis-je contrit. Je ne vous aurais pas quitté au matin… Je suis désolé de ne pas avoir su vous protéger de ce monstre… Demandez moi ce que vous voulez… Si je peux le faire, je le ferai…Vous pouvez même le crier haut et fort : « Sherlock Holmes est incapable de protéger une femme, il n'a pas tenu la promesse qu'il m'avait faite». Je ne vous en voudrai pas, c'est l'exacte vérité… Je n'ai pas tenu compte de votre mauvais pressentiment ni le fait qu'il avait déjà essayé d'abuser de vous. Je suis un minable Hélène, vous pouvez le dire. J'ai fait des erreurs monumentales aujourd'hui…Demandez moi ce que vous voulez, engueulez-moi, frappez-moi, mais de grâce, dites quelque chose…

Sa tête se tourna vers moi. Ses yeux étaient rouges d'avoir trop pleuré et sa lèvre trembla lorsqu'elle prit enfin la parole :

- Ça fait combien de temps que vous avez disparu ? me hurla-t-elle. Presque une heure ! J'ai entendu des coups de feu… Comment savoir qui s'en était sortit ? On voit bien que vous n'avez jamais ressenti la peur… l'angoisse qui vous ronge les tripes parce que vous ne savez pas qui va surgir : le bourreau ou le sauveur ! Et plus le temps passe, plus l'angoisse vous dévore parce que vous croyez dur comme fer que c'est le monstre qui va surgir !

Je savais que du contraire l'angoisse que l'on peut ressentir lorsque le tortionnaire est partit mais qu'on a l'angoisse de son retour. Mais à quoi bon le lui dire… Elle avait besoin de passer sa rage et je la laissai faire. Après cela irait peut-être mieux…

- Le coroner était là quand je l'ai descendu, lui expliquais-je. C'est d'ailleurs lui qui a tiré le troisième coup de feu… Je ne savais pas qu'il était dans mon dos. Il était témoin du final et j'ai du lui faire un rapport sur le pourquoi on en était arrivé là. Vous n'avez pas entendu quand je vous l'ai crié dans le couloir pour vous prévenir ?

- J'ai entendu le son de votre voix vingt minutes après les coups de feu… En attendant, j'ai eu peur que ce ne soit lui qui revienne…

- Il ne reviendra plus jamais Hélène… Il est mort et bien mort. Allez, venez !

- Le salaud est venu à neuf heures ! dit-elle dans un sanglot. Il s'était tapi dans les bosquets du parc… Il m'a surprit à la maison, dans ma chambre… Je me suis défendue mais… Oh mon Dieu, quelle horreur !

Les sanglots étaient encore trop fort pour qu'elle puisse parler. Cela mit quelques minutes pour que le halètement se calme. De toute façon, elle avait raison, je me sentais coupable de ne pas avoir pris en compte son « mauvais pressentiment ».

- Sincèrement désolé Hélène, lui dis-je d'une voix douce. Je m'en veux vous savez de ne pas avoir anticipé ce genre de choses. Même si un jour vous me pardonnez, moi, je ne me le pardonnerai jamais…

Son regard se fit plus dur et elle me dit d'une voix pleine de mépris :

« Vous dites ça maintenant mais d'ici six mois, peut-être moins, vous aurez oublié toutes vos belles paroles ! Vous vous en ficherez éperdument même. Ce n'est pas vous qui avez été violé ! Pire ! Vous irez sûrement en rire chez les putes ! ».

- Non Hélène ! criais-je la voix tremblante. Ce n'est pas vrai ! Insultez-moi si vous voulez, faites de moi ce que vous voulez, mais ne dites pas des choses pareilles ! Ce qui s'est passé aujourd'hui est trop grave pour que je l'oublie ! Je m'en veux à mort d'être arrivé trop tard pour l'empêcher ! Et je m'en voudrai toute ma vie. Ma conscience me tourmentera jusqu'à mon dernier souffle. A ce moment là j'aurai deux pensées et l'une d'elle sera pour vous. Ce sera ma deuxième croix à porter… ça alourdira ma conscience un peu plus… et ni la morphine, ni la cocaïne ne me fera jamais oublier les erreurs de débutant que j'ai commises aujourd'hui… ce connard m'a fait perdre mes moyens et je ne m'en sortirai pas indemne non plus…

L'évocation des souvenirs douloureux qu'il avait fait ressurgir en moi m'obligea à m'asseoir sur le lit. Je sentais mes jambes qui tremblaient.

- Sachez aussi que je ne suis pas et que je n'ai jamais été client des prostituées. Loin de là ! Je vous jure que ça ne m'intéresse pas…

- Ah non ? Vous êtes sûr ? enchaîna-t-elle rageusement. Pourtant vous n'avez pas nié quand il a dit vous avoir vu au bordel de luxe ! Au lieu d'aller chez les putes du quartier, monsieur Holmes se paie du luxe ! Watson est spécialiste des femmes et vous, c'est les putes votre spécialité ? Vous me dégoûtez monsieur Holmes. Je vous prenais pour un gentleman…

- Merci, répondis-je doucement. Vous préférez croire un type qui vous a menti depuis le jour où il vous a rencontré plutôt que moi… Je ne suis pas ce genre d'homme… Mais si vous attachez de l'importance à ses dires à lui, libre à vous… Cela me peine énormément mais ce n'est pas le plus grave.

Je me laissai tomber en arrière sur le lit. Je n'en pouvais plus et le fait de savoir qu'Hélène accordait du crédit aux dires de Percy me faisait mal au cœur.

- Vous ne niez rien… murmura-t-elle. Pourquoi ?

- A quoi ça sert ? fis-je en me redressant. Je peux le nier jusque demain, si vous ne voulez pas me croire à quoi ça sert que je m'épuise ? C'est comme Watson : quand il a une idée fixe, pas moyen de la lui faire perdre. Je vous ai dit que je n'étais pas client chez les prostituées. C'est l'exacte vérité. A quoi bon le jurer dans toutes les langues puisque vous avez décidé de ne pas me croire.

- Alors quand Percy racontait vous avoir vu au « Blue Lagon » c'était faux ? Vu la tête que vous avez fait, on aurait dit pourtant que vous y étiez bien…

- J'y étais… Ce qu'il vous a raconté est vrai.

- Vous vous fichez de moi ? persifla-t-elle.

- Non ! répliquais-je doucement. Ce qui est faux, c'est l'extrapolation qu'il a fait. Je n'y suis pas allé en tant que client mais en tant qu'ami ! Je les connais de longue date et c'était une visite de courtoisie. Amélia, la patronne, m'avait demandé d'enquêter de mon côté sur le vol de son faux livre de compte et de disculper son personnel aux yeux de la police. Ce que j'ai fait. Mais Lestrade était passé à autre chose lorsque je lui ai rendu mes conclusions. Les deux autres, c'est Mary et Meredith, ses deux plus vieilles amies.

- Vous êtes « ami » avec des prostituées vous ? me dit-elle en me faisant un regard lourd de reproches.

- Oui. Je leur dois beaucoup à toutes les trois. Certes, je suis moins proche de Mary, même si nous nous connaissons depuis longtemps… C'est surtout avec Amélia et Meredith que je suis proche. Jamais je ne pourrai leur rendre tout ce qu'elles m'ont apporté. Et je vous rassure tout de suite, il n'y a rien de sexuel entre elles et moi. Ce qui m'unit à elles, c'est un grand respect, une profonde amitié et mes considérations éternelles pour tout ce qu'elles ont fait pour moi. Je considère Meredith comme une petite sœur, rien de plus, et malheur à celui qui oserait lui faire du mal ! Pour Amélia, c'est différent. Je sais qu'elle éprouve pour moi l'amour qu'une mère à pour son fils, même si elle n'est pas ma mère et qu'elle n'a que dix ans de plus que moi. C'est une femme merveilleuse et elle ne mérite pas l'opprobre que on lui jette souvent du fait de sa profession. Elles n'ont pas choisi ce métier parce qu'elles en avaient envie. Leurs adorables pères les y ont jetées alors qu'elles étaient bien trop jeunes…

Hélène ne disait plus rien. Ses grands yeux étaient fixés sur moi et mon regard ne cilla pas. Je vis qu'ensuite elle baissait son regard vers le sol, comme un peu honteuse de ses paroles.

- Je… je m'excuse monsieur Holmes, fit-elle timidement en se tournant enfin vers moi. Je vous ai bien mal jugé… Vous ne méritez pas ça après tout ce que vous avez fait pour moi… Ma colère n'aurait pas du se diriger sur vous… Vous aviez deux heures d'avance si on y pense bien. Merci quand même et désolée d'avoir pensé que…

- Je ne vous en veux même pas vous savez. Si me hurler dessus vous a fait du bien, alors tant mieux. De toute façon, Watson aussi avait pensé mal le jour où elles ont fait irruption chez nous. C'est Amélia qui l'a remis à sa place. Il s'est tassé dans son fauteuil quand elle lui a dit qu'elle aurait l'impression de pratiquer un inceste si on… enfin… vous voyez… Dites, vous ne voulez pas vous asseoir sur le lit ? Vous aller mourir de froid dans votre coin ! Vous n'avez qu'une chemise sur le dos ! Et elle ressemble furieusement à la mienne…

- Oui, me dit-elle. Je vous ai volé votre chemise. Je ne sais pas pourquoi, je ne me suis pas rendue compte que je la ramassais et que je la mettais sur mon dos… Vous la voulez ?

- Non, répondis-je avec un faible sourire. Gardez là. Je vais rester dans cette tenue.

Hélène se replongea alors dans le silence et se recroquevilla un peu plus. Moi-même je ne savais quoi faire ou que dire. Je n'osais pas m'approcher d'elle, peur de lui faire peur…

Pourtant, il me fallait faire quelque chose, je ne pouvais pas la laisser ainsi !

- Hélène, lui dis-je doucement. Je vais aller chercher de l'eau pour nettoyer votre coupure… Je ne voudrais pas que vous en gardiez une cicatrice. Vous avez des produits désinfectants quelque part ? Hélène ?

Elle hocha la tête et essuya ses larmes avec sa main.

- Cuisine, armoire sous l'évier…

Je me levai, pris ma veste en main, fouillai la poche et pris le mouchoir qui avait déjà servi pour elle à Baker Street. Tout doucement, pour ne pas l'effrayer, je m'approchai d'elle et me mis à genoux. Elle avait son côté droit collé tout contre le mur et elle serrait ses jambes dans ses bras. J'avais une grosse boule au fond de la gorge.

Sans faire de geste brusque je tendis la main vers son visage, le prit dans ma main et avec l'autre j'essuyai ses larmes. Elle avait sursauté lorsque ma main lui avait touché le menton. Elle était à cran ! Mais elle se laissa faire. Avec la paume de ma main, je lui caressai le visage et elle ne bougea pas.

- Je reviens de suite… gardez mon mouchoir.

Avant de partir je posai ma veste sur son dos pour ne pas qu'elle prenne froid. Ensuite, je sortis de la chambre, allai chercher la bassine de tout à l'heure dans la chambre du docteur Roylott, allai à la salle de bain pour la vider et reprendre de l'eau chaude et de la froide ainsi qu'une éponge. Je laissai tout là et me dirigeai vers la cuisine pour prendre le nécessaire en vue de soigner sa vilaine coupure.

Que faire ? Je n'avais aucune idée de la marche à suivre ! C'est Meredith qui aurait pu m'aider ! Elle s'occupait souvent de cas comme ça. Andrew lui servait de garde du corps vu que c'était des quartiers mal famés ! C'est d'eux que j'aurais eu besoin en ce moment ! Andrew était champion du monde en matière de réconfort à apporter aux dames.

Je me souvenais quand Meredith avait eu tous ses problèmes avec son connard de père et ses frères… Nom de Dieu ! Mais oui ! Ça me revenait maintenant ! J'habitais encore Montague Street et Andrew avait déboulé chez moi parce que Meredith ne s'était pas présentée au restaurant où elle avait rendez-vous avec lui. Pas dans son habitude de rater un resto et de ne pas prévenir !

Nous avions déboulé chez son père et c'était la voisine qui nous avait expliqué ce qu'il s'était passé et où Meredith devait se cacher. Nous l'avions retrouvé dans un sale état. Andrew et moi l'avions ramené chez lui et nous nous étions occupés d'elle.

Que m'avait-il dit cette nuit là déjà ? Fouille tes souvenirs c'est important ! Oui ! Andrew m'avait dit : « Il faut qu'elle nous raconte tout ce qu'il s'est passé ! Il faut qu'elle parle, de ce qu'elle veut mais elle doit parler et vider son sac ! Sinon elle est fichue ! Une femme a besoin de raconter son histoire malheureuse pour s'en sortir ! Pas les hommes, mais les femmes oui ! On doit l'empêcher de sombrer dans le silence ! Il faut lui changer les idées et la faire rire ! ». Voilà ! Et elle nous avait tout raconté ! Vie de misère ! J'en avais été malade et lui aussi. Cauchemars assurés ! Je me plaignais de mon père mais à côté du sien, c'était un ange !

Meredith avait remonté la pente et nous avait remercié de l'avoir écoutée. Elle avait toujours voulu en parler à sa meilleure amie mais n'avais jamais osé, peur de l'effrayer, … et puis, son amie était décédée… et elle s'était tue. Vu qu'elle avait rendu malade deux jeunes hommes, il valait mieux ne pas en parler à l'amie !

Je devais obliger Hélène à me parler de ce qu'elle avait ressentit, de me raconter tout ce qui c'était passé. Remuer le fer dans la plaie…mais c'était pour son bien. La faire parler de n'importe quoi aussi pour l'aider à surmonter le traumatisme. Essayer de la faire rire aussi !

Je pris en passant la bassine d'eau tiède et je rentrai dans la chambre. Hélène n'avait pas bougé d'un pouce. Je posai l'eau par terre et plongeai l'éponge dedans.

Le faire moi-même ou lui donner l'éponge ? Non, le faire moi ! Je m'assis en tailleur pas trop loin d'elle, mais pas trop près pour ne pas la brusquer. Je lui rafraîchis le visage d'abord.

- De l'eau tiède ? Merci monsieur Holmes…

- Je vais vous nettoyer le sang de votre coupure maintenant. Sauf si vous voulez le faire…

Elle déplia ses jambes et me fis signe de le faire moi. Tout doucement je nettoyai le sang qui avait coulé puis je désinfectai la coupure.

- Je vais vous mettre un pansement…

- Non, je dois encore prendre un bain…j'en ai besoin…

- Voulez-vous le prendre maintenant ?

- Non, tout à l'heure… je ne suis pas prête et j'aurais envie de me noyer dans l'eau.

- Je vous l'interdis Hélène ! Pas de ça ! Non ! Vous avez assez de force en vous pour repartir ! Vous êtes capable de tenir le coup Hélène ! Promettez-le moi !

Elle secoua sa tête en signe de dénégation et reprit sa position toute recroquevillée contre le mur. Ses bras entouraient ses jambes. Les larmes continuaient à couler. Je quittai ma position assise en tailleur et je me mis sur les genoux, les fesses sur mes pieds.

- Que s'est-il passé Hélène ? Racontez-moi… cela vous aidera…

- Je ne l'ai pas entendu arriver… j'étais ici en train de terminer mes valises…je voulais prendre mon bain et terminer les valises ensuite. Je m'étais déjà dévêtue… Puisque vous veniez à treize heures je préférais en avoir fini avec mon bain… j'étais en train de rire toute seule quand il a surgi derrière moi… (Les sanglots reprirent plus fort)

- Vous riez toute seule ? lui demandais-je doucement. De quoi ?

- A nos boutade sur nos rendez-vous… au 2ème vous visitiez ma chambre et y passiez la nuit, au 3ème nous allions dans le parc et nous… dérapions. J'avais pensé que si, pour le 4ème vous arriviez quand je prenais mon bain, vous seriez peut-être capable de sauter tout habillé dedans…c'était de ma propre blague que je riais… il est arrivé sans bruit et quand je l'ai vu, il m'a donné un coup de poing dans le ventre… j'en ai eu le souffle coupé et j'ai cru que j'allais mourir d'asphyxie ! C'est ensuite qu'il m'a traîné dans la chambre de mon beau-père…

Elle enfoui sa tête dans ses jambes et ne dit plus un mot. Elle tremblait malgré le feu, malgré ma veste et je me sentais impuissant à apaiser se détresse. Je me redressai sur mes genoux, m'approchai d'elle et l'attirai vers moi. Au début elle essaya de se débattre mais je raffermis mon étreinte tout doucement et l'attirai dans mes bras.

- Hélène, doucement, c'est moi… je ne vous veux pas de mal, juste vous aider… laissez-moi faire.

C'était le moment pour lui offrir un gros câlin fraternel, affectueux et charitable. C'est tout ce que je pouvais faire. Je l'entourai de mes bras et elle vint se pelotonner contre mon torse. Ses bras étaient serrés contre son ventre et je la laissai sangloter. Je sentais ses larmes rouler sur la peau de mon torse. Je la berçai tout doucement et nous restâmes ainsi un long moment. Son oreille était au niveau de mon cœur.

- Parlez-moi Hélène ! Dites moi ce que vous voulez mais parlez que diable !

- Je savais que vous viendrez…J'ai eu si peur…Mais je savais que vous viendrez à temps pour me tirer de là… Oh, j'ai mis du sang sur votre chemise…

- Pas grave ! Racontez-moi le reste Hélène !

- Non… pas maintenant… tout à l'heure…je peux avoir votre mouchoir ? Je l'ai remis dans votre poche…

Mon mouchoir servit encore une fois de plus.

- Vous n'avez pas soigné votre blessure ? me demanda-t-elle.

- Non, elle restera ainsi.

- Vous allez garder une cicatrice bien vilaine…

- Tant mieux ! Si en vieillissant j'ai tendance à me regarder le nombril, cette cicatrice sera là pour me rappeler que je ne fus pas toujours infaillible ! Je la verrai aussi tous les jours en me levant et ça me fera du bien.

Soudain, elle me demanda :

- Vous avez fermé les portes ? Celle de la chambre aussi ?

- La porte d'entrée et celle de la cuisine sont fermées à clé. Je n'ai pas tiré le verrou de la chambre, mais nous ne risquons rien…

- Mettez le verrou s'il vous plaît !

- Il est mort Hélène et ne reviendra plus jamais vous faire de mal…

- Si ! Dans mes cauchemars ! Le verrou s'il vous plaît !

- D'accord Hélène, j'y vais !

Ne jamais contrarier une femme ! Surtout dans ces cas là ! Une fois le verrou tiré, je revins vers elle et je vis qu'elle avait quitté le mur pour un autre endroit : assise contre son lit.

- Asseyez-vous sur le lit Hélène, c'est plus confortable…

Mais au lieu de s'asseoir sur le lit, elle resta par terre, sur la descente de lit. Ma veste avait glissé de ses épaules et je la déposai sur une des chaises.

Je m'assis sur le lit, espérant qu'elle allait faire pareil, mais non. Hélène resta assise à ma droite, appuyée le dos au lit. Son bras gauche m'entoura les jambes et sa tête se posa sur mes genoux. Un grand soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres.

Tout doucement, pour ne pas l'effrayer je posai ma main sur ses cheveux et les caressai doucement. Ils étaient défaits et je les recoiffai légèrement. Elle ne broncha pas, ne se dégagea pas, que du contraire, on aurait dit que cela lui faisait du bien, un peu comme un enfant…

Ses bras m'enserrèrent alors les jambes plus fort. Tout était silencieux, le feu crépitait dans la cheminée et je sentais que la température avait un peu augmenté. Au moins, nous n'aurions pas froid. Nous restâmes silencieux de longues minutes…je ne savais plus quoi dire… elle se tenait contre mes jambes, toute tremblante encore. Je devais faire quelque chose, la pauvre était assise par terre !

- Hélène, venez avec moi, nous irons nous asseoir devant le feu. Vos mains sont glacées. Vous allez attraper la mort à rester ainsi !

- Je suis bien ici, près de vous, murmura-t-elle.

- Vous serez encore mieux devant le feu, et je resterai à vos côtés, promis. J'irai vous chercher un thé ou un café et un peu de brandy pour mettre dedans.

Elle voulut se mettre debout mais ses jambes la trahirent et elle se laissa retomber sur le sol. Voyant qu'elle allait céder à la panique je lui glissai :

« C'est pas grave, je vais vous porter jusque là ».

Je me mis accroupi à ses côtés, passai mon bras sous ses genoux, l'autre à son dos et je la soulevai dans mes bras. Sa tête se logea dans le creux de mon épaule dénudée. Elle était toute légère. Le contact de sa peau nue contre la mienne me fit frissonner. La chemise était ouverte sur sa poitrine. Tout à l'heure, j'avais vu son corps dénudé sans vraiment voir… La pression qu'il avait mit sur mes épaules était trop forte et si mes yeux avaient vu, ma mémoire n'avait pas retenu les petits détails de son corps.

Je me morigénais moi-même. Ce n'était pas le moment d'admirer son corps dénudé ! Pas dans ces conditions ! Je me mis en marche vers la cheminée et la déposai tout d'abord sur une chaise. L'armoire était béante et avisant une grosse couverture, je l'étalai par terre sur une descente de lit. Plus de confort pour nous ! Ensuite, je pris une couverture plus fine et couvris les épaules d'Hélène et la déposai sur le tout.

- Voilà, fis-je satisfait. Vous n'aurez pas froid. Je vais aller chercher des boissons chaudes. Que voulez-vous ?

- Du thé pour me calmer et du café au brandy.

- J'y vais de suite. N'ayez crainte, je reviens le plus vite possible.

De ces temps ci, je passais mon temps à faire du café moi. Pendant que l'eau chauffait sur le poêle, j'allai m'assurer que celle pour le bain restait à température. Hélène en aurait besoin !

Retour à la cuisine où je pris un plateau pour déposer les tasses, le pot de café, la théière et un morceau de pain et de fromage. La pauvre avait peut-être faim.